Author: xnalgrtayache58

  • Ukrainian sailors held in Libya since 2016 on their way home

    Four crew members of the Captain Khayyam tanker, detained in the territorial waters of Libya on February 13, 2016, are returning to Ukraine. Sailors Yevhen Morar, Volodymyr Tostohan, Oleh Voinerovsky, and Pavlo Chaika are already on their way home, according to the President’s Office…

    Read more from the source : UNIAN information agnecy

     

     

     

     

    Tags : Libya, Ukranian sailors,

  • Le Maroc aurait-il payé l’ouverture de consulats dans les terres sahraouies ?

     

    La secrétaire générale de l’Association française d’amitié et de solidarité avec les peuples d’Afrique (AFASPA) Michèle Decaster, a affirmé mercredi que le Maroc a acheté des consulats dans les terres sahraouis occupés.

    S’exprimant sur les ondes de la chaîne 3 de la Radio Algérienne, Decaster a déclaré : “le Maroc a payé pour l’ouverture de consulats à Dakhla et à Laâyoune alors qu’aucune communauté appartenant à ces pays ne vit dans ces zones”. Elle évoque plutôt “la volonté du Royaume marocain d’influencer les instances onusiennes d’une manière détournée”, malgré un fort consensus parmi les membres du Conseil de sécurité sur le statut juridique de la question du Sahara Occidental, une position positive qui sert le règlement politique du conflit au Sahara Occidentale.

    La secrétaire générale de l’AFASPA, a souligné que depuis 2014, “le Maroc a expulsé 283 citoyens sahraouis des terres occupées”, signalent un black out total sur le dossier. Elle a estimé que le rejet des membres du Conseil de sécurité des décisions unilatérales prises par le président sortant américain Donald Trump à cet égard, est une « position positive » qui servira, à l’avenir, le processus politique parrainé par les Nations Unies.

    Michèle Decaster a exprimé l’espoir que la nouvelle administration américaine serait en mesure de revenir sur cette décision qui, a-t-il affirmé, avait mis fin à trois décennies de soutien américain au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination à travers la mise en œuvre de la résolution 690 de 1991 du Conseil de sécurité.

    La désignation du Sahara occidental et du Royaume du Maroc comme deux territoires distincts dans le cadre d’un accord en cours entre l’Union européenne et le Maroc est “une avancée importante”, a indiqué Michèle Decaster qui s’est réjouie du fait que la position affichée, en décembre, par le président américain sortant concernant le Sahara occidental n’ait pas eu d’effet sur les pays européens.

    Echourouk, 7 jan 2021
    #SaharaOccidental #Maroc #Afrique #Consulats
  • Le président tunisien appelle à des efforts pour mettre fin aux conflits

    Kais Saied s’adresse au Conseil de sécurité de l’ONU alors que sa Tunisie assume la présidence tournante

    Tunis, Tunisie

    Le président tunisien Kais Saied a exigé mercredi que l’ONU contribue à s’attaquer aux causes des conflits, car il a déclaré que les hostilités continuaient de menacer la paix et la sécurité mondiales.

    Saied a exhorté les pays à mobiliser des efforts pour soutenir l’ONU dans l’élaboration de stratégies globales pour construire la paix dans le monde lors d’une réunion virtuelle du Conseil de sécurité des Nations Unies présidée par Saied.

    “Il n’y aurait pas de sécurité, pas de paix sans un développement global, juste, intégré et durable qui préserve la dignité de l’homme partout”, a déclaré Saied.

    Il a également appelé à une coopération mondiale pour faire face à la menace du coronavirus en soulignant que l’ONU travaille pour rendre un vaccin accessible à tous.

    Saied a réitéré l’engagement de la Tunisie à servir la paix mondiale, la sécurité et le développement durable pour réaliser les aspirations des peuples.

    La Tunisie a assumé lundi la présidence tournante du Conseil de sécurité en tant que membre non permanent, marquant une quatrième fois pour la nation nord-africaine.

    Anadolou, 6 jan 2021

    Tags : Tunisie, Kaïes Saïed, conflits,

  • La Tunisie rapporte un record quotidien de coronavirus de 2820 cas (Reuters)

    TUNIS (Reuters) – La Tunisie a enregistré 2820 nouveaux cas confirmés de coronavirus, a annoncé mercredi le ministère de la Santé, un record depuis le début de la pandémie l’année dernière.

