Tag: #algérie

  • Le sage et la prophétie de Bagdad

    Par Mohamed Badaoui

    Il vécut au début du XIXe siècle à El Guetna, au cœur de la plaine de Ghris, dans la wilaya de Mascara. Cet homme dont on sait peu de choses exerça, pourtant, une influence considérable sur l’histoire récente du pays. Son nom : Mohiéddine Ben Mostefa El Hassani.

    Grande figure de la tribu des Hachem mais aussi éminente personnalité de la zaouïa Qadiriya, il était réputé pour sa sagesse, son savoir et sa générosité. Maître soufi, continuateur de la pensée d’Ibn Arabi et d’Abdelkader El Djilani, il prodiguait un enseignement gratuit à quiconque voulait s’instruire. Il distribuait également une large part de sa fortune sur les nécessiteux, offrait le gîte aux voyageurs et accordait sa protection à tous ceux qui la sollicitaient.

    Homme de foi et de vertu, il jouissait de la considération habituellement réservée aux saints. Sa renommée était telle que des groupes et des individus venaient parfois de loin pour le consulter sur des questions pratiques, philosophiques ou spirituelles. Souvent aussi, des personnes ou des tribus lui demandaient d’arbitrer, en juge impartial qu’il était, les conflits qui les opposaient.

    Avant la colonisation française, la région de Mascara faisait partie du beylik d’Oran. Les Ottomans, servis par les Kourouglis, y détenaient le pouvoir et voyaient d’un mauvais œil l’aura charismatique du Cheikh. Leur règne déclinant était marqué par l’injustice, la surimposition appliquée aux autochtones et par les expéditions punitives contre les tribus obérées. Ce traitement suscitait courroux et ressentiment chez les populations rurales et menaçait de provoquer à tout instant leur rébellion.

    Mohiéddine fut lui-même soupçonné de conspirer contre l’autorité de Hassan bey, le régent d’Oran. Son frère Boutaleb s’était d’ailleurs enfui à la suite d’accusations de sédition et de complicité avec le chef de la zaouiya tidjania d’Aïn Madhi qui lançait régulièrement des attaques contre les garnisons ottomanes de l’Ouest.

    L’exil forcé

    Mohiéddine préféra quitter momentanément le pays sous le prétexte d’un pèlerinage à la Mecque. Il cherchait à se prémunir de l’éventualité d’une incarcération et dissiper les doutes qui pesaient sur lui. Parmi ses compagnons se trouvait son fils préféré Abdelkader alors âgé de 19 ans ; celui qui allait devenir l’Emir, le résistant, puis le fondateur de l’Etat moderne algérien.

    Hassan bey laissa partir Mohiéddine mais ordonna à ses soldats d’intercepter sa caravane aux environs de la rivière Chélif pour l’escorter lui et sa famille à Oran où ils seront soumis, durant deux ans, à une sorte de résidence surveillée. Ils ne retrouveront la liberté qu’en 1827, grâce à l’intercession de plusieurs chefs de tribu et de notables.

    Autorisé à reprendre le chemin des Lieux Saints, Mohiéddine gagna Tunis avec un grand nombre de fidèles. De là, il prit un bateau pour Alexandrie puis visita le Caire de Mohamed Ali Pacha avant de traverser la Mer rouge pour accoster à Djedda et poursuivre son périple jusqu’à la Mecque.

    Une fois leur pèlerinage accompli, Mohiéddine et son fils prirent seuls la route de Bagdad en passant par la grande Syrie où ils rencontrèrent de nombreux docteurs de la foi. Le moment n’était pas encore propice pour retourner au pays. La crainte d’une nouvelle saute d’humeur du bey Hassan conseillait au vieux sage la prudence.

    Il voulait d’autre part profiter de son séjour au Moyen-Orient pour se recueillir, dans la capitale irakienne, sur le catafalque du célèbre maître soufi Abdelkader El Djilani.

    C’était lors de cette visite que, selon une légende, une prophétie avait annoncé qu’Abdelkader deviendrait bientôt chef d’Etat. Pendant qu’il était allé surveiller les chevaux qui paissaient dans la plaine, un homme à la peau noire apparut à son père qui se reposait près du mausolée d’El Djilani pour l’interroger sur l’endroit où se trouvait « le sultan ».

    Surpris, Mohiéddine aurait répondu « il n’y a pas de sultan parmi nous. Nous sommes des gens simples de retour de la Mecque ». L’inconnu l’aurait ensuite réprimandé d’avoir laissé le futur « le souverain du Gharb » aller conduire les chevaux au pâturage. « Le règne des Turcs est sur le point de finir au Maghreb et c’est Abdelkader qui prendra sa place » aurait-il ajouté avant de disparaître aussi mystérieusement qu’il ne s’était manifesté.

    Mohiéddine et son fils demeurèrent plusieurs mois à Bagdad avant de retourner au Hidjaz, à l’approche du pèlerinage. Une fois sur les lieux, ils s’enquirent auprès de compatriotes en provenance d’Oranie sur la situation qui prévalait au pays et obtinrent de précieux renseignements. Rassurés par ce qu’ils avaient entendus, ils décidèrent que l’heure de mettre un terme à leur exil temporaire avait sonné.

    Le retour au pays

    En cours de route, ils s’arrêtèrent à Aïn Ghezala, un lieu-dit près de Tripoli en Libye, pour se recueillir sur la tombe du père de Mohiéddine, décédé quelques années plus tôt lors de son retour de la Mecque. A leur arrivée au beylik d’Oran, une foule immense affluant de toute part s’était massée pour leur souhaiter la bienvenue et recevoir les bénédictions du guide mystique.

    Plus tard, Mohiéddine se retira volontairement de la vie publique pour éviter de possibles représailles des autorités ottomanes et se consacrer à ses actions de bienfaisance.

    En 1830, les troupes françaises envahissaient Alger et menaçaient d’occuper le reste du pays. L’attaque provoqua un soulèvement général des tribus de l’Ouest contre le Makhzen. Une période de troubles s’ensuivit pendant que Hassan bey hésitait entre la fuite à Constantinople et la défense de sa capitale. Il demanda finalement la protection de l’homme qu’il avait auparavant interné et poussé à l’exil : Mohiéddine Ben Mostefa.

