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  • Algérie – Crimes coloniaux : l’autre 8 mai 1945

    – Commission d’enquête “Tubert”: un goût d’inachevé 
    Le rapport de la commission d’enquête “Tubert”, sur les massacres du 8 mai 1945 dans le Nord-constantinois, demeure, à ce jour, l’unique source d’importance sur ce qui s’est réellement passé durant ces événements, malgré que les rédacteurs du rapport d’enquête avait déploré le fait que la commission n’avait pas pu mener “concrètement” sa mission.
    Ainsi, 73 ans après les événements sanglants ayant foudroyé des populations algériennes entières dans les villes et villages des régions de Guelma, Kherrata et Sétif, la vérité historique demeure partiellement connue, au regard des entraves vécues par la Commission d’enquête officielle, nommée le 18 mai par le général Charles de Gaulle et conduite par le général de gendarmerie, Paul Tubert, lors de son déplacement en Algérie.
    Jeté pour longtemps dans les oubliettes, le contenu du rapport de la commission Tubert sur les événements, préfacé par l’historien Jean-Pierre Peyroulou, a été révélé, il y a quelques années, grâce au site électronique de la Ligue française des droits de l’Homme.
    Si le rapport n’a consacré que peu d’espace à la “férocité” de la répression contre les Algériens, il dresse, néanmoins, un tableau sur la situation qui prévalait avant le début des massacres et l’atmosphère “insurrectionnelle” qui régnait en Algérie où “le désir d’émancipation s’était clairement exprimé depuis la remise en 1943 par Ferhat Abbas du Manifeste du peuple algérien aux autorités françaises.
    Le rapport de la commission Tubert, qui avait mis l’accent sur le refus des réformes par les colons, a pu, cependant, cerner le climat psychologique qui prévalait en Algérie avant les événements.
    Il a illustré, en outre, le mobile patriotique des manifestations par la demande de libération de Messali Hadj (leader du mouvement national et dirigeant du PPA).
    “(…) La commission a constaté que bon nombre de manifestations se sont déroulées en Algérie les 1er et 8 mai. Toutes ces manifestations étaient à caractère exclusivement politique et avaient pour but de réclamer la libération de Messali et l’indépendance de l’Algérie”, lit-on dans ce rapport.
    Les rédacteurs de ce document ont, à la fin du rapport, suggéré “la présence de troupes mobiles (…) pour ramener la confiance et empêcher la formation de groupes armés échappant à tout contrôle et la définition, avec netteté et sincérité, des programmes politiques et économiques que les pouvoirs publics (autorités coloniales) décideront d’appliquer en Algérie”.
    Le rapport ne pouvait prétendre cerner l’ensemble des événements, en raison des “tergiversations” du gouverneur général d’Alger, Chataigneau, obligeant, selon le document, la commission à recourir aux informations confiées par un nombre de personnalités à Alger et aux renseignements recueillis à Sétif durant la journée du 25 mai 1945.
    L’historien Peyroulou qui écrivait que la commission n’avait pas pu se rendre à Guelma où “les massacres de civils se poursuivaient” au-delà de la date de l’arrivée de la commission Tubert à Alger, a relevé qu’elle (commission) avait fait du “sur-place à Alger” du 19 au 25 mai.
    Une répression menée jusqu’au 25 juin
    “Pourquoi la commission n’est-t-elle pas allée à Guelma? Non seulement parce que le général de Gaulle voulait absolument sauver un représentant de la résistance en Algérie, André Achiary, l’un des organisateurs de la milice européenne, mais aussi parce qu’à Guelma, la répression menée par cette milice officiellement dissoute, se poursuivait toujours dans les faits. Elle s’est poursuivie jusqu’au 25 juin”, avait expliqué l’historien Peyroulou dans sa préface.
    En effet, et selon cet historien, qui a consacré un ouvrage sur les événements de mai 1945 à Guelma, “la répression s’est poursuivie jusqu’au 25 juin, jour où le ministre de l’Intérieur Tixier arriva à Guelma. Il y eut 4 morts ce jour-là. Ce furent les derniers. Quand il repartit, les meurtres cessèrent”.
    “En somme, on promena Tubert et la nomination de la commission +Tubert+ fut une menace qu’agita le gouvernement provisoire pour faire cesser la répression.
    Mais celui-ci n’avait aucune intention de le laisser constater effectivement l’ampleur de la répression”, écrivait encore Peyroulou.
    S’agissant du devenir de cette commission, il a souligné que “le rapport fut oublié. Il ne fut pas diffusé. De toute façon, après la révolte de Madagascar, et une fois la guerre d’Indochine entamée, l’épisode du 8 mai 1945 dans la région de Constantine n’intéressait plus personne en France”.
    La commission avait cessé de travailler officiellement le samedi 26 mai au soir, “dès qu’elle reçut des instructions de revenir à Alger”, précise le rapport.
    Le général de gendarmerie Tubert, résistant contre l’occupation allemande en France, était depuis 1943, membre du Comité central provisoire de la Ligue des droits de l’Homme et membre de l’Assemblée consultative provisoire à la fin de la deuxième Guerre mondiale.
    Il a été nommé à la tête de la commission d’enquête sur les événements du 8 mai 1945 en Algérie, par le général de Gaulle à la demande du ministre de l’Intérieur Tixier.
    Les crimes coloniaux toujours pas reconnus par la France
    Cinq décennies après l’indépendance, les crimes coloniaux ne sont toujours pas reconnus par la France officielle, alors que l’Algérie commémore mardi le 73e anniversaire des événements du 8 mai 1945, où plus de 45.000 Algériens ont été massacrés dans une vague de répression sanglante perpétrée par les forces coloniales contre une population qui réclamait son droit légitime à la liberté et à l’indépendance.
    Les massacres du 8 mai 1945 étaient une démonstration du caractère génocidaire de la France coloniale à travers ses crimes des plus abominables et inhumains commis à l’égard du peuple algérien.
    Des personnes désarmées abattues à bout portant, exécutions sommaires, d’autres transportées dans des camions pour être jetées dans des ravins,alors que d’autres sont emmenées en dehors des villes pour être exécutées.
    Leurs corps brûlés sont ensuite enterrés dans des fosses communes. Des fours à chaux étaient, également, utilisés par l’armée française pour se débarrasser des cadavres des victimes, tandis que les bombardements et tous types d’exactions se poursuivaient.
    Malgré les appels à la repentance, le volet mémoriel entre l’Algérie et la France reste toujours d’actualité, et demeure un point d’achoppement pour l’essor des relations bilatérales, même si des avancées ont été enregistrées ces derniers temps.
    Le président français, Emmanuel Macron, s’est contenté d’utiliser l’expression de “crime contre l’humanité” à propos de la colonisation, une expression qu’il a employée lors de sa visite à Alger lorsqu’il était candidat à la présidentielle.
    “Mes convictions sur ce point n’ont pas changé depuis que j’ai été élu président de la République”, avait-il affirmé lors de sa dernière visite à Alger en décembre 2017, ajoutant: “Je suis d’une génération de Français pour qui les crimes de la colonisation européenne sont incontestables et font partie de notre histoire”. Il a estimé qu’il ne faut pas s’”enfermer” dans ce passé mais “construire un avenir commun et une espérance”.
    Pour le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, il y a une “question d’âge du président Macron et une question d’époque, parce qu’il ne faut pas, à chaque visite présidentielle, revenir sans arrêt sur le passé”.
    D’après Le Drian, “il faut dire que ce passé a eu lieu, que ce passé était douloureux, parfois dramatique, et dire aussi qu’entre nos deux pays, il y a une chance historique de collaborer ensemble”.
    Dans le même sillage, l’ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt, a noté, récemment, que le dossier mémoriel entre les deux pays “avance discrètement ou parfois trop discrètement, mais il avance”.
    Pour sa part, l’Algérie, par la voix de son ministre des Moudjahidine, Tayeb Zitouni, la France “reconnaîtra tôt au tard”, les crimes qu’elle a commis pendant 132 ans de colonisation, mettant en avant le droit des générations montantes de tout savoir sur les pratiques répressives des politiques coloniales.
    La vérité sur ces pratiques reste toutefois inaccessible aux Algériens, a-t-il relevé, précisant que “seulement 2 % de la totalité des archives, qui sont un bien et un droit de l’Algérie, ont été restitués par la France”.
    Pour le ministre des Moudjahidine, ce dossier reste en suspens aux côtés de ceux inhérents aux disparus pendant la guerre d’indépendance et aux indemnisations des victimes des essais nucléaires dans le Sahara.

    Tags : Algérie, France, crimes, colonisation, répression, mémoire, 
  • Franc CFA : Macron tente de duper les peuples africains

    Soutien total à la souveraineté monétaire des pays africains contre l’ECO nouveau nom du franc CFA
    Macron vient d’annoncer à Abidjan le changement de nom du « CFA », ex-franc des colonies d’Afrique, pour « l’ECO ».
    Gardant la « garantie de son taux de change par rapport à l’Euro » à travers le trésor français, l’impression de la monnaie, se taisant sur la détention des stock d’or des pays africains, Macron déclare sera transféré à la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) les 50% des réserves de change des pays africains détenus au trésor de la banque de France et qu’il n’y aura plus de représentant français dans le Conseil d’Administration de la dite banque.
    Ce faisant, Macron court-circuite la décision des chefs d’états de la CEDEAO (pays de l’Afrique de l’ouest) du 29 juin 2019 qui avaient adopté le nom ECO pour mettre fin à la dépendance monétaire des Etats de la zone CFA vis à vis de l’impérialisme françafricain.
    Ce diviser pour mieux régner est mis en branle avec la complicité des Présidents Alassane Ouattara mis au pouvoir en Côte d’Ivoire, Macky Sall du Sénégal dans un silence assourdissant des autres présidents de l’UEMOA.
    Changer le nom de la monnaie tout en gardant le contrôle du système de la dépendance monétaire n’est pas nouveau : le franc CFA comorien est ainsi devenu le franc comorien tout en fonctionnant exactement comme le CFA.
    Macron a un autre objectif : faire pression sur les pays de la zone CFA de la BEAC (pays de l’Afrique Équatoriale) qui gardent le CFA mais ont décidé d’imprimer leur CFA en lançant un appel d’offre international.
    Confronté à une montée inexorable des mobilisations populaires d’une jeunesse et d’une opinion populaire africaine exigeant la sortie du CFA tout comme le monde du travail en France et dans les pays de l’UE exige la sortie de l’Euro, mais aussi à des solidarités montantes en France contre l’oppression impérialiste, Macron cherche ainsi à faire prendre des vessies pour des lanternes en faisant changer le nom de la monnaie néocoloniale.
    LE RASSEMBLEMENT COMMUNISTE 
    – dénonce ce nouvel stratagème de l’impérialisme Français contre l’indépendance nationale et la souveraineté monétaire en Afrique ;
    – proteste contre les répressions, les arrestations, les émigrations forcées, les morts et les destructions environnementales engendrées par le pillage de l’Afrique par les multinationales;
    – appelle à la solidarité totale en France avec les luttes populaires, syndicales et politiques des peuples d’Afrique contre le néocolonialisme, les diktats libéraux désastreux du FMI, de la Banque Mondiale et de l’OMC.
    Tags : France, Afrique, françafrique, Franc CFA, FCFA, eco, CEDEAO, UEMOA, 
  • Etude / 55 ans de rapports entre l’Algérie et la France

    Par Hassane Zerrouky (*)
    Satisfaisant à un rituel bien établi depuis François Mitterrand après l’élection d’un nouveau président de la République, Emmanuel Macron se rend le 6 décembre à Alger pour une courte visite de «travail et d’amitié» d’une dizaine d’heures. Sauf que, cette fois-ci, sans doute pour marquer sa différence avec ses prédécesseurs, il est le premier chef d’État français à débuter une visite au Maghreb par le Maroc (17 juin) et non par l’Algérie. Ce qui n’a pas manqué de provoquer quelques froncements de sourcils côté algérien, alors que, pour la première fois depuis 1962, les relations entre les deux pays, souvent marquées par de réelles tensions, étaient dans une phase d’apaisement. Candidat à la présidence de la République, Emmanuel Macron a agréablement surpris les Algériens en qualifiant, sur une télé privée algérienne, le colonialisme de «crime contre l’humanité». Un propos vite atténué une fois installé à l’Élysée, assurant dans un entretien accordé à deux quotidiens algériens – El Watan (francophone) et El Khabar (arabophone) – qu’il ne voulait pas être «l’otage » du passé. Mais voilà, une fois à Alger, il est vite rattrapé par le passé colonial, quand, lors d’un bain de foule dans la rue Ben-M’hidi (ex-rue d’Isly à Alger), il est interpellé sur ce sujet par un jeune Algérois. L’échange est vif et musclé : les images des deux hommes, amplifiées sur les réseaux sociaux, vues par des millions d’Algériens, illustrent bien la difficulté d’une normalisation apaisée des relations, débarrassées du poids du passé. Tourner la page, comme si de rien n’était, est un exercice qui risque de s’avérer bien compliqué «lorsque l’on en connaît la toile de fond historique». En effet, «les Algériens ont plus qu’aucun autre peuple de la région souffert de la domination coloniale, soulignait l’historien Gilbert Meynier. Nulle part ailleurs, il n’y eut conquête aussi atroce, dépossession des terres et confiscation à une telle échelle des meilleurs sols, domination coloniale aussi bouleversante ; et, in fine, une guerre de libération aussi meurtrière que traumatisante».(1) Tandis qu’en France, pour des raisons opposées, la droite et l’extrême droite n’hésitent pas à réveiller ce lourd passif parce que les harkis et les nostalgiques de l’Algérie française constituent un vrai vivier électoral.


