Tag: Hirak

  • Droits de l’Homme : des Euro-parlementaires accablent le Maroc

    Des parlementaires européens viennent d’épingler le Maroc sur les violations des droits de l’homme dans le Rif.

    En effet, et dans une conférence organisée mercredi dernier, au Parlement européen , Kati Piri et Tinek Strik ont dénoncé une «violente répression des manifestations pacifiques dans le Rif marocain» ainsi que des «violations des droits de l’homme» par les autorités.

    Précisément, la Néérlandaise Kati Piri, représentante du groupe des ‘’Socialiste et Démocrates’’ (S&D), qui reste la deuxième force politique au Parlement européen, a chargé la Police du marocaine, soulignant «une répression violente des manifestants pacifiques de la population du Rif qui revendiquait ses droits élémentaires à la santé, l’éducation, l’emploi etc.» dira-t-elle.

    Enchainant son ”réquisitoire”, Piri a également mis en exergue une répression continue de la liberté d’expression et de rassemblement, précisant, dans ce contexte que 16 personnes ont été arrêtées durant les cinq derniers mois seulement.

    Elle a enfin appelé à «la libération immédiate et non conditionnelle des prisonniers politiques, l’arrêt de la répression de la liberté d’expression et d’association et l’amélioration des conditions de vie dans le Rif», concluant en gros que la situation ne faisait que «s’empirer».

    Par ailleurs et peu avant la conférence, la députée belge du même groupe, avait déjà posté un tweet alarmant. «Aujourd’hui, des observateurs internationaux ont témoigné sur la façon dont les manifestants du Rif ont été faussement accusés, torturés et intimidés, après les manifestations de masse en 2017» a- t- elle écrit, ajoutant que «Le Maroc est un important partenaire pour le Maroc et, pour nous, la situation est urgente et en haut de l’agenda», prévient- elle.

    De son côté, l’eurodéputée néerlandaise, Tineke Strike, du groupe des verts/ ALE a affirmé sur twitter que «des preuves convaincantes que toutes les règles d’un procès équitable ont été violées et que les violations se poursuivent», exhortant, de ce fait, l’UE à ouvrir une enquête indépendante.

    Pour leur part, de nombreux autres intervenants, tels l’américain Richard Winfield, président de l’International Lawyers Project (ISLP), l’espagnol Juan Soroeta Liceras, président de de l’ONG ’’Association internationale pour l’observation des droits de l’homme’’, ou encore les avocats, la tunisienne Houda Haouami et l’avocat marocain, Abdelassadik El Bouchattaoui, membre de l’ISLP et exilé en France, ainsi que de nombreux activistes et défenseurs des droits de l’Homme ont unanimement dénoncé la «violente répression» des manifestations pacifiques dans le Rif, non sans appeler au respect des libertés fondamentales et la libération immédiate et sans condition des détenus du hirak des Rifains.

    Algérie1, 22 fév 2020

    Tags : Maroc, Hirak, Rif, Parlement Européen,

  • Algérie : L’Histoire pour seul juge

    Ce vendredi, le hirak a bouclé sa première année. 53 vendredis sans discontinu qui ont façonné la nouvelle Algérie et surtout changé le cours de l’histoire, qui ne s’est pas écrite comme voulue par l’ancien régime, mais comme voulue par le peuple et sa volonté indestructible. Un 53é vendredi attendu et célébré par l’écrasante majorité des Algériens.

    Mais aujourd’hui, l’histoire doit s’écrire sur la naissance de ce mouvement, sans pareil dans les annales de l’Algérie, mais aussi dans le monde. Et si le monde entier a découvert le vendredi 22 février une masse humaine estimée à des millions de personnes défiler dans les rues des grandes villes du pays, la grande question à laquelle doit répondre l’histoire, c’est de savoir ce qui s’est passé le jeudi 21 février et comment cet élan populaire a pris la forme qu’on lui a connu le lendemain et comment il est arrivé à bout d’un système qui a tout verrouillé pendant de longues 20 années, pour paniquer d’un coup et s’effondrer totalement un certain 2 avril avec la démission de l’ancien président dans une scène surréaliste retransmise par la télévision nationale.

    Une chute qui allait révéler et lever le voile sur un système de gestion basé sur la rapine, le vol et la corruption qui a mis l’Algérie sous l’entonnoir, et qui devait emporter tout l’Etat national, comme l’a si bien dit le président de la République Abdelmadjid Tebboune lors de sa dernière rencontre avec la presse nationale. «Le Hirak béni a préservé le pays d’un effondrement total… l’Etat national a failli s’effondrer totalement comme ce fut le cas dans certains pays, aujourd’hui, en quête de médiations pour le règlement de leurs problèmes…L’effondrement de l’Etat national est synonyme de l’effondrement de toutes ses institutions et toutes les données laissaient présager un tel scénario… Dieu merci, le peuple a, grâce à sa maturité, déjoué le complot tout en réussissant à réaliser plusieurs de ses revendications».

    Les mots sont forts et révèlent le grand complot dont était la cible notre pays. Le pays se dirigeait vers l’éclatement total. Et c’est pour toutes ces raisons et d’autres encore graves que l’histoire doit s’écrire sans concession et sans manipulation sur ce moment majeur de l’histoire de notre pays, alors qu’il est à la veille de l’édification de cette nouvelle Algérie qui doit couper tous les ponts avec ces années d’imposture et de diktat pour que jamais de telles dérives ne soient possibles dans l’avenir.

