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  • Algérie : Distribution d’un second lot de 30 bus scolaires à Tlemcen

    Une cérémonie de distribution d’une trentaine de bus scolaires s’est déroulée, dimanche, au siège de la wilaya de Tlemcen, présidée par le chef de l’exécutif de wilaya, Amoumene Mermouri, en présence des responsables et des élus locaux.

    Cette opération qui intervient à quelques jours de la rentrée scolaire permettra selon le wali d’offrir les conditions nécessaires aux élèves résidant dans les zones éloignées et dans les zones d’ombre de rejoindre leurs établissements sans contraintes aucunes. Le wali, a par ailleurs, souligné que cette opération est la seconde après celle organisée en été dernier ou 40 bus ont été distribués à toutes les communes de la wilaya.

    Après cette seconde opération, un autre lot d’une trentaine de bus scolaires sera également distribué le premier novembre prochain, a indiqué Mermouri qui a exhorté les maires à bien déterminer les zones ou le manque de transport se fait sentir, à utiliser les bus exclusivement pour le transport des élèves et à veiller à l’entretien régulier de ces bus.

    Le renforcement des moyens de locomotion doivent permettre de faciliter les déplacements des jeunes élèves et aussi de consolider les bons résultats acquis cette année notamment au BAC, à travers la wilaya de Tlemcen, a-t-il souligné. La wilaya de Tlemcen qui s’apprête à l’instar des autres wilayas du pays à accueillir les élèves pour l’année scolaire 2020/2021 a réalisé selon le directeur de l’éducation de la wilaya quelques 14 écoles primaires dont la majorité va ouvrir ses portes aux jeunes élèves dès ce mois en attendant l’achèvement d’autres, dont les délais sont fixés à décembre prochain.

    La réception de quatre CEM et deux lycées est également envisagée prochainement dans l’optique de faire face à la pression du nombre sans cesse croissant des élèves par classe.

    Ouest Tribune, 19 oct 2020

    Tags : Algérie, Tlemcen, bus scolaire, enseignement, transport public,

  • Algérie : des soins gratuits pour les femmes atteintes du cancer du sein

    CANCER DU SEIN

    Des soins esthétiques gratuits pour améliorer la qualité de vie des patientes à Alger

    Les femmes atteintes du cancer du sein bénéficieront, tout au long de ce mois d’octobre rose (mois consacré à la lutte contre ce cancer), de soins esthétiques gratuits dans l’un des centres spécialisés situé dans les hauteurs d’Alger.

    L’initiative est la deuxième du genre du club Alger El Mahroussa qui offre aux femmes des soins esthétiques et corporels multiples pour leur permettre d’améliorer leur qualité de vie et leur bien-être physique et moral afin de mieux lutter contre la maladie, a souligné Mme Raouia Talhi, présidente du Club.

    Dans le cadre de cette initiative lancée dimanche, des séances de soins esthétiques sont proposées, à titre gracieux, aux femmes souffrant du cancer de sein, deux fois par semaine, avec la liberté de choisir entre 3 formules de soins assurés par le Centre.

    Le but de l’initiative est de permettre à ces femmes de se sentir belles et de reprendre confiance en elles-mêmes, en dépit des contraintes de la maladie, a affirmé Mme Talhi. La chimiothérapie et la radiothérapie utilisés généralement dans le traitement du cancer du sein laissent souvent des séquelles chez les patientes, notamment sur la peau, d’où l’importance d’encourager ces dernières à en prendre soin, à travers les soins esthétiques.

    Selon les registres nationaux du cancer, l’Algérie a enregistré 14 000 nouveaux cas du cancer du sein en 2019, notant que ce type de cancer est plus fréquent chez les femmes après l’âge de 40 ans.

    Le cancer du sein vient en tête des types de cancer les plus répandus en Algérie avec près de 45 000 cas enregistrés en 2019, selon la même source.

    Ouest Tribune, 19 oct 2020

    Tags : Algérie, Alger, El Mahroussa, cancer du sein, soins gratuits,

  • La France tente de contrer l’influence chinoise en Algérie


    Alger, 15 oct 15:55 – (Agenzia Nova) – La troisième visite en Algérie en moins d’un an du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, marque la volonté de Paris d’améliorer les relations avec l’ancienne colonie , mais aussi et surtout pour contrer l’influence croissante des principaux rivaux de la région: la Chine et la Turquie. La mission du chef de la diplomatie française a lieu quelques jours après la tournée en Algérie d’une délégation de haut niveau du Comité central du Parti communiste chinois. Les délégués de Pékin ont signé un important accord de coopération économique et technique à Alger défini par le journal national algérien “Echorouk” comme “une première étape algérienne dans la nouvelle route de la soie chinoise”, également connue sous le nom d’Initiative de la Ceinture et de la Route. La Chine en Afrique inquiète également les Etats-Unis, au point que le chef du Pentagone, Mark Esper, s’est rendu à Alger le 1er octobre dernier pour la première visite d’un secrétaire américain à la défense depuis près de 15 ans. La Turquie, pour sa part, a renforcé sa présence militaire dans l’ouest de la Libye, près de la frontière algérienne. La France est depuis longtemps en désaccord avec son allié de l’OTAN et il est raisonnable de croire que Le Drian tentera de déplacer l’axe d’Alger – que la Libye a jusqu’ici maintenu une position de soutien discret du gouvernement d’accord national – de son côté.

