Tag: France

  • Enquête sur les biens des présidents africains

    Pendant que leurs peuples vivent dans la misère, trois chefs d’états africains vivraient grand train sur la Côte. La justice ouvre une enquête

    Sous le luxe, le soupçon d’une corruption sans limite ? De Mobutu, en passant par Omar Bongo à Paul Biya, le leader camerounais, ou Denis Sassou Nguesso du Congo, Teodoro Obiang Nguema de Guinée Équatoriale, la Côte d’Azur fut le théâtre d’une somptuaire saga africa. Comme si les rapports Nord-Sud, ici, s’inversaient.
    Pendant que dans leurs pays, la misère, la violence, voire la famine sont le pain quotidien de leurs administrés, les « rois » de ces états africains vivraient ici grand train. Et c’est cette terre de contraste qui est désormais dans le collimateur de la justice.

    L’histoire des biens « présumés » mal acquis par ces chefs d’état africain a pourtant bien failli être classée. Lorsqu’en 2007, l’ONG Transparency International dépose plainte sur les conditions d’acquisition en France (essentiellement à Paris et sur la Côte d’Azur entre Cannes et Menton) d’un important patrimoine immobilier par trois chefs d’État africains, à savoir Denis Sassou Nguesso du Congo, Teodoro Obiang Nguema de Guinée Équatoriale et le défunt chef d’état gabonais, Omar Bongo Ondimda, la chambre criminelle de la Cour de cassation juge la requête irrecevable.

    2 000 ans de salaire…

    Transparency International, ainsi que plusieurs autres organisations non gouvernementales ont pourtant recensé une multitude de biens, de comptes bancaires ou de collections de voiture de luxe que ces trois leaders africains n’auraient pas pu s’offrir… au vu de leurs émoluments officiels. Question : comment un homme qui gagne certes 20 000 euros par mois, est-il en mesure de payer rubis sur l’ongle, une des plus belles villas de la Côte d’Azur, évaluée à prés de 240 millions d’euros. Soit l’équivalent de 2 000 ans de son salaire annuel de président ? Comment tel autre peut faire un chèque de 392 000 euros pour payer à sa compagne, son énième coupé sport de l’année ?

    Ce dossier qu’on pensait enterré va finalement, dans les prochains jours, être confié à un juge indépendant après une décision inédite de la Cour de cassation. Et les investigations qui seront fatalement menées sur la Côte d’Azur – qu’elles confirment ou non les soupçons de corruption – vont, à coup sûr, démontrer en revanche que certains leaders africains n’ont rien à envier en terme de fastes et de bling-bling aux nouveaux russes ou aux rois du pétrole.

    Makaila.fr, 22 nov 2020

    Tags : France, Afrique, présidents africains, biens, 

  • Héritage africain de Chirac : Ombres et lumières

    Jacques Chirac, après 12 ans à la tête de l’Etat français, cède sa place à Nicolas Sarkozy, vainqueur au second tour de l’élection présidentielle du 6 mai 2007.

    Il a fait ses adieux en tant que président de la république non seulement aux Français et à la France, mais aussi aux Africains et à une partie non négligeable de l’Afrique. Il s’agira désormais, pour les uns et les autres, de comptabiliser l’héritage qu’il leur aura laissé, et d’en faire le meilleur usage qu’ils pourront.

    Pour les premiers, c’est-à-dire les Français et la France, le règne de Chirac aura été mi-figue, mi-raisin, en termes de résultats. Et pour les derniers ? Quelles leçons tireront-ils du passage à l’Elysée de celui-là même qui se vantait d’être le meilleur continuateur de la politique africaine de De Gaulle, artisan principal de la loi cadre de 1956 et de la décolonisation de l’Afrique francophone des années 60 ? Car, en réalité, l’héritage africain de Chirac ne peut être objectivement établi sans ces références de l’histoire des relations entre la France et l’Afrique.

    Incontestablement, on dira, comme cela est propre à toute oeuvre humaine, qu’il y aura aussi bien des ombres que des lumières. Avant l’Elysée, la formule de Chirac qui a retenu l’attention des africains est : “Les Africains ne sont pas mûrs pour la démocratie” et, de surcroît, quoique gentils, leurs “bruits” et les “odeurs fortes” rendent la cohabitation avec eux difficile !

    Au-delà de ce qui peut paraître anecdotique dans cette formule (dont le fond est loin d’être faux) et qui trahit des survivances racistes sinon coloniales de son auteur, on peut dire que globalement l’héritage africain du chiraquisme se conjugue avec la “France-Afrique”, dont l’idéologie sous-jacente a traversé tous les régimes de la Ve République jusqu’à Chirac. Même le “Maître d’ouvrage” de la Baule (1991) n’a pas pu remettre fondamentalement en cause la politique néocoloniale paternaliste qui est, en dernière analyse, contre l’émancipation des peuples africains et pour l’exploitation de l’Afrique.

    Une exploitation qui se déploie avec la complicité plus ou moins consciente des chefs d’Etat africains, à travers le précarré africain de la France. Tous y ont contribué. Tous en ont profité, sauf les peuples de l’Afrique francophone. Depuis De Gaulle et Focart, et au nom des intérêts et de la “grandeur” de la France, la presque totalité des présidents français, à des degrés divers, ont entretenu des amitiés “douteuses” et suspectes dites personnelles avec des tyrans, despotes, empereurs et autres dictateurs africains qu’ils ont maintenus au pouvoir contre la volonté de leur peuple, parfois même en tirant sur ce peuple ou en maintenant une situation de conflit intérieur incompatible avec le développement.

    Jacques Chirac n’y a pas fait exception. Bien au contraire. La politique du précarré et la “cellule africaine” de l’Elysée n’ont guère favorisé le développement réel et authentique des Etats africains : le marasme économique sévit encore aujourd’hui, alors que la démocratie a du mal à prendre dans les faits, malgré la présence effective des institutions formelles censées la créer et la maintenir, et les conditionnalités tout aussi formelles énoncées alors par Mitterrand. Des Etats classés derniers dans les indices de développement du PNUD sont africains et francophones.

    Les crises et les conflits se sont multipliés, voire renforcés sur le continent, comme l’atteste la situation en Côte d’Ivoire, au Tchad, en République Centrafricaine, etc. Autant d’éléments qui illustrent l’échec de la politique française en Afrique sous Chirac, même si celui-ci y a trouvé les germes. La France, tous régimes confondus, s’est toujours “nourrie” de l’Afrique, politiquement, diplomatiquement… et économiquement. “La France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts”. La situation, sous Chirac, n’a pas structurellement changé. Est-ce pour cela que les intentions et la réelle sympathie de Chirac pour l’Afrique n’ont pas réussi à se matérialiser dans des opérations durables pour le développement et la réduction sensible de la pauvreté ?

    Les intentions, Chirac en a eu. De très nobles et dans tous les domaines : santé, environnement, aides publiques au développement… et plusieurs tribunes en France, en Afrique ou ailleurs ont été des lieux de plaidoirie de l’avocat “africain” en faveur de l’Afrique : les sommets France-Afrique, la Francophonie, les sommets de l’ONU, etc. Il a même fait des propositions hardies, parfois osées, parmi lesquelles le relèvement des prix des billets d’avion pour aider au financement du développement de l’Afrique, en particulier. Au moins dans les déclarations et les intentions, dont on peut ne pas douter de la sincérité, Chirac aura été l’avocat de l’Afrique le plus régulier et le plus intrépide, notamment au cours de son second et dernier mandat.