    Le pari impossible des Accords d’Évian

    Les Accords d’Évian, signés le 18 mars 1962, mettant fin à sept ans et demi de guerre et à une domination coloniale de 132 ans, fixant le cadre politico-juridique de la coopération et des relations entre l’Algérie et la France, auraient dû autoriser tous les espoirs si l’Algérie indépendante n’avait pas été soumise à des conditions limitant sa souveraineté. «La coopération avec la France limite certes notre indépendance économique ; les troupes françaises continueront de stationner sur notre territoire. Mais la coopération que nous avons définie avec la France ne revêt aucune forme institutionnelle […] La révolution algérienne n’est pas terminée ; l’indépendance n’est qu’une étape», prévenait le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA).(2) «La coopération telle qu’elle ressort des accords (d’Évian) implique le maintien des liens de dépendance dans les domaines économique et culturel», avertissait le programme de Tripoli adopté par le Conseil national de la révolution algérienne (CNRA) fin juin 1962.(3) Parmi les conditions imposées au nouvel État algérien : des garanties concernant les intérêts économiques français (exploitation pétrolière notamment), les droits acquis pour les personnes physiques et morales, le maintien de l’Algérie dans la zone franc, les droits culturels. De plus, la France conserverait l’usage de la base navale de Mers el-Kébir pour un bail d’une durée de quinze ans renouvelable, les sites et installations nucléaires au Sahara pour cinq ans et bénéficierait de facilités de liaisons aériennes militaires pour une même durée de cinq années sur des aérodromes algériens. En contrepartie, Paris assurerait une assistance technique, culturelle et financière d’un montant d’un milliard de francs par an, équivalant à celle en vigueur avant l’indépendance algérienne et les immigrés algériens bénéficieraient d’un statut privilégié relativement favorable par rapport aux autres nationalités.(4) En ce qui concerne le million de «Français d’Algérie», ils se voyaient garantir des droits politiques, sociaux et civiques – la jouissance de leurs biens, le droit d’administrer les quartiers d’Alger, d’Oran et d’autres villes où les Européens étaient numériquement majoritaires et de créer leurs propres associations. Ces accords qui dessinaient les contours d’un État multiculturel étroitement lié à la France, comme le voulait le général De Gaulle, vont être vidés de leur contenu par l’OAS (Organisation de l’armée secrète). En pratiquant une politique de «terre brûlée » – destruction et sabotage des infrastructures socio-économiques, culturelles et éducatives – et meurtrière à l’endroit des Algériens et des Européens tentés par le vivre-ensemble, l’organisation fasciste provoque le départ massif des Européens d’Algérie craignant des représailles du FLN. Ce qui fait que le pari de la réconciliation entre Algériens et Européens sur lequel reposait une partie de cet édifice politicojuridique signé à Évian devenait de fait caduc. Côté algérien, le premier gouvernement de l’Algérie indépendante dirigé par Ben Bella, issu d’un conflit au sein du FLN ayant pour enjeu le pouvoir, se réfère au programme de Tripoli dont les orientations socialisantes et anti-impérialistes allaient nécessairement à l’encontre de l’esprit des Accords d’Évian. C’est le cas lorsqu’il décide d’entériner par décret dès novembre 1962 l’occupation, par des collectifs de travailleurs constitués en comités de gestion, des grandes fermes coloniales et des entreprises industrielles et commerciales abandonnées par leurs propriétaires européens : c’est le début de l’autogestion socialiste qui sera institutionnalisée par les décrets de mars 1963(5). Et ce, alors que les Accords d’Évian prévoyaient, dans le cas d’une réforme agraire, le rachat négocié des terres coloniales. Ce processus autogestionnaire couplé aux demandes de révision des clauses militaires des Accords d’Évian, exprimées par le gouvernement Ben Bella qui, par ailleurs, a commencé à nouer des relations avec les pays socialistes d’Europe et d’Asie, l’Égypte de Nasser et Cuba, dans un contexte d’ascension du Mouvement de libération des peuples, allait nécessairement provoquer de premières frictions entre les deux pays, moins de deux ans à peine après l’accession de l’Algérie à l’indépendance. Paris prend des mesures de rétorsion : l’aide financière est maintenue, mais diminuée de quelque 200 millions de francs représentant le montant de l’indemnisation des colons expropriés par l’État algérien. Bon an mal an, la coopération se poursuit, notamment dans le domaine culturel : Paris tient à ce que le français reste langue de travail et d’enseignement, d’autant que le premier gouvernement algérien a engagé un effort de scolarisation et d’éducation visant à réduire l’analphabétisme qui touchait en 1962 plus de 80% de la population.(6) Toutefois, une chose était sûre : l’Algérie ne faisait pas mystère de son intention de récupérer la totalité des richesses minières et pétrolières. Ce n’était qu’une question de timing. Le général De Gaulle, pas dupe des intentions algériennes, savait qu’il serait difficile de faire respecter la totalité des engagements pris à Évian. Aussi avait-il recommandé de maintenir la coopération avec l’Algérie quelles qu’en soient les «péripéties »(7). Selon Le Monde, il voulait démontrer qu’il était «possible de réussir avec l’Algérie ce que les États-Unis n’ont pas su faire avec Cuba».(8) Mais à l’évidence, ses successeurs, Valéry Giscard d’Estaing en particulier, n’étaient pas sur la même longueur d’onde.


    Nationalisation des hydrocarbures et tournant giscardien

    Avec l’arrivée de Houari Boumediene au pouvoir, succédant à Ben Bella après l’avoir renversé le 19 juin 1965, l’Algérie affiche clairement sa volonté d’entamer la dernière étape de la décolonisation en procédant à une série de nationalisations durant les années 1966-1968 — mines, banques, commerce extérieur, industries — suivie, cinq années plus tard, le 24 février 1971, par la nationalisation des hydrocarbures. Avec la création de la compagnie pétrolière Sonatrach, en décembre 1963, puis la création, en 1965, avec l’aide de l’URSS, de l’Institut algérien du pétrole (IAP) pour former des techniciens et des ingénieurs, il était évident que les autorités algériennes, engagées dans un ambitieux plan de développement (1971-1974), voulaient se donner les moyens de leur politique. Et de ce fait, la récupération et le contrôle des ressources naturelles revêtaient une importance stratégique. La nationalisation des hydrocarbures le 24 février 1971, que seuls le PCF et le PSU avaient soutenue, provoque la première crise majeure entre les deux pays : mise en quarantaine du pétrole algérien, menaces de poursuites judiciaires à l’endroit d’acheteurs éventuels du «pétrole rouge», fermeture de l’usine de montage Renault-Algérie, cessation d’achat du vin algérien, le tout assorti d’une menace de révision de l’accord de 1968 sur la main-d’œuvre en France. S’ensuit alors une flambée raciste – «chassons les fellaghas qui nous prennent notre pétrole» – avec mort d’hommes, culminant, deux ans plus tard, le 2 avril 1973, par un attentat à la bombe visant le consulat algérien de Marseille, faisant plusieurs morts et blessés. La multiplication des actes racistes conduit, le 19 septembre 1973, le président Boumediene à suspendre «jusqu’à nouvel ordre» l’émigration algérienne vers la France, alors contingentée à raison de 35 000 personnes par an. Les relations entre les deux pays sont alors à un niveau critique. Avec la nomination de Michel Jobert à la tête de la diplomatie française en avril 1973, les relations entre les deux pays connaissent un début d’apaisement. Il sera de courte durée. Un an plus tard, avec l’arrivée au pouvoir de Giscard d’Estaing, connu pour ses liens avec les milieux de l’extrême droite «Algérie française» et qui n’a pas pu se faire à l’idée d’une Algérie indépendante, la politique française à l’égard d’Alger va subir une inflexion porteuse de nouvelles tensions. Or, en avril 1975, Giscard d’Estaing surprend en étant le premier président français à se rendre en Algérie. Sa visite, toutefois, n’aboutit à aucun résultat. Pourtant, Houari Boumediene, tout nationaliste sourcilleux qu’il était, était disposé à une coopération avec la France. Il n’en sera rien. Les années Giscard, souligne René Galissot, sont celles de «l’alliance triangulaire» France-États- Unis-Maroc face à ce qui est considéré comme «le triangle adverse» Algérie-URSSPolisario. Une «alliance» sur fond de poursuite d’actes racistes souvent meurtriers contre les Algériens en France, de préparation par le Maroc de la «marche verte», qui lui permettra, avec le concours de l’armée française et de l’Espagne franquiste, d’occuper le Sahara occidental en 1975.(9) Prenant ainsi le parti du Maroc, la France giscardienne prétexte la capture de cinq techniciens français par le Polisario et la menace que fait peser ce dernier sur la Mauritanie pour intervenir militairement — c’est l’opération Lamentin — contre les forces sahraouies.(10) Paris accuse de plus l’Algérie de complicités avec les ravisseurs. Alger redoute alors une guerre impliquant la France aux côtés du Maroc.
    Cuba met rapidement à la disposition de l’Algérie une assistance militaire. Renouant avec un atlantisme avec lequel De Gaulle avait rompu, Giscard d’Estaing, qui voyait déjà d’un mauvais œil le positionnement de l’Algérie sur la scène internationale avec l’aide aux mouvements de libération africain, arabe et latino-américain et le rapprochement avec les pays socialistes d’Europe et d’Asie et Cuba, est encore plus irrité quand il apprend, le 27 décembre 1977, la libération des techniciens français de la bouche de Georges Marchais de retour d’Alger où il avait été reçu par le président algérien.(11) Et le fait que l’Algérie regarde avec sympathie communistes et socialistes français alliés autour d’un programme de gouvernement ne va naturellement guère contribuer à faire baisser la tension. Elle va même franchir un nouveau palier quand, le 9 février 1978, Giscard d’Estaing demande la révision des Accords d’Évian pour les remplacer par «un nouveau cadre juridique» plus adapté «à la situation actuelle».(12) Pire, évoquant «l’importance de la population algérienne en France», il entendait mettre en place une politique fondée sur le retour volontaire, voire forcé, de quelque 500 000 Algériens, à raison de 100 000 par an, malgré l’opposition de Raymond Barre et Simone Veil, retour volontaire que l’historien Patrick Weil qualifiera de «déportation».(13) S’il a fini par y renoncer, il a maintenu un quota de retour de 35 000 par an pour les 400 000 Algériens installés en France après le 5 juillet 1962. Quant aux relations économiques, déjà en berne depuis la crise de 1971, elles le resteront jusqu’à l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981.