    Par Abdelmadjid Blidi

    Ouest Tribune, 21 fév 2020

    Tags : Algérie, Hirak, Tebboune,

  • Algérie : “Les choses commencent à s’apaiser” (Président Tebboune)

    Abdelmadjid Tebboune au figaro : “Les choses commencent à s’apaiser”

    Pour son premier entretien à un journal étranger, le président Abdelmadjid Tebboune a choisi de s’exprimer sur les colonnes du journal français Le Figaro.

    Le chef de l’État répond sur de nombreux sujets : Hirak, nouvelle Constitution, situation économique, relations avec la France…

    Le Hirak

    La première question concerne le Hirak, qui fête son anniversaire samedi 22 Février. Pour le président de la République, les choses commencent à s’apaiser dans le pays. “Bien qu’il y ait encore, tous les vendredis, une présence citoyenne dans la rue, les choses commencent à s’apaiser”. Selon Tebboune, presque toutes les demandes du Hirak ont été satisfaites : “il n’y a pas eu de cinquième mandat, ni de prolongation du quatrième mandat, puis le président a démissionné”.

    “Les têtes les plus visibles de l’ancien système sont également parties, et la lutte a été engagée contre ceux qui ont mis l’économie à genoux. Reste les réformes politiques, j’en ai fait ma priorité, et je suis décidé à aller loin dans le changement radical pour rompre avec les mauvaises pratiques, moraliser la vie politique, et changer de mode de gouvernance”, a-t-il ajouté. “De nombreux Algériens ont compris qu’on ne peut pas réformer, réparer, restaurer ce qui a été détruit pendant une décennie, en deux mois”, a-t-il expliqué.

    Une nouvelle Constitution avant l’été

    Pour Abdelmadjid Tebboune, la révision constitutionnelle constitue “la priorité des priorités”. “600 partis, associations, syndicats,corporations, etc : Ils auront un mois pour en débattre librement, et il reviendra ensuite vers le comité de rédaction. La mouture finale sera soumise aux deux chambres du Parlement, puis à un référendum populaire”, a-t-il détaillé, affirmant que la nouvelle Constitution sera prête “au plus tard d’ici le début de l’été”.

    Le rôle de l’armée

    Le Hirak veut aussi “un État civil, non militaire”. Quel est, selon vous, le véritable rôle de l’armée algérienne, et vous sentez- vous redevable envers elle ? Le slogan “Un État civil, non militaire” date du 19 juin 1965 !, affirme Tebboune. Selon lui, “L’armée accomplit ses missions constitutionnelles, elle ne s’occupe ni de politique, ni d’investissement, ni d’économie. Elle est là pour sauvegarder l’unité nationale, protéger la Constitution et les Algériens contre toute infiltration terroriste,et toute tentative de déstabilisation du pays. Vous ne trouverez aucune trace de son immixtion dans la vie du citoyen si ce n’est lors du service national”.

    Se sent-il redevable envers l’armée, lui demande le journaliste du Figaro ?

    “Moi, je ne me sens redevable qu’envers le peuple qui m’a élu en toute liberté et transparence. L’armée a soutenu et accompagné le processus électoral, mais n’a jamais déterminé qui allait être le Président. Si je me suis engagé dans la Présidentielle, c’est parce que j’avais un arrière-goût de travail inachevé. Vous savez dans quelles circonstances j’ai quitté la primature. Mon pays étant en difficulté, j’ai pensé pouvoir apporter un plus même si je savais que c’était un sacrifice pour ma famille et moi-même. C’est un devoir”, a-t- il répondu.

    La lutte contre la corruption

    Le placement en détention de nombreuses figures de l’ancien régime de Bouteflika ne signifie pas la fin de “mafia politico-financière”, a expliqué Tebboune. “La tête de la mafia a été coupée, mais pas le corps. De l’argent sale circule encore. Chaque jour de nouveaux responsables, des pseudos hommes d’affaires se retrouvent devant la justice. Les fondements de l’État algérien doivent être sains. Ce qui nous attend est bien plus grand que les travaux de Sisyphe”, a-t-il ajouté.

    Situation économique

    Le président Tebboune veut miser sur la jeunesse, pour relancer l’économie et sortir de la dépendance aux hydrocarbures. “Des jeunes formés sur les bancs de l’école algérienne, sont sollicités pour leur dynamisme et leur savoir-faire, partout dans le monde, aux États-Unis, en Europe… C’est dans cet esprit universaliste et par une compétition saine et moderne, que nous allons construire un nouvel édifice économique basé sur la valorisation de la production nationale, l’économie de la connaissance et la transition énergétique”, a-t-il dit.

    Le chef de l’État s’est une nouvelle fois attaqué à “l’importation débridée”. “L’Algérie est vue par ses partenaires, comme un grand marché de consommation. Nos maux viennent de l’importation débridée, génératrice de surfacturation, une des sources de la corruption favorisée par de nombreux pays européens où se faisait la bancarisation, la surfacturation, les investissements de l’argent transféré illicitement. Cela a tué la production nationale. Nous allons par exemple, arrêter l’importation de kits automobiles. L’usine Renault, qui est ici, n’a rien à voir avec celle qui est installée au Maroc. Comment créer des emplois alors qu’il n’y a aucune intégration, aucune sous-traitance ?”, a-t-il annoncé.