    Le plus grand pays du continent a pour ambition de devenir une plaque tournante stratégique pour l’entrée de marchandises en Afrique et la Chine, en contrepartie, propose d’énormes investissements en infrastructures et des prêts à des taux ultra avantageux. Le fer de lance de la stratégie de Pékin en Algérie est la construction du port en eau profonde d’El Hamdania, l’un des plus grands ports maritimes du monde avec un coût estimé à six milliards de dollars et un processus de construction qui devrait durer environ sept ans. . Une fois achevé, on estime que le port peut accueillir le plus grand navire du monde avec une capacité de 240 000 tonnes, tandis que la capacité des ports algériens actuels est incapable d’accueillir des navires d’une cargaison de plus de 30 000 tonnes. tonnes. L’idée est d’utiliser le nouveau port maritime comme plaque tournante du transport pour un hypothétique corridor commercial qui s’étendra jusqu’à Lagos, au Nigeria. Un projet aussi ambitieux que risqué, compte tenu de l’instabilité de la région du Sahel infestée de terroristes, de djihadistes, de passeurs et de voleurs de désert. Une “mer de sable” que la France connaît bien et où Paris se déplace avec une extrême facilité.

    “Le moment choisi pour la visite en Algérie du ministre français des Affaires étrangères Le Drian, qui était auparavant ministre français de la Défense, est très important car il fait suite à la visite significative et sans précédent à Alger du secrétaire américain à la Défense Mark Esper” , déclare le professeur Michael Tanchum, chercheur principal à l’Institut autrichien pour la politique européenne et de sécurité (Aies) à «Agenzia Nova». «L’Algérie est un partenaire essentiel de la France. Le partenariat Algérie-France fait face à trois défis majeurs: les réseaux terroristes opérant entre le Maghreb et le Sahel; La volonté de la Turquie d’étendre son influence en Algérie; et la volonté de la Chine de faire de l’Algérie un élément central de son initiative «Ceinture et route». Bien que cruciale pour la France, la visite est également importante pour l’Algérie car elle cherche à préserver son autonomie au milieu de l’influence économique croissante de la Chine et de la puissance turque croissante basée en Libye. La Turquie gère désormais ses forces aériennes depuis la base libyenne d’Al Watiyah, située près de la frontière algérienne. Il est également possible que l’urgence de combattre l’État islamique et des groupes similaires dans la région du Sahel ait motivé la visite de Le Drian », a conclu Tanchum, qui est également professeur de relations internationales en Méditerranée et au Moyen-Orient à l’Universidad de Navarre.


    Reste à savoir ce que la France entend mettre dans l’assiette. Faire correspondre l’énormité des investissements proposés par Pékin est impossible pour aucun pays occidental: peut-être que seuls les États-Unis peuvent s’approcher de la «puissance de feu» des banques d’État chinoises. Mais Paris peut tirer parti du sentiment nationaliste algérien, profondément ressenti par la classe politique car il enfreint l’électorat. Le président français Emmanuel Macron, conscient de ces dynamiques, a ordonné le retour des crânes de 24 résistants décapités pendant la période coloniale en juillet dernier. Les restes ont été déposés dans la section des martyrs du cimetière d’El Alia dans la capitale Alger à l’occasion du 58e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. Les 132 ans de domination coloniale de la France en Algérie et la guerre brutale de huit ans qui y a mis fin ont laissé un héritage épineux entre les deux pays. Le geste de détente de Macorn a été très apprécié des Algériens, qui attendent toujours des excuses officielles pour l’occupation coloniale. «Nous avons déjà eu des demi-excuses. La prochaine étape est nécessaire, nous l’attendons. Je crois qu’avec le président Macron on peut aller plus loin dans le processus de pacification (…), c’est un homme très honnête, qui veut améliorer la situation », a déclaré le président Tebboune dans une interview hier par la chaîne de télévision« France 24 ». l’été dernier.

    Il faut également noter que la visite de Le Drian intervient quelques jours après la date fatidique du 1er novembre: ce jour-là, nous voterons le référendum sur la réforme constitutionnelle voulue par Tebboune; la Grande Mosche d’Alger sera inaugurée, le plus grand lieu de culte islamique du continent africain; on célèbre le début de la guerre de libération de la France; le contrat de la société française qui gère le métro d’Alger expirera et passera le relais à une nouvelle société algérienne. La mission du chef de la diplomatie à Paris est donc également importante pour préserver les intérêts économiques français en Algérie: la France, en fait, est restée quelque peu en marge du marché nord-africain après les dernières mesures économiques prises par le gouvernement, à commencer par amendement à la loi sur les hydrocarbures. La nouvelle loi a introduit des exonérations fiscales sans précédent sur les activités d’investissement des sociétés étrangères, exposant la société française Total à une concurrence féroce de la part de grandes sociétés pétrolières internationales qui ont exprimé leur volonté de pénétrer le marché pétrolier algérien, en particulier les États-Unis Exxon Mobil et Chevron. Les investissements français en Algérie s’élèvent à environ 250 millions de dollars chaque année: la France reste le premier investisseur du pays et le quatrième client, tandis que le nombre d’entreprises françaises opérant et investissant dans le pays reste élevé: 800 dans divers secteurs, en pétrole et banques particuliers. (Ala)

    © Agenzia Nova

    Tags : Algérie, France Chine, commerce, coopération,

  • Algérie – Planche à billets : L’ultime mise en garde du FMI

    Dans un communiqué diffusé vendredi, à l’issue de la conclusion de l’évaluation de la stabilité du système financier (FSSA) avec l’Algérie, le Fonds monétaire international (FMI) a indiqué que «la monétisation du déficit avait augmenté les risques macroéconomiques et les réserves internationales avaient considérablement diminué».

