Tag: Sahara Occidental

  • Entretien avec Maître Olfa Ouled, avocate du groupe Gdeim Izik

    Entretien avec Maître Olfa Ouled, avocate de la défense des prisonniers sahraouis du groupe Gdeim Izik contre la pandémie de Covid 19.

    Maître Olfa Ouled, une avocate française basée à Paris qui représente 18 des prisonniers politiques sahraouis connus sous le nom de Groupe Gdeim Izik, est depuis 2016 particulièrement préoccupée par le sort de ses clients face à la pandémie.

    Le cas du Groupe Gdeim Izik est un exemple des multiples violations de la loi par les autorités marocaines dans les territoires occupés du Sahara occidental, où la détention arbitraire est la norme et non l’exception, lorsqu’elle est appliquée à la population sahraouie et aux activistes des droits de l’homme.

    Ce groupe d’hommes a été enlevé, détenu et torturé pendant et après le démantèlement du camp de Gdeim Izik.

    Après un procès militaire et un procès civil, 8 d’entre eux sont condamnés à perpétuité et les 11 autres à des peines allant de 20 à 30 ans.

    Dans la note d’information publiée le 16 mars 2020 par «Penal Reform International», on peut lire: «Bien que des mesures légitimes soient nécessaires en période d’urgence pour prévenir de nouvelles flambées de COVID-19 dans les prisons, les autorités doivent garantir le respec les droits de l’homme. En période d’anxiété, il est encore plus pertinent que les gens ne soient pas isolés du monde extérieur, ne se retrouvent pas en isolement cellulaire et, surtout, aient accès à des informations et à des soins médicaux adéquats, tout comme ceux disponibles dans la communauté ».

    – Maître Ouled, êtes-vous particulièrement préoccupée par ces prisonniers dans le contexte de la pandémie de Covid 19 et par les conditions de leur détention?

    La pandémie actuelle suscite la crainte d’une aggravation de la situation de tous les prisonniers politiques sahraouis et, en particulier, des prisonniers que je représente. Ils ont tous des problèmes de santé en raison des tortures qu’ils ont subies et n’ont pas accès à des médecins, ce qui les expose à un risque accru lié au Covid 19.

    La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a appelé «les gouvernements à libérer toute personne détenue sans base légale suffisante, y compris les prisonniers politiques et détenus simplement pour avoir exprimé des opinions critiques ou dissidentes. Une fois libérées, ces personnes devraient subir un examen médical et des mesures devraient être prises pour s’assurer qu’elles reçoivent les soins et le suivi nécessaires, y compris un suivi médical. »

    Cette demande a également été transmise par l’Observatoire pénitentiaire marocain, qui a demandé à l’administration pénitentiaire de libérer les prisonniers d’opinion et les militants jugés pacifiques.

    Un “manque flagrant d’infrastructures et de personnel médical” peut en fait entraîner la propagation généralisée du COVID-19 dans les prisons marocaines.

    Les conditions dans les prisons marocaines où sont détenus mes clients manquent des mesures d’hygiène les plus élémentaires.

    Les prisons sont surpeuplées, tel que souligné par l’Observatoire marocain des prisons, ce qui, selon l’Organisation mondiale de la santé, est également un facteur de risque.

    Je pense que ces prisonniers devraient être libérés et recevoir les soins médicaux nécessaires et adéquats qui leur ont été refusés depuis leur arrestation.

    – Certains prisonniers de Gdeim Izik sont en isolement prolongé depuis plusieurs années, est-ce que cela aggrave la situation?

    Les placer en isolement cellulaire prolongé dans le contexte particulier du Covid-19 constitue un traitement encore plus cruel et fait craindre une détérioration immédiate et irréversible de l’état de santé déjà fragile des détenus.

    Les autorités marocaines ont le devoir de protéger la santé physique et mentale des détenus, conformément à l’Eensemble de règles minima pour le traitement des détenus (également connu sous le nom de Règles Nelson Mandela).

    Nous sommes confrontés à deux situations inquiétantes dans les prisons AitMelloul2 et Tiflet2. Depuis plusieurs années, mes clients ne sont pas autorisés à sortir plus d’une heure par jour, malgré toutes les plaintes que j’ai faites et aussi les plaintes déposées directement par les familles.

    L’administration pénitentiaire a mis en place des mesures pour arrêter la propagation du COVID-19, tandis que des cas positifs sont découverts chaque jour. Le nombre de visiteurs est désormais limité à un par détenu et ils ont droit à un maximum d’une visite par mois. Cependant, les détenus de Tiflet et d’Ait Melloul sont privés de contact régulier.

    En effet, les mesures prises par le Maroc dans le cadre de la pandémie de coronavirus n’ont profité à aucun de mes clients. Les appels de mes clients sont encore très irréguliers, pendant les mesures prises par le Covid 19, ils devraient leur permettre d’appeler quotidiennement leur famille car ils ne peuvent pas leur rendre visite.

    Enfin, dans le contexte carcéral, les sentiments créés par un isolement médical prolongé, tels que les sentiments de colère, de peur, de culpabilité, de dépression et les pensées et tendances suicidaires chez les patients peuvent être amplifiés. Le Covid 19 mettra l’accent sur ce sentiment.

    – Le Maroc a libéré plus de 5.000 prisonniers, mais il existe plusieurs prisons avec des cas d’infection. Hier, l’administration pénitentiaire marocaine a nié l’existence de cas dans la prison de Kenitra où plusieurs de ses clients sont détenus.

    J’ai été empêchée de rendre visite à mes clients et, dans la situation actuelle, les familles ne peuvent pas non plus leur rendre visite. Même avant la pandémie, les visites étaient irrégulières, brèves et parfois gênées par les administrations pénitentiaires.

    En ce moment, le gouvernement a même cessé de recevoir des plaintes de l’étranger. Par conséquent, il est impossible de savoir clairement l’état de santé des prisonniers et, en ce qui concerne l’épidémie de Covid, nous sommes obligés de faire confiance aux informations officielles.

    – Maître Ouled, pouvez-vous nous dire à quelle étape se trouve la procédure judiciaire de ce groupe?

    Après le procès devant un tribunal civil en 2017, il est nécessaire que la Cour suprême marocaine confirme que le manque de preuves du procès militaire a été surmonté devant ce tribunal civil. Les condamnations du premier procès ont été remises en cause par la Cour suprême, car elles n’étaient fondées que sur des documents et des preuves produits par la police. La Cour suprême a ensuite renvoyé l’affaire devant le tribunal civil pour remédier à ce manque de preuves. La condamnation a été prononcée en juillet 2017, mais jusqu’à présent, la Cour suprême n’a pas rendu son avis final.

    Et surtout, après 10 ans, aucune enquête officielle sur les tortures subies n’a été ouverte. L’expérience médicale demandée par le tribunal n’était pas une enquête officielle, ni indépendante (une enquête officielle impliquerait l’enregistrement des plaintes par le ministère public).

    – Outre l’action internationale que vous avez et continuez de mener, avez-vous également contacté les autorités marocaines?

    L’affaire n’est pas close et j’ai continué à représenter mes clients, même si les autorités marocaines m’empêchent de les voir.

    Je contacte régulièrement les autorités marocaines à différents niveaux, concernant les violations commises à l’encontre de mes clients dans les différentes prisons où ils sont détenus, en relation, entre autres, avec leur état de santé, négligence médicale, isolement et droit à continuer leurs études.

    Le dernier rapport de torture et de mauvais traitements a été envoyé au procureur d’Inzegane et reçu le 25 février, mais jusqu’à présent je n’ai reçu aucune réponse.

    Le Comité contre la torture (Nations Unies) surveille également les représailles contre les détenus après les communications de mes clients à ce Comité.

    Source : Por un Sahara libre, 25 abril 2020

    Tags : Sahara Occidental, Gdeim Izik, prisonniers politiques sahraouis, pandémie, covid-19,
  • Lettre de Hervé Ladsous sur les accusations du Maroc contre le DPKO et la MINURSO

    Tags : Maroc, ONU, DPKO, MINURSO, Sahara Occidental,

    Excellence,

    Je fais référence à notre réunion du 28 Juillet 2014 durant laquelle vous avez fait état de la perception de partialité ressentie par votre Gouvernement à l’égard du Secrétariat des Nations Unies, mettant particulièrement en cause des membres du Département des opérations de maintien de la paix (DOMP) et de la Mission des Nations unies pour le référendum au Sahara Occidental (MINURSO). Comme je vous l’ai indiqué lors de notre échange, et compte tenu de la gravité de ces accusations, j’ai

    requis un examen méticuleux de la documentation afférente, ainsi qu’une concertation approfondie avec les agentes concernés.

