Category: Algérie

  • Le sage et la prophétie de Bagdad

    Par Mohamed Badaoui

    Il vécut au début du XIXe siècle à El Guetna, au cœur de la plaine de Ghris, dans la wilaya de Mascara. Cet homme dont on sait peu de choses exerça, pourtant, une influence considérable sur l’histoire récente du pays. Son nom : Mohiéddine Ben Mostefa El Hassani.

    Grande figure de la tribu des Hachem mais aussi éminente personnalité de la zaouïa Qadiriya, il était réputé pour sa sagesse, son savoir et sa générosité. Maître soufi, continuateur de la pensée d’Ibn Arabi et d’Abdelkader El Djilani, il prodiguait un enseignement gratuit à quiconque voulait s’instruire. Il distribuait également une large part de sa fortune sur les nécessiteux, offrait le gîte aux voyageurs et accordait sa protection à tous ceux qui la sollicitaient.

    Homme de foi et de vertu, il jouissait de la considération habituellement réservée aux saints. Sa renommée était telle que des groupes et des individus venaient parfois de loin pour le consulter sur des questions pratiques, philosophiques ou spirituelles. Souvent aussi, des personnes ou des tribus lui demandaient d’arbitrer, en juge impartial qu’il était, les conflits qui les opposaient.

    Avant la colonisation française, la région de Mascara faisait partie du beylik d’Oran. Les Ottomans, servis par les Kourouglis, y détenaient le pouvoir et voyaient d’un mauvais œil l’aura charismatique du Cheikh. Leur règne déclinant était marqué par l’injustice, la surimposition appliquée aux autochtones et par les expéditions punitives contre les tribus obérées. Ce traitement suscitait courroux et ressentiment chez les populations rurales et menaçait de provoquer à tout instant leur rébellion.

    Mohiéddine fut lui-même soupçonné de conspirer contre l’autorité de Hassan bey, le régent d’Oran. Son frère Boutaleb s’était d’ailleurs enfui à la suite d’accusations de sédition et de complicité avec le chef de la zaouiya tidjania d’Aïn Madhi qui lançait régulièrement des attaques contre les garnisons ottomanes de l’Ouest.

    L’exil forcé

    Mohiéddine préféra quitter momentanément le pays sous le prétexte d’un pèlerinage à la Mecque. Il cherchait à se prémunir de l’éventualité d’une incarcération et dissiper les doutes qui pesaient sur lui. Parmi ses compagnons se trouvait son fils préféré Abdelkader alors âgé de 19 ans ; celui qui allait devenir l’Emir, le résistant, puis le fondateur de l’Etat moderne algérien.

    Hassan bey laissa partir Mohiéddine mais ordonna à ses soldats d’intercepter sa caravane aux environs de la rivière Chélif pour l’escorter lui et sa famille à Oran où ils seront soumis, durant deux ans, à une sorte de résidence surveillée. Ils ne retrouveront la liberté qu’en 1827, grâce à l’intercession de plusieurs chefs de tribu et de notables.

    Autorisé à reprendre le chemin des Lieux Saints, Mohiéddine gagna Tunis avec un grand nombre de fidèles. De là, il prit un bateau pour Alexandrie puis visita le Caire de Mohamed Ali Pacha avant de traverser la Mer rouge pour accoster à Djedda et poursuivre son périple jusqu’à la Mecque.

    Une fois leur pèlerinage accompli, Mohiéddine et son fils prirent seuls la route de Bagdad en passant par la grande Syrie où ils rencontrèrent de nombreux docteurs de la foi. Le moment n’était pas encore propice pour retourner au pays. La crainte d’une nouvelle saute d’humeur du bey Hassan conseillait au vieux sage la prudence.

    Il voulait d’autre part profiter de son séjour au Moyen-Orient pour se recueillir, dans la capitale irakienne, sur le catafalque du célèbre maître soufi Abdelkader El Djilani.

    C’était lors de cette visite que, selon une légende, une prophétie avait annoncé qu’Abdelkader deviendrait bientôt chef d’Etat. Pendant qu’il était allé surveiller les chevaux qui paissaient dans la plaine, un homme à la peau noire apparut à son père qui se reposait près du mausolée d’El Djilani pour l’interroger sur l’endroit où se trouvait « le sultan ».

    Surpris, Mohiéddine aurait répondu « il n’y a pas de sultan parmi nous. Nous sommes des gens simples de retour de la Mecque ». L’inconnu l’aurait ensuite réprimandé d’avoir laissé le futur « le souverain du Gharb » aller conduire les chevaux au pâturage. « Le règne des Turcs est sur le point de finir au Maghreb et c’est Abdelkader qui prendra sa place » aurait-il ajouté avant de disparaître aussi mystérieusement qu’il ne s’était manifesté.

    Mohiéddine et son fils demeurèrent plusieurs mois à Bagdad avant de retourner au Hidjaz, à l’approche du pèlerinage. Une fois sur les lieux, ils s’enquirent auprès de compatriotes en provenance d’Oranie sur la situation qui prévalait au pays et obtinrent de précieux renseignements. Rassurés par ce qu’ils avaient entendus, ils décidèrent que l’heure de mettre un terme à leur exil temporaire avait sonné.

    Le retour au pays

    En cours de route, ils s’arrêtèrent à Aïn Ghezala, un lieu-dit près de Tripoli en Libye, pour se recueillir sur la tombe du père de Mohiéddine, décédé quelques années plus tôt lors de son retour de la Mecque. A leur arrivée au beylik d’Oran, une foule immense affluant de toute part s’était massée pour leur souhaiter la bienvenue et recevoir les bénédictions du guide mystique.

    Plus tard, Mohiéddine se retira volontairement de la vie publique pour éviter de possibles représailles des autorités ottomanes et se consacrer à ses actions de bienfaisance.

    En 1830, les troupes françaises envahissaient Alger et menaçaient d’occuper le reste du pays. L’attaque provoqua un soulèvement général des tribus de l’Ouest contre le Makhzen. Une période de troubles s’ensuivit pendant que Hassan bey hésitait entre la fuite à Constantinople et la défense de sa capitale. Il demanda finalement la protection de l’homme qu’il avait auparavant interné et poussé à l’exil : Mohiéddine Ben Mostefa.

    Le chef des Hachem refusa au début la requête du souverain déchu mais devant son insistance, il décida de réunir le conseil de la tribu. Les avis furent unanimes pour accueillir le bey à l’exception d’Abdelkader -le dernier à s’exprimer sur le sujet- qui s’y était opposé. Selon lui, il était dangereux d’accorder le refuge au régent. L’anarchie régnait dans tout le territoire et l’homme était détesté par une grande partie de la population. Il aurait été déshonorant pour sa famille qu’il fût assassiné chez elle alors qu’elle était censée le protéger.

    Le futur émir craignait aussi que, en accordant l’asile à Hassan bey, le clan des Hachem fût accusé de connivence avec le tyran. Le point de vue d’Abdelkader prévalut et sa recommandation fut adoptée par tous.

    Devant l’inexorable avancée de l’armée française, les notables de la région supplièrent Mohiéddine de prendre la tête de la résistance. Il refusa cependant la mission. « Je suis trop vieux pour accepter le fardeau du commandement, répondit-il. Voyez, ma barbe est blanche et mes forces ne conviennent pas aux nécessités de la situation. Ce qu’il vous faut, c’est un chef jeune, actif, brave, intelligent qui sache et puisse mener les tribus à la guerre sainte : ce chef, je ne puis l’être. »

    La réalisation de la prophétie

    Ses interlocuteurs lui demandèrent alors de désigner son fils Abdelkader pour occuper cette charge, mais Mohiéddine refusa de nouveau. A ses yeux, l’Emir était trop jeune et inexpérimenté pour assumer une telle tâche.