    Binationaux : abrogation de l’article 51

    L’Article 51 de la Constitution sur les binationaux sera abrogé dans le nouveau texte. “L’immigration d’origine algérienne à l’étranger, a toute sa place ici, et nous œuvrons pour qu’il n’y ait plus de séparation entre les citoyens émigrés, et ceux qui sont restés au pays. Ils ont les mêmes droits et possibilités”, a-t-il dit.

    Question mémorielle

    “J’ai eu quelques contacts avec le président Macron, et je sais qu’il est honnête intellectuellement, qu’il n’a aucun lien avec la colonisation. Il essaye de régler ce problème qui empoisonne les relations entre nos deux pays ; parfois il est incompris, et parfois il fait l’objet d’attaques virulentes de la part de lobbies très puissants”, a expliqué Tebboune, concernant la question de la mémoire. Tebboune s’est ensuite exprimé sur les relations avec la France, accusant des lobbys dont celui du Maroc, de tenter de les saborder. “Nous sommes pour des relations sereines avec la France, fondées sur un respect mutuel. À un certain moment, il faut regarder la vérité en face.

    Un premier pas est de reconnaître ce qui a été fait, le deuxième pas est de le condamner. Il faut du courage en politique. Mais il y a un autre lobby (le Maroc NDLR), dont toute la politique repose sur l’endiguement de l’Algérie, et qui est présent en France. C’est un lobby, aux accointances économiques et sociales, qui a peur de l’Algérie. Même quand l’Algérie intervient pour proposer des règlements pacifiques à des crises, ce lobby tente de s’immiscer sous prétexte qu’il est également concerné”, a-til expliqué.

    Par : RAHIMA RAHMOUNI

    Le Midi Libre, 22 Fevrier 2020

    Tags : Algérie, Hirak, Abdelmajid Tebboune, mémoire, France,

  • Algérie : Un mouvement unique au secours de l’Etat national

    Le hirak boucle sa première année

    Demain, le mouvement populaire communément appelé hirak aura bouclé une année d’existence. Ce mouvement «unique» dans le monde de l’avis même des spécialistes, de par son caractère pacifique a pu mettre fin à une dérive autocratique et mettre le cap sur une nouvelle gouvernance en adéquation avec l’évolution de la société, sauvant l’Etat national d’un effondrement.

    Par S. A. Mohamed

    De par sa longévité et l’attachement à son caractère pacifique, ce mouvement, inédit depuis l’indépendance de l’Algérie, s’érige, à l’instar de la guerre de Libération nationale, en modèle de référence dans le monde. Il aspire à donner un nouveau statut à la notion de citoyenneté, impliqué dans la gestion des affaires publiques et déterminé à prendre son destin en main.

    Le 22 février 2019, des dizaines de milliers de citoyens, toutes tranches d’âges et catégories professionnelles confondues, manifestent dans toutes les villes du pays pour s’opposer au projet du 5ème mandat du président Abdelaziz Bouteflika, dénoncer la corruption menaçant les fondements de l’Etat et réclamer un changement radical de la gouvernance. Sous la pression du hirak, l’élection présidentielle qui devait se tenir le 18 avril, est reportée.

    Après la démission de Bouteflika, le 2 avril, une deuxième date, le 4 juillet, est fixée, mais le scrutin n’a pas lieu, faute de candidats. Suite à ces deux reports, le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, convoque le corps électoral pour l’élection présidentielle devant se tenir le 12 décembre. Le Parlement adopte deux projets de loi pour encadrer cette consultation : le premier relatif à la création d’une Autorité indépendante permanente chargée des élections et le second amendant la loi organique relative au régime électoral.

    Le commandement de l’Armée nationale populaire (ANP) assure qu’il accompagnera l’élan populaire pacifique et veillera à réunir les conditions de la présidentielle, affirmant que cette élection constitue l’option «la plus sûre et la moins coûteuse» pour le pays. Le commandement de l’ANP apporte également son soutien à la justice dans la lutte contre la corruption.

    De hauts responsables politiques, dont deux anciens Premiers ministres – une première depuis l’indépendance du pays – et des hommes d’affaires sont jugés et condamnés, notamment pour des faits d’abus de fonction, indus privilèges, corruption et blanchiment d’argent. Elu le 12 décembre à la présidence de la République, Abdelmadjid Tebboune proclame, lors de sa première prise de parole, «tendre la main» au hirak, rappelant l’avoir, à maintes reprises, qualifié de «béni».

    Le nouveau chef de l’Etat appelle, dans ce sens, à un «dialogue sérieux au service de l’Algérie» pour construire la «nouvelle République». Au cours de sa participation au Sommet de l’Union africaine, tenu le 9 février à Addis Abeba, le président Tebboune avait tenu à rendre hommage au hirak, en soulignant qu’il constitue une «énergie salvatrice» pour l’Algérie, «résolument décidée à changer son système de gouvernance et à construire un Etat garantissant la justice sociale et la suprématie de la loi».

    Lors de la présentation du Plan d’action du gouvernement à l’Assemblée populaire nationale, le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, a brossé un tableau sans complaisance du mode de gouvernance ayant prévalu ces dernières années, dénonçant «une gestion catastrophique de l’Etat ainsi que des pratiques autoritaires ayant mené au pillage et à la dilapidation des richesses du pays et à la destruction systématique de ses institutions et de son économie dans le but à accaparer ses biens».

    Le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Amar Belhimer, a, de son côté, exprimé mardi son soutien à l’appel du hirak à consacrer le 22 février comme journée nationale. Des observateurs voient dans le maintien de la mobilisation populaire un gage que le processus de changement ne déviera pas de son objectif.

