Tag: #algérie

  • John F. Kennedy sur la crise algérienne (1957)

    Note de l’ éditeur: Dans cet article du 5 octobre 1957, question de l’ Amérique , le sénateur John F. Kennedy du Massachusetts revisite un discours qu’il a prononcé le 2 Juillet 1957, sur le plancher du Sénat, sur la situation politique en Algérie .

    Le 17 septembre, la session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies s’est réunie à New York. Le 24 septembre, une session extraordinaire du Parlement français s’est réunie à Paris. La convergence de ces deux événements n’est pas accidentelle. Ils dénotent tous deux une préoccupation mondiale croissante pour une solution à l’impasse algérienne.

    Les impératifs de l’unité occidentale et la nécessité de maintenir l’influence occidentale dans les régions non engagées du monde font de la question algérienne l’une des questions centrales de la politique mondiale et de l’équilibre des pouvoirs mondiaux. Car l’Algérie, loin d’être un segment isolé du continent africain ou une ruelle politique, vibre de pressions croisées et d’influences qui ont leur source en France, au sein de l’alliance de l’OTAN, en Afrique libre et surtout parmi les Etats voisins de la Tunisie et Maroc. C’est un fait mélancolique que l’incapacité de trouver un règlement tolérable en Algérie érode sérieusement les possibilités d’un penchant vers l’ouest dans tous les États nouvellement libérés d’Afrique.

    “Les impératifs de l’unité occidentale et la nécessité de maintenir l’influence occidentale dans les régions non engagées du monde font de la question algérienne l’une des questions cruciales de la politique mondiale et de l’équilibre du pouvoir mondial.”

    Certains impératifs d’indépendance
    Le 2 juillet, j’ai pris la parole sur le parquet du Sénat afin d’essayer de clarifier pour l’opinion américaine la situation en Algérie et de sensibiliser les Américains aux graves dangers qui guettent l’Occident dans la rébellion paralysante en Algérie. J’ai estimé qu’un règlement durable ne pouvait être atteint qu’en adoptant une voie qui conduirait, dans un avenir mesurable, à l’indépendance de l’Algérie, de préférence dans un cadre fédératif ou interdépendant. J’ai exprimé l’opinion que les bureaux de médiation de l’OTAN ou des chefs d’État tunisien et marocain pourraient fournir le mécanisme permettant d’élaborer un tel programme et un tel calendrier. Si de telles lignes d’effort étaient infructueuses, je pensais que l’ONU était en droit de débattre de la question, d’explorer des méthodes de médiation et de recommander une solution.

    À mon avis, l’ONU en tant qu’organe ne constitue pas le forum idéal pour parvenir à une solution, et il ne fait aucun doute qu’un règlement obtenu par négociation directe ou médiation est de loin préférable, mais nous ne pouvons pas non plus exclure un débat international lorsqu’une question telle celui-ci, dont les effets se font sentir dans de nombreux domaines qui débordent bien au-delà des frontières de la France, est inscrit à l’agenda de l’ONU. Il était déjà clair en juillet que la question serait soumise à la prochaine Assemblée et que les États-Unis devraient adopter une position plus réaliste que notre ancienne formule de «neutralité». Notre neutralité, nous aimons à croire, signifie une attitude bienveillante, mais son apparence superficielle d’ordre ordonné et d’antisepsie masque en réalité une attitude aux conséquences tout aussi positives que l’action directe elle-même.

    Ce discours a suscité une large réponse tant dans ce pays qu’à l’étranger. Les lettres individuelles ont été très favorables, tandis que la réaction éditoriale et le courrier de la France ont été beaucoup plus défavorables et hostiles. J’ai cependant reçu un certain nombre de messages de Français qui étaient d’accord avec ma position et qui représentaient une partie du mécontentement notable des dirigeants indépendants de l’opinion française face à la dérive et à la stagnation de la politique française en Algérie – au moment même où ce pays est avancer sur de nombreux programmes nationaux prometteurs, ainsi que sur de nouveaux projets politiques en Afrique occidentale française et en Europe occidentale.

    “Mes détracteurs ont comparé ceux qui parlent de la question algérienne à des intrus dans une difficulté familiale intime ou à des intrus insouciants.”

    Dans cet article, je voudrais tenir compte de certaines des critiques récurrentes qui ont été faites à mon propos et mesurer brièvement les chances de règlement résultant des délibérations tant de l’Assemblée générale que de l’Assemblée nationale française.

    Il n’y a, bien sûr, aucune dispute avec ceux qui estiment que discuter de la question algérienne autrement que les clichés de la politique officielle française, c’est commettre un outrage moral ou toucher les nerfs nationaux qui sont bien trop bruts pour l’observation étrangère. Mes détracteurs ont comparé ceux qui parlent de la question algérienne à des intrus dans une difficulté familiale intime ou à des intrus insouciants. Mais peu éloigné de cette position est celle de ceux qui soutiennent que les compulsions impérieuses de fidélité à l’alliance de l’OTAN et à notre plus vieil allié, la France, interdisent l’aération de toute situation qui a ses racines nationales en France. C’est une vision extraordinairement étrange et archaïque d’une alliance dont la conception même était basée sur l’espoir que les problèmes pourraient être partagés, la consultation encouragée et des solutions plus larges ainsi obtenues.

    La critique la plus courante adressée à mon discours, notamment par Robert Lacoste, résident général français en Algérie, et dans la presse populaire française, est que la question algérienne pâlit d’importance face à nos propres problèmes de relations raciales avec les Indiens d’Amérique et à Porto Rico. Je suis entièrement d’accord avec la conviction qu’un échec à parvenir à un règlement pacifique de nos problèmes raciaux dans le Sud et ailleurs aux États-Unis est extrêmement préjudiciable à notre position internationale ainsi qu’au tissu de notre propre vie nationale. Il est parfaitement vrai que les progrès réalisés jusqu’à présent sont insuffisants et nécessitent une amélioration et une extension continues. D’un autre côté, les dirigeants les plus responsables de notre vie nationale reconnaissent rapidement le problème, ne considèrent pas la discussion ouverte et la critique des politiques actuelles comme une trahison ou une division dangereuse, et n’ont pas fermé leurs esprits et les yeux sur les injustices qui ont été et sont commises. Le souci des enjeux internationaux ne nous empêche pas de voir les failles de notre vie domestique.

    Pourquoi les Français font allusion avec insistance aux Amérindiens est déconcertant, car ils se trompent gravement s’ils croient que nos cruautés largement reconnues envers les Indiens au cours des siècles passés représentent le tempérament et l’éthos dominants de l’opinion américaine. Les Français pensent-ils avoir droit à un bain de sang similaire au XXe siècle? Quant à Porto Rico, sa situation actuelle semble donner une morale différente de celle que les Français tireraient. Nous voyons à Porto Rico à quoi peut aboutir l’octroi opportun de larges libertés politiques combinées à un programme de développement économique: non pas l’anarchie, le terrorisme généralisé ou la désintégration sociale – comme le soutiennent les publicistes français – mais un Commonwealth qui a volontairement renoncé à l’indépendance totale mais qui jouit d’une large autonomie , tous les droits politiques fondamentaux, un leadership vigoureux et clairvoyant, et l’un des gouvernements les plus véritablement populaires et les plus larges au monde. C’est peut-être notre succès même à Porto Rico qui encourage de nombreux Américains à croire que l’Algérie, elle aussi, peut soutenir une concession plus généreuse de la liberté politique.

    La critique la plus courante adressée à mon discours … est que la question algérienne est pâle en regard de nos propres problèmes dans les relations raciales avec les Amérindiens et à Porto Rico.

    Pas besoin de fatalisme
    Une autre critique, à laquelle il est difficile de répondre et qui caractérise beaucoup l’opinion française à demi articulée, est mieux représentée dans deux éditoriaux récents sur l’Algérie dans la presse américaine. Un de ces journaux, dont les chroniques de reportages ont fourni une bonne partie des preuves factuelles que j’ai présentées dans mon discours, adopte une position de fatalisme presque passif, arguant que les événements doivent suivre leur cours naturel et qu’en tant qu’Américains, nous devons regarder avec sympathie pendant ses décrets dans le dilemme tragique des Français. L’opinion américaine est vraisemblablement de jouer le rôle du chœur dans les tragédies grecques. Ou, de façon plus fantaisiste, nous devons adopter le vieux point de vue, attribué aux Autrichiens, selon lequel la situation nationale est «désespérée mais pas grave».