    Le chef des Hachem refusa au début la requête du souverain déchu mais devant son insistance, il décida de réunir le conseil de la tribu. Les avis furent unanimes pour accueillir le bey à l’exception d’Abdelkader -le dernier à s’exprimer sur le sujet- qui s’y était opposé. Selon lui, il était dangereux d’accorder le refuge au régent. L’anarchie régnait dans tout le territoire et l’homme était détesté par une grande partie de la population. Il aurait été déshonorant pour sa famille qu’il fût assassiné chez elle alors qu’elle était censée le protéger.

    Le futur émir craignait aussi que, en accordant l’asile à Hassan bey, le clan des Hachem fût accusé de connivence avec le tyran. Le point de vue d’Abdelkader prévalut et sa recommandation fut adoptée par tous.

    Devant l’inexorable avancée de l’armée française, les notables de la région supplièrent Mohiéddine de prendre la tête de la résistance. Il refusa cependant la mission. « Je suis trop vieux pour accepter le fardeau du commandement, répondit-il. Voyez, ma barbe est blanche et mes forces ne conviennent pas aux nécessités de la situation. Ce qu’il vous faut, c’est un chef jeune, actif, brave, intelligent qui sache et puisse mener les tribus à la guerre sainte : ce chef, je ne puis l’être. »

    La réalisation de la prophétie

    Ses interlocuteurs lui demandèrent alors de désigner son fils Abdelkader pour occuper cette charge, mais Mohiéddine refusa de nouveau. A ses yeux, l’Emir était trop jeune et inexpérimenté pour assumer une telle tâche.

    La négociation dura tard dans la nuit jusqu’à ce qu’un autre maître vénéré affirma avoir vu dans un rêve Abdelkader assis sur un siège d’honneur disant la loi et rendant la justice. Cette vision coïncidait étrangement avec un songe que Mohiéddine fit où Sidi Abdelkader El Djilani lui serait apparu pour lui rappeler la prophétie de Baghdad. « Ton fils, ou toi, devez accepter d’être sultan des Arabes. Si tu acceptes le pouvoir pour ton propre compte, ton fils mourra ; si tu l’acceptes pour lui, c’est toi qui mourras bientôt. »

    Mohiéddine finit par obtempérer au destin. Lui qui forma l’Emir Abdelkader à l’art de chevalerie et du commandement, à la science et à la spiritualité décéda effectivement peu de temps après.

    Sa valeur se mesure par le long combat de son fils préféré contre l’occupation et par son œuvre qui demeure remarquable jusqu’à présent.

    Mohamed Badaoui

  • Algérie : Nouvelle approche

    La nouvelle Algérie, qui a célébré sereinement son premier anniversaire, est passée à la vitesse supérieure pour donner un contenu concret aux réformes politiques et économiques. A la faveur des avancées démocratiques, traduites par l’adoption de la Constitution dont elle constitue l’acte fondateur, la marche en avant se caractérise également par l’efficience de la stratégie de lutte contre la pandémie aux résultats satisfaisants, garantissant une sortie rapide de la crise sanitaire.

    A la demande expresse du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le choix du vaccin et le lancement de la campagne de vaccination, prévue ce mois-ci, confortent le sentiment de confiance et un optimisme en de lendemains meilleurs, balayant le scepticisme entretenu par les partisans du chaos. Forte de la solidité des institutions et de la cohésion nationale, la nouvelle Algérie croit fermement aux chances de décollage.

    Dès son retour au pays, le président de la République a impulsé une dynamique de consultation et d’évaluation pour faire face aux défis sanitaire, sécuritaire et socio-économique. L’approche sectorielle qui a prévalu dans le premier Conseil des ministres de la nouvelle année contribue à remettre sur les rails les réformes destinées à satisfaire prioritairement les besoins essentiels des populations, notamment celles des zones d’ombre et éloignées, et à promouvoir une économie diversifiée et compétitive, fondée sur l’économie du savoir et des connaissances et appelée à optimiser toutes les ressources minières recensées. «Les résultats des réformes globales se manifesteront en temps voulu», a affirmé le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Ammar Belhimer, dans un entretien accordé à l’Agence de presse du Moyen-Orient (Mena). Les perspectives sont réellement prometteuses.

    Dans le premier rapport sur la relance pour la période 2020-2024, le ministère de la Prospective a indiqué que «la forte récession», impactée par la crise sanitaire et la chute drastique des prix du pétrole, sera accompagnée par une reprise au 1er trimestre 2021, grâce aux performances sectorielles permettant une croissance soutenue qui passera de 3,98% en 2021 à 4,3% en 2022. Cette dynamique est encouragée par le président de la République, attaché à soutenir une forte impulsion économique.

    Lors de la réunion du Haut conseil de sécurité, organisée au lendemain de la tenue du Conseil des ministres, le président Tebboune a souligné l’urgence d’un plan d’encouragement et d’incitation pour les producteurs, associant les secteurs public et privé. Face aux défis régionaux et internationaux «très complexes», le devoir de vigilance impérieux s’impose pour préserver les acquis de l’Algérie de la stabilité et du décollage économique.
    Horizons, 6 jan 2021

    Tags : Algérie, Abdelmajid Tebboune,

  • Algérie : Voici la condition sine qua non pour être naturalisé algérien

    Pour acquérir la nationalité algérienne, tout prétendant doit respecter une condition fondamentale, à savoir la loyauté envers l’Algérie, selon le ministre de la Justice, garde des Sceaux Belkacem Zeghmati.

    «La nationalité algérienne ne sera accordée qu’aux personnes qui expriment leur loyauté à l’Algérie», a déclaré le ministre de la justice, ce jeudi, devant les membres du Conseil de la nation.

    «La liberté de l’Algérie de définir la personne méritant d’être naturalisée s’inscrit dans le cadre de sa souveraineté et que la nationalité algérienne ne sera accordée qu’à ceux qui expriment leur loyauté envers l’Algérie», a expliqué le garde des Sceaux.

    «La loi régissant l’accès à la nationalité algérienne autorise le ministre de la Justice à refuser de l’attribuer à une personne donnée bien que toutes les conditions soient réunies», a-t-il ajouté.

    Selon le ministre, «la loi n’a pas fixé un délai pour l’octroi de la nationalité algérienne».

    Echourouk, 7 jan 2021

    Tags : Algérie, nationalité, naturalisation,

  • Mauritanie – Algérie : L’axe Alger-Nouakchott se renforce

    Le renforcement de la coopération militaire entre l’ANP et l’armée mauritanienne constitue plus qu’une nécessité, en vue de faire face aux défis sécuritaires qui s’imposent dans la région.

