Category: Monde

  • TRUMP, ENFANT de la TV se perd dans les miroirs télévisuels de lui-même en abyme

    Le Président atypique semble le futur perdant des élections. Mais à quelques grammes prêts. Les résultats hyper serrés ne correspondent pas à la vague bleue annoncée!

    Il a marqué les esprits par sa gouvernance particulière: lit peu les dossiers, tire ses infos des médias télévisuels surtout, qui tournent en boucle. Il twitte et regarde l’impact médiatique que cela engendre, retwitte en retour.

    En résumé, Donald Trump tourne en boucle avec lui-même, mettant en scène des colères, ses insultes, ses enthousiasmes. En parfait narcissique pathologique.

    Sa nièce Mary Trump psychologue clinicienne va en ce sens dans un ouvrage bien informé car issu de l’intérieur de la structure familiale.

    Le journal suisse Le Temps va plus loin en évoquant un Trump “drogué par lui-même” au sortir de l’hôpital récemment «Un président multi-médicamenté (sous stéroïdes), sorti de sa bulle hospitalière VIP pour mettre en scène un retour bizarre et trompeur à la Maison-Blanche, qui enlève son masque dans un geste irresponsable et qui déclare qu’il n’y a rien à craindre du Covid-19, quand 210 000 Américains en sont déjà morts.» La consternation le dispute à la colère dans le récit que propose CNN de la scène surréaliste hier soir à la Maison-Blanche, au retour de Donald Trump”

    Les observateurs notent d’étranges frénésies de tweets en rafale.

    Donald Trump, enfermé dans son mental comme il a enfermé le pays à coup de murs, physiques ou symboliques, tourne en vase clos. Il se bouc-émissairise, se pose en victime: “tous responsables”…sauf lui!

    L’ancien animateur de show a entaché l’image de son pays dans le monde dont les relations avec les propres alliés – qu’il insulte! -sont explosées, à reconstruire.

    Sa propre opinion non structurée est poussée en règle de gouvernance. L’eau de javel est un puissant bactéricide externe? Allez va, Trump propose sans vergogne, publiquement lors d’une conférence de presse de l’injecter pour lutter contre covid-19. Juste insensé.

    Du populisme au ras des pâquerettes, une pensée destructurée, infantile (expliquée par le grave trouble de la personnalité narcissique qui l’anime selon un collectif de psychiatres américains en 2017).

    Il ment assez souvent car dans un tel état mental malade, la réalité doit se plier à ses exigences, quitte à passer par le mensonge.

    La fake news en fait le concerne en premier chef ! Les journaux listent la quantité impressionnante de mensonges issus de l’actuel Président des USA .

    Avec des tweets projetés en boucle sur les écrans mondiaux pour la plus grande satisfaction de Trump qui se visualise en action virtuelle et par image interposée en permanence, l’Histoire retiendra un président twitteur agressif, menteur et compulsif “déjanté”.

    Qui au passage a fait procéder à la séparation parents/enfants. 524 enfants orphelins de fait en attente de retrouver leurs proches.

    Source : le blog de Sylvie Neidinger

    Tags : Etats-Unis, Donald Trump, narcissisme, narcissique,

  • Italie : Le haschich du Maroc finance Cosa Nostra

    Trafic de drogue avec le Maroc, un procès à Marsala est en cours

    Le procès de six des 19 suspects de l’opération «Eden 3» accusés de trafic international de drogue sous l’égide du patron de la mafia en fuite Matteo Messina Denaro a débuté hier après-midi devant le tribunal de Marsala. Angelo Greco, 51 ans, de Mazara del Vallo, a choisi le processus avec un rite ordinaire, qui le 11 novembre 2019 a été condamné à 8 ans de prison, en forme abrégée, par le gup de Palermo Cristina Lo Bue dans le cadre de la Procédure mafieuse “Year Zero”, Nicolò Mistretta, 65 ans, de Campobello di Mazara, Sebastiano Botto, 63 ans, de Palagonia, Gaspare Bono, 30 ans, de Mazara del Vallo, Vincenzo Lo Voi, 46 ans, de Palerme, et Vincenzo Stefanelli, de 61 ans, d’Oppido Mamertina (Rc).

    Les treize autres accusés seront jugés selon une procédure abrégée devant le juge de Palerme. Le procureur du DDA Alessia Sinatra soutient l’accusation. Trois ont été arrêtés lors de l’opération «Eden 3», tandis que les autres n’ont été que dénoncés.

    Nicolò Mistretta s’est retrouvé en prison, qui a bénéficié à partir du mois d’avril d’un revenu de citoyenneté, malgré deux condamnations subies en 1998 et 2001, et Giacomo Tamburello, 60 ans, de Campobello di Mazara, tandis que, pour des raisons d’âge, l’assignation à domicile a été accordée à l’ancien avocat Antonio Messina, 74 ans, également du même centre de Belicino, mais résidant à Bologne.

    L’enquête a été menée par les carabiniers du Ros du commandement provincial de Trapani et par les financiers du Gico de l’unité de police économique et financière de Palerme, selon lesquels l’association criminelle aurait géré un trafic international de stupéfiants sous la supervision de Cosa Nostra . De 2013 à 2018, en particulier, de grandes quantités de haschich auraient été importées sur la route Maroc-Espagne-Italie.

    Source : Giornale di Sicilia, 5 nov 2020

    Tags : Italie, Cosa Nostra, Maroc, Haschich, cannabis, drogue, stupéfiants,

  • Adieu à la démocratie faillie US



    Pepe Escobar

    Quelles que soient les conséquences géopolitiques et géoéconomiques de la spectaculaire dystopie américaine, le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine, dans leurs propres registres légèrement différents, a déjà voté sur la voie à suivre.

    Voici comment j’ai encadré ce qui est au cœur du plan quinquennal chinois 2021-2025 approuvé lors du plénum de Pékin la semaine dernière.

    Voici l’interprétation standard d’un groupe de réflexion chinois.

    Et voici un contexte particulièrement pertinent qui montre à quel point la sinophobie est omniprésente face à un modèle de gouvernance made in China extrêmement efficace. Cette étude montre comment l’histoire, la culture et les axiomes civilisationnels complexes de la Chine ne peuvent tout simplement pas s’inscrire dans la vision du monde hégémonique occidentale et chrétienne.

    Le « secret » pas si caché du plan quinquennal 2021-2025 de la Chine – que le Global Times a décrit comme « l’autonomie économique » – est de baser le poids géopolitique croissant de l’État civilisationnel sur les percées technologiques.

    Il est essentiel que la Chine soit sur une voie « autonome », c’est-à-dire qu’elle ne dépende que très peu, voire pas du tout, de l’apport étranger. Même un horizon clair – « pragmatique » – a été fixé : 2035, à mi-chemin entre aujourd’hui et 2049. D’ici là, la Chine devrait être à égalité, voire dépasser les États-Unis en termes de puissance géopolitique, géoéconomique et technologique.

    C’est la raison pour laquelle les dirigeants chinois étudient activement la convergence de la physique quantique et des sciences de l’information – qui est considérée comme l’épine dorsale de la poussée « Made in China » vers la Quatrième Révolution Industrielle.

    Le plan quinquennal indique clairement que les deux vecteurs clés sont l’intelligence artificielle et la robotique, domaines dans lesquels la recherche chinoise est déjà très avancée. Les innovations dans ces domaines donneront lieu à une matrice d’applications dans tous les domaines, des transports à la médecine, en passant par l’armement.

    Huawei est essentiel dans ce processus continu, car il ne s’agit pas d’un simple mastodonte de données, mais d’un fournisseur de matériel informatique, créant des plates-formes et l’infrastructure physique nécessaire à une multitude d’entreprises pour développer leurs propres versions de villes intelligentes, de villes sûres – ou de médicaments.

    Les grandes capitales – de l’Est et de l’Ouest – sont très en phase avec la direction que tout cela prend, un processus qui implique également les principaux centres des Nouvelles Routes de la Soie. En accord avec le scénario de « terre d’opportunité » du XXIe siècle, le Grand Capital se déplacera de plus en plus vers l’Asie de l’Est, la Chine et ces nouveaux pôles de la soie.

    Cette nouvelle matrice géoéconomique s’appuiera principalement sur les retombées de la stratégie « Made in China 2025 ». Un choix clair sera présenté pour la plus grande partie de la planète : « gagnant-gagnant » ou « somme nulle ».

    Les échecs du néolibéralisme

    Après avoir observé le puissant affrontement, renforcé par la Covid-19, entre le paradigme néolibéral et le « socialisme à caractéristiques chinoises », le Sud Global commence seulement à tirer les conclusions qui s’imposent.