    La négociation dura tard dans la nuit jusqu’à ce qu’un autre maître vénéré affirma avoir vu dans un rêve Abdelkader assis sur un siège d’honneur disant la loi et rendant la justice. Cette vision coïncidait étrangement avec un songe que Mohiéddine fit où Sidi Abdelkader El Djilani lui serait apparu pour lui rappeler la prophétie de Baghdad. « Ton fils, ou toi, devez accepter d’être sultan des Arabes. Si tu acceptes le pouvoir pour ton propre compte, ton fils mourra ; si tu l’acceptes pour lui, c’est toi qui mourras bientôt. »

    Mohiéddine finit par obtempérer au destin. Lui qui forma l’Emir Abdelkader à l’art de chevalerie et du commandement, à la science et à la spiritualité décéda effectivement peu de temps après.

    Sa valeur se mesure par le long combat de son fils préféré contre l’occupation et par son œuvre qui demeure remarquable jusqu’à présent.

    Mohamed Badaoui

  • Algérie : Nouvelle approche

    La nouvelle Algérie, qui a célébré sereinement son premier anniversaire, est passée à la vitesse supérieure pour donner un contenu concret aux réformes politiques et économiques. A la faveur des avancées démocratiques, traduites par l’adoption de la Constitution dont elle constitue l’acte fondateur, la marche en avant se caractérise également par l’efficience de la stratégie de lutte contre la pandémie aux résultats satisfaisants, garantissant une sortie rapide de la crise sanitaire.

    A la demande expresse du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le choix du vaccin et le lancement de la campagne de vaccination, prévue ce mois-ci, confortent le sentiment de confiance et un optimisme en de lendemains meilleurs, balayant le scepticisme entretenu par les partisans du chaos. Forte de la solidité des institutions et de la cohésion nationale, la nouvelle Algérie croit fermement aux chances de décollage.

    Dès son retour au pays, le président de la République a impulsé une dynamique de consultation et d’évaluation pour faire face aux défis sanitaire, sécuritaire et socio-économique. L’approche sectorielle qui a prévalu dans le premier Conseil des ministres de la nouvelle année contribue à remettre sur les rails les réformes destinées à satisfaire prioritairement les besoins essentiels des populations, notamment celles des zones d’ombre et éloignées, et à promouvoir une économie diversifiée et compétitive, fondée sur l’économie du savoir et des connaissances et appelée à optimiser toutes les ressources minières recensées. «Les résultats des réformes globales se manifesteront en temps voulu», a affirmé le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Ammar Belhimer, dans un entretien accordé à l’Agence de presse du Moyen-Orient (Mena). Les perspectives sont réellement prometteuses.

    Dans le premier rapport sur la relance pour la période 2020-2024, le ministère de la Prospective a indiqué que «la forte récession», impactée par la crise sanitaire et la chute drastique des prix du pétrole, sera accompagnée par une reprise au 1er trimestre 2021, grâce aux performances sectorielles permettant une croissance soutenue qui passera de 3,98% en 2021 à 4,3% en 2022. Cette dynamique est encouragée par le président de la République, attaché à soutenir une forte impulsion économique.

    Lors de la réunion du Haut conseil de sécurité, organisée au lendemain de la tenue du Conseil des ministres, le président Tebboune a souligné l’urgence d’un plan d’encouragement et d’incitation pour les producteurs, associant les secteurs public et privé. Face aux défis régionaux et internationaux «très complexes», le devoir de vigilance impérieux s’impose pour préserver les acquis de l’Algérie de la stabilité et du décollage économique.
    Horizons, 6 jan 2021

    Tags : Algérie, Abdelmajid Tebboune,

  • Algérie : Voici la condition sine qua non pour être naturalisé algérien

    Pour acquérir la nationalité algérienne, tout prétendant doit respecter une condition fondamentale, à savoir la loyauté envers l’Algérie, selon le ministre de la Justice, garde des Sceaux Belkacem Zeghmati.

    «La nationalité algérienne ne sera accordée qu’aux personnes qui expriment leur loyauté à l’Algérie», a déclaré le ministre de la justice, ce jeudi, devant les membres du Conseil de la nation.

    «La liberté de l’Algérie de définir la personne méritant d’être naturalisée s’inscrit dans le cadre de sa souveraineté et que la nationalité algérienne ne sera accordée qu’à ceux qui expriment leur loyauté envers l’Algérie», a expliqué le garde des Sceaux.

    «La loi régissant l’accès à la nationalité algérienne autorise le ministre de la Justice à refuser de l’attribuer à une personne donnée bien que toutes les conditions soient réunies», a-t-il ajouté.

    Selon le ministre, «la loi n’a pas fixé un délai pour l’octroi de la nationalité algérienne».

    Echourouk, 7 jan 2021

    Tags : Algérie, nationalité, naturalisation,

  • Algérie : Le silence de Bouteflika

    Le silence de Bouteflika

    Les propos énigmatiques de Saïd Bouteflika devant le tribunal induisent une question brûlante, à laquelle il n’y a pas de réponse. Du moins, dans l’immédiat !

    Que doit penser Abdelaziz Bouteflika, qui a régné en monarque quasi absolu pendant 20 ans, de tout ce qu’on lui impute aujourd’hui ?

    On serait bien curieux de l’entendre là-dessus ! Ça doit être piquant !

    Source : Le Soir d’Algérie, 6 jan 2021

    Tags : Algérie, Abdelaziz Bouteflika, Saïd Bouteflika,

  • Algérie : Le mélange des genres

    par Abdou BENABBOU


    Le frère cadet du président déchu a été transféré dans une prison civile. De lourds griefs pèsent toujours sur lui et ses allers-retours entre les maisons d’arrêt et les tribunaux ne sont pas près de finir loin s’en faut. Voilà un homme empêtré au cœur de circonvolutions plus que regrettables pour lequel la déroute de sa destinée l’a vêtu d’habits inadaptés à sa taille. On ne s’habille pas au pied levé et sans coup férir d’un costume d’homme d’Etat et le profil et la consistance de l’ex-conseiller spécial sérieusement incriminé à juste raison laissent cependant dégager une odeur de damnation que le mauvais sort lui a attribuée.

    La politique a quelque chose de satanique quand des hommes imbus d’une immense autosatisfaction se laissent entraîner par les chants des sirènes et pensent se découvrir par une ivresse inouïe des gabarits de prophètes.

    Ce n’est pas tant les amitiés intéressées et les recommandations suspectes dont il doit être question, mais c’est l’élaboration d’une tragédie nationale qui doit être l’objet quand un supposé homme d’Etat manipule à sa guise le destin d’un peuple. Saïd Bouteflika a eu la malchance d’être le frère du président de la République et le chef de l’Etat déchu a eu le dramatique génie de régir le pays comme s’il s’agissait de gérer une cuisine familiale. Le mélange des genres est source des plus grandes des catastrophes. On avait vu en d’autres lieux ce qu’a produit ce fatidique mélange jusqu’à pousser aux méfaits extrêmes.

    On n’en a pas été jusque-là. Mais on a du mal à écarter la similitude d’esprits quand les maléfiques irresponsabilités des leaders déroutent la bonne marche des peuples. Les faux dieux finissent toujours au fond des puits. Leur fausse conviction a été d’avoir cru que la vie était un fleuve tranquille et qu’ils pouvaient disposer du présent et du futur comme bon leur semble.

    Pourtant la grande histoire n’a jamais cessé de démontrer que la paranoïa et l’arrivisme ont toujours des itinéraires courts.