    C’est, bien sûr, le refrain sans fin que l’Algérie est une question française entièrement «interne» qui rend futile tant de discussions sur l’Algérie et obscurcit les voies de solution possibles. La politique française a été de mettre en place une série de «No Trespass! panneaux. Ces derniers mois, ceux-ci ont été renforcés par une longue ligne de «Danger — High Explosives!» des signes, comme pour indiquer que tout commentaire étranger critique des Français n’invite que de nouvelles vagues de terrorisme, ouvre les vannes du communisme et du panarabisme toxique, et permet la destruction de la France elle-même.

    Mon discours a reconnu le fait que l’Algérie est une question coloniale inhabituellement compliquée et ambiguë et que les mérites de l’affaire ne sont pas entièrement clairs. J’ai noté qu’un nombre relativement important de Français résidait depuis longtemps en Algérie, qu’il y avait des horizons passionnants de nouveau développement économique du pétrole et des minerais en Algérie, qu’il y avait des clivages raciaux importants. Aucun slogan ou formule simple ne fournira une solution facile et une justice parfaite dans le différend est impossible à obtenir.

    “Aucun slogan ou formule simple ne fournira une solution facile et une justice parfaite dans le différend est impossible à obtenir.”

    Les Français en Algérie
    Il ne fait aucun doute que la barrière la plus difficile à l’installation est posée par le million de Français, dont moins de la moitié sont de sang français, qui constituent des colons et des citoyens permanents en Algérie. De toute évidence, leurs revendications méritent d’être reconnues. Mais ce sont aussi ces mêmes colons qui ont obtenu pour eux-mêmes une position très préférée en Algérie, qui ont détenu un droit de veto effectif à l’Assemblée nationale et à la résidence générale, qui ont une emprise économique sur l’Algérie et qui se sont étouffés à chaque fois. possibilités de participation politique et de leadership – et même d’éducation – au sein de la communauté musulmane. Le nationalisme algérien, qui est désormais une réalité politique et pas seulement le slogan d’un petit noyau de bandits ou d’agents étrangers,

    Sans aucun doute, il y a eu des occasions, même dans un passé récent, où un régime éclairé en Algérie aurait pu en faire une véritable partie de la France si un spectre commun de droits et d’opportunités avait été créé. Mais les Français n’ont pas donné suite à leurs meilleures propositions et ont reculé devant les conséquences de leur propre image théorique de l’Algérie en tant que partie organique de la nation française. Même les promesses très limitées du Statut de 1947 n’ont jamais été tenues. Au cours des trois dernières années, l’opinion musulmane s’est éloignée de manière marquée et décisive de la domination française, de sorte que de nombreuses cordes d’intérêt commun ont été rompues. C’est l’intransigeance politique française ininterrompue du passé qui rend si difficile de réprimer le scepticisme sur les réformes «modérées» qui sont dans l’air maintenant à l’approche de la saison des récoltes à l’ONU.

    Si la communauté française d’Algérie n’est pas entièrement composée d ‘«inconciliables» – l’éminent maire d’Alger, Jacques Chevallier, est une exception notable – il n’en reste pas moins que sa voix et son influence dominantes sont dures, dures et inflexibles. La presse algérienne est vicieusement déformée, tandis qu’en France même, des efforts répétés du gouvernement ont été déployés ces derniers mois pour museler les critiques à l’égard de l’Algérie et blanchir les reportages francs sur l’Afrique du Nord. Lors de la dernière réunion de l’Institut international de la presse, le gouvernement français a été condamné pour ses suppressions répétées de la liberté de la presse sous le couvert de la sécurité et de l’intérêt national. Heureusement cette version française du «brouillage» n’a pas réussi à cacher les dures vérités. Pas seulement des journaux indépendants comme Le Monde et L’Expressen France mais d’autres grandes revues internationales telles que le New York Times , l’ Observer et The Economist en Angleterre, et la Neue Züricher Zeitung en Suisse n’ont pas failli à leurs responsabilités journalistiques. On se demande pourquoi le gouvernement français a mis autant d’obstacles sur la voie de ceux qui cherchent à savoir où se trouvent les libéraux français «disparus» et les faits derrière les accusations de torture. Il est triste de constater que les extrémistes français ont généralement bénéficié de la protection de la police française et ont également eu des contacts étroits avec la résidence générale. Cela est vrai même maintenant sous M. Lacoste, venu à Alger annoncé comme l’architecte de solutions «libérales» nouvelles et définitives.

    “Au cours des trois dernières années, l’opinion musulmane s’est éloignée de façon marquée et décisive de la domination française, de sorte que de nombreux cordons d’intérêt commun ont été rompus.”

    Le communisme est-il une menace?
    La critique la plus importante de ma position est certainement l’opinion honnête de nombreuses personnes selon laquelle relâcher le contrôle français en Algérie ferait de ce pays une victime de la direction arabe communiste ou extrémiste et le transformerait en une arène de terrorisme et d’anarchie incontrôlables. Je dois dire que je partage la peur de ces critiques; Cependant, je ne suis pas d’accord avec eux, car la poursuite de la politique actuelle isole mieux l’Algérie de ces dangers. Les dirigeants algériens sont également devenus plus intransigeants, mais même maintenant, ils se tournent encore largement vers l’Occident et vers des hommes comme le premier ministre Habib Bourguiba, qui souhaite donner à toute l’Afrique du Nord française une distribution occidentale. Plus les aspirations légitimes algériennes sont supprimées, plus le danger d’une prise de contrôle réactionnaire ou communiste dans toute l’Afrique devient grand. Car non seulement la guerre d’Algérie est terriblement préjudiciable à l’économie française et aux espoirs d’une exploitation efficace des richesses sahariennes; il crée également de nouveaux écarts entre la France et les nouveaux pays indépendants que sont la Tunisie et le Maroc. De plus, une telle impasse comme celle de l’Algérie rend très difficile pour les États-Unis et leurs alliés de mobiliser l’opinion dans le monde non engagé contre les plus grands outrages impérialistes de l’Union soviétique en Europe de l’Est.

    Les discussions qui ont lieu actuellement en France concernant un nouveau statut pour l’Algérie indiquent au moins que des voix un peu plus froides et plus raisonnables se font désormais entendre au sein du cabinet français, même si celles-ci peuvent être dépassées en nombre de droite et de gauche. Au moment de la rédaction de cet article et avant la réunion du Parlement, il est impossible de porter un jugement définitif sur les propositions. Mais à partir des quelques articles de journaux, dont certains semblent faire peu autorité, on peut au moins soulever certaines questions.

    Si les Français ne recherchent qu’une formule écrite qui leur obtiendra cette année le nombre requis de voix à l’ONU, alors leurs nouveaux plans ne recevront pas – ni ne mériteront – l’assentiment algérien et nord-africain dont ils ont besoin pour être efficaces.

    Prises de façon restrictive, les propositions actuelles ne semblent pas apporter beaucoup plus que ce qui était prévu par le statut de 1947. Si le nouveau statut donne simplement un peu plus de décentralisation, alors il n’atteint aucun des vrais problèmes de l’Algérie. Cependant, il semble que quelques membres du cabinet français et certains membres du MRP soient favorables à un statut qui conférerait une large autonomie fédérale. Ces propositions peuvent être suffisantes pour fournir une base de négociation et de règlement. La question de savoir si elles le feront dépend cependant de la question de savoir si le nouveau statut est provisoire – un pas sur la voie de l’autonomie gouvernementale éventuelle – ou s’il constitue une offre et un règlement définitifs. Au-delà de cela, nous ne savons pas maintenant si ce statut ou une partie de celui-ci doit être négociable avec les dirigeants algériens, ni l’étendue des pouvoirs de «réserve» maintenus par le gouvernement français. Une estimation complète des propositions françaises ne peut donc pas être faite avant la publication du texte final. De plus, quel type de défense leur sera-t-il donnée au Parlement? Le gouvernement français considérera-t-il encore l’Algérie comme une partie «intérieure» permanente de la France? On ne peut pas encore répondre à ces questions.