    La visite du Chef d’Etat-Major Général des Armées mauritaniennes, Mohamed Bamba Mokit, revêt un très grand intérêt géostratégique tout autant pour l’Algérie que pour la Mauritanie surtout qu’elle intervient dans un moment de grande tension dans la région. La rencontre du général Mokit avec le général de corps d’armée, Saïd Chanegriha a certes été une occasion de passer en revue l’état de la coopération militaire bilatérale mais elle a surtout permis d’échanger les analyses et points de vue sur les questions de sécurité régionale. Il va sans dire que les événements d’El Guergarate ont mis sous les feux des projecteurs les relations entre le Maroc et la Mauritanie. Car, si le retour des civils au pouvoir avait ouvert la porte à un réchauffement des relations entre Rabat et Nouakchott, cette option s’éloigne de plus en plus après que le Maroc ait fait éclater la guerre aux frontières de la Mauritanie, tirant dernièrement «par erreur» et à deux reprises sur ses patrouilles militaires, dans la zone frontalière avec le Sahara Occidental. C’est dire que la Mauritanie subit indirectement les conséquences de l’agression marocaine sur le Sahara occidental.

    La normalisation du Maroc de ses relations avec l’état sioniste a été, elle, le coup de grâce. Car, la Mauritanie ne semble pas inscrire l’option de la normalisation avec Israël dans son agenda. D’ailleurs, ses parlementaires ont appelé hier, à une loi criminalisant une éventuelle normalisation des relations diplomatiques entre Nouakchott et Jérusalem. Ce qui laisse supposer donc que la Mauritanie va chercher à renforcer sa sécurité aux frontières avec le Maroc avec l’arrivée du danger sioniste. Mais plus que ce danger sur lequel, elle garde une position neutre, c’est surtout pour faire face au risque d’une amplification du terrorisme et des narcotrafiquants que la Mauritanie va chercher à rendre sa frontière hermétique. A ce titre, le renforcement de la coopération militaire entre l’ANP et l’armée mauritanienne constitue plus qu’une nécessité, en vue de faire face aux défis sécuritaires qui s’imposent dans la région. Cette consolidation se fera notamment à travers le comité d’Etat-Major Opérationnel Conjoint (CEMOC) qui englobe l’Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger.

    Pour Alger, le renforcement de la coopération avec Nouakchott est une aubaine à plus d’un titre. Car, cela va permettre de combattre plus efficacement le crime organisé et le terrorisme mais aussi développer le commerce vers l’Afrique. D’ailleurs, les exportations vers Nouakchott ont déjà été lancées et les produits algériens connaissent une présence forte en Mauritanie. C’est dire que le rapprochement Alger-Nouakchott aura des répercussions très bénéfiques sur les deux pays.

    Amine Ghouta

    Source : Cresus quotidien, 6 jan 2021

    Tags : Algérie, Maurianie, Maroc, terrorisme, Sahel, trafic de drogue,

  • Maroc : De l’oseille pour Jeune Afrique

    Selon une facture obtenue par Maroc Leaks, le Makhzen a payé, pour la période 2010-2011, lze montant de 700.000 euros au magazine Jeune Afrique. De quoi répondre à la fameuse question « qui finance les publications de François Soudan »?.

    En 2005, le Journal Hebdomadaire a enquêté sur les liens occultes existant entre le régime marocain et Jeune Afrique. Voici le texte intégral de leur enquête :

    Le régime du maroc finance le groupe jeune Afrique
    Maroc: De l’oseille pour « jeune afrique »

    Le Journal Hebdo, 04-10-2005

    Comment le régime « finance » le groupe de Béchir Ben Yahmed pour soigner son image.

    Quelle est la vraie nature des liens que tisse le Maroc avec le groupe Jeune Afrique ? Un coin du voile est désormais levé sur la face cachée des relations, entre le royaume et le groupe de presse Jeune Afrique. Les documents que le Journal Hebdomadaire s’est procuré attestent d’une relation plus catholique. Les accusations n’ont jamais manqué. Voyons plutôt. Selon les données figurant sur l’échéancier de paiement que le Journal s’est procuré, le Maroc s’est engagé à verser 994.000 euros à DIFCOM, agence de communication et régie publicitaire appartenant au groupe Jeune Afrique. Cet échéancier d’encaissement stipule que le Maroc doit s’acquitter de ce montant en trois tranches ou versements, étalés sur un an. Toutefois, les modes de règlement n’ont pas été précisés…
    Qu’a obtenu le régime marocain en contrepartie de ces 994.000 euros ? DIFCOM s’est-elle engagée à assurer la publication d’une série d’articles positifs sur le Maroc ? La constellation Jeune Afrique mettait-elle à la disposition du royaume son réseau « France-Afrique » ? Pourquoi payer autant d’argent à ce groupe pour qu’il soigne l’image du Roi du Maroc ? Les échéanciers de DIFCOM attestent qu’en 2002 et 2003, les présidents de pays comme la Mauritanie, le Gabon, le Cameroun, la Guinée équatoriale, le Togo, ou le Rwanda ont assuré au groupe Jeune Afrique une manne de plusieurs millions d’euros. Pourquoi le Maroc recourrait-il à ce qui semble bien être des stratagèmes de républiques bananière pour soigner son image ? A noter que l’Algérie passe aussi à la caisse pour un montant quasi égal à celui versé par le Maroc (950.000 euros). Preuve, sans doute, des talents de négociateurs des dirigeants de JAI qui savent tirer le maximum des rivalités régionales sur le continent africain.

