Category: Monde

  • Côte d’Ivoire : Alassane Ouattara : un blanc-seing ?

    Alassane Ouattara peut se réjouir : il a réussi son pari. Alors que les observateurs prévoyaient une situation tendue après la décision de maintenir l’élection au 31 octobre, celle-ci s’est finalement déroulée dans un contexte relativement apaisé. Le scrutin a reçu l’approbation des différentes missions d’observation présentes sur le terrain. L’heure est désormais au dialogue avec l’opposition – appelé de ses vœux par Alassane Ouattara et déjà en partie matérialisé par la rencontre, ce 11 novembre, entre le Président et Henri Konan Bédié, son principal opposant – mais aussi et surtout à l’action. Deux mandats n’auront pas suffi à l’homme fort d’Abidjan pour faire profiter à tous les Ivoiriens, de façon inclusive, de la croissance insolente du pays. Beaucoup reste à faire.

    Peu après le scrutin, la Mission internationale d’observation des libéraux et démocrate a salué “la maturité exemplaire et le sens des responsabilités élevés” du peuple ivoirien et félicité les organes en charge de l’élection pour la bonne organisation du scrutin. Même son de cloche du côté de l’Union africaine et de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette dernière a même récemment transmis ses félicitations au président Ouattara pour sa réélection, juste après la validation de sa victoire par le Conseil constitutionnel.

    Plus que la victoire d’Alassane Ouattara, ce succès électoral consacre l’échec de l’opposition. En effet, cette opposition disparate, composée d’ennemis d’hier et n’ayant pas d’autres projets que le « Ouattara doit partir » a péché. Elle aurait dû comprendre, elle qui regroupe une bonne partie de ce que la Côte d’Ivoire compte de vieux éléphants de l’univers politique, que la politique de la chaise vide est inopérante. En outre, son appel à la désobéissance civile a été un large échec et pour plusieurs raisons. En premier lieu, le traumatisme de 2010 est trop récent dans la mémoire des Ivoiriens, et peu ont envie d’aller risquer leur vie pour jouer un remake de cet épisode tragique. Ensuite, à part les appels au « dégagisme » ayant ciblé le président Ouattara, l’opposition n’a rien proposé, ou a été inaudible sur ses autres propositions. Enfin, Alassane Ouattara affichait à la fin de son second mandat un bilan à faire pâlir d’envie beaucoup de dirigeants de la planète. Il possédait donc un avantage certain.

    Alassane Ouattara : un blanc-seing ?

    Plutôt que de louvoyer, l’opposition aurait dû battre campagne, jouer selon les règles, même si elle ne les a pas édictées, et présenter un candidat unique. Si mathématiquement, elle avait de sérieuses chances de mettre en difficulté le président sortant, l’opposition aura péché par son égoïsme et ses petits calculs. Plus portée sur les déclarations tapageuses que sur l’action véritable auprès des populations, elle doit aujourd’hui prendre acte de sa défaite, et consolider ses propositions de réponses aux véritables problèmes des Ivoiriens en vue des prochaines élections.

    Plus que l’organisation du scrutin qui, à quelques incidents près, s’est déroulé dans le calme, l’après-scrutin est riche d’enseignements. Il y a 10 ans, l’annonce de la victoire d’Alassane Ouattara sur son rival d’alors, Laurent Gbagbo, avait plongé le pays dans le chaos, ce dernier ne souhaitant pas reconnaitre sa défaite. S’en était suivie une crise post-électorale ayant entrainé la mort de plus de 3 000 Ivoiriens. En 2020, en dépit des prévisions pessimistes des Cassandre, le pays a survécu, preuve de son désir de tourner la page d’une histoire tragique. La raison en est simple: les Ivoiriens ont préféré laisser sa chance à un système, qui, quoiqu’imparfait, éloigne les spectres du passé. La rencontre entre Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, ce mercredi 11 novembre, ayant « brisé la glace » et « rétabli la confiance » selon les deux intéressés, même si elle n’est qu’un prélude à un processus d’apaisement qui devrait prendre plusieurs mois, traduit bien ce changement de paradigme, et consacre symboliquement la primauté du vote et du dialogue sur la rue et les armes.