    Les conclusions de cet examen ont confirmé que toutes les allégations sont sans fondement, y compris celles concernant Mme Bolduc, représentante spéciale du Secrétaire général récemment désignée.

    Mme Bolduc m’a du reste fait part de son entière disponibilité pour vous rencontrer, à votre convenance, avant son entrée en fonctions en septembre. 

    Je souhaiterais assurer le Gouvernement du Royaume du Maroc que le DOMP ainsi que la MINURSO continueront à travailler à la mise en oeuvre du mandat de la mission avec intégrité et professionnalisme, en s’appuyant, sans nul doute, sur la coopération constructive des autorités

    marocaines à cette fin.

    Veuillez accepter, Excellence, les assurances de ma plus haute considération.

    Secrétaire général adjoint

    pour les opérations de maintien de la paix

    Hervé Ladsous

    #Maroc #ONU #DPKO #Hervé_Ladsous #Sahara_Occidental

  • Sahara Occidental : La déclaration de l’ambassadeur sudafricain qui a mis le Maroc dans tous ses états

    Déclaration de l’Ambassadeur Jerry Matjila, Représentant permanent de l’Afrique du Sud auprès des Nations Unies, lors de la réunion à huis clos du Conseil de sécurité VTC sur la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), 9 avril 2020

    Monsieur le Président,

    Merci d’avoir organisé cette réunion d’information en temps opportun sur la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO). Nous remercions également le Représentant spécial du Secrétaire général, M. Colin Stewart et le représentant du Département des affaires politiques et de consolidation de la paix (DPPA) pour leurs exposés détaillés et informatifs.

    Permettez-moi de commencer par exprimer la tristesse de l’Afrique du Sud à la suite du décès de Mohammed Khaddad, l’un des principaux dirigeants du POLISARIO, qui a participé activement au processus de négociation facilité par l’ONU. Nos sincères condoléances vont à sa famille et à son peuple qui continuent de lutter pour leur droit à l’autodétermination.

    Monsieur le Président,

    L’Afrique du Sud a toujours et soutiendra toujours les efforts visant à parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, qui garantira l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. Comme les membres du Conseil le savent, le mandat principal de la MINURSO et sa raison d’être, tel qu’établi dans la résolution 690 (1991) du Conseil de sécurité et les résolutions ultérieures, est la tenue d’un référendum libre et équitable sur l’autodétermination du peuple occidental. Sahara.

    C’est dans ce contexte que l’Afrique du Sud a exhorté et exhortera systématiquement le Conseil de sécurité des Nations Unies à assumer ses responsabilités et à veiller à ce que, par une approche neutre et équilibrée, elle aide les parties à progresser vers un règlement négocié mutuellement acceptable.

    À cette fin, l’Afrique du Sud souhaite proposer une visite du Conseil dans le territoire occupé, comme elle l’a fait en 1995, pour évaluer la situation sur le terrain et relancer l’impasse politique actuelle entre les parties.

    Monsieur le Président,

    Je tiens à réitérer le soutien sans équivoque et ferme de mon pays à la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO). À cet égard, nous demandons au Conseil de veiller à ce que la MINURSO exécute son mandat de base, créé il y a vingt-neuf ans, conformément à la résolution 690 (1991) du Conseil de sécurité, pour faciliter la tenue d’un référendum au Sahara occidental afin de permettre à son peuple de réaliser son droit à l’autodétermination.

    Je tiens à faire comprendre au Conseil que, depuis 45 ans que le Conseil est saisi de la question du Sahara occidental, peu de progrès ont été accomplis dans le processus de négociation pour trouver une solution définitive au conflit. Nous demandons instamment au prochain Envoyé personnel d’agir rapidement pour faire avancer le processus politique et le faire passer à sa prochaine étape où des négociations directes et substantielles auront lieu entre les deux parties au conflit, le Front POLISARIO et le Royaume du Maroc.

    Comme les membres du Conseil le savent, mai 2020 marquera un an sans envoyé personnel au Sahara occidental. Cette situation est sans précédent et a eu un impact profondément préjudiciable sur le processus politique. Cependant, bien qu’il soit essentiel que le Secrétaire général nomme un envoyé personnel, le Conseil ne devrait pas lier les progrès du processus politique à la nomination d’un envoyé personnel.

    Dans l’intervalle, nous appelons toutes les parties à mettre en place des mesures de confiance afin de renforcer la confiance dont nous avons tant besoin dans les négociations et le processus politique.

    L’Afrique du Sud soutient l’appel du Secrétaire général des Nations Unies à un cessez-le-feu mondial. Nous exhortons donc tant le Royaume du Maroc que le Front POLISARIO à respecter strictement les termes des accords de cessez-le-feu, tels que l’Accord militaire n ° 1, pour éviter la violence qui pourrait entraîner une augmentation des hostilités sur le territoire.

    À cette fin, l’Afrique du Sud appelle les parties à respecter le droit international et les résolutions respectives du Conseil, car les violations constantes des parties ne contribuent pas à réduire les tensions actuelles entre les deux parties.

    Monsieur le Président,

    À la lumière de la pandémie COVID-19 et avec de nombreux pays en situation de verrouillage, de confinement ou de quarantaine, l’Afrique du Sud appelle la communauté internationale à soutenir les efforts dans les territoires occupés et les camps de réfugiés, où le système de santé est médiocre et les fournitures médicales et l’équipement sont limités.

    À cet égard, l’Afrique du Sud appelle le Royaume du Maroc à s’acquitter de sa responsabilité de puissance occupante en garantissant l’accès et le passage sans entrave des fournitures humanitaires et médicales aux territoires.

    Je souhaite également exprimer la profonde préoccupation de mon pays concernant les violations des droits de l’homme en cours, telles que l’accès limité au Sahara occidental des défenseurs des droits de l’homme, des chercheurs, des avocats et des ONG. Nous demandons également que tous les efforts actuels soient renforcés pour assurer la continuité de l’aide humanitaire aux réfugiés sahraouis et autres groupes vulnérables qui peuvent être gravement menacés en raison du COVID-19. Nous exhortons en outre à soutenir le Fonds de solidarité lancé par le Secrétaire général, et nous espérons que les Sahraouis seront pris en considération dans le cadre de la lutte contre le COVID19.

    Permettez-moi de conclure, Monsieur le Président, en déclarant que dans la perspective du renouvellement du mandat de la MINURSO en octobre 2020, le Conseil devrait revoir ses méthodes de travail dans ce dossier afin de rechercher un consensus sur le renouvellement du mandat entre tous les membres du Conseil de manière transparente.

    Source 

     
    Tags : Sahara Occidental, Maroc, Afrique du Sud, Conseil de Sécurité, MINURSO, ONU,

  • En rapatriant ses citoyens, l’Algérie a ridiculisé ses détracteurs marocains

    Apprivoisés par la propagande du Makhzen, les marocains vouent une haine viscérale à l’Algérie. Le pays qui a déclenché l’esprit libérateur en Afrique est dénigré dans tous les médias marocains en raison de son opposition aux violations de la Charte africaine qui préconise la sacralité des frontières héritées du colonialisme notamment de la part d’un pays entièrement voué à la défense des intérêts d’une puissance européenne connue pour ses méfaits en Afrique.

    Si le Makhzen a réussi à diaboliser l’Algérie, les événements de l’après Bouteflika et de la pandémie sont susceptibles de ridiculiser la vision marocaine de l’Algérie.

    En effet, au moment où les militants du Hirak algérien se trouvent tous en liberté, ceux du Hirak marocain subissent les traitements les plus inhumains dans les prisons du royaume et risquent de les conséquences de l’expansion du covid-19.

    D’autre part, si le Maroc a abandonné ses citoyens bloqués partout dans le monde à cause de la pandémie, l’Algérie, depuis le premier instant a dépêché sa flotte aérienne en vue de rapatrier ses citoyens et ceux des pays frères. 