    Les visites du « Grand blond »

    Les articles de JAI consacrés au royaume et au roi du Maroc, en 2003 par exemple, se passent de tout commentaire (voir P. 32).
    Les visites de François Soudan, le directeur de la rédaction de JAI, au Maroc se suivent et se ressemblent. Elles sont régulières. Le « grand blond normand », comme l’appellent familièrement ses amis, est royalement accueilli. Logé dans les meilleurs palaces, François Soudan dispose, pendant tout son séjour au Maroc, d’une voiture et d’un chauffeur 24h/24. Ce traitement VIP dont bénéficie le directeur de la rédaction de JAI au royaume fait vraisemblablement partie de ce fameux « contrat de communication ». En tout cas, François Soudan multiplie les « missions spéciales » au Maroc. Il est reçu et briefé par tous les hommes forts du pouvoir comme Fouad Ali El Himma, Hamidou Laânigri, Meziane Belfkih et André Azoulay. Au Maroc et ailleurs, les accusations pointent constamment du doigt le groupe Jeune Afrique. Un article du Canard Enchaîné, daté du 8 juin 1994 considère J.A.I. comme le « spécialiste des dossiers de pub politique ». Et enchaîne, à propos d’une commande encensant l’ex-dictateur du Togo : « A croire que cirer les pompes du général Eyadema, un peu massacreur sur les bords, ne gêne en rien les dirigeants de Jeune Afrique. Des récidivistes, d’ailleurs ». Pour développer et rentabiliser ses « marchés » sur le continent noir, Béchir Ben Yahmed profitait de son amitié avec un certain Jacques Foccart, le monsieur Afrique de la France. Ce dernier, pour mener à bien sa diplomatie parallèle, mettait le patron de Jeune Afrique sur des sujets « porteurs ». Cette amitié avec l’homme qui joua un rôle de premier plan dans le maintien de la dépendance des pays africains en dit long sur l’action émancipatrice du groupe Jeune Afrique, véritable machine à sous ! Les sommes versées par le Maroc pour s’adjuger les faveurs éditoriales de JAI est une pratique qui ne date pas seulement du nouveau règne. Hassan II a souvent eu du mal à gérer BBY.

    Une vieille histoire

    Tantôt, il profite de ses écrits panégyriques, tantôt, il subit ses foudres « éditoriales ». Cela dépend-il de la générosité du palais royal ? Il y eut des hauts et des bas. Irrité par la méchanceté de BBY qui n’hésite pas à l’attaquer personnellement dans ses éditos, Hassan II décide d’interdire la diffusion de Jeune Afrique au Maroc pendant toute une décennie, entre 1965 et 1975. Mais, pendant toute cette période, Ben Yahmed profite du soutien inconditionnel de l’Algérie de Houari Boumediene. « Béchir a eu tout ce qu’il voulait d’Alger. Jeune Afrique était ouvertement pro-algérien et catégoriquement anti-marocain », explique un ancien journaliste rescapé de la boîte, qui coule sa retraite à Paris. « L’anti-marocanisme » de Jeune Afrique est alors essentiellement décliné par des enquêtes accusant l’implication des barbouzes du roi dans l’enlèvement de Medhi Ben Barka, et des articles soutenant les deux putschs avortés contre Hassan II, en 1971 et 1972. Des papiers qui portent la signature de Younes Berri, qui n’est autre que l’ancien opposant socialiste exilé à Paris, Hamid Barrada. Toutefois, grâce aux bons offices de Houphouët Boigny, ancien président de la Côte d’Ivoire, et un lobby pro-marocain mené par Serge Guetta, un financier parisien, ami de Ben Yahmed et André Azoulay, alors directeur commercial du groupe français Scoa, les relations entre Rabat et Jeune Afrique reprennent de plus belle. Profitant d’un incident avec l’Algérie, Ben Yahmed ferme, sans hésiter, son bureau à Alger en février 1975, tourne le dos à Houari Boumediene et entame une nouvelle page avec le Maroc. Désormais, BBY compte sur ses appuis dans l’entourage du Roi « C’était Mohamed Cherkaoui, alors ambassadeur du roi dans l’Hexagone et son beau-frère qui était l’émissaire de Hassan II auprès de Jeune Afrique », nous révèle cet ancien collaborateur de Jeune Afrique. A quelques mois de la Marche verte, Jeune Afrique lâche Alger et épouse, corps et âme, la thèse de Hassan II, conseillé par Ahmed Réda Guédira. L’hebdo va d’ailleurs jouer un grand rôle dans la médiatisation de sa version du dossier Sahara auprès d’une grande partie de l’Afrique francophone. A la manière d’un attaché de presse… Boumediene fulmine, il se sent trahi. Lui qui comptait beaucoup sur Ben Yahmed et son canard dans sa campagne de propagande en faveur de la RASD. Au sein même de la rédaction de la rue d’Auteuil, trois journalistes défendent, depuis quelques années déjà, la cause marocaine. Il s’agit de l’Algérien Hamza Kaidi, du Tunisien Abdelaziz Dahmani et du Marocain Mohamed Selhami. Ce trio dispose d’un bon carnet d’adresses au royaume. Leurs rapports avec les décideurs marocains sont plus qu’excellents. Ce qui arrange inévitablement les affaires de Ben Yahmed. Ce dernier accueille, les bras ouverts le général Ahmed Dlimi, un de ses contacts marocains les plus privilégiés, à chacun de ses passages à Paris. « Avec Dlimi, Ben Yahmed finissait toujours par avoir ce qu’il voulait du Maroc », nous explique-t-on. La lune de miel entre Rabat et Jeune Afrique ne va pas pour autant être affectée par la mort subite de l’ex-patron du CAB1. Et puis, en pleine guerre du Sahara, Hassan II a toujours besoin des « précieux services » du magazine des « présidents africains ». Driss Basri, ministre de l’Intérieur et de l’Information, l’a d’ailleurs très bien compris. Il répond favorablement à toutes les sollicitations et les démarches de François Soudan, désormais le journaliste attitré et l’émissaire officiel de Ben Yahmed au Maroc.

    Opération séduction à 1 million

    « Pendant plusieurs années, nous avons financièrement soutenu Jeune Afrique. Et l’on n’a pas lésiné sur les moyens pour satisfaire leurs doléances qui étaient récurrentes », reconnaît D.Basri. Ce dernier confie ainsi à Othmane Bouabid, son chef de Cabinet, la gestion du « dossier Jeune Afrique ». Le soutien financier auquel fait allusion l’ancien ministre de l’Intérieur se répartit globalement en éditions spéciales et autre manne publicitaire des annonceurs institutionnels publics marocains, voire même privés. Après son retrait spectaculaire de l’OUA, en 1984, Hassan II ne peut pas se permettre pour autant le luxe de la politique de la chaise vide. Il a compris que la bataille du Sahara se joue aussi dans les médias. C’est ainsi qu’à l’occasion de l’assemblée générale des Nations Unies à New York, en 1985, le Maroc commande à Jeune Afrique une édition spéciale de cent mille exemplaires consacrée au dossier du Sahara, en trois langues. Mais en raison d’un problème technique, la photo de Hassan II en couverture de cette édition a été déformée. Les Marocains ont demandé et obtenu son ramassage. Trois semaines plus tard, Béchir Ben Yahmed exige et finit tout de même par être payé malgré son édition ratée. L’opération aurait coûté la bagatelle de 1 million de francs français.