    Soixante-dix autres décès ont été signalés, portant le nombre de morts à plus de 5000, a ajouté le ministère.

    Le nombre total de cas est passé à environ 150 000.

    La Tunisie a interdit les voyages entre les régions du pays et a prolongé un couvre-feu en octobre, alors qu’elle tentait de contenir une augmentation rapide des cas de COVID-19 avec des hôpitaux presque pleins.

    Reportage de Tarek Amara; Édité par Howard Goller

    Source : Reuters, 6 jan 2021

    Tags : Tunisie, coronavirus, covid 19,

  • Tunisie – La ruse de Ghannouchi pour imposer « ses » hommes au bureau exécutif d’Ennahdha

    Rached Ghannouchi a subi le sérieux revers lors de la désignation des membres du bureau exécutif, puisque les deux tiers des candidats qu’il avait présenté ainsi que de proches protégés n’ont pas bénéficié de l’accord des membres de la Choura.

    Du coup, le parti est resté sans bureau exécutif, puisque le nombre de candidats plébiscité est insuffisant pour en constituer un.

    Connaissant l’opiniâtreté du Cheikh, il fallait bien s’attendre à ce qu’il ne lâche pas de sitôt le morceau, qu’il n’abandonnera pas et repartira à la charge.

    Alors que la logique veut que puisque les dernières élections n’ont pas permis d’aboutir à la constitution d’un bureau exécutif, il fallait les annuler et en refaire d’autres, en espérant que çà aboutisse, Ghannouchi a trouvé le coup fourré, pour imposer ses hommes dans le nouveau bureau.

    Il a ainsi décrété que du moment qu’il n’y a eu que quelques membres qui ont été plébiscités et au lieu de tout reprendre à zéro, on allait retenir ceux qui ont réussi et refaire des élections, juste pour les autres, pour compléter la composition du bureau.

    Comme çà, au moins, il sait que ses poulains vont faire la course tous seuls, puisque les autres ont déjà été retenus et les postes restés vacants vont forcément leur revenir de droit.

    Machiavélique !

    Tunisie Numérique, 6 jan 2021

    Tags : Tunisie, Rached El Ghannouchi, Ennahdha,

  • Maroc : Détention continue du défenseur des droits de l’homme Maâti Monjib

    Le 30 décembre, le juge d’investigation du tribunal de première instance de Rabat a ordonné la détention préventive du défenseur des droits de l’homme Maâti Monjib sur l’accusation de ′′ blanchiment d’argent ′′ et a prévu que sa prochaine session d’enquête se tienne le 20 janvier.

    Maâti Monjib est le président de la liberté maintenant, une association qui œuvre pour défendre la liberté d’expression et le journalisme au Maroc. Il est également co-fondateur et membre de l’association marocaine pour le journalisme d’investigation (MAIJ), une association qui travaille à exposer les problèmes de corruption dans le pays.

    Maâti Monjib a été arrêté le 29 décembre 2020 à midi dans un restaurant situé sur la rue Al Alawiyin dans le quartier de Hassan à Rabat par les forces de sécurité en civil, qui sont arrivés au restuarant dans deux véhicules de police quelques minutes après l’arrivée du défenseur des droits de l’homme . Maâti Monjibib a été traduit devant le procureur général près le tribunal de première instance de Rabat où il était inculpé de ′′ faire du blanchiment d’argent Le défenseur des droits de l’homme a ensuite été renvoyé au juge d’investigation qui a ordonné sa détention préventive et a programmé sa prochaine session d’enquête le 20 janvier. Maâti Monjib est actuellement détenu en isolement cellulaire à la prison d’El Arjat 2 dans la ville de Salé près de Rabat.

    Au cours des derniers mois, Maâti Monjib a été convoqué à plusieurs reprises pour interrogatoire par la Brigade de la police judiciaire nationale à Casablanca. Le 7 octobre 2020, le procureur général a annoncé que le défenseur des droits de l’homme était en cours d’enquête pour blanchiment d’argent. Maâti Monjib croit que l’accusation est en représailles pour ses critiques à l’encontre de la Direction Générale de la Surveillance Territoriale, qu’il a accusée d’effectuer une surveillance illégale de la société civile et des politiciens de l’opposition. Dans les jours après l’annonce du procureur général, plusieurs membres de la famille de Maâti Monjib ont été convoqués et interrogés dans un poste de police de Casablanca, malgré le fait qu’ils vivent à près de 90 kilomètres, à Rabat. Lors de l’interrogatoire, ils n’ont pas été informés des raisons de leur convocation et ont été invités à fournir des détails sur le travail accompli par Maâti Monjib dans le domaine des droits de Le 12 octobre 2020, Maâti Monjib a commencé une grève de la faim en protestant contre les allégations et le harcèlement des membres de sa famille. Il a mis fin à la grève de la faim le 15 octobre 2020.