    Les Débats, 20 fév 2020

    Tags : Algérie, Hirak, Abdelmajid Tebboune,

  • Maroc : 8ème anniversaire du mouvement du 20 février

    Maroc : 8ème anniversaire du mouvement du 20 février

    Au Maroc, le Mouvement du 20 février fête aujourd’hui son 8ème anniversaire de sa création. Fer de lance de la protestation marocaine, lors des dénommés printemps arabes, il a été depuis affaibli par le sang et le feu des forces de l’ordre.

    Ce jour, cinq jours ont été brûlés dans une banque à Al Hoceima.

    La situation actuelle

    Malgré son affaiblissement sous les coups des matraques, le mouvement est loin d’être « mort » et son esprit plane partout dans les manifestations de protestation contre les injustices au Maroc.

    Aujourd’hui, les marocains se mobilisent contre l’oubli de ceux qui se sont sacrifiés pour maintenir le flambeau de la libération des jougs de la colonisation monarchique alaouite. Ils veulent leur rendre hommage et poursuivre les initiatives courageuses d’hommes et de femmes, d’ouvriers et de chômeurs, de jeunes et de moins jeunes, d’élèves et d’étudiants qui ont promis de renverser la situation en faveur de la population la plus démunie.

    Si, lors de la naissance du Mouvement 20F, le roi du Maroc était épargné, désormais ce n’est plus le cas. Le peuple a découvert qu’il n’est pas étranger à toute cette vague de répression qui s’abat contre lui. Les réseaux sociaux sont devenus les canaux favoris d’expression de la jeunesse marocaine qui en a fait leur arme principale de lutte contre le despotisme, la corruption et le népotisme.

    Une monarchie héritée du colonialisme

    Le Maroc est soulevé par une vague de fond pour appeler à une transformation de la société marocaine, pour exiger de vrais changements démocratiques. Partout au Maroc, même dans les petites villes, se sont créés des comités à l’origine des manifestations. Le mouvement du 20 février a été lancé par des jeunes citoyens, des militants de base, des gens du petit peuple, criant leur colère contre la situation économique, sociale et politique. Ils ont été soutenus par la société civile et des forces démocratiques qui se sont senties obligées de suivre, parfois même à contre-cœur…

    Les forces de l’ordre ont réprimé violemment certaines manifestations et ont déjà fait des morts. Il faut savoir que parmi les personnes arrêtées, certaines ont été condamnées à des peines allant jusqu’à dix ans de prison. Dans ce contexte, le mouvement du 20 février, issu de la société, porté par des jeunes, fait preuve d’une grande détermination. Par ces manifestations, les jeunes ont franchi une première étape, celle de vaincre la peur et de rendre légitimes leurs revendications…

    Une monarchie maître d’œuvre des crimes commis contre notre peuple

    Au Maroc, le roi est le représentant de Dieu sur terre et s’érige en commandeur des croyants. Dans sa constitution qu’il octroie à ses sujets, sa personne, sa parole ainsi que sa famille et ses biens sont sacrés. Ils ne peuvent faire l’objet d’aucune discussion, encore moins de critique ou d’opposition. Il s’octroie tous les pouvoirs et il est au dessus des lois. Il est le chef suprême des armées et le président de tous les conseils de l’État. C’est lui qui nomme le 1er ministre et désigne les ministres. Il peut révoquer SON gouvernement, dissoudre SON parlement et instaurer l’état d’exception quand bon lui semble. Bref, il est le monarque ABSOLU… Cette monarchie a construit un Etat militaro-policier à l’image et en héritage de l’État colonial, avec l’aide et le soutien de l’impérialisme français et américain.

    Le mouvement du 20 février

    Depuis le début du siècle dernier jusqu’à nos jours, voici des dates clés pour résumer cette histoire criminelle et ces années de plomb. En collaboration avec l’armée coloniale française et espagnole (1 million et demi de soldats et pas moins de 20 généraux et colonels), la révolution de l’un des pionniers de la lutte armée de libération nationale, le héros de la guerre du Rif et le premier président de la première république démocratique de l’histoire de notre pays, Abdel Krim El Khatt Abi (1920-1924), a été écrasée. Ensuite, ont été matées dans le sang, toujours avec l’aide de la même armée coloniale, les diverses rébellions des tribus (1930-1950). Répression sanglante de la révolte du Rif de 1958-59. Hassan II transformera cette région en un laboratoire de culture, de transformation et de trafic international du cannabis (kif).

    Répression sanglante des révoltes et soulèvements de notre peuple en 1965 à Casablanca, Oouled Khalifat, en 1981, 84, et 90 et tout au long de la dernière décennie( Sfrou, Sid Ifni, Tanger…)..) C’est aussi la création du mouvement marxiste-léniniste Ela Aman (En Avant)
    Des centaines de liquidations physiques et disparitions forcées, de passages à l’arme de civils et militaires, de milliers d’arrestations, de morts sous la torture et dans des bagnes secrets, de procès inéquitables où la justice à l’ordre a distribué des siècles de prisons et des dizaines de peines de mort…

    Pour répondre aux manifestations du 20 février, le roi a lâché un peu de lest le soir du 9 mars : baisse des carburants et aliments de base, promesse d’embaucher 4000 chômeurs diplômés, révision de la constitution vers une monarchie parlementaire. Ces « avancées » ont été saluées par les USA, l’Europe, la France. Mais les citoyens, et non les sujets, n’y ont pas trouvé de réponses satisfaisantes à leurs revendications.