    Beaucoup dépendra aussi de la réaction et de la contre-réponse du gouvernement français aux deux pointsen Algérie, qui ont sabordé tant de plans précédents et percé tant d’autres ballons d’essai. Si les Français ne recherchent qu’une formule écrite qui leur obtiendra cette année le nombre requis de voix à l’ONU, alors leurs nouveaux plans ne recevront pas – ni ne mériteront – l’assentiment algérien et nord-africain dont ils ont besoin pour être efficaces. À mon avis, ils ne devraient pas non plus recevoir l’appui de la délégation des États-Unis à l’Assemblée générale. Si, toutefois, nous pouvons être convaincus que les Français fournissent plus qu’une imposition unilatérale de termes dénués de sens et qu’ils commencent des progrès visibles et soutenus vers une forme d’indépendance politique de l’Algérie, alors nous devons réagir favorablement. Mais nous devons faire attention à ce que nous obtenions de la substance ainsi que de la forme dans tout nouveau plan,

    Comme je l’ai dit le 2 juillet, les réverbérations de la crise algérienne touchent les intérêts les plus vitaux de tout le monde libre: l’OTAN, les propositions émergentes d’un marché commun pour l’Europe, l’Euratom et la croissance précaire des nouveaux États d’Afrique. Toutes ces grandes entreprises et ces grandes visions n’aboutiront, je le crains, à rien si nous ne pouvons refermer la plaie algérienne. Il est vain, par exemple, de parler de développement saharien tant qu’il y aura une instabilité politique telle que celle qui existe actuellement en Afrique du Nord française.

    Je suis convaincu que les véritables intérêts de l’amitié franco-américaine seront promus par une résolution de la crise algérienne. Ni la France ni l’Alliance atlantique ne peuvent se permettre une autre Indochine. Ce n’est pas un anticolonialisme sentimental et dogmatique, mais les dures réalités du monde dans lequel nous vivons, qui appellent toutes les nations à contribuer à la recherche d’une solution algérienne.

    John F. Kennedy était le 35e président des États-Unis. Il a écrit “La crise algérienne: une nouvelle phase?” pour l’ Amérique alors qu’il était sénateur américain du Massachusetts en 1957.

    Source : America, the Jesuit Review

    Tags : Algérie, France, colonialisme, colonisation, John F. Kennedy,



  • La normalisation, une menace sérieuse tant pour le Maroc que pour l’Algérie

    La normalisation représente une “menace sérieuse et existentielle tant pour le Maroc que l’Algérie”, a averti le président de l’Observatoire marocain contre la normalisation, Ahmed Wihmane, appelant les peuples du Maghreb à contrer “les plans sionistes visant l’unité et la stabilité de la région”.

    “Nous sommes face à une menace sérieuse et existentielle tant pour le Maroc que l’Algérie, voire pour toute la région du Maghreb”, a souligné M. Wihmane dans un entretien à l’APS depuis Rabat. Etayant son propos concernant les dangers de cette normalisation pour les pays du Maghreb et pour l’Algérie, en particulier, il a rappelé les allégations faites par le sioniste Bernard-Henri Lévy lors d’une conférence à Marseille (France), affirmant que “l’Algérie (…) est juive et française”.

    Pour le militant marocain, “il n’est pas exagéré de dire que nous assistons à la préparation d’un transfert de l’Etat d’Israël vers le Maroc, d’où la percée sioniste sans précédent dans le Maghreb et principalement dans le royaume marocain”, a-t-il dit.

    Il a évoqué, à cet égard, plusieurs articles publiés par la presse israélienne et révélant un dangereux scénario visant la région, notamment l’article publié récemment par le journal Yediot Aharonot et faisant état d’un ancien plan sioniste remontant à 1903 et visant l’établissement de “l’Etat d’Israël” au Royaume du Maroc.

    Mis de côté après la mort du fondateur du mouvement sioniste Theodor Herzl, ce plan est exhumé aujourd’hui “faute de perspectives en Palestine après l’expérience de soixante-dix ans de résistance”, a expliqué le président de l’Observatoire marocain contre la normalisation.

    S’agissant des revendications des “juifs marocains” relatives à la récupération de “leurs biens au Maroc” en engageant de grands cabinets d’avocats, l’activiste marocain a affirmé “qu’ils ne se contenteront jamais de réparations pour des bien qu’ils n’ont même pas laissé puisque qu’ils ont vendu avant de partir pour la Palestine occupée”. Soutenant que leur objectif “est la main mise sur le Maroc et la région tout entière à travers ces prétentions et les mythes de tombeaux de prophètes et de saints patrons juifs”, il a cité, à ce propos, le titre : “Maroc, terre juive” de la Une d’un des magazines marocains francophones.

    Pour ce qui est du bien-fondé de l’action en justice intentée par des avocats marocains pour contester la décision de normalisation, M. Ahmed Wihmane a déclaré :”Nous avons fait notre devoir sur le plan juridique comme nous le faisons sur d’autres. Nous fondons notre espoir sur Dieu et le grand peuple marocain”. “Ouvert dans le cadre des accords d’Oslo, le bureau de liaison sioniste avait été fermé pour la première fois en 2000 et nous le fermerons encore cette fois, car le danger guette tous les Etats du Maghreb arabe”, a assuré le président de l’Observatoire marocain contre la normalisation.

    Concernant le rejet de la normalisation par la rue marocaine et la campagne de restrictions sécuritaires visant les activistes marocains, M. Wihmane a indiqué qu’”en dépit des restrictions et du blocus contre toute opinion contraire à la position officielle au sujet de la normalisation, les manifestations n’ont pas cessé dans plusieurs villes marocaines”. A cette occasion, il a déploré “la violation par la police marocaine du droit constitutionnel des Marocains à l’expression pacifique et la répression des différentes contestations dénonçant la normalisation sans le moindre respect des engagements internationaux en matière de droits de l’Homme”.

    Pour le président de l’Observatoire marocain contre la normalisation, “la violation des droits, la restriction des libertés et le blocus sécuritaire ne sont que les premiers fruits de la normalisation”. “La confrontation entre le peuple et l’Etat est l’un des principaux objectifs stratégiques de la bombe jetée par l’entité sioniste et l’administration américaine au Maroc pour faire exploser toute la région”, a-t-il poursuivi expliquant que “lorsque l’Etat réprime le peuple, la tension est attisée et l’Etat affaibli, ce qui facilitera le passage à la phase d’affaiblissement et de la division puis à la domination totale pour la mise en œuvre du plan “B”, à savoir l’établissement d’un “nouvel Israël”.

    Agences

    Tags : Maroc, Algérie, Sahara Occidental, Israël, normalisation,

  • David Schenker veut désamorcer la crise entre le Maroc et l’Algérie

    Il veut désamorcer la crise entre le Maroc et l’Algérie: Le Secrétaire d’Etat adjoint américain attendu à Alger

    par Z. Mehdaoui


      Donald Trump tente de désamorcer la crise entre Alger et Rabat après son incroyable décision de reconnaître une prétendue souveraineté marocaine sur le Sahara occidental mais va aussi essayer de justifier son «forcing» sur le royaume chérifien qui a abdiqué, contre toute attente, en recevant une représentation de l’Etat hébreu sur son sol.

    A quelques jours donc de son départ du bureau ovale, Trump va dépêcher un «émissaire» à Alger, pour atténuer la colère des responsables algériens qui voient d’un très mauvais œil la présence d’Israël à ses frontières de l’Ouest, avec tout ce que cela implique en termes de sécurité.

    «Le secrétaire d’État adjoint aux Affaires du Proche-Orient, David Schenker, se rendra en Jordanie, en Algérie et au Maroc du 3 au 12 janvier pour discuter de la coopération dans les domaines de l’Economie et de la Sécurité avec des dirigeants gouvernementaux», annonce à cet effet le département des Affaires étrangères américain qui précise que lors de son déplacement, le Secrétaire adjoint Schenker «soulignera le profond engagement des États-Unis à favoriser la prospérité économique, la paix et la stabilité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord».

    Les derniers développements dans la région, notamment, le conflit du Sahara occidental, serait à l’origine de cette tournée qui intervient à la veille du départ problématique de Donald Trump.