    Mais Hassan II en a ras-le-bol. La chute du mur de Berlin, le cessez-le-feu avec le Polisario en 1991 et le plan de référendum proposé par l’ONU, finissent par convaincre Hassan II de la caducité de son « partenariat » avec Jeune Afrique. « Nous avons alors décidé d’arrêter notre collaboration pour des considérations mutuelles, en 1993 » (sic !), dira D.Basri. Ce dernier avoue même avoir personnellement donné quelque temps après l’ordre d’interdire la distribution de Jeune Afrique au Maroc, et ce à maintes reprises. Malgré ce « divorce », Jeune Afrique a continué à souffler le chaud et le froid sur Hassan II, depuis sa maladie jusqu’à son décès, et même après ! Dans Jeune Afrique n°2012, du 30 juillet au 9 août 1999, qui contient un spécial sur la mort de Hassan II, Béchir Ben Yahmed fait d’une pierre deux coups. Il instruit un procès de Hassan II à titre posthume et envoie des messages codés à son successeur. Messages que son entourage aurait finir par recevoir cinq sur cinq !

    Le trône « Peopolisé »

    Cette évolution est intéressante car elle souligne une régression notable dans la gestion de l’image du nouveau règne. Déjà, Hassan II avait pu se passer des services d’une presse « commerciale » puisque les réformes entamées durant les dernières années de son règne se « vendaient toutes seules ». La presse économique internationale a, la première, souligné les réformes économiques du Royaume avec, notamment, un programme de privatisation et de réforme des marchés financiers qui a suscité les commentaires favorables des quotidiens d’affaires les plus crédibles. Le Financial Times consacre ainsi, dès 1994, un supplément, à la tonalité positive, sur l’économie marocaine. Avec l’alternance et la nomination d’Abderrahman Youssoufi à la tête du gouvernement, Hassan II réalise une formidable opération de marketing politique. La très anti-monarchiste « l’Huma » titre un de ces articles sur le royaume en avril 1999, c’est-à-dire 4 mois avant le décès de Hassan II : « Le printemps marocain ». L’avènement du règne de Mohammed VI est accueilli avec encore plus d’enthousiasme. Le Wall Street Journal se fend d’un article, à la limite du dithyrambe, pour saluer l’arrivée du nouveau roi. Time Magazine publie la première interview du successeur de Hassan II avec reportage photo à l’appui. Avec les premiers errements, et notamment les dérapages sécuritaires, l’image du régime s’étiole. Les architectes de la communication de la monarchie réagissent par la « peopolisation » de la famille royale avec l’octroi d’un accès privilégié aux reporters de Paris Match. L’autre réaction, nous le savons aujourd’hui, est le retour des bonnes vieilles méthodes avec ce cher JAI. L’année 2003 est symptomatique de ce revirement. Pourquoi ? D’abord parce que c’est l’année, avec 2002, où l’existence d’un contrat de communication entre le Maroc et Difcom est prouvée. Mais aussi parce que 2003 est l’année où, depuis l’accession de Mohammed VI au trône, le pouvoir a le plus eu besoin de « communiquer » avec la communauté internationale et avec les Marocains.

    Flash-back. 2003 est sans conteste l’« annus horribilis » pour le Maroc. Tout d’abord avec les attentats de Casablanca le 16 mai qui traumatisent l’opinion et relancent le débat sur la place des islamistes en politique. Mais aussi avec l’encaissement d’un sérieux revers diplomatique lorsque Washington avalise le plan Baker II rejeté par un Maroc sommé de faire une contre-proposition. A cela s’ajoutent des éléments de politique intérieure déstabilisants pour le régime : le sempiternel débat sur la sacralité du roi dans une hypothétique réforme de la Constitution, des rumeurs portant sur des irrégularités lors du scrutin de septembre 2002, la montée du PJD et d’Al Adl wal Ihsane… Sans oublier un durcissement à l’encontre de la presse indépendante comme en témoigne l’affaire Ali Lmrabet.

    Dès lors, on devine les tentations du régime : rebondir sur les attentats de Casablanca pour positionner le roi au sein d’une nouvelle donne alors qu’il entre dans sa 4è année de règne et prête le flan à un vrai premier bilan. Et, pourquoi pas, au passage, en profiter pour affaiblir les islamistes, grand défi à la monarchie pour les années à venir et cette presse dite « indépendante » qui stigmatise chaque faux pas ? Résultat : ballottée au rythme de l’actualité, l’image du royaume se ternit au point que de réelles avancées comme la réforme de la Moudawana ne suffisent plus à redorer son blason. D’où la tentation d’emprunter des chemins de traverse…

    Tags : #Maroc #MonarchieAlaouite #JeuneAfrique #FrançoiaSoudan #BéchirBenyahmed #Françafrique

  • Algérie : Le silence de Bouteflika

    Le silence de Bouteflika

    Les propos énigmatiques de Saïd Bouteflika devant le tribunal induisent une question brûlante, à laquelle il n’y a pas de réponse. Du moins, dans l’immédiat !

    Que doit penser Abdelaziz Bouteflika, qui a régné en monarque quasi absolu pendant 20 ans, de tout ce qu’on lui impute aujourd’hui ?

    On serait bien curieux de l’entendre là-dessus ! Ça doit être piquant !

    Source : Le Soir d’Algérie, 6 jan 2021

    Tags : Algérie, Abdelaziz Bouteflika, Saïd Bouteflika,

  • Algérie : Le mélange des genres

    par Abdou BENABBOU


    Le frère cadet du président déchu a été transféré dans une prison civile. De lourds griefs pèsent toujours sur lui et ses allers-retours entre les maisons d’arrêt et les tribunaux ne sont pas près de finir loin s’en faut. Voilà un homme empêtré au cœur de circonvolutions plus que regrettables pour lequel la déroute de sa destinée l’a vêtu d’habits inadaptés à sa taille. On ne s’habille pas au pied levé et sans coup férir d’un costume d’homme d’Etat et le profil et la consistance de l’ex-conseiller spécial sérieusement incriminé à juste raison laissent cependant dégager une odeur de damnation que le mauvais sort lui a attribuée.

    La politique a quelque chose de satanique quand des hommes imbus d’une immense autosatisfaction se laissent entraîner par les chants des sirènes et pensent se découvrir par une ivresse inouïe des gabarits de prophètes.