    Aucun tsunami de propagande occidentale ne peut tourner favorablement ce qui est en fait un effondrement idéologique dévastateur, en une ou deux étapes.

    L’échec abject du néolibéralisme dans le traitement de la Covid-19 est manifestement évident dans tout l’Occident.

    La dystopie électorale américaine est en train de sceller l’échec abject de la « démocratie » libérale occidentale : quel genre de « choix » offre Trump-Biden ?

    Cela se produit au moment même où le Parti Communiste Chinois, ultra-efficace et implacablement diabolisé, déploie sa feuille de route pour les cinq prochaines années. Washington ne peut même pas planifier ce qui se passera le jour suivant.

    L’objectif initial de Trump, suggéré par Henry Kissinger avant l’inauguration de janvier 2017, était de jouer – quoi d’autre – à « diviser pour régner », en séduisant la Russie contre la Chine.

    C’était l’anathème absolu pour l’État Profond et ses sbires Dem. D’où la diabolisation impitoyable de Trump qui s’en est suivie, avec le Russiagate en tête du classement. Et puis Trump a unilatéralement choisi de sanctionner et de diaboliser la Chine quand même.

    Dans l’hypothèse d’une victoire des Démocrates, le scénario se tournera vers la diabolisation renforcée de la Russie, alors même que la guerre hybride hystérique contre la Chine persistera sur tous les fronts – Ouïgours, Tibet, Hong Kong, Mer de Chine Méridionale, Taïwan.

    Comparons maintenant tout ce qui précède avec la feuille de route russe.

    Cela a été clairement énoncé dans les interventions cruciales du Ministre des Affaires Étrangères Sergueï Lavrov et du Président Poutine lors des récentes discussions du Club Valdaï.

    Poutine a fait une affirmation clé sur le rôle du Capital, en soulignant la nécessité « d’abandonner la pratique de la consommation effrénée et illimitée – la surconsommation – en faveur d’une suffisance judicieuse et raisonnable, lorsque vous ne vivez pas seulement pour aujourd’hui mais pensez aussi à demain ».

    Poutine a de nouveau souligné l’importance du rôle de l’État : « L’État est un élément nécessaire, il n’y a pas moyen […] de se passer du soutien de l’État ».

    Et, de concert avec l’expérimentation chinoise sans fin, il a ajouté qu’en fait, il n’y a pas de règles économiques gravées dans le marbre : « Aucun modèle n’est pur ou rigide, ni l’économie de marché ni l’économie planifiée aujourd’hui, mais nous devons simplement déterminer le niveau d’implication de l’État dans l’économie. Sur quoi nous basons-nous pour prendre cette décision ? L’opportunité. Nous devons éviter d’utiliser des modèles, et jusqu’à présent, nous avons réussi à éviter cela ».

    Poutine, pragmatique, a défini la manière de réglementer le rôle de l’État comme « une forme d’art ».

    Et il a donné l’exemple suivant : « En maintenant l’inflation un peu plus élevée, il sera plus facile pour les consommateurs et les entreprises russes de rembourser leurs emprunts. C’est économiquement plus sain que les politiques déflationnistes des sociétés occidentales ».

    Conséquence directe des politiques pragmatiques de Poutine – qui comprennent des programmes sociaux de grande envergure et de vastes projets nationaux – l’Occident ignore que la Russie pourrait bien être sur le point de dépasser l’Allemagne en tant que cinquième économie mondiale.

    Le résultat est que, combiné, le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine offre, en particulier au Sud Global, deux approches radicalement différentes du dogme néolibéral occidental standard. Et pour l’ensemble de l’establishment américain, c’est un anathème.

    Ainsi, quel que soit le résultat du « choix » de Trump-Biden, le conflit entre l’Hégémon et les deux principaux souverains ne peut devenir que plus incandescent.

    Source : Tlaxcala



  • Point de presse quotidien du Bureau du Porte-parole du Secrétaire général de l’ONU: 4 novembre 2020

    (La version française du Point de presse quotidien n’est pas un document officiel des Nations Unies)

    Ci-dessous les principaux points évoqués par M. Stéphane Dujarric, Porte-parole de M. António Guterres, Secrétaire général de l’ONU:

    Éthiopie

    Le Secrétaire général exprime ses plus vives inquiétudes face aux affrontements armés signalés dans la région du Tigré en Éthiopie et appelle à prendre des mesures immédiates pour apaiser les tensions et assurer un règlement pacifique du différend.  Il souligne l’importance de la stabilité de l’Éthiopie pour la région de la Corne de l’Afrique.   

    Le Secrétaire général renouvelle l’engagement de l’Organisation des Nations Unies, avec ses partenaires de la région, à appuyer le Gouvernement éthiopien dans ses efforts de réforme visant à bâtir un avenir pacifique et sûr pour tous ses peuples.  

    Côte d’Ivoire

    Dans une déclaration publiée hier, le Secrétaire général a pris note de l’annonce par la Commission électorale indépendante des résultats provisoires de l’élection présidentielle qui a eu lieu en Côte d’Ivoire le 31 octobre. 

    Le Secrétaire général condamne fermement les violences qui ont eu lieu avant, pendant et après l’élection.  Il est attristé par les nombreuses pertes en vies humaines et exprime ses profondes condoléances aux familles endeuillées. 

    Le Secrétaire général appelle tous les acteurs politiques à respecter l’ordre constitutionnel du pays et à se conformer aux principes de l’état de droit.  Il exhorte le Président et les principaux dirigeants de l’opposition à s’engager dans un dialogue constructif et inclusif afin de trouver une issue à la crise actuelle et à œuvrer ensemble à dégager un consensus en faveur de la cohésion nationale. 

    Le Secrétaire général réitère la disponibilité des Nations Unies à appuyer un tel dialogue dans le but de préserver la stabilité et de promouvoir la réconciliation nationale à travers le pays. 

    Police des Nations Unies

    La Semaine de la police des Nations Unies est célébrée cette semaine.

    Ce matin, le Conseil de sécurité a été informé par le Sous-Secrétaire général à l’état de droit et aux institutions chargées de la sécurité, M. Alexander Zouev, ainsi que par les commissaires de police des Nations Unies en poste en République centrafricaine, en Haïti, au Mali et au Soudan du Sud. S’exprimant au nom de M. Jean-Pierre Lacroix, M. Zouev a souligné le rôle vital que joue la police des Nations Unies dans tout le spectre de la prévention des conflits, du maintien et de la consolidation de la paix.

    S’agissant de la protection des civils, il a donné des exemples de la République centrafricaine où la police des Nations Unies a contribué à favoriser un environnement protecteur grâce au renforcement des capacités de la police. Il a également indiqué que la police des Nations Unies avait aussi contribué aux efforts de sensibilisation à la COVID-19.

    M. Zouev a réaffirmé que des services de police sensibles au genre sont une priorité essentielle pour garantir la satisfaction des besoins des hommes, des femmes, des garçons et des filles en matière de sécurité.

    Libye

    La Représentante spéciale par intérim pour la Libye, Mme Stephanie Williams, s’est adressée à la presse à l’issue de la réunion de deux jours de la Commission militaire mixte qui s’est tenue à Ghadamès, en Libye. Elle a pris note de l’ouverture des installations pétrolières, des travaux sur la reprise des vols et de la poursuite des échanges de détenus.

    Mme Williams a dit que ceci est le début d’un processus qui exigera de la détermination, du courage, de la confiance et beaucoup de travail. Maintenant, a-t-elle dit, nous allons travailler, à Tunis, avec les 75 participants sur la feuille de route politique pour aller de l’avant, un des objectifs clefs étant la planification des élections nationales.

    Elle a exprimé l’espoir que l’esprit et le sens des responsabilités de la Commission militaire mixte sera reflété dans le dialogue politique.

    Liban

    Aujourd’hui marque trois mois depuis les explosions qui ont frappé le port de Beyrouth, touchant des milliers de personnes et causant des dégâts considérables.

    L’ONU et ses partenaires humanitaires continuent d’aider ceux qui en ont le plus besoin. Au moins 180 000 personnes ont reçu une aide humanitaire depuis le mois d’août.

    De nouvelles réparations d’abris, une aide alimentaire et des services médicaux sont les principales priorités signalées par les personnes touchées par les explosions.

    Pendant ce temps, une situation économique instable et en détérioration, les mesures de confinement liées à la COVID-19 et d’autres facteurs ont aggravé la pauvreté des familles libanaises et réfugiées vulnérables.