    Tags : Maroc, Algérie, Sahara Occidental, pandémie, Hirak, covid-19, rapatriement,
  • Lettre ouverte du Groupe d’appui à Genève (ONG) condamne la nomination de l’ambassadeur du Maroc Omar Hilale

    Le Groupe genevois de soutien aux droits de l’homme, à l’occasion de la récente nomination par le président de l’Assemblée générale des Nations unies (ambassadeur Tijjani Muhammad-Bande – Nigéria) de l’ambassadeur Omar Hilale (représentant permanent du Maroc auprès des Nations unies) en tant que co -facilitateur en train de réformer le système des traités des droits de l’homme, il a envoyé une lettre ouverte au Président de l’Assemblée générale des Nations Unies, qui a également été distribuée aux Missions permanentes à Genève et à New York ainsi qu’à plusieurs fonctionnaires du Haut-Commissariat aux droits de l’homme et le Haut Commissaire pour les réfugiés.

    Dans la lettre ouverte, le Groupe d’appui à Genève pour la protection et la promotion des droits de l’homme au Sahara occidental, qui comprend plus de 200 organisations dans le monde, exprime sa profonde préoccupation que les Nations Unies confient la tâche de facilitateur d’un diplomate qui a été personnellement et largement accusé d’avoir utilisé des actes de corruption et d’espionnage contre le personnel des Nations Unies alors qu’il était représentant permanent du Royaume du Maroc à Genève et le fait que le Maroc reste un lieu où les libertés et les droits les droits fondamentaux, y compris la liberté d’expression et la liberté de réunion pacifique, sont constamment violés et font donc partie des pays ayant le pire bilan en matière de droits de l’homme au monde.

    Voici le texte de la lettre :

    ONG – Groupe d’appui à Genève pour la protection et
    la promotion des droits de l’homme au Sahara occidental

    Lettre ouverte au Président de l’Assemblée générale
    S.E. M. Tijjani Muhammad-Bande

    Son Excellence,

    Les 210 organisations signataires expriment leur profonde préoccupation face à la nomination du Représentant permanent du Maroc auprès des Nations Unies, M. Omar Hilale, comme l’un des deux cofacilitateurs du processus de «Renforcement et amélioration du fonctionnement efficace du système d’organes créé en en vertu des traités relatifs aux droits de l’homme ».

    Malgré tous les efforts législatifs et de communication déployés par ses autorités, le Royaume du Maroc reste un lieu où les libertés et libertés fondamentales sont constamment bafouées, y compris la liberté d’expression et la liberté de réunion pacifique et, par Par conséquent, il fait partie des pays ayant le pire bilan en matière de droits de l’homme au monde.

    En outre, le Royaume du Maroc occupe illégalement et militairement le territoire non autonome du Sahara occidental depuis 1975 et viole systématiquement le droit international humanitaire, ainsi que tous les droits fondamentaux du peuple sahraoui, y compris sa souveraineté sur les ressources naturelles et son droit inaliénable à l’autodétermination et à l’indépendance, consacrées dans la résolution 1514 (XV) de l’Assemblée générale des Nations Unies.

    Ces dernières années, le Comité des droits de l’homme et le Comité des droits économiques, sociaux et culturels se sont déclarés préoccupés par le fait qu’aucune solution à la question du droit à l’autodétermination du territoire non autonome du Sahara n’ait été trouvée. Occidental et l’exploitation illégale des ressources naturelles du territoire.

    Vu la communication présentée par Ennaâma Asfari (l’un des dirigeants de la manifestation de masse de 2010 à Gdeim Izik), condamné à 30 ans de prison sans aucune preuve matérielle, le Comité contre la torture et autres traitements cruels, châtiments, inhumains ou La dégradation a jugé que le Royaume du Maroc avait violé les articles 1 et 12 à 16 de la Convention. Dans une lettre datée du 9 février 2017, le Royaume du Maroc a fermement rejeté la décision.

    Dans le passé, le Rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants a déterminé que «la torture et les mauvais traitements étaient utilisés pour obtenir des aveux et que les manifestants étaient soumis à un usage excessif de la force par Officiers marocains chargés de l’application des lois. ” Il a également déterminé que “une force excessive avait été utilisée pendant les manifestations pour l’indépendance du Sahara occidental, y compris des enlèvements et des désertions, afin d’intimider les manifestants présumés”.

    Ces dernières années, lors de l’examen de différentes plaintes déposées par des défenseurs des droits humains ou des journalistes sahraouis, le Groupe de travail sur la détention arbitraire a souligné à plusieurs reprises les violations de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques par une partie des autorités marocaines. Le Royaume du Maroc rejette systématiquement ces conclusions.

    Dans son avis le plus récent (n ° 67/2019), publié le 31 mars dernier, dans lequel la communication présentée par un groupe de 14 étudiants a été examinée, le groupe de travail a considéré que l’arrestation du groupe d’étudiants était et est arbitraire. , car il viole les articles 9, 10, 19 et 23 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et les articles 1, 2, 3, 7, 9, 14, 18, 19, 26 et 27 de la Convention internationale des droits civils et politiques .

    En outre, le Groupe d’appui aux ONG – Genève pour la protection et la promotion des droits de l’homme au Sahara occidental exprime sa plus profonde préoccupation de voir que les Nations Unies confient la tâche de co-faciliter un diplomate qui a été personnellement accusé et Recours généralisé à des actes de corruption et d’espionnage contre le personnel des Nations Unies alors qu’il était Représentant permanent du Royaume du Maroc à Genève.

    Il convient de rappeler ici que pendant la période de Mme Navy Pillay en tant que Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, M. Hilale a été inculpé, sur la base de plusieurs documents officiels divulgués par un plaignant marocain (https: // bit.ly/2x1OzA9), pour corrompre certains hauts fonctionnaires des Nations Unies, principalement le Suédois Anders Kompass et le Sénégalais Bacre Waly Ndiaye, en plus d’utiliser le Pakistanais Athar Sultan Khan, comme source d’information dans le bureau de M. Antonio António Guterres, ancien Haut Commissaire du HCR.

    Selon ces documents officiels, M. Hilale utilisait ces trois fonctionnaires des Nations Unies pour servir les intérêts de son pays, manipulant les mécanismes des Nations Unies et compromettant les efforts déployés à l’époque par l’Envoyé. Le personnel du Secrétaire général des Nations Unies, l’hon. M. Christopher Ross. En fait, une telle action a sapé des années d’efforts de l’ONU pour trouver une solution au processus de décolonisation au Sahara occidental.

    Les membres de l’ONG – Groupe d’appui à Genève pour la protection et la promotion des droits de l’homme au Sahara occidental soulignent que la réputation et la neutralité de l’ONU sont déjà gravement endommagées au Sahara occidental, où sa mission est un témoin impuissant de les graves violations du droit international humanitaire et des droits de l’homme par l’occupant marocain.

    Les membres de l’ONG – Groupe d’appui à Genève pour la protection et la promotion des droits de l’homme au Sahara occidental saisissent cette occasion pour réitérer leur appel aux membres du Conseil de sécurité des Nations unies et, en particulier, à la France ( la patrie des droits de l’homme) pour inclure un chapitre sur les droits de l’homme dans le mandat de la MINURSO et permettre sincèrement à la Mission de s’acquitter de son mandat fondamental, qui devait être rempli en 1992: l’organisation et la supervision d’un référendum d’autodétermination du peuple du Sahara occidental.

    Cordialement,

    Bir Lehlu / Genève, 16 avril 2020
    c.c. : MA Guterres, Secrétaire général de l’ONU
    Mme M. Bachelet, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme MF Grandi, Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.