    La visite intervient dans un contexte explosif du fait de la reprise des hostilités entre le Front Polisario et l’armée marocaine depuis plusieurs mois et qui a mis toute la région sur une véritable poudrière qui risque d’exploser à tout moment. Il faut rappeler que le Maroc devient ainsi le quatrième pays arabe à normaliser ses relations avec l’entité sioniste, depuis le mois d’août dernier, après les Emirats arabes unis, le Bahreïn et le Soudan. Le Maroc a annoncé jeudi dernier, la reprise des relations diplomatiques avec Israël «dans les meilleurs délais», avec la reprise des contacts officiels et ouverture des bureaux de liaisons dans les deux pays.

    Cadeau «royal» et empoisonné livré par le président américain Trump avant son départ ? Certainement. D’autant que la rue marocaine commence, après avoir accusé le coup, à s’agiter. Et il serait très aléatoire de prévoir jusqu’où elle pourrait aller… Toutefois il y a lieu de préciser que durant longtemps, un des souhaits les plus chers de l’Etat hébreu, à travers notamment son service de renseignement, le Mossad, était de s’incruster dans la proche périphérie de l’Algérie. Le Sahara, gorgé de pétrole, était un point de fixation. Mais le rêve était d’autant plus impossible à réaliser que le renseignement algérien tournait au quart de tour. Le tour de passe-passe que le Mossad a imaginé alors était de se rendre utile à de nombreux régimes, notamment pour les questions sécuritaires. Des liens discrets, mais concrets, avec certains États-clés lui laissaient espérer nouer des relations économiques et politiques toujours plus étroites. Aujourd’hui avec l’officialisation de la normalisation israélienne avec le Maroc, avec la bénédiction américaine le Rubicon a été franchi dans la région.

    La position de l’Algérie par rapport à cette question ou sur le dossier sahraoui a toujours été immuable. En dépit d’une puissance de feu jamais égalée dans toute l’Afrique, l’Algérie a toujours privilégié le règlement des crises par les voies pacifiques et diplomatiques. Mais cette «doctrine» semble dépassée par les événements car ce «repli» de l’Algérie est perçu comme une faiblesse dans la région ce qui a encouragé notamment le Maroc à afficher clairement son hostilité envers son voisin de l’Est. C’est dans ce contexte que le sous-secrétaire américain va entamer sa visite dans les deux pays en tentant de réconcilier l’inconciliable en faisant valoir bien évidemment la place «de juge et partie» des USA dont l’image est ternie durablement par la politique de Donald Trump.

    Le Quotidien d’Oran, 5 jan 2021

    Tags : Maroc, Algérie, Sahara Occidental, Front Polisario, Normalisation, Israël, Donald Trump, David Schenker,

  • Complots du Maroc contre l’Algérie

    Maroc : Comment la DGED a manipulé le dénommé MAK

    La boîte mail de Mourad El Ghoul, chef de cabinet de Yassine Mansouri, continue de dévoiler les secrets de la DGED. Parmi les secrets les lieux entretenus par le service de renseignement makhzénien, les liens qu’il entretient avec le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK), dirigé par le traître Ferhat Mehenni, dont les relations avec d’autres services étraangers, y compris le Mossad, ne sont plus à prouver. L’argent qu’il recevait non plus.

    Il est maintenant établi que les Marocains ont fourni assistance à Ferhat Mehenni pour fomenter une insurrection dans la région de Kabylie, sans évaluer ces conséquences devastatrices, pas seulement pour l’Algérie mais également au Maroc, en proie aussi à plusieurs mouvements insurrectionnels indépendantistes, notamment dans la région du Ri.

    Comme le prouvent ces emails, Mourad El Ghoul demandait à ses acolytes Ahmed Charai, Nadia Jalfi, Abdelmalek Alaoui, Karim Bouzida, Claude Moniquet, Ali Bahaijoub, Jean Louis Martienelli, Hasna Daoudi, Said Ida Hassan, Sidy Gay, etc, d’écrire des articles au titre accrocheur tels que « Violences algériennes anti-Kabyle » ou « violences policières en Kabylie », pour tromper l’opinion internationale sur la réalité des choses.

    Mourad El Ghoul entretenait des conctacts avec des membres du MAK utilisant les adresses mail postmaster@makabylie.org et president@makabylie.org. C’est lui qui a programmé et dirigé les actions de Meheni en France et aux Etats-Unis en vue de promouvoir les plans conspirtoires de ce dernier contre son pays, l’Algérie. Sous les ordres d’Ahmed Charaï, le journaliste français Vincent Hervouet a reçu le mercenaire kabyle dans son programme « Ainsi va le monde » sur les antennes de LCI.

    Il y a lieu de rappeler que les services de renseignement du Maaroc ne sont pas à leur première action malveillante à l’égard de l’Algérie. Ils ont déjà manipulé l’organisation terroriste GIA, à laquelle ils ont aussi fourni assistance dans la mise en place de filière d’acheminement d’armes à partir de l’Europe durant les années 1990.

    Le cas de l’ex-chef du GIA, Layada, est un exemple édifiant de la manipulation par le Maroc du terrorisme islamiste.

    A travers cette manipulation, le Maroc voulait affaiblir l’Algérie afrin de priver les sahraouis de leur soutient dans leur lutte pacifique contre le colonialisme marocain. Mais c’était peine perdue.

    De même pour le Mouvement subversif de Ferhat Mehenni, la DGED croyait qu’en alimentant un mouvement inssurrectionnel en Kabylie, elle allait gagner la bataille diplomatique contre l’Algérie sur le dossier du Sahara Occidental. Ce pays s’est de nouveau trompé dans ses calculs, car ceci n’a pas empêché le Front Polisario d’enregistrer plusieurs victoires diplomatiques sur la scène internationale. D’ailleurs, le soutien algérien à la lutte sahraouie pour l’indépendance n’a pas bougé d’un iota. Pour preuve, Alger a applaudi la décision des autorités sahraouies de reprendre la lutte armée contre l’occupant marocain.

    Loin de réaliser ses objectifs, les agissements du Makhzen se sont retournés contre lui. Son saction visant à mobiliser les kabyles a ravivé le sentiment nationaliste dans la région du Rif où la population rifaine vit, depuis les années 1950, dans la marginalisation, la répression et l’humilliation.

    Source : Maroc Leaks, 5 jan 2021

    Tags : Maroc, Algérie, MAK, Kabylie, Ferhar Mehenni, Layada, GIA, Sahara Occidental, Front Polisario,

  • Normalisation avec Israël : “Une sérieuse menace pour le Maroc et l’Algérie”

    L’OBSERVATOIRE MAROCAIN MONTE AU FRONT CONTRE LA NORMALISATION MAROC-ISRAEL : Une sérieuse menace pour le Maroc et l’Algérie

    La normalisation marocaine avec Israël représente une « menace sérieuse et existentielle tant pour le Maroc que l’Algérie », a averti le président de l’Observatoire marocain contre la normalisation, Ahmed Wihmane. Il a appelé les peuples du Maghreb à contrer « les plans sionistes visant l’unité et la stabilité de la région ». « Nous sommes face à une menace sérieuse et existentielle tant pour le Maroc que l’Algérie, voire pour toute la région du Maghreb », a souligné M. Wihmane. Étayant son propos concernant les dangers de cette normalisation pour les pays du Maghreb et pour l’Algérie, en particulier, il a rappelé les allégations faites par le sioniste Bernard-Henri Lévy lors d’une conférence à Marseille affirmant que « l’Algérie (…) est juive et française ».

    Pour le militant marocain, « il n’est pas exagéré de dire que nous assistons à la préparation d’un transfert de + l’État d’Israël+ vers le Maroc, d’où la percée sioniste sans précédent dans le Maghreb et principalement dans le royaume marocain », a-t-il dit. Il a évoqué, à cet égard, plusieurs articles publiés par la presse israélienne et révélant un dangereux scénario visant la région, notamment l’article publié récemment par le journal sioniste Yediot Aharonot et faisant état d’un ancien plan sioniste remontant à 1903 et visant l’établissement de « l’État d’Israël » au Royaume du Maroc. Mis de côté après la mort du fondateur du mouvement sioniste Theodor Herzl, ce plan est exhumé aujourd’hui « faute de perspectives en Palestine après l’expérience de soixante-dix ans de résistance », a expliqué le président de l’Observatoire marocain contre la normalisation.