    Ce n’est pas tant les amitiés intéressées et les recommandations suspectes dont il doit être question, mais c’est l’élaboration d’une tragédie nationale qui doit être l’objet quand un supposé homme d’Etat manipule à sa guise le destin d’un peuple. Saïd Bouteflika a eu la malchance d’être le frère du président de la République et le chef de l’Etat déchu a eu le dramatique génie de régir le pays comme s’il s’agissait de gérer une cuisine familiale. Le mélange des genres est source des plus grandes des catastrophes. On avait vu en d’autres lieux ce qu’a produit ce fatidique mélange jusqu’à pousser aux méfaits extrêmes.

    On n’en a pas été jusque-là. Mais on a du mal à écarter la similitude d’esprits quand les maléfiques irresponsabilités des leaders déroutent la bonne marche des peuples. Les faux dieux finissent toujours au fond des puits. Leur fausse conviction a été d’avoir cru que la vie était un fleuve tranquille et qu’ils pouvaient disposer du présent et du futur comme bon leur semble.

    Pourtant la grande histoire n’a jamais cessé de démontrer que la paranoïa et l’arrivisme ont toujours des itinéraires courts.

    Tags : Algérie, Saïd Bouteflika, Abdelaziz Bouteflika, corruption,

  • Le Haut conseil de sécurité se penche sur la politique belliqueuse de Rabat

    La réunion du Haut Conseil de sécurité lundi n’est pas passée inaperçue pour les observateurs. Elle ne peut être de routine ou fortuite, bien qu’elle intervient après plusieurs semaines d’absence du chef de l’État pour des soins médicaux et une longue convalescence.

    Selon le communiqué, la convocation de la plus haute instance où siègent les plus hauts responsables civils et militaires du pays, est intimement liée à la conjoncture complexe à tous les niveaux sur les plans interne et externe.
    Pour la présidence, il s’agit d’une réunion “consacrée à l’évaluation de la situation générale, notamment politique et économique, ainsi que des derniers développements dans l’environnement régional direct et international”. Autant dire d’un vaste examen des dossiers les plus brûlants qui font aujourd’hui l’actualité et remuent encore les tensions dans la région.
    L’une des plus inquiétantes, est certainement la situation délicate sur le plan régional à l’ouest, au sud et à l’est de nos frontières. En plus des profondes mutations et effervescences que connaissent les mouvements terroristes dans les zones sahéliennes, revigorés par les récentes tractations et paiements de rançons de la part de l’État français, c’est le déclenchement de la seconde guerre au Sahara occidental qui semble bouleverser toutes les données. Une guerre de libération, menée par les sahraouis, qui va sans doute bouger des certitudes et créer une nouvelle configuration géostratégique. Car, en quelques semaines de la violation du cessez-le-feu par le makhzen, Rabat annonce officiellement des accords importants avec l’entité sioniste, dans un marché de vente concomitante, avec Washington.
    La politique belliqueuse du voisin marocain est une nouvelle fois prouvée par des agressions de type inédit, celles d’inonder nos frontières et notre littoral de quantités incroyables de drogue. La menace marocaine sur la stabilité de l’Afrique du nord est désormais avérée et devient source de tension réelle. Car, en plus de ses agitations subversives et sa volonté d’affaiblir l’Algérie, Rabat a mis tout son poids dans le dossier épineux de la Libye, juste pour contrecarrer les intérêts diplomatiques et économiques algériens.
    D’ailleurs, certains observateurs et diplomates estiment qu’il serait opportun maintenant de repenser complètement nos rapports avec le régime monarchique de Mohamed VI, de réévaluer tous les contentieux et d’opter carrément pour une politique diplomatique, économique et médiatique offensive avec cet encombrant voisin.
    L’Algérie possède des atouts et des cartes à faire valoir pour sortir de la léthargie et de la mollesse qui l’ont impactés durant de longues années face aux politiques belliqueuses et sournoises du Maroc, devenu ennemi de la stabilité et de la paix dans la région.
    Le communiqué de la présidence est clair, bien qu’il soit allusif, quand il précise que “le Président Tebboune a salué les efforts déployés pour la préservation de la stabilité générale dans un environnement régional tendu et très complexe”.
    Ajoutant que le président de la République a “insisté sur le maintien de la vigilance à tous les niveaux afin de permettre à l’Algérie d’enclencher les étapes importantes à venir en adéquation avec les défis de l’année 2021, à la lumière des développements inédits survenus récemment dans la région, particulièrement dans l’espace régional voisin”.
    Au menu de cette réunion du Haut Conseil de sécurité, Tebboune a examiné la situation politique et économique du pays à la lumière des derniers développements. Avec le prochain début de la campagne de vaccination contre la Covid-19, l’Algérie entre maintenant dans une nouvelle période post-pandémie, où il est question de relancer l’économie, d’impulser une dynamique dans la croissance et mettre en place un plan d’urgence.
    Il est évident que sur le plan politique, l’opinion s’attend à des annonces, comme promis, celles de la tenue des élections législatives et communales anticipées, pour renouveler les composantes humaines de ces Assemblées populaires, fer de lance de toute mobilisation et renforcement du front interne.
    Tags : #Algérie, #Maroc, #SaharaOccidental
  • Algérie/ Tindouf : Ghar-Djebilet se réveille

    LE GÉANT MINIER DE TINDOUF ENTRE EN PRODUCTION COURANT JANVIER : Ghar-Djebilet se réveille

    Considéré comme l’une des plus importantes mines de fer dans le monde, avec des réserves estimées à 3,5 milliards de tonnes, le gisement de Ghar-Djebilet, situé à Tindouf, devra entrer en exploitation courant janvier, avec en prime 3 000 emplois à générer.

    Mettant en avant l’importante contribution qu’il devrait apporter à la relance économique du pays, le ministre des Mines, Mohamed Arkab, intervenant, hier, sur les ondes de la Radio nationale chaîne 3, a fait savoir que parmi les projets miniers phares, dont les travaux de mise en exploitation sont assez avancés, figurent les deux méga projets de gisements de fer de Ghar-Djebilet, situés dans la wilaya de Tindouf. Un géant minier, pour le moins que l’on puisse dire, puisqu’il recèle 3,5 milliards de tonnes de réserves d’une teneur de 56%, d’une capacité de production de 12 millions de tonnes/an, dont une partie sera exportée et une autre utilisée par les aciéries nationales. Le ministre des Mines a révélé que le partenaire étranger « d’un pays ami » (probablement la Russie ou la Chine avec lesquels l’Algérie dispose d’une longue expérience dans ce domaine), a été déjà retenu et qu’il sera chargé de l’exploitation de ces gisements, sinon lancer la production « le plus vite possible ». Mohamed Arkab a précisé que ce dernier devrait générer plus de 3 000 emplois, dont un millier pour lancer sa première phase d’exploitation.