    Tags : Algérie, Saïd Bouteflika, Abdelaziz Bouteflika, corruption,

  • Algérie/ Tindouf : Ghar-Djebilet se réveille

    LE GÉANT MINIER DE TINDOUF ENTRE EN PRODUCTION COURANT JANVIER : Ghar-Djebilet se réveille

    Considéré comme l’une des plus importantes mines de fer dans le monde, avec des réserves estimées à 3,5 milliards de tonnes, le gisement de Ghar-Djebilet, situé à Tindouf, devra entrer en exploitation courant janvier, avec en prime 3 000 emplois à générer.

    Mettant en avant l’importante contribution qu’il devrait apporter à la relance économique du pays, le ministre des Mines, Mohamed Arkab, intervenant, hier, sur les ondes de la Radio nationale chaîne 3, a fait savoir que parmi les projets miniers phares, dont les travaux de mise en exploitation sont assez avancés, figurent les deux méga projets de gisements de fer de Ghar-Djebilet, situés dans la wilaya de Tindouf. Un géant minier, pour le moins que l’on puisse dire, puisqu’il recèle 3,5 milliards de tonnes de réserves d’une teneur de 56%, d’une capacité de production de 12 millions de tonnes/an, dont une partie sera exportée et une autre utilisée par les aciéries nationales. Le ministre des Mines a révélé que le partenaire étranger « d’un pays ami » (probablement la Russie ou la Chine avec lesquels l’Algérie dispose d’une longue expérience dans ce domaine), a été déjà retenu et qu’il sera chargé de l’exploitation de ces gisements, sinon lancer la production « le plus vite possible ». Mohamed Arkab a précisé que ce dernier devrait générer plus de 3 000 emplois, dont un millier pour lancer sa première phase d’exploitation.

    20 000 sites recensés à travers le pays

    Parmi les autres projets miniers, il a cité les importants gisements de phosphate situés dans les wilayas d’Annaba, de Souk-Ahras et de Tébessa, en phase de redimensionnement, aux fins d’optimiser leur rendement. Il précise que ces derniers recèlent quelque 2 milliards de tonnes de réserves et qu’ils vont « très prochainement », entrer en exploitation, après que le choix définitif sera fait parmi les 12 partenaires étrangers potentiels qui ont fait part de leur intérêt à les exploiter. Pour prévenir la survenue de possibles conflits juridiques concernant la gestion de ces gisements, dont une partie de la production sera traitée localement, il signale que de solides équipes d’experts nationaux ont d’ores et déjà été retenues. Parmi les 20 000 sites miniers répartis à travers le territoire national, et dont une large partie abrite des produits non ferreux et des métaux rares, inexploités à ce jour, Mohamed Arkab a cité la mine de plomb et de zinc d’Oued Amizour, dont il signale qu’elle fait, actuellement, l’objet de travaux pour hâter son entrée en production. Le ministre a fait état, en outre, de la présence d’une quarantaine de gisements de marbre et de granit « parmi les meilleures qualités dans le monde », mais peu ou pas exploités, dont l’Algérie importe, curieusement, environ 500 000 tonnes, pour un montant estimé à 200 millions de dollars. Le ministre fait état de la maturation d’autres projets à concrétiser, dans le courant 2021, visant à mettre en exploitation des gisements de produits non ferreux, à l’exemple du carbonate de calcium, du manganèse, de la barite et de la bentonite. Pour élargir davantage encore la base minérale du pays, l’intervenant annonce qu’il a été lancé une vaste opération de recherche minière à travers l’ensemble du territoire, en s’aidant pour cela de moyens géophysiques et de télédétection aéroportés. Parmi les produits miniers ciblés et déjà recensés, l’invité fait notamment part de celles de l’or, du tantale, du silicium, du lithium, du cuivre, du soufre, des poli-métaux et autres pierres précieuses. Le ministre Arkab a précisé qu’une feuille de route a été établie en s’appuyant sur les partenariats étrangers, expliquant que l’Algérie ne peut pas compter uniquement sur ses propres capacités d’exploitation car « nous avons passé à côté de ce qui se passe dans le monde par rapport à l’utilisation des nouvelles technologies ».

    En matière d’exploitation des minerais non ferreux, le ministre des Mines a souligné que son département a tracé tout un programme qu’il compte concrétiser prochainement. « Incessamment, d’ici la fin de semaine, je vais aller pour poser la première pierre pour une importante réalisation de carbonate de calcium à l’est du pays. Ce sont des projets concrets maintenant. Nous sommes sur la voie de concrétiser un projet important à Mostaganem et le manganèse à Béchar, ce sont des projets que nous avons ciblés durant l’année 2021 pour tout ce qui est non ferreux », a-t-il indiqué.

    26 projets de recherche de gisements

    Également, le ministre a annoncé l’entame d’une importante opération de recherche minière, un programmé de 26 projets sur l’ensemble du territoire national, 17 wilayas seront concernées dans le nord, les Hauts-plateaux et le Sud, avec l’objectif d’aller chercher l’extension de la base minérale du pays, et aller découvrir d’autres minerais importants. Ces projets de recherche seront jumelés avec les universités de Ouargla, Tindouf, Oran, Bab Ezzouar, Tamanrasset, afin de « mettre en exploitation ce génie local et les expériences de recherches pour aller chercher ces produits avec des indices que nous avons identifiés avec l’ASGA (Agence du service géologique de l’Algérie) qui a fait un important travail préparatoire en matière de perspectives de ces indices à travers le territoire national, et de cibler les produits à forte valeur ajoutée pour notre économie et notre industrie », a-t-il souligné. Sur une question sur l’exploitation des terres rares, le ministre Arkab a dévoilé que son département mène des « discussions » dans ce sens. « Nous avons lancé, pour la première fois dans notre pays, la recherche des terres rares. Nous avons des indices et une préparation déjà faite pour ces terres rares et les métaux rares. Maintenant, on est en phase d’exploration. Nous avons vérifié ces indices et sommes passés de l’étape indice à l’étape gisement et nous allons dans le moyen terme, à l’exploitation de ces gisements », a-t-il expliqué.
    Hamid Mecheri

    Le Courrier d’Algérie, 6 jan 2021

    Tags : Algérie, Tindouf, Ghar Djebilet, gisement de fer,


  • John F. Kennedy sur la crise algérienne (1957)

    Note de l’ éditeur: Dans cet article du 5 octobre 1957, question de l’ Amérique , le sénateur John F. Kennedy du Massachusetts revisite un discours qu’il a prononcé le 2 Juillet 1957, sur le plancher du Sénat, sur la situation politique en Algérie .

    Le 17 septembre, la session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies s’est réunie à New York. Le 24 septembre, une session extraordinaire du Parlement français s’est réunie à Paris. La convergence de ces deux événements n’est pas accidentelle. Ils dénotent tous deux une préoccupation mondiale croissante pour une solution à l’impasse algérienne.

    Les impératifs de l’unité occidentale et la nécessité de maintenir l’influence occidentale dans les régions non engagées du monde font de la question algérienne l’une des questions centrales de la politique mondiale et de l’équilibre des pouvoirs mondiaux. Car l’Algérie, loin d’être un segment isolé du continent africain ou une ruelle politique, vibre de pressions croisées et d’influences qui ont leur source en France, au sein de l’alliance de l’OTAN, en Afrique libre et surtout parmi les Etats voisins de la Tunisie et Maroc. C’est un fait mélancolique que l’incapacité de trouver un règlement tolérable en Algérie érode sérieusement les possibilités d’un penchant vers l’ouest dans tous les États nouvellement libérés d’Afrique.

    “Les impératifs de l’unité occidentale et la nécessité de maintenir l’influence occidentale dans les régions non engagées du monde font de la question algérienne l’une des questions cruciales de la politique mondiale et de l’équilibre du pouvoir mondial.”