    Comité des proches des 15 jeunes kidnappés, Comité des proches des martyrs et des disparus, Comité des proches des prisonniers politiques sahraouis, Comité de Jumelage et d’échange international / Gonfreville l’Orcher, Comité de protection des défenseurs sahraouis – Freedom Sun , Comité pour la protection des ressources naturelles, Comité sahraoui pour la défense des droits de l’homme (Glaimim), Comité sahraoui pour la défense des droits de l’homme (Smara), Comité sahraoui pour la défense des droits de l’homme (Zag), Comité sahraoui pour le suivi des droits Humains (Assa), Comité de solidarité Oscar Romero, Comité suisse de soutien au peuple sahraoui, Comité des victimes d’Agdaz et de Magouna, Communauté sahraouie d’Aragon, Communauté sahraouie de Castilla y León, Communauté sahraouie de Castilla la Mancha, Communauté sahraouie de Catalogne , Communauté sahraouie de Grenade, Communauté sahraouie de Las Palmas, Communauté sahraouie de Murcie, Coordonnateur d’État des associations Sol idarias avec le Sahara (CEAS – Sahara), coordinateur de Gdeim Izik pour un mouvement pacifique, coordinateur des diplômés sahraouis sans emploi, coordinateur des organisations non gouvernementales de coopération au développement (CONGDIB), coordinateur des ONG à Aaiún, coordinateur sahraoui des droits de l’homme de Tantan, DISABI Bizkaia, Emmaüs Åland, Emmaüs Stockholm, Equipe Média, Federació ACAPS de Catalunya, Federació d’Associacions de Solidaritat amb el Poble Sahrauí del País Valencià, Fédération andalouse des associations de solidarité avec le Sahara (FANDAS), Fédération des associations des amis du peuple sahraoui d’Estrémadure (FEDESAEX), la Fédération de la Communauté de Madrid des associations de solidarité avec le Sahara (FEMAS Sahara), la Fédération nationale des institutions de solidarité avec le peuple sahraoui (FEDISSAH), Fondation Frantz Fanon, Forum Future of Saharawi Women, Freiheit für die Westsahara eV, Fundación Constituyente XXI, Fundación Mundubat, Fundación Sahara Libre-Venezuela, Fundación Sahara occidental, Fondation latino-américaine pour les droits de l’homme et le développement social (Fundalatin), Giuristi Democratici , Global Aktion – People & Planet before profit, Groupe Non Violence Active (NOVA SAHARA OCCIDENTAL), Groupe pour la démission de la nationalité marocaine, Habitat International Coalition, Housing and Land Rights Network, Ibsar Al Khair Association for the Disabled in Western Sahara, Conseil indien d’Amérique du Sud (CISA), Association internationale des avocats démocrates (IADL), International Educational Development, Inc., International Fellowship of Reconciliation (IFOR), Libération, Ligue de défense des prisonniers politiques sahraouis, Ligue des sportifs sahraouis d’Espagne , Ligue des étudiants sahraouis en Espagne, Ligue des femmes sahraouies en Espagne, Liga Nacional dos D Droits de l’homme, Ligue des journalistes sahraouis en Espagne, Ligue sahraouie pour la défense des droits de l’homme et la protection de RW-Bojador, Ligue des jeunes et des étudiants sahraouis en France, Ligue pour la protection des prisonniers Sahraouis dans les prisons marocaines (LPPS), Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), Équipe nationale de télévision, Mouvement nigérian pour la libération du Sahara occidental, Comité norvégien de soutien au Sahara occidental, Observatoire des Médias Saharaouis pour documenter les violations des droits de l’homme, Observatoire aragonais du Sahara occidental, Observatoire asturien des droits de l’homme pour le Sahara occidental (OAPSO), Observatoire sahraoui des enfants et des femmes, Observatoire sahraoui de la protection de l’enfance, Observatoire sahraoui des ressources naturelles, 1514 Oltre il muro, Organisation contre la torture à Dakhla, Organisation sahraouie pour la défense des libertés et de la dignité, Pallasos dans la rébellion et Festiclown, Paz y Cooperación, Platform of Organizations Chile Mejor Sin TLC, Por un Sahara Libre, Right Livelihood Foundation, Sahara Euskadi Vitoria, Sahara Gasteiz Vitoria, Saharawi Advocacy Campaign, Association sahraouie pour les personnes handicapées du Sahara occidental, Association sahraouie aux États-Unis (SAUSA), Campagne sahraouie contre le pillage (SCAP), Centre sahraoui des médias et de la communication, Équipe des médias sahraouis, Saharawi Voice, Sandblast Arts, Schweizerishe Unterstützungskomitee für die Sahraouis, Sindacato Español Comisiones Obrearas (CCOO), Solidariedade Galega col SOGAPS), Stichting Zelfbeschikking West-Sahara, Tayuch Amurio, Tawasol Lludio, l’Islandais nous Association du Sahara occidental, Comité suédois du Sahara occidental, TIRIS – Associazione di Solidarietà con il Popolo Saharawi, Unión de Asociaciones Solidarias con el Sahara de Castilla y León, Union des Ingénieurs Sahraouis, Union de Juristas Saharauis (UJS), Union nationale des avocats sahraouis , Union nationale des étudiants de Saguia El Hamra et Rio de Oro (UESARIO), Union nationale des jeunes de Saguia El Hamra et Rio de Oro (UJSARIO), Union nationale des femmes sahraouies (UNMS), Union nationale des travailleurs de Saguia El Hamra et Rio de Oro (UGTSARIO), Union des journalistes et écrivains sahraouis (UPES), US Western Sahara Foundation, VZW de Vereniging van de Sahrawi Gemeenschap in Belgie, Werken Rojo – Digital Media, Western Sahara Resource Watch Spain (WSRW Spain ), Western Sahara Times, Organisation mondiale de Barua (WBO), Conseil mondial de la paix.

    Source : Por un Sahara Libre, 17 avr 2020

     
    Tags : Sahara Occidental, Omar Hilale, ONU,

  • Le Sahara Occidental reçoit des équipements médicaux de l’Union africaine

    Les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies , dépendants de l’Union africaine (UA), ont envoyé, hier mardi, des équipements médicaux à la République Arabe Sahraouie Démocratique, membre fondateur à part entière de l’organisation continentale.

    Selon le ministère de la Santé publique de la RASD, le matériel envoyé par les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), a été reçu par la ministre sahraouie de la Santé, Khira Boulahi Bad.

    La Sra Bad a remercié l’organisation continentale pour son aide sanitaire envoyée pour faire face à la crise pandémique du Covid-19. SPS

     
    Tags : Sahara Occidental, Union Africaine, UA, coronavirus, Covid-19, Africa CDC,

  • Le Sahara Occidental, un problème de décolonisation

    Le mot de décolonisation revient sans cesse dans les articles traitant du Sahara Occidental. Il est essentiel d’en mesurer tout le poids.

    Les frontières actuelles des Etats africains sont dues aux décisions des grandes puissances colonisatrices quand, à la fin du XIX siècle, elles se partagèrent l’Afrique. Ainsi, après de multiples négociations, Français et Espagnols découpèrent-ils à cette époque que l’ouest africains en y créant, entre autres, trois territoires : d’une part le Maroc au nord et la Mauritanie au sud administrés par la France ; d’autres part, entre ces deux pays le Sahara Occidental administré par l’Espagne.

    Petit à petit, depuis 70 ans, les anciennes colonies ont accédé à l’indépendance. Leurs nouveau responsables auraient pu décider qu’ils allaient profiter de cette nouvelle situation historique pour procéder à des ratifications de frontières, celles créés par le colonisateur étant le plus souvent arbitraires. Mais ceci aurait conduit à des conflits en chaîne. Aussi décidèrent-ils que tous les pays accédant à l’indépendance garderaient les frontières héritées de la colonisation. L’Organisation pour l’Unité Africaine (OUA) en a fait un de ses principes de base. Ainsi, dans toute l’Afrique, la décolonisation se réalisa sans que les entités territoriales soient remises en cause. Une seule exception à cette règle commune : le Sahara Occidental.

    L’Espagne, en quittant le Sahara Occidental, aurait dû en remettre l’administration à des dirigeants politiques élus par le peuple sahraoui. Mais l’Espagne préféra négocier avec les deux voisins de son ancienne colonie (le Maroc et la Mauritanie) et elle présida au partage de cette dernière, lors du tristement célèbre « accord tripartie de Madrid » (14 novembre 1975). Le Maroc reçut en partage les 2/3 nord du pays, la Mauritanie le tiers sud.

    La guerre actuelle découle directement de la violation de cette règle de décolonisation « dans le cadre des frontières héritées de la colonisation » et normalement acceptée par tous les Etats africains. L’ONU et le peuple sahraoui ne réclament pas autre chose que le rétablissement de ce droit : maintient de l’ancienne unité territoriale du Sahara Espagnol, application du droit à l’autodétermination et à l’indépendance dans ce cadre, et reconnaissance de l’organisation dont s’est doté le peuple sahraoui : le Front Polisario.