    «Les interventions du gouvernement dans l’économie sont omniprésentes et financées par les revenus des hydrocarbures, ce qui rend l’Algérie très vulnérable aux chocs exogènes et lui laisse une marge de manœuvre limitée pour les absorber», conclut l’institution de Bretton Woods, mettant en garde contre les vulnérabilités du système bancaire algérien, dont les tests de résistance ont montré que le choc COVID-19 est susceptible de laisser certaines banques sous-capitalisées et, s’il se prolonge, pourrait entraîner une sous-capitalisation à l’échelle du système.

    Ce n’est pas la première fois que le FMI met en garde contre les effets pervers du financement monétaire des déficits budgétaires. Au lendemain de l’adoption, en octobre 2017, de la planche à billets comme moyen de financement, les économistes du FMI avait averti dans leur rapport publié à la mi 2018, faisant suite à leur séjour à Alger, dans le cadre de l’article 4 des statuts du FMI, que cette approche, à savoir la planche à billets, «pourrait certes offrir un répit à l’économie à court terme, mais également faire peser des risques considérables sur les perspectives économiques».

    Les experts du FMI, ayant séjourné à Alger fin 2017, coïncidant avec l’adoption du financement non conventionnel par le gouvernement, ont souligné, à ce moment-là, que la monétisation des déficits aura comme conséquence probable d’exacerber les déséquilibres budgétaires et extérieurs, d’alimenter l’inflation, d’accélérer la diminution des réserves de change, d’aggraver les risques pour la stabilité financière et, en fin de compte, de ralentir la croissance.

    Deux années plus tard, le Fonds monétaire international revient sur ses précédentes alertes et fait constater que, moins de trois ans après que la planche à billets ait commencé à produire, la situation macroéconomique du pays s’est nettement détériorée et le secteur bancaire, qui était passé d’un état de sous-liquidité à une situation de surliquidité, reste, aujourd’hui, totalement vulnérable et dépendant de la planche à billets. «La gestion des liquidités est sous-développée. Les subventions administrées via le secteur financier devraient être réformées et la finance inclusive et les paiements numériques mieux développés», recommande l’institution multilatérale dans son communiqué de vendredi dernier.

    Les administrateurs du FMI n’ont cessé depuis 2015 d’appeler à l’indépendance de l’autorité et politique monétaires. Face aux alertes du FMI quant aux effets pervers du financement monétaire du déficit, la banque centrale s’était engagée à rester vigilante et à stériliser, le cas échéant, les liquidités apportées par le financement monétaire. Depuis peu, le gouvernement multiplie les sorties médiatiques pour dire son choix de tourner définitivement la page de la planche à billets.

    Cependant, depuis la résurgence des problèmes des liquidités, sur fond de baisse des disponibilités financières et des recettes, alors que le budget 2021 se caractérise par une nette hausse des dépenses, la question du financement des déficits se pose avec acuité, tout comme celle invoquant les alternatives possibles à la baisse des liquidités bancaires.

    Le FMI vient de remettre au goût du jour ses mises en garde quant aux conséquences de la planche à billets sur la situation macroéconomique du pays, histoire d’avertir, une fois de plus, s’il en fallait une, sur les risques du financement non conventionnel en ces temps de vaches maigres.

    Reporters, 18 oct 2020

    Tags : Algérie, FMI, planche à billets,

  • Algérie : L’assassin de Chaïma mérite la mort

    par Mekideche Abdelkader*


    Le moratoire sur l’exécution de la peine de mort, dans notre pays, devient une aberration et une injustice immense vis-à-vis des victimes, de leurs parents et de la société. Une recrudescence des viols suivis d’assassinats, dont sont victimes des jeunes filles et des jeunes garçons et dont les auteurs sont des barbares, des déchets humains, empêche de trop philosopher. Des violeurs-assassins essaiment toutes les régions du pays. L’Etat, la justice et l’arsenal juridique s’avèrent incapables d’endiguer cette hécatombe.

    Un mimétisme absurde pousse la majorité des pays du monde à abolir la peine de mort, pour certains, et, pour d’autres, à surseoir à son exécution. L’Algérie n’a exécuté aucune peine de mort depuis l’année 1993, elle s’en vantait et s’en vante encore. Elle ne l’a pas abolie pour autant. Ce qui laisse dire aujourd’hui à M. Lazhari Bouzidi, président du Conseil national des droits de l’homme, que rien n’empêche chez nous l’exécution d’un condamné à mort. Évidement qu’il s’agit de la part de ce responsable politique d’une réaction à chaud face à un événement dramatique pour plaire, satisfaire, leurrer et calmer une opinion publique prête à s’enflammer. Mais vite l’homme politique rangé refroidira, il verra que l’Etat n’exécutera pas ses grands criminels, ni aujourd’hui ni demain, et que ceux-ci bénéficieront, comme à l’accoutumée, de prisons confortables et de réduction des condamnations à perpétuité.

    Chaque Etat a sa réalité sociale, ses références culturelles et cultuelles, ses impératifs propres. Vouloir appliquer le modèle norvégien ou suédois à la société française, américaine et, à plus forte raison à la société algérienne, est une absurdité totale. Ni les performances éducatives, ni la prospérité sociale, ni les performances économiques, ni le bonheur national ne sont les mêmes dans ces différents pays. Par conséquent, une norme qui est bonne pour une société peut s’avérer dangereuse pour une autre. Il en est ainsi de celles relatives au traitement des fléaux sociaux et des crimes. La France, qui se targue d’être la source de tous les humanismes, vient de se réveiller sur une réalité autre que celle qui habite l’imaginaire collectif français depuis si longtemps. Le peuple français, choqué par les viols et les assassinats en série, réclame, en majorité, le rétablissement de la peine de mort ! Qui l’eut cru dans le pays de Voltaire, de Mitterrand et de Badinter ?