    C’est pourquoi la lutte continue, les points cruciaux mis en avant par les manifestants du 20 février sont :

    1) Une constitution démocratique élaborée par une assemblée constituante incarnant la volonté du
    peuple.

    2) La démission du gouvernement, la dissolution des deux Chambres.

    3) Une justice indépendante, la séparation des pouvoirs.

    4) Le jugement des responsables de la torture et des crimes contre les Marocains.

    5) La lutte effective contre la corruption et la récupération des richesses volées aux peuples.

    6) La libération de tous les prisonniers politiques.

    7) La reconnaissance de la langue amazighe comme langue officielle au côté de l’arabe.

    Tags : Maroc, Mouvement 20 Février, printemps arabe, Makhzen, Rif, Hirak,

  • Analyse du Mouvement du 20 février au Maroc

    « Mouvement du 20 février » Premier essai pour un encadrement idéologique et politique
    L’apparition du mouvement du 20 février est le résultat objectif des développements de la lutte des classes dans notre pays. Ce mouvement est le produit des contradictions de classe qui régissent le développement de la société marocaine à l’instant présent, et ce sont deux principaux facteurs qui ont contribués de façon directe à l’émergence de cet instant historique :
    L’intensité des contradictions de classe entre le peuple et la coalition de classe dominante après l’offensive de celle-ci contre les classes laborieuses au niveau économique, politique, et idéologique, d’une part ; et la résistance populaire caractérisé par son amplitude de classe et géographique pendant cette dernière décennie d’autre part. Cette même attaque est le reflet de la crise des régimes néo colonialistes, et parmi eux le régime établi au Maroc. Cette même crise n’est que le résultat direct de la crise suffocante où s’embourbe l’impérialisme international.
    La forte influence des deux glorieux soulèvements du peuple tunisien et égyptien produite sur la conscience des militant(e)s et l’ensemble des masses, ce qui a aidé au développement d’une humeur (disposition) militante avancée a contribué de façon directe au lancement de cette dynamique combative au Maroc.
    Ce mouvement 20 février comme mouvement émergé du cœur des contradictions de classe dans notre pays et comme résultat d’un certain niveau d’aiguisement des contradictions de classe, ce mouvement est transpercé objectivement par les intérêts de toute les classes qui subissent la domination de la coalition de classe dominante formée essentiellement par la bourgeoisie bureaucratique et compradore et les propriétaires fonciers.
    Si nous nous basons sur la réalité concrète de ce jeune mouvement, nous pouvons montrer la forme et le contenu de la présence de ces classes au sein du mouvement à condition de se conformer à la méthode de l’analyse scientifique. D’ailleurs la tâche assumée par cet article est d’essayer de montrer les formes et le contenu de la présence de ces classes au sein du Mouvement 20 février.
    Vu les développements et les regroupements au sein du mouvement 20 février, nous pouvons observer la présence de la bourgeoisie « monopolistique », cette bourgeoisie qui s’est développée à la marge de la bourgeoisie compradore et bureaucratique, elle a une expansion économique dans divers domaines, tel que l’immobilier, la confection, l’industrie agro-alimentaire… Le développement économique de cette classe s’est heurté aux intérêts de la bourgeoisie compradore et bureaucratique puisque cette dernière domine l’appareil de l’Etat et le secteur « publique » qui l’exploite, non seulement pour l’accumulation de son capital, mais aussi pour affaiblir ses concurrents. Ce qui a crée de nombreuses difficultés pour cette classe qui scandent les slogans de la bourgeoisie libérale comme « la concurrence loyale », et « non au cumul de la richesse et du pouvoir », « laisser faire, laisser passer » dans une offensive directe contre tous ce que représente les institutions économiques de « la famille royale » et ses proches. Cette classe, qui représente la bourgeoisie libérale au sein du mouvement, est une classe présente et active dans le mouvement du 20 février, elle lutte pour ses intérêts et répandent son idéologie et sa culture. La revendication « d’une monarchie parlementaire » est son slogan politique officiel au sein du mouvement ; et c’est ce slogan qui représente pour elle l’horizon du mouvement et son but final.
    Quant aux porte paroles et représentants de cette classe au sein du mouvement du 20 février sont quelques groupes financés directement par quelques grands capitalistes comme Miloud Chaabi, Karim Tazi, Samir Abdelmoula, Ayouch…et aussi l’USFP et quelques courants au sein du PSU (Parti Socialiste Unifié) et le parti d’avant-garde.
    Tags : maroc, Mouvement 20 février, lutte, despotisme, corruption, nepotisme, Hirak, Rif,
  • Algeria: One year after the Hirak, alarming situation of freedom of expression and right to assembly

    Director of ARTICLE 19 Middle East and North Africa, Saloua Ghazouani Oueslati said: “The Algerian authorities continue to violate rights and liberties that are guaranteed in the constitution, as well as the international commitments that…

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    Tags : Algeria, Hirak, protests,

  • Maroc : Voilà pourquoi Zefzafi et Ahmajik ont entamé une grève de la faim

    Le Makhze est en train de tuer les leaders rifains à petit feu. L’état de santé des prisonniers politiques Nasser Zefzafi et Nabil Ahamjik est inquiétant, d’autant plus qu’ils entament une grève de faim pour une durée indéterminée, pour les revendications suivantes :

    1. Bénéficier de soins médicaux urgents (Zefzafi souffre d’une sévère allergie associée aux saignements nasaux et Nabil Ahamjik d’atroces maux de tête et d’allergie);

    2. Elargir le droit de communiquer avec leurs familles par téléphone; sur trois jours par semaine au lieu de 15 minutes sur 2 jours par semaine.