    Ainsi, chaque fois que l’on dit qu’il s’agit d’un problème de décolonisation c’est à cette histoire et à ce principe que l’on se réfère. Ce problème de décolonisation doit être réglé selon le droit international rappelé par l’ONU : tout le territoire du Sahara Occidental appartient au peuple sahraoui. 

     
    Tags : Sahara Occidental, Front Polisario, Maroc, ONU, décolonisation, frontières héritées du colonialisme,
     
  • Les conflits intra-étatiques et les occupations prolongées au Cachemire, en Palestine et au Sahara Occidental ont miné la crédibilité du Conseil de Sécurité

    L’ONU après 75 ans: le Conseil de sécurité doit se rappeler pourquoi il existe

    L’ONU fête ses 75 ans cette année.

    Alors que l’ONU a jusqu’à présent réussi à éviter une troisième guerre mondiale, les agressions en Irak, en Ukraine et en Syrie nous rappellent que les conflits interétatiques restent un danger réel et actuel. L’incapacité du Conseil de sécurité à résoudre les conflits intra-étatiques, de la République démocratique du Congo au Yémen en passant par le Myanmar et les occupations prolongées au Cachemire, en Palestine et au Sahara occidental ont miné sa crédibilité en tant que pacificateur et exécuteur ultime du système international.

    Ces agressions et échecs ont aggravé l’attaque contre le droit international et le multilatéralisme en tant que tempête croissante de crises mondiales – de Covid-19 au changement climatique, du génocide au terrorisme, des ADM à la cyberguerre – menace la paix et la sécurité internationales et sape l’ordre international comme nous le savons.

    Comme la crise de Covid-19 l’a si clairement révélé, les membres les plus puissants du Conseil de sécurité – la Grande-Bretagne, la Chine, la France, la Russie et les États-Unis – ont montré aussi peu d’initiative pour répondre aux nouvelles menaces qu’ils n’en ont montré pour résoudre les anciennes. Pendant de nombreuses semaines, le Conseil a été absent, puis le 9 avril, il a tenu une réunion à huis clos et plusieurs consultations informelles depuis lors qui n’ont jusqu’à présent pas permis de répondre concrètement à la pire crise mondiale depuis la Seconde Guerre mondiale.

    Le Conseil de sécurité doit être disposé et capable d’agir “rapidement et efficacement”, comme le dit la Charte des Nations Unies, pour faire face aux menaces dès leur apparition, pour résoudre les conflits et pour prévenir et sanctionner les violations du droit international humanitaire et des droits de l’homme.

    Le 75e anniversaire de l’ONU offre au Conseil une chance de réengager la promesse et la vision de la Charte des Nations Unies et de ressusciter la responsabilité du Conseil d’assurer une réponse multilatérale aux défis communs, fondée sur des principes universellement acceptés. Le secrétaire général et les États membres sont à la recherche d’un plan ambitieux pour assurer une ONU qui, comme on dit, est «adaptée à ses objectifs» au 21e siècle. Dans ses remarques au Conseil de sécurité le 9 janvier 2020, António Guterres a déclaré: «Nous devons revenir aux principes fondamentaux; nous devons revenir au cadre qui nous a maintenus ensemble; nous devons revenir à la Charte des Nations Unies. » Pour ce faire, les États membres de l’ONU négocient une déclaration du 75e anniversaire reflétant un engagement envers le multilatéralisme en général et envers l’ONU et sa Charte en particulier.

    Dans le même esprit, Together First est un réseau en pleine expansion de citoyens du monde et d’organisations de la société civile du monde entier déterminés à trouver des solutions collectives aux défis mondiaux et à repousser les limites des possibilités politiques. Together First héberge un «centre d’idées», présentant des propositions et reliant diverses campagnes pour promouvoir une meilleure gouvernance mondiale. Les propositions les plus opportunes figureront dans une «liste de tâches» à envoyer aux dirigeants mondiaux dans les semaines à venir. Together First a également commandé une série de rapports pour étudier des problèmes spécifiques de notre système mondial et approfondir l’érosion du multilatéralisme. Il a lancé le premier rapport le 21 avril, marquant la Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie pour la paix.

    Le premier rapport recommande plusieurs moyens d’améliorer l’efficacité, l’inclusivité et la transparence du Conseil de sécurité. Toutes les réformes pourraient être réalisées sans avoir à modifier la Charte des Nations Unies. Pourtant, si elles étaient pleinement mises en œuvre, les recommandations renforceraient considérablement la capacité du Conseil de s’acquitter de sa «responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales».

    Le rapport et ses recommandations sont adressés au Secrétaire général de l’ONU, aux États membres de l’ONU et aux membres élus et permanents du Conseil de sécurité, appelant à:

    • Recours accru au pouvoir conféré au Secrétaire général par l’article 99 de la Charte pour porter les questions à l’attention du Conseil, y compris les alertes rapides du Haut-Commissaire aux droits de l’homme;

    • Recours accru à la résolution Unir pour la paix adoptée par l’Assemblée générale dans la résolution 377 (V) de 1950 pour surmonter un veto au Conseil, en particulier dans les situations impliquant des crimes d’atrocités de masse;

    • Des méthodes de travail plus inclusives, telles que les réunions selon la formule Arria, pour entendre les parties légitimes non étatiques aux conflits et réformer le système à un seul titulaire.

    Bien que l’article 99 n’ait pas été formellement invoqué ces dernières années, António Guterres a attiré l’attention du Conseil de sécurité sur des questions, tout récemment dans sa lettre d’août 2017 sur la situation au Myanmar. Le Secrétaire général devrait utiliser plus souvent et plus explicitement ses pouvoirs garantis par la Charte – non seulement pour porter les questions à l’attention du Conseil, mais aussi pour proposer des recommandations concrètes pour résoudre les conflits, protéger les civils et garantir la responsabilité des violations graves des droits humains et humanitaires internationaux. droit des droits. Le Secrétaire général devrait également appeler l’attention du Haut-Commissaire aux droits de l’homme sur ces violations.

    Le mécanisme de l’unification pour la paix permet à l’Assemblée générale d’agir sur des questions pour lesquelles le Conseil de sécurité n’a pas agi en raison du veto d’un ou de plusieurs de ses membres permanents. L’outil Uniting for Peace a été utilisé 10 fois depuis 1950, mais il n’a pas été invoqué depuis 1997. Il demeure un mécanisme éprouvé qui devrait compléter les efforts des États membres pour inciter les membres permanents à s’abstenir de recourir à leur veto dans des situations impliquant des crimes d’atrocité de masse, notamment l’Initiative France-Mexique et le Code de conduite d’ACT concernant l’action du Conseil de sécurité contre le génocide, les crimes contre l’humanité ou les crimes de guerre.

    Les méthodes de travail du Conseil de sécurité doivent également être améliorées. Bien que l’article 32 de la Charte des Nations Unies fasse explicitement référence aux États parties à un conflit, l’intention et l’esprit de l’article 32 sont que toutes les parties à un conflit soient entendues. La pratique du Conseil de convoquer des réunions selon la formule Arria devrait être utilisée pour inviter les parties légitimes à résoudre les conflits entre États afin de leur donner une voix et un intérêt dans le règlement pacifique des conflits. L’audition de toutes les parties à un conflit est nécessaire – non seulement pour garantir l’équité du processus du Conseil de sécurité, mais aussi pour accroître les chances de succès.

    Les membres du Conseil doivent également s’éloigner du système à un seul titulaire, dans lequel un petit nombre de membres majoritairement permanents rédigent la plupart des résolutions du Conseil. Des précédents récents montrent qu’il est possible pour le Conseil de travailler plus en collaboration, où les membres élus ont un rôle plus égal et plus actif dans le processus de rédaction et de consultation.

    Le Conseil devrait être l’ultime exécuteur. Son échec et son succès déterminent le sort de l’humanité au milieu de toutes les menaces à la paix et à la sécurité internationales – non seulement celles résultant de la guerre et du terrorisme, mais aussi des pandémies et des changements climatiques.

    Ensemble d’abord a lancé son premier rapport le 21 avril dans l’espoir que ses recommandations, si elles sont acceptées, rétabliront le sens des responsabilités du Conseil de sécurité et l’engagement des États membres à réaliser la vision de la Charte des Nations Unies et sa promesse envers les peuples du monde. 