    Maâti Monjib a été fréquemment harcelé pour son travail pacifique en matière de droits de l’homme. Le 21 octobre 2020, le défenseur des droits de l’homme devait assister à la dernière session d’audience au Tribunal de première instance de Rabat, en rapport avec une autre affaire ouverte contre lui et d’autres défenseurs des droits de l’homme pour ′′ menacer la sécurité intérieure de l’État ′′ En 2015., la séance n’a pas eu lieu après que le tribunal ait informé l’avocat du défenseur que deux de ses employés avaient été testés positifs au COVID-19. Les séances d’audition subséquentes liées à l’affaire ont été retardées et reprogrammées à plusieurs reprises. En août 2015, une interdiction de voyager a été imposée à Maâti Monjib, qui a été levée le 29 octobre 2015, après avoir passé 24 jours en grève de la faim. Le défenseur des droits de l’homme est souvent le sujet de campagnes de diffamation dirigées par des médias pro-gouvernementaux tels que Annahar al-Maghribia et AlAhdath al-Maghribia, qui l’accusent d’incitation à la violence et de détournement de fonds de la société civile.

    Les défenseurs de la ligne de front sont profondément préoccupés par la détention et le harcèlement judiciaire du défenseur des droits de l’homme Maâti Monjib, car ils pensent qu’il est visé dans un effort visant à empêcher son travail de défense des droits de l’homme, de liberté d’expression et de dénoncer la corruption.

    Les défenseurs de la ligne de front demandent aux autorités marocaines :
    Libère immédiatement et sans condition Maâti Monjib et abandonne les charges contre lui car on pense qu’ils sont uniquement motivés par son travail légitime et pacifique pour la défense des droits de l’homme ;
    Veiller à ce que le traitement de Maâti Monjib, pendant son séjour en détention, respecte les conditions définies dans le ′′ corpus de principes pour la protection de toutes les personnes sous toute forme de détention ou d’emprisonnement adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies dans sa résolution 43/173 de 9 Décembre 1988.

    Cessez de cibler tous les défenseurs des droits de l’homme au Maroc et gardez en toutes circonstances leur capacité de mener leurs activités légitimes en matière de droits de l’homme sans crainte de représailles et sans restrictions, y compris le harcèlement judiciaire.

    Fouad Abdelmoumni

    Source : Facebook

    Tags : Maroc, Maati Monjib, droits de l’homme, répression, Makhzen,

  • Russie-Afrique : «Une coopération sans ingérence et civilisée» ?

    Par Mostefa Zeghlache(*)
    Evoquer aujourd’hui la Russie conduit automatiquement à tenir compte que ce pays transcontinental a le territoire le plus vaste de la planète reliant deux continents, l’Europe (25,3 %) et l’Asie du Nord (74,7%), frontalier de deux océans, Pacifique et Arctique, et de 14 pays et habité par 147 millions d’âmes dont près de 78% vivent en Europe.

    La Fédération de Russie est également l’héritière de l’Empire tsariste et l’État successeur, depuis 1991, de l’ex- Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS) dont elle occupe le siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies et hérité de plus de la moitié de la population, des deux tiers du territoire, de l’armée (Rouge) et surtout de son arsenal nucléaire. En 2019, la Russie est la onzième puissance économique mondiale en matière de PIB à valeur nominale et sixième en parité de pouvoir d’achat (Wikipédia). Après avoir connu les difficultés politiques, sociales et économiques de transition que l’on sait au lendemain de la chute de l’URSS, la Fédération de Russie avait de sérieux défis à relever pour tenter de retrouver la puissance et le poids politique à l’international de l’ex-URSS. La difficulté n’était pas seulement d’ordre interne ou régional, mais aussi et surtout international.