    Certains impératifs d’indépendance
    Le 2 juillet, j’ai pris la parole sur le parquet du Sénat afin d’essayer de clarifier pour l’opinion américaine la situation en Algérie et de sensibiliser les Américains aux graves dangers qui guettent l’Occident dans la rébellion paralysante en Algérie. J’ai estimé qu’un règlement durable ne pouvait être atteint qu’en adoptant une voie qui conduirait, dans un avenir mesurable, à l’indépendance de l’Algérie, de préférence dans un cadre fédératif ou interdépendant. J’ai exprimé l’opinion que les bureaux de médiation de l’OTAN ou des chefs d’État tunisien et marocain pourraient fournir le mécanisme permettant d’élaborer un tel programme et un tel calendrier. Si de telles lignes d’effort étaient infructueuses, je pensais que l’ONU était en droit de débattre de la question, d’explorer des méthodes de médiation et de recommander une solution.

    À mon avis, l’ONU en tant qu’organe ne constitue pas le forum idéal pour parvenir à une solution, et il ne fait aucun doute qu’un règlement obtenu par négociation directe ou médiation est de loin préférable, mais nous ne pouvons pas non plus exclure un débat international lorsqu’une question telle celui-ci, dont les effets se font sentir dans de nombreux domaines qui débordent bien au-delà des frontières de la France, est inscrit à l’agenda de l’ONU. Il était déjà clair en juillet que la question serait soumise à la prochaine Assemblée et que les États-Unis devraient adopter une position plus réaliste que notre ancienne formule de «neutralité». Notre neutralité, nous aimons à croire, signifie une attitude bienveillante, mais son apparence superficielle d’ordre ordonné et d’antisepsie masque en réalité une attitude aux conséquences tout aussi positives que l’action directe elle-même.

    Ce discours a suscité une large réponse tant dans ce pays qu’à l’étranger. Les lettres individuelles ont été très favorables, tandis que la réaction éditoriale et le courrier de la France ont été beaucoup plus défavorables et hostiles. J’ai cependant reçu un certain nombre de messages de Français qui étaient d’accord avec ma position et qui représentaient une partie du mécontentement notable des dirigeants indépendants de l’opinion française face à la dérive et à la stagnation de la politique française en Algérie – au moment même où ce pays est avancer sur de nombreux programmes nationaux prometteurs, ainsi que sur de nouveaux projets politiques en Afrique occidentale française et en Europe occidentale.

    “Mes détracteurs ont comparé ceux qui parlent de la question algérienne à des intrus dans une difficulté familiale intime ou à des intrus insouciants.”

    Dans cet article, je voudrais tenir compte de certaines des critiques récurrentes qui ont été faites à mon propos et mesurer brièvement les chances de règlement résultant des délibérations tant de l’Assemblée générale que de l’Assemblée nationale française.

    Il n’y a, bien sûr, aucune dispute avec ceux qui estiment que discuter de la question algérienne autrement que les clichés de la politique officielle française, c’est commettre un outrage moral ou toucher les nerfs nationaux qui sont bien trop bruts pour l’observation étrangère. Mes détracteurs ont comparé ceux qui parlent de la question algérienne à des intrus dans une difficulté familiale intime ou à des intrus insouciants. Mais peu éloigné de cette position est celle de ceux qui soutiennent que les compulsions impérieuses de fidélité à l’alliance de l’OTAN et à notre plus vieil allié, la France, interdisent l’aération de toute situation qui a ses racines nationales en France. C’est une vision extraordinairement étrange et archaïque d’une alliance dont la conception même était basée sur l’espoir que les problèmes pourraient être partagés, la consultation encouragée et des solutions plus larges ainsi obtenues.

    La critique la plus courante adressée à mon discours, notamment par Robert Lacoste, résident général français en Algérie, et dans la presse populaire française, est que la question algérienne pâlit d’importance face à nos propres problèmes de relations raciales avec les Indiens d’Amérique et à Porto Rico. Je suis entièrement d’accord avec la conviction qu’un échec à parvenir à un règlement pacifique de nos problèmes raciaux dans le Sud et ailleurs aux États-Unis est extrêmement préjudiciable à notre position internationale ainsi qu’au tissu de notre propre vie nationale. Il est parfaitement vrai que les progrès réalisés jusqu’à présent sont insuffisants et nécessitent une amélioration et une extension continues. D’un autre côté, les dirigeants les plus responsables de notre vie nationale reconnaissent rapidement le problème, ne considèrent pas la discussion ouverte et la critique des politiques actuelles comme une trahison ou une division dangereuse, et n’ont pas fermé leurs esprits et les yeux sur les injustices qui ont été et sont commises. Le souci des enjeux internationaux ne nous empêche pas de voir les failles de notre vie domestique.

    Pourquoi les Français font allusion avec insistance aux Amérindiens est déconcertant, car ils se trompent gravement s’ils croient que nos cruautés largement reconnues envers les Indiens au cours des siècles passés représentent le tempérament et l’éthos dominants de l’opinion américaine. Les Français pensent-ils avoir droit à un bain de sang similaire au XXe siècle? Quant à Porto Rico, sa situation actuelle semble donner une morale différente de celle que les Français tireraient. Nous voyons à Porto Rico à quoi peut aboutir l’octroi opportun de larges libertés politiques combinées à un programme de développement économique: non pas l’anarchie, le terrorisme généralisé ou la désintégration sociale – comme le soutiennent les publicistes français – mais un Commonwealth qui a volontairement renoncé à l’indépendance totale mais qui jouit d’une large autonomie , tous les droits politiques fondamentaux, un leadership vigoureux et clairvoyant, et l’un des gouvernements les plus véritablement populaires et les plus larges au monde. C’est peut-être notre succès même à Porto Rico qui encourage de nombreux Américains à croire que l’Algérie, elle aussi, peut soutenir une concession plus généreuse de la liberté politique.

    La critique la plus courante adressée à mon discours … est que la question algérienne est pâle en regard de nos propres problèmes dans les relations raciales avec les Amérindiens et à Porto Rico.

    Pas besoin de fatalisme
    Une autre critique, à laquelle il est difficile de répondre et qui caractérise beaucoup l’opinion française à demi articulée, est mieux représentée dans deux éditoriaux récents sur l’Algérie dans la presse américaine. Un de ces journaux, dont les chroniques de reportages ont fourni une bonne partie des preuves factuelles que j’ai présentées dans mon discours, adopte une position de fatalisme presque passif, arguant que les événements doivent suivre leur cours naturel et qu’en tant qu’Américains, nous devons regarder avec sympathie pendant ses décrets dans le dilemme tragique des Français. L’opinion américaine est vraisemblablement de jouer le rôle du chœur dans les tragédies grecques. Ou, de façon plus fantaisiste, nous devons adopter le vieux point de vue, attribué aux Autrichiens, selon lequel la situation nationale est «désespérée mais pas grave».

    C’est, bien sûr, le refrain sans fin que l’Algérie est une question française entièrement «interne» qui rend futile tant de discussions sur l’Algérie et obscurcit les voies de solution possibles. La politique française a été de mettre en place une série de «No Trespass! panneaux. Ces derniers mois, ceux-ci ont été renforcés par une longue ligne de «Danger — High Explosives!» des signes, comme pour indiquer que tout commentaire étranger critique des Français n’invite que de nouvelles vagues de terrorisme, ouvre les vannes du communisme et du panarabisme toxique, et permet la destruction de la France elle-même.