    Le passage du cap dangereux des élections ne doit cependant pas inviter à percevoir la victoire d’Alassane Ouattara comme un blanc-seing. Sous la présidence de l’actuel chef d’État, le pays s’est hissé en tête des pays les plus riches d’Afrique de l’Ouest, selon une récente étude de la Banque mondiale. Avec un PIB par habitant de 2 286 dollars à la fin de l’année 2019, la Côte d’Ivoire devance le Ghana et le Nigeria. Le fait que sa croissance moyenne se soit établie, au cours des huit dernières années, à 8,3%, n’y est sans doute pas pour rien. La nation éburnéenne peut en outre se vanter de progressions impressionnantes ces dernières années au classement Doing Business de la Banque Mondiale, ainsi que d’être le pays ayant enregistré la plus forte progression au sein du classement Mo Ibrahim de la gouvernance africaine (fondé sur des critères de sécurité et d’état de droit, de droits humains, de développement économique et humain). Reste qu’une grande partie de sa population souffre toujours de pauvreté, problématique à laquelle n’a qu’en partie répondu le passage en 2013 du salaire minimum de 36 000 à 60 000 FCFA.

    Pas assez inclusive, la croissance ivoirienne ? Ouattara ne peut le nier. Le lundi 9 novembre, son premier message à la Nation depuis sa réélection y faisait d’ailleurs référence : « Place maintenant au temps de l’action. Et l’action pour moi, c’est le Projet de la Côte d’Ivoire Solidaire pour lequel j’ai été élu et qui va accélérer la transformation économique et sociale de notre pays, par une croissance plus inclusive. » Dont acte ? Réponse en 2025.

    Source : Decryptnewsonline, 18 nov 2020


    Tags : #Coted0voire #alassaneouattara

  • Quelle paix pour le Maghreb et le Sahel ?

    Sur le dossier malien, de plus en plus de dirigeants à travers le monde admettent le bien fondé de l’approche d’Alger sur la question du Mali. De fait, la communauté internationale suggère au président malien de transition d’«intensifier» le dialogue avec les populations du nord du pays qui rejettent le terrorisme. Ce discours insistant d’une grande majorité des acteurs diplomatique est véritablement une victoire pour la paix dans la région. C’est aussi un succès indiscutable de la diplomatie algérienne qui a été, pendant longtemps, seule à défendre le principe du dialogue avec les forces politiques hostiles à la présence de l’Aqmi et du Mujao dans la région. On retiendra à ce propos la position ferme du président français Emmanuel Macron qui a clairement affirmé qu’on ne discute pas avec les terroristes.

    Avec l’adhésion de la France à la stratégie préconisée par l’Algérie, le spectre de l’afghanisation du Sahel s’éloigne et l’espoir d’une issue moins coûteuse en vies humaines et qui préserve véritablement l’unité nationale du Mali est de mise. Il faut dire qu’à travers l’ancienne puissance coloniale de la région de l’Afrique de l’Ouest, le message est on ne peut plus clair et il faudra s’attendre à ce que les pays membres de la CEDEAO changent d’avis et abandonnent l’option du tout militaire dans la gestion de la crise malienne.

    Mais le dialogue politique inter-malien ne doit pas signifier le maintien du statu quo. Et pour cause, la situation de ni guerre ni paix au Sahel ne profite pas aux forces de la paix, mais arrange prioritairement les affaires des groupes terroristes activant dans la région. Dans un état de flou comme celui qui caractérise le nord du Mali, des organisations mafio-terroristes à l’image de l’Aqmi et du Mujao déploient leur influence et leur maîtrise du terrain.

    Aussi, il est plus qu’important, pour les Maliens, de parvenir le plus tôt possible à un accord solide pour en informer les populations du nord, au motif de leur présenter une autre issue que la soumission au joug des groupes terroristes. C’est avec les Maliens principalement que l’essentiel de la lutte terroriste doit se faire. Ces derniers ont besoin d’un cadre mobilisateur pour passer à l’acte.

    Le même scénario est peut être en train de se mettre en place en Libye. La paix dans ce pays est désormais à portée de main. Ceci pour dire la victoire politique des partisans de la paix impose à tous les acteurs une lutte politique intense. Il reste cependant un autre point chaud dans la région qu’est le Sahara occidental que le Maroc a allumé à dessein. C’est dire que la paix au Maghreb est un objectif qui est encore loin d’être atteint.
    Par Nabil G.

    Tags : Algérie, Sahel, Mali, Maghreb,

  • Palestine – Etats-Unis : L’ultime provocation

    «Si les relations internationales se basent sur des bouteilles de vin, alors c’est la mort de la diplomatie», a déclaré le Premier ministre palestinien, Mohammed Shtayyeh. Il faut dire que la visite du secrétaire d’État américain Mike Pompeo n’a rien de diplomatique pour un homme qui n’a ni le physique ni les compétences, ni le tact d’un diplomate, lui qui est un ancien militaire et qui ne croit qu’en la force et l’injustice du puissant du moment.