    Comme pour se repentir et laisser des idées favorables dans l’esprit des peuples avant de s’en aller, Chirac a eu des idées généreuses pour le continent et même au-delà : son non ferme à la guerre contre l’Irak, la culture du devoir de mémoire (au sujet de l’esclavage et de la colonisation) qu’il a imposée à la conscience collective française participent de cette volonté qu’il a toujours eue de reconnaître la “dette africaine” de la France. Et ce n’est pas rien, dès lors qu’on reconnaît que le développement des peuples passe aussi et surtout par le développement des idées et la reconnaissance de l’histoire.

    In fine, on peut, sans pour autant absoudre celui qui sera bientôt présenté comme l’ancien président de la France, affirmer qu’aussi bien pour les lumières que pour les ombres, Chirac n’est pas seul responsable : la logique implacable du nouvel ordre économique mondial fait de néolibéralisme intégral, l’Europe, la situation intérieure de la France et surtout l’attitude des chefs d’Etat africains eux-mêmes peuvent et ont pu limiter l’effectivité des rêves chiraquiens pour l’Afrique. On ne répétera jamais assez la responsabilité des pouvoirs africains dans la situation délétère de leurs Etats : pour l’essentiel, ils ont tous “trouvé leur compte” dans la politique africaine de la France de Chirac.

    Les rapports difficiles et mouvementés de Gbagbo et de Paul Kagamé avec la France, au travers des crises qu’ont connues leur pays, sont par ailleurs révélateurs de l’émergence d’un nouvel esprit coïncidant avec l’avènement d’une nouvelle génération de chefs d’Etat africains. Peut-être verrons-nous pointer à l’horizon une nouvelle race de chefs d’Etats qui oseront “tenir tête” à l’ancien maître colonial qui, sous des oripeaux divers, reste congénitalement le même. Vu sous cet angle, le départ de Chirac pourrait être le déclic d’une nouvelle conscience politique de l’Afrique vis-à-vis de la France.

    Source : Bakary Goudiabo, 17 mai 2007

    Tags : France, Afrique, françafrique, Jacques Chirac, Laurent Gbagbo, Paul Kagamé, 

  • Maroc : Pourquoi les élites françaises mangent de la main du Makhzen, selon Valérie Trierweiler

    Dans son livre, Merci pour ce moment, publié en 2014, Valérie Trierweiler, ex-épouse du président François Hollande apporte des détails succulents et croustillants sur les méthodes du Makhzen pour apprivoiser les élites françaises quelle que soit leur couleur politique.

    Lors des obsèques funéraires du président sudafricain Nelson Mandela, elle est assise à côté de Nicolas Sarkozy. Celui-ci s’adonne à des confidences révélant les détails de “la somptueuse propriété que le roi du Maroc met à disposition de sa famille”. Un geste du souverain marocain dont Sarkozy est infiniment reconnaissant. Depuis, il est devenu un des premiers lobbistes du Maroc et profite de toutes les occasions pour louer les prétendues qualités de Mohammed VI.

    Une anécdote qui confirme un secret de polichinelle : la collusion entre le Makhzen et les autorités françaises et la prise en charge de la défense des intérêts du Maroc dans le conflit du Sahara Occidental où Rabat jouit de l’impunité pour mater les sahraouis. Une relation basée sur la corruption et des intérêts qui n’ont rien à voir avec ceux des peuples des deux pays. C’est ainsi que le Maroc est perçue par les élites françaises, toutes couches confondues et quelle que soit leur appartenance partisane, comme un département de la France où ils s’y consuisent comme s’ils étaient chez eux.

    C’est le cas aussi pour le président Jacques Chirac qui a avoué avoir une dette envers le père de Mohammed VI. Hassan II, aurait-il financé sa campagne électorale? En tout cas, ce dernier a défendu le Maroc même dans son conflit avec l’Espagne sur le rocher du Persil, connu par les marocains sous le nom de “île de Leïla”.

    La générosité du souverain marocain va beaucoup plus loin, en acceptant de soutraiter pour leurs protecteur français. C’est ainsi que les sociétés mixtes franco-marocaines lancent leur programme conjoint visant à investir l’Afrique. Attijariwafa Banque, la BMCE et Maroc Telecom constituent font partie des moyens déployés en vue de conquérir le continent noir.

    En retour, la France fais usage de son droit de veto au Conseil de Sécurité pour bloquer toute résolution susceptible d’agacer son allié norafricain. Ainsi, le droit à l’autodétermination et la surveillance des droits de l’homme n’ont aucune chance d’être appliqués dans le cas diu conflit du Sahara Occidental.

    Lorsque l’ancien représentant de la France auprès des Nations Unies, Gérard Araud, a qualifié le Maroc de “maîtresse avec laquelle on couche toutes les nuits, dont on n’est pas particulièrement amoureux mais qu’on doit défendre”, les autorités marocaines ont fait semblant d’être contrariés, mais au fond de leurs entrailles, ils sont ravis d’être vus ainsi par leur maître gaullois.

    Tags : Maroc, France, Sahara Occidental, lobbying, Afrique, 

  • Algérie : L’Emir Abdelkader et le Maroc (1832-1847)

    Si l’on aborde les rapports algero-marocains…par autre voie que celle du sentiment, il convient d’ecarter des clichés traditionnels sur la fraternité maghrebine, source de solidarite en cas d’agression étrangere…

    Le moment était venu de mettre à l’epreuve la solidarité marocaine d’autant que l’émir était convaicu que le Maroc n’échaperait pas à la conquête coloniale. C’est pourquoi, il adjura le sultan de se joindre à lui et d’engager toutes ses forces dans la bataille pour le salut commun.

    Avec l’évolution de la guerre, le role objectif du Maroc s’accrut. L’émir croyait y disposer d’un sanctuaire, d’où il s’élançait à l’interieur de l’Algerie pour frapper avec la rapidité de la foudre.

    Mais avec la defaite (du sultan) à la bataille d’Isly (11 mai 1844) et la signature de l’infame traité de Tanger (1844), scellant l’allliance du Maroc et de la France contre l’Emir Abdelkader, (celui-ci) était hors la loi sur les territoires marocains et algeriens….

    Pliant devant les exigences françaises, le sultan somma l’Emir de quitter immédiatement le territoire marocain. Jettant le masque, il se decida à attaquer directement les forces de l’Emir. Il mit sur pied plus de 50.000 hommes répartis en trois divisions sous le commendement de l’un de ses neveux. Que pouvait faire Abdelkader avec ses 2000 fantassins et cavaliers contre une telle force ? Et pourtant, une nuit dans le Rif, il réussit à culbuter et à mettre en déroute deux de ses divisions marocaines, grâce à la fougue de ses combattants et à son génie militaire, usant d’un stratagème digne des plus grands généraux de l’antiquité.

    Sous le coup d’une émotion compréhensible et devant la tournure de plus en plus dramatique des événements, Abdelkader tenta une derniere fois de faire appel à la raison et à la conscience du sultan. Il envoya donc en mission à Fès Bouhmidi, un de ses meilleurs Khalifas. Ce fut en vain : Bouhmidi fut jeté dans un cachot pour y mourir. Fidèle a son pacte avec les français, le sultan Abderrahman adressa à l’Emir l’ultimarum suivant: Abdelkader doit se rendre, par lui-même, au sultan marocain, ou s’en retourner au Sahara algérien…

    L’étau franco-marocain se resserait autour de la petite armée des combattants de la liberte. Le dénouement de l’épopée était proche commencée 1832.

    Le gouvernement marocain et la conquête d’Alger

    Ali Tablit, universitaire et membre du conseil scientifique, a mis la main sur un document important, réédité récement par Thala-chihab (Alger). Il s’agit d’un recueil de lettres émanant principalement de Moulay Abderahmane, Sultan du Maroc, aux chefs militaires se trouvant avec son armée à notre frontière occidentale. Le sultan s’est allié aux français contre l’Emir; après avoir été battu par Bugeaud en 1844 (bataille d’Isly) et subi le bombardement de certains de ses ports par la marine française.