    Mon discours a reconnu le fait que l’Algérie est une question coloniale inhabituellement compliquée et ambiguë et que les mérites de l’affaire ne sont pas entièrement clairs. J’ai noté qu’un nombre relativement important de Français résidait depuis longtemps en Algérie, qu’il y avait des horizons passionnants de nouveau développement économique du pétrole et des minerais en Algérie, qu’il y avait des clivages raciaux importants. Aucun slogan ou formule simple ne fournira une solution facile et une justice parfaite dans le différend est impossible à obtenir.

    “Aucun slogan ou formule simple ne fournira une solution facile et une justice parfaite dans le différend est impossible à obtenir.”

    Les Français en Algérie
    Il ne fait aucun doute que la barrière la plus difficile à l’installation est posée par le million de Français, dont moins de la moitié sont de sang français, qui constituent des colons et des citoyens permanents en Algérie. De toute évidence, leurs revendications méritent d’être reconnues. Mais ce sont aussi ces mêmes colons qui ont obtenu pour eux-mêmes une position très préférée en Algérie, qui ont détenu un droit de veto effectif à l’Assemblée nationale et à la résidence générale, qui ont une emprise économique sur l’Algérie et qui se sont étouffés à chaque fois. possibilités de participation politique et de leadership – et même d’éducation – au sein de la communauté musulmane. Le nationalisme algérien, qui est désormais une réalité politique et pas seulement le slogan d’un petit noyau de bandits ou d’agents étrangers,

    Sans aucun doute, il y a eu des occasions, même dans un passé récent, où un régime éclairé en Algérie aurait pu en faire une véritable partie de la France si un spectre commun de droits et d’opportunités avait été créé. Mais les Français n’ont pas donné suite à leurs meilleures propositions et ont reculé devant les conséquences de leur propre image théorique de l’Algérie en tant que partie organique de la nation française. Même les promesses très limitées du Statut de 1947 n’ont jamais été tenues. Au cours des trois dernières années, l’opinion musulmane s’est éloignée de manière marquée et décisive de la domination française, de sorte que de nombreuses cordes d’intérêt commun ont été rompues. C’est l’intransigeance politique française ininterrompue du passé qui rend si difficile de réprimer le scepticisme sur les réformes «modérées» qui sont dans l’air maintenant à l’approche de la saison des récoltes à l’ONU.

    Si la communauté française d’Algérie n’est pas entièrement composée d ‘«inconciliables» – l’éminent maire d’Alger, Jacques Chevallier, est une exception notable – il n’en reste pas moins que sa voix et son influence dominantes sont dures, dures et inflexibles. La presse algérienne est vicieusement déformée, tandis qu’en France même, des efforts répétés du gouvernement ont été déployés ces derniers mois pour museler les critiques à l’égard de l’Algérie et blanchir les reportages francs sur l’Afrique du Nord. Lors de la dernière réunion de l’Institut international de la presse, le gouvernement français a été condamné pour ses suppressions répétées de la liberté de la presse sous le couvert de la sécurité et de l’intérêt national. Heureusement cette version française du «brouillage» n’a pas réussi à cacher les dures vérités. Pas seulement des journaux indépendants comme Le Monde et L’Expressen France mais d’autres grandes revues internationales telles que le New York Times , l’ Observer et The Economist en Angleterre, et la Neue Züricher Zeitung en Suisse n’ont pas failli à leurs responsabilités journalistiques. On se demande pourquoi le gouvernement français a mis autant d’obstacles sur la voie de ceux qui cherchent à savoir où se trouvent les libéraux français «disparus» et les faits derrière les accusations de torture. Il est triste de constater que les extrémistes français ont généralement bénéficié de la protection de la police française et ont également eu des contacts étroits avec la résidence générale. Cela est vrai même maintenant sous M. Lacoste, venu à Alger annoncé comme l’architecte de solutions «libérales» nouvelles et définitives.

    “Au cours des trois dernières années, l’opinion musulmane s’est éloignée de façon marquée et décisive de la domination française, de sorte que de nombreux cordons d’intérêt commun ont été rompus.”

    Le communisme est-il une menace?
    La critique la plus importante de ma position est certainement l’opinion honnête de nombreuses personnes selon laquelle relâcher le contrôle français en Algérie ferait de ce pays une victime de la direction arabe communiste ou extrémiste et le transformerait en une arène de terrorisme et d’anarchie incontrôlables. Je dois dire que je partage la peur de ces critiques; Cependant, je ne suis pas d’accord avec eux, car la poursuite de la politique actuelle isole mieux l’Algérie de ces dangers. Les dirigeants algériens sont également devenus plus intransigeants, mais même maintenant, ils se tournent encore largement vers l’Occident et vers des hommes comme le premier ministre Habib Bourguiba, qui souhaite donner à toute l’Afrique du Nord française une distribution occidentale. Plus les aspirations légitimes algériennes sont supprimées, plus le danger d’une prise de contrôle réactionnaire ou communiste dans toute l’Afrique devient grand. Car non seulement la guerre d’Algérie est terriblement préjudiciable à l’économie française et aux espoirs d’une exploitation efficace des richesses sahariennes; il crée également de nouveaux écarts entre la France et les nouveaux pays indépendants que sont la Tunisie et le Maroc. De plus, une telle impasse comme celle de l’Algérie rend très difficile pour les États-Unis et leurs alliés de mobiliser l’opinion dans le monde non engagé contre les plus grands outrages impérialistes de l’Union soviétique en Europe de l’Est.

    Les discussions qui ont lieu actuellement en France concernant un nouveau statut pour l’Algérie indiquent au moins que des voix un peu plus froides et plus raisonnables se font désormais entendre au sein du cabinet français, même si celles-ci peuvent être dépassées en nombre de droite et de gauche. Au moment de la rédaction de cet article et avant la réunion du Parlement, il est impossible de porter un jugement définitif sur les propositions. Mais à partir des quelques articles de journaux, dont certains semblent faire peu autorité, on peut au moins soulever certaines questions.

    Si les Français ne recherchent qu’une formule écrite qui leur obtiendra cette année le nombre requis de voix à l’ONU, alors leurs nouveaux plans ne recevront pas – ni ne mériteront – l’assentiment algérien et nord-africain dont ils ont besoin pour être efficaces.

    Prises de façon restrictive, les propositions actuelles ne semblent pas apporter beaucoup plus que ce qui était prévu par le statut de 1947. Si le nouveau statut donne simplement un peu plus de décentralisation, alors il n’atteint aucun des vrais problèmes de l’Algérie. Cependant, il semble que quelques membres du cabinet français et certains membres du MRP soient favorables à un statut qui conférerait une large autonomie fédérale. Ces propositions peuvent être suffisantes pour fournir une base de négociation et de règlement. La question de savoir si elles le feront dépend cependant de la question de savoir si le nouveau statut est provisoire – un pas sur la voie de l’autonomie gouvernementale éventuelle – ou s’il constitue une offre et un règlement définitifs. Au-delà de cela, nous ne savons pas maintenant si ce statut ou une partie de celui-ci doit être négociable avec les dirigeants algériens, ni l’étendue des pouvoirs de «réserve» maintenus par le gouvernement français. Une estimation complète des propositions françaises ne peut donc pas être faite avant la publication du texte final. De plus, quel type de défense leur sera-t-il donnée au Parlement? Le gouvernement français considérera-t-il encore l’Algérie comme une partie «intérieure» permanente de la France? On ne peut pas encore répondre à ces questions.