    3. Droit de visite pour les proches;

    5. La permission de recevoir des livres, des journaux et des revues sans présélection de la part de l’administration ;

    6. Bénéficier du droit de sortie à l’air libre, surtout que leur allergie a atteint un degré alarmant;

    7. Rassembler tous les détenus politiques du Hirak dans le pénitencier de Selouan et la libération immédiate de tous les détenus politiques.

    8. Ils exigent que tous les détenus du mouvement rifain et dispersés dans diverses prisons soient regroupés à la prison de Selouane, car c’est l’établissement pénitentiaire le plus proche de leurs familles

    9. Ils exigent une amélioration du tarifs pratiqués dans l’épicerie de la prison et la levée d’interdiction sur la pâtisserie locale d’Al Hoceima ( Millefeuille, Boyo, galettes …)

    10. Ils exigent de bénéficier de la promenade le plus longtemps dans la journée (fermer les portes en permanence est difficile de profiter de l’air, ce qui affecte leur santé et les expose à des allergies).

    11. Ils exigent d’améliorer l’alimentation et la nutrition des prisonniers et diversifier les repas qui leur sont servis.

    Tags : Maroc, Rif, Hirak, Nasser Zefzafi, Nabil Ahmajik,

  • Algérie : «Bouteflika est un cachotier qui n’a pas d’amis» (Farid Alilat)

    Propos recueillis par Naoufel Brahimi El-Mili

    Farid Alilat, journaliste au Matin dès le début des années 1990, est l’auteur d’un ouvrage, Vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes déjà morts, paru en 2002 chez Calmann-Lévy où il relate les tragiques événements de la Kabylie en 2001. Il prend l’année suivante la direction de la publication du quotidien Liberté. Depuis 2004, il est journaliste à Jeune Afrique. Son dernier livre est une grande première, jamais biographie d’un président algérien n’a été écrite. Il nous livre une narration fouillée des vies successives de Bouteflika. A travers de nombreux témoignages, il porte un éclairage sur des aspects peu connus de l’enfance ensuite de la jeunesse du président déchu. Très tôt guidé par une obsession du pouvoir chevillée au corps, entre frasques, manigances et manipulations, Bouteflika trace un long et sinueux chemin vers une présidence qu’il voulait conserver à vie. Seule sa fin est très connue, sur les antres pans de sa trajectoire, Farid Alilat laisse très peu de zones d’ombres.

    Le Soir d’Algérie : Quel est l’événement ou l’aspect de la personnalité d’Abdelaziz Bouteflika qui a déclenché en vous l’envie d’écrire sa biographie ?

    Farid Alilat : La vie d’Abdelaziz Bouteflika est guidée par deux obsessions : conquérir le pouvoir et le garder à tout prix. C’est le fil conducteur de sa vie, bâtie autour de cet objectif. L’idée d’écrire un livre sur Bouteflika est née en 2002. A l’époque, j’ai interrogé ceux qui l’ont connu par le passé, ses anciens amis, d’anciens ministres et même ses ministres et ses collaborateurs. Pour des raisons personnelles et professionnelles, j’ai mis le projet d’écriture en stand-by sans pour autant abandonner l’idée. Depuis, je n’ai de cesse de travailler sur lui en recueillant les témoignages de dizaines d’acteurs politiques, y compris les Premiers ministres de Bouteflika.

    Pour revenir à ces deux obsessions…

    Elles ont façonné sa vie. Déjà à vingt ans, au cœur même de la guerre d’indépendance, Bouteflika voulait être président. En 1976, lors de l’élaboration de la Constitution, Bouteflika demande à Mohamed Bedjaoui, alors en charge de ce projet, d’inscrire dans les textes fondamentaux du pays le poste de vice-président, un «ticket» à l’américaine. Informé de cette demande, Houari Boumediène y met son veto.

    Pourtant, Bouteflika est connu, à cette période, pour ses longues et nombreuses absences loin d’Alger, et même loin du pays. Comment expliquer cette contradiction, loin et proche de Boumediène ?

    Bouteflika n’a pas la réputation d’être un acharné du travail. Ministre des Affaires étrangères, il se rend rarement à son bureau. Il reçoit ses proches collaborateurs chez lui ou bien dans une des annexes du ministère. Aussi, a-t-il la manie de disparaître sans laisser de traces, et ce, depuis la période de la Révolution où la discipline était de rigueur. Je raconte dans mon livre, que lors de sa mission malienne dans ce qui est appelé «Le Front du Mali», Bouteflika fait des va-et-vient erratiques entre Bamako et Gao avant de disparaître au Maroc, sans laisser de traces. Boumediène demande souvent : «Il est où Abdelkader (nom de guerre de Bouteflika) ?» (Cette question est le titre d’un chapitre, page 75).

    Plus généralement, Bouteflika n’est pas un bourreau du travail. La lecture des dossiers l’ennuie. Il compense cela par le téléphone, une grande capacité de captation et une mémoire d’éléphant. Les escapades et les bouderies font partie intégrante de son mode de vie et surtout de son mode de gouvernance. Lors de ses premiers mois de présidence, il était persuadé que son bureau à El-Mouradia était mis sur écoute. En colère, il hurle : «Je m’en vais, je m’en vais. Je rentre chez moi. Ce n’est pas un pays ça !» (page 251) Bouteflika rentre quand même chez lui et reste trois semaines sans donner signe de vie. Vous imaginez le président de la République disparaître et bouder chez lui pendant trois semaines ?