    Mike Pompeo, dans une dernière provocation par le geste et la parole, a effectué, avant-hier jeudi, la première visite d’un chef de la diplomatie américaine dans une colonie israélienne (un vignoble) en Cisjordanie occupée, et plus indécent encore, il s’est rendu au Golan, terre syrienne occupée par Israël depuis 1967 et reconnue comme telle par toute la communauté internationale.

    Ensuite, il y a tout ce chapelet d’absurdités et de phrases provocatrices de celui qui a dirigé la diplomatie américaine, sans rien connaître à la diplomatie :»Pendant longtemps le département d’État a pris la mauvaise approche sur les colonies, ne reconnaissant pas l’histoire de ce territoire spécial. Aujourd’hui le département d’État américain défend avec vigueur la reconnaissance que les colonies peuvent être légales…J’aurai la chance de visiter le plateau du Golan, avait également annoncé Mike Pompeo, la simple reconnaissance du Golan comme faisant partie d’Israël était une décision d’une importance historique du président Trump en même temps qu’une simple reconnaissance de la réalité». On est vraiment en plein déni et dans l’ignorance totale de tout ce qui est fondement des relations internationales. Pompeo, comme toute l’administration de son chef, ont fait le choix délibéré et assumé de ne rien reconnaître des droits palestiniens, et ce jusqu’au bout, jusqu’à la dernière minute de leur triste passage à la tête de la première puissance du monde.

    Cette ultime provocation de l’un des plus fidèles de Trump est un dernier pied de nez à une nation arabe humiliée et au plus bas. Humiliée d’abord et surtout par ses leaders, à commencer par les pays du Golfe qui malgré toutes les insultes et les rabaissements ont couru conclure des traités de paix avec l’entité sioniste, et tourné le dos à la cause palestinienne qu’ils ont jeté aux chiens et à leurs maîtres. Mais l’histoire n’oublie rien et les traîtres ne seront jugés que comme tels.
    Par Abdelmadjid Blidi

    Ouest Tribune, 21 nov 2020

    Tags : #Palestine #EtatsUnis #Isral

  • Maroc : Le consul français à Tanger met fin à ses jours

    L’ambassade de France au Maroc a annoncé jeudi le décès du Consul Général à Tanger, Denis rançois. “L’Ambassade de France à Rabat a l’immense tristesse de vous annoncer la disparition, jeudi 19 novembre, de Denis François, Consul Général de France à Tanger”, a rapporté l’ambassade dans un twit.

    Sans donner des détails sur les circonstances de sa mot, le communiqué de l’Ambassade s’est limité à exprimer “la douleur de sa famille, de ses proches et de ses amis, à qui elle présente ses condoléances les plus sincères”.

    Selon les services de police marocaines, le diplomate a été trouvé mort par pendaison dans le lieu de résidence qui a été encerclée par les services de sécurité, rapporte la chaîne Al Hurra.

    L’on ignore les raisons qui l’ont poussé au suicide, mais d’après des informations rapportées par Alhurra qui cite Le360, le consul français de 55 ans avait des problèmes personnelles et il avait demandé d’être relevé de ses fonctions malgré qu’il n’exeráit que depuis quelques semaines.