    En l’absence d’institut de sondage, nul ne peut dire quel est le pourcentage des Algériens qui sont contre la peine de mort. Mais il est facile de parier sans risque qu’ils sont très minoritaires et que l’extrême majorité d’entre nous est pour cette sanction extrême quand il s’agit de crimes extrêmes. Et donc, si vraiment dans ce pays, le peuple est LE SOUVERAIN, ceux qu’il a élus à sa tête sont dans l’obligation de chercher à savoir qu’elle est sa volonté et de la consacrer.

    Il est difficile, en ces moments de peine nationale causée par l’horrible viol suivi du meurtre dans des conditions des plus horribles de Chaïma et de tant d’autres victimes, de ne pas assimiler toute idée abolitionniste à de l’incitation aux crimes. Être contre l’exécution de la peine de mort, c’est tout simplement être du côté des assassins. Le violeur-assassin de la pauvre Chaïma ne mérite pas que l’on trouve des explications et des justifications à son forfait. Il ne mérite pas moins que ce qu’il lui a fait subir : c’est-à-dire la mort dans une très grande souffrance.

    Socrate justifiait «l’injustesse» de la mort donnée comme peine par le fait que «nul n’est méchant volontairement», insinuant par là que tout criminel est forcément le produit d’une société qui fonctionne mal. Peut-être. Mais qu’importe. Faute de maîtriser la cause, il faut agir sur le résultat. Et ce résultat pourri, il faut s’en débarrasser comme on se débarrasse d’un doigt ou d’un pied gangrené : le couper.

    Trop tard, l’assassin de Chaïma ne mérite plus de vivre. Peut-être que son exécution ne dissuadera pas d’autres criminels de sa nature, mais elle aura au moins pour avantage de compenser l’immense souffrance que la pauvre a subie et l’incommensurable douleur qu’endurent et endureront à jamais son père, sa mère, ses frères et ses sœurs. Peut-être que la peine de mort est une peine barbare et sauvage, comme le prétendent les progressistes, oui, mais il est certain que cette barbarie est le seul langage, la seule peine que conçoivent les barbares et les sauvages eux-mêmes.

    *Universitaire et avocat

    Le Quotidien d’Oran, 18 oct 2020

    tags : Algérie, Chaïma, assassinat, crime, peine de mort,

  • L’Algérie s’ouvre à l’investissement étranger : Vers la suppression partielle de la règle des 49/51%


    Par Me Fayçal Megherbi*

    Mise en œuvre dans le cadre des lois de finances complémentaires pour 2009 et 2010 complétant l’ordonnance n°01-03 du 20 août 2001 relative au développement de l’investissement, la règle dite des 49/51 dispose à l’article 4 bis de l’ordonnance que « les investissements étrangers ne peuvent être réalisés que dans le cadre d’un partenariat dont l’actionnariat national résident représente au moins 51% du capital social. Par actionnariat national, il peut être entendu l’addition de plusieurs partenaires ».

    Edictée afin de limiter les sorties de devises de l’Algérie, alors que le prix des hydrocarbures diminuait en 2009 de plus de 30%, cette règle constitue un moyen de collaboration imposée entre investisseurs étrangers et sociétés nationales. Elle n’est au demeurant pas nouvelle en droit du commerce international puisque de nombreux Etats l’ont déjà mise en œuvre, comme par exemple le Brésil en matière d’exploitation pétrolière et de télécommunications, l’Inde ou la Corée du Sud jusqu’en 1998 (législation dite du FIPA). Cette règle oblige l’investisseur étranger à négocier et agir de concert avec un partenaire local dans le cadre d’accords de coopération, c’est-à-dire le plus souvent en pratique dans le cadre de contrats de joint-ventures.

    Association de caractère contractuel, à objet limité, comportant la mise en commun de moyens et de risques et un égal accès des participants à la prise de décision (L.O. Baptasta, P. Durand-Barthez, Les joint-ventures dans le commerce international, Bruylant, 2012, p.73), la joint-venture d’investissement permet malgré la contrainte apparente des 49/51% d’assurer un accès au marché du pays qu’un investisseur seul aurait été incapable d’effectuer. Ce partenariat négocié peut, en outre, s’inscrire pour l’investisseur dans le cadre d’une stratégie mondiale de délocalisation ou d’outsourcing qui lui est profitable.

    C’est le cas pour beaucoup d’entreprises étrangères en Algérie, chinoises ou françaises. La règle des 49/51% peut s’avérer dans cette perspective profitable. Pourtant, il arrive que ce cadre réglementaire imposant une participation minoritaire de l’investisseur étranger freine celui-ci. La perte des processus décisionnels, notamment de la stratégie d’entreprise, peut en effet freiner l’engouement de la société investisseuse.

    Le droit du commerce international et la technique contractuelle offrent néanmoins des solutions à l’investisseur minoritaire, et ce, en conformité avec le droit du pays et les exigences réglementaires. En effet, à défaut de garder la propriété de la société (ownership) comme l’exige la règle des 49/51%, l’investisseur peut garder le contrôle de celle-ci. En effet, la propriété de la société n’est pas le contrôle de celle-ci. Comme le rappelle une doctrine autorisée : “Dans la société classique, la plupart des législations autorisent divers procédés -parts de fondateurs, actions à votes multiples, actions privilégiées ou à droits limités, voting trust – permettant de dissocier la propriété des actions de l’exercice du pouvoir”, (L.O. Baptista, P. Durand-Barthez, op. cit., p. 111).