    L’absence du père biologique était-elle palliée par l’omniprésence de sa mère et, surtout, par la tutelle de Boumediène et à quel point ?

    La présence de son père a été gommée, effacée. Comme si ce père n’avait jamais existé. Tous les témoignages le confirment : il n’évoque presque jamais son père. Sauf à de très rares occasions. La mère a pris la place du père. Il a une relation fusionnelle avec sa mère qui joue un rôle cardinal dans sa vie tant privée que politique. Je présume que Bouteflika occulte son père à cause du passé douteux de celui-ci. Dès lors, il a fait de Boumediène son père de substitution. Il lui pardonnait toutes ses escapades alors que Boumediène était d’une rigueur sans nom. Sur son lit d’hôpital à Moscou, en novembre 1978, Boumediène dit à un de ses confidents : «J’ai été pour lui le père qu’il n’a pas eu.» C’est tout dire.

    Ce sont les militaires, qu’il hait, qui l’ont, pourtant, porté au pouvoir. Pouvez-vous nous éclairer sur ce paradoxe ?

    Ses relations tendues et conflictuelles avec les militaires datent de la mort de Boumediène, en 1978.

    A l’époque, Bouteflika est convaincu d’être le successeur du président défunt. Il parle même d’un testament que Boumediène avait laissé et dans lequel il le désigne à ce poste suprême. Trois ou quatre officiers supérieurs ont choisi Chadli Bendjedid. Il a gardé une rancœur vis-à-vis des militaires. Mais aussi un goût de revanche. Dans une interview à une radio française en 1999, il dit même : «J’aurais pu prétendre au pouvoir à la mort de Boumediène. Mais la réalité est qu’il y a eu un coup d’État à blanc et l’armée a imposé un candidat imprévu.» Il veut dire qu’il y a coup d’Etat à blanc contre lui et que ce n’est pas Chadli qui était prévu pour la succession, mais lui. C’est cette rancœur et ce goût de revanche qui lui ont servi comme carburant pour alimenter cette ambition chevillée au corps. Il n’arrivait pas à comprendre comment Chadli a pu être président à sa place.

    Mais encore…

    En 1993, les généraux sollicitent Bouteflika pour devenir président à l’expiration du mandat du HCE. Bouteflika négocie, obtient même le rare privilège de prononcer un discours au ministère de la Défense devant tout le haut commandement militaire qui l’applaudit. C’est son jour de gloire. Les militaires acquiescent à toutes ses conditions. Il a carte blanche. Bouteflika refuse, néanmoins, une seule formalité, celle de se présenter à Club-des-Pins devant la Conférence nationale. Ce n’est qu’un prétexte pour décliner. Je pense qu’il avait pris peur. Il ne pouvait assumer un état de guerre. Bouteflika claque la porte au nez des généraux. «Je rentre chez moi, en Suisse.» Il prend son vol pour Genève. Il attend son heure.

    Arrive enfin celle-ci…

    La question est de nouveau sur la table avec la démission de Zeroual annoncée en septembre 1998. Le général Larbi Belkheir se met à convaincre individuellement les généraux de faire confiance à Bouteflika avec ses arguments : grand diplomate, beau parleur, et il est de l’ouest. Trois mois et demi de discussions. Belkheir réussit à surmonter les réticences de Mohamed Lamari, Khaled Nezzar et Toufik, échaudés par l’épisode de 1994. En décembre 1998, Bouteflika est adoubé par les militaires.

    Ceux qui le connaissaient intimement étaient convaincus, dès 1999, que Bouteflika voulait mourir au pouvoir (d’El-Mouradia à El-Alia selon l’expression de Mohamed Cherif Messaâdia). Comment a-t-il pu avoir son deuxième mandat, malgré l’objection majeure du puissant général Mohamed Lamari ?

    En 2004, Bouteflika a réussi à provoquer un schisme au sein des deux têtes de l’institution militaire : il a divisé l’état-major et les services de sécurité. Mohamed Lamari réalise l’étendue de son erreur à la veille du deuxième mandat. N’avait-il pas déclaré, «si Bouteflika passe, je me rase les moustaches» (page 307) ? Pour le chef d’état-major de l’époque, Bouteflika était une erreur de casting. Mais avait-il le pouvoir de s’opposer à cette réélection ? Il se disait à Alger qu’Ali Benflis était le candidat de Mohamed Lamari. Pour ce dernier, le deuxième mandat est la conséquence de la trahison ou de la défection de Mohamed Mediène, dit Toufik. Lamari finit par démissionner en août 2004. Il est remplacé par Ahmed Gaïd Salah, destiné à une retraite. Ainsi, Bouteflika, après avoir utilisé Toufik comme marchepied pour être réélu, fait du nouveau chef d’état-major son obligé. Rien ne pouvait alors s’opposer à sa présidence à vie.

    Le véritable coup de force de Bouteflika est la modification, en 2008, de la Constitution qui lui ouvre un boulevard pour la présidence à vie. Comment a-t-il pu y parvenir ?