    La gauche au pouvoir, espoirs et désenchantements

    Avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, suivie par la visite de François Mitterrand à Alger (30 novembre-1er décembre 1981), les rapports entre les deux pays connaissent leur première embellie depuis 1962. Un climat de confiance s’instaure, que le ministre des Affaires étrangères, Claude Cheysson, qualifie de «coup de passion». On parle alors de politique de «codéveloppement» entre le Nord et le Sud. La gauche socialiste enterre le projet de renvoi massif des immigrés algériens, régularise plus de 15 000 Algériens en situation irrégulière, les visites ministérielles se multiplient, des accords économiques sont signés — la France acceptant même que le prix du gaz soit indexé sur le prix du baril. Bien plus, Mitterrand apprécie le nouveau président algérien, Chadli Bendjedid, en train de rompre graduellement avec la voie socialiste de développement de son prédécesseur, Houari Boumediene, décédé prématurément à l’âge de 46 ans en décembre 1977, et qui prend peu à peu ses distances avec l’URSS et le camp progressiste (Alger n’a pas soutenu la candidature du Nicaragua à la tête du Mouvement des non-alignés), avant d’opérer en cours de mandat un recentrage de l’État autour des valeurs araboislamiques. «Le coup de passion» sera pourtant de courte durée. Politique de rigueur oblige, Paris demande la révision des accords sur le prix du gaz, et ce, au moment même où Alger subissait de plein fouet la chute du prix du baril (40 à 8 dollars). De plus, selon Le Monde, «le remplacement de M. Mauroy par M. Fabius» au poste de Premier ministre, «et celui de M. Cheysson par M. Dumas (Affaires étrangères) n’ont pas réjoui Alger».(14) La visite officielle à Rabat le 27 avril 1985 de Laurent Fabius, assurant qu’il tenait à visiter le Maroc avant l’Algérie(15), «l’attirance » de F. Mitterrand pour la monarchie marocaine(16) et le fait que, selon Hubert Védrine, sur le Sahara occidental, «il a été plus ouvert au Maroc»(17), compliquent encore la relation franco-algérienne. Le changement de majorité intervenu en France en mars 1986 ne modifiera pas la situation. Pour satisfaire son électorat de droite, le nouveau Premier ministre, Jacques Chirac, veut durcir les conditions d’entrée et de séjour des Algériens. Prétextant la vague d’attentats ayant frappé Paris en 1986, l’exécutif chiraquien instaure un visa d’entrée aux non-Européens. Alger réplique en instaurant la réciprocité. Les échanges entre les deux pays connaissent un tassement (elles ont baissé de 15 milliards de francs par rapport aux années précédentes). La France, premier créancier de l’Algérie, multiplie les pressions, veut la contraindre à aligner le prix du gaz sur les cours du marché forcément en baisse. La question des enfants de couples mixtes devient une nouvelle source de discorde : près de 300 enfants étaient retenus par leurs pères (divorcés) en Algérie suite à des décisions de justice d’inspiration islamiste accordant la garde de l’enfant au père. Même la visite de François Mitterrand à Alger en mars 1987 – il se préparait à entrer en lice pour un second mandat – ne peut débloquer la situation. Faute d’accord sur les prix, les négociations sur le gaz commencées en juillet 1986 sont rompues en novembre 1987. Et comme Alger, tournée désormais vers un projet d’union avec Tripoli (Libye), considérait que le gaz est, selon le Premier ministre islamo-conservateur Abedelhamid Brahimi, le nerf de la coopération, les projets d’usines Renault et Peugeot sont gelés au profit du constructeur italien Fiat et des instructions sont données aux entreprises algériennes pour chercher des partenaires autres que français. Pire, au nom de l’arabisation de l’administration, des entreprises et du système éducatif, la coopération technique et culturelle est réduite au minimum : il est ainsi mis fin aux contrats de milliers d’enseignants, ingénieurs et cadres français ou d’autres nationalités étrangères exerçant en Algérie. Même les réfugiés chiliens et latino-américains, victimes collatérales de cette fièvre araboislamiste et nationaliste, sont poussés vers la sortie. Comme si cela ne suffisait pas, s’y ajoute la décision de l’Algérie de récupérer les lycées français, avec interdiction d’accès aux élèves algériens, y compris aux enfants de couples mixtes, à compter de la rentrée scolaire 1988- 1989. Dans un violent discours prononcé le 19 septembre 1988, moins de deux semaines après la visite de Roland Dumas, dépêché par François Mitterrand pour tenter de mettre fin à l’étiolement des relations entre les deux pays et jeter les bases d’une coopération renouvelée, le président Chadli Bendjedid considère la récupération des lycées français comme une «question de souveraineté nationale, sacrée et non négociable».(18) En vérité, «cette affaire ne concerne que quelques centaines d’enfants à Alger […] Elle est l’un des symptômes d’un contentieux beaucoup plus large qui oppose, au sein du parti (FLN), un nationalisme rigide, en l’occurrence partisan d’une arabisation totale de l’enseignement, aux tenants d’une politique de libéralisation et d’ouverture».(19) Seule la coopération sécuritaire semble échapper au climat de suspicion réciproque s’installant entre Paris et Alger.(20) Avec les grèves sociales de septembre 1988, suivies par l’explosion populaire d’octobre 1988 qui vont mettre fin au système du parti unique, l’Algérie s’ouvre au multipartisme au prix d’une répression sanglante, et un cycle se termine. La forte poussée de fièvre nationaliste à forte connotation islamo-arabiste antifrançaise, actionnée par le président Chadli et l’aile la plus réactionnaire du régime, n’aura servi à rien. Les tensions avec la France vont passer au second plan et le projet d’union avec la Libye tombe à l’eau. Le régime FLN, miné par des conflits internes, sera vite débordé sur sa droite extrême par les islamistes du Front islamique du salut (FIS) à qui cette même aile réactionnaire du régime était prête à remettre les clés de la maison Algérie après lui en avoir préparé le lit.

    Années 1990, les rapports franco-algériens dans le collimateur du GIA 
    L’ouverture de l’Algérie au multipartisme et à la liberté de la presse à partir de 1989 et, surtout, la victoire du FIS aux élections locales de juin 1990, frappent comme un coup de tonnerre. Tout en encourageant le gouvernement réformateur de Mouloud Hamrouche à poursuivre sa politique de libéralisation de l’économie et de la vie politique, la France mitterrandienne reste attentive à l’émergence des islamistes comme nouvel acteur majeur dans un paysage politique complètement modifié. Des contacts discrets sont noués avec ces islamistes aux portes du pouvoir, d’autant que le président Chadli Bendjedid jouit de la confiance des socialistes français qui voient en lui un artisan possible d’un compromis avec les islamistes, puisque se disant prêt à gouverner avec le FIS si ce dernier remportait les élections législatives fixées à fin 1991. Mais, le 11 janvier 1992, en annulant les élections législatives, dont le premier tour avait été remporté par le FIS, frôlant la majorité absolue, et en poussant le président Chadli à démissionner, les artisans de ce coup de force — l’armée et des civils — soutenus par la société civile et une partie des forces politiques, dont Ben Bella, vont de fait empêcher l’instauration d’un État théocratique, avec l’aide de la frange la plus réactionnaire du FLN. L’annulation des élections, que François Mitterrand qualifiera trois jours après d’«acte pour le moins anormal», enjoignant le pouvoir algérien de «renouer au plus tôt les fils d’une vie démocratique qui s’amorçait»,(21) et la violence qui va progressivement embraser l’Algérie vont être le début d’une nouvelle brouille entre les deux pays qui va durer jusqu’en 1999. Les réserves et critiques françaises qui ne vont pas cesser, les propos du ministre de la Défense, Pierre Joxe, n’écartant pas la possibilité d’une intervention pour évacuer les ressortissants français en Algérie, les facilités accordées sur le sol français aux islamistes fuyant la répression font que la relation franco- algérienne va traverser un moment difficile.( 22) Selon Paul-Marie de la Gorce, instruction était donnée de ne pas trop s’engager avec les «putschistes» algériens. S’ensuit alors une période de gel, y compris sous la courte période de la présidence de Mohamed Boudiaf (assassiné en juin 1992).(23) Il faudra attendre janvier 1993, pour qu’un ministre de haut rang, le chef de la diplomatie Roland Dumas se rende à Alger, déclarant «être prêt à écouter les Algériens», et que la France était disposée à aider l’Algérie qui faisait face à une situation économique difficile et financière jugée catastrophique.(24) Il était trop tard, les Algériens, qui venaient de recevoir Jacques Chirac, pariaient désormais sur un retour de la droite aux affaires. Mais, à la décharge des Français, avec un gouvernement algérien dirigé par un Premier ministre, Belaïd Abdesselam, hostile par nationalisme étroit à la France, peu enclin à nouer de bons rapports afin de complaîre aux islamo-conservateurs, et qui attribuait les attentats, dont celui ciblant Air France et l’aéroport d’Alger en juillet 1992, à un complot «ourdi» par la France avec la complicité des «laïco-assimilationnistes », autrement dit les communistes, les progressistes et les démocrates algériens en général, prônant de surcroît une «économie de guerre» à la Ceausescu, il ne fallait pas s’attendre à une détente entre les deux pays.(25) À compter de la fin 1993, l’Algérie entre dans sa phase la plus délicate. Les assassinats de ressortissants français, qui ont débuté après le rapt des trois agents consulaires français en novembre 1993, l’attaque des gendarmes français assurant la sécurité d’une cité habitée par des coopérants français (cinq morts dont trois gendarmes) par le GIA (Groupe islamique armé) en juillet 1994, la prise en otage de l’Airbus d’Air France le 24 décembre 1994 par un commando du GIA vont rebattre les cartes dans les rapports entre les deux pays. La France est désormais dans la ligne de mire du GIA. La donne sécuritaire s’insinue dans la relation franco-algérienne. Paris est convaincu que l’État algérien est incapable d’assurer la sécurité des étrangers. Air France, suivie aussitôt par toutes les compagnies aériennes européennes, cesse d’assurer les vols en direction de l’Algérie. Les consulats, les centres culturels et les établissements scolaires français ferment. À leur tour, les entreprises françaises, imitées par les firmes européennes et asiatiques, ferment leurs bureaux et succursales et quittent le pays. Les ambassades occidentales, excepté celle des États-Unis, ferment également et transfèrent leurs activités consulaires à Tunis. Et humiliation supplémentaire, le service de délivrance des visas est transféré à Nantes. Le nombre de visas délivrés chute à moins de 50 000 contre près de 400 000 avant 1994, limitant ainsi les voyages entre les deux pays. La vague des attentats frappant Paris durant l’été 1995 et les voix de plus en plus nombreuses, surtout parmi la gauche socialiste et les Verts, accusant le pouvoir algérien de manipuler les groupes islamistes incitent le gouvernement français à ne pas trop s’engager envers des Algériens jugés de plus en plus nerveux. D’autant que François Mitterrand, en fin de mandat, ne fait rien pour dégeler la situation. Au contraire, il propose en février 1995 une conférence européenne sur la «crise algérienne», prenant pour base la plateforme de Rome signée par le FIS et des partis algériens dont le FLN, le FFS (socialistes), s’attirant les foudres du pouvoir algérien qui qualifie la proposition française de «grossière ingérence».(26) Sous la présidence de Jacques Chirac, qui a eu à gérer la vague d’attentats revendiqués par le GIA ayant frappé Paris durant l’été 1995, les relations restent empreintes de méfiance, surtout après le refus du président Zeroual de le rencontrer de manière non officielle en octobre 1995 comme le souhaitait l’Élysée. «L’Algérie n’a pas pour habitude d’assumer sa diplomatie en rasant les murs», expliquait la présidence algérienne(27). L’élection de Liamine Zeroual en novembre 1995, en dépit du GIA et d’Anouar Haddam qui assurent qu’ils empêcheront l’élection présidentielle, constitue un tournant. D’autant que ce premier scrutin présidentiel pluraliste depuis 1962 sonne comme un cinglant désaveu des thèses répandues dans la classe politique française, affirmant que le GIA et l’AIS (Armée islamique du salut) contrôlaient la population et que le boycott prôné par le FLN et le FFS d’Aït Ahmed serait largement suivi. Rabah Kébir en prend acte au nom du FIS, reconnaissant la légitimité de l’élection de M. Zeroual, tandis que les capitales occidentales, Paris et Washington en tête, décidaient de reconsidérer positivement leurs rapports avec l’Algérie, encourageant le président Zeroual à poursuivre la démocratisation promise. Sept mois après cette élection présidentielle, alors qu’a lieu un vaste débat public associant le pouvoir politique, tous les partis (excepté le FIS), les syndicats, les personnalités et acteurs de la société civile algérienne, sur le projet de Constitution et l’élection d’un parlement au suffrage universel, se produit en juin 1996 l’assassinat des moines du monastère de Tibhirine. Une partie des médias français l’attribue alors aux militaires algériens. Sur cette sombre toile de fond, le ministre des Affaires étrangères, Hervé de Charrette, se rend à Alger en août 1996 pour éviter que les rapports ne se tendent davantage avec un pays qui s’est vu imposer par les institutions financières internationales un Plan d’ajustement structurel (PAS). La France chiraquienne, sous forte pression médiatico-politique, opte alors pour une politique empreinte de prudence à l’égard d’un pouvoir algérien divisé sur la conduite à tenir à l’égard des islamistes.( 28) Avec les massacres de civils à grande échelle de la fin de l’été et de l’automne 1997 aux portes mêmes d’Alger, Jacques Chirac et le gouvernement de Lionel Jospin, confrontés à une incroyable campagne médiatique demandant une enquête internationale en raison des présomptions pesant sur la responsabilité du régime dans tout ou partie des violences en cours, sont sommés de se positionner. Hésitant sur la conduite à suivre, ils se bornent dans un premier temps à faire part de leurs «préoccupations». Toutefois, bien qu’estimant, à l’instar de Washington, que «le régime de Liamine Zeroual reste la moins mauvaise des options»(29), le Quai d’Orsay n’en rappelle pas moins «le droit légitime de la population algérienne à être protégée».(30) Aussi, la France penche-t-elle prudemment pour une internationalisation contrôlée de la crise algérienne en appuyant, par la voix d’Hubert Védrine, la proposition allemande d’envoi d’une «troïka» européenne à Alger, qui sera ensuite suivie par une mission du Parlement européen conduite par André Soulier et Daniel Cohn-Bendit, avant de soutenir le principe d’une commission d’enquête onusienne qui sera conduite par le socialiste Mario Soares, laquelle conclut que ce sont bien les islamistes qui ont commis les massacres de civils durant l’été et l’automne 1997. Il faudra attendre l’arrivée d’Abdelaziz Bouteflika au pouvoir en avril 1999, dans un contexte de reflux de la violence islamiste, pour voir un début de détente et de normalisation entre les deux pays.(31)