    On peut suivre presque au jour le jour dans ce recueil des lettres traduites par l’interprète Algérien Ismail Hamed (1857-1933), les difficultés que connaît l’Emir au cours des dernières années de son combat à la suite de l’accord franco-marocain.

    Dans le courant de l’année 1920, un lot de lettres chérifiennes a été aquis pour le compte de la bibliothèque générale du protectorat au Maroc. Elles émanent en effet de Moulay Abderahmane ben Hicham qui régna de 1822 à 1859 et ont trait aux événements occasionnés dans la region orano-marocaine par l’établissement des français à Alger. Ces lettres vont du 10 avril 1829 au 2 août 1848 et remontent, par conséquent, aux premières démonstrations françaises qui ont precedé la prise d’Alger.

    Cette coorespondance essentielement confidentielle, adressée à son cousin installé à Tlemcen ou ses agents operants à divers titres entre cette ville et Taza, éclaire curieusement les conséquences de la prise d’Alger et ses repercussions variées sur les divers éléments de la population indigène du nord de l’Afrique. Mais ce qui donne un intérêt particulier aux lettres du sultan Moulay Abderahmane c’est qu’elles révèlent la pensée intime de leur auteur, qu’elles mettent à nu les ressorts cachés et les procédés de la politique du Makhzen de cette epoque, ainsi que l’évolution de cette politique selon les circonstances et la nature des evenements.

    Le sultan prend immédiatement position dans la région de Tlemcen, appelé au secours par une délégation de notables de cette ville contre les conquêrants. Envoyant son cousin Moulay Ali à la tête d’une colonne expeditionnaire et charge Sid Driss ben Hommane El Djerrari d’etre l’intermédiaire entre ce prince et les dites tribus.

    Il s’agit évidement de l’établissement definitif des français à Oran et de la situation créée par cet événement grave dans les milieux indigènes.

    Le bombardement de Tanger a causé une vive émotion et avait fait craindre un déarquement; cest pourquoi Moulay Slimane, fils du sultan, est accouru sur Tanger avec une armée et c’est ce prince qui, dans une lettre datée du 27 radjeb 1260 (12 aout 1844) donne des détails précis sur les dégats faits, le compte des boulets lancés sur la ville, énumère les mesures prises, fait lire aux notables de la lettre de sa majesté. Mais s’il donnait de l’inquietude au Makhzen, Abdelkader lui-même n’était pas exempt de soucis : les algériens qui l’entouraient n’étaient pas très nombreux, il lui fallait tirer toutes les sources du pays, qui souffrait alors d’une hausse des prix, et s’y faire assez de partisans pour tenir tête à l’armée du sultan. Il profitait de la facilité que lui offrait la frontière pour se glisser entre le territoire français et les armées chérifiennes et tendre la main aux nomades Beni Guil, Oulad Djrir et autres dont le concours était précieux et dont le pays pouvait, à l’occasion, lui servir de refuge .

    Le sultan ne songe plus à lutter contre les français solidement installés à Tlemcen et à Maghnia; le danger immédiat et qui ne fut jamais redoutable, c’est la présence sur le sol marocain d’Abdelkader qui avec son prestige, son experience des hommes, de la politique et de la guerre, menace même l’existence de la dynastie filalienne. Le sultan s’arrangera toujours avec ses sujets inconstants et les plus turbulants, quand il n’y aura plus à les seduire et les entrainer cet enjoleur habile dont il parle à son fils en ces termes, dans une lettre du 2 choual 1262 (23 septembre 1846) : Quand à ce que vous dîtes avoir appris de cet intrigant (Abdelkader), de son retour sur ses vues premières, de son sentiment sur les événements auxquels ont été mêlés les krarmas et qu’il deplore amèrement, gardez-vous d’y ajouter foi. Soyez aussi en garde contre les propos que tiennent à son sujet ceux qui manquent de discernement et parlent de sa faiblesse et son impuissance; par ses stratagèmes et sa ruse, il est capable d’obtenir ce que la force des armes et le nombre ne lui donneraient pas.

    En effet, Sidi Mohammed, à la date du 28 rabia (15 avril 1845), annonce au sultan qu’Abdelkader a gagné le sahara et s’est installé chez les Hmiyanes à qui il fait payer des redevances, que les français l’ayant appris, ont fait ont fait partir de Tlemcen une colonne avec un fort convoi de chameaux portant 2 mois de vivres.

    Dans la dernière phase de sa carrière, au cours de l’année 1847 l’Emir a causé au gouvernement français, comme au gouvernement marocain, les mêmes preoccupations et les mêmes difficultés, dans la poursuite du même objectif qui était sa capture. Une entre les deux gouvernements était difficile à réaliser, bien qu’ils eussent le plus intérêt. Et cependant, alors qu’il n’y est eut pas entente concertée, la nature même des circonstances à combiner la double pression française et marocaine pour amener l’Emir à se rendre.

    Le sultan ne pouvait, sans compromettre son prestige, faire appel, contre Abdelkader, à l’aide française. Les français, n’ayant pas, les mêmes scrupules, tentèrent d’agir en liaison avec la Makhzen par une voie detournee. Nous en trouvons la preuve dans une lettre de M. de Chasteau du 19 djoumada 1er 1263(5mai 1847), adresse au Caïd Mohamed El Ahmer, envoyé dans le Rif par le sultan pour réduire Abdelkader et ses partisans. Dans cette lettre, le chef de la mission de France au Maroc offre au Caïd de lui fournir des subsides pour l’aider à accomplir sa mission et ramener les rebelles marocains à la soumission au sultan; car, ajoute la lettre, nous avons le plus gand intérêt à l’expulsion du Maroc de l’Emir Abdelkader et sommes decidés tout ce qui est en notre pouvoir pour y parvenir.

    Mais voici l’échec du Makhzen souligné par le roi à son fils dans une lettre du 2 radjab 1263(18 juin 1847) marque toute l’importance; on y voit les suites d’une attaque bien conduite par Abdelkader et cette déroute y est jugée comme plus grave que celle de la bataille d’Isly. Il y a là, sur ce dernier desastre, une appréciation que nous n’avons pas trouvé ailleurs : “Nous avons reçu, dit Moulay Adberahman, votre lettre et celles qui l’accompagnaient, nous faisant connaître la façon dont s’est comporte le traitre Abdelkader en attaquant de nuit, avec ses partisans des tribus rifaines, l’armée que vous aviez envoyeé dans le Rif. Dieu veuille que cet événement soit le terme de nos epreuves.

    Voyez, ajoute-t-il, Abdelkader avec le petit nombre d’hommes dont il dispose ,dans un pays qui n’est pas le sien, quels resultats il obtient, grâce a son esprit délié, à ses habiles stratagèmes et à sa politique avisée !… Alors que nous les obtenons pas, nous qui avons le nombre, mais nous manquons d’habileté politique! Il nous faut désormais, déployer avec les tribus rifaines une grande fermeté alliée à une bonne politique et à une administration saine; cela est indispensable pour les ramener dans le devoir.

    La lecture des lettres du sultan Moulay Abderahman, en même temps qu’elles nous éclairent sur l’état intérieur du royaume sous son règne le révele comme un prince habile, plein de sagesse et d’une prévoyance qu’il déploya largement et qui lui font honneur à ses talents, si l’on considère si l’on considere ses moyens et le peu de consistance de ses sujets.

    Nous savions que l’Emir, à la fin de sa carrière s’était trouvé acculé sur la frontière maroco-oranaise entre la mer et la basse Moloya, traque d’un côté par l’armée chérifienne et de l’autre par l’armée francaise et on avait, par une forte image, comparé cette situation désésperée à celle du lion encerclé, dont les rugissements font retentir les échos des montagnes .