    Les tensions et guerres dans la région (crises de Géorgie en 2008 et de Crimée en février-mars 2014, le Haut-Karabakh en 2020) et ailleurs dans le monde, notamment au Moyen-Orient (Syrie, golfe Arabo-Persique) et en Afrique du Nord (Libye), et l’implication parfois directe de la Russie dans ces situations lui ont permis de partir à la reconquête de son aura perdue avec la chute de l’ex-URSS. Dans ce contexte, l’Afrique est apparue récemment comme un nouveau moyen en perspective pour la Russie de renforcer le spectre de ses relations extérieures, notamment économiques, et atténuer, dans une certaine mesure, les effets des sanctions occidentales, en particulier américaines, dont elle est l’objet, plus particulièrement depuis 2014, avec la crise de Crimée.

    Libérée du carcan de l’idéologie socialiste de l’ex-URSS, la Russie d’aujourd’hui se veut pragmatique dans ses relations africaines et dénonce, par la voix de son président (novembre 2018), l’attitude de certains pays occidentaux qui «ont recours aux pressions, à l’intimidation et au chantage envers les gouvernements africains». Avec une petite nuance visant la France, Poutine a ajouté : «En utilisant de telles méthodes, ils tentent (ces pays) de regagner l’influence et la position dominante perdues dans leurs anciennes colonies.»(1) Ce qui n’est pas le cas pour la Russie, bien évidemment.

    Le pragmatisme russe fait que Moscou ne se contente plus d’utiliser ses réseaux créés lors de la période soviétique, notamment dans les pays du «camp progressiste comme l’Algérie», l’URSS ayant formé des générations de cadres africains souvent russophones, devenus parfois de hauts responsables politiques et économiques dans leurs pays, mais mise davantage sur les nouvelles générations de dirigeants africains pour accroître son influence partant du constat que l’Afrique d’aujourd’hui n’est plus un terrain de confrontation idéologique mais un continent d’opportunités (2) et un «partenaire important qui participe à la formation d’un ordre mondial polycentrique et durable», selon le MAE Lavrov.(3)
    La nouvelle orientation de la politique africaine de la Russie qui se dessine peut être appréhendée à travers trois volets : le sommet de Sotchi, l’action russe dans le domaine de la sécurité et de l’armement en Afrique et la présence russe en Centrafrique. En Afrique, les dirigeants russes sont engagés dans une course contre la montre pour tenter de rattraper leur retard par rapport aux anciennes puissances coloniales comme la France ou la Grande-Bretagne, aux pays émergents comme la Chine ou l’Inde qui ont investi le continent de longue date ou aux États-Unis. En effet, au lendemain de la disparition de l’URSS, les échanges commerciaux avec tout le continent atteignaient juste 1,3 milliard de dollars. Ce montant, somme toute modeste, dégringole en 1994 à 740 millions(2). Une fois la période de transition bien enclenchée, les échanges commerciaux de la Russie avec le continent entament leur ascension dès le début des années 2 000 pour atteindre, en 2017, 17 milliards de dollars(3) et 20 en 2018.

    Ce montant, quoique modeste, comparé, par exemple, à ceux de l’Inde et de la Chine qui étaient successivement de 60, 50 et 200 milliards, représente pour Moscou un pas en avant appréciable mais qui reste néanmoins à consolider. Les exportations russes vers l’Afrique, hors équipements militaires, ont doublé en 3 ans représentant en 2018 4% de l’ensemble des exportations russes contre 1%, 5 ans auparavant.

    Le président Poutine n’a certes pas sillonné le continent africain mais s’est rendu dans certains des principaux pays africains ; en Algérie en mars 2006, au Maroc en septembre de la même année, en Libye en 2008, en Égypte en 2015 et 2017 et en Afrique du Sud dans le cadre d’un sommet des Brics en juillet 2018 et à l’issue duquel il annoncé son initiative d’organiser un sommet avec l’Afrique. Il se tiendra à Sotchi, une station balnéaire sur la mer Noire, les 23 et 24 octobre 2019.

    À travers le 1er sommet de Sotchi qui s’inscrit dans le sillage des grands sommets regroupant l’Union africaine et l’Union européenne et l’Afrique à la Chine, au Japon (Ticad), à l’Inde ou aux États-Unis, les dirigeants russes tentent d’établir un cadre opérationnel pour la mise en œuvre de leur nouvelle stratégie de redéploiement diplomatique et économique vers le continent africain.