    Beaucoup dépendra aussi de la réaction et de la contre-réponse du gouvernement français aux deux pointsen Algérie, qui ont sabordé tant de plans précédents et percé tant d’autres ballons d’essai. Si les Français ne recherchent qu’une formule écrite qui leur obtiendra cette année le nombre requis de voix à l’ONU, alors leurs nouveaux plans ne recevront pas – ni ne mériteront – l’assentiment algérien et nord-africain dont ils ont besoin pour être efficaces. À mon avis, ils ne devraient pas non plus recevoir l’appui de la délégation des États-Unis à l’Assemblée générale. Si, toutefois, nous pouvons être convaincus que les Français fournissent plus qu’une imposition unilatérale de termes dénués de sens et qu’ils commencent des progrès visibles et soutenus vers une forme d’indépendance politique de l’Algérie, alors nous devons réagir favorablement. Mais nous devons faire attention à ce que nous obtenions de la substance ainsi que de la forme dans tout nouveau plan,

    Comme je l’ai dit le 2 juillet, les réverbérations de la crise algérienne touchent les intérêts les plus vitaux de tout le monde libre: l’OTAN, les propositions émergentes d’un marché commun pour l’Europe, l’Euratom et la croissance précaire des nouveaux États d’Afrique. Toutes ces grandes entreprises et ces grandes visions n’aboutiront, je le crains, à rien si nous ne pouvons refermer la plaie algérienne. Il est vain, par exemple, de parler de développement saharien tant qu’il y aura une instabilité politique telle que celle qui existe actuellement en Afrique du Nord française.

    Je suis convaincu que les véritables intérêts de l’amitié franco-américaine seront promus par une résolution de la crise algérienne. Ni la France ni l’Alliance atlantique ne peuvent se permettre une autre Indochine. Ce n’est pas un anticolonialisme sentimental et dogmatique, mais les dures réalités du monde dans lequel nous vivons, qui appellent toutes les nations à contribuer à la recherche d’une solution algérienne.

    John F. Kennedy était le 35e président des États-Unis. Il a écrit “La crise algérienne: une nouvelle phase?” pour l’ Amérique alors qu’il était sénateur américain du Massachusetts en 1957.

    Source : America, the Jesuit Review

    Tags : Algérie, France, colonialisme, colonisation, John F. Kennedy,



  • A propos de quelques élucubrations sur la diplomatie algérienne

    Par Abdelkader Kateb *

    Certains écrits parlent maladroitement d’occasions perdues de la diplomatie algérienne, en prétendant bien connaitre les grands dossiers des conflits dans le monde. Disons les choses clairement ! c’est une ratatouille, qui ne dit pas son nom.

    De prime abord, je pense que l’absence d’une couverture médiatique régulière contribue à une difficile grille de lecture de l’apport de la diplomatie algérienne dans le règlement des grands conflits de la région qui ne sont en grande partie, faut-il le rappeler, rien d’autre que la continuité d’anciens conflits non résolus. Leurs origines sont intimement liées entre autres à l’héritage colonial et aux disputes des grandes puissances sur les richesses et les frontières qui ont accompagné les indépendances.

    Pour dénouer l’écheveau de la problématique en question, il faut souligner que rares sont les pays qui formulent les principes présidant à leur politique étrangère d’une manière aussi claire et systématique que l’Algérie. Il faut savoir que cette posture est liée d’une part à l’expérience historique du pays, et de l’autre à la façon dont l’Algérie envisage son avenir.

    Benjamin Stora, historien de renom, écrit dans « l’Histoire de l’Algérie depuis l’indépendance », qu’ « elle a si longtemps enduré l’ingérence étrangère sous la plus odieuse de ses formes qu’elle s’est promis de ne jamais infliger les mêmes souffrances à un autre pays ou à un autre peuple ».

    Ce qu’il y a lieu de retenir de certains écrits d’apprentis sorciers, c’est leur habileté à dénigrer, subtiliser, voire taire le rôle fondamental de l’Algérie dans la résolution des grands conflits de la région (Libye-Mali-Sahara Occidental). Laisser croire que la persistance de ces conflits est due à « une lourdeur dans la réaction (algérienne. ndlr), une absence d’initiative et une attitude plutôt timorée », c’est inacceptable et c’est vouloir tromper l’opinion publique.

    Les avantages de la politique étrangère algérienne vont devenir de plus en plus visibles au fil des semaines et des mois à venir, avec le retour du président Abdelmadjid Tebboune et le ressourcement en cours de finalisation par le Ministre Sabri Boukadoum.

    Aujourd’hui, comme chacun le sait, l’Algérie est confrontée à des périls externes qui ne ressemblent en rien à ce qu’elle avait connu jusqu’ici. Si la nouvelle constitution du 1er novembre dernier maintient les prérequis et les valeurs fondamentales de sa diplomatie, qui ont pu faire leurs preuves par le passé, la pertinence de la nouvelle approche va être mise à l’épreuve à l’avenir.

    La situation est d’autant plus complexe que des acteurs internationaux (dont certains potentiellement déjà indirectement impliqués) suivent les événements au Sahara occidental, en Libye et au Mali et souhaiteraient jouer un rôle majeur avant que l’approche diplomatique algérienne n’ait été menée à son terme. De par la sagesse de ses Hommes d’Etat, l’Algérie peut tenter de dissuader les acteurs internationaux de toute ingérence dans la région, comme elle l’a fait à maintes reprises.

    Le cas du mali

    Les apprentis sorciers accusent notre appareil diplomatique d’avoir perdu sa place au Mali et font remarquer maladroitement qu’il n’en reste pas moins qu’actuellement, la voix de l’Algérie n’est pas très audible et ce sont les sept nations qui ont un pied dans ce pays qui mènent le «manège diplomatique».

    La vérité est tout autre, c’est que le dossier malien et ses subtilités sont très complexes. Il faut savoir que l’Algérie jouit toujours d’un bon capital de crédit au Mali et reste perçue dans l’imaginaire abstrait des Maliens comme le grand voisin du nord, tout particulièrement les communautés du nord du Mali, qui apprécient hautement l’attention dont elles bénéficient dans les politiques de coopération et de solidarité de l’Algérie avec le Mali. Cette attention contribue énormément à l’allègement des effets de leur désenclavement.

    Par ailleurs, ils oublient que rien que l’année 2020, l’effort de solidarité consenti par notre pays au profit du Mali s’est poursuivi à travers l’octroi d’importantes aides alimentaires et autres décidées par le Président de la République Abdelmadjid Tebboune qui s’est montré , depuis son arrivée, très engagé sur le dossier malien.

    Le meilleur moyen de s’imprégner de l’apport de l’Algérie dans ce dossier, c’est de suivre constamment les déclarations des responsables maliens, qui ne ratent aucune occasion pour rendre hommage à l’Algérie pour son rôle majeur qu’elle continue inlassablement de jouer dans le retour de la stabilité dans leur pays, notamment dans le cadre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger. Pour mémoire, cet accord, cadre idoine pour le retour définitif et durable de la stabilité au Mali signé en mai-juin 2015, bénéficie toujours d’un large appui, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Mali, malgré les retards qu’il accuse dans sa mise en œuvre, en raison d’un environnement des plus complexes.

    Je ne sais pas si les apprentis sorciers ont connaissance que l’Algérie mène toujours le suivi et l’accompagnement de la mise en œuvre de l’Accord, en tant que pays voisin, Chef de file de la Médiation et Présidente du Comité de Suivi de l’Accord, pour lequel elle continue d’engranger les dividendes de la paix et la sympathie malienne ; ce qui n’est pas étonnant de sa part, disent les connaisseurs.