    Bouteflika, la repentance et la sécurité régionale 

    En démissionnant de ses fonctions de président de la République en août 1998, Liamine Zeroual ouvre la voie à l’arrivée d’Abdelaziz Bouteflika au pouvoir en avril 1999.(32) L’élection de ce dernier est l’épisode d’une nouvelle passe d’armes quand, le 16 avril, prenant connaissance d’une déclaration d’Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères, émettant un doute sur son élection, le nouveau chef d’État algérien, jouant sur les ressorts d’un nationalisme à fleur de peau de nombreux Algériens, réplique vivement : «La France doit comprendre que l’Algérie n’est pas sa chasse gardée.»(33) Ou quand il feint de s’étonner que le président Chirac n’a «jamais trouvé une demi-journée à consacrer à l’Algérie » alors qu’il a visité, dit-il, la plupart des capitales arabes… Reste qu’Abdelaziz Bouteflika est sans doute le dirigeant algérien qui connaît le mieux la France, pour avoir rencontré, en tant que chef de la diplomatie algérienne, les présidents Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Giscard d’Estaing et, en tant que chef d’État, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande. Et ce, sans compter les nombreux ministres et responsables de partis de gauche et de droite. Et, c’est en France qu’il se soigne depuis qu’il est tombé malade en 2005. Le dialogue est vite renoué, Algériens et Français vont donc s’efforcer d’aplanir une brouille qui dure depuis sept ans : visite d’Hubert Védrine en juillet 1999 à Alger, la première depuis deux ans, rencontre entre Abdelaziz Bouteflika et Lionel Jospin le 21 septembre à New York, visite d’État d’Abdelaziz Bouteflika en France en juin 2000, où il se prononce pour «un partenariat d’exception» avant de se rendre à Verdun pour un hommage aux 25 000 soldats algériens morts en 1914-1918. Jacques Chirac visite à son tour l’Algérie en mars 2003, visite ponctuée par la signature d’un texte, «La déclaration d’Alger», au terme duquel les deux pays s’engagent à établir «un partenariat politique, économique et culturel renforcé», qualifié par les deux parties de «partenariat d’exception». Les services consulaires rouvrent leurs portes et le nombre de visas augmente, mais sans retrouver son niveau d’avant 1994, les échanges économiques et culturels vont s’intensifier, Air France reprend ses vols sur Alger, la réalisation du métro d’Alger et de l’aéroport international sont confiés aux Français… Mais la lune de miel ne va pas durer. Le traité d’amitié, «comparable au Traité de l’Élysée, conclu entre la France et l’Allemagne en 1963», voulu par Jacques Chirac, ne sera pas signé entre les deux pays. En cause, la loi du 23 février 2005 vantant les aspects positifs de la colonisation. Les Algériens conditionnent alors la signature d’un traité d’amitié à l’abrogation de cette loi scélérate. Ce ne sera pas tout à fait le cas.
    Le président algérien, en besoin de se relégitimer pour un éventuel troisième mandat, exige désormais des «excuses» de la France pour les crimes commis pendant la colonisation. Le thème de la repentance s’invite désormais dans les rapports entre les deux pays, surtout sous la présidence de Nicolas Sarkozy, dont le positionnement sur la colonisation, l’entreprise de réhabilitation des anciens de l’OAS, la création d’un ministère de l’Identité nationale, sa stigmatisation des enfants d’immigrés d’origine surtout algérienne et son intention de réviser les accords sur la main-d’œuvre de 1968 passent mal. Il «n’est pas le bienvenu» en Algérie(34) où sa visite manque même d’être annulée(35). Elle aura lieu, mais sous haute surveillance. Mais à la place d’un traité d’amitié, il y aura une simple «convention de partenariat» entre les deux pays. Et ce n’est pas fini. L’intervention française en Libye, qui a abouti à la chute du régime de Kadhafi, divise les deux pays. Pour une fois, l’Algérie n’avait pas tort, et les faits lui ont donné raison, quand elle avait prévenu que l’intervention franco-britannique allait déstabiliser la région. Mais Nicolas Sarkozy en rajoute. «Dans un an l’Algérie, dans deux ans l’Iran», s’enthousiasme- t-il le 5 septembre à Tripoli, croyant que le régime algérien allait être à son tour balayé par la vague du Printemps arabe(36). Nouveau coup de froid. Jean-Pierre Raffarin, en mission commandée – il se rend à trois reprises à Alger –, parviendra à mettre la coopération à l’abri des aléas diplomatiques. De ce fait, l’élection de François Hollande est accueillie presque comme un soulagement par les autorités algériennes, y compris, une fois n’est pas coutume, par les forces démocratiques et progressistes et la société civile. Lui aussi veut tourner la page du passé avec un pays qu’il connaît bien, en jouant la carte de l’apaisement et en voulant imprimer une nouvelle dynamique aux relations francoalgériennes. L’hommage rendu aux victimes du 17 octobre 1961 et à la mémoire du mathématicien communiste Maurice Audin sur la place portant son nom à Alger, en décembre 2012, sont autant de marqueurs plaidant en sa faveur. D’autant qu’aucun de ses prédécesseurs ne l’avait fait. Sa relation avec l’Algérie intervient toutefois dans un contexte régional radicalement transformé, porteur de menaces potentielles pour les pays de la région, comme l’a montrée l’attaque du site gazier d’In Amenas par le groupe djihadiste de Mokhtar Belmokhtar en janvier 2013.(37) La relation franco-algérienne va donc intégrer cet élément nouveau qu’est la menace djihadiste en provenance de Libye et du Sahel et, partant, la sécurité régionale. Celle-ci va même prendre le pas sur le volet économique où la France, malgré la forte concurrence de la Chine (premier fournisseur de l’Algérie), conserve de solides positions sur le marché algérien : elle est son deuxième partenaire commercial, avec des échanges s’élevant à 10,5 milliards d’euros en 2016 et la 3e destination mondiale hors OCDE, avant les pays du Golfe ; elle est aussi son premier partenaire sur le continent africain avant le Maroc. Quelque 7 000 entreprises françaises exportent en Algérie et près de 500 y sont installées, dont de grands groupes comme Renault, Sanofi, Alsthom, Total, Peugeot, ainsi que des banques. Et puis Hollande a visité un pays ayant un niveau d’endettement extérieur faible, à peine 3% de son PIB, et disposant de réserves de change de plus de 150 milliards de dollars. Et il a su habilement éviter les sujets qui fâchent, comme le Sahara occidental. Malgré les réticences algériennes, Paris intervient au Mali pour stopper l’offensive djihadiste vers Bamako : informé quelques heures avant cette intervention, Alger donne son accord pour que l’aviation française traverse son espace aérien et fournit aux forces terrestres françaises un soutien logistique.(38) Mais la France de François Hollande, de concert avec l’Amérique de Barack Obama, ne s’arrête pas là : elle tente de persuader l’Algérie de s’engager militairement dans le Sahel et de rompre ainsi avec sa doctrine de non-engagement dans des systèmes multilatéraux qui hypothéqueraient sa liberté de décision. Une chose est sûre, malgré des différences d’appréciation sur la situation au Sahel et surtout sur la Syrie, jamais, assuret- on à Alger, les relations entre les deux pays n’ont connu une telle embellie. Pour Abdelaziz Bouteflika, confronté à une crise financière provoquée par la chute du baril de pétrole à compter de 2014, l’appui de la France valait certainement quelques concessions, et ce, malgré l’impair commis par Manuel Valls, twittant une photo en compagnie du chef de l’État algérien diminué par la maladie et donc pas à l’avantage de ce dernier, impair qui manque de tourner à l’incident diplomatique, alors que les Algériens étaient déjà remontés à propos d’un article du Monde sur les Panama Papers, mettant en cause le ministre de l’Industrie, Abdeslam Bouchouareb, illustré par une photo du président algérien(39). C’était jugé d’autant mal venu que François Hollande, quelques mois avant, en juin 2015, avait effectué une visite éclair à Alger, mû par le désir de l’Élysée de voir les Algériens s’impliquer militairement en Libye après la chute de Syrte aux mains de Daech et la menace que faisait peser ce dernier sur la Tunisie.(40) Et sans doute était-il préoccupé par l’état de santé du président algérien un an après sa réélection controversée.(41) Quelle sera la politique algérienne d’Emmanuel Macron ? À défaut d’une visite d’État au protocole très lourd, ce que ne pouvait assumer son homologue algérien en raison de sa maladie, Emmanuel Macron a effectué une courte visite à Alger, sans grande annonce, tenant des propos déjà entendus dans la bouche de ses prédécesseurs par les Algériens. Sur le passé colonial, passage obligé, il a plaidé pour la « réconciliation des mémoires» et il ne veut «ni déni ni repentance». Fermez le banc. En matière de coopération, même si l’Algérie reste, selon l’Élysée, un potentiel économique considérable avec pour l’heure un niveau d’endettement extérieur faible, la préoccupation majeure pour Emmanuel Macron – c’était l’un des buts de sa visite – reste la sécurité régionale (Libye, Sahel). À Alger, il en aurait brièvement discuté avec le chef d’état-major de l’armée algérienne et vice-ministre de la Défense, le général Gaïd Salah : Paris souhaiterait que l’Algérie, seul pays de la région disposant d’une capacité opérationnelle, intègre le G-5 Sahel, structure sur laquelle la France pense se décharger à terme en matière de lutte antiterroriste, lui permettant ainsi de se désengager du bourbier sahélien.(42) Déjà réticent à la présence de forces étrangères à ses frontières — en plus des Français, 800 militaires américains sont basés à Agades au Mali —, Alger voit d’un mauvais œil l’intrusion de l’Arabie Saoudite et des Émirats arabes unis qui, dans un premier temps, participeront au financement du G-5 Sahel à hauteur de 130 millions 0d’euros.(43) Enfin, autre préoccupation de l’Élysée qui l’empêche pour l’heure de définir sa politique algérienne, c’est l’incertitude liée à la maladie du président Bouteflika, dont la succession, au cas où il renoncerait à se présenter, est l’enjeu d’une sourde lutte au sein du pouvoir algérien, avec en toile de fond un contexte financier et économique difficile et un contexte régional qui reste potentiellement porteur de menaces. Pour l’heure, donc, c’est le «wait and see».