    La COVID-19 demeure une préoccupation sérieuse. À compter de lundi, plus de 83 000 cas ont été diagnostiqués et 672 décès enregistrés. Les hôpitaux continuent d’être sollicités au-delà de leurs capacités.

    À ce jour, la réponse coordonnée de l’ONU suite aux explosions qui cherche à lever 354,9 millions de dollars pour répondre aux besoins vitaux immédiats pendant trois mois, n’a reçu que 25% de son financement. Des fonds supplémentaires sont nécessaires pour augmenter les secours destinés aux plus vulnérables et éviter que la situation ne s’aggrave.

    Nicaragua

    Le Nicaragua a été frappé par l’ouragan Eta, tôt hier matin. L’UNICEF et ses partenaires ont prépositionné des fournitures d’urgence et élaboré un plan d’intervention conjoint pour répondre aux besoins des enfants et des familles, dont 10 000 personnes évacuées de la côte nord. L’UNICEF a prépositionné 3 000 kits d’hygiène familiale, 3 000 conteneurs d’eau, 87 boîtes de comprimés de désinfection de l’eau et 50 kits de test de chlore pour le contrôle de la qualité de l’eau capables de réaliser 12 000 tests. Ces fournitures, qui peuvent répondre aux besoins de 15 000 personnes, dont 6 000 enfants, sont en attente de livraison au Gouvernement. L’UNICEF travaille aussi en étroite coordination avec les autorités pour veiller à ce que les abris soient adaptés, sûrs et équipés avec des articles nécessaires pour les enfants.

    De son côté, le Programme alimentaire mondial (PAM) a positionné 80 tonnes d’aide alimentaire dans la région. Le PAM a également fourni un appui en matière de télécommunications et de logistique, notamment des entrepôts mobiles, des bureaux préfabriqués, des générateurs, ainsi que des systèmes radio et par satellite pour soutenir les centres opérationnels locaux.

    Typhon Goni

    Aux Philippines, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) indique que plus de 2 millions de personnes ont été touchées par le super typhon Goni, le typhon le plus violent de cette année.

    Les agences onusiennes, la Croix-Rouge et les partenaires humanitaires mènent des évaluations et fournissent de la nourriture, des abris et des services psychosociaux, entre autres, tout en soutenant les efforts de recherche et de sauvetage du Gouvernement.

    Après avoir balayé les Philippines, le typhon a été rétrogradé en tempête tropicale et devrait toucher terre au Viet Nam demain après-midi.

    Le Viet Nam se remet à peine du typhon Molave, qui a touché terre fin octobre. L’ONU et ses partenaires ont lancé un plan de réponse de six mois nécessitant un apport de 40 millions de dollars pour aider 177 000 personnes parmi les plus vulnérables et les plus affectées par les inondations.

    Inondations au Cambodge

    À la date d´hier, plus de 800 000 personnes ont été touchées par les inondations au Cambodge. Près de la moitié d’entre elles sont pauvres et vulnérables, et ont besoin d’une aide humanitaire. L’ONU travaille sur un plan de réponse humanitaire.

    COVID-19 / République du Congo

    L’équipe de pays de l’ONU, dirigée par le Coordonnateur résident, M. Chris Mburu, s’est associée aux autorités et aux organisations de la société civile pour évaluer les impacts socioéconomiques de la pandémie. Ces résultats ont été cruciaux pour développer la réponse du pays au virus.

    L’équipe de pays de l’ONU a également renforcé la riposte sanitaire, tandis que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’UNICEF, le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) se sont occupés de la vaccination de près de 70 000 enfants, ainsi que de la santé sexuelle et reproductive de près de 80 000 femmes. Ils ont aussi fourni un soutien nutritionnel à plus de 4 000 enfants.

    Afin de faire face aux défis posés par la fermeture des écoles, l’UNICEF a proposé un programme d’enseignement à distance à près de 240 000 élèves, le PAM assurant pour sa part la poursuite de l’approvisionnement alimentaire de 83 000 enfants.

    Le PAM et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) ont par ailleurs aidé 53 000 personnes, dont plus de la moitié étaient des femmes, avec des liquidités et des vivres immédiats pour préserver leurs moyens de subsistance face aux effets économiques de la pandémie.

    Contributions financières

    La République populaire démocratique de Corée a payé l’intégralité de ses contributions au budget ordinaire, pour cette année et l’an dernier. Cela porte à 132 le nombre des pays à jour de leur contribution cette année.

    Source : UN presse release, 4 nov 2020

    Tags : SANTÉ, AFFAIRES HUMANITAIRES, ENVIRONNEMENT, DÉVELOPPEMENT DURABLE, ASIE PACIFIQUE, ÉTHIOPIE, CÔTE D’IVOIRE, LIBYE, LIBAN, NICARAGUA, CAMBODGE, CONGO, PHILIPPINES, COVID-19,

  • Mauritanie : Un homme d’affaire parle des répercussions de la fermeture de El “Guerguerat” sur le secteur de la pêche

    L’homme d’affaires mauritanien Lemrabet Ould Mohamed Habib a déclaré que la fermeture du passage de El Guerguerate a eu des effets multidimensionnels, notamment économiques et sociaux au niveau de la ville.

    Dans un entretien accordé à l’agence Al-Akhbar, Ould Mohamed Habib a précisé que la fermeture a provoqué deux crises, la première étant celle des exportations de poisson à destination de l’Europe, et la seconde la crise des importations de boîtes en plastique, de gaz réfrigérant et de cartons à destination de Nouadhibou.
    Selon lui, 85% du poisson congelé ainsi que la plus grande partie du poisson frais passaient par El Guerguerate. La seule voie qui restait était le transport aérien, mais celui-ci est très cher.
    L’investisseur dans le domaine de la pêche a estimé que la fermeture du passage a provoqué une crise qui s’aggravera si elle n’est pas résolue avant la reprise des activités de pêche traditionnelles et industrielles, soulignant la nécessité et l’importance dudit passage et le nécessité de l’analyser sous plusieurs angles, et qu’une nouvelle approche nationale devrait être adoptée pour encourager la fabrication de produits de première nécessité à Nouadhibou.
    Les acteurs économiques et l’Etat doivent être conscients que quiconque ne produit pas ce qu’il consomme, son indépendance restera incomplète, et chacun doit tirer des leçons de ce qui s’est passé maintenant, a-t-il affirmé.
    L’investisseur a appelé le gouvernement à encourager l’industrialisation et à créer une dynamique pour la production locale et l’industrie afin de mettre fin aux importations, soulignant la nécessité de créer des infrastructures et des services de base d’électricité et d’eau pour aider dans la transition vers les industries manufacturières et encourager ceux qui le font moyennant des exonérations fiscales et fournir des conditions appropriées, a-t-il conclu.
    Tags : Mauritanie, Sahara Occidental, Maroc, El Guergarate, production, autosuffisance,
  • Point de presse quotidien du Bureau du Porte-parole du Secrétaire général de l’ONU: 3 novembre 2020

    (La version française du Point de presse quotidien n’est pas un document officiel des Nations Unies)

    Ci-dessous les principaux points évoqués par M. Stéphane Dujarric, Porte-parole de M. António Guterres, Secrétaire général de l’ONU:

    Attentats de Vienne

    Aujourd’hui, la Directrice générale du Bureau des Nations Unies à Vienne, Ghada Waly, a déclaré que le personnel de l’ONU à Vienne se joint à leur ville d’accueil et au pays en deuil à la suite des attaques terroristes de la nuit dernière, qui ont tué plusieurs personnes et blessé de nombreuses autres. Elle a ajouté que son bureau rejette totalement la haine et la terreur et qu’il est solidaire du peuple et du Gouvernement autrichiens.

    Mme Waly a ordonné la mise en berne des drapeaux du Centre international de Vienne, qui accueille les Nations Unies à Vienne, alors que le personnel pleure avec l’Autriche pendant cette période de deuil national.

    Par ailleurs, aujourd’hui, le Haut-Représentant de l’Alliance des civilisations des Nations Unies, Miguel Ángel Moratinos, a exprimé sa consternation et son choc face aux attaques et a souligné que de tels actes de terreur sont intolérables et totalement injustifiables quels qu’en soient les auteurs, les lieux et le moment où ils sont commis.

    Et dans une déclaration que nous avons publiée hier soir, le Secrétaire général lui-même a fermement condamné les attaques et réaffirmé la solidarité de l’ONU avec le peuple et le Gouvernement autrichiens. Il a également présenté ses sincères condoléances aux familles des victimes et souhaité aux blessés un prompt rétablissement.