  • L’arme du visa

    par Rabah Toubal*

    De simple procédure diplomatique, en usage entre les nations souveraines, depuis des siècles, qui valide et réglemente les conditions d’entrée et de séjour des étrangers sur leur territoire, à l’ère de la mondialisation, le visa devient une arme redoutable de domination, dont les pays occidentaux développés notamment usent et abusent afin d’engranger des concessions, sans commune mesure avec le service rendu. Même si les retombées positives de ce dernier sont nombreuses, sur le plan économique et à titre personnel avec la carte de séjour, la résidence permanente ou la naturalisation que l’octroi du visa permet d’obtenir ultérieurement.
    Remise en cause des acquis
    Ainsi, l’un après l’autre, les acquis arrachés de guerre lasse, sur les plans bilatéral ou multilatéral, par les pays du Tiers-Monde, sous-développés, confrontés à une multitude de problèmes d’ordre politique, économique et social, sont constamment remis en cause et se ratatinent dangereusement jusqu’à devenir insignifiants voire même inexistants.
    En matière de visas, le comble a été atteint par la décision pour le moins humiliante de certains pays occidentaux, qui, hélas, ne se voient pas systématiquement appliquer la règle diplomatique sacro-sainte de la réciprocité, tiré du principe onusien de l’égalité souveraine des Etats, de ne pas restituer les frais, de plus en plus onéreux, de visa, perçus d’avance, au cas ou ce dernier est refusé au demandeur.
    Au bout du compte, grâce à cette arnaque légalisée, des centaines de milliers d’euros rentrent indûment, chaque année, dans les caisses du Trésor de certains pays.
    De surcroît, d’énormes avantages commerciaux, économiques et financiers sont obtenus par les pays occidentaux dominateurs, arrogants et de plus en plus xénophobes grâce aux règlements foncièrement injustes établis par les différentes institutions et organisations internationales, dominées par eux, et qui favorisent leurs intérêts.
    Ils profitent, indécemment et sans retenue, et sans aucune forme de compensation, des cerveaux et des bras vigoureux et des ressources naturelles, généralement non renouvelables, de leurs «partenaires» du Tiers-Monde, de plus en plus dépendants de leur aide conditionnée, chichement distribuée et de leur technologie, et qui font face à des problèmes inextricables, qui poussent leur jeunesse désemparée à fuir les pays d’origine, massivement et clandestinement, souvent dans des embarcations de fortune, en direction du «paradis» occidental, voisin ou lointain.
    La mondialisation, une nouvelle supercherie de l’Occident
    En tout état de cause, les experts occidentaux idéalisent le concept de «mondialisation» afin de convaincre les autres pays de l’inéluctabilité de ce processus. Rien n’est moins sûr !
    Car la mondialisation, telle qu’elle est conçue et promue par l’Occident, depuis plus de trente ans, n’est pas une fatalité mais plutôt une option, une démarche délibérée et bien étudiée pour dominer militairement, politiquement, diplomatiquement et économiquement le monde, après l’effondrement du bloc communiste et de régenter le commerce mondial, à travers l’Organisation mondiale du commerce, OMC, notamment.
    La mondialisation est, dans son essence, la remise en cause systématique des acquis politiques, diplomatiques, militaires, économiques, écologiques, sociaux et culturels obtenus par les pays du Tiers-Monde, grâce à la lutte multiforme, de longue haleine, qu’ils ont menée, d’abord contre le colonialisme, pour les pays colonisés, et ensuite contre l’impérialisme, dans les années 1950/1960.
    Pis encore, c’est dans sa finalité une négation de l’Etat-nation, donc de la souveraineté, de la spécificité civilisationnelle et de la diversité culturelle et biologique qu’il implique.
    Circulation des capitaux, des marchandises et des services, OUI ! Circulation des personnes, NON !
    Ainsi, la sacro-sainte liberté de circulation, dont nos parents jouissaient naguère, à travers le monde, est en train de se réduire comme une peau de chagrin, au profit de la circulation des marchandises, capitaux et services.
    Celle qui concerne les personnes est de plus en plus soumise à des visas rigoureusement délivrés, après moult difficultés.
    Si, par exemple, en vertu de l’Accord d’association signé par l’Algérie avec l’Union européenne, le 1er septembre 2005, cette dernière encourage et facilite au maximum la circulation des marchandises et les mouvements de capitaux, elle affiche, en revanche de plus en plus de réticences quand il s’agit de la circulation des personnes, notamment dans le sens Sud-Nord. Ces restrictions sont devenues drastiques après les attentats de New York, Madrid, Londres ou Paris.
    En effet, en plus de l’impératif sécuritaire, l’Union européenne invoque sa législation interne contraignante et ne voit dans la question de la liberté de circulation que celles relatives aux marchandises, aux capitaux et aux services et au problème de la réadmission (déportation, expulsion ou extradition, selon le pays) vers leurs pays d’origine des immigrants devenus indésirables ou clandestins, de plus en plus nombreux à débarquer sur les côtes espagnole, italienne ou grecque.
    Avec sa nouvelle «Politique européenne de voisinage», l’Union européenne revient sur les concessions octroyées à ses «partenaires» de la rive sud de la Méditerranée, desquels elle s’éloigne subrepticement pour s’ouvrir de plus en plus sur ceux de l’est de l’Europe, dont plusieurs sont déjà devenus membres de l’Union européenne, qui fournissent une main-d’œuvre qualifiée, à bon prix et qui offrent surtout l’avantage d’appartenir à la même sphère culturelle et cultuelle contrairement à la Turquie, par exemple.
    *Diplomate à la retraite-écrivain
    Le Quotidien d’Oran, 16 nov 2020
    Tags : Algérie, France, Union Européenne, visa,
  • Pour qui roule l’OCI ?