    H. Z.
    (*) Hassane Zerrouky, journaliste
    Etude parue dans Recherches Internationnales


    1) Gilbert Meynier, Questions internationales, n° 81, juillet-septembre 2016, Documentation française.
    2) Redha Malek, L’Algérie à Évian, Seuil, 1994, p. 212. Le chef d’état-major de l’ALN, le colonel Boumediène, et ses adjoints étaient opposés à la signature de ces accords (voir M. Harbi, Le FLN mirage et réalités, Éditions Jeune Afrique, 1982).
    3) Le programme de Tripoli adopté en juin 1962 par le CNRA.
    4) Jusqu’en 1968, les Algériens étaient dispensés de carte de résidence et de travail.
    5) Partie de la Mitidja et de la plaine du Chélif durant l’été 1962, l’occupation des fermes coloniales s’est par la suite propagée
    à d’autres régions. Petites et moyennes entreprises ont également connu le même processus.
    6) Malgré l’arabisation de l’école et de l’administration algériennes, le français est encore utilisé comme langue professionnelle
    et de travail, ainsi que d’enseignement dans les disciplines scientifiques et techniques. Depuis la rentrée de 2003,
    il est enseigné comme deuxième langue dès la deuxième année du primaire, au point que la langue française est plus implantée à l’ère actuelle
    que durant la période coloniale.
    7) Cité par Jean-François Daguzan in Les rapports franco-algériens, 1962-1992, Politique étrangère n°4 1993.
    8) Le Monde du 13 mars 1964.
    9) Voir René Gallissot, Henri Curiel, Le Mythe mesuré à l’histoire, Éditions Rive-neuve, 2009.
    10) Pas moins de huit attaques aériennes françaises avaient été lancées contre les forces du Polisario qui menaçaient
    l’armée mauritanienne entre novembre 1977 et mai 1978.
    11) François Mitterrand a également été informé de cette libération par les Algériens.
    12) Conférence de presse de Giscard d’Estaing, vidéo de l’Ina.
    13) L’Humanité du 24 juin 2015, «Quand Giscard chassait l’Algérien».
    14) Le Monde du 13 mai 1985.
    15) Le Monde, cité.
    16) Le Monde du 4 avril 1986.
    17) Liberté (Algérie) du 1/02/2018.
    18) El Moudjahid du 20 septembre 1988.
    19) Le Monde du 6 septembre 1988.
    20) Les services algériens ont été actifs dans la libération des otages français au Liban. En contrepartie, dit-on, Paris expulse 12 opposants
    algériens proches de l’ex-président Ben Bella en octobre 1986 et ferme les yeux sur l’assassinat de l’opposant Ali
    Mecili, membre du FFS, le 4 avril 1987.

    21) Le Matin du 15 janvier 1992.
    22) Sur cette question, voir Hassane Zerrouky, La Nébuleuse islamiste, éditions 1/Calmann-Levy, 2001.
    23) «La France et le Maghreb», article de Paul Marie de la Gorce, Politique Étrangère n°4, 1995. Site Persée.
    24) Les créanciers de l’Algérie, un consortium de 200 banques piloté par le Crédit lyonnais, exigeaient le paiement de 9 milliards de dollars au titre du service d’une dette de 24 milliards de dollars alors que les recettes algériennes excédaient à peine les 11 milliards de dollars.
    25) Dans la bouche des islamo-conservateurs, le terme de «laïco-assimilationnistes» désignait tous ceux qui étaient opposés à tout compromis avec les islamistes radicaux.
    26) L’Humanité du 6 février 1995.
    27) La rencontre devait avoir lieu à New York en marge de l’Assemblée générale de l’ONU.
    28) Alors que pour Liamine Zeroual «le dossier du FIS est clos», des cercles du pouvoir négociaient en sous-main avec l’AIS et une partie du FIS représentée par Rabah Kébir.
    29) Libération du 27-28/12/1997.
    30) Voir Le Matin du 16 octobre 1997 et El Watan du 6 janvier 1998.
    31) Après la reddition de l’AIS (Armée islamique du salut) fin 1997, et l’écrasement du GIA par l’armée algérienne durant l’année 1998-1999, la violence baisse d’intensité.
    32) Voir La Nébuleuse islamiste en France et en Algérie et mes écrits sur les raisons de cette démission dans l’Humanité et le Matin d’Algérie d’août-septembre 1998.
    33) L’Humanité du 29 juillet 1999.
    34) Voir l’article de H. Zerrouky, Le Matin, 29 novembre 2007. Le ministre des Moudjahidine (anciens combattants) et pratiquement toute la presse tonnaient contre le président français.
    35) Le Matin, idem.
    36) Soir d’Algérie, 19 juillet 2012.
    37) Sur l’attaque du site gazier d’In Aménas, voir l’Humanité des 16 au 22 janvier 2013.
    38) Selon plusieurs médias algériens, des avions militaires algériens gros porteurs C 130 et Illiouchine ont transporté du matériel militaire français au Mali.
    39) Le Soir d’Algérie du 28 avril 2016.
    40) L’Humanité du 26 février 2015.
    41) Voir Recherches internationales n°99, avril-juin 2014.
    42) Dépêches AFP du 14 et du 15 12/2017. À propos du G- 5 Sahel, une première réunion élargie regroupant la France, l’UE, les États-Unis, l’Arabie Saoudite et les Émirats a eu lieu à Paris le 13 décembre et une seconde est prévue fin février à Bruxelles. Le G5 Sahel est constitué du Mali, du Tchad, du Niger, du Burkina et de la Mauritanie.
    43) L’Algérie est le seul pays, avec l’Irak et le Liban, à ne pas faire partie de la coalition antiterroriste lancée par Riyad en novembre dernier.
    Le Soir d’Algérie

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  • La Françafrique ou l’empire néocolonial français

    ETIQUETTES : FRANCE, AFRIQUE, FRANÇAFRIQUE, COLONIALISME, NEOCOLONIALISME,

    La France a officiellement quitté le continent africain entre les années 1950 et 1960. À contrecœur, elle doit accepter l’indépendance d’une vingtaine de colonies qui ne veulent plus se maintenir sous les directives de Paris. Cependant, malgré l’évaporation de ses possessions continentales, la France a réussi à sauver une superstructure politique, économique et culturelle qu’elle entretient encore un demi-siècle plus tard.

    Au 21e siècle, l’Afrique française, et par extension une grande partie du continent, n’a pas réussi à résoudre les problèmes structurels qui la hantent depuis la vague de décolonisation. Ces dernières années, une avalanche de menaces de nature transnationale, le cas du terrorisme de type islamiste ou des réseaux de criminalité organisée qui pullulent dans la région, s’ajoutent à la faiblesse politique et institutionnelle, à une économie fondamentalement agraire et à des guerres qui semblent ne jamais s’arrêter. , laissant de nombreux pays au bord de l’effondrement.

    Pour cette raison, la France est devenue la gardienne de ses anciennes colonies. Dans un mélange de pragmatisme et de néocolonialisme, Paris protège ses intérêts politiques et économiques en même temps qu’elle récupère une partie de son identité perdue et prend le contrôle d’une «arrière-cour» dans laquelle il est possible de se considérer comme hégémonique, ce que peu de pays peuvent affirmer à l’heure actuelle. . C’est précisément la base de l’idée de la France.

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    Les chaînes de De Gaulle

    Le processus de décolonisation par la France n’a été ni meilleur ni plus exemplaire que les autres. La tactique, identique à celle entreprise par le reste des puissances coloniales, était de retarder le plus longtemps possible les temps, d’expérimenter des structures politiques mortes avant la naissance et, si nécessaire, d’appliquer une main lourde. Ainsi, les territoires qui voulaient obtenir l’indépendance et les dirigeants qui guidaient la cause devaient choisir: soit pour s’insérer dans le lent processus qui était promu depuis Paris, soit pour opter pour la voie armée. Le second est en partie une conséquence du premier. Bien qu’il y ait eu des insurrections armées dans les premières années du processus de décolonisation, couronnées de succès comme en Indochine et frustrées comme à Madagascar, le reste s’est produit en raison d’un retard délibéré des Français dans le processus de décolonisation.

    Bien qu’une constitution qui semblait égaler le statut politique des colonies par rapport à celle de la métropole sous l’égide de l’Union française ait été promulguée avec la IVe République en 1946, la vérité est que de nombreuses dispositions n’ont pas été respectées ou ont été délibérément retardées par l’administration coloniale française. Dans une large mesure, la guerre d’indépendance algérienne et la révolte camerounaise de 1955 ont été motivées par des brèches métropolitaines. Ainsi, ce projet français, loin de calmer les revendications coloniales, a encore stimulé l’indépendance de l’Afrique.

    L’avènement de la Ve République se produirait précisément en raison de la situation désastreuse de la guerre d’Algérie et de la mauvaise conception de la république précédente. Le général de Gaulle, héros de la Seconde Guerre mondiale, a été appelé à la présidence en 1958 dans une sorte de catharsis de la société française, désespérée de la situation politique du pays et craignant les menaces de l’armée d’Alger. De Gaulle, conscient que la situation coloniale glissait à travers la France, a décidé de préparer la scène politique africaine plutôt que d’essayer de sauver une bataille déjà perdue.

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    Afrique coloniale La refonte du système politique français propulsé par De Gaulle vers un présidentialisme fort a doté le pays d’une stabilité qui perdure jusqu’à nos jours. Dans la politique à l’égard de l’Afrique, le nouveau président a proposé un système colonial apparemment ouvert mais avec un chemin politique très marqué. Ainsi est née en 1958 la Communauté française, une confédération dans laquelle, avant de rejoindre, les territoires africains pouvaient voter leur entrée. À l’exception du cas guinéen qui, en rejetant la proposition référendaire, a immédiatement obtenu l’indépendance, les autres territoires ont accepté de faire partie d’un tel cadre.

    Lors de la première vérification que la Guinée était un État indépendant, contrairement à eux, et que la Communauté française n’avait pas beaucoup de viabilité en tant qu’entité politique, l’enthousiasme de 58 était éphémère, et presque immédiatement les territoires coloniaux ont commencé à revendiquer l’indépendance. De Gaulle a accepté un tel scénario, mais a proposé une série de conditions que les nouveaux États devraient accepter. Les dirigeants africains, avec un raisonnement entre indépendance, panafricanisme et francophilie (beaucoup d’entre eux avaient été éduqués en France), ont accepté.

    Treize États (Cameroun, Sénégal, Togo, Bénin, Niger, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Tchad, République centrafricaine, République du Congo, Mali et Mauritanie) sont ainsi nés en Afrique subsaharienne. Parmi les conditions imposées par de Gaulle figuraient le cantonnement des troupes françaises dans certains des pays nouvellement indépendants; héritant de dettes coloniales et acceptant deux monnaies régionales, une pour les États d’Afrique de l’Ouest et une pour les pays d’Afrique centrale, respectivement contrôlées par des banques centrales régionales dans lesquelles la France aurait un droit de veto. En théorie, ces nouveaux États étaient indépendants, même si une grande partie de la politique monétaire était contrôlée depuis Paris et militairement, ils continuaient à dépendre des troupes françaises. Ainsi, un scénario postcolonial a été inauguré dans lequel, paradoxalement, les relations seraient semi-coloniales.

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    Le gendarme africain

    Le reste du 20e siècle a été passé en Afrique continentale francophone, car il se déroule généralement dans n’importe quelle arrière-cour. Les dirigeants africains alignés sur Paris en étaient protégés, tandis que les dirigeants qui tentaient de s’opposer aux intérêts de l’ancienne métropole allaient avoir le scénario le plus compliqué. Ainsi, la France a évité autant de coups que ceux soutenus, et le sort de la Françafrique a continué à dépendre largement de Paris.

    Au XXIe siècle, la panoplie de situations menaçantes tant pour les pays africains du Sahel et du golfe de Guinée que pour les intérêts français de la région s’est élargie. Avant, l’Elysium avait deux scénarios possibles: un coup d’État ou un groupe rebelle attaquant une ancienne colonie. Ces questions sont toujours en vigueur aujourd’hui, mais des facteurs transnationaux ont fait leur chemin à l’ordre du jour. L’expansion du djihadisme à travers le Sahel en fait partie, mais on retrouve également la faiblesse chronique des structures étatiques, aujourd’hui plus démocratiques qu’il y a un demi-siècle mais pas forcément plus stables; piraterie dans le golfe de Guinée; l’augmentation des flux migratoires, de drogue et d’armes, outre l’affaiblissement des pays du Maghreb, la couverture géographique et politique historique entre la Méditerranée et la région subsaharienne.

    De même, la France a mis à profit les changements intervenus en Afrique aux niveaux politique, économique et social pour modifier progressivement sa présence dans les anciennes colonies en fonction des intérêts que ces nouveaux scénarios ont suscités à Paris. Chaque situation de crise dans laquelle l’armée française est considérée comme le seul garant de la paix est une opportunité géostratégique pour la France.