    Afghanistan

    Hier après-midi, nous avons également publié une déclaration sur l’Afghanistan, dans laquelle le Secrétaire général a fermement condamné l’horrible attaque de l’Université de Kaboul. Le Secrétaire général a déclaré que cette attaque épouvantable, la deuxième en 10 jours contre un établissement d’enseignement à Kaboul, est également une attaque contre le droit de l’homme à l’éducation.

    Le Secrétaire général a réaffirmé que les auteurs doivent être tenus responsables. Il a ajouté que les Nations Unies restent aux côtés du peuple et du Gouvernement afghans et soutiennent leurs aspirations de longue date à la paix.

    Soudan du Sud

    Plusieurs tristes nouvelles à rapporter: hier, Farhan Haq vous a parlé d’un travailleur humanitaire qui a été tué, et aujourd’hui nos collègues humanitaires nous disent qu’un autre travailleur humanitaire a été tué. Le Coordonnateur humanitaire, Alain Noudéhou, a condamné le meurtre, soulignant qu’il est consterné par les actes de violence répétés contre les humanitaires. Il a demandé que les auteurs soient identifiés et traduits en cause.

    M. Noudéhou a indiqué que les travailleurs humanitaires sud-soudanais fournissent une aide vitale à leurs concitoyens et estimé qu’ils devraient être protégés. Les deux travailleurs humanitaires tués la semaine dernière étaient sud-soudanais. Ils fournissaient des services nutritionnels essentiels aux personnes vulnérables touchées par les conflits et les inondations. Ce dernier incident porte à neuf le nombre total de travailleurs humanitaires tués au Soudan du Sud cette année, soit trois fois plus que le nombre total d’humanitaires qui ont perdu la vie l’an dernier dans le pays. Depuis le début du conflit fin 2013, 124 travailleurs humanitaires, pour la plupart sud-soudanais, ont perdu la vie dans l’exercice de leurs fonctions.

    Toujours à propos du Soudan du Sud, la Représentante spéciale pour la violence sexuelle dans les conflits, Pramila Patten, s’est déclarée aujourd’hui encouragée par les mesures positives prises par les Forces de défense du Soudan du Sud pour traduire en justice les auteurs de violences sexuelles.

    Ces procès ont entraîné la condamnation de 26 soldats pour des infractions commises cette année et l’an dernier. Mme Patten s’est également félicitée des récentes condamnations prononcées devant plusieurs tribunaux civils pour viol et viol collectif. Elle a déclaré que ces verdicts envoient non seulement un message aux auteurs que leurs actes ont des conséquences, mais réaffirment également l’engagement du Gouvernement en faveur d’une politique de tolérance zéro pour les violences sexuelles liées aux conflits. Mme Patten a également félicité les courageux survivants qui se sont présentés pour témoigner et demander justice et a reconnu le rôle crucial que la société civile a joué dans leur défense et leur soutien.

    Amérique centrale

    En Amérique centrale, où l’ouragan Eta est sur le point de toucher terre au-dessus du Nicaragua près de la frontière avec le Honduras, nos équipes des Nations Unies sur le terrain au Nicaragua, au Honduras, à El Salvador et au Guatemala surveillent activement l’évolution de la situation et sont en contact avec les autorités nationales et les partenaires régionaux. En collaboration avec les autorités du Honduras et du Nicaragua, les équipes techniques d’urgence des Nations Unies s’efforcent d’identifier les ressources disponibles pour appuyer la riposte, à la demande des deux gouvernements.

    Le Programme alimentaire mondial (PAM) dispose également de vivres essentiels prêts à être livrés au Honduras et au Nicaragua par l’intermédiaire de son centre logistique au Panama.

    Il y a également 70 000 personnes dans les zones le long de la piste d’Eta, dans le nord du Nicaragua, qui sont exposées aux vents de l’ouragan. Selon le Centre des catastrophes du Pacifique, plus de 483 000 personnes au Honduras sont également exposées à l’impact de l’ouragan. La trajectoire projetée l’emportera ensuite sur certaines parties du Guatemala, d’El Salvador et du Belize, ce qui pourrait entraîner de fortes pluies.

    COVID-19 / Inde

    Une mise à jour rapide sur ce que font nos équipes de pays pour aider à affronter la pandémie de COVID-19: Aujourd’hui, le point sur nos opérations en Inde, où les cas ont dépassé 8 millions avec plus de 123 000 décès, selon les chiffres de l’ONU.

    L’équipe des Nations Unies, dirigée par la Coordonnatrice résidente Renata Dessallien, soutient les efforts des autorités pour sauver des vies et préserver les moyens de subsistance, ainsi que pour protéger les droits.

    Le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) a aidé plus d’un million de personnes vulnérables à bénéficier d’une protection sanitaire et sociale. Elle a distribué des kits sanitaires à 20 000 ménages dirigés par des femmes et dispensé une formation sur la santé sexuelle et reproductive, ainsi que sur la façon de prévenir et de lutter contre la violence à l’égard des femmes.

    Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), pour sa part, travaille avec des groupes de femmes, des conseils de village et des ministères pour assurer la protection sociale des groupes marginalisés dans deux États indiens.

    Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a aidé 420 000 personnes par le biais de programmes de protection sociale visant à rétablir les moyens de subsistance des femmes microentrepreneurs, des agriculteurs et des artisans, ainsi que des jeunes.

    Par l’intermédiaire du Fonds « Recover Better Fund » du Secrétaire général, le Programme alimentaire mondial (PAM) et ses partenaires fournissent également de la nourriture à plus de 20 000 ménages vulnérables, y compris les travailleurs du sexe transgenres, féminins et masculins, ainsi qu’aux migrants et aux personnes handicapées ainsi qu’à ceux qui sont atteints de maladies chroniques.

    Qatar

    Le Secrétaire général est encouragé par l’importante annonce faite par l’émir du Qatar que le pays organisera en octobre prochain des élections pour le Conseil consultatif. Nous comprenons que les préparatifs sont en cours et que le Gouvernement du Qatar prendra toutes les mesures nécessaires pour permettre des élections inclusives et participatives.

    Tags : AMÉRIQUE CENTRALE, AUTRICHE, AFGHANISTAN, SOUDAN DU SUD, INDE, QATAR, #COVID19,

  • La recomposition géo-politique programmée du Moyen Orient

    par Pierre Hillard

    Les tensions et les violences qui secouent le Moyen-Orient depuis l’intervention israélienne au Liban, le 12 juillet 2006, ne sont que la partie visible d’un immense enjeu politique, économique, religieux et philosophique opposant l’Occident aux Etats islamiques de la région. L’occupation américaine de l’Irak en mars 2003 a permis le lancement d’un projet révolutionnaire en vue de remodeler une vaste zone géographique allant du Maroc au Pakistan: le Grand Moyen-Orient. Derrière cette appellation, c’est une recomposition profonde qui attend ces pays musulmans. Beaucoup de théories et de supputations courent sur les ambitions des Etats-Unis et d’Israël au sujet de la politique poursuivie par leurs dirigeants. Cependant, des signes avant-coureurs apparaissent et permettent d’apercevoir concrètement les plans en cours. C’est tout l’enjeu des cartes ci-jointes appelant à recomposer le Moyen-Orient.

    Ces cartes (« before » : situation en 2006 (ci-dessus) et « after » : situation après recomposition (ci-dessous)) sont parues dans une revue militaire américaine, AFJ (Armed Forces Journal), en juin 2006 sous la plume d’un lieutenant-colonel américain à la retraite, Ralph Peters. Ce dernier s’est illustré dans une division d’infanterie mécanisée à partir de 1976 pour, ensuite, poursuivre ses activités dans le renseignement militaire en 1980. Auteur de nombreux ouvrages traitant de la stratégie et des relations internationales, Ralph Peters s’est retiré officiellement de l’armée en 1999. Cependant, ses contacts restent étroits avec ce milieu puisqu’il fait partie de l’équipe dirigeante d’AFJ. Cette revue n’est qu’une partie d’un véritable empire de la presse militaire américaine. Fondé en 1863, ce mensuel s’adresse aux officiers des Etats-Unis traitant de sujets aussi variés comme : la technologie militaire, la logistique, la stratégie, la doctrine ou encore la tactique. En fait, AFJ est coiffé par une maison mère, Army Times Publishing Company, dont les publications s’articulent autour de trois axes :

    The Military Times Media Group qui publie: Army Times, Navy Times, Air Force Times et Marine Corps Times.
    The Defense News Media Group, groupe mondial des revues de défense et qui publie: Defense News, Armed Forces Journal (AFJ), Training § Simulation Journal et C4ISR Journal (renseignement, surveillance et reconnaissance).