    Il ne faut pas omettre, dans ce contexte, que son ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, s’est rendu en janvier 2020 à Bamako, pour conduire les travaux de la quatrième consultation de haut niveau du Comité de Suivi de l’Accord. De l’avis des maliens eux-mêmes, cette consultation a permis de donner une nouvelle impulsion au processus de paix et relancer la tenue des sessions mensuelles du CSA que préside l’Ambassadeur d’Algérie au Mali, qui vient d’être désigné par le réseau panafricain indépendant « Afrobaromètre» parmi les trois diplomates étrangers les plus influents au Mali. Soucieux de maintenir la place de son pays au Mali, l’ambassadeur Boualem Chebihi ne rate aucune occasion pour renforcer encore davantage la proximité stratégique avec les autorités maliennes et l’attachement de l’Algérie à la mise en œuvre de l’Accord de paix issu du processus d’Alger.

    Je ne voudrais pas conclure le cas du Mali, sans attirer l’attention sur la nouvelle crise socio-politique traversée par le Mali à partir de juin 2020, qui a été une autre occasion pour l’Algérie de manifester, encore une fois, sa solidarité et de marquer sa présence incontournable sur ce dossier.

    Parallèlement à la CEDEAO, l’Algérie s’est employée activement pour désamorcer cette nouvelle crise. D’intenses activités ont été menées avant et après les évènements du 18 août 2020, qui ont conduit à l’instauration de la transition en cours. Là aussi, le ministre Sabri Boukadoum a été l’un des rares ministres à avoir effectué deux déplacements au Mali, respectivement les 28 août et 20 septembre 2020. Il a été, ainsi, le premier responsable étranger à rencontrer les nouvelles autorités maliennes, issues des évènements du 18 août dernier. Pour l’histoire, il faut noter que ces deux visites ont même ouvert la voie à celles d’autres chefs de diplomatie.

    Les développements dans ce pays voisin ont continué à aller dans le sens des vues de l’Algérie exprimés notamment par son Ministre des Affaires étrangères, lors de ses différentes visites. Ainsi, après la libération de l’ancien Président Ibrahim Boubacar Keita, le renouvellement par le CNSP de son engagement à respecter l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, le CNSP qui a pris le pouvoir à Bamako le 18 août a donné une suite favorable à deux autres des recommandations-phares de l’Algérie, concernant la durée de la transition ramenée raisonnablement à 18 mois et le profil civil du Président de la transition.

    Sur le processus de paix, la courte période de transition qui s’est ouverte au Mali s’est annoncée plutôt sous de bons auspices pour la suite de ce processus qui est actuellement au cœur de l’action de l’Algérie au Mali. L’engagement des autorités de transition s’est reflété, à notre grande satisfaction, entre autres, par l’inclusion d’une référence expresse à l’Accord dans la charte de la transition et par la participation des mouvements signataires dans la mise en place et la composition des organes de la transition y compris dans le gouvernement.

    Donnant suite aux conclusions de la 41e session du Comité de Suivi de l’Accord, tenue le 16 novembre 2020 à Bamako, la Partie malienne a, d’ores et déjà, redynamisé son cadre de concertation et établi une feuille de route consensuelle des actions à mener dans le cadre de l’Accord d’ici la fin de la transition ; cette feuille de route devrait être validée à la prochaine session, prévue au début de la deuxième quinzaine du mois de janvier 2021.

    Sahara occidental

    Le conflit du Sahara occidental est une question de décolonisation qui ne peut être résolue qu’à travers l’application du droit international et de la doctrine bien établie des Nations Unies et de l’Union Africaine en la matière, c’est-à-dire l’exercice authentique par le peuple sahraoui de son droit inaliénable à l’autodétermination et à l’indépendance, conformément aux dispositions de la résolution 1514 (XV) portant octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux, dont la communauté internationale a célébré , cette année, le 60ème anniversaire.

    Dans ce cadre, faut-il le souligner, ce n’est pas un tweet qui va changer le cours de l’histoire. Ainsi, la proclamation du 4 décembre, reste sans effet juridique, car elle contrevient à l’ensemble des résolutions des Nations Unies et notamment à celles du Conseil de Sécurité sur la question du Sahara occidental. Le reste , c’est de la littérature de mauvais goût. L’Algérie, dont la position s’adosse à la légalité internationale contre la logique de la force et des marchés douteux, réitère son appui indéfectible à la cause juste du peuple sahraoui.

    Le cas de la Libye

    Affectée par l’instabilité de la Libye, il est vrai que dans ce dossier l’Algérie doit très vite reprendre les choses en main pour faire taire les armes définitivement et amener les différents belligérants à négocier une issue honorable et pacifique, par l’organisation d’élections présidentielles et parlementaires, libres, justes, inclusives et crédibles. La proposition algérienne d’accueillir un “dialogue” entre toutes les parties libyennes reste toujours valable pour résoudre la crise profonde par le dialogue et éviter ainsi des dérapages aux conséquences désastreuses.

    Notre pays a déjà payé un tribut humain et matériel à l’instabilité en Libye et au Mali. Il n’en reste pas moins résolu à trouver une solution diplomatique à ces conflits et à renforcer sa posture politique. Notre pays ne peut cependant et ne doit pas se contenter d’une mise en scène, mais en tant qu’Etat pivot de la région, il se doit de jouer un rôle majeur dans tout règlement final des conflits dans son voisinage qui n’ont que trop duré.

    *Abdelkader Kateb, ancien diplomate

    Algérie1, 4 jan 2021

    Tags : Algérie, Libye, Sahara Occidental, Mali, Sahel,

  • Retour du Président Tebboune : La diplomatie algérienne fait son come-back

    GALVANISÉE PAR LE RETOUR AU PAYS DU PRÉSIDENT TEBBOUNE : La diplomatie algérienne fait son come-back

    La diplomatie algérienne va passer, dans les prochains jours, à la vitesse supérieure pour faire face aux défis qui se posent au pays et aux menaces potentielles qui pointent à ses frontières. La normalisation des relations diplomatiques du Maroc avec l’entité sioniste, la crise libyenne, la violation du cessez-le feu au Sahara occidental par l’armée marocaine ou encore la situation au Mali, seront autant de dossiers que devra traiter le ministre des affaires étrangères Sabri Boukadoum.

    Le retour du président de la République au pays devra en principe donner un coup de starter à un véritable plan de relance de la diplomatie algérienne, aussi bien à l’échelle régionale que mondiale. Le rôle de l’Algérie dans le concert mondial a reculé ces dernières années en raison de la situation que connaissait le pays et en raison d’une approche par l’ancien président, qualifiée de gauche par de nombreux observateurs. Il y a quelques années, le ministère des Affaires étrangères était flanqué de secrétariats d’État (aux affaires maghrébines entre autres), qui avaient créé une confusion dans son action.

    Le président de la République qui a exprimé sa volonté de redonner à la diplomatie toute son efficacité pour mieux défendre les intérêts du pays dans le concert mondial, semble avoir défini les priorités que devra prendre en charge, dans les prochains jours, M. Sabri Boukadoum. M. Tebboune avait indiqué, dans son dernier message vidéo, publié sur Twitter, que l’Algérie suivait de près l’évolution de la situation dans la région et qu’elle n’a pas été prise de court par la normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël, qu’elle considérait comme l’aboutissement d‘un processus engagé depuis longtemps. Il a également dénoncé le coup de force de l’armée marocaine dans la région d‘El-guerguerat et rappelé les positions de principe exprimées par l’Algérie.

    C’est un plan d’action qu’il a défini au ministre des affaires étrangères qui pourrait entamer, dans les prochains jours un périple pour regagner le terrain perdu depuis des années, par la faute d’une mauvaise approche développée par les anciens gouvernements. Le Maroc qui agissait en maitre des lieux sur la scène continentale en raison du retrait de l’Algérie, devra s’attendre, dans les prochains, à une véritable offensive diplomatique pour réduire son hégémonie au niveau de l’Union africaine et au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU, où il profitait du soutien de la France pour casser tout le travail réalisé dans le cadre de la mise en œuvre d’un référendum d’autodétermination, au prix de négociations ardues avec le Polisario à Manhasset (USA).