    L’une de ces premières opportunités s’est présentée au Tchad, en 1986. Pendant la guerre de Toyota, l’armée française a déployé plusieurs milliers de soldats pour soutenir le régime tchadien contre l’invasion des troupes libyennes. Le résultat de la guerre s’est terminé par une victoire pour le Tchad, mais la France n’a pas entrepris le retour au pays, mais a plutôt établi une base à N’Djamena, la capitale du pays, un lieu privilégié pour contrôler le conflit au Soudan, l’instabilité dans la République centrafricaine et la stabilité même du Tchad, dont le président, Idriss Déby, est soutenu par l’Elysée depuis 1990, notamment lors de la guerre civile tchadienne entre 2005 et 2010.

    Djibouti a également été un autre endroit où la France est intervenue, pendant la guerre civile que le pays a subie entre 1999 et 2001. Là encore, l’intervention française a marqué un tournant dans le conflit et a permis de renforcer sa position géostratégique dans la Corne. d’Afrique, de la péninsule arabique et du détroit crucial de Bab el-Mandeb, l’un des principaux goulots d’étranglement du commerce mondial et du transport des hydrocarbures. En fait, dans cet endroit si apparemment séparé de la géopolitique africaine “épaisse”, se trouve le plus gros contingent français situé en permanence en Afrique, avec environ 1500 hommes.

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    L’action en France-Afrique s’est ensuite déplacée vers le golfe de Guinée; La Côte d’Ivoire, ancien joyau subsaharien de la France, a été engloutie dans une guerre civile entre 2002 et 2007, au cours de laquelle des troupes françaises, précédemment stationnées dans le pays, ont servi de “soldats de la paix” au commandement de l’ONU. Cependant, la situation ne s’améliorerait pas beaucoup depuis cette première confrontation. Quelques années plus tard, en 2011, le pays ivoirien reviendrait au cours des violences après le refus du président de l’époque Laurent Gbabo d’accepter la défaite électorale, d’abandonner le poste et de le transférer au candidat vainqueur aux élections, Alassane Ouattara.

    Viendrait ensuite ce qu’on appelle les sources arabes, la France observant depuis la rive nord de la Méditerranée comment les révolutions démocratiques apparentes s’ancraient, affaiblissant les seuls États à stabilité minimale en Afrique (à l’exception de l’Afrique du Sud) et facilitant la propagation d’un incendie du Moyen-Orient à le Sahel.

    Imprégnée de l’esprit républicain, la France a plaidé pour une intervention en Libye avec le Royaume-Uni, espérant que le régime de Kadafist serait rapidement désarticulé et que les factions rebelles libyennes formeraient un État démocratique. Cependant, en raison de l’ignorance ou de l’inconscience, le tandem franco-britannique et le reste de l’OTAN ont facilité la disparition pratique de l’État libyen en ne promouvant pas un plan post-Kadhafi qui stabiliserait d’abord et reconstruirait ensuite le pays sur le plan politique. Aujourd’hui, une autre guerre civile dévaste le pays, aussi éternelle que la première et ouvrant les portes du Moyen-Orient à l’Afrique de l’Ouest comme du Maghreb au Sahel. La Libye était un goulot d’étranglement que la France a débouché et n’a pas pu fermer.

    Une conséquence directe de la conversion de la Libye à un État en déroute serait le début des problèmes dans l’ouest du Sahel. Des milliers de Touaregs qui avaient grossi les rangs de l’armée de Kadhafi retournaient maintenant dans leurs régions d’origine, emportant avec eux une grande partie de l’arsenal libyen d’un pouvoir considérable. Ainsi, les groupes touaregs ont pu ressusciter leurs revendications politiques et affronter l’État malien. Initialement allié à des groupes djihadistes tels qu’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) ou Ansar Dine, le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) a remporté des victoires notables, plongeant l’armée malienne dans le désarroi. Leurs revendications étaient principalement de nature indépendantiste, exigeant que le gouvernement de Bamako accorde l’indépendance au territoire qu’ils appellent Azawad (le nord du pays), bien que les Touaregs soient un peuple traditionnellement nomade.

    Cependant, les joies du côté touareg n’ont pas duré longtemps. Lorsqu’ils ont menacé la ville de Mopti, l’antichambre de Bamako, ses alliés salafistes ont choisi de détourner le mouvement et de réorienter la conquête vers la constitution d’un État islamique au cœur du Sahel. Si la menace touareg était inquiétante, malgré une solution politique, la présence de centaines de djihadistes à quelques centaines de personnes dans la capitale malienne a sonné l’alarme. L’ONU a confié à la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) la constitution d’une force multinationale pour détenir la combinaison de Touaregs et de terroristes, cependant, le temps dont les États membres avaient besoin, en plus du peu de confiance qui leur était accordée. Son succès a incité le Mali à demander officiellement de l’aide à la France. Le pays français est intervenu avec force par le biais de l’opération Serval et en quelques semaines début 2013, les troupes maliennes et africaines, avec l’aide de l’armée française, avaient repris l’essentiel du nord du pays, y compris les importants centres urbains.

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    Après le conflit du Mali, la France allait encore intervenir dans un autre point chaud d’Afrique centrale: la République centrafricaine. La guerre qui a englouti le pays a connu l’un de ses épisodes les plus violents en 2013, les milices de la Séléka étant sur le point d’entrer dans la capitale, Bangui. C’est alors que, pour soutenir la mission de paix établie dans le pays (MISCA), la France a déployé 2000 soldats dans cette ville, arrêtant l’avancée de la Séléka et sauvant la situation compliquée dans laquelle le président Bozizé était plongé.

    Actuellement, environ 9 000 soldats français sont déployés dans différents pays africains, la plupart insérés dans des missions de maintien de la paix des Nations Unies. Dans une large mesure, ce modèle français d’interventionnisme fonctionne avec une mission de maintien de la paix ultérieure (sinon précédemment). En raison de la connaissance de la région et des intérêts mutuels, les troupes françaises effectuent le déploiement initial, contiennent la menace et stabilisent la situation jusqu’à ce qu’une mission de l’ONU ou de l’Union européenne puisse prendre le relais. C’est le cas par exemple au Mali, où se développe la MINUSMA, en République centrafricaine avec la MINUSCA et au Tchad avec la MINURCAT. Une question distincte est, bien sûr, les bases permanentes que la France a dans différents pays africains.

    Géoéconomie française

    Le rôle de la France en Afrique, loin de répondre à la doctrine R2P, n’est pas non plus dirigé par les cours du romantisme impérial. La réponse, comme presque tout ce siècle, réside dans l’intérêt économique. Que ce soit votre arrière-cour ou non, la vérité est que la France a d’énormes gains économiques dans ses anciennes colonies, à la fois structurellement et conjoncturellement. Leur travail d’extinction du feu du continent répond largement à cette dynamique géoéconomique.

    Les anciennes colonies parisiennes absorbent 5% des exportations françaises, tandis que les entreprises françaises du continent africain extraient les matières premières qui sont ensuite expédiées en Europe. Et cela sans compter sur près de 300 000 ressortissants français qui vivent disséminés sur plusieurs dizaines de territoires francophones. Métaux en République centrafricaine; Le pétrole au Gabon, le coton et l’or malien et l’uranium nigérian sont quelques-uns des rendements économiques que la France obtient de la présence de ses sociétés en Afrique. Dans ce scénario, la clé de la sécurité énergétique française est la situation au Niger, où l’Areva française extrait entre un tiers et 40% de l’uranium que les centrales nucléaires françaises utilisent pour produire les deux tiers de l’électricité consommée par le pays. L’équation est donc claire: une déstabilisation du Niger peut poser un sérieux défi à l’approvisionnement en électricité en France.

    Bien que le Niger n’ait jusqu’à présent été impliqué dans aucun problème majeur, la vérité est que l’opération Serval au Mali avait une certaine composante préventive envers le pays nigérian voisin. Si les Touaregs, ou pire, les djihadistes, prenaient le contrôle du nord du Mali, ils contrôleraient la frontière avec le Niger, pouvant pénétrer facilement dans le pays, mettant ainsi en péril la sécurité énergétique de la France.

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    Cependant, nous ne pouvons pas oublier la commodité de la France pour l’existence des États eux-mêmes en Afrique de l’Ouest et du Centre. La construction monétaire résolue par De Gaulle a été extrêmement favorable à l’économie française, mais pas tant aux différentes économies africaines.

    Avec l’indépendance, deux régions monétaires ont été créées en Afrique française, l’une autour du franc CFA ouest-africain et l’autre autour du franc CFA d’Afrique centrale, chacune dirigée par une banque centrale indépendante. Malgré les similitudes nominales, elles étaient et sont en pratique deux unions monétaires totalement différenciées, bien que dans leurs relations avec la France les paramètres soient identiques.

    L’un des avantages théoriques de ces accords monétaires pour les nouveaux-nés était que leurs monnaies avaient un changement fixe par rapport au premier franc et à l’euro par la suite (elles sont actuellement de 655,95 francs CFA pour un euro). Ceci, bien qu’il s’agisse d’une mesure commerciale protectionniste française, était une garantie de stabilité monétaire pour les États africains. Cependant, les contreparties qu’elles devaient accepter, explicites ou implicites, étaient nombreuses. En plus du droit de veto commenté de la Banque centrale de France dans les banques centrales régionales, 50% des réserves de change des différents pays des deux zones monétaires doivent être déposées auprès de la banque centrale française, ce qui signifie en pratique et c’est une injection de liquidité et de stabilité pour le Trésor français lui-même. De même, même si les francs occidentaux et les francs centraux ont le même taux de change contre l’euro, il n’y a aucune possibilité d’échange entre eux, créant une puissante barrière à l’intégration économique africaine. Diviser pour mieux régner, ils penseraient à Paris.

    Les effets de cette relation postcoloniale ont approfondi les relations de dépendance économique et politique des États africains vis-à-vis de la France. Basée sur l’existence d’échanges fixes et libres entre le franc africain et l’euro, cela a permis à de nombreuses entreprises européennes, notamment françaises, de rapatrier sans frais les bénéfices vers l’Europe, décourageant les investissements dans les pays africains. De même, il convient de considérer le fait que le taux de change est surévalué, protégeant ainsi les investissements gaulois en Afrique et réduisant la compétitivité des économies africaines.

    La dépendance du franc africain à l’égard de la politique monétaire de la France a été pleinement démontrée. Les dévaluations successives du franc français dans la seconde moitié du XXe siècle – jusqu’à 14 – ont entraîné le franc CFA dans la même mesure, rendant les États africains incapables de contrôler leur inflation, leur dette publique et leur compétitivité extérieure. Bien que les dévaluations de Paris aient été bénéfiques pour accroître la compétitivité économique française, la vérité est que l’effet inverse s’est produit dans les États africains, aggravant les déséquilibres commerciaux et nuisant à leur développement économique.

    Une politique étrangère viable?

    Depuis 2007 Nicolas Sarkozy et depuis 2012 François Hollande insistent sur le fait que l’idée de la franco-Afrique est en déclin et que la France n’est plus guidée par ces prémisses lorsqu’elle agit et traite avec des États africains, autrefois des colonies. Cependant, peu de choses ont changé dans les relations entre les deux acteurs. La domination économique est toujours présente et les interventions, toutes raisons confondues, ont continué de se produire. Si les premiers ministres gaulois insistent sur l’obsolescence du concept franco-africain, la vérité est que la France n’a jamais manqué de compenser le maintien d’un tel système.

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    Ainsi, la France est actuellement confrontée à deux possibilités très différentes et largement incompatibles. D’une part, continuer à agir hégémoniquement dans la région, perpétuant la dépendance des États africains à l’égard du pouvoir français ou leur permettant d’agir de manière autonome mais en coordination.

    D’un point de vue pragmatique, il est dans l’intérêt de la France d’agir de manière paternaliste dans la région de ses anciennes colonies africaines, mais ce serait quand même un anachronisme dans un monde globalisé, où l’intégration régionale et les hégémonies «moyennes» prévalent au détriment des unipolarité. Pour l’esprit français lui-même – politique, social et culturel – cette arrière-cour est importante; elle ne suppose la continuité de l’idée impériale de la France que de manière édulcorée, ce que même le Royaume-Uni ne soutient pas aujourd’hui. De la même manière, il accentue le rôle de la France dans le monde d’aujourd’hui et lui donne son propre espace pour se déplacer librement, ce que Paris n’a pas réussi à maintenir même dans l’Union européenne elle-même, cédant lentement la co-centralité politique à Berlin. Ainsi, dans une perspective globale, la France parvient à maintenir une importance que l’Allemagne ou le Royaume-Uni n’ont pas ou ont perdu.