    20 000 sites recensés à travers le pays

    Parmi les autres projets miniers, il a cité les importants gisements de phosphate situés dans les wilayas d’Annaba, de Souk-Ahras et de Tébessa, en phase de redimensionnement, aux fins d’optimiser leur rendement. Il précise que ces derniers recèlent quelque 2 milliards de tonnes de réserves et qu’ils vont « très prochainement », entrer en exploitation, après que le choix définitif sera fait parmi les 12 partenaires étrangers potentiels qui ont fait part de leur intérêt à les exploiter. Pour prévenir la survenue de possibles conflits juridiques concernant la gestion de ces gisements, dont une partie de la production sera traitée localement, il signale que de solides équipes d’experts nationaux ont d’ores et déjà été retenues. Parmi les 20 000 sites miniers répartis à travers le territoire national, et dont une large partie abrite des produits non ferreux et des métaux rares, inexploités à ce jour, Mohamed Arkab a cité la mine de plomb et de zinc d’Oued Amizour, dont il signale qu’elle fait, actuellement, l’objet de travaux pour hâter son entrée en production. Le ministre a fait état, en outre, de la présence d’une quarantaine de gisements de marbre et de granit « parmi les meilleures qualités dans le monde », mais peu ou pas exploités, dont l’Algérie importe, curieusement, environ 500 000 tonnes, pour un montant estimé à 200 millions de dollars. Le ministre fait état de la maturation d’autres projets à concrétiser, dans le courant 2021, visant à mettre en exploitation des gisements de produits non ferreux, à l’exemple du carbonate de calcium, du manganèse, de la barite et de la bentonite. Pour élargir davantage encore la base minérale du pays, l’intervenant annonce qu’il a été lancé une vaste opération de recherche minière à travers l’ensemble du territoire, en s’aidant pour cela de moyens géophysiques et de télédétection aéroportés. Parmi les produits miniers ciblés et déjà recensés, l’invité fait notamment part de celles de l’or, du tantale, du silicium, du lithium, du cuivre, du soufre, des poli-métaux et autres pierres précieuses. Le ministre Arkab a précisé qu’une feuille de route a été établie en s’appuyant sur les partenariats étrangers, expliquant que l’Algérie ne peut pas compter uniquement sur ses propres capacités d’exploitation car « nous avons passé à côté de ce qui se passe dans le monde par rapport à l’utilisation des nouvelles technologies ».

    En matière d’exploitation des minerais non ferreux, le ministre des Mines a souligné que son département a tracé tout un programme qu’il compte concrétiser prochainement. « Incessamment, d’ici la fin de semaine, je vais aller pour poser la première pierre pour une importante réalisation de carbonate de calcium à l’est du pays. Ce sont des projets concrets maintenant. Nous sommes sur la voie de concrétiser un projet important à Mostaganem et le manganèse à Béchar, ce sont des projets que nous avons ciblés durant l’année 2021 pour tout ce qui est non ferreux », a-t-il indiqué.

    26 projets de recherche de gisements

    Également, le ministre a annoncé l’entame d’une importante opération de recherche minière, un programmé de 26 projets sur l’ensemble du territoire national, 17 wilayas seront concernées dans le nord, les Hauts-plateaux et le Sud, avec l’objectif d’aller chercher l’extension de la base minérale du pays, et aller découvrir d’autres minerais importants. Ces projets de recherche seront jumelés avec les universités de Ouargla, Tindouf, Oran, Bab Ezzouar, Tamanrasset, afin de « mettre en exploitation ce génie local et les expériences de recherches pour aller chercher ces produits avec des indices que nous avons identifiés avec l’ASGA (Agence du service géologique de l’Algérie) qui a fait un important travail préparatoire en matière de perspectives de ces indices à travers le territoire national, et de cibler les produits à forte valeur ajoutée pour notre économie et notre industrie », a-t-il souligné. Sur une question sur l’exploitation des terres rares, le ministre Arkab a dévoilé que son département mène des « discussions » dans ce sens. « Nous avons lancé, pour la première fois dans notre pays, la recherche des terres rares. Nous avons des indices et une préparation déjà faite pour ces terres rares et les métaux rares. Maintenant, on est en phase d’exploration. Nous avons vérifié ces indices et sommes passés de l’étape indice à l’étape gisement et nous allons dans le moyen terme, à l’exploitation de ces gisements », a-t-il expliqué.
    Hamid Mecheri

    Le Courrier d’Algérie, 6 jan 2021

    Tags : Algérie, Tindouf, Ghar Djebilet, gisement de fer,


  • Maroc : Le Makhzen sur une pente glissante

    Le Makhzen est-il sur une pente glissante? Tout porte à le croire. Et ce, d’autant plus que le retour de manivelle à ses dernières actions s’est très vite produit. A une vitesse et d’une ampleur auxquelles, à l’évidence, il ne s’attendait guère. Aveuglé par le soutien que lui apportent ses parrains et protecteurs occidentalo-sionistes et arabes – les pétromonarchies du Golfe, essentiellement et pour être plus clair -, et qu’il pensait à même de lui assurer une impunité pérenne, il a été, en effet, fortement ébranlé par les réactions, dans un premier temps, aux événements d’El Guerguerat, dans l’extrême sud-ouest du Sahara Occidental occupé, survenus le 13 novembre 2020, et dans un second, à la normalisation de ses relations avec l’entité sioniste; une normalistion obtenue, faut-il le rappeler, en contrepartie de la reconnaissance par le président américain sortant, Donald Trump, de son illusoire souveraineté sur le Sahara Occidental.