     
    Mona Ali Khélil
     
    Passblue, 21 abri 2020
     
    Tags : Sahara Occidental, Maroc, ONU, Conseil de Sécurité, Palestine, Cachemire, RDC, Congo,
  • Sahara Occidental : la question des droits de l’homme est un point sensible pour le gouvernement espagnol

    Dans le cadre de la visite de travail du Ministre marocain des Affaires Etrangères à Madrid le 24 octobre 2013, un déjeuner de travail a été offert par son homologue espagnol, José Manuel García Margallo.
    Selon une note confidentielle de la diplomatie marocaine, les deux parties ont abordé « les questions multilatérales et la situation régionale et de passer en revue les différents dossiers des relations bilatérales, notamment la coopération économique et l’énergie, ainsi que la coopération transfrontalière de l’UE et la signature de l’Accord de Pêche, qui est d’une importance évidente pour les deux pays ».
    « Concernant la question du Sahara, ajoute la note, la partie espagnole a souligné que la question des droits de l’homme et l’élargissement du mandat de la MINURSO demeure un point sensible pour le Gouvernement, vu la pression exercée par la société civile et les forces politiques, ainsi que les médias et l’opinion publique pour influer sur la position officielle de l’Espagne au sein du Groupe des Amis et les Etats-Unis pourrait de nouveau proposer l’élargissement ».
    Tags : Maroc, Sahara Occidental, Espagne, droits de l’homme, MINURSO, ONU, 
  • Le Sahara occidental, monnaie d’échange de la seconde restauration bourbonienne

    Espagne, Maroc et Arabie Saoudite : monarques alliés

    Le 22 novembre 1975, Juan Carlos Ier prêtait serment en tant que roi d’Espagne, jurant fidélité aux principes qui structuraient le Mouvement national [franquiste]. Une semaine plus tôt, toujours en tant que prince et chef d’État par intérim (étant donné l’état de santé de Franco), il avait expédié la reddition de la dernière colonie espagnole, le Sahara occidental, au Maroc et à la Mauritanie, par le biais des Accords tripartites de Madrid. Le début de la seconde restauration bourbonienne dans notre pays [la première eut lieu de 1871 à 1934, NdT] était ainsi lié à l’une des pages les plus noires de la politique étrangère espagnole. Un événement au sujet duquel il semble régner une sorte d’amnésie collective, notamment en ce qui concerne le rôle e l’alors prince Juan dans la trahison du peuple sahraoui et la relation qui s’en est suivie avec la monarchie marocaine.

    La prudence extrême dans le traitement de la figure et de l’image du monarque que les médias et l’establishment politique espagnols ont observé traditionnellement s’est traduite non seulement dans la couverture systématique des scandales “personnels” et financiers du roi émérite, mais elle a aussi consisté à éviter d’analyser son rôle dans les nombreux épisodes historiques dont il a été co-protagoniste. Les récentes révélations sur la fondation offshore Lucum, dans laquelle Juan Carlos I a thésaurisé 100 millions d’euros de commissions censément illégales en provenance d’Arabie Saoudite, ont été un véritable scandale d’État. Un de plus. Ce sont les enquêtes des tribunaux suisses sur son ancienne maîtresse Corinna Larsen et une série d’articles dans divers médias internationaux qui ont finalement mis fin à l’habituel black-out de l’information, rendant impossible la poursuite de la dissimulation des pots-de-vin.

    Mais comment Juan Carlos en était-il venu à gagner la faveur de la théocratie totalitaire saoudienne au point d’accumuler une telle somme d’argent ? En tirant sur ce fil, nous pouvons reconstituer une longue histoire qui, depuis des décennies, a tissé une toile d’amitié, d’échanges de faveurs, d’équilibres géopolitiques et d’affaires juteuses. Le travail du roi émérite au service de la dynastie saoudienne a commencé avant même qu’il ne monte sur le trône, alors qu’il était encore un prince. Le journaliste Jaime Peñafiel explique comment « en 1973, alors qu’une grande crise pétrolière avait lieu en Espagne, Franco, qui connaissait déjà la proximité de Juan Carlos avec la famille Al Saoud, lui a permis de parler au roi saoudien pour qu’il puisse nous alimenter en pétrole à cette époque très compliquée. Il a également permis au monarque désormais émérite de se faire payer quelques centimes pour les milliers de barils qui sont entrés en Espagne à cette époque. C’est avec cette commission à laquelle [le Premier ministre] Adolfo Suarez donna également son approbation, que le roi a forgé sa fortune ».[1]

    On a beaucoup parlé du rôle supposé de Juan Carlos Ier dans la promotion de l’économie espagnole au niveau international. Ce qui n’a pas été trop mentionné et qui sera difficile à quantifier un jour, c’est le prix que ses efforts diplomatiques tant vantés ont eu. Au moins, il semble évident maintenant qu’ils n’étaient ni gratuits ni encore moins transparents. Et les relations hispano-saoudiennes en sont un exemple clair. Car au-delà des commissions récemment découvertes ou des cadeaux somptueux comme le yacht Fortuna, l’Arabie saoudite a joué un rôle beaucoup plus important dans l’histoire récente de la monarchie espagnole.

    Peu après que la monarchie parlementaire eut officiellement succédé à la dictature de Franco, le prince d’Arabie saoudite Fahd bin Abdelaziz al-Saoud a accordé un prêt sans intérêt de 100 millions d’euros à Juan Carlos Ier pour aider à « consolider la monarchie espagnole ». Un prêt dont on ignore, à ce jour, s’il a été remboursé. Certains esprits naïfs pourraient attribuer cette « générosité saoudienne » à une marque de courtoisie entre monarchies « amies ». Cependant, il n’est pas nécessaire d’avoir étudié un master en relations internationales pour savoir que la maison des Saoud a traditionnellement utilisé ce qu’on appelle la « diplomatie des pétrodollars » pour servir ses intérêts géostratégiques.

    Le rôle de la politique internationale dans la consolidation du règne d’Hassan II

    Quelques années avant ce prêt aux Bourbons, les Saoudiens avaient soutenu de manière décisive la consolidation du règne d’Hassan II au Maroc, devenant ses principaux soutiens et protecteurs dans le monde arabe. Il faut rappeler que la situation de la jeune monarchie marocaine à la fin des années 60 et au début des années 70 n’était pas exactement simple : elle avait subi deux tentatives de coup d’État en 1971 et 1972, elle rencontrait la réticence ou la suspicion d’une partie de l’armée, et les partis nationalistes fortement présents dans les villes remettaient son pouvoir en question. Face à cette situation d’instabilité interne, Hassan II a décidé d’avoir une politique étrangère agressive qui pourrait être un baume pour ses problèmes internes. Une politique étrangère qui reposait sur deux postulats : le renforcement des relations avec les pays arabes (contrecarrant au passage l’influence de l’Algérie) et l’annexion du Sahara espagnol. Deux piliers stratégiquement ordonnés dans le temps.

    Tout d’abord, Hassan II s’est attaché à consolider ses relations avec la majorité des pays arabes. À cette fin, il a renforcé ses relations avec d’autres monarchies arabes (Jordanie, Arabie Saoudite et Émirats Arabes Unis), à partir d’un principe « de solidarité » dans la défense commune de leurs régimes respectifs, et d’autre part, il a envoyé un message au monde arabe avec la participation du Maroc à la guerre d’Octobre 1973 contre Israël. Un conflit qui, bien qu’il se soit terminé sans atteindre d’objectif militaire majeur, a permis d’améliorer les relations avec les pays de la Ligue arabe et, en même temps, de contenter une partie importante des commandants des Forces armées royales (FAR) de son propre pays.

    Mais Hassan II a fait de « l’annexion du Sahara la pièce maîtresse de sa politique étrangère et la base sur laquelle établir définitivement le trône. Il avait un plan à moyen terme : occuper le peuple marocain, les militaires et politiques avec la revendication du Sahara, en attendant la crise de la succession espagnole. Ce fut un succès. La défense de la cause palestinienne et surtout la revendication du Sahara ont apporté une trêve dans la vie politique nationale »[2]. Pour mener à bien son plan d’annexion du Sahara occidental espagnol, Hassan II avait deux alliés fondamentaux : les USA et l’Arabie saoudite. Les premiers ont fourni le soutien géopolitique, la seconde l’argent. Mais procédons pas à pas.