    S’agissant des revendications des israéliens d’origine marocaine relatives à la récupération de « leurs biens au Maroc » en engageant de grands cabinets d’avocats, l’activiste marocain a affirmé « qu’ils ne se contenteront jamais de réparations pour des biens qu’ils n’ont pas laissé puisque qu’ils ont vendu leurs biens avant de partir pour la Palestine occupée ». Soutenant que leur objectif « est la main mise sur le Maroc et la région tout entière à travers ces prétentions et les mythes fabriqués de toutes pièces de tombeaux de prophètes et de saints patrons juifs » au sud du Maroc , il a cité, à ce propos, le titre : « Maroc, terre juive » à la Une d’un des magazines marocains francophone , dans l’air du temps. Pour ce qui est du bien-fondé de l’action en justice intentée par des avocats marocains pour contester la décision de normalisation, M. Ahmed Wihmane a déclaré : « Nous avons fait notre devoir sur le plan juridique comme nous le faisons sur d’autres. Nous fondons notre espoir sur Dieu et le grand peuple marocain ». « Ouvert dans le cadre des accords d’Oslo, le bureau de liaison sioniste avait été fermé pour la première fois en 2000 et nous le fermerons encore cette fois, car le danger guette tous les États du Maghreb arabe », a assuré le président de l’Observatoire marocain contre la normalisation.

    Concernant le rejet de la normalisation par la rue marocaine et la campagne de restrictions sécuritaires visant les activistes marocains, M. Wihmane a indiqué qu’ »en dépit des restrictions et du blocus contre toute opinion contraire à la position officielle au sujet de la normalisation, les manifestations n’ont pas cessé dans plusieurs villes marocaines ». À cette occasion, il a déploré « la violation par la police marocaine du droit constitutionnel des Marocains à l’expression pacifique et la répression des différentes contestations dénonçant la normalisation sans le moindre respect des engagements internationaux en matière de droits de l’Homme ». Pour le président de l’Observatoire marocain contre la normalisation, « la violation des droits, la restriction des libertés et le blocus sécuritaire ne sont que les premiers fruits de la normalisation ». « La confrontation entre le peuple et l’État est l’un des principaux objectifs stratégiques de la bombe jetée par l’entité sioniste et l’administration américaine au Maroc pour faire exploser toute la région », a-t-il poursuivi expliquant que « lorsque l’État réprime le peuple, la tension est attisée et l’État affaibli, ce qui facilitera le passage à la phase d’affaiblissement et de la division puis à la domination totale pour la mise en œuvre du plan « B », à savoir l’établissement d’un « nouvel Israël ».
    M. B.

    Le Courrier d’Algérie, 5 jan 2021

    Tags : Maroc, Israël, Algérie, Normalisation,

  • A propos de quelques élucubrations sur la diplomatie algérienne

    Par Abdelkader Kateb *

    Certains écrits parlent maladroitement d’occasions perdues de la diplomatie algérienne, en prétendant bien connaitre les grands dossiers des conflits dans le monde. Disons les choses clairement ! c’est une ratatouille, qui ne dit pas son nom.

    De prime abord, je pense que l’absence d’une couverture médiatique régulière contribue à une difficile grille de lecture de l’apport de la diplomatie algérienne dans le règlement des grands conflits de la région qui ne sont en grande partie, faut-il le rappeler, rien d’autre que la continuité d’anciens conflits non résolus. Leurs origines sont intimement liées entre autres à l’héritage colonial et aux disputes des grandes puissances sur les richesses et les frontières qui ont accompagné les indépendances.

    Pour dénouer l’écheveau de la problématique en question, il faut souligner que rares sont les pays qui formulent les principes présidant à leur politique étrangère d’une manière aussi claire et systématique que l’Algérie. Il faut savoir que cette posture est liée d’une part à l’expérience historique du pays, et de l’autre à la façon dont l’Algérie envisage son avenir.

    Benjamin Stora, historien de renom, écrit dans « l’Histoire de l’Algérie depuis l’indépendance », qu’ « elle a si longtemps enduré l’ingérence étrangère sous la plus odieuse de ses formes qu’elle s’est promis de ne jamais infliger les mêmes souffrances à un autre pays ou à un autre peuple ».

    Ce qu’il y a lieu de retenir de certains écrits d’apprentis sorciers, c’est leur habileté à dénigrer, subtiliser, voire taire le rôle fondamental de l’Algérie dans la résolution des grands conflits de la région (Libye-Mali-Sahara Occidental). Laisser croire que la persistance de ces conflits est due à « une lourdeur dans la réaction (algérienne. ndlr), une absence d’initiative et une attitude plutôt timorée », c’est inacceptable et c’est vouloir tromper l’opinion publique.

    Les avantages de la politique étrangère algérienne vont devenir de plus en plus visibles au fil des semaines et des mois à venir, avec le retour du président Abdelmadjid Tebboune et le ressourcement en cours de finalisation par le Ministre Sabri Boukadoum.

    Aujourd’hui, comme chacun le sait, l’Algérie est confrontée à des périls externes qui ne ressemblent en rien à ce qu’elle avait connu jusqu’ici. Si la nouvelle constitution du 1er novembre dernier maintient les prérequis et les valeurs fondamentales de sa diplomatie, qui ont pu faire leurs preuves par le passé, la pertinence de la nouvelle approche va être mise à l’épreuve à l’avenir.

    La situation est d’autant plus complexe que des acteurs internationaux (dont certains potentiellement déjà indirectement impliqués) suivent les événements au Sahara occidental, en Libye et au Mali et souhaiteraient jouer un rôle majeur avant que l’approche diplomatique algérienne n’ait été menée à son terme. De par la sagesse de ses Hommes d’Etat, l’Algérie peut tenter de dissuader les acteurs internationaux de toute ingérence dans la région, comme elle l’a fait à maintes reprises.

    Le cas du mali

    Les apprentis sorciers accusent notre appareil diplomatique d’avoir perdu sa place au Mali et font remarquer maladroitement qu’il n’en reste pas moins qu’actuellement, la voix de l’Algérie n’est pas très audible et ce sont les sept nations qui ont un pied dans ce pays qui mènent le «manège diplomatique».

    La vérité est tout autre, c’est que le dossier malien et ses subtilités sont très complexes. Il faut savoir que l’Algérie jouit toujours d’un bon capital de crédit au Mali et reste perçue dans l’imaginaire abstrait des Maliens comme le grand voisin du nord, tout particulièrement les communautés du nord du Mali, qui apprécient hautement l’attention dont elles bénéficient dans les politiques de coopération et de solidarité de l’Algérie avec le Mali. Cette attention contribue énormément à l’allègement des effets de leur désenclavement.

    Par ailleurs, ils oublient que rien que l’année 2020, l’effort de solidarité consenti par notre pays au profit du Mali s’est poursuivi à travers l’octroi d’importantes aides alimentaires et autres décidées par le Président de la République Abdelmadjid Tebboune qui s’est montré , depuis son arrivée, très engagé sur le dossier malien.

    Le meilleur moyen de s’imprégner de l’apport de l’Algérie dans ce dossier, c’est de suivre constamment les déclarations des responsables maliens, qui ne ratent aucune occasion pour rendre hommage à l’Algérie pour son rôle majeur qu’elle continue inlassablement de jouer dans le retour de la stabilité dans leur pays, notamment dans le cadre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger. Pour mémoire, cet accord, cadre idoine pour le retour définitif et durable de la stabilité au Mali signé en mai-juin 2015, bénéficie toujours d’un large appui, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Mali, malgré les retards qu’il accuse dans sa mise en œuvre, en raison d’un environnement des plus complexes.

    Je ne sais pas si les apprentis sorciers ont connaissance que l’Algérie mène toujours le suivi et l’accompagnement de la mise en œuvre de l’Accord, en tant que pays voisin, Chef de file de la Médiation et Présidente du Comité de Suivi de l’Accord, pour lequel elle continue d’engranger les dividendes de la paix et la sympathie malienne ; ce qui n’est pas étonnant de sa part, disent les connaisseurs.