    Pour cette raison, un retrait serait un choc identitaire pour la France sans précédent depuis un demi-siècle, et probablement une incitation argumentative à l’extrême droite sur la faiblesse politique de la France. Dans ce scénario, une grande partie de leur sécurité économique et énergétique serait confiée à des États politiquement et militairement faibles et à des processus d’intégration excessivement lents, à un moment où les menaces transnationales contre les États africains sont d’une importance considérable sans avoir complètement disparu. menaces traditionnelles. De plus, il faut considérer qu’en Afrique les puissances régionales ne sont pas pleinement consolidées, rendant inutile toute politique d’hégémonie régionale «africaniste». En revanche, la France doit être consciente que les faiblesses économiques et politiques, tant nationales que régionales, sont largement dues à la politique néocoloniale française depuis l’indépendance de l’Afrique.

    L’idée de la France, bien que les dirigeants gaulois insistent au contraire, est toujours présente. À l’heure où l’idéalisme modéré se mêle au pragmatisme national, un retrait français de l’Afrique semble hautement improbable. Dans une certaine mesure, cette pratique a été légitimée par le retrait des États-Unis de la zone atlantique, qui cherche à laisser les affaires de la verticale européenne entre ses mains, malgré les échecs et les faiblesses manifestes que les interventions ont jusqu’à présent démontrés. de l’OTAN et de l’Union européenne en dehors des terres communautaires.

    Cependant, le moment venu, la France devrait envisager de soutenir le renforcement des structures régionales et d’engager une seconde décolonisation. Pour le plein développement de l’Afrique française – ainsi que de l’Afrique anglophone voisine – le démantèlement de la superstructure héritée de la décolonisation est une étape incontournable. D’ici là, les troupes françaises seront l’un des rares garants de la stabilité en Afrique.

    El Orden Mundial

    #France #Afrique #Françafrique #Colonialisme

  • Maroc-France: Lettre d’apaisement de Laurent Fabius

    Tags : Maroc, France, Mohammed VI, Fête du Trône, Abdellatif El Hammouchi, ACAT, DGST,

    M. Fabius “regrette” les difficultés qu’ont connues les relations bilatérales et met en avant les efforts de la France pour trouver une solution dans le cadre du respect “des relations constitutionnelles et des obligations internationales de nos deux pays”.

    Il rappelle l’attachement de la France à la “relation singulière avec le Maroc, qui a été et sera toujours un partenaire essentiel” et a émis le souhait de voir “l’amitié sincère entre les deux permettre de laisser au plus vite ces tensions derrière nous”.

    Il souligne que c’est dans cet esprit que le Président de la République française a renouvelé son invitation pour recevoir le Roi Mohammed VI en France “afin de marquer solennellement la poursuite du partenariat d’exception entre nos deux pays”.

    Pour rappel, les relations entre le Maroc et la France se sont déteriorés suite à la convocation d’Abdellatif Hammouchi, le chef de la police marocaine, par la justice française en raison d’une plainte de l’ONG française “Action des chrétiens pour l’abolition de la torture” (ACAT) contre le chef de la DGST. 

    L’ONG avait profité d’un voyage de Abdellatif Hammouchi à Paris, dans le cadre d’une rencontre du ministre marocain de l’Intérieur Mohamed Hassad avec ses homologues européens, pour demander aux autorités françaises de l’entendre au sujet de faits présumés de tortures envers des citoyens Adil Lamtalsi, Zakaria Moumni et Ennaâma Asfari.

    Une convocation a été transmise par la police française à la résidence de l’ambassadeur du Maroc, à Neuilly, la justice française cherchant à auditionner Abdellatif Hammouchi. Pour manifester son mécontentement, le Maroc a convoqué l’ambassadeur de France à Rabat, Charles Fries, et suspendu quelques jours plus tard la coopération judiciaire avec la France.

     
     
     
  • Ces binationaux: des ingrats… .. …réfractaires à leur citoyenneté européenne

    La France, la Belgique, la Hollande, l’Allemagne et la Grande leur ont tout donné. Ils restent attachés à un état qui leur refuse tout.

    Ils ont nationalité française, parfois aussi la nationalité belge (comme c’est le cas de la députée Latifa Ait Baala.

    Francaise, Ait Baala a vu sa demande de la nationalité belge rejetée à deux reprises sur pression des services policiers marocains et de l’ambassadeur du Maroc en poste à Bruxelles. Ces services sont intervenus aupres du ministère de la justice belge pour dénoncer la demanderesse en la presentant aux autorités belges comme une dangereuse agitatrice à la tête d’une association marocaine bien active en Belgique. Cette association n’est autre que l’AMOME.

    Malgré cet acte hostile à l’encontre de l’intéressée, celle-ci se positionne comme la plus grande défenderesse du regile marocain

    Les pays européens ont tout donné à ces “cadres” ingrats: nationalité, droits politiques – que le Maroc leur a toujours refusés -, éducation pour leurs enfants, soins de santé, travail, allocations de toutes sortes…..

    Ils sont au fil des ans devenus en Europe, les égaux des citoyens européens.

    Et pourtant, ces malades mentaux ne cessent de se positionner en quémandeurs de la charité du roi du Maroc.

    En France, un groupe composé de ces tarés n’arrête pas de tendre la main aux structures khoubzistes chargées d’encadrer, sécuritairement s’entend, les éternels immigrés

    Ils en ont après le CCME qui avait jadis payé certains d’entre eux pour des écrits imbéciles que cet organisme publiait sur son site.

    Dès que cette officine leur a fermé les robinets, les insultes et autres dénonciations qu’ils adressaient il n y a guère aux responsables de cette structure ont fait place aux insultes et autres invectives.

    En Belgique, délaissés et désormais rejetés, les ex altras de Boussouf, El Yazami et Aajbali se déchaînent contre leur pourvoyeurs de pain

    Quand vont ils comprendre que leur citoyenneté s’exerce et se pratique au jour le jour en Europe et que leur prétendu pays d’origine a depuis longtemps décidé de les renvoyer se faire voir chez les Belges, Francais, Hollandais et autres Allemands.

    Certains d’entre ces masos ont vecu la même tragédie que les binationaux bloqués au Maroc et n’ont dû leur rapatriement chèrement payés qu’à des interventions occultes

    Leur cas désespéré relève de la psychologie.

    Source : Bruxellois, sûrement!, 16 mai 2020

    Tags : Maroc, Belgique, Pays Bas, France, binationaux, belgo-marocains,

  • Le franc CFA, un outil de contrôle politique et économique sur les pays africains de la zone franc

    La zone franc et le franc CFA, un système hérité de la colonisation

    La zone franc et sa monnaie le franc CFA constituent le seul système monétaire colonial au monde à avoir survécu à la décolonisation. La mise en place progressive de ce système est le résultat de choix stratégiques de la France mettant l’entreprise de colonisation au service des intérêts économiques français. Les monnaies africaines sont supprimées et des banques privées appartenant aux colons mais contrôlées par la France sont créées.

    La puissance coloniale exploite les matières premières des colonies pour alimenter l’industriefrançaise et utilise les colonies comme débouchés pour les produits français. Suite à la crise de 1929, la France accentue son repli sur l’empire colonial pour protéger son économie et son commerce extérieur.

    La création de la zone franc en 1939 offre le moyen de pérenniser cette stratégie : les échanges avec des pays extérieurs à la zone franc sont interdits, ce qui cimente lesliens économiques et commerciaux entre la France et son empire.

    La monnaie franc CFA (ColoniesFrançaises d’Afrique) est quant à elle créée en 1945 afin que la dévaluation du franc français au sortir de la guerre n’affecte pas les marchés des possessions africaines de la France. Celle-ci conserve ainsi le leadership dans le commerce extérieur des colonies et réaffirme sa suprématie surson empire.

    Au moment des indépendances, la quasi-totalité des anciennes colonies françaises d’Afrique subsaharienne décide de rester dans le giron de la France en signant des accords de coopération monétaire et en adhérant de ce fait à la zone franc. Le franc CFA est d’ailleurs renommé franc de la Communauté Française d’Afrique en 1958. Mais la Guinée refuse cet assujettissement monétaire et sort de la zone franc dans un coup d’éclat. Le président Sékou Touré veut une réelle indépendancepolitique et économique pour la Guinée, et pour ce faire crée le franc guinéen et quitte la zone en 1960.

    Au Togo, ancienne colonie allemande membre de la zone franc depuis 1949, des voix s’élèvent également contre le franc CFA en la personne du président Sylvanus Olympio. La sortie de la zone est prévue pour 1963 mais Sylvanus Olympio est assassiné juste avant que l’indépendance monétaire du pays ne soit acquise. Ce n’est que dix ans plus tard, en 1973, que la zone connaît denouvelles modifications avec la sortie de la Mauritanie et de Madagascar.

    C’est également à la période des indépendances que des banques centrales dont seulement la moitié des administrateurs sont des représentants africains sont créées pour émettre le franc CFA.

    Les présidents de ces institutions sont néanmoins français et restent maîtres de toute décision. Pendant les années 1970 la zone franc connaît des ajustements à la fois techniques et symboliques : révision des accords de coopération monétaire, déménagement des sièges des banques centrales de Paris à Dakar et Yaoundé, diminution du nombre de représentants français au sein des Conseils d’Administration.

    D’autre part deux nouveaux pays signent des accords de coopération avec la France et adoptent le franc CFA : la Guinée Équatoriale en 1985 et la Guinée-Bissau en 1997. Malgré ces changements, la France garde la mainmise sur la politique monétaire de la zone franc dont les pays subissent des choix économiques et monétaires dictés par les intérêtsfrançais. La France va même jusqu’à décider unilatéralement de la dévaluation du franc CFA en 1994.

    La zone franc : une gestion et des principes au service des intérêts français

    La zone franc englobe donc aujourd’hui quinze pays : huit pays d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo), six pays d’Afrique centrale (Cameroun, République Centrafricaine, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée Equatoriale, Tchad) et lesComores. C’est une organisation financière, monétaire et économique, dont le cœur est la France et l’instrument principal le franc CFA.

    Cette organisation, gérée par la France, s’appuie sur des institutions africaines : la Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), la Banque des Etats d’Afrique Centrale (BEAC), la Banque Centrale des Comores (BCC).

    Le système franc CFA est basé sur quatre grands principes : la centralisation des réserves de change au Trésor public français, la fixité de la parité franc CFA/euro, la libre convertibilité du francCFA à l’euro, et la libre circulation des capitaux entre la France et les pays africains de la zonefranc. A ces principes s’ajoutent la participation française aux instances de direction des banquescentrales africaines, pièce maîtresse du système CFA puisqu’elle garantit l’application sans faille des quatre principes précédemment cités.

    La centralisation des réserves de changes : un principe qui bloque l’économie despays de la zone franc

    Chaque banque centrale de la zone franc possède un compte d’opérations au Trésor public françaiset doit y déposer une partie de ses réserves de monnaie. Depuis 2005, 50% des réserves de change doivent être stockées sur le compte d’opérations en France (jusqu’en 2005 ce pourcentage était de 65). Il y a donc actuellement environ 8000 milliards de francs CFA venant de la BCEAO et la BEAC stockés au Trésor public, soit plus de 12 milliards d’euros.

    C’est autant d’argent qui est amputé du budget des États de la zone franc. La France rémunère les banques centrales africaines en intérêts, tout en se servant au passage grâce à des placements privés (des sommes dégagées au profit de laFrance qui se comptent en centaines de millions d’euros). Pire, la part d’intérêts versée aux banques centrales est comptabilisée dans l’Aide Publique au Développement !

    Dépouillés de la moitié de leurs recettes, les pays africains de la zone franc se retrouvent ainsi dans une situationéconomique et sociale très difficile, d’autant plus que la France leur impose une rigueur budgétaire (c’est-à-dire une baisse des dépenses publiques) pour que l’approvisionnement du compte d’opérations soit garanti.

    La parité fixe franc CFA-euro : une entrave à la compétitivité des économies africaines dans le monde

    Hier lié au franc français, le franc CFA est aujourd’hui arrimé à l’euro, c’est-à-dire que la valeur dufranc CFA sur les marchés mondiaux dépend de celle de l’euro. Autrement dit, les pays africains de la zone franc n’ont pas le contrôle de leur politique de change et subissent les fluctuations du cours de la monnaie unique européenne. Les recettes de leurs exportations doivent être converties en euro avant de l’être en franc CFA, ce qui signifie que si la conversion entre l’euro et les monnaies étrangères fluctue, les recettes des pays africains de la zone franc fluctuent également.