    par Abdelkrim Zerzouri


    Au nom de qui parle l’Organisation de la coopération islamique (OCI) quand elle apporte son soutien à l’intervention militaire des forces armées marocaines dans la zone tampon d’El Guerguerat ? Le secrétariat général de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) a exprimé, avant-hier, son soutien aux mesures prises par le Maroc « pour garantir la liberté de circulation civile et commerciale dans la zone tampon d’El Guerguerat, au Sahara occidental ». Tout en condamnant toute menace de trafic dans cette région reliant le Maroc et la Mauritanie, et appelant à la désescalade et au respect des décisions de légitimité internationale. L’agression militaire du Maroc contre des civils qui manifestaient pacifiquement contre l’exploitation illégale de ce poste frontalier, situé dans une zone sous contrôle de l’ONU et non des Marocains, commence à donner lieu à la formation des blocs de soutien à l’une ou l’autre partie.

    C’est compréhensible que des pays, y compris parmi ceux qui appellent les deux antagonistes, le Maroc et le Front Polisario, au calme et à la retenue, se rangent derrière l’un ou l’autre, selon les tendances politico-militaires clairement exprimées ou cachées, mais quand l’OCI affiche une pareille position, franche et sans équivoque, épousant la cause des Marocains contre le Front Polisario, on ne peut qu’être époustouflé devant cet impair. De par la nature de cette organisation intergouvernementale, composée de 57 Etats membres, dont l’Algérie et d’autres pays, qui ont déploré, eux, clairement les «graves violations» du cessez-le-feu enregistrées vendredi dans la zone d’El Guerguerat au sud-ouest du Sahara occidental, appelant à la «cessation immédiate» de ces opérations militaires, ainsi que ses buts, parmi lesquels figurent l’élimination de la discrimination raciale et le colonialisme sous toutes ses formes, ce soutien n’a vraiment pas lieu d’être.

    On comprendrait pareille position qui émanerait d’Israël, des Emirats arabes unis, d’autres pays du Golfe, mais pas celle de l’OCI à laquelle sied la neutralité dans ce conflit entre musulmans, à défaut de défendre la légalité internationale et l’élimination du colonialisme, comme le définit sa charte. Et si ce soutien n’est qu’une orientation de l’Arabie Saoudite, pourquoi d’autres pays feraient-ils, alors, partie d’une organisation dont les intérêts et les principes sont à l’opposé de leur dogme ? A fortiori, l’OCI devait consulter les Etats membres à travers un sommet ou un Conseil des ministres des Affaires étrangères (CMAE), qui est le deuxième organe décisionnel après le sommet, avant de faire part de sa position à l’égard de ce problème qui se trouve sur la table de l’ONU depuis près d’un demi-siècle, sans avoir encore trouvé une solution. Quelles conséquences pourrait avoir ce comportement unilatéral et empressé de l’OCI, qui se met à la même longueur d’onde de pays qui ont déjà normalisé, ou favorable à une normalisation, de leur relation avec Israël ?

    Le Quotidien d’Oran, 16 nov 2020

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, OCI, Organisation de la coopération islamique, El Guerguerate,

  • Maghreb : La région a besoin de paix

    La sortie de crise dans le dossier libyen semble enregistrer d’importantes avancées qui coulent dans le sens d’une sortie de crise négociée et loin de la tension qui a marquée ce pays il y a quelques mois. De plus en plus, l’ONU semble avoir bien repris les choses en main et mène une politique de rapprochement entre les différents acteurs libyens qui se plient au jeu de la négociation et des pourparlers.

    Comme préconisé par l’Algérie, la sortie de crise ne peut se faire que par les Libyens eux-mêmes, et loin des différentes ingérences de certains pays qui n’ont d’autres soucis, dans leur agenda, que de servir leurs intérêts, quitte à sacrifier ceux des Libyens. Mais la tendance a bien changé aujourd’hui, et les Libyens se parlent directement et semblent tous privilégier une sortie de crise venant de l’intérieur du pays.