    Il ne faut pas omettre, dans ce contexte, que son ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, s’est rendu en janvier 2020 à Bamako, pour conduire les travaux de la quatrième consultation de haut niveau du Comité de Suivi de l’Accord. De l’avis des maliens eux-mêmes, cette consultation a permis de donner une nouvelle impulsion au processus de paix et relancer la tenue des sessions mensuelles du CSA que préside l’Ambassadeur d’Algérie au Mali, qui vient d’être désigné par le réseau panafricain indépendant « Afrobaromètre» parmi les trois diplomates étrangers les plus influents au Mali. Soucieux de maintenir la place de son pays au Mali, l’ambassadeur Boualem Chebihi ne rate aucune occasion pour renforcer encore davantage la proximité stratégique avec les autorités maliennes et l’attachement de l’Algérie à la mise en œuvre de l’Accord de paix issu du processus d’Alger.

    Je ne voudrais pas conclure le cas du Mali, sans attirer l’attention sur la nouvelle crise socio-politique traversée par le Mali à partir de juin 2020, qui a été une autre occasion pour l’Algérie de manifester, encore une fois, sa solidarité et de marquer sa présence incontournable sur ce dossier.

    Parallèlement à la CEDEAO, l’Algérie s’est employée activement pour désamorcer cette nouvelle crise. D’intenses activités ont été menées avant et après les évènements du 18 août 2020, qui ont conduit à l’instauration de la transition en cours. Là aussi, le ministre Sabri Boukadoum a été l’un des rares ministres à avoir effectué deux déplacements au Mali, respectivement les 28 août et 20 septembre 2020. Il a été, ainsi, le premier responsable étranger à rencontrer les nouvelles autorités maliennes, issues des évènements du 18 août dernier. Pour l’histoire, il faut noter que ces deux visites ont même ouvert la voie à celles d’autres chefs de diplomatie.

    Les développements dans ce pays voisin ont continué à aller dans le sens des vues de l’Algérie exprimés notamment par son Ministre des Affaires étrangères, lors de ses différentes visites. Ainsi, après la libération de l’ancien Président Ibrahim Boubacar Keita, le renouvellement par le CNSP de son engagement à respecter l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, le CNSP qui a pris le pouvoir à Bamako le 18 août a donné une suite favorable à deux autres des recommandations-phares de l’Algérie, concernant la durée de la transition ramenée raisonnablement à 18 mois et le profil civil du Président de la transition.

    Sur le processus de paix, la courte période de transition qui s’est ouverte au Mali s’est annoncée plutôt sous de bons auspices pour la suite de ce processus qui est actuellement au cœur de l’action de l’Algérie au Mali. L’engagement des autorités de transition s’est reflété, à notre grande satisfaction, entre autres, par l’inclusion d’une référence expresse à l’Accord dans la charte de la transition et par la participation des mouvements signataires dans la mise en place et la composition des organes de la transition y compris dans le gouvernement.

    Donnant suite aux conclusions de la 41e session du Comité de Suivi de l’Accord, tenue le 16 novembre 2020 à Bamako, la Partie malienne a, d’ores et déjà, redynamisé son cadre de concertation et établi une feuille de route consensuelle des actions à mener dans le cadre de l’Accord d’ici la fin de la transition ; cette feuille de route devrait être validée à la prochaine session, prévue au début de la deuxième quinzaine du mois de janvier 2021.

    Sahara occidental

    Le conflit du Sahara occidental est une question de décolonisation qui ne peut être résolue qu’à travers l’application du droit international et de la doctrine bien établie des Nations Unies et de l’Union Africaine en la matière, c’est-à-dire l’exercice authentique par le peuple sahraoui de son droit inaliénable à l’autodétermination et à l’indépendance, conformément aux dispositions de la résolution 1514 (XV) portant octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux, dont la communauté internationale a célébré , cette année, le 60ème anniversaire.

    Dans ce cadre, faut-il le souligner, ce n’est pas un tweet qui va changer le cours de l’histoire. Ainsi, la proclamation du 4 décembre, reste sans effet juridique, car elle contrevient à l’ensemble des résolutions des Nations Unies et notamment à celles du Conseil de Sécurité sur la question du Sahara occidental. Le reste , c’est de la littérature de mauvais goût. L’Algérie, dont la position s’adosse à la légalité internationale contre la logique de la force et des marchés douteux, réitère son appui indéfectible à la cause juste du peuple sahraoui.

    Le cas de la Libye

    Affectée par l’instabilité de la Libye, il est vrai que dans ce dossier l’Algérie doit très vite reprendre les choses en main pour faire taire les armes définitivement et amener les différents belligérants à négocier une issue honorable et pacifique, par l’organisation d’élections présidentielles et parlementaires, libres, justes, inclusives et crédibles. La proposition algérienne d’accueillir un “dialogue” entre toutes les parties libyennes reste toujours valable pour résoudre la crise profonde par le dialogue et éviter ainsi des dérapages aux conséquences désastreuses.

    Notre pays a déjà payé un tribut humain et matériel à l’instabilité en Libye et au Mali. Il n’en reste pas moins résolu à trouver une solution diplomatique à ces conflits et à renforcer sa posture politique. Notre pays ne peut cependant et ne doit pas se contenter d’une mise en scène, mais en tant qu’Etat pivot de la région, il se doit de jouer un rôle majeur dans tout règlement final des conflits dans son voisinage qui n’ont que trop duré.

    *Abdelkader Kateb, ancien diplomate

    Algérie1, 4 jan 2021

    Tags : Algérie, Libye, Sahara Occidental, Mali, Sahel,

  • Visite d’une délégation gouvernementale algérienne en Mauritanie

    Une délégation ministérielle algérienne arrive à Nouakchott pour soutenir les efforts de notre pays face à la pandémie du Covid-19

    Une délégation ministérielle algérienne, conduite par le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière du gouvernement algérien, M. Abderrahmane Benbouzid, et le ministre délégué auprès du ministre de la Santé, en charge de la Réforme hospitalière, M. Ismail Mesbah, est arrivée aujourd’hui, lundi matin, à Nouakchott, comprenant une mission médicale du Haut Comité d’observation et de suivi du Covid-19 en Algérie, en plus de nombreux médecins et techniciens.

    En outre, d’importantes quantités d’assistance médicale, la délégation vise à soutenir le personnel médical national dans ses efforts visant à réduire les répercussions de la deuxième vague de la pandémie du Covid-19.

    La délégation a été reçue à l’aéroport international de Nouakchott Oumtounsy par le ministre de la Santé, M. Mohamed Nedhirou Ould Hamed, qui a exprimé où le gouvernement et le peuple mauritaniens ont remercié les dirigeants et le peuple algériens, le personnel de santé et les membres du Conseil scientifique pour le suivi et le suivi de la pandémie pour leur coopération constructive dans cette situation particulière.

    Le ministre a souligné que les relations entre les deux peuples frères sont profondes et multidimensionnelles, de sorte qu’elles servent de cadre à la coopération bilatérale en matière de santé, louant la remarquable présence algérienne pendant la pandémie, soulignant la qualité et la profondeur des échanges d’expériences et l’intensité de la coopération bilatérale pour lutter contre la pandémie.

    Le Ministre algérien de la Santé et de la Réforme hospitalière, M. Abderrahmane Benbouzid, a souligné que l’aide vient en réponse aux instructions directes du Président algérien, Son Excellence M. Abdelmadjid Tebboune, soulignant la nécessité de l’action bilatérale et des échanges de points de vue et d’expériences sur la pandémie.

    Le ministre de la Santé tient une session de travail avec la délégation ministérielle algérienne

    Le ministre mauritanien de la Santé, M. Nedhirou Ould Hamed, a tenu, lundi à Nouakchott, une session de travail avec le ministre algérien de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière M. Abderrahmane Benbouzid et le ministre délégué en charge de la Réforme hospitalière, M. Ismail Mesbah.

    La séance, à laquelle ont assisté des médecins, des spécialistes et des techniciens des deux côtés, a abordé divers sujets médicaux afin de contribuer à réduire la propagation de la pandémie de Corona dans les deux pays.

    Le Directeur de la santé publique, M. Sidi Ould Zahaf, a fait une présentation sur la situation épidémiologique en Mauritanie. Les interventions des participants se sont poursuivies, selon les domaines respectifs de chacun, de sorte que les deux parties ont échangé les points de vue afin de bénéficier des expériences mutuelles.

    Un groupe de médecins, de techniciens et de fonctionnaires des ministères de la Santé des deux pays ont participé à la réunion.