    The Federal Times, hebdomadaire d’informations traitant des nouvelles technologies et des sujets financiers.

    Depuis le 1er août 1997, Army Times Publishing Company est une filiale d’un groupe encore plus puissant, la société Gannett. Fondé en 1906 par Frank Gannett, cet empire de presse et des médias publie aux Etats-Unis près de 90 quotidiens dont les plus connus sont USA Today et USA Weekend et contrôle 22 stations de télévision. Ses activités débordent aussi au Royaume-Uni puisque 17 quotidiens sont sous son influence. L’ensemble génère des revenus financiers colossaux estimés à 7,6 milliards de dollars pour 2005.

    Cette présentation permet de mieux saisir dans quel milieu la revue AFJ évolue et la signification des travaux de Ralph Peters. En effet, les propositions de ce dernier et les appels lancés à un changement radical des frontières du Moyen-Orient ne sont évidemment pas le résultat des réflexions d’un seul homme soucieux d’occuper son temps. De nombreuses études ont été lancées au sein des instances militaires américaines comme dans de nombreux think tanks appelant à revoir les limites frontalières de ces Etats. Comme le montre la carte (« after »), les modifications apportées aux frontières sont le fruit d’une lente mais sûre réflexion intellectuelle dont la publication dans une revue militaire américaine de haut rang n’est pas l’effet du hasard. Le but recherché est aussi de tester les réactions en particulier celles des musulmans de la région. Cela dit, il ne faut pas voir ce document comme définitif. En fait, c’est un prototype susceptible de connaître des changements que certains appelleraient des variables d’ajustement. En réalité, l’intérêt majeur de ces travaux est de révéler que les instances militaires et politiques des Etats-Unis se sont résolument engagées dans un domaine en n’hésitant plus à l’officialiser. En même temps, cette entreprise doit se faire en adéquation avec Israël concerné au premier chef par ces bouleversements. A l’égard de ce pays, Ralph Peters se définit comme un ami « de longue date » (New York Post, 22 juillet 2006).

    L’article de ce militaire américain, intitulé « Frontières ethniques, que faire pour améliorer le Moyen-Orient », part du principe qu’il faut lever le tabou de la sacro-sainte frontière inamovible. Pour l’auteur, les nouvelles frontières doivent se modeler en fonction du critère ethnique et confessionnel. Même s’il n’est pas possible de tracer des frontières respectant la totalité des particularismes en tout genre nombreux et numériquement très variables, il faut pour Ralph Peters se rapprocher au maximum de ce concept.

    Comme il le souligne : « Nous parlons de difformités énormes faites par les hommes qui n’arrêteront pas de générer la haine et la violence tant qu’elles n’auront pas été corrigées ». Dans son esprit, il s’agit de remettre radicalement en cause les frontières nées des Accords Sykes-Picot de 1916 préparant le démantèlement de l’Empire ottoman.

    En observant l’ensemble de cette zone en partant de la Péninsule arabique, on constate immédiatement le démantèlement du royaume d’Arabie Saoudite. Les propos de l’auteur sont très clairs à l’égard d’un pays qui a bénéficié de la protection américaine suite aux discussions entre le président Roosevelt et le roi Ibn Saoud, le 14 février 1945, à bord du croiseur USS Quincy. Désormais, le royaume d’Arabie Saoudite passe à la trappe. Deux grandes entités territoriales échappent à l’autorité de Riyad. Sur la côte Ouest, il s’agit de créer un « Etat sacré islamique ». Comme le précise Ralph Peters dans des propos lourds de conséquences : « La cause principale de la large stagnation du monde musulman réside dans le traitement réservé à la Mecque et à Médine considérés comme leur fief par la famille royale saoudienne. Les lieux saints de l’Islam soumis au contrôle de la police d’Etat de la part d’un des plus bigots et oppressifs régimes au monde ont permis au Saoud (ndlr : la famille régnante d’Arabie Saoudite) de projeter leur croyance wahhabite à la fois intolérante et disciplinée au-delà de leurs frontières. (…) Imaginez comme le monde musulman se sentirait mieux si la Mecque et Médine étaient dirigés par un Conseil représentatif tournant issu des principales écoles et mouvements de l’Islam dans le monde au sein d’un Etat sacré islamique – une sorte de super Vatican musulman – où l’avenir de la foi serait débattu au lieu d’être arbitrairement fixé ».

    Ce point est capital puisqu’il révèle la volonté de réformer l’Islam afin de l’adapter aux principes occidentaux. Une sorte « d’Islam des Lumières » élaboré au cœur de cet Etat sacré islamique permettrait de rayonner sur l’ensemble du monde musulman et de remodeler les esprits afin qu’ils épousent pleinement la philosophie mondialiste. Il est vrai que contrôler les esprits a toujours permis de contrôler les hommes. C’est d’ailleurs dans le même ordre d’idée que l’on retrouve ces mesures préconisées par la Fondation Bertelsmann, think tank allemand qui, dans ses travaux débattus dans le cadre des « Discussions de Kronberg » en 2002 et 2003 (Europe, the mediterranean and the Middle East, strengthening responsibility for stability and development et Die Zukunft der europäischen Politik im Nahen Osten nach dem Irak Krieg), relève l’inadéquation de l’Islam à l’évolution du monde moderne et prône une refonte des mentalités et la remise en cause des frontières. Ces recommandations allemandes soulignent aussi la convergence des buts à atteindre de part et d’autre de l’Atlantique pour refondre entièrement le Moyen-Orient. Il est vrai aussi que les concepts ethno-confessionnels développés par Ralph Peters cadrent parfaitement avec la vision ethniciste germanique.

    Sur la côte du Golfe persique, c’est la province de Hassa dont la population est majoritairement chiite qui est détachée de l’Arabie Saoudite et intégrée à un « Etat chiite arabe », vestige d’un Irak littéralement explosé. L’application de cette mesure entraînerait la mort économique du royaume car c’est à cet endroit que se concentre l’essentiel de l’extraction des hydrocarbures autour de la triade Dammam-Dharhan-Al-Khobar. L’Etat chiite arabe verrait ses réserves pétrolières et gazières monter en flèche et deviendrait incontournable car, outre les vastes ressources de Hassa et de la production off-shore, il faudrait ajouter celles de la région de Bassora (ex-Irak) et des provinces arabes iraniennes, détachées de Téhéran, riches en hydrocarbures jouxtant le Chatt el-Arab (Arabes chiites du Khouzistan et Arabes sunnites du Bouchir). De plus, Riyad perdrait ses provinces du Sud (Jizrane, Najran et l’Assir) au profit du Yémen, territoires acquis en 1934 lors du Traité de Taëf, et qui ont conservé leur identité yéménite. Enfin, la curée sera complète avec l’octroi d’une façade maritime à la Jordanie, Etat pro-occidental, en arrachant à l’Arabie Saoudite les provinces de Tabouk et une partie du Jouf.

    La destruction du royaume des Al Saoud affichée par la carte (« after ») de Ralph Peters n’est que la confirmation de projets élaborés au sein de certaines instances américaines. David Rigoulet-Roze, spécialiste du Moyen-Orient, dans son ouvrage « Géopolitique de l’Arabie Saoudite » (Editions Armand Colin) le souligne clairement :

    « Il y eut notamment la publication le 6 août 2002, par le Washington Post, d’un briefing qui a eu lieu le 10 juillet 2002 au Defense Policy Board (DPB, ndlr : organisme de planification stratégique créé en 1985 par Donald Rumsfeld), alors dirigé par le très influent Richard Perle, surnommé le Prince des ténèbres lorsqu’il officiait au Pentagone entre 1981 et 1987 sous l’administration Reagan. Au cours de ce briefing, l’Arabie Saoudite avait été qualifiée par Laurent Murawiec, un analyste du prestigieux centre de recherches stratégiques de la Rand Corporation, de pays ennemi. (…) Pire encore, Murawiec avait évoqué la légitimité de sanctions, dont le gel des avoirs saoudiens, voire… la scission de la province orientale du royaume renfermant ces gisements et ces réserves pétrolières qui font de l’Arabie le maître du quart des réserves d’or noir.