    Et le dernier développement notable dans ce dossier a été l’annonce faite ce vendredi par l’ONU sur l’accord trouvé par les négociateurs libyens sur la date des élections qui a été fixée au 24 décembre 2021. Une avancée majeure quand on sait que jusque là, chacune des parties en conflit ne pensait régler la crise qu’à travers la supériorité militaire et l’appui des forces étrangères.

    Et il faut convenir que ce sont les meilleures nouvelles que l’on enregistre dans ce pays depuis un peu plus de neuf longues années. Une bonne nouvelle pour la Libye, mais aussi pour toute la région sahélo-maghrebine qui a été gravement impactée par ce conflit, qui a vu l’implantation de plusieurs groupes terroristes qui menaçaient sérieusement la paix dans la région.

    Mais en face de ces importantes évolutions dans le dossier libyen, il reste regrettable que dans la même région, des apprentis sorciers à l’image du Maroc font tout pour maintenir la région dans un état d’instabilité et de dangers permanents, avec leur politique aventurière et guerrière qui posent plusieurs questions, sur le jeu malsain que joue Rabat dans la région.

    Le Maroc se place clairement comme un acteur déstabilisateur du Maghreb et doit de ce fait être condamné avec la plus grande vigueur par la communauté internationale qui doit mettre fin à la politique guerrière et déstabilisatrice de ce pays qui veut détourner l’attention sur ses multiples problèmes internes, quitte à menacer sérieusement la paix dans la région.
    Par Abdelmadjid Blidi

    Ouest Tribune, 16 nov 2020

    Tags : Afrique du Nord, Algérie, Maroc, Libye,

  • Vers un «Guantanamo» européen ?

    par Abdelkrim Zerzouri


    L’Europe peine à trouver une réponse commune à la menace terroriste. A la recherche, depuis 2015, d’un mode d’emploi «européen» de la lutte contre le terrorisme, la France est revenue à la charge en 2020, en organisant mardi dernier un mini sommet européen, pour tenter de convaincre ses voisins de se pencher sérieusement sur la recherche d’une réponse «coordonnée et rapide» pour asseoir une politique commune visant le renforcement de la sécurité des citoyens européens. C’est toujours aux lendemains d’attentats terroristes meurtriers sur le sol européen que la question de la sécurité commune revient hanter les esprits, sans pour autant dégager des mesures prépondérantes qui engageraient la communauté européenne, dans son ensemble, contre la menace terroriste.

    Après les attaques de janvier 2015 à Paris, mars 2016 à Bruxelles et à Berlin à la fin de la même année, une dynamique d’intégration européenne en matière de sécurité a connu une certaine accélération au nom de la lutte contre le terrorisme, se traduisant par la création du mandat d’arrêt européen ou encore par la création de l’unité européenne de coordination judiciaire (Eurojust), la création du Centre européen de lutte contre le terrorisme d’Europol, la modification de la législation européenne sur les armes à feu, l’actualisation du texte instaurant le «casier judiciaire européen» pour y inscrire les ressortissants extracommunautaires, mais toutes ces mesures se sont avérées impuissantes face à la menace terroriste. Preuve en est le récent attentat perpétré à Vienne, après celui de Nice et la décapitation de Samuel Paty en France en octobre. Sans parler de la vingtaine ou plus de projets d’attentats terroristes déjoués, selon les services de sécurité.

    La grande faille de sécurité est bien connue, elle se situe aux frontières internes de l’Europe, de «véritables passoires», selon certains partis extrémistes, en cela qu’elles ouvrent la voie à l’immigration clandestine et offrent une circulation facile aux terroristes d’un pays à un autre pour commettre des attaques difficiles à contrer par les seuls outils sécuritaires internes adoptés par les pays membres de l’Union. Le défi véritable relève, ainsi, d’une réforme du code «frontières Schengen», bien en vue sur la table du mini sommet consacré à la menace terroriste et des moyens à mettre en œuvre pour la contrer. Comment toucher à ce principe de l’invisibilité des frontières internes (Schengen) sans remettre en cause la sacro-sainte libre circulation entre les pays membres de l’UE ?

    Répugnant depuis longtemps à prendre des mesures qui touchent aux libertés en général, la France, en premier lieu, et les autres pays membres de l’UE, semblent se résigner à déclarer la guerre totale aux terroristes quitte à malmener les droits de l’homme, dont les fondements sont exploités par les terroristes pour fomenter leurs attaques. De fervents défenseurs de ce socle des valeurs humaines consentent désormais à «prendre des libertés avec la liberté» dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. L’Europe n’est pas loin en 2020 de marcher sur les pas de l’Amérique aux lendemains des attentats du 11 septembre 2001, à l’enseigne de cet appel pour la création d’un «Guantanamo» européen !