    Le Premier ministre reçoit une délégation du gouvernement algérien

    Le Premier Ministre, M. Mohamed Ould Bilal, a reçu, lundi soir, à Nouakchott, une délégation du gouvernement algérien, dirigée par le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, le Dr Abderrahmane Benbouzid.

    La réunion a examiné les relations de coopération entre les deux pays frères et les moyens de les renforcer et de les développer dans divers domaines.

    A l’issue de la réunion, le Ministre algérien de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière a déclaré à l’Agence Mauritanienne d’Information: « Nous avons été très honorés d’être reçus par Son Excellence le Premier ministre de la République Islamique de Mauritanie avec mon collègue et frère, le ministre délégué à la réforme hospitalière, et notre ambassadeur accrédité en Mauritanie. La réunion fut l’occasion de parler des questions de santé et Son Excellence le Premier ministre s’est félicité de cette réunion, et a souligné l’importance de la coopération entre les deux pays à l’avenir ».

    Il a ajouté que l’équipe médicale et les membres du comité scientifique algérien travailleront avec les équipes médicales mauritaniennes pour échanger leurs points de vue, en particulier dans le domaine de la lutte contre la pandémie du Covid 19.

    « L’avenir de la coopération entre les deux pays sera prometteur, ce sont les recommandations et les instructions du Président de la République et du Premier ministre avant notre arrivée dans notre pays frère », a-t-il dit.

    La réunion s’est déroulée en présence du Ministre de la Santé, M. Mohamed Nedhirou Ould Hamed, du directeur de cabinet du Premier ministre, M. Sidi Ould Moulay Zeine et du conseiller du Premier ministre en charge des affaires sociales, M. Ba Ampathé.

    La délégation du gouvernement algérien a achevé lundi soir la visite de travail d’une journée qu’elle effectuait dans notre pays.

    Au cours de cette visite, cette délégation a rencontré le Premier ministre, M. Mohamed Ould Bilal, et le ministre de la Santé, M. Mohamed Nedhirou Hamed, sur le renforcement de la coopération entre les deux pays frères, en particulier face à la propagation de la pandémie Covid-19.

    La délégation algérienne, qui comprenait le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Dr Abderrahmane Ben Bouzid, et le ministre délégué en charge de la Réforme hospitalière, M. Ismail Mesbah, a été saluée à son départ de l’aéroport international Oumtounsy de par le ministre de la Santé, Dr Mohamed Nadhirou Hamed, et l’Ambassadeur d’Algérie accrédité dans notre pays, S.E.M. Noureddine Khandoudi.

    Source : AMI, 4 jan 2021

    Tags : Mauritanie, Algérie, covid 19, coronavirus,

  • Retour du Président Tebboune : La diplomatie algérienne fait son come-back

    GALVANISÉE PAR LE RETOUR AU PAYS DU PRÉSIDENT TEBBOUNE : La diplomatie algérienne fait son come-back

    La diplomatie algérienne va passer, dans les prochains jours, à la vitesse supérieure pour faire face aux défis qui se posent au pays et aux menaces potentielles qui pointent à ses frontières. La normalisation des relations diplomatiques du Maroc avec l’entité sioniste, la crise libyenne, la violation du cessez-le feu au Sahara occidental par l’armée marocaine ou encore la situation au Mali, seront autant de dossiers que devra traiter le ministre des affaires étrangères Sabri Boukadoum.

    Le retour du président de la République au pays devra en principe donner un coup de starter à un véritable plan de relance de la diplomatie algérienne, aussi bien à l’échelle régionale que mondiale. Le rôle de l’Algérie dans le concert mondial a reculé ces dernières années en raison de la situation que connaissait le pays et en raison d’une approche par l’ancien président, qualifiée de gauche par de nombreux observateurs. Il y a quelques années, le ministère des Affaires étrangères était flanqué de secrétariats d’État (aux affaires maghrébines entre autres), qui avaient créé une confusion dans son action.

    Le président de la République qui a exprimé sa volonté de redonner à la diplomatie toute son efficacité pour mieux défendre les intérêts du pays dans le concert mondial, semble avoir défini les priorités que devra prendre en charge, dans les prochains jours, M. Sabri Boukadoum. M. Tebboune avait indiqué, dans son dernier message vidéo, publié sur Twitter, que l’Algérie suivait de près l’évolution de la situation dans la région et qu’elle n’a pas été prise de court par la normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël, qu’elle considérait comme l’aboutissement d‘un processus engagé depuis longtemps. Il a également dénoncé le coup de force de l’armée marocaine dans la région d‘El-guerguerat et rappelé les positions de principe exprimées par l’Algérie.

    C’est un plan d’action qu’il a défini au ministre des affaires étrangères qui pourrait entamer, dans les prochains jours un périple pour regagner le terrain perdu depuis des années, par la faute d’une mauvaise approche développée par les anciens gouvernements. Le Maroc qui agissait en maitre des lieux sur la scène continentale en raison du retrait de l’Algérie, devra s’attendre, dans les prochains, à une véritable offensive diplomatique pour réduire son hégémonie au niveau de l’Union africaine et au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU, où il profitait du soutien de la France pour casser tout le travail réalisé dans le cadre de la mise en œuvre d’un référendum d’autodétermination, au prix de négociations ardues avec le Polisario à Manhasset (USA).

    La Libye, devenue un champ où s’affrontent de nombreux intérêts des grandes puissances, devra également bénéficier de l’intérêt de M. Sabri Boukadoum. Les négociations pour un cesse-le feu durable dans ce pays sont souvent sabordées par ces puissances qui développent, au motif de la Realpolitik, un discours ambigu dans le traitement du dossier de la paix dans ce pays.

    L’autre dossier qui devra sûrement connaitre le retour tonitruant de la diplomatie algérienne est le Mali. La France qui tente d’utiliser les canaux officieux pour négocier le désengagement de sa force Barkhane dans le nord de ce pays, devra compter avec la diplomatie algérienne qui est décidée, cette fois, à peser de tout son poids pour assurer un retour au calme au niveau de ses frontières sud, dans le strict respect de sa souveraineté.
    Slimane Ben

    Le Courrier d’Algérie, 4 jan 2021

    Tags : #Algérie #Diplomatie, #Tebboune

  • Traitement des médias français d’un Président malade

    par Naoufel Brahimi El Mili

    La Covid-19, grand sujet des dix derniers mois, accapare l’essentiel des médias français. Presse écrite et chaînes d’information en continu. Dès le mois de mars dernier, date du premier confinement en France, dans un contexte morose, les matinales télévisions et radios s’ouvrent par l’affichage de chiffres macabres : nombre de décès et de contaminations. Désarmés, les politiques français commencent par évoquer l’inanité du port de masque, question de camoufler la rupture des stocks. Un mensonge ? Non, une simple méconnaissance d’un tout nouveau virus venu de la Chine lointaine à la politique opaque, marque de fabrique d’un des derniers régimes communistes, plaide l’exécutif parisien.

    Le gouvernement tâtonne, alors que s’entassent des cadavres dans des morgues vite saturées. La parole est donnée au personnel médical. Se bousculent devant caméras et micros des cardiologues, des cancérologues, patrons de CHU et autres mandarins de la médecine. Tous, conseillent-ils de se laver les mains et de tousser dans le coude. Le climat devient très vite anxiogène. Mort, maladie et une économie quasiment à l’arrêt.

    La peur s’installe mais elle devient pour les politiques un mode de gouvernance. Plus tard, les plus hauts responsables français réagissent en s’inspirant de la Marseillaise, hymne national : « Aux masques citoyens ! » Même pendant les vacances sacrées des Français depuis l’instauration des congés payés par le Front populaire en 1936, les médias continuent à véhiculer la sinistrose.

    Pour le Président français, le défi est double : rassurer les Français mais pas trop, le principe de précaution est inscrit dans la Constitution, et surtout se faire réélire en 2022 en dépit d’un bilan économique catastrophique. Soudain, fin octobre, une aubaine s’offre à de nombreux journalistes français : le Président algérien, Abdelmadjid Tebboune, contaminé par la Covid-19, est évacué d’urgence en Allemagne. S’ouvre une belle occasion pour noircir encore plus l’image de l’Algérie. Après quelques surprenantes incarcérations de journalistes dans des prisons algériennes, voilà le chef de l’État transporté par avion pour des soins à l’étranger.