    (…) Quelques temps seulement après l’affaire Murawiec, c’était au tour d’un think tank proche des néo-conservateurs, le Hudson Institute – dont Perle est membre, et où officie désormais Murawiec – de reprendre et de développer les idées avancées par le DPB. Etait alors ouvertement évoqué un plan de démantèlement de l’Arabie Saoudite qui, en réalité, existe depuis la fin des années 70, à l’initiative d’Henry Kissinger, alors Secrétaire d’Etat de l’Administration Nixon. (…) C’est également dans le même ordre d’idées que semble s’inscrire un rapport remontant à la fin de l’année 2002, circulant au plus haut niveau dans les milieux officiels de Washington. Il envisagerait rien moins que le démembrement pur et simple de l’Arabie Saoudite selon le scénario suivant : les Lieux saints de la Mecque et de Médine se verraient confiés aux Hachémites qui, en tant que descendants du Prophète, bénéficient d’une légitimité qui fait largement défaut à la dynastie des Al Saoud et la province du Hassa serait poussée à faire sécession dans le but de se constituer en Emirat pétrolier. »

    Les révélations de ce spécialiste français continuent sur la même lancée puisqu’il affirme la volonté des Etats-Unis de favoriser une « recomposition politique radicale du Moyen-Orient qui passerait notamment en Irak même par une dévolution du pouvoir à la majorité chiite par les grâces d’une démocratie arithmétique ». C’est justement ce que révèle la carte (« after ») de Ralph Peters où l’Etat irakien a disparu au profit d’un Etat chiite arabe et d’un résidu appelé « Irak sunnite » que le militaire américain propose même d’unifier à la Syrie qui, entre-temps, a perdu sa façade maritime au profit d’un Grand Liban. Il est même évoqué sous sa plume la renaissance de l’antique Phénicie (Phoenecia reborn) tandis que l’Etat d’Israël est conservé dans ses frontières d’avant 1967. Il est étonnant de constater, en raison du véritable chambardement des frontières au Moyen-Orient, que Ralph Peters conserve le territoire de la Cisjordanie (West Bank) au rang de statut indéterminé. Peut-être que le statut définitif de Jérusalem, siège de trois grandes religions, nécessite de ne pas révéler tout de suite l’avenir d’une zone éminemment convoitée.

    En tout cas, la partition de l’Irak sur la carte (« after ») commence à prendre forme sur le terrain. L’ambassadeur britannique à Bagdad, William Patey, et le général américain John Abizaid ont clairement affiché leurs craintes d’une guerre civile suivie d’une division du pays comme l’a révélé un document confidentiel publié par la BBC (Spiegelonline, 3 août 2006). Leurs affirmations ne font que confirmer les propos du journal d’Istanbul, Vatan, qui évoquait les propos tenus à des représentants turques par des responsables américains, début 2006, au sein des think tanks de Washington : « Arrêtez de vous soucier de l’intégrité territoriale de l’Irak. En réalité, ce pays est déjà divisé ! Vous [les Turcs] feriez mieux de vous préoccuper maintenant de votre Sud-Est [région à majorité kurde]. Essayez d’imaginer quelles seront les répercussions de l’autonomie du Kurdistan irakien dans votre pays » (Courrier International n°805).

    C’est d’ailleurs le même son de cloche de la part des dirigeants européistes de Bruxelles qui susurrent à Ankara que « Si la Turquie se séparait de son Sud-Est, elle entrerait plus facilement dans l’Union européenne » (Courrier International n°805). L’ethno-régionalisme prôné par les instances bruxelloises ne ferait qu’accélérer le phénomène de décomposition de l’Etat turc. Finalement, les propos de Ralph Peters ne font que confirmer ces prises de position puisqu’il ajoute qu’un cinquième de la partie Est de la Turquie est un « territoire occupé » et qu’un « Kurdistan libre, s’étendant de Diyarbakir jusqu’à Tabriz deviendrait l’Etat le plus occidental entre la Bulgarie et le Japon ».

    La création d’un Etat kurde (Free Kurdistan) construit à partir des territoires Sud-Est de la Turquie, du Nord de la Syrie et de l’Irak, et de l’Ouest de l’Iran aboutirait à l’émergence d’un bloc estimé à environ 30 millions d’habitants. Fort des installations pétrolières de Kirkouk, cet Etat kurde pro-américain serait avec l’Etat chiite arabe les deux grands pôles de la production d’hydrocarbures et de gaz du Moyen-Orient. L’importance de cet Etat kurde serait d’autant plus grande que l’oléoduc BTC évacue le pétrole de la Mer Caspienne à partir de Bakou (Azerbaïdjan), passe par Tbilissi (Géorgie) pour, ensuite, traverser tout le Sud-Est de la Turquie et aboutir à Ceyhan en Méditerranée. Les Kurdes seraient donc les grands maîtres de ce corridor énergétique voulu par les Américains en 1994. En plus du pétrole, il faut ajouter l’autre grande richesse, l’eau. Le « Grand projet anatolien » (GAP) poursuit l’objectif, grâce à 22 barrages, de dompter le Tigre et l’Euphrate qui prennent leurs sources dans les montagnes kurdes. L’achèvement de ce projet qui doit avoir lieu vers 2013, permettant l’irrigation de 1,7 million d’hectares et la production d’électricité, sera une arme redoutable aux mains de l’Etat kurde et pèsera lourdement sur la vie des habitants de tout le Moyen-Orient.

    A l’Est des Etats kurdes et chiites, l’Iran est remodelé en fonction des critères ethniques. Après avoir cédé sa partie kurde, la zone turcophone du Nord est octroyée à l’Azerbaïdjan. En revanche, la province iranienne du Khorasân s’agrandit vers l’Est en acquérant le territoire Ouest de l’Afghanistan, la région de Hérat, en conformité avec la volonté de Ralph Peters de reconfigurer la région selon les critères ethno-linguistiques. Comme le confirme Bernard Hourcade, directeur au CNRS (équipe de recherche : monde iranien), dans son ouvrage « Iran, nouvelles identités d’une République » (Editions Belin) : « L’immense province de Khorasân, (…) les limites anciennes incluaient les régions de Hérat dans l’actuel Afghanistan et celles de Samarcande et Boukhara en Ouzbékistan ». Enfin, un « Baloutchistan libre » (Free Baluchistan) est créé à partir des deux entités iraniennes et pakistanaises tandis que l’Afghanistan se voit agrandi au dépens du Pakistan jusqu’au fleuve Indus afin d’y rattacher les populations pachtounes. L’Etat pakistanais réduit de près de la moitié de sa superficie verrait sa puissance économique fortement amoindrie au point d’être incapable de servir d’allié de revers au profit de la Chine face à l’Inde. Sur ce point, les Etats-Unis seraient gagnants. Seuls des Etats comme Oman, le Qatar, les Emirats arabes unis et le Koweït échappent à ces modifications. Cependant, cette carte (« after ») étant un prototype, rien n’interdit à leurs concepteurs de se rattraper. En tout cas, la finalité américaine est de contrôler tout ce Moyen-Orient par la parcellisation ethnique et religieuse selon le bon vieux principe « diviser pour régner ». Les Etats-Unis, cherchant à s’assurer la production d’hydrocarbures à leur profit, seraient en mesure de priver la Chine, puissance montante et rivale, de l’arme énergétique si nécessaire à son accession à la cour des grands.

    L’impression générale qui se dégage du remodelage annoncé par cet auteur comme de la part de nombreux think tanks américains et allemands est celle d’un bouleversement mettant à feu et à sang ces pays du Moyen-Orient. En effet, on ne voit pas ces Etats se laisser charcuter, voire disparaître, sans se laisser faire. Comment réagira, par exemple, le Pakistan qui possède l’arme nucléaire ? En réalité, l’objectif est d’intégrer ces immenses territoires à la sphère d’influence occidentale. Le discours de Joschka Fischer à la 40è Conférence de Munich sur la politique de sécurité dans le cadre de l’OTAN, le 7 février 2004, annonçait la volonté du monde occidental de mettre ces pays du Moyen-Orient aux normes euro-atlantistes. Ces mesures furent confirmées par « l’alliance germano-américaine pour le XXIè siècle » signée, le 27 février 2004, entre le président Bush et le chancelier Schröder à Washington, annonçant la couleur : « Nous devons construire un véritable partenariat qui relie l’Europe et l’Amérique aux Etats du Proche et Moyen-Orient (…) ». Cette immense construction politique et métaphysique doit obligatoirement obéir à des règles communes qui sont politiques, économiques et civilisationnelles.