    Co-présidé par Vladimir Poutine et Abdelfattah Al Sissi, président en exercice de l’Union africaine, le sommet a regroupé une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement africains pour le volet politique et un forum d’affaires avec pour slogan «Pour la Paix, la Sécurité et le Développement».

    En marge du sommet et concernant le premier aspect, Poutine s’est dépensé lors de ses entretiens notamment en tête-à-tête avec ses homologues africains pour louer l’amitié russo-africaine et parler de perspectives de coopération alors que le MAE Lavrov a appelé les pays africains à «une coordination étroite en politique étrangère, à l’ONU et sur d’autres plateformes multilatérales».(3)

    S’agissant des relations économiques, la Russie mise, dans une première étape, sur les grandes entreprises publiques ou privées mais assistées par l’État comme Rosneft et Lukoil pour les hydrocarbures, Rosatom pour le nucléaire, Alrosa pour le diamant, Uralkali et Uralchem pour les engrais chimiques et Rosoboronexport pour l’armement.

    Dès le 1er jour du forum, la fondation Roscongress s’est attelée à rapprocher le monde des affaires russe de son vis-à-vis africain. Un certain nombre d’accords de coopération ont été signés à cette première étape, à l’image de ceux avec l’Agence pour les investissements du Congo, l’Agence pour les investissements et les Projets stratégiques du Niger, les Chambres de commerce de Tanzanie, du Kenya, du Nigeria, du Mali, l’Association égyptienne des exportateurs et la Confédération des associations d’affaires du Mozambique.(4)

    À travers ce forum, Arnaud Kalika, auteur de la note «Le grand retour de la Russie en Afrique» (Ifri, avril 2019), estime que l’Afrique est devenue «une priorité russe». Rappelons que le sommet de Sotchi n’est pas issu du néant.
    Le terrain avait été préparé lors de certaines manifestations où hommes d’affaires et hommes politiques africains avaient été sollicités avec beaucoup de considération par leurs homologues russes. Ce fut le cas au Forum économique de Saint Pétersbourg (Spief), en 2018, dont l’invité d’honneur était le président F. A. Touadéra, à l’Assemblée annuelle de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) dont la Russie est devenue actionnaire et lors d’une réunion interparlementaire Russie-Afrique tenue à Moscou… (5)

    On peut ajouter enfin le Forum de coopération Russie-monde arabe dont la 5e réunion a eu lieu à Moscou, en avril 2019, au niveau des ministères des Affaires étrangères arabes et russe, et la 6e était prévue en 2020 au Maroc, mais la pandémie de coronavirus en a décidé autrement. Ce forum constitue une opportunité de discussion des perspectives de coopération de la Russie avec des pays relevant, à la fois, du continent africain (Afrique du Nord) et de l’aire culturelle arabe. On a relevé que la nouvelle Russie a dû faire face à de nombreux défis politiques et économiques internes comme extérieurs et à quel point est important le fossé qui la sépare d’autres puissances similaires, en Afrique, tant pour le commerce que pour l’investissement. Ces facteurs ne sont pas les seuls à inciter les dirigeants russes à considérer l’Afrique comme un important partenaire. S’y ajoutent les sanctions occidentales notamment américaines qui, depuis 2014, pénalisent Moscou, «obligée de trouver d’autres leviers économiques et diplomatiques» à travers «un partenariat diversifié» et perturbent ses ambitions politiques internationales, notamment en Afrique.

    La quête d’un repositionnement stratégique russe en Afrique passe également par le renforcement d’un secteur d’activité rémunérateur traditionnel, celui de l’armement, et la volonté de s’enraciner «structurellement» dans le paysage africain à travers l’édification de bases militaires. À ces leviers d’implantation s’ajoute celui de la formation de hauts gradés africains, selon la tradition soviétique mais renforcée et étendue au-delà de l’ancien groupe de pays progressistes, l’expertise militaire et le nucléaire civil avec la société Rosatom.