    Les détails de cette lutte épique, telles que rapportent les lettres chérifiennes, justifient ce qui a été dit des talents de l’Emir Abdelkader, de son habileté politique et de sa trempe exeptionnelle.

    Notes:

    1)D’apres Ismail Hamet, le gouvernement marocain et la conquête d’Alger, “le sultan estime la défaite de son armée plus grave que celle d’Isly”.

    2)Churchill décrit ainsi le stratagème :”Entièrement couverts d’alfa ….qu’on avait plongé dans la poix et le goudron, deux chameaux furent poussés en tête de la petite colonne (celle de l’Emir) et ont mit le feu à l’alfa des chameaux qui, affolés, se lancèrent au galop furieux … les hommes (marocains) se bousculèrent dans toutes les directions.

    Source : algerie-dz.com

    Tags : Maroc, Algérie, France, Emir Abdelkader, colonisation, colonialisme,

  • Commentaire : Bataille

    Par Fouzia Mahmoudi

    Alors que les sondages sur l’élection présidentielle de 2022 en France se multiplient ces dernières semaines, il apparaît de manière de plus en plus évidente qu’il manque à droite une personnalité capable d’enthousiasmer et de rassembler les électeurs de cette famille politique. Et si certains noms ont plus de succès que d’autres auprès des personnes sondées, aucun ne sort, pour le moment, du lot.

    C’est dans cette conjoncture que l’ancienne ministre sarkozyste Rachida Dati a posé des jalons en vue de la présidentielle de 2022 en affirmant au quotidien britannique «The Times» sa détermination à «gagner» cette élection.

    Interrogée, dans le cadre d’un portrait, sur ses projets pour les deux années à venir, l’ex-candidate LR à la Mairie de Paris a répondu : «Gagner l’élection présidentielle de 2022», selon ses propos publiés en anglais par le journal. «Quand vous faites de la politique et que vous gagnez des batailles électorales et que vous faites en sorte que votre cause avance, que vous défendez vos valeurs et une communauté de destins, nécessairement, il arrive un moment où vous vous dites, surtout quand vous voyez l’état du pays, cette bataille, peut-être que je pourrais la mener», a ajouté l’ancienne ministre de la Justice.

    En juillet déjà, Rachida Dati avait estimé avoir «un rôle à jouer» pour la présidentielle. «Ce sera à ma famille politique de choisir un candidat pour 2022», mais «je participerai à cet engagement majeur», avait-elle alors affirmé au «Parisien» en se disant convaincue qu’il n’y a «pas d’homme ou de femme providentielle».

    Début septembre, elle avait cependant assuré que l’ancien ministre Xavier Bertrand, qui se positionne activement pour 2022 depuis l’été, était «celui qui a le plus faim» à droite. «J’ai envie, mais je veux que ce soit le meilleur et je ne sais pas si je peux être la meilleure», avait alors ajouté Dati sur BFM TV en se plaçant «dans une dynamique collective».

    Les Républicains, anticipant une possible défection de François Baroin pour la présidentielle, ont renvoyé le choix de leur candidat à avril 2021. L’ancienne garde des Sceaux est revenue sous les feux des projecteurs après une campagne combative pour la Mairie de Paris qui l’a placée en deuxième position (34 % des voix au second tour) derrière Anne Hidalgo (49 %), alors même que sa candidature au départ avait été largement moquée.

    Par ailleurs, dans le cadre de l’enquête sur Carlos Ghosn, une information judiciaire a été ouverte par la justice sur des faits d’«abus de biens sociaux» et de «corruption passive» autour de contrats de conseil passés par l’alliance Renault-Nissan avec Rachida Dati et le criminologue Alain Bauer, que l’ancienne eurodéputée a régulièrement dénoncée comme une «manœuvre» et une «instrumentalisation».

    Reste à voir si les électeurs de droite à l’échelle nationale, comme l’on fait les électeurs de droite de Paris, seraient prêts à se ranger derrière l’ex-garde des Sceaux, qui malgré les moqueries qu’elle a eues à subir tout au long de sa carrière, a toujours réussi à sortir du lot et à ne pas tomber dans l’oubli comme ce fut le cas pour tant d’autres personnalités politiques avant elle.

    Tags : France, Macron, Rachida Dati, Nicolas Sarkozy, élections, campagne, Paris,

  • Il est temps que l’Afrique s’affranchisse de l’odieux colonialisme français

    Avant de prétendre délier les crises constitutionnelles ainsi qu’électorales, semblables à une malédiction sans fin, l’Afrique françafricaine doit, en premier lieu, s’affranchir définitivement de l’odieux colonialisme français. Car sans véritable souveraineté nationale, il est impossible d’instaurer une “démocratie” crédible, un Etat de droit digne de ce nom, et d’amorcer l’indiespensable dynamique du développement.

    Autrement dit, tous les protectorats bananiers soumis par Paris, seront toujours à la traîne du progrès et de la prospérité économique, comme depuis 1960.

    Entretemps, les despotes et néo-autocrates continueront de sévir, grâce à la protection inqualifiable de la France. Il n’existe pas d’autre noble combat et vrai débat. Tou raccourci soporifique n’est qu’inuutile et vaine incantation.

    Ali Muhammad Diallo

    Source : Twitter

    Tags : France, Afrique, françafrique, colonialisme, colonisation, démcoratie, dictature, despotisme, 

  • Foi et liberté, les feux de l’amour

    par Chaalal Mourad

    « Plus qu’une croyance, la liberté est devenue pour certains une sorte de religion qui a forgé ses propres dogmes, bâti ses propres temples et enrôlér ses propres Templiers. Bien que le sacré chez les uns ne le soit pas chez les autres, il n’en demeure pas moins que la liberté est définie, elle aussi, d’une façon disparate. Ces caricatures répétitives s’adressent-elles uniquement aux musulmans de France ou à ceux du monde entier ? Ces derniers, qui ne cessent de revendiquer chez eux la liberté d’expression au prix de leur vie, sont choqués par cette liberté d’expression made in France qui se donne même le luxe de passer en dérision des sujets sacrés. Ceux qui s’obstinent donc à opposer leur Liberté à la Foi et au Sacré des autres, ne cherchaient-ils pas finalement l’arbitrage du terrorisme pour des raisons obscures ? » disent certains.

    Bien que la liberté soit le présent de Dieu le plus onéreux légué aux hommes dotés de raison, les templiers de la liberté des temps modernes soutiennent, que nous ne serions jamais plus libres, que lorsque nous nous libérerons définitivement de Dieu et de la foi. Le débat sur la place de la liberté et de la foi dans l’espace public dépasse celui de la liberté dans la foi, définitivement tranchée par un principe fondamental de toute religion qui se respecte, celui de la liberté de conscience, qui s’est fait réapproprier par la laïcité moderne laquelle, n’a finalement, fait que bonne lecture de l’esprit saint de la religion.

    Depuis 1789, la laïcité française n’a pas encore soldé tous ses comptes avec la religion. Bien que le débat sur la raison et la foi et par ricochet sur la foi et la liberté ait été et pour longtemps, un débat islamo-islamique avec Al-Fârâbî, les Mutazilites et Averroès puis avec les autres géants de la pensée Juive et Chrétienne : Moïse Maïmonide et Saint Thomas d’Aquin.