    Une logique, mais une logique folle, anime les concepteurs de ce projet. C’est le think tank German Marshall Fund (GMF) qui, indirectement, a révélé l’engagement profond des instances atlantistes. En effet, il s’est engagé sous l’égide du très influent Bruce Jackson à développer une nouvelle politique en Mer Noire intitulée « A new euro-atlantic strategy for the Black Sea region ». Il s’agit en liaison avec l’Union européenne de créer une eurorégion de la Mer Noire qui doit voir le jour pour 2007 selon les affirmations de Giovanni di Stasi, président du Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux d’Europe (CPLRE). Or une « petite » phrase résume tout. Paru en 2004, le rapport du GMF dans sa préface précise que « La Mer Noire est la nouvelle interface entre la communauté euro-atlantique et le Grand Moyen-Orient ». Une « interface » géographique obéit aux lois de la physique. Pour fonctionner et jouer pleinement sa mission de charnière, cette interface doit s’articuler entre deux mondes, le bloc euro-atlantiste d’une part, et le bloc moyen-oriental d’autre part, régis par les mêmes lois et les mêmes concepts édictés par la philosophie mondialiste. Cela suppose nécessairement une refonte généralisée de cet espace arabo/perse musulman pour qu’il y ait adéquation. Pour réussir cette entreprise, les moyens mis en œuvre risquent d’aboutir à un chaos inimaginable dans cette région et, par ricochet, à l’échelle planétaire. Tout compte fait, les adeptes de cette politique ne font qu’appliquer les fameux vers du poème de Goethe, « l’apprenti sorcier », qui rappelaient : « Les esprits que j’ai réveillés ne veulent plus m’écouter ».

    Pierre Hillard

    Pierre Hillard est docteur en sciences politiques, B.I n°113 (*) est professeur d’histoire-géographie. Il a publié différents articles dans Le Figaro, Géostratégiques, Conflits Actuels, Intelligence et Sécurité, Balkans-Infos.

    Emission « Le Dessous Des Cartes »

    Source : Knowledge-TV

    Tags : Moyen Orient, Proche Orient, Palestine, Syrie, Irak, Arabie Saoudite, Liban, Emirats Arabes Unis,

  • Ce que ferait Joe Biden au Moyen Orient et en Afrique du Nord (Hicham Alaoui)

    Hicham Alaoui

    Associé, Weatherhead Center for International Affairs. DPhil, études orientales, St Antony’s College, Oxford.

    Si Joe Biden remportait les élections de novembre 2020, sa nouvelle administration serait immédiatement confrontée à quatre défis au Moyen-Orient: l’Iran, l’axe saoudo-émirati, le printemps arabe et Israël / Palestine.

    La politique de l’administration Trump au Moyen-Orient est celle d’un repli chaotique. En revanche, la stratégie de l’administration Biden serait une stratégie de réengagement prudent. Il serait fondé sur un sens du réalisme critique, un peu comme l’approche de l’administration Obama. Elle verrait la région comme un terrain géopolitique cohérent, dans lequel la réalisation des objectifs à long terme exigerait moins d’action unilatérale et plus de coordination multilatérale. En même temps, il affronterait l’importance décroissante du Moyen-Orient pour les intérêts américains à l’étranger.

    Premièrement, en ce qui concerne l’Iran, l’administration Biden essaierait de restaurer le principe de négociation incarné par le cadre de l’accord nucléaire de 2015. Au cours des quatre dernières années, les États-Unis sont revenus à une position d’intimidation unilatérale et de rhétorique militarisée, de sanctions et de frappes militaires dans l’espoir de contraindre l’Iran à se soumettre. Pourtant, si les États-Unis peuvent lentement étouffer les ressources nucléaires de l’Iran, ils ne peuvent pas le faire avec leur programme de missiles balistiques existant, qui est le principal fer de lance de l’Iran pour ses ambitions d’expansion régionale.

    En tentant de revoir le cadre de l’accord sur le nucléaire pour ouvrir un nouveau dialogue, les États-Unis essaieraient de freiner le programme de missiles balistiques de l’Iran en donnant à son régime une place à la table des négociations. Les dirigeants iraniens résisteront sans aucun doute à l’invitation, car l’arsenal reste un atout vital pour sa capacité militaire. Cependant, ce processus pourrait ouvrir la porte à un grand marché régional à long terme. Un tel accord aborderait de manière globale l’implication de l’Iran dans des pays comme la Syrie, le Yémen et l’Irak sans aggraver les tensions dans le Golfe.

    Deuxièmement, en ce qui concerne l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU), les États-Unis reconsidéreraient soigneusement leur attitude libre. Au cours de la dernière décennie, et en grande partie sous une nouvelle direction politique, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont agi en tant qu’avant-garde contre-révolutionnaire du Moyen-Orient, s’efforçant d’inverser les acquis démocratiques. Ils ont cherché à renforcer les régimes autoritaires et les alliés dans toute la région – et ils ont réussi grâce à un mandat virtuel de l’administration Trump.

    L’administration Biden serait plus stricte, consciente des conséquences désastreuses de ce que l’aventurisme saoudo-émirati a produit au Yémen, en Libye et au Qatar. Les actions menées au sein de ces pays ont créé des perturbations tumultueuses avec peu de retours positifs. Bien sûr, les États-Unis resteraient en dehors de la politique intérieure saoudo-émiratie. Pourtant, il reconnaîtrait également que les deux sont différents. Alors que les dirigeants des Émirats arabes unis feraient face à des conséquences moins graves de ce recalibrage, les dirigeants saoudiens subiraient des coûts plus élevés en raison de leur domination sur un pays beaucoup plus grand avec des courants populaires plus diversifiés et un défi économique plus difficile. En outre, les dirigeants saoudiens auraient lésé de nombreux acteurs politiques internes, et ils pourraient essayer de réaffirmer leur pouvoir dans le système politique.

    Troisièmement, les États-Unis réorienteraient leur vision du printemps arabe – qui est un processus historique en cours plutôt qu’un résultat singulier. Ce processus est un processus de changement politique, et l’administration Biden reconnaîtrait que les luttes impliquées ont des racines structurelles. L’ancien contrat social qui a troqué l’obéissance politique contre la subsistance économique est révolu. Les sociétés jeunes exigent voix et dignité, et les régimes autoritaires ne peuvent pas le faire.

    Le rétablissement de la démocratie américaine dans le pays peut enhardir les mouvements démocratiques dans la région et même dans le monde. Le déclin de la démocratie dans le monde et son affaiblissement du dynamisme du printemps arabe sont souvent négligés. De plus, si de nouvelles révolutions éclatent, une administration Biden ne supposerait pas que les alliés autocratiques, comme le régime de Sissi en Égypte, resteront stables. Les attentes populaires en matière de réforme exigeraient une réponse plus raisonnée de la part des États-Unis.

    Dans le même ordre d’idées, des pays fracturés comme la Libye et la Syrie exigeraient le multilatéralisme plutôt que des interventions ponctuelles. Cela nécessiterait à terme de reconstruire les modes de coopération avec les alliés occidentaux et de réengager la Russie et la Chine à travers un cadre d’interactions positives et bien réglementées. Une administration Biden adopterait plus volontiers une telle approche.

    Enfin, l’administration Biden s’occuperait de la tragédie palestinienne. Ici, en raison de leur partialité passée, les États-Unis ont peu d’espace de manœuvre, et cela ne changera probablement pas. Il reviendrait sur «l’accord du siècle» et tenterait de ressusciter la solution à deux États. La possibilité d’une solution à deux États est effectivement morte, mais aucune des parties impliquées ne souhaite en reconnaître l’implication douloureuse. Ainsi, les États-Unis tenteraient de ramener Israël aux négociations. Cependant, il y aurait des gains limités: même si le gouvernement israélien arrête l’annexion de jure du territoire palestinien, il y aura toujours une annexion de facto par des activités de colonisation illégales. Beaucoup dépendrait également de la manière dont les Palestiniens se réorganiseraient, car l’Autorité palestinienne est bloquée dans un déclin moribond depuis des décennies.

    Pourtant, se retirer de l’accord du siècle aurait des implications régionales à considérer. Par exemple, les États arabes seraient moins incités à se précipiter dans des normalisations avec Israël sans que ce dernier ne traite des droits des Palestiniens. En ce sens, la politique étrangère de l’administration Biden au Moyen-Orient aurait des conséquences considérables, mais il faudrait un certain temps pour réparer les dommages causés par les politiques américaines actuelles.

    Dans le cas où Trump gagnerait, nous verrions plus de la même chose en termes de politique étrangère employée au cours des quatre dernières années. Les États-Unis poursuivraient leur approche militante vis-à-vis de l’Iran, et continueraient à donner aux dirigeants saoudiens et émiratis leur mandat pour la contre-révolution. Il resterait inactif alors que la région entre dans un nouveau cycle de répression autoritaire et de répression populaire. Ce refoulement consommerait la rue et serait plus fracturé que jamais, car il y aurait encore moins de répit au sein de la société civile. Les conflits régionaux en Libye, au Yémen et ailleurs s’aggraveraient en l’absence de coopération transatlantique et d’engagement multilatéral. Ces pays sombreraient plus profondément dans le conflit.