    Le Quotidien d’Oran, 12 nov 2020

    Tags : UE, Guantanamo, migration,

  • Avec la fermeture du passage de Guerguerate, le Polisario apporte un soutien indéniable au Mali et à la Mauritanie

    Au Mali, les terroristes ont deux méthodes pour fincancer leurs opérations: l’argent des rançons payé par la France et la collusion avec les réseaux criminels transnationaux occupés, dans un premier temps dans la contrebande de Marlboro, ensuite, dans le trafic de cocaïne et du cannabis provenant d’Afrique subsaharienne et du Maroc. Au Mali, les armes utilisées pour terroriser la population ont été financées par le trafic de cannabis.

    Du passage d’El Guerguerat sortaient le cannabis cultivé au Maroc et la cocaïne qui débarque dans des bateaux marocains dans le port de Dakhla, au sud du Sahara Occidental. Une information corroborée par le rapport des experts de l’ONU sur la situation au Mali.

    Par conséquent, l’initiative de la société civile sahraouie contribuera à fermer un des principaux robinets qui alimentaient le terrorisme au Mali et dans toute la région sahélo-saharienne.

    Tags : Mali, Maroc, Sahara Occidental, El Guerguerate, cannabis, cocaïne, terrorisme, drogue, contrebande, finance,

  • Corona peut-elle guérir notre complexe de supériorité?

    Par Sven Biscop

    UE et partenaires stratégiques, stratégie de l’UE et politique étrangère
    Un complexe de supériorité est difficile à guérir. Personne en Europe n’aspire à un retour à l’empire (enfin, personne en Europe continentale, du moins). La plupart des Américains prétendent encore qu’ils n’ont même jamais eu d’empire. Mais les Européens et les Américains estiment toujours que nous avons le droit de dominer la politique internationale et qu’il est parfaitement naturel que l’UE et les États-Unis soient les pays les plus riches de la planète. Au fond, nous pensons que nous l’avons mérité, grâce à notre travail acharné – l’implication étant que si d’autres personnes sont moins bien nanties, elles l’ont également mérité. La réalité est, bien entendu, que nous avons créé l’ordre international à notre avantage économique. Si le dollar américain est la monnaie de réserve du monde, et si la Banque mondiale est toujours dirigée par un Américain et le Fonds monétaire international par un Européen, ce n’est pas une loi de la nature, mais le résultat d’une stratégie clairvoyante quE les États-Unis et leurs alliés européens ont mis en œuvre à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

    De toute évidence, personne en dehors de l’UE et des États-Unis ne pense que nous avons droit à une prééminence permanente. L’Europe et l’Amérique ont déjà perdu une grande partie de leurs plumes par leur incapacité à prévenir, puis à gérer résolument, la crise financière de 2008. C’est notre propre échec qui a laissé un vide que la Chine a profondément comblé; nous avons permis la percée finale de Pékin. La Chine a senti l’opportunité d’utiliser ses énormes ressources pour obtenir un gain d’influence massif et s’est fermement établie en tant que grande puissance au même niveau que les États-Unis et l’UE.

    Aujourd’hui, la crise corona a définitivement lavé le dernier glas des réputations européennes et américaines. Nous ne réalisons pas la perte de crédibilité accablante que nous avons subie dans les autres régions du monde, notamment en Asie. Il était déjà difficile de comprendre pour les personnes en Asie pourquoi nos États supposés bien organisés, avec leurs systèmes de santé complets, ont réagi si tard à l’épidémie en Chine. Mais alors notre manque d’expérience avec le virus du SRAS, qui a frappé durement l’Asie en 2003, pourrait servir d’excuse. Bien que cela indique également notre complexe de supériorité: n’avons-nous pas vu le COVID-19 comme un simple virus «extraterrestre» qui nous passerait? Cela pourrait frapper la Chine, mais certainement pas nous – jusqu’à ce que ce soit le cas. Ce qui est vraiment incompréhensible en Asie, cependant, c’est que l’UE et les États-Unis se laissent à nouveau submerger par la deuxième vague de la pandémie. Du coup, il semble que le coronavirus soit devenu «le fardeau de l’homme blanc»… Après cet échec gigantesque de la part des États les plus riches et les plus forts du monde, il sera très difficile de faire le tour du monde en agitant les doigts, en faisant semblant que nous savons mieux que d’autres comment gérer les choses.