    De la même façon, le co-venturer minoritaire peut se voir octroyer – il peut le négocier – le droit de nommer les dirigeants de la société commune de sorte qu’à nouveau, la désignation des organes de direction permet au partenaire étranger, avec le support compétent, de fixer de manière non exclusive les stratégies commerciales, financières et comptables de la joint-venture. Outre ces moyens de contrôles internes stipulés dans le contrat de joint-venture, il existe également des moyens de contrôle externe pour protéger l’investisseur minoritaire. Il s’agit notamment des contrats dits d’application. Ces contrats, parfois plus importants que le contrat de joint-venture lui-même, assurent l’application de la joint-venture et permettent d’orienter le contrôle de la société et son activité commerciale et financière.

    La règle du 49/51% est supprimée pour certains secteurs

    L’article 49 de la loi nº 20-07 correspondant au 4 juin 2020 portant loi de finances complémentaire pour 2020 précise l’article 66 de la loi nº15-18 correspondant au 20 décembre 2015 portant loi de finances pour 2016. En effet, l’article 49 dispose qu’à l’exclusion « des activités d’achat revente de produits et celles revêtant un caractère stratégique », pour lesquelles la règle des 49/51% est maintenue, « toute autre activité de production de biens et services est ouverte à l’investissement étranger sans obligation d’association avec une partie locale ».

    L’article 50 de la présente loi annonce les secteurs considérés comme stratégiques. Parmi eux, l’exploitation du domaine minier national, le secteur de l’énergie, les voies de chemin de fer, les ports et les aéroports et les industries pharmaceutiques « à l’exception des investissements liés à la fabrication de produits essentiels innovants, à fort valeur ajoutée, exigeant une technologie complexe et protégée, destinés au marché local et à l’exportation ».

    Ainsi, les solutions pour l’investisseur étranger s’appliquent dorénavant sur les secteurs cités ci-dessus, à forte valeur ajoutée pour la plupart. Pour les autres secteurs, l’investisseur étranger a un pouvoir décisionnel égal au partenaire étranger dans le cas d’un contrat de joint-ventures, et un pouvoir décisionnel total dans le cas d’autres contrats, ce qui accroît leur attractivité.

    Cette incitation à l’investissement étranger, annoncée par l’actuel ministre ministre de l’Industrie et des Mines Ferhat Ait Ali le 30 septembre 2020, reflète la volonté du gouvernement de relancer l’économie dans un pays ayant extrêmement souffert de la chute des cours des hydrocarbures et de la crise sanitaire.

    Les deux principaux facteurs explicatifs de la satisfaction du partenaire local est la confiance mutuelle et l’environnement réglementaire, facteurs partagés par le « parent étranger ». Ainsi, si la suppression de la règle 49/51% favorise l’environnement règlementaire, un climat de confiance est le principal facteur de réussite de ces co-entreprises. De ce fait l’entrée des investisseurs étrangers dans l’économie algérienne est fortement conditionnée par la confiance des étrangers dans le marché algérien.

    Afin d’assurer aux investisseurs une plus grande confiance, il serait particulièrement intéressant pour l’économie algérienne de faciliter le rapatriement des sommes investies. Cette mesure serait très incitative dans la décision initiale d’investissement, apparaissant comme une assurance pour un investisseur méfiant du marché ou craignant un potentiel désaccord. En effet, selon l’article 24 de la loi n°2016‐09 du 3 août 2016 relative à la promotion de l’investissement « Tout différend né entre l’investisseur étranger et l’Etat algérien, […] sera soumis aux juridictions algériennes territorialement compétentes, sauf conventions bilatérales ou multilatérales […] » qui devront être réglées par un compromis entre les deux parties. De ce fait, l’investisseur n’est pas assuré de pouvoir rapatrier ses capitaux, ce qui constitue un frein potentiel à l’investissement étranger en Algérie.

    *Me Fayçal Megherbi, Avocat au Barreau de Paris

    Algérie1, 17 oct 2020

    Tags : Algérie, investissement, règle49/51, entreprises,

  • Algérie : Le souvenir du massacre du 17 octobre 1961 hante le pays

    17 octobre 1961-2020 : Honneur à celles et ceux qui sont tombés pour la Justice et la Liberté !

    Le 17 octobre 1961, après la décision du préfet de Paris Maurice Papon d’établir un couvre-feu discriminatoire contre les ressortissants algériens (enfants, femmes, hommes), le Front de Libération Nationale décide d’appeler à une manifestation pacifique de protestation. Bien entendu cette manifestation est interdite.

    De nombreux travailleurs algériens et leurs familles vivent à cette époque dans des bidonvilles, dans une misère indescriptible, avec seulement quelques points d’eau. Les hivers sont très froids à cette époque, le sol est gelé, et seuls des chauffages rudimentaires permettent de faire cuire la nourriture, se laver. L’éclairage est fait de bric et de broc.

    Le bidonville le plus peuplé est celui de Nanterre. C’est de là que vont partir des milliers d’algériens en cortège vers le centre de Paris où doit se dérouler la manifestation. Le chemin est long.

    Le courage et la détermination des manifestations malgré la fatigue de la journée de travail exercé dans des métiers pénibles et dangereux comme la chaîne à l’usine, le bâtiment, le nettoyage, etc.

    Arrivé à hauteur du Pont de Neuilly, un immense barrage de police est déployé. Il bloque la manifestation et attaque le cortège pacifique avec une violence incroyable. Les manifestants sont frappés à coups de crosse de fusil, tirés à vue, frappés à coups de matraque, et pour finir, nombre d’entre eux, ensanglantés, morts, évanouis, sont jetés par-dessus le pont de la Seine où ils se noient dans l’eau glacée.