    En réalité, la liberté n’a jamais été en rapport antagonique avec la foi, bien au contraire, elle est le seul chemin qui mène vers la vérité et vers Dieu. Quel est donc ce Dieu en déficit d’âmes, qui accepte que l’on lui rabatte des croyants, hauts-les mains et kalachnikovs pointées dans le dos ? Un vrai Dieu, ne devra pas craindre la liberté, pas plus qu’une vraie liberté ne devra craindre la foi, au point de la soumettre sans cesse à des taquineries laïques pour susciter une réaction.

    À cause du sang qui a coulé au nom de Dieu, la foi n’a plus la cote, en France surtout. Répudiée, elle est sans cesse tenaillée par le politique et les médias, alors que la liberté « sacralisée «, elle bénéficie d’une couverture des deux. En ces temps malheureux, où le terrorisme religieux a mis la foi dans le box des accusés, même Dieu s’est retrouvé dans la défensive. Personne n’osait venir la défendre publiquement, sans courir le risque d’être lui aussi, jeté dans le box des accusés.

    Il faut comprendre qu’en France, et depuis un demi-siècle, le conflit entre la foi catholique et l’État laïque était apaisé. À l’affrontement idéologique violent, qui durera du 18e siècle à 1937 pour le contrôle de l’école, a succédé une période de réconciliation, allant de 1945 à 2003. Dès lors, la laïcité allait de soi. Cependant, l’arrivée d’une importante population immigrée d’origine musulmane, la revendication du port du voile et le refus des cours d’éducation physique et de biologie par certains parents d’élèves, ajoutée à cela, les taquineries laïques de nature satirique contre leur religion et les actions terroristes qui s’en ont suivis, ont remis à jour la question de la « laïcité » et le débat sur la place de la liberté et de la foi dans l’espace public. La loi du 15 mars 2004 interdisant le port de signes religieux ostensibles dans l’enseignement public, a suscité de nombreuses controverses, aussi bien en France que dans le monde musulman.

    En soutenant donc qu’il n’y a pas plus sacré que la liberté, en taquinant sans cesse la foi y compris la leur, sans s’en soucier du sentiment de l’autre, les templiers de la liberté semblent franchir toutes les barrières de la retenue. Ces querelles contre-productives, ne servent finalement, ni la liberté ni la foi. Rien ni personne n’a le droit de justifier le terrorisme. Cependant, ces taquineries laïques, ne secouent-ils pas, encore plus qu’ils ne le sont déjà, des esprits secoués par le mal-vivre, l’absence chez eux, de justice, de libertés, de dignité humaine et surtout de culture, et où la religion y demeure la seule et l’unique consolatrice ?

    De l’autre, cet islam dont le discours virulent et anachronique, avec son hidjab, son niqab, sa burqa, sa bouffe halal, son séparatisme et la violence gratuite de certains de ses répondants, ne cesse-t-il lui aussi, d’étouffer les Français, d’imposer ses normes sociales et taquiner, à son tour, la république laïque ? Une république dans laquelle il vit, prospère et use de sa largesse de cœur ?.

    C’est parce que l’islam et la république laïque se connaissent trop bien, qu’ils ne cessent de se chamailler, disent certains. Malgré cela, chacun persiste à enseigner à l’autre ses fondamentaux. Cependant, et en l’absence de didactique, de pédagogie et de respect de l’autre, l’enseignement tourne au vinaigre et chacun reste réfractaire à ce que dit l’autre. Ça ne suffit pas d’être un érudit en quelque chose y compris dans l’exercice de la liberté pour prétendre l’enseigner à autrui, dit-on.

    C’est exactement ce qui se passe avec ces caricatures, qui au lieu de susciter un vrai débat au sujet de la liberté et de la foi, ô combien nécessaire et pertinent pour les deux parties et surtout, au gens de la foi ! Elles font écran à tout effort de réflexion et ne produisent que pincements aux cœurs chez une partie de leurs concitoyens, haine chez les autres et des réactions violentes et inacceptables chez certains radicaux.

    D’aucuns, assimilent ces caricatures à une moquerie de bourgeois et une taquinerie laïque de mauvais goût, à l’égard d’une partie du monde qui vit sous tension. Si ces gens devaient être libérés de quoi que ce soit, nous disent-ils, c’est de la stigmatisation, du dédain porté sans cesse à leur foi et à leur patrimoine culturel qui a tant donné au monde. Ces remparts psychologiques que dressent face à eux, le reflet distordu de l’image et de la peur de l’autre, forment une forteresse où se replient le radicalisme et la haine de l’autre.

    Si le terrorisme demeure la forme de haine religieuse la plus voyante, la plus violente et la plus ignoble; l’invective, le sarcasme médiatique répétitif contre des symboles religieux y compris les leurs, ne seraient-ils pas considéré aussi, comme une forme de haine religieuse light, exprimée à califourchon sur le droit à la liberté d’expression ?

    Heureusement, ces caricatures n’affectent qu’une infime catégorie bien ciblée d’individus, le gros des musulmans n’y prête même pas attention. Les musulmans, qui ont, eux aussi, de brillants artistes, pouvaient, s’ils le voulaient, répondre dessin contre dessin, mais leur système de croyances les empêche. Puisque pour eux, Jésus bénéfice du même statut religieux que leur prophète. En plus, ils risquaient de susciter une réaction encore plus vive chez une partie des chrétiens, très respectueux des autres religions et qui n’ont rien à voir dans cette querelle, imposée par des non-religieux, jugées» ultra laïcs», et risquer d’ouvrir un autre front de violence religieuse, plus vicieux encore.

    À l’instar de cette infime minorité, écervelés de musulmans, complètement disjonctés, qui enjambent la clôture de la raison et passent à l’acte terroriste répréhensible, ces satiristes ne souffrent-ils pas eux aussi, d’un trouble obsessionnel qui les pousse à taquiner sans cesse la religion ? Se sentent-ils, eux aussi, investis, d’une mission sacrée de «Djihad» pour la liberté ? Cet attitude purement Français, de confrontation permanente au fondamentalisme religieux, islamiste surtout, fut hissée au rang de dogme, dans l’exercice de la liberté d’expression made in France. La seule façon pour elle, d’affirmer son autorité médiatique sur son sol et d’élargir le cercle de ses libertés, contrariés par la présence même de l’islam sur son territoire.

    Afin de marquer son territoire de valeurs, réaffirmer et consolider l’ancrage sur son sol, de ce principe fondamental de liberté d’expression et susciter un débat, celle-ci a été poussée à des limites les plus extrêmes. Le risque terroriste qu’elle fait peser sur toute la profession était alors manifeste. Un grand courage, crient certains ! Une irresponsabilité et absence totale de pertinence médiatique, disent les autres.

    Cette énième attaque terroriste à Paris, perpétrée par un jeune pakistanais, dépossédé de son esprit et de sa raison, qui s’en est pris à coup de hachoir à deux pauvres journalistes de l’agence de presse Premières Lignes, non loin des anciens locaux de Charlie Hebdo, ce temple de la liberté d’expression made in France, en est la preuve. Dans cette confrontation, les victimes collatérales sont les musulmans de France qui doivent après chaque acte terroriste, se dédouaner sans ambiguïté de l’acte, se désolidariser des auteurs et se démarquer de l’esprit qui les anime. Ils se sentiront d’autant plus soulagés, que si parmi les victimes, se trouvaient d’autres musulmans, le sang mélangé, atténuera l’amalgame, la stigmatisation et l’islam bashing.

    Le débat sur la laïcité et le séparatisme islamiste en France, ne s’est-il pas alimenté de ces tristes évènements ? N’est-il pas l’un des sous-produits de cette confrontation déraisonnée et disproportionnée entre les templiers de la liberté et les djihadistes de la foi ? Tout cela, a imposé au politique le ton et la cadence du discours, au point de questionner la présence même de l’islam chez eux et les concessions que celui-ci est sommé de faire à la république laïque, s’il comptait encore vivre sur son sol, selon ses seules et propres lois et règles.