    Ne répétez pas nos erreurs

    Si la pandémie peut guérir définitivement l’Occident de son complexe de supériorité, elle aura au moins eu un effet secondaire positif. Dans sa stratégie globale de 2016, l’UE a inscrit un ordre international fondé sur des règles comme l’un de ses intérêts vitaux. Ces règles ne peuvent plus être simplement imposées par l’Occident aux autres. Cela ne signifie pas que nous devons abandonner notre programme stratégique. Mais nous devrons convaincre activement les autres États de la validité de ce que nous considérons comme les règles fondamentales: ne pas faire la guerre, ne pas clôturer les sphères d’intérêt exclusives, respecter les droits de l’homme et respecter les règles que vous voulez que les autres suivent. Nous devrons négocier avec d’autres États sur un pied d’égalité et être prêts à partager le pouvoir afin de créer un ordre fondé sur des règles auquel tous les États adhèrent. Cela nécessite que nous formulions un projet positif pour l’ordre international. «Nous ne sommes pas la Chine» ne suffit pas; nous devons annoncer quels biens publics mondiaux nous cherchons à créer pour le bénéfice de tous.

    Malheureusement, de nombreux régimes autoritaires présentent l’échec de l’Occident comme un échec de la démocratie et sapent ainsi la crédibilité de notre vision des règles fondamentales. Il suffit de se pencher sur Taiwan démocratique, qui a probablement traité le coronavirus mieux que quiconque, pour savoir que le problème n’est pas la démocratie. Sans un leadership résolu et un appareil d’État fort, les régimes démocratiques, populistes et dictatoriaux échouent tous. Mais la crise corona représente un échec du sens du collectif en Occident. Les États-Unis démontrent que le patriotisme et même le nationalisme peuvent aller de pair avec l’absence de responsabilité collective. De nombreux patriotes fervents voient les États-Unis d’Amérique comme un ensemble d’individus qui se débrouillent seuls plutôt que comme une communauté de citoyens qui se soucient les uns des autres grâce à des institutions solides. Dans l’UE, vice versa, les États providence forts incarnent le sens de la responsabilité collective, mais ils sont victimes de leur propre succès. De nombreuses personnes n’ont plus le sentiment d’avoir une responsabilité personnelle à assumer. C’est probablement pourquoi le Japon, la Corée du Sud et Taïwan réussissent tellement mieux que nous à contrôler l’épidémie.

    Néanmoins, il ne sert à rien que l’Occident ne conquiert son complexe de supériorité que pour que d’autres en assument un, notamment la Chine. De nos jours, les responsables américains ne parlent plus de la Chine; ils parlent tous du Parti communiste chinois. De toute évidence, le PCC a tout le pouvoir dans un État à parti unique, mais si les États-Unis appliquaient ce principe de manière cohérente, ils devraient également parler de la Maison d’Al-Saud plutôt que de l’Arabie saoudite. Plus important encore, ce trope rhétorique rate le défi principal, qui est le nationalisme chinois. La propagande du PCC a été très efficace, non pas pour promouvoir le communisme, mais pour créer le nationalisme. Le patriotisme est une force pour le bien, et le peuple chinois peut être fier à juste titre de nombre des réalisations économiques de la Chine. Le nationalisme, cependant, est une force négative, et s’il n’est pas maîtrisé, il risque de mettre la Chine sur une voie qui ne peut que contrarier d’autres États, au détriment des intérêts de la Chine.

    Au lieu de cela, une pandémie mondiale appelle à une coopération mondiale. Les dirigeants mondiaux ont raté la première occasion: lorsque l’épidémie a frappé pour la première fois, beaucoup l’ont instrumentalisée pour poursuivre leur rivalité avec d’autres puissances. Mais nous avons une seconde chance: si et quand un vaccin devient disponible, il ne doit pas devenir un instrument de compétition, mais une raison de coopérer et d’assurer sa disponibilité à tous. Prouvons que nous sommes supérieurs à nos pires pulsions.

    Le professeur Sven Biscop, membre honoraire du Collège européen de sécurité et de défense, est directeur du programme Europe dans le monde à l’Egmont – Institut royal des relations internationales à Bruxelles, et professeur à l’Université de Gand.

    Source : Egmont Institute, 9 nov 2020

    Tags : Coronavirus, impérialisme, économie, coopération,