    Les autres manifestants ou ceux partis d’autres endroits sont raflés par milliers le jour même et les jours suivants, matraqués, jetés comme des chiens dans les paniers à salade. Sur le pont St Michel, les manifestants sont encerclés et tabassés, jetés dans la Seine. Au cinéma Rex où est prévu le regroupement pour démarrer la manifestation, la police tire sur la foule. C’est la grande rafle, comme celle menée par la police parisienne de nuit contre les juifs qui furent concentrés au Vél’d’Hiv puis remisés à Beaune la Rolande en attendant leur départ parqués pire que des bêtes dans des wagons à bestiaux scellés, jusque dans les camps de la mort, où ils seront exterminés. A cette époque, Maurice Papon, fonctionnaire scrupuleux au service de l’Etat fasciste et collaborationniste de Vichy, signait sans état d’âme à Bordeaux l’arrestation de centaines de juifs qui finiront gazés à Auschwitz.

    De nombreux personnages criminels, tortionnaires du type Papon et autres ont été déclarés irresponsables, n’ayant fait qu’obéir, d’autres furent blanchis comme Bousquet dont Mitterrand est resté l’ami malgré ses turpitudes. La plupart n’ont encourus que de courtes peines, certains furent ignorés, voir aidés à se cacher ou à s’enfuir pour servir contre le communisme, les travailleurs, les mouvements de libération nationale comme le FLN, en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie, etc.

    Le 17 octobre 1961, le fascisme, le racisme a montré son visage au grand jour. Ce n’était pas un « incident » passager. La bête immonde tenue en laisse par la classe dominante et son appareil d’Etat est en réserve. Aujourd’hui même il faut être vigilant. Une forme de « fascisme moderne » se fait jour au moyen de l’appareil d’Etat, car ces idées ne sont pas véhiculées que par l’extrême-droite, les groupes fascistes ou néonazis. La montée de cette forme nouvelle peut se développer en utilisant les vieilles méthodes du passé comme le racisme pour diviser les travailleurs. Les conciliateurs et réformistes, en faisant croire que l’on peut dompter le système, le mettre au service de l’homme, paralysent la volonté de la majorité de notre peuple en semant les illusions.

    Nous devons rester vigilants, nous organiser pour que les crimes et horreurs du passé ne soient de nouveau utilisés par la classe dominante pour conserver ce système pourrissant qui porte en lui la guerre comme l’orage porte la tempête.

    Pour en finir avec l’horreur capitaliste ce système, il ne suffit pas de renverser un dictateur ou changer de gouvernement. Les fantastiques révoltes populaires arabes qui sont un pas en avant montrent leurs limites actuelles. Sans direction, sans parti révolutionnaire, la bourgeoisie peut reprendre en main l’appareil d’Etat en repeignant simplement la façade.

    Ceux qui sont morts il y a 59 ans pour la justice et la liberté, pour un monde meilleur, sous les coups des « chiens de garde » de la classe dominante, nous regardent. Nous avons le devoir de poursuivre leur combat pour la justice et la liberté.

    Tags : Algérie, France, massacre, 17 octobre 1961, mémoire, répression, colonisation, colonialisme,

  • Algérie : La visite de Le Drian écourtée

    Malgré la rude concurrence des puissances émergentes, Paris veut garder la haute main dans cette région du nord de l’Afrique. Jean-Yves Le Drian est venu à Alger solliciter le soutien d’Alger qui condamne pourtant les interventions militaires comme moyen de règlement des conflits.

    Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian était invité pour un séjour de deux jours à Alger, les jeudi 15 et vendredi 16 octobre courant. À l’invitation de Sabri Boukadoum. Selon le communiqué du ministère des Affaires étrangères, « cette visite permettra de faire le point sur les avancées enregistrées, de part et d’autre, dans la coopération bilatérale ».

    Elle donnera également lieu à un échange de vues sur les questions régionales et internationales d’intérêt commun, notamment la situation au Sahara Occidental, le dossier malien et la situation dans la région du Sahel ainsi que la crise en Libye, dont le règlement sera au centre des discussions entre les deux parties », souligne le communiqué.

    L’éminence grise du Quai d’Orsay, accompagnée d’une forte délégation, n’est pas venue à Alger avec sous le bras des accords économiques ou la relance d’autres actuellement en souffrance, comme le projet de construction automobile Peugeot ou la question de la fermeture de l’usine de montage Renault.

    Au demeurant, il se contentera de revenir sur le nombre des entreprises françaises implantées en Algérie et leur « contribution à l’emploi et à la prospérité de l’économie algérienne », donc à défaut d’une annonce qui pèsera dans le futur sur les rapports entre les deux pays, longtemps dans l’ornière de l’attentisme.

    Le diplomate français, à son arrivée à l’aéroport d’Alger, sera accueilli tout juste par un cadre du ministère des Affaires étrangères. Il déclarera, néanmoins : « Je suis venu à Alger marquer la solidité des liens d’amitié entre nos deux pays », car pour la France, l’Algérie est un partenaire incontournable et de premier plan dans le règlement des crises régionales, dira-t-il. C’est la troisième visite qu’effectue à Alger Jean-Yves Le Drian et sera reçu par le Président Abdelmadjid Tebboune, ainsi que le Premier ministre Abdelaziz Djerad.