    Avec une Algérie socialiste et une Mauritanie incertaine, les USAméricains n’avaient aucun doute : dans la région, c’était sur le Maroc qu’il fallait miser. Mais ce soutien devait se faire sans déstabiliser l’Espagne voisine, qui se trouvait dans une situation très compliquée avec la mort imminente de Franco et une transition incertaine menée formellement par une monarchie bourbonienne en pleine résurrection. Ainsi, le secrétaire d’État usaméricain, Henry Kissinger, a décidé de forcer un accord entre les deux côtés du détroit de Gibraltar, en profitant du fait que les deux pays étaient alliés des USA dans le cadre de la Guerre froide. Ainsi, lorsqu’en novembre 1973, Kissinger a rencontré pour la première fois Hassan II, « l’USAméricain a déclaré qu’il partageait l’avis du roi selon lequel ce serait une erreur de créer un État artificiel appelé Sahara. En août de l’année suivante, Kissinger exprime la même idée au ministre Laraki, plus clairement, puisqu’il se montre opposé à l’indépendance du Sahara et est enclin à ce que le rôle dominant dans la région soit joué par le Maroc, et non par l’Algérie »[3].

    De la combinaison de conseillers usaméricains et de financements en pétrodollars saoudiens est née l’opération d’occupation du Sahara, initialement baptisée Marche Blanche, puis renommée Marche Verte. Dans son livre La historia prohibida del Sáhara Español (L’histoire interdite du Sahara espagnol), Tomás Bárbulo raconte comment « un petit groupe de Marocains a été conseillé par des agents américains pour un projet secret appelé Marche blanche. Les travaux ont été financés par l’Arabie Saoudite et réalisés par un cabinet d’études stratégiques à Londres. Hassan II avait chargé son secrétaire à la Défense, le colonel Achahbar, de superviser les travaux (…) le secrétaire d’État américain a clôturé la rétrocession du Sahara au Maroc par un télégramme envoyé à Rabat depuis l’ambassade des États-Unis à Beyrouth : « Laissa pourra parfaitement se dérouler dans les deux mois. Il l’aidera en tout », disait le texte. Laissa était le nom de code de la Marche blanche, que Hassan II lancera deux mois plus tard, sous le nom de Marche verte. Il, c’étaient les USA »[4].

    Le 16 octobre 1975, le Tribunal international de justice de La Haye a émis un avis sur les revendications du Maroc et de la Mauritanie sur le territoire du Sahara. Le tribunal international écrivait qu’ « aucun lien de souveraineté territoriale n’a été établi entre le territoire du Sahara occidental et le Royaume du Maroc ou le complexe mauritanien. Ainsi, la Cour n’a trouvé aucun lien juridique de nature (…) à modifier la décolonisation du Sahara occidental et en particulier le principe d’autodétermination par l’expression libre et authentique de la volonté des peuples du territoire ». Cet avis constituait une défaite diplomatique manifeste pour les aspirations d’Hassan II sur le Sahara, face à laquelle il décida d’accélérer ses plans d’invasion. Rapidement, le monarque s’est adressé à son pays et au monde entier, annonçant le début de la Marche verte. « Il ne nous reste plus qu’à reprendre notre Sahara, dont les portes nous ont été ouvertes ».

    Il rendit alors publique l’annonce historique qu’il avait soigneusement préparée avec l’aide de Kissinger : dans quelques jours, le roi lui-même mènerait vers ce territoire une marche pacifique de civils, protégée par les Forces armées royales[5].

    Mais la Marche verte conçue par les USA et financée par l’Arabie Saoudite n’était pas seulement une stratégie militaire pour occuper le Sahara espagnol, frustrant ainsi le processus de décolonisation qui aurait dû s’ouvrir. C’était aussi un mouvement d’exaltation patriotique fondamental pour la consolidation de la monarchie d’Hassan II. Comme le souligne Javier Otazu, « la Marche verte, qui a ensuite marqué la vie de générations entières de Marocains, a enlevé aux partis nationalistes l’essence même de leur discours patriotique et les a contraints à se replier sur une nécessaire union nationale face à la guerre du Sahara qui a suivi et qui a duré quinze ans »[6]. Depuis lors, les dates les plus importantes du calendrier officiel marocain sont devenues la Fête du Trône et l’anniversaire de la Marche Verte : les deux événements fondamentaux dans la consolidation de la monarchie alaouite.

    Selon les chroniques officielles, le 6 novembre 1975, alors que la puissance occupante espagnole est suspendue à l’agonie d’un dictateur, un détachement de 350 000 civils arborant des drapeaux marocains et portant des portraits d’Hassan II a traversé la frontière du Sahara espagnol avec beaucoup d’enthousiasme., On estime à 25 000 le nombre de soldats marocains des Forces armées royales (FAR) qui marchaient parmi les civils censés être désarmés. Et c’est à ce moment précis que le prince Juan Carlos entre en jeu dans toute cette histoire.

    L’occupation du Sahara et le rôle de Juan Carlos Ier

    Après la mort de l’amiral Carrero Blanco, le principal défenseur du maintien du Sahara comme colonie espagnole, et avec un Franco mourant, il semblait peu probable que le prince Juan Carlos décide de risquer l’avenir de la couronne dans une aventure africaine impliquant une éventuelle confrontation militaire avec le Maroc. Ou du moins, cela a toujours été la tentative d’explication la plus plausible pour justifier les décisions et les mouvements du prince Juan Carlos dans la crise politique du Sahara : un mélange d’opportunisme et de conservatisme qui aurait conduit à l’abandon du Sahara en échange de la sécurisation de sa couronne. Mais les récentes déclassifications de documents confidentiels de la CIA sur ce sujet indiquent que le monarque émérite a joué un rôle beaucoup plus actif dans l’occupation marocaine du Sahara espagnol. Et une fois de plus, nous devons nous fier à des sources extérieures.

    En janvier 2017, 12 millions de pages de la CIA ont été déclassifiées, dont 12 500 traitent de l’Espagne. Dans beaucoup d’entre elles, le nom de Juan Carlos I se distingue. Selon les informations révélées par le service de renseignement US, le roi émérite est devenu l’un des informateurs les plus précieux des USA, fournissant des informations confidentielles à son contact à Madrid, l’ambassadeur Wells Stabler. Mais en outre, les documents de la CIA précisent que le rôle de l’ancien monarque ne se limitait pas à la médiation pour résoudre un conflit qui s’est terminé par le retrait de l’armée espagnole du Sahara. Au contraire, « Juan Carlos a passé un accord secret avec Hassan II pour que le détachement avancé de la gigantesque Marche verte, par laquelle le Maroc a pris possession du Sahara occidental, puisse pénétrer de quelques centaines de mètres dans la colonie espagnole dont l’armée espagnole s’était auparavant retirée de la frontière nord. Il a également accepté qu’une délégation d’une cinquantaine de fonctionnaires et d’espions marocains pénètre à El Ayoun, la capitale du Sahara, à la même heure. Cette double cession, qui a consommé la conquête marocaine de la dernière colonie espagnole, est consignée dans certains documents déclassifiés de la CIA[7].

    De plus, quelques jours avant l’entrée officielle de la Marche verte au Sahara occidental, alors que le prince Juan Carlos assumait le poste de chef de l’État par intérim, des unités des FAR ont envahi le nord de la colonie, occupant des postes abandonnés par l’armée espagnole. Les troupes espagnoles avaient reçu l’ordre de Madrid de regarder ailleurs. Seul le Front Polisario a affronté les envahisseurs, à la stupéfaction des troupes coloniales espagnoles qui voyaient l’occupation marocaine entre impassibilité et impuissance.

    Le 1er novembre, cinq jours avant l’arrivée de la Marche verte dans le Sahara espagnol, Juan Carlos, en tant que chef d’État par intérim, a réuni à La Zarzuela le gouvernement et les chefs d’état-major de l’armée pour les informer qu’il se rendrait à El Ayoun. « Franco est à deux pas de la mort et je suis l’héritier… en fonction. Je vais donc me rendre à El Ayoun pour expliquer à Gomez de Salazar (gouverneur du Sahara espagnol) et à ses hommes ce que nous devons faire et comment nous allons le faire. Nous allons nous retirer du Sahara, mais en bon ordre et avec dignité. Non pas parce que nous avons été vaincus, mais parce que l’armée ne peut pas tirer sur une foule de femmes et d’enfants désarmés ». La justification de Juan Carlos était totalement incohérente, car les services secrets espagnols et l’armée espagnole elle-même avaient signalé la présence de milliers de soldats des FAR au sein de la Marche verte. Mais l’argument anticipait le cynisme qui allait être la marque de fabrique du futur monarque.