    Tous les faits qui ont suivi l’agression militaire caractérisée, perpétrée par la soldatesque marocaine à El Guerguerat, contre des manifestants sahraouis civils qui protestaient pacifiquement contre la brèche ouverte, en contradiction avec les dispositions de l’accord de cessez-le-feu signé en septembre 1991, sous les auspices de l’ONU, entre le Front Polisario et le Maroc, dans le “mur de la honte et de l’humiliation”, attestent, on ne peut mieux, du désarroi dans lequel le Makhzen a été plongé après l’annonce par le Front Polisario de sa double décision de ne plus se considérer lié à l’accord de cessez-le-feu précité et, surtout, de reprendre la lutte armée. Le plus manifeste de ces faits est le black-out total qu’il impose, aidé en cela par une presse, locale, aux ordres et, internationale, complice, sur les attaques et les revers que son armée subit au quotidien, depuis le 13 novembre dernier, au Sahara Occidental; un black-out qu’il croit, contre tout bon sens, à même de tromper les opinions publiques marocaine et internationale sur la réalité de la situation y prévalant.

    La trahison, une tradition chez le Makhzen…

    Dénué de tout argument solide pouvant justifier la normalisation de ses relations avec l’entité sioniste, le Makhzen, dans une pitoyable tentative de faire oublier que celle-ci n’est que la contrepartie éhontée de la reconnaissance, par un président américain en fin de parcours, de son illusoire souveraineté sur le Sahara Occidental, essaye, tordant ce faisant le cou à une réalité amère, d’expliquer ladite normalisation par “les liens solides existant entre le royaume et la communauté des juifs marocains” établis en terre palestinienne et, summum de la duplicité, par le devoir qu’a celui-ci de protéger “ces sujets de Sa Majesté”, feignant sournoisement, dans le même temps, d’ignorer que ces derniers ne sont que des sionistes convaincus. C’est ce qu’a asséné au Makhzen, Fuad Batayneh, un ancien diplomate jordanien, dans un article paru, il y a quelques jours, dans le site électronique “rai alyoum” que dirige l’éminent journaliste palestinien Abdelbari Atwan. Ne se contentant pas de s’étaler sur l’ancienneté et la profondeur des relations entre le royaume du Maroc et l’entité sioniste, l’ancien diplomate jordanien a également dévoilé que le Palais royal a carrément versé dans la trahison. Plus précis concernant ce point, il a révélé que le défunt Hassan II avait remis à des agents sionistes les enregistrements de tout ce qui s’était dit lors du Sommet de la Ligue arabe qui s’est tenu, à Casablanca, en 1965; une “remise” qui a permis à l’entité sioniste de prendre connaissance de toutes les mesures arrêtées par les dirigeants arabes dans le cas où une guerre venait à se déclarer au Moyen Orient. Et, partant, de préparer et de mener, avec les résultats que l’on connaît, la Guerre des six jours de juin 1967. Une manière de dire que “le coup de poignard” que le Makhzen vient, par la normalisation de ses relations avec l’entité sioniste, de donner à la cause paslestinienne, n’est pas venu du néant. Et qu’il s’inscrit plutôt en droite ligne dans une tradition de trahison et de revirements qui est la sienne.

    Un revirement éhonté…

    Une “tradition”, au demeurant parfaitement illustrée par l’incroyable revirement du chef du gouvernement marocain et, néanmoins, secrétaire général du PJD (Parti de la justice et du développement), un parti d’obédience islamiste, dans la question de la normalisation (avec l’entité sioniste). Oublieux de ce qu’il avait publiquement déclaré, dans un premier temps, en 2008, dans un rassemblement populaire de protestation contre la visite que devait effectuer au Maroc la ministre des Affaires étrangères sioniste d’alors et feignant, à l’évidence, de ne pas se rappeler qu’il avait, au moment de la normalisation, par les Emirats arabes unis et le Bahreïn, de leurs relations respectives avec l’entité sioniste, clamé haut et fort que son pays ne leur emboîterait jamais le pas, Saadeddine Al Othmani, c’est son nom, n’a pas hésité, quand le Maroc s’est engagé dans la même voie, à apposer sa propre signature, à côté de celle du représentant de l’entité sioniste, au bas de l’accord officialisant ladite normalisation. Faut-il dire que cette attitude n’a pas été du tout appréciée et ce, aussi bien au sein de sa formation politique que par les partis arabes affilés à la même mouvance idéologique; celle des Frères musulmans. Si la gronde et la fronde qui sévissent présentement au sein du PJD demeurent circonscrites dans un cadre interne, le mécontentement de ses pairs arabes islamistes s’est traduit par une décision du Congrès nationaliste islamiste de le suspendre de toute participation à ses travaux et activités; une suspension qui, selon des sources concordantes, peut se muer en exclusion de ses rangs si la situation au sein du PJD demeure en l’état; en clair, si Saadeddine Al Othmani demeure à sa tête.

    L’opposition à la normalisation s’étend…

    Si le Makhzen donne l’impression de maîtriser la situation, des informations concordantes laissent supposer que tel ne sera plus le cas dans un avenir proche. A l’appui de leurs prévisions, ces mêmes sources font état d’une montée en cadence et en ampleur des manifestations de rue dénonçant la normalisation des relations avec l’entité sioniste; une montée (en puissance et ampleur) que la répression exercée par les forces de sécurité du Makhzen contre toute expression populaire hostile au rapprochement “makhzéno-sioniste” n’a pu freiner mais que les médias aux ordres tentent d’en réduire l’importance quand ils ne la passent pas sous silence. Ce qui n’empêche pas que cette opposition s’étende de plus en plus. Et ce, avec l’implication d’organisations ayant un poids certain dans la société marocaine. A l’instar de l’association Al Adl Wal Ihsane ( Justice et bienfaisance), la plus importante dans son genre, dit-on, bien qu’elle demeure, depuis sa création en 1973, toujours non reconnue. Dans un entretien accordé au site Arabi21.com que rapporte El portal diplomatico (Le portail diplomatique), un site proche des thèses du Front Polisario, Mohamed Abadi, son secrétaire général, a fait porter toute la responsabilité de cette normalisation à l’institution royale. Ceci non sans critiquer vertement la mainmise totale de cette dernière sur toute la vie politique, économique et sociale du royaume. Une mainmise, a-t-il explicité, qui vide même certaines institutions officielles des prérogatives que leur confère pourtant la Constitution en vigueur. Une manière, on ne peut plus claire, de dire que la situation au royaume de M6 est “grave”. Pour ne pas dire explosive.

    Mourad Bendris

    Source : Dzair-tube, 5 jan 2021

    Tags : Maroc, Algérie, Sahara Occidental, Front Polisario, Israël, Donald Trump, normalisation,