    Actuellement la valeur de l’euro se renforce par rapport aux monnaies étrangères. Par conséquent, la compétitivité des pays de la zone euro, et donc de la zone franc, diminue par rapport au reste du monde. Une baisse de la compétitivité signifiant une plus grande difficulté à vendre ses produitssur le marché mondial, les conséquences pour les pays africains de la zone franc d’un arrimage à une monnaie forte comme l’euro sont considérables : les économies restent faibles, et lespopulation se paupérisent car les matières premières qu’elles produisent ne peuvent ni être exportées ni être transformées.

    La libre convertibilité franc CFA/ euro et la libre circulation des capitaux ou comment légaliser la fuite des capitaux

    La libre convertibilité s’applique des pays africains de la zone franc à la France et inversement, mais ne concerne pas les échanges entre les trois zones du système CFA. Ce principe facilite lesinvestissements français en Afrique, le rapatriement des capitaux, et l’importation par la France de matières premières, mais bloque les échanges inter-africains.

    Les principes de libre convertibilité et libre circulation des capitaux favorisent également la fuite des capitaux de l’Afrique vers la France. Les entreprises françaises installées dans les pays africainsde la zone franc peuvent rapatrier librement leurs liquidités vers la France et les transferts d’argent entre la France et l’Afrique s’opèrent sans entraves au profit des élites françafricaines.

    La participation française à la gestion des banques centrales africaines

    Dans les trois banques centrales de la zone franc, des administrateurs français siègent aux Conseils d’Administration (CA). Dans les faits, la présence d’administrateurs français garantie par les statuts des banques centrales confère à la France un droit de veto lors de la prise de décision. Au CA de la BCC, 4 administrateurs sur 8 sont français alors que les décisions doivent être votées à la majorité.

    A la BCEAO seuls 2 administrateurs sur 16 sont français, mais l’unanimité est requise pour toute décision majeure (et notamment la modification des statuts). La situation est la même à la BEAC avec 3 administrateurs français sur 13. Le pouvoir de la France dans ces institutions est donc considérable et la présence de représentants français garantit la mise en œuvre de tous lesprincipes centraux du système CFA.

    Un système monétaire qui constitue une entrave à la souveraineté des Étatsafricains de la zone franc

    Le franc CFA est un liant qui cimente les relations économiques entre la France et les pays africainsde la zone franc. Ces pays ne sont pas libres de la gestion de leur politique économique et monétaire, domaine pourtant constitutif de la souveraineté d’un État. Preuve en est la dévaluation de 1994 décidée unilatéralement par la France.

    Malgré le passage à l’euro, la France garde la mainmise sur la zone franc, alors même qu’elle n’est plus émettrice de la monnaie d’arrimage. L’adoption de l’euro aurait pu se traduire par une disparition du pouvoir tutélaire de la France sur ses anciennes colonies, or la France a obtenu queles accords de coopération monétaire de la zone franc ne soient pas affectés par l’intégration européenne.

    Cinquante ans après les indépendances, la politique monétaire de la zone franc reste donc décidée par la France en fonction de ses intérêts propres. Cinquante ans pendant lesquels cette politique a été complètement déconnectée des vrais enjeux du développement africain tout en permettant à laFrance de contrôler économiquement et politiquement ses anciennes colonies au profit de son économie nationale, et au préjudice du développement des relations entre pays africains.

    Le modèle imposé par le système franc CFA induit une verticalité des échanges (Nord-Sud) au détriment d’une coopération horizontale (Sud-Sud). Un tel système financier, au service des intérêts économiques etpolitiques de la France, ne peut pas être le vecteur de l’autonomie monétaire et du développement. Il perpétue les relations asymétriques et néocoloniales entre la France et les pays de la zone CFA.

    Survie.org

    Source

    Tags : Françafrique, France, colonialisme, colonisation, franc CFA, FCFA, CEDEAO, UEMOA,

  • Alger convoque l’ambassadeur français à cause d’une photo publiée par l’armée (Journal)

    – Publiée par le commandement de l’armée française à la fin du mois d’avril sur son compte Twitter, la photo a été retirée entre temps.

    Le journal français “L’Opinion” a rapporté, jeudi, que le ministère algérien des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur français accrédité à Alger (sans préciser de date) pour protester contre une photo publiée par le commandement de l’armée française sur son compte Twitter.

    Le ministère algérien des Affaires étrangères n’a pas annoncé, officiellement, la convocation de l’ambassadeur Xavier Driencrout, à cause de cette photo, qui a été supprimée entre temps par le commandement de l’armée française de son compte.

    La photo, considérée comme attentatoire par Alger, a conféré davantage de tension aux relations, initialement tendues entre les deux pays, depuis plusieurs mois.

    Publiée à la fin du mois d’avril dernier, la photo représente un panneau routier qui signale plusieurs destinations internationales, dont l’Algérie. Un écriteau apparaissait en affichant à côté du drapeau algérien, la bannière des Amazighs d’Algérie et la région de Tizi Ouzou où ils résident, comme s’il s’agissait d’une région indépendante du pays.

    La photo en question a soulevé une vague de colère en Algérie qui s’est illustrée, notamment, à travers les réseaux sociaux.

    Le journal « Echourouk » a indiqué que cette photo « recèle une haine viscérale héritée depuis la période de la détestable colonisation française, qui décline de manière explicite ses tentatives de dislocation de l’unité nationale ».

    Si l’information de la convocation s’avérerait juste, c’est la deuxième fois, en l’espace de quelques semaines, que l’ambassadeur français est convoqué au siège du ministère algérien des Affaires étrangères.

    L’ambassadeur avait déjà été tenu informé à la fin du mois de mars dernier, d’une vive protestation contre l’invitation par la chaîne de télévision “France 24” (officiel), un analyste qui alléguait que l’armée algérienne a détourné une aide reçue de la Chine pour lutter contre la propagation de la pandémie de la Covid-19 à un hôpital militaire d’Alger.

    Le président algérien Abdelméjid Tebboun avait accusé, le 7 mai courant, la France d’avoir assassiné, durant 132 ans d’occupation (1830-1962), la moitié de la population algérienne (5,5 millions de victimes) dans des crimes imperceptibles en dépit des tentatives de les blanchir, a-t-il dit.

    Le président algérien affichait cette position dans un message adressé à son peuple, à l’occasion du 75ème anniversaire des massacres du 8 mai 1945 commis par l’armée coloniale française contre des manifestants civils algériens.

    Depuis la démission de l’ancien président algérien, Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril 2019, sous la pression d’un soulèvement populaire hostile à son pouvoir, les relations entre Alger et Paris se sont tendues, tout particulièrement, depuis que la France ait annoncé son appui à une réforme soumise par Bouteflika pour prolonger son mandat.

    Tags : Algérie, France, Tizi-Ouzou, Kabylie,

  • Maroc : Campagne d’intimidation contre le journaliste sahraoui Mohamed Radi Ellili

    Le journaliste sahraoui Mohamed Radi Ellili a été visé, récemment, par une féroce campagne d’intimidation orchestrée par les services secrets marocains. La raison ? Son excellent travail, depuis son exile en France, qui met à nu les pratiques de corruption du système instauré par le régime et des hauts responsables au Maroc, dont le palais royal et son entourage.

    M. Ellili sait de quoi il parle du fait de son expérience acquise après 14 ans de travail dans une des chaînes de télévisions publiques marocaines.

    Après les menaces contre sa famille, Ellili dénonce les pratiques de la chaîne « Chouf-TV » dont le propriétaire, Ahmed Charaî est connu pour ses accointances avec la DGED, accointances révélées par le hacker Chris Coleman.

    Cette chaîne s’est fait la spécialité de viser les vies privées des personnes qui dérangent le Makhzen, à l’instar de certains responsables du parti islamiste qui détient actuellement les gouvernails du Makhzen.

    Faute d’arguments pour l’attaquer et répondre à ses révélations, Chouf-TV pourchasse la vie privée de Radi Ellili et celle de son fils qui se trouve en Espagne. C’est dans ce but que les services secrets marocains ont piraté son courrier électronique et son téléphone portable en quête d’information sur sa vie privée.

    Connaissant les accointances entre le régime marocain et certaines institutions françaises, aujourd’hui, Radi a exprimé ses craintes de se voir visé aussi par ces dernières.

    Pour rappel, le champion de boxe marocain Zakaria Moumni, s’est vu obligé d’émigrer vers le Canada après avoir été agressé en France par des éléments mobilisés par le pouvoir marocain. M. Ellili est conscient que le Maroc jouit d’une impunité totale en France.

    Tags : Maroc, France, Mohamed Radi Ellili, Makhzen, corruption, DGED, services secrets marocains,

  • France-Maroc : Des relations glaciales

    On s’en doutait depuis que le roi Mohamed VI a boudé la cérémonie des obsèques de celui qui était le plus grand ami du Maroc de toute l’histoire de la France, Jacques Chirac. Devant un tel acte, le roi du Maroc a envoyé son fils, le prince héritier Moulay Hassan, un gamin de 16 ans. Depuis, on a observé un échange d’attaques via la presse des deux pays. En particulier, de la presse marocaine. Qu’est-ce qu’il se passe entre Rabat et son principal allié dans la question du Sahara Occidental, considéré par le palais royal comme la « cause national numéro 1 »? Des deux côtés, c’est le silence assourdissant.

    Lundi dernier, 27 avril, un homme à bord de sa voiture a volontairement foncé sur deux motards de la police. Selon la presse locale, qui cite une source proche du dossier, l’auteur de ce crime « voulait mourir en tuant des policiers », ce qui a poussé les enquêteurs à s’interroger sur un éventuel mobile terroriste.

    Comme par hasard, le même jour, le Programme d’Alimentation Mondial (PAM) annonçait sur sa web un « nouveau partenariat entre la France et le PAM  en faveur des enfants sahraouis réfugiés en Algérie » inauguré par le gouvernement français avec un don de 400.000 euros.

    Selon une dépêche publiée aujourd’hui par un site proche du pouvoir marocain, citant des sources judiciaires, la police a trouvé dans la voiture de l’auteur une lettre dans laquelle il proclamait son « allégeance à Abou Walid al-Sahraoui, nouvel émir de l’Etat islamique et digne héritier d’Abou Bakr Al-Baghdadi ». L’intention d’incriminer les sahraouis est évident autant dans la dépêche que dans l’acte criminel perpétré. D’ailleurs, il y a lieu de se poser de questions sur cet attentat perpétré à un moment où les relations entre la France et le Maroc traversent un froid glaciale.

    L’initiative humanitaire française constitue, probablement, un tournant important dans le conflit quadragénaire du Sahara Occidental. En adoptant une attitude positiviste, on peut dire que, dans ces temps de crise, le Maroc n’a plus rien à offrir aux entreprises françaises qui monopolisent déjà la totalité des activités économiques dans ce pays. La France a besoin de se tourner vers le marché vierge algérien en vue de se créer de nouvelles opportunités et, au même temps, freiner l’avance chinoise en Algérie. Conscients du fait que leur soutien inconditionnel aux velléités expansionnistes marocaines pourraient freiner leurs ambitions et acculées dans le dossier de la mémoire coloniale, les autorités françaises seraient tentés de faire un geste de bonne volonté dans le contentieux sahraoui qui, aux yeux de la communauté internationale, n’a que trop duré. C’est ce qui, probablement, met Rabat dans tous ses états.


    Vu toujours d’un point de vue positive, l’Elysée aurait changé d’attitude après avoir découvert un indice qui pointerait vers les services secrets marocains dans le dossier des attentats commis en Europe et dont les auteurs sont majoritairement des ressortissants marocains.

    D’un point de vue négatif, on dirait que la France, avec ce geste vise, probablement, à rappeler aux marocains que la France possède dans ses mains des cartes de pression tel que le soutien aux sahraouis.

    Pour rappel, lors de l’apparition du mystérieux hacker qui se faisait appeler Chris Coleman en pleine crise entre la France et le Maroc suite à la tentative de la justice française d’interroger le patron des services secrets marocains pour acte de torture contre deux citoyens franco-marocains, le ministre marocain des affaires étrangères a accusé la France d’être derrière ce hacker qui a inondé la toile de documents confidentiels de la diplomatie marocaine.

    Tags : France, Maroc, Sahara Occidental, Algérie, terrorisme, économie, crise financière,