    Il se trompe donc celui qui pense que ce débat ne concerne que l’islam. La voracité libertaire des templiers de la liberté, finira par toucher toutle monde, elle trouvera, un jour ou l’autre, le moyen et la brèche pour venir chatouiller les autres religions. La dernière tentation du Christ, ce film américain, de Martin Scorsese de 1988, que l’ ‘Église avait alors dénoncé très fermement, on est l’exemple. Un groupe fondamentaliste catholique avait même incendié le 23 octobre 1988 la salle du cinéma parisienne « Espace Saint-Michel » et la salle du Gaumont Opéra ainsi que celle de Besançon. Un autre attentat du même groupe causa la mort d’un spectateur.

    Plus que jamais, la laïcité est appelée à arbitrer entre la foi et la liberté, à protéger les religions des taquineries laïques impertinentes et protéger les libertés du tic invasive des religions, de nature à étouffer la société, en imposant une seule grille de lecture du dogme. Comme elle l’a déjà fait, en s’interposant entre la religion et le pouvoir et en marquant les limites de chacun dans la vie républicaine. Le faisant, elle a pacifié la vie publique, protégé la religion des abus du pouvoir et protégé le pouvoir des différentes lectures de la religion, de ses courants, de ses schismes et de ses dogmes.

    Finalement, il est nécessaire de rappeler que la diffamation des religions, fait l’objet d’une résolution n° 7/19, adoptée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU et engageant les États à renforcer la lutte contre ce phénomène inquiétant. L’ONU qui a développé cette nouvelle approche des religions et de leur insertion dans l’espace public, mais vis-à-vis de laquelle, les Etats Occidentaux sont toujours réticents.

    Le Quotidien d’Oran, 8 oct 2020

    Tags : France, Macron, Islam, Islamophobie,

  • Opium:

    Par Fouzia Mahmoudi

    Le Président français a fait vendredi dernier un discours sur le séparatisme islamiste en France qui a reçu, selon les familles politiques, un accueil chaleureux, tiède ou outré. Car si du côté des députés La République En Marche et Les Républicains l’on se félicite de la prise de position et de parole d’Emmanuel Macron, l’on est plus circonspect du côté du Rassemblement National où l’on attend que des actes forts suivent les paroles, alors que du côté de l’extrême-gauche, sans surprise, les réactions théâtralement choquées se sont multipliées, que ce soit dans les médias ou même à l’Assemblée nationale.

    Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a d’ailleurs ouvertement accusé, mardi, le parti de La France Insoumise (LFI) d’être lié à un «islamo-gauchisme qui détruit la République», lors de la séance des questions au gouvernement au Parlement. «Je ne m’explique pas qu’un parti comme le vôtre, qui a dénoncé pendant longtemps l’opium du peuple, en soit désormais lié avec un islamo-gauchisme qui détruit la République», a lancé le ministre en réponse à une question d’Alexis Corbière, député LFI de Seine-Saint-Denis, sur le projet de loi en préparation pour la laïcité et contre l’islam radical.

    «Ce que nous faisons, ce n’est pas simplement manifestement de gêner quelques islamistes radicaux», a ajouté Gérald Darmanin. «Quand j’entends vos propos et ceux de Jean-Luc Mélenchon, je sens qu’on gêne aussi beaucoup de votre corps électoral». Juste avant, Alexis Corbière avait accusé le gouvernement de vouloir «fabriquer un agenda médiatique». «Ainsi, vous contournez les problèmes sociaux et sanitaires qui déchirent notre pays en saturant l’opinion d’une question obsessionnelle : l’islam, l’islam, l’islam», avait lancé le député. «Les lois actuelles permettent déjà largement de régler les problèmes pointés par Emmanuel Macron vendredi dernier», a argumenté le député d’extrême-gauche, en référence au discours du Président sur ce projet de loi qui sera présenté le 9 décembre en Conseil des ministres.

    «Vous pouvez actuellement fermer des écoles clandestines où se développe le fanatisme», a ajouté Alexis Corbière, appelant le gouvernement à plutôt agir contre le «séparatisme des riches qui ont leurs propres écoles, leurs cliniques, qui refusent l’impôt». Mais la prise de position, attendue, des représentants de La France Insoumise résulte de leur stratégie ces dernières années qui consiste à flatter les islamistes en espérant que les électeurs issus de l’immigration nord-africaine, bien souvent à tort considérés comme automatiquement musulmans, suivraient le mouvement et voteraient pour eux. Il est vrai qu’après avoir perdu le vote du prolétariat qui préfère désormais dans son ensemble les programmes du Rassemblement National, le parti d’extrême-gauche de Jean-Luc Mélenchon a choisi de devenir le parti des racialistes, indigénistes et extrémistes de tout poil.

    Reste à voir si cette stratégie sera au moins gagnante sur le plan électoral, bien que pour le moment tous les sondages sur la présidentielle de 2022 laissent Mélenchon loin derrière Marine Le Pen et Emmanuel Macron, et surtout loin de son score de 19,58 % qu’il avait réalisé en 2017 au premier tour du scrutin présidentiel.

    Le Jour d’Algérie, 8 oct 2020

    Tags : France, Islamophoie, Islam, eligion, politique, 

  • France : L’islamophobie en gants blancs

    par Djamel Labidi

    J’ai écouté le discours récent du Président français Emmanuel Macron, le 4 octobre dernier, sur «les séparatismes». L’impression qu’il m’en reste peut se résumer en quatre mots: deux poids, deux mesures.

    Le discours est au départ humaniste, civilisé, et, même, disons-le, élégant. Il se refuse à instrumentaliser contre les musulmans la laïcité, et à réduire celle-ci , au final , à une caricature d’elle même. Il fait l’analyse sociologique des causes de la révolte et du développement de l’islamisme dans les quartiers dits difficiles. Il les voit dans les inégalités sociales et culturelles, et dans la marginalisation sociale. Mais le discours se termine, pour son côté concret, par une série de mesures discriminatoires. C’est dommage. Une islamophobie bien pensante, élégante, en gants blancs. Le thème du discours, celui des» séparatismes» est, au début, mis au pluriel. Il se veut ainsi non discriminatoire. Mais ce pluriel s’efface vite pour laisser la place au thème réel, au seul objet du propos, lui au singulier : «le séparatisme islamiste».

    – Lorsqu’il s’agit de contrôler les financements des mosquées et des associations religieuses, ou culturelles c’est de l’Islam qu’il s’agit.

    – Lorsqu’il s’agit de contrôler le recrutement ou la formation des hommes de religion il s’agit des imams.

    – Lorsqu’il s’agit du contrôle des établissements scolaires étrangers en France, il s’agit de ceux des pays arabo-musulmans, notamment des pays du Maghreb. Bref. Une série de mesures discriminatoires envers les musulmans de France , et même les arabes, ou ceux censés l’être …à première vue. La discrimination : là est le fond du problème, là est la source des problèmes Et elle s’accroit au moment même où on déclare vouloir la combattre.

    Des mesures discriminatoires

    – Une série de mesures concerne le contrôle du financement des lieux de cultes musulmans et des associations religieuses et culturelles musulmanes. L’argument essentiel est que des financements viendraient de l’étranger, d’autres pays musulmans notamment. Pour les autres cultes le problème n’est même pas évoqué.