    Alors que les foyers de tension dus notamment au terrorisme s’exacerbent et parfois prennent de l’ampleur en Afrique, les États-Unis, sous la présidence Trump, ont exprimé, à maintes reprises, leur volonté de réduire, parfois drastiquement, la présence militaire américaine, y compris au Sahel, suscitant les inquiétudes de certains dirigeants africains et alliés comme le président français. Au même moment, la France, malgré l’implication de l’Union européenne à ses côtés, s’enfonce chaque jour davantage dans le bourbier sahélien alors que le rival chinois se concentre davantage sur ses relations économiques — y compris la vente d’armes —, le champ d’action paraît libre à la Russie pour gagner une place sur l’échiquier africain. Les moyens pour y parvenir sont nombreux et impliquent le commerce des armes et la formation militaire en particulier dans le cadre de la lutte antiterroriste.

    Le regain des activités terroristes dans certaines régions du continent et les difficultés qu’éprouvent les États concernés à y faire face, y compris avec l’aide des armées occidentales, ouvrent de nouvelles perspectives d’«infiltration» russe dans des pays jadis «chasse gardée» des Occidentaux. La Russie cherche à mettre en avant son «expérience» en la matière acquise
    en Tchétchénie, en Syrie, voire en Libye comme l’avait laissé entendre le président russe à Sotchi lorsqu’il avait déclaré que «le terrorisme, l’idéologie de l’extrémisme, la piraterie et le Printemps arabe empêchent le développement des pays africains» ajoutant que «ces phénomènes ont déstabilisé la situation dans toute l’Afrique du Nord » et que « dans la région des Grands Lacs et la région sahélienne, de nombreuses organisations terroristes sont actives». Et de conclure : «À cet égard, nous pensons qu’il est important d’intensifier les efforts communs dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme.» Alors, pour faire face à ces défis sécuritaires, quoi de plus normal que les armées africaines se fournissent en armes russes ? Et quoi de plus normal encore d’entendre le chef d’État soudanais dire, lors du sommet de Sotchi, à son homologue russe : «De notre côté, nous attendons que vous approuviez et signiez l’accord sur la poursuite de la coopération entre le Soudan et la Russie afin que nous puissions coopérer à la réforme de l’institution militaire et au développement des capacités des forces armées.»(6) Doit-on rappeler que c’est par le Soudan que la Chine est entrée en Afrique ?

    Le forum Russie-Afrique avait d’ailleurs mis en exergue l’aspect militaire de la politique russe en Afrique. Le continent représente 15% des ventes d’armes russes(7) et près de 12 milliards de dollars de contrats avaient été signés avec des pays africains dont le Nigeria, le Niger et le Mali portant notamment sur l’acquisition d’avions et d’hélicoptères de combat et de systèmes de défense antiaérienne, pour un montant de plus de 4 milliards de dollars, selon Alexandre Mikheev, directeur de Rosoboronexport, l’entreprise publique chargée du commerce d’armements.(6) Selon l’institut Sipri de Stockholm, la Russie est le premier fournisseur d’armes à l’Afrique (35%) devançant la Chine (17%), les États-Unis (9%) et la France (6,9%).
    De nombreux contrats militaires, à l’image de celui avec l’Algérie en 2006 ont été signés avec la Guinée et la Centrafrique en 2017, l’Égypte, le Burkina Faso, en 2018, le Soudan, le Mali et le Congo, en 2019. Un mémorandum a été signé avec 16 pays d’Afrique australe (SADC) incluant la formation du personnel militaire, l’envoi de conseillers et l’échange de renseignements.
    Outre l’aspect commercial dominant, les Russes investissent dans l’infrastructure militaire. Lors de sa grande et traditionnelle conférence de presse, la 16e du genre, tenue le 17 décembre 2020, le président Poutine a répondu à ses critiques sur les relations militaires de son pays avec certains pays occidentaux en révélant que, contrairement aux États-Unis, par exemple, la Russie ne dispose que de «deux-trois bases de déploiement, d’ailleurs situées sur les axes à risque terroriste». S’agissant du budget militaire de son pays, il a indiqué qu’il n’était «que de 46 milliards», comparé à celui des États -Unis qui atteint 770 milliards».(8)

    Mais les Occidentaux ne l’entendent pas de cette oreille, comme en témoigne un rapport du MAE allemand intitulé «Les nouvelles ambitions de la Russie en Afrique» dont le journal Bild a publié des extraits en août 2020 et qui révèle que «la Russie envisagerait d’établir des bases militaires dans au moins 6 pays considérés stratégiques. Ce sont la République centrafricaine, Madagascar, l’Égypte, le Soudan, le Mozambique et l’Érythrée». Plus proche de nous, le site Sputnik rapportait le 8 décembre 2020 qu’un traité a été signé le 1er de ce mois avec le Soudan prévoyant la création d’«un centre de soutien logistique de la marine russe» devant abriter des navires à propulsion nucléaire.(9) De même qu’une plateforme logistique russe accessible aux navires de guerre est envisagée dans un des ports de Madagascar.(5)

    Outre les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France, la Chine, le Japon, l’Inde, la Turquie, les Émirats… ont des bases militaires en Afrique, notamment dans la Corne de l’Afrique.