    Un cynisme que Juan Carlos allait répéter à son arrivée à El Ayoun, cette fois devant les commandants militaires stationnés au Sahara. Selon la transcription officielle elle-même, le jeune prince affirma : « L’Espagne respectera ses engagements et nous souhaitons protéger les droits légitimes de la population civile sahraouie »[8]. Seulement deux semaines plus tard, le 14 novembre 1975, les accords tripartites ont été signés à Madrid, par lesquels l’Espagne a remis unilatéralement le Sahara occidental à une administration tripartite formée par l’Espagne elle-même, le Maroc et la Mauritanie. Le but de ces accords n’était autre que de légaliser l’occupation marocaine et mauritanienne du Sahara. Une occupation qui était alors presque terminée et qui allait déclencher une guerre sanglante qui dura plus de quinze ans. L’Assemblée générale des Nations unies a rejeté les prétendus « Accords de Madrid » ainsi que l’occupation, en adoptant une résolution qui exigeait le respect du droit international, appelait l’Espagne à conclure le processus de décolonisation et reconnaissait le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.

    Certains auteurs soulignent que le prince Juan Carlos a renoncé au Sahara espagnol par crainte de se lancer dans une guerre coloniale aux résultats incertains. Et que l’expérience portugaise en Angola et au Mozambique, prélude à la Révolution des Œillets qui suivra, a pesé lourd dans les décisions et les craintes de la hiérarchie franquiste et surtout du futur monarque, dans cette décision. Mais ce calcul prétendument « stratégique » omet de préciser qu’il y avait toujours une alternative sur la table : que l’Espagne délègue ses responsabilités de puissance décolonisatrice, en transférant pour une période intérimaire de six mois l’administration du territoire à l’ONU, qui aurait organisé et supervisé le référendum d’autodétermination au Sahara. Cela était stipulé dans le Plan Waldheim que le Secrétaire général des Nations unies a proposé avec insistance pour garantir une solution qui préserverait les droits du peuple sahraoui et permettrait à l’Espagne de remplir ses engagements internationaux. Une proposition que Juan Carlos I, en tant que chef d’État en exercice, a directement rejetée.

    De l’occupation du Sahara à la restauration bourbonienne

    C’est ainsi que naît la nouvelle monarchie espagnole, qui rend hommage aux intérêts des USA en exécutant leur ordre de reddition du Sahara au Maroc. Comme l’écrit Bernardo Vidal, un militaire espagnol stationné au Sahara et membre de l’Union militaire démocratique (UMD), « L’apogée de l’ère franquiste, ou le début de la monarchie, appelez ça comme vous voulez, a été ce qu’on a appelé la décolonisation du Sahara, qui, en pure éthique militaire ou politique, pourrait être qualifiée de tromperie ou de trahison (…) humiliante tromperie des militaires espagnols, qui ont joué le rôle de marionnettes au service d’intérêts très spécifiques et de la poignée de ceux qui, sur ordre des USA, ont vendu le Sahara au Maroc »[9].

    Sur l’échiquier mondial de la Guerre froide, l’administration usaméricaine était prête à tout pour ne pas permettre l’instauration d’un régime socialiste favorable à l’Algérie, alliée des Soviétiques, dans une zone d’une importance stratégique comme le Sahara occidental, tant par sa situation géographique que par ses ressources en phosphate. En outre, dans le même mouvement, ils ont assuré la stabilité de la monarchie marocaine, rivale de l’Algérie et située sur le flanc nord-ouest de l’Afrique, avec un littoral sur deux mers et la capacité de contrôler le détroit qui relie la Méditerranée et l’Atlantique. De même, l’Arabie saoudite s’est assuré un allié important au sein de la Ligue arabe, particulièrement bien venu depuis la chute des monarchies d’Irak (1958) et de Libye (1969).

    Dans un autre des rapports déclassifiés par la CIA, fait avant l’occupation marocaine du Sahara, le futur monarque Juan Carlos est décrit comme une personne peu capable de mener une transition démocratique et, surtout, le peu d’enthousiasme populaire pour la restauration monarchique en Espagne est souligné : « Il y a peu d’enthousiasme pour Juan Carlos et la monarchie en Espagne, mais une certaine disposition à le soutenir car il n’y a pas de meilleure alternative », dit le document. « S’il parvient à préserver l’ordre public tout en parvenant à l’ouverture politique, il gagnera des soutiens. Le défi est énorme. Et il est peu probable que le nouveau roi ait les qualités nécessaires pour le relever[10].

    Cependant, après le rôle joué dans le conflit du Sahara, la figure de Juan Carlos en tant qu’allié international des USA a pris du poids dans les rapports de la CIA, jusqu’à ce qu’il soit désigné comme le « moteur du changement » dans un mémo de 1983.

    Mais outre le début des juteuses commissions saoudiennes sur les comptes secrets que nous ne connaissons que maintenant, Juan Carlos a obtenu d’autres récompenses importantes grâce à sa « gestion » du conflit sahraoui. À l’époque, le jeune prétendant au trône et les élites politiques espagnoles qui dirigeaient la transition post-franquiste étaient bien conscients que l’un des principaux obstacles à la restauration des Bourbons était le manque de légitimité internationale, surtout après leur refus de tenir une consultation populaire pour entériner la monarchie de peur de la perdre, comme Adolfo Suarez lui-même l’a admis dans un moment de relàachement. Et c’est là que la Maison Blanche a rendu une partie de la faveur du Sahara à Juan Carlos, le recevant aux USA pour son premier voyage officiel en tant que roi, avec la reconnaissance internationale dont il avait besoin.

    Nous ne saurons peut-être jamais si ce prêt sans intérêt de 100 millions d’euros accordé par l’Arabie saoudite à Juan Carlos Ier pour aider à « consolider la monarchie espagnole » était une autre « commission » pour son rôle de premier plan dans l’occupation marocaine du Sahara occidental qui intéressait tant Riyad. Ce qui ne fait aucun doute, c’est que l’occupation du Sahara est devenue un événement historique indispensable pour comprendre l’évolution ultérieure de la consolidation des monarchies marocaine et espagnole. C’est ainsi que les deux maisons royales étaient intimement liées, comme on l’a vu il y a un peu plus de vingt ans, lorsque Juan Carlos a été ému aux larmes en présentant ses condoléances à Mohamed VI pour la mort de son père, Hassan II, décédé à Rabat le 23 juillet 1999. En quittant les funérailles, le monarque espagnol a déclaré : « J’ai dit au roi Mohamed VI que tout comme, le roi Hassan II était mon frère aîné, je suis maintenant son frère aîné ». En fin de compte, tout reste en famille.

    Notes

    1/ www.revistavanityfair.es/realeza/articulos/rey-juan-carlos-relacion-arabia-saudi-comisiones/34261

    2/ Rodríguez Jiménez, José Luis. “Agonía, traición, huida. El final del Sáhara español. Critica 2015. pp 288

    3/ Rodríguez Jiménez, José Luis. “Agonía, traición, huida. El final del Sáhara español. Critica 2015. pp 705

    4/ Barbulo, Tomas: “La historia prohibida del Sáhara Español.” Península 2017. pp 269

    5/ Barbulo, Tomas: “La historia prohibida del Sáhara Español.” Península 2017. pp 273-274

    6/ Otazu, Javier: “Marruecos, El extraño vecino”. Catarata 2019. pp 63

    7/ www.vanitatis.elconfidencial.com/casas-reales/2019-07-23/hassan-ii-aniversario-20-muerte-juan-carlos-rey_2138847/

    8/ Barbulo, Tomas: “La historia prohibida del Sáhara Español.” Península 2017 pp 289

    9/ Barbulo, Tomas: “La historia prohibida del Sáhara Español.” Península 2017. pp 347

    10/ www.elespanol.com/espana/politica/20170118/186981945_0.html
    Miguel Urbán

    Source : Tlaxcala
    Tags : Sahara Occidental, Maroc, Front Polisario, Marche Verte, Franco, Hassan II, Henry Kissinger,