    Enfin, les États-Unis continueraient à négliger la dynamique israélo-palestinienne et à ne pas dépenser ne serait-ce qu’un minimum d’efforts pour relancer le processus de négociation. En conséquence, cela accélérerait la dissolution éventuelle de l’Autorité palestinienne et accélérerait également la reconnaissance formelle du fait que la solution à deux États est définitivement morte.

    Source : EPICENTER, 27 oct 2020

    Tags : Proche Orient, Moyen Orient, Noe Biden, Donald Trump, Hicham Alaoui, Palesine, Israel,

  • Musulmans de France, tous coupables ?

    par Akram Belkaïd, Paris

    L’horrible décapitation de Samuel Paty, un enseignant en France par un jeune de dix-huit ans d’origine tchétchène, qui lui reprochait d’avoir montré des caricatures du Prophète à ses élèves dans un collège de Conflans-Sainte-Honorine, a provoqué une grave crise aux conséquences incertaines. Il ne s’agit pas ici uniquement de l’immense, et légitime, émotion qu’un tel acte barbare a provoqué au sein de la société française. Il ne s’agit pas non plus de l’agitation suspecte d’un gouvernement, et notamment du ministre de l’intérieur Gérald Darmanin, déjà préoccupé par la campagne électorale de la présidentielle de 2022 et soucieux de faire oublier ses responsabilités dans cette triste affaire. Une frénésie de propos destinés à masquer aussi le délabrement d’un secteur éducatif où il n’est pas rare que des parents d’élèvent cognent un enseignant surmené pour une mauvaise note ou un téléphone portable confisqué durant les heures de cours.

    Il est évident que ce drame révèle des lignes de fractures qui se sont aggravées depuis le début des années 2010. De manière régulière, des attentats ou des actes isolés de violence se revendiquant de l’islam reposent de manière brutale le rapport entre la société française et les communautés de cultures musulmanes. Cette fois-ci, l’onde de choc est plus forte, ne serait-ce que parce que c’est l’école qui est concernée mais aussi parce que le crime a aggravé un climat déjà délétère en raison, notamment, de la crise sanitaire.

    Il n’y a rien d’étonnant à voir l’extrême-droite et ses relais médiatiques s’engouffrer dans la récupération de cette sordide atteinte à la vie. Tout y passe. L’immigration, les politiques d’accueil et d’asile, certains droits individuels, les mécanismes de lutte contre le racisme et les discriminations, la gauche populaire, tout cela est visé. Marine Le Pen le dit clairement quand elle évoque « une guerre qui exige une législation de guerre ». Dans tout ce vacarme amplifié par les politiques et les chaînes d’information en continu, l’islam en France est de nouveau mis en accusation comme si toutes les personnes concernées de près ou de loin par cette religion étaient complices du tueur.

    A l’inverse, ce qui est inquiétant, c’est la proportion sans cesse croissante de la société française qui se dit convaincue par tout ou partie de ce discours accusateur. L’idée que « les musulmans » n’en font pas assez pour lutter contre le terrorisme intégriste est en train de s’installer de manière définitive et celles et ceux qui la combattent en dénonçant les amalgames sont mis à l’index. « Islamo-gauchistes » ou naïfs, ils seraient les complices, ou, pourquoi pas, les instigateurs de cette violence. Quoi que l’on dise, quoi que l’on fasse, il est de plus en plus difficile de faire entendre la nuance. Et de poser les termes du problème.

    Il y a six ans, voici ce que je répondais au journaliste Gille Heuré de Télérama lorsqu’il m’interrogeait à propos des suites de l’assassinat d’Hervé Gourdel en Algérie (1). Les appels demandant à la communauté musulmane de réagir, disais-je, « traduisent une contradiction fondamentale : d’un côté, on met en garde les musulmans contre toute forme de communautarisme ; de l’autre, on les intime, en tant que musulmans, à condamner officiellement cet acte ignoble. C’est une manière d’affirmer que les musulmans restent une exception dans le modèle républicain. N’importe quel être humain réprouve ces crimes épouvantables. On n’a pas besoin de demander aux gens de s’en désolidariser ou d’exprimer leur dégoût : ça coule de source (…) Pour certains milieux en France, les musulmans, s’ils ne sont pas coupables par nature, peuvent faire preuve de duplicité. Ils doivent fournir la preuve de leur normalité et de leur insertion dans la société française. »

    En réalité, ajoutai-je, « ces appels laissent entendre que l’islam pratique un double discours : les musulmans intégrés participeraient à la vie de la société française, payeraient bien leurs impôts, etc., mais seraient susceptibles à tout moment de commettre des meurtres à l’encontre de citoyens français, musulmans et non musulmans. C’est une peur palpable et entretenue. »

    Rien de tout cela n’a changé. C’est même devenu pire. Cela pose de vrais problèmes pour l’avenir. Apeurée, affolée par les vitupérations d’éditorialistes connus, sans cesse conditionnée par les outrances des réseaux sociaux, la société française semble exiger aujourd’hui des preuves de loyauté de la part des musulmans. C’est cela qui se dessine tranquillement, sans que le personnel politique ne prenne la mesure de l’enjeu. En réalité, dans un pays où l’on rejette, à juste titre le communautarisme, les questions « mais où sont les musulmans ? » ou « mais que font les musulmans ? » sontdes assignations à résidence qui ne veulent pas disparaître. Elles logent dans l’inconscient collectif et il sera difficile de les extirper. Mr Omar ou Mme Latifa, quelles que soient leurs opinions et leurs croyances, sont ainsi sommés de s’exprimer en tant que musulmans. Il ne vient à l’idée de personne qu’ils n’ont pas envie d’être définis de la sorte. Il ne vient à l’idée de personne que leur seule manière de lutter contre l’intégrisme et les actes de violence, est juste d’être eux-mêmes, des citoyens sans histoires qui ont les mêmes préoccupations et attentes que leurs compatriotes français.Mieux, des citoyens qui haussent les épaules ou se détournent quand un collectif intégriste tente de les convaincre ou de les enrôler.

    La grande mosquée de Paris, de nombreux imams, ont clairement condamné le crime. Ils sont dans leur rôle et parlent au nom de nombreux croyants. D’autres, « musulmans de culture » ont, quant à eux, exprimé leur révulsion via les réseaux sociaux. Que leur faut-il faire d’autre ? Qu’ils singent l’imam Chalghoumi en baragouinant, en pleurnichant, un pardon pour des actes qu’ils condamnent et avec lesquels, faut-il le répéter, ils n’ont rien à voir ?Veut-on qu’il fassent le coup de poing contre les extrémistes ? Qu’ils se substituent à la police et qu’ils s’en prennent directement à des associations d’incendiaires que les autorités ont tolérées, voire encouragées, parce qu’elles imposaient la paix dans des quartiers populaires gangrénés par le trafic de drogue ? Qu’est-ce que tout cela veut dire ? Veut-on organiser une guerre civile chez les cinq millions de musulmans vivant en France afin qu’un camp (celui qui incarne la majorité respectueuse de la République) puisse enfin gagner ses galons de citoyenneté reconnue ? Faute de réponse politique clairvoyante, c’est la paix civile qui est désormais menacée.

    (1) « Les musulmans français victimes d’amalgames », Télérama, 12 octobre 2014.

    Le Quotidien d’Oran, 1 nov 2020

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  • Macron : le rétropédalage

    Poussé par des calculs élecoralistes, le président Macron s’est fondu dans des déclarations qui cachent mal une islamophobie dont les répercussions n’ont pas été prévues. Face à la réaction des pays musulmans, il s’est vu obligé de rétropédaler en vue de gérer en urgence les problèmes diplomatiques multiformes survenus et la campagne de boycott susceptible un grand préjudice à une économie française meurtrie par la pandémie.

    Dans un entretien accordé à la chaîne qatari Aljazeera, Emmanuel Macron a tenté de calmer la situation en déclarant comprendre que des musulmans puissent être “choqués” par les caricatures de Mahomet, mais qu’il n’acceptera jamais qu’on puisse justifier la violence.

    Cherchant à se désengager des polémiques apparues dans le monde arabo-musulman, le président français a souligné que les caricatures n’ont pas été publiées par le gouvernement, mais par des journaux libres et indépendants.

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