    Cette escale, qui devait durer deux jours vu l’acuité des questions à l’ordre du jour, sera écourtée d’une journée, la partie algérienne exprimant de la sorte son courroux, quand bien même on n’en sait pas plus sur les raisons des divergences de vues. Si le premier diplomate français a esquivé la conférence de presse qu’il devait tenir en janvier dernier au siège du ministère des Affaires étrangères, pour cette fois-ci, il se contentera d’une déclaration lue à sa sortie de la présidence de la République.

    Il évoquera notamment le Hirak dont seuls les Algériens sauront traduire les revendications, une clarification qu’il tenait à faire, sachant que ce fut une pomme de discorde entre Alger et Paris suite aux déclarations du Président Emmanuel Macron quant à la légitimité du scrutin présidentiel qui n’ont pas été du tout du goût du nouveau locataire du palais d’El-Mouradia, et n’a pas manqué de l’exprimer publiquement, haut et fort. Un épisode qui poussera Jean-Yves Le Drian à tenter de réparer les dégâts pour aboutir à une réconciliation entre les deux chefs d’État, à la faveur du Congrès de Berlin sur la crise libyenne.

    Dans la foulée de cette prédisposition à l’endroit des autorités du pays, dans sa déclaration, il exprimera le soutien au référendum du 1er novembre sur la révision de la Constitution chère au Président Tebboune. Mais au-delà des déclarations de bonnes intentions, dans le fond diplomatique, l’on reproche à Paris son jeu trouble tant dans ses relations de deux poids deux mesures avec les pays du Maghreb, avec une forte propension à s’aligner sur les positions marocaines, en particulier sur la question du Sahara Occidental, question inscrite dans l’agenda de cette nouvelle rencontre d’Alger.

    Cette préférence, estime-t-on, ne saurait cacher des soubassements politiques. Il est donc juste de revendiquer des rapports exempts de toute discrimination. L’embellie que semblait dessiner la restitution des restes mortuaires de premiers résistants algériens à la colonisation devait aller dans le sens du travail de mémoire, loin des passions et dans le cadre de la vérité historique. Si cette question a été rappelée dans la déclaration de l’hôte français, il est clair que pour Alger, il faut aller vers des « excuses officielles » de l’État français afin de refermer, une fois pour toutes, les querelles de mémoires qui pèsent de tout leur poids pour des relations apaisées entre l’Algérie et la France. Cette reconnaissance a toute son importance, s’il faut considérer les rapports entre les deux pays sur un pied d’égalité et de respect de la souveraineté. Or, c’est loin d’être le cas.

    La France a à son actif plusieurs points de litiges avec son voisin de la rive sud de la Méditerranée qui ne facilitent guère le règlement de contentieux qui tendent plutôt à prendre le dessus sur les bonnes intentions d’Alger. Parce que Paris entend, sur nombre de questions, garder la main haute. À commencer par le Mali et le Sahel où les autorités françaises successives prennent un malin plaisir à saborder les efforts d’Alger à établir la paix et réussir à rapprocher les positions des belligérants qui ont fini par signer les Accords d’Alger de 2016.

    L’ingérence militaire de la France au Mali a débouché sur la grave crise en cours et la radicalisation des groupes armés qui sèment la mort dans l’un des pays les plus pauvres du monde. Idem en Libye, devenue un pot-pourri des ingérences étrangères et de trafiquants d’armes, un tremplin de l’immigration clandestine, cauchemar de l’Europe. S’il va de soi que l’Élysée veut sauvegarder ses intérêts économiques dans la région qu’il considère comme zone d’influence exclusive, l’évidence montre que les rapports de force ne sont plus en sa faveur.

    Paris est en perte de vitesse dans de plusieurs de ses anciens bastions, que ce soit au Mali ou en Syrie, sans oublier le Sahel. Les aventures militaires sont fermement dénoncées par Alger qui n’a de cesse d’appeler au règlement des crises politiques par le dialogue.

    À Alger, Jean-Yves Le Drian rejoint les thèses algériennes, et tout en reconnaissant son rôle, ne cherche pas moins son soutien ! Sans aucune contrepartie. La réponse d’Alger est cinglante, l’Algérie ne veut pas d’un rôle de sous-traitant au service de la France. La visite de travail est alors réduite à une seule journée, Le Drian est rentré dans son pays hier vendredi matin.

    Brahim Taouchichet

    Le Soir d’Algérie, 17 oct 2020

    Tags : Algérie, France, Jean-Yves Le Drian, mémoire, colonisation, Sahara Occidental, Maroc,

  • Algérie-France : Pari (s) sur l’avenir

    On s’y attendait un petit peu. Que pouvait bien faire en Algérie le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères de la République française Jean-Yves Le Drian, en pleine campagne pour le référendum sur la révision de la constitution qui suscite une controverse ? “Le Président Tebboune a affiché ses intentions de réformes des institutions pour renforcer la gouvernance, l’équilibre des pouvoirs et les libertés”, a-t-il lâché lors de sa rencontre avec les médias.

    Avant de commenter cette petite phrase dans le fond, il convient, d’abord de souligner sa forme. Est-il vraiment opportun de se fendre d’une déclaration sur le processus politique interne à l’Algérie comme si nous étions un Dom Tom (département ou territoire d’outre-mer) ? Pourquoi Le Drian s’est-il permis de fourrer son nez dans nos affaires internes sachant que son pays, n’a pas encore assumé son devoir de mémoire et reconnu les crimes atroces que sa soldatesque a commis sur cette terre arrosée du sang des chouhadas ?

    Par quelque bout que l’on prend les propos du chef du Quai d’Orsay, elle paraît tout à fait déplacée, inopportune et tendancieuse. Il n’est pas exagéré non plus de penser qu’elle confine à de l’ingérence étrangère en bonne et dûe forme. La France est sans doute le dernier pays au monde à donner des leçons sur la démocratie et les droits de l’homme au monde bien qu’elle traine cette fausse médaille de “patrie des droits de l’homme”. Encore plus en Algérie, où elle a commis l’innommable mais s’obstine, 62 ans après l’indépendance à ne pas le reconnaître.