    La facile comparaison avec les fréquents séjours hospitaliers d’Abdelaziz Bouteflika devient le fil rouge du traitement journalistique, tous médias confondus : l’Algérie est gouvernée par des malades, nous ressasse-t-on. La communication politique n’est pas le point fort de l’exécutif algérien.

    Cependant, malgré le silence radio, les erreurs du passé ont été évitées. Tout le monde se souvient du séjour médical du Président algérien déchu au Val-de-Grâce en 2005 où la première prise de parole officielle sur l’état de santé de Bouteflika était du fait du chanteur de raï, Cheb Mami, déconnecté du monde médical sauf pour faire plus tard des recherches approfondies en gynécologie. Activité sanctionnée par un séjour carcéral mais c’est un autre sujet.

    En ce qui concerne le Président Tebboune, tout y passe. Pourquoi le choix de l’Allemagne ? Alors que le Président Macron devant le débordement des CHU français avait fait évacuer certains de ses citoyens contaminés vers les hôpitaux germaniques. L’âge avancé d’Abdelmadjid Tebboune est mis en exergue, 74 ans, il est présenté comme un point faible, au moment où la première puissance mondiale fait installer démocratiquement à la Maison blanche, Joe Biden, un jeune de 78 ans.

    La première apparition télévisée du Président algérien est disséquée par les chaînes de télévision qui notent le décor sobre où seules les trois couleurs du drapeau national introduisent une variété chromatique. On est loin du salon somptueux des appartements privés des Invalides rehaussé par un triomphant portait officiel du Président du moment : François Hollande, où trônait Bouteflika autour de ses principaux ministres. Au moment où Tebboune s’adresse à ses concitoyens, certes d’Allemagne, la presse parle de vacance du pouvoir. Seulement le lendemain, Emmanuel Macron est aussi contaminé par le coronavirus mais il apparaît, les traits tirés, sur les écrans français par Skype. Pour lui, c’est la télé-présidence comme le télétravail d’une assistante de direction. Mauvaise foi quand tu nous tiens.
    Plus d’une fois, je suis interrogé par des télévisions françaises sur la maladie du Président, une équipe est même venue me filmer à mon domicile. Je tenais des propos loin de tout alarmisme et de toute polémique. Ces passages n’ont pas été diffusés. Je ne pouvais m’empêcher d’évoquer un ouvrage publié en 1976 intitulé : Ces malades qui nous gouvernent.
    Le livre détaille, entre autres, les santés compliquées pour ne pas dire déclinantes des Présidents de grandes démocraties occidentales : Winston Churchill, Premier ministre britannique malade pendant tout son dernier mandat de 1951 à 1955 ; John Kennedy qui soufrait d’une maladie neuromusculaire génétique alors âgé de 43 ans. Sans oublier Georges Pompidou, malade dès les débuts de son mandat (maladie de Waldenström), à l’époque on parlait de grippe à répétition car il y avait trop de courant d’air à l’Élysée. Sic.

    Comme si le palais présidentiel se trouvait dans les Hauts de Hurlevent. Il est vrai à l’époque il n’y avait ni internet et encore moins les chaînes d’information en continu. Contre-vérités et omissions étaient facilement gérables avec un mot d’ordre : « Circuler, il n’y a rien à voir .» Le 29 décembre, le Président est de retour en Algérie. Le lendemain un grand quotidien français s’interroge : « Dans quel état se trouve le chef de l’État ? Est-il en capacité physique de continuer à exercer ses prérogatives ? Bien sûr son pied emplâtré est commenté en long et en large comme s’il s’agissait de celui d’un grand joueur de football à la veille d’une finale de Coupe du monde. Alors que la loi de finances est dûment signée, les séances du travail présidentiel reprennent au rythme des vacances de fin d’année.

    La presse est libre, semble-t-il. Alors pourquoi le silence sur l’engagement du Président Macron de faire l’état des lieux mémoriels de la colonisation française et de la guerre d’Algérie avant la fin de l’année 2020 ? Le nouveau vaccin miraculeux fait la une, c’est l’avenir alors que « les événements d’Algérie » avec leurs lots de tortures, de déportations et autres joyeusetés, c’est le passé. Pour le traitement des questions mémorielles, il n’y a pas de remède prodige sauf la vérité, une denrée rare quand il s’agit des relations-franco-algériennes.
    N. B. E. M.

    Le Jour d’Algérie, 4 jan 2021

    Tags : Algérie, France, Abdelmajid Tebboune, coronavirus, covid 19, presse française,

  • Algérie : Nouveaux défis sécuritaires

    par Abdelkrim Zerzouri


    Le glas a-t-il sonné pour le terrorisme en Algérie ? Il est loin le temps où les attentats meurtriers en Algérie faisaient la une des JT, des télévisions occidentales, surtout, laissant les spécialistes des questions sécuritaires parler d’une lente agonie du terrorisme dans ce pays qui a subi les affres de ce fléau bien avant que d’autres en prennent connaissance et conscience. Le bilan de l’année 2020 conforte cette vision avec la mise hors d’état de nuire par les éléments de l’Armée nationale populaire (ANP) de 37 terroristes, dont 21 d’entre eux ont été abattus, 9 capturés et 7 autres se sont rendus aux autorités militaires, en sus de l’arrestation durant la même période de 108 éléments de soutien aux groupes terroristes.

    Un bilan évocateur sur le plan de la lutte antiterroriste. Car, on constate une nette diminution de l’activité terroriste en comparaison à l’année précédente (2019), où pas moins de 84 terroristes ont été mis hors d’état de nuire par les éléments de l’ANP, ainsi que l’arrestation de 245 éléments de soutien aux groupes terroristes et la reddition de 13 membres de familles de terroristes. Et les chiffres confortent cette thèse si on remonte plus dans le temps pour tirer une comparaison des bilans, plus consistants d’une année à l’autre. Non seulement les terroristes sont isolés et traqués jusque dans leurs derniers retranchements, mais il y a tout loisir de constater également que leur capacité de nuisance se trouve considérablement réduite.

    Les mauvais jours sont derrière nous, certes, mais l’expérience conseille qu’il ne faut jamais baisser la garde dans la lutte antiterroriste. Car, un seul terroriste en circulation est déjà de trop. Cependant, il est clair que les nouveaux défis sécuritaires de l’Algérie sont, aujourd’hui, multiples. Sur le plan intérieur le terrorisme a été très affaibli par les coups de boutoir des éléments de l’Armée, mais la menace terroriste reste plus préoccupante face aux mutations dangereuses dans le sens d’un redéploiement stratégique des terroristes dans le voisinage immédiat, aux frontières du pays, notamment dans la région du Sahel, faisant craindre une plus grande radicalisation de ses actions.

    Ainsi, hors cette menace terroriste dont la gestion est permanente et évolutive selon les nouveautés du terrain, le trafic de drogue, l’immigration clandestine et d’une manière générale la criminalité organisée transfrontalière constituent des défis sécuritaires majeurs pour l’Algérie durant les prochaines années. Le bilan de 2020 laisse entrevoir sur ce plan toute la réalité des nouveaux défis sécuritaires.

    En effet, dans le cadre de la lutte contre la criminalité organisée et la sécurisation des frontières, on fait état de l’arrestation, en 2020, de 1028 narcotrafiquants, et la saisie d’énormes quantités de kif traité, estimées à plus de 703 quintaux, et près de 28 kilogramme de cocaïne, ainsi que plus de 3,5 millions de comprimés psychotropes.

    Sur le plan de la lutte contre l’immigration clandestine, qui ne révèle que la partie visible de l’iceberg, le bilan de l’ANP reste également révélateur quant à ces nouveaux défis sécuritaires, avec l’arrestation dans la même période de 8184 candidats à l’émigration clandestine via des embarcations de construction artisanale, et l’interception de 3085 immigrants clandestins de différentes nationalités.

    L’Algérie est-elle bien parée face à ces nouveaux défis sécuritaires ? Quand on parle de crime transfrontalier, cela exige une collaboration étroite entre les pays, voisins notamment, pour y faire face avec efficacité, et c’est ce qui manque affreusement dans cette équation.

    Le Quotidien d’Oran, 4 jan 2021

    Tags : Algérie, terrorisme, Libye, Mali, Sahel,