    Une enquête du journal français «Libération» révélait que c’est une idée reçue que celle du financement du culte musulman par des Etats étrangers: 70 à 80% des sommes viennent de collectes parmi les fidèles. Quant au reste, l’argent venant de l’étranger (mécènes et Etats) il va principalement aux grandes mosquées, ce qu’on appelle les «mosquées cathédrales» et qui sont loin d être des lieux de «l’Islam radical». («Liberation», 3 novembre 2016, six idées reçues sur le financement des mosquées et des cultes musulmans»). Le même rapport signale que c’est une autre idée reçue que de penser que ces financements proviennent de l’Arabie saoudite ou du Qatar mais qu’ils provenaient des pays d’origine des musulmans en France, principalement de l’Algérie et du Maroc et dans une moindre mesure de la Turquie. Par contre, une organisation comme «le Fonds social juif unifié», créé en 1950 en France, peut dire ouvertement sur son site, qu’Israël finance ses programmes éducatifs et sociaux sans qu’on trouve officiellement en France à redire ( cf site internet «Appel unifié juif de France « ).

    C’est le cas aussi des Eglises évangélistes françaises qui ont des relations étroites avec leurs consœurs à l’étranger, en particulier aux Etats Unis. Elles entretiennent plus de 350 missionnaires à l’étranger et tout un réseau notamment en Afrique francophone, ainsi qu’en Algèrie et dans tout le Maghreb, à travers le MENA (« ministère évangélique parmi les nations arabophones»). On évaluait en 2005 entre 20 000 et 30 000 le nombre, en Algérie, de protestants évangéliques issus de l’Islam ( cf «cairn.info, les protestants évangéliques français, 2005 ).

    Ailleurs, ces financements ne sont pas dramatisé à outrance: c’est ainsi qu’en Algèrie, la basilique de Saint Augustin à Annaba et l’Eglise «Santa Cruz» à Oran ont été rénovées avec la participation de l’Etat algérien mais aussi de donateurs étrangers ( Etats, comme l’Allemagne, et mécènes). Personne n’a crié au scandale.

    – Un autre train de mesures vise à la formation «nécessairement en France» des hommes de religion. L’argument est le refus qu’ils viennent de l’étranger. Mais ceci vise uniquement les imams.

    Il suffit simplement de signaler, à ce propos, qu’en 2012, on recensait 1689 prêtres étrangers catholiques dans les diocèses de France ( cf Wikipédia, «Eglise catholique en France»).

    Il est exigé, par ailleurs, des imams qu’ils aient un bon niveau de français. Exige-t-on un bon niveau d’Arabe des moines et des prêtres chrétiens en Algèrie et au Maghreb. Exige-t-on qu’ils officient en arabe, ce qui serait au fond possible , comme cela se fait au Liban, en Irak, en Syrie, en Egypte pour ce qui est des coptes. Mais personne ne le demande et c’est tant mieux.

    En Algèrie, et dans d’autres pays arabes et musulmans, les prêtres, les moines viennent bien souvent d’autres pays, notamment de France, sans que personne ne s’en formalise.

    Ces mesures sont présentées au nom de la défense de l’Etat laïque. Elles annoncent en fait son effondrement. En effet, sa base même, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, s’affaiblit ainsi peu à peu, pour laisser la place au contrôle de l’Etat sur la religion dés qu’il s’agit de l’Islam. D’ailleurs le socle de la laïcité en France, la loi de 1905, va être modifiée pour la première fois depuis 115 ans, à cause de…l’Islam.

    – Il y a enfin aussi les mesures concernant le contrôle des établissements scolaires, notamment les lycées, dépendants d’autres Etats, comme c’est le cas des lycées et établissements algériens en France.

    Les dispositions, à ce sujet, sont particulièrement choquantes. Le président Macron est allé, là aussi, jusqu’à parler du contrôle du niveau de français des enseignants. S’il y a bien des lycées importants, influents socialement et culturellement au Maghreb, et ailleurs en Afrique, notamment à travers la formation des élites, ce sont bien les lycées français. Exige-t-on en Algèrie, un contrôle du niveau en Arabe des enseignants français..

    Le 24 juillet 2020, Au Liban, devant la banqueroute financière de l’Etat, le ministre français des affaires étrangères, jean Yves le Drian, avait tenu à annoncer une aide de 15 millions d’euros ….»aux écoles francophones, pilier du système éducatif» ( cf le Monde, «En visite dans un Liban en crise, Jean- Yves Le Drian ), 25 juillet 2020 ). Il faut donc rapprocher ceci de cela.

    Les mesures annoncées ou prévues sont discriminatoires au sens plein du terme. Elles n’ont même pas pour argument la réciprocité car, en face, la tolérance est bien plus grande quoique certains en pensent. Mais de cela, l’opinion en France n’ est pas informée.

    En fait tout cela prend sa source dans une vision complètement fantasmatique, paranoïaque «d’une invasion et d’une menace arabo-islamique. Cette vision semble, désormais, gagner les plus hautes sphères françaises. «Il faut libérer l’Islam en France des influences étrangères», a proclamé le président Macron dans son allocution. On a l’impression d’une razzia sur le sol français. S’il y a menace et invasion et si ces mots pouvaient avoir un sens, elles ne sont certainement pas du côté de l’Islam ou du monde arabe. Imaginons une France, où la plupart des écoles et lycées auraient une grande partie de leurs programmes en arabe. Imaginons une France où la moitié des universités enseigneraient en Arabe. Imaginons une France où une grande part des affaires, des échanges commerciaux se dérouleraient en Arabe. Imaginons une France, où les Français dans la rue parleraient arabe. Et bien, c’est ce qui se passe en Algèrie et au Maghreb ou au Liban, et ailleurs en Afrique, mais au profit du français. S’il y a menace sur l’identité, s’il y a problème civilisationnel, ce n’est surement pas le cas pour la France. Soyons sérieux. Dans cette vision inversée de la réalité, qui sert hélas de pensée à une partie des élites françaises, dans cet esprit rejoignant celui moyenâgeux des croisades, dans cette véritable aliénation à une représentation fantasmatique de l’Islam , dans cette peur pathologique, on se demande comment pourrait progresser une pensée rationnelle, progressiste, comme c’était le cas en d’autres temps comme au siècle des lumières. La pandémie du Corona a joué à cet égard un rôle révélateur, dévoilant l’effondrement de l’esprit scientifique, le glissement vers l’irrationnel, vers la pensée magique, vers des théories complotistes à la recherche tôt ou tard de boucs émissaires, et cela dans des pans entiers de la société, y compris la plus instruite, y compris dans des milieux traditionnellement progressistes.

    «Charlie Hebdo» et le «droit au blasphème»

    J’écoutais ainsi, le même jour, celui du 4 octobre, sur BFM TV, l’interview de Riss, Directeur de publication de Charlie Hebdo. C’est comme si l’actualité traçait un trait entre les deux évènements, cette interview et le discours du Président Macron.

    Riss est un personnage attachant, s’il en est. Et pourtant, soudain, il dit, signe du climat dominant, et sans qu’on comprenne la logique de son propos : « L’existence de Dieu n’a jamais été démontrée scientifiquement. C’est une hypothèse.» Comment peut-on dire tant de bêtises en si peu de mots. On voit donc le bagage intellectuel qui a servi aux caricatures du prophète. Si l’existence de Dieu n’a pas été démontrée, son inexistence l’a-t-elle été ? Si elle n’a pas été démontrée, c’est précisément pour cela qu’elle est une croyance. Si l’existence de Dieu était démontrée, ce ne serait pas une croyance mais une certitude.

    Si elle avait été prouvée, serait- elle une foi? Aurait-elle alors, d’ailleurs, un sens ? A-t-on démontré que deux droites parallèles ne se rencontrent jamais, ou, ce qui revient au même, se rencontrent à l’infini? Mais c’est pourtant un postulat.