    La Libye, devenue un champ où s’affrontent de nombreux intérêts des grandes puissances, devra également bénéficier de l’intérêt de M. Sabri Boukadoum. Les négociations pour un cesse-le feu durable dans ce pays sont souvent sabordées par ces puissances qui développent, au motif de la Realpolitik, un discours ambigu dans le traitement du dossier de la paix dans ce pays.

    L’autre dossier qui devra sûrement connaitre le retour tonitruant de la diplomatie algérienne est le Mali. La France qui tente d’utiliser les canaux officieux pour négocier le désengagement de sa force Barkhane dans le nord de ce pays, devra compter avec la diplomatie algérienne qui est décidée, cette fois, à peser de tout son poids pour assurer un retour au calme au niveau de ses frontières sud, dans le strict respect de sa souveraineté.
    Slimane Ben

    Le Courrier d’Algérie, 4 jan 2021

    Tags : #Algérie #Diplomatie, #Tebboune

  • Traitement des médias français d’un Président malade

    par Naoufel Brahimi El Mili

    La Covid-19, grand sujet des dix derniers mois, accapare l’essentiel des médias français. Presse écrite et chaînes d’information en continu. Dès le mois de mars dernier, date du premier confinement en France, dans un contexte morose, les matinales télévisions et radios s’ouvrent par l’affichage de chiffres macabres : nombre de décès et de contaminations. Désarmés, les politiques français commencent par évoquer l’inanité du port de masque, question de camoufler la rupture des stocks. Un mensonge ? Non, une simple méconnaissance d’un tout nouveau virus venu de la Chine lointaine à la politique opaque, marque de fabrique d’un des derniers régimes communistes, plaide l’exécutif parisien.

    Le gouvernement tâtonne, alors que s’entassent des cadavres dans des morgues vite saturées. La parole est donnée au personnel médical. Se bousculent devant caméras et micros des cardiologues, des cancérologues, patrons de CHU et autres mandarins de la médecine. Tous, conseillent-ils de se laver les mains et de tousser dans le coude. Le climat devient très vite anxiogène. Mort, maladie et une économie quasiment à l’arrêt.

    La peur s’installe mais elle devient pour les politiques un mode de gouvernance. Plus tard, les plus hauts responsables français réagissent en s’inspirant de la Marseillaise, hymne national : « Aux masques citoyens ! » Même pendant les vacances sacrées des Français depuis l’instauration des congés payés par le Front populaire en 1936, les médias continuent à véhiculer la sinistrose.

    Pour le Président français, le défi est double : rassurer les Français mais pas trop, le principe de précaution est inscrit dans la Constitution, et surtout se faire réélire en 2022 en dépit d’un bilan économique catastrophique. Soudain, fin octobre, une aubaine s’offre à de nombreux journalistes français : le Président algérien, Abdelmadjid Tebboune, contaminé par la Covid-19, est évacué d’urgence en Allemagne. S’ouvre une belle occasion pour noircir encore plus l’image de l’Algérie. Après quelques surprenantes incarcérations de journalistes dans des prisons algériennes, voilà le chef de l’État transporté par avion pour des soins à l’étranger.

    La facile comparaison avec les fréquents séjours hospitaliers d’Abdelaziz Bouteflika devient le fil rouge du traitement journalistique, tous médias confondus : l’Algérie est gouvernée par des malades, nous ressasse-t-on. La communication politique n’est pas le point fort de l’exécutif algérien.

    Cependant, malgré le silence radio, les erreurs du passé ont été évitées. Tout le monde se souvient du séjour médical du Président algérien déchu au Val-de-Grâce en 2005 où la première prise de parole officielle sur l’état de santé de Bouteflika était du fait du chanteur de raï, Cheb Mami, déconnecté du monde médical sauf pour faire plus tard des recherches approfondies en gynécologie. Activité sanctionnée par un séjour carcéral mais c’est un autre sujet.

    En ce qui concerne le Président Tebboune, tout y passe. Pourquoi le choix de l’Allemagne ? Alors que le Président Macron devant le débordement des CHU français avait fait évacuer certains de ses citoyens contaminés vers les hôpitaux germaniques. L’âge avancé d’Abdelmadjid Tebboune est mis en exergue, 74 ans, il est présenté comme un point faible, au moment où la première puissance mondiale fait installer démocratiquement à la Maison blanche, Joe Biden, un jeune de 78 ans.

    La première apparition télévisée du Président algérien est disséquée par les chaînes de télévision qui notent le décor sobre où seules les trois couleurs du drapeau national introduisent une variété chromatique. On est loin du salon somptueux des appartements privés des Invalides rehaussé par un triomphant portait officiel du Président du moment : François Hollande, où trônait Bouteflika autour de ses principaux ministres. Au moment où Tebboune s’adresse à ses concitoyens, certes d’Allemagne, la presse parle de vacance du pouvoir. Seulement le lendemain, Emmanuel Macron est aussi contaminé par le coronavirus mais il apparaît, les traits tirés, sur les écrans français par Skype. Pour lui, c’est la télé-présidence comme le télétravail d’une assistante de direction. Mauvaise foi quand tu nous tiens.
    Plus d’une fois, je suis interrogé par des télévisions françaises sur la maladie du Président, une équipe est même venue me filmer à mon domicile. Je tenais des propos loin de tout alarmisme et de toute polémique. Ces passages n’ont pas été diffusés. Je ne pouvais m’empêcher d’évoquer un ouvrage publié en 1976 intitulé : Ces malades qui nous gouvernent.
    Le livre détaille, entre autres, les santés compliquées pour ne pas dire déclinantes des Présidents de grandes démocraties occidentales : Winston Churchill, Premier ministre britannique malade pendant tout son dernier mandat de 1951 à 1955 ; John Kennedy qui soufrait d’une maladie neuromusculaire génétique alors âgé de 43 ans. Sans oublier Georges Pompidou, malade dès les débuts de son mandat (maladie de Waldenström), à l’époque on parlait de grippe à répétition car il y avait trop de courant d’air à l’Élysée. Sic.

    Comme si le palais présidentiel se trouvait dans les Hauts de Hurlevent. Il est vrai à l’époque il n’y avait ni internet et encore moins les chaînes d’information en continu. Contre-vérités et omissions étaient facilement gérables avec un mot d’ordre : « Circuler, il n’y a rien à voir .» Le 29 décembre, le Président est de retour en Algérie. Le lendemain un grand quotidien français s’interroge : « Dans quel état se trouve le chef de l’État ? Est-il en capacité physique de continuer à exercer ses prérogatives ? Bien sûr son pied emplâtré est commenté en long et en large comme s’il s’agissait de celui d’un grand joueur de football à la veille d’une finale de Coupe du monde. Alors que la loi de finances est dûment signée, les séances du travail présidentiel reprennent au rythme des vacances de fin d’année.

    La presse est libre, semble-t-il. Alors pourquoi le silence sur l’engagement du Président Macron de faire l’état des lieux mémoriels de la colonisation française et de la guerre d’Algérie avant la fin de l’année 2020 ? Le nouveau vaccin miraculeux fait la une, c’est l’avenir alors que « les événements d’Algérie » avec leurs lots de tortures, de déportations et autres joyeusetés, c’est le passé. Pour le traitement des questions mémorielles, il n’y a pas de remède prodige sauf la vérité, une denrée rare quand il s’agit des relations-franco-algériennes.
    N. B. E. M.

    Le Jour d’Algérie, 4 jan 2021

    Tags : Algérie, France, Abdelmajid Tebboune, coronavirus, covid 19, presse française,