    En réalité, Paris fait dans la Realpolitik. À travers cette phrase moralement inacceptable de Jean-Yves Le Drian, elle montre pattes blanches devant le régime du président Tebboune et lui donne son onction diplomatique. L’enjeu c’est de protéger et défendre ses intérêts, pas uniquement en Algérie mais surtout au Sahel où elle traine les pieds dans le bourbier du Mali et en Libye où elle est reléguée derrière après l’entrée en lice des Américains et des Russes. Il serait naïf de croire que Le Drian se soit fendu de sa “belle phrase” juste pour les beaux yeux du président Tebboune.

    Malins, les français savent que le contexte politique dans lequel évolue le nouveau pouvoir en Algérie, leur ouvre la porte au possible retour en grâce sur la scène régionale notamment sur le dossier Libyen et malien. Ils savent aussi qu’une alliance avec l’Algérie sur ces deux dossiers chauds leur serait très bénéfique voire décisive. Un petit “baiser” de Paris ne serait tout compte fait pas de trop. Mieux encore, il a toutes les chances d’être le bienvenu auprès du pouvoir qui a tant besoin, ici et maintenant, d’un coup de main de l’ennemi…intime. Eh oui ! La France parie sur l’avenir. Le pouvoir aussi.

    Imane B.

    L’Est Républicain, 17 oct 2020

    Tags : Algérie, France, Jeans-Yves Le Drian, mémoire, Mali, Sahel, terrorisme,

  • ONU-Mali : La résolution 2133 de l’ONU ignorée ?

    par Abdelkrim Zerzouri


    La libération des quatre otages au Mali contre la libération de quelque 200 djihadistes a encore rompu le dogme, déjà très mal respecté, par les Etats occidentaux notamment, où la forte influence des sociétés, qui se solidarisent avec les otages et leurs proches, contraint les dirigeants de ces pays à nouer des tractations avec les groupes terroristes pour payer des rançons, ou autre monnaie d’échange, contre la libération de leurs ressortissants enlevés. De nombreux pays ont exprimé leur désapprobation face à cette libération négociée de quatre otages, « payée chèrement », selon le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré.

    Cette libération de 200 djihadistes, parmi lesquels figurent de dangereux terroristes, ne peut qu’ajouter à l’inquiétude d’un pays qui a subi, pas plus tard que mercredi 14 octobre, une série d’attaques djihadistes qui ont fait une vingtaine de morts, selon les déclarations du président burkinabé.

    La France, l’Italie et le Mali ne peuvent que se féliciter de la libération des quatre otages, une Française, deux Italiens et une haute personnalité malienne, personne ne peut d’ailleurs ressentir autre chose que de la satisfaction après la libération des otages, mais les négociations avec les kidnappeurs, le prix à payer et les retombées attendues en matière de lutte antiterroriste dans cette région, poussent plus à la crainte de voir les groupes terroristes renforcer leur capacité de nuisance, sans oublier que cette victoire les encouragera à sévir encore en multipliant ces rapts qui se confirment forts bénéfiques, non seulement pour le moral des troupes, mais également pour la trésorerie et l’armement, grâce au soutien de la récolte des rançons et la libération des leurs.

    Ainsi, ce dernier coup, éclatant pour la nébuleuse terroriste en activité au Sahel, augmente les soucis sécuritaires à travers le risque accru d’attentats terroristes au Mali et les pays limitrophes, avec lesquels il partage 7.420 km de frontières, particulièrement l’Algérie (au Nord), le Niger et le Burkina Faso (à l’Est) et la Côte d’Ivoire (au Sud).

    L’Algérie, qui a plaidé avec acharnement à l’ONU, dès le début des années 2000, pour la criminalisation du paiement des rançons aux groupes terroristes contre la libération d’otages, ayant abouti en 2014 à la prise de la résolution 2133, qui interdit « de mettre des fonds, avoirs financiers ou ressources économiques ou autres services connexes directement ou indirectement à la disposition de personnes qui commettent ou tentent de commettre des actes de terrorisme et d’empêcher les terroristes de profiter directement ou indirectement de rançons ou de concessions politiques », garde un silence pesant sur ces tractations qui ont abouti à la libération de quatre otages contre l’élargissement de 200 djihadistes, parmi lesquels figurent de simples suspects arrêtés lors d’opérations de ratissage et également des responsables de certains des attentats les plus meurtriers de ces dernières années dans la région, selon des sources bien informées à ce sujet, notamment des militaires français déployés au Mali dans le cadre de l’opération ‘Barkhane’, qui se sont exprimés sous l’anonymat.

    Même si on attribue les tractations en question au Mali, qui a négocié seul avec le camp des preneurs d’otages, la France qui ne s’est pas moins sentie impliquée dans cette situation, vu son importante influence au Mali et la nationalité française de l’un des otages, a vite réaffirmé sa volonté de ne pas dévier du cadre de la lutte antiterroriste pour réconforter ses militaires au Mali, dont le moral a subi un sérieux contrecoup, ainsi que les familles qui ont perdu l’un des leurs dans les combats dans ce pays, et rassurer Alger en y dépêchant son ministre des Affaires étrangères immédiatement dans le sillage de ces évènements.

    Le Quotidien d’Oran, 17 oct 2020

    Tags : Algérie, Mali, France, terrorisme, rançons, Sahel, Barkhane,