    Sa maladie en 2005 (ulcère hémorragique) aurait pu le disqualifier de rempiler. Mais il a pu compter sur le soutien de Toufik et de Gaïd Salah qui ont permis l’amendement de la Constitution de 1996 qui limitait les mandats présidentiels à deux. Il y a eu des voix pour s’opposer à ce viol de la Constitution, mais elles étaient trop faibles. La machine de Bouteflika était un rouleau compresseur.

    Il faut savoir que dès son élection en 1999, Bouteflika avait l’idée ferme d’une présidence à vie de fait. A aucun moment il n’avait envisagé de prendre sa retraite. Il a une conception monarchique du pouvoir. Il a vécu au Maroc et aux Emirats arabes unis. Ses modèles sont les autocrates. Pour Bouteflika, le pouvoir se donne et ne se restitue pas.

    Printemps arabe en 2011, sérieux AVC avec séquelles irréversibles en 2013 et pourtant, en 2014, il arrache son quatrième mandat. Quel est, selon vous, son secret ?

    En 2013, Bouteflika avait tous les pouvoirs en main : Présidence, gouvernement, Assemblée nationale, armée, UGTA, armée, partis de l’alliance, oligarques, médias publics… Qu’est-ce qui pouvait empêcher un quatrième mandat ? Rien. On a fait croire que Toufik et le DRS s’y opposaient. Toufik était loyal et discipliné. S’il a pu émettre un avis ou une recommandation sur l’opportunité d’un quatrième mandat, il ne s’y est pas opposé.

    Le démantèlement du DRS et le pilonnage médiatique contre Toufik n’étaient pas liés au quatrième mandat, mais à la lutte contre la corruption. Le différend entre Toufik et Bouteflika n’était pas lié au quatrième mandat, mais aux dossiers de corruption, notamment celui impliquant Chakib Khelil, ancien ministre de l’Énergie et ami d’enfance du président déchu. Il fallait casser les services qui ont travaillé sur les dossiers de corruption impliquant ministres, walis et hommes d’affaires et enterrer les affaires. La preuve, Chakib Khelil a été réhabilité en 2016 en dépit des documents qui l’accablent.

    Pour revenir au quatrième mandat…

    Il restait une inconnue : le FLN sans secrétaire général depuis la démission forcée de Belkhadem en 2013. Avec la désignation de Ammar Saïdani, c’était réglé. Bouteflika avait donc tous les réseaux et tous les leviers pour être de nouveau réélu. L’état-major lui est resté fidèle tant et si bien que Ahmed Gaïd Salah s’était opposé à l’application de l’article 88 (devenu article 102- vacance du pouvoir). Deux forces travaillaient pour la même finalité (4e mandat) mais avec des objectifs différents. Bouteflika voulait mourir sur le trône, son frère Saïd voulait peser sur sa succession, les hommes d’affaires voulaient consolider leurs richesses et le clan garder le pouvoir. Maintenir Bouteflika au pouvoir, c’est l’assurance de ne pas devoir rendre des comptes. Tous ceux qui sont aujourd’hui en prison ont soutenu le 4e et le 5e mandats. Ils auraient eu la possibilité qu’ils auraient soutenu un 6e mandat.

    La vie privée de Bouteflika est peut-être plus riche que sa vie politique. Pourquoi autant de pudeur pour l’évoquer ?

    Bouteflika est dissimulateur, cachotier, mystérieux, un solitaire qui n’a pas d’amis mais des serviteurs. Quand il n’en a plus besoin, il les jette. Regardez comment il finit sa vie : seul.

    A aucun moment dans votre livre vous n’avez utilisé le mot «hirak». Pourquoi ?

    Le 22 février 2019 n’est pas une contestation, c’est une révolution qui a empêché un président et son clan de briguer un cinquième mandat. C’est une révolution pacifique qui a déboulonné un homme et le système qu’il a implanté depuis 20 ans. Bouteflika a mis 20 ans à consolider son régime. Il s’est écroulé en 40 jours. C’est une révolution car les Algériens se sont défaits de la dépendance vis-à-vis de ce président, de sa clique, de sa cour. Une révolution, car elle a aboli le régime de la présidence à vie qui a fait tant de mal au pays. Les Algériens se sont réappropriés l’espace public, la parole, l’emblème national et la révolution de 1954. Cette révolution est une grossesse qui a duré plusieurs années.

    C’est Bouteflika qui a provoqué la révolution en annonçant une nouvelle candidature à la Présidence le 11 février. Deux jours plus tard, à Bordj Bou Arréridj, des jeunes se sont révoltés en scandant : «Bouteflika le Marocain, il n’y aura pas de cinquième mandat !» Ils lui ont même dénié sa nationalité algérienne. C’est comme si Bouteflika s’est toujours comporté comme un étranger en Algérie. En 1999, avant même d’être élu, il déclare : «Si je n’ai pas un soutien franc et massif du peuple algérien, je ne suis pas chargé de faire son bonheur malgré lui… Je considère qu’il doit être heureux dans sa médiocrité. Après tout, je ne suis pas chargé de faire son bonheur malgré lui. Je sais rentrer chez moi, c’est ce que j’ai fait pendant vingt ans.» Saisissant, comment, 20 ans après, ces propos sont presque prémonitoires. Massivement, les Algériens sont sortis dans la rue pour lui signifier qu’il n’a pas fait leur bonheur, qu’ils ne veulent plus de lui et qu’il doit renter chez lui.

    N. B. E.-M.

    Le Soir d’Algérie, 19 fév 2020

    Tags : Algérie, Bouteflika, Hirak,

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