    Vision scientiste primaire qui veut, encore une fois, confronter science et religion, rationalité et foi, deux domaines différents de la connaissance, l’un objectif, l’autre subjectif, comme la science et l’art . C’est la même erreur que font des croyants lorsqu’ils veulent faire entrer en compétition science et religion, le fini avec l’infini. Mais passons.

    Ce qu’il y a peut être à noter, c’est qu’avec une telle approche , on ne peut que passer à côté des autres aspects des réactions aux caricatures du prophète, de leurs déterminants sociaux, culturels, historiques, et s’en tenir au fond à une approche bien pauvre.

    L’acte insensé, monstrueux, barbare de ce jeune Afghan devant les anciens locaux de Charlie hebdo aurait-il été possible s’il n’avait pas été obligé de fuir son pays , ravagé par la guerre, menée par des armées «civilisées» dont l’armée française. On apprend même à l’occasion que des unités de sécurité intérieure françaises comme le GIGN sont en opération de guerre en Afghanistan.

    Ce qui complique toujours les choses et les rend inextricables c’est que le bourreau diabolise sa victime, la «barbarise», indiens d’Amérique arrachant «les scalps», «fellaghas égorgeurs» en Algérie, Mau Mau à la machette au Kenya etc…et que la victime, la vraie, finit souvent par ressembler, elle-même, à la caricature que le bourreau en donne. Alors, qu’on ne nous dise pas seulement, comme toujours, que «rien ne peut justifier de tels actes». D’accord. Mais tout ce qui se passe, hélas, dans le monde, peut aussi les expliquer. Que la dénonciation de tels actes ne soit pas le moyen, comme toujours, d’empêcher toute explication, c’est-à-dire d’empêcher de penser, de réfléchir.

    Le problème c’est quand on confond, dans une approche laicarde, la religion en tant qu’institution et la religion en tant que ferment culturel, spirituel, moral de la protestation contre la domination étrangère ou sociale. Qu’on regarde bien: derrière toute protestation violente contre les caricatures du prophète, il y a toujours des groupes sociaux qui souffrent de discrimination sociale ou des pays qui souffrent de la domination étrangère. On s’inquiète en France de «l’invasion islamiste». On s’étonne de la présence d’Afghans sur le sol français. Mais y a- t-il des troupes militaires afghanes en France comme il y a des troupes françaises en Afghanistan ? Combien de morts, femmes, enfants confondus, ont fait les actions de guerre françaises et autres en Afghanistan ? Les bombardements sur la Lybie, dont ceux de l’aviation française, ont fait des milliers de morts. Y a- t-il eu des actions de guerre libyenne sur la France. Et la liste est longue, ponctuée de dizaines de milliers de victimes, et de souffrances sans nom. Le vrai courage, la vraie liberté d’expression ne sont-ils pas de dénoncer tout cela. Sont-ils, au nom d’une tolérance bien pensante, de dessiner des caricatures anti- islamiques, et de caresser ainsi dans le sens du poil une certaine opinion étroite et chauvine, ou bien consistent-ils à affronter les vraies limites à la liberté d’expression: celle par exemple de dénoncer le sionisme en France. Mais sur ce point, c’est la tolérance zéro et il est interdit définitivement de penser. Qu’on se souvienne de ce qui est arrivé à Dieudonné, devenu officiellement un pestiféré, pour son jeu de mots «Isra-Heil ! « sur un plateau de télévision, ou du dessinateur «Siné» congédié de «Charlie hebdo» pour avoir caricaturé le fils de l’ex président Sarkozy se convertissant au judaïsme. C’était pourtant dans les deux cas de l’humour, celui dont se réclame le journal «Charlie Hebdo», celui du «droit à plaisanter de tout». Etrange droit que ce «droit au blasphème» qui est revendiqué. N’a-t-il pas finalement pour fonction de cacher derrière la revendication d’une liberté de pensée totale, la soumission en réalité aux paradigmes de la pensée dominante en France et une intolérance de fait, celle là en gants blancs.

    Le Quotidien d’Oran, 8 oct 2020

    Tags : France, islamophobie, Cgarlie Hebdo, Islam, amalgame, 

  • Franc CFA : Quand la France sort par la porte pour rentrer par la fenêtre

    Le 21 décembre 2019, un accord monétaire signé par le gouvernement français et les gouvernements de 8 Etats de l’Union Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA). Cet accord a donné lieu à une loi autorisant son approbation, loi qui a été adoptée en Conseil des Ministres le 20 mai dernier en France.

    Il s’agit de réformer les instances et le fonctionnement du Franc CFA, monnaie créée en 1945 et qui est donc, une survivance de l’ère coloniale contre laquelle ont lutté beaucoup de responsables politiques, parfois au prix de leurs vies, pour certains. Ont lutté également des économistes, des chercheurs, et des mouvements citoyens qui ont été de plus en plus nombreux ces dernières années pour sensibiliser les opinions publiques à la question monétaire et à la question centrale de la souveraineté monétaire.

    Cette loi propose de rebaptiser le Franc CFA “éco”, mais au delà de cette symbolique, qu’en est-il exactement de cette réforme, des changements qu’elle a introduits? Acte-t-elle la mort du Franc CFA ou organise-t-elle une continuité ou maintient-t-elle la servitude monétaire?

     Pour Martial-Ze Belinga, économiste et sociologue, membre du comité scientifique de l’UNESCO pour l’histoire générale de l’Afrique, coauteur du livre “Sortir de l’incertitude de la monnaie A qui profite le Franc CFA”, paru en 2016, la politique monétaire restera la même puisqu’on a toujours un encrage à l’euro et c’est une monnaie à change fixe avec les contraintes qu’on connaît sur cette monnaie. Sur le régime de change, rien n’a changé. La gouvernance générale de la monnaie n’a pas changé non plus. Les mêmes critères qui sont, d’ailleurs repris de la construction européenne, rien n’a changé de ce point de vue-là.

    “Il y a une proposition de changement de nom et une proposition de changement ethnique dans la garantie financière. C’est d’ailleurs ce que l’UE a retenu. C’est la modalité technique de la garantie financière qui change mais, fondamentalement, l’impression reste française” a-t-il ajouté.

    Pour N’dongo Samba Sylla, économiste chargé de programme à la fondation Rosa de Luxembourg à Dakar, coauteur de “L’arme invisible de la françafrique”, parue en 2018, il y a deux Francs CFA : celui de l’Afrique de l’Ouest et celui de l’Afrique Centrale. La réforme qui a été annoncée en décembre concerne le Franc CFA émis par la Banque Centrale et les Etats de l’Afrique Centrale.

    Il a ajouté que ces réformes annoncées sont des réformes administratives parce que rien ne change à la politique monétaire, les mêmes relations asymétriques entre la France et les pays utilisant le Franc CFA, parce que le France CFA, au delà du nom, est un système qui repose sur des piliers qui sont là depuis 1939 .

    M. Sylla rappelle que la parité fixe avec la monnaie française, au départ sur le franc CFA et maintenant sur l’ECO. Rien n’a bougé. La possibilité pour les entreprises françaises de pouvoir rapatrier leurs fonds sans restriction, cela n’a pas changé non plus. Le principe que le trésor français soit le “garant” du Franc CFA et on sait que cette notion de garantie, en fait, n’a aucune valeur, parce que, historiquement parlant, ce sont les pays africains qui ont garanti la parité du Franc CFA vis-à-vis de l’euro. C’est des mécanismes disciplinaires mis en place pour que les pays africains ne puissent jamais avoir besoin de la garantie, un fait que même le texte de projet de loi reconnaît. Tant qu’il y a un accord de coopération entre les pays africains et la France avec ce statut de “garant” du trésor français, on est toujours dans le colonialisme monétaire.

    Tags : France, Franc CFA, Afrique de l’Ouest, CEDEAO, UEMOA, Afrique Centrale,