    Il est difficile d’évoquer l’aspect militaire et sécuritaire de la politique africaine de la Russie sans évoquer les activités de la société militaire privée russe Wagner, créée en 2014 par Evguéni Prigojnine, «un proche de Poutine», en Syrie, en Libye, en Centrafrique et dans les zones de tension dans le voisinage russe (Ukraine). Cette société est qualifiée par Foreign Policy de «sombre groupe de mercenaires qui mènent des opérations secrètes pour le compte du Kremlin, un peu partout dans le monde…».
    Le Kremlin s’en défend et quoique les sociétés privées de sécurité soient interdites en Russie, des sources occidentales estiment que Wagner travaille en «étroite collaboration avec le ministère de la Défense». Le New York Times a défendu cette thèse dans une enquête consacrée à la présence russe en Centrafrique et ajouté que la RDC et la Guinée ont sollicité les services de Wagner.

    Depuis peu et quoique se prévalant d’un passé dépourvu de pesanteur coloniale et se défendant de toute velléité d’immixtion dans les affaires internes d’autrui, la Russie tente de mettre en œuvre une nouvelle stratégie dans ses relations avec l’Afrique. L’expérience en cours a lieu en Centrafrique. Sans le moindre doute, la Russie post-Union soviétique doit considérer son approche africaine à travers la Centrafrique comme un test de viabilité pour sa stratégie d’implantation durable et avantageuse en Afrique sub-saharienne. Mais ce choix comporte énormément de risques, la Centrafrique étant l’un des pays les plus pauvres et des plus instables du continent.

    Ce pays de 622 984 km2 qui se situe, comme son nom l’indique, au «centre de l’Afrique», est enclavé entre 6 pays et figure au 188e rang sur 189 pour l’indice de développement humain du Pnud, en 2019. Près de 70% de la population de 4,9 millions d’habitants vivent sous le seuil de la pauvreté. Mais comme c’est souvent le cas en Afrique, c’est un pays appauvri qui recèle de grandes richesses allant du diamant au bétail en passant par l’or, le bois, le café, le tabac, le coton.

    Depuis de nombreuses années, la guerre civile attisée par les clivages politiques, sociaux, ethniques, religieux et l’ingérence étrangère alliée à une classe politique coupée des réalités du pays ont handicapé son développement. De 1965 à 2016 et encore ces derniers jours, le pays a vécu au rythme des coups d’État et de révoltes sanglantes le plus souvent sous forme de conflits ethniques et religieux. En fait, il s’agit de lutte pour le pouvoir alliant classe politique prédatrice, armée aux ordres des puissants, hommes de religion occultes et hommes d’affaires véreux liés aux sociétés étrangères. Le pays se maintient à flot grâce à l’aide étrangère, la protection des forces onusiennes et la présence militaire française et, récemment, russe.

    En mars 2013, une coalition rebelle à dominante musulmane se soulève, attaque la population chrétienne et renverse le président Bozizé. Les milices anti-balaka à dominante chrétienne s’en prennent à leur tour à la population musulmane.

    Une tuerie à grande échelle se produit qui pousse la France à intervenir militairement à travers l’opération Sangaris (2013-2016) et l’ONU à voter la résolution 2127 (05 12 2013) imposant l’embargo sur les armes pour la Centrafrique, créer le Comité du Conseil de sécurité pour veiller à l’application des sanctions et, le 10 avril 2014, la force Minusca (Mission de stabilisation des Nations Unies en Centrafrique) avec 11 500 Casques bleus.
    La fin de l’année 2017 marque le début du rapprochement russo-centreafricain avec la signature, en décembre, d’un accord de coopération dont certains termes n’ont pas été rendus publics, mais qui prévoit notamment l’engagement de la Russie à assurer la formation des militaires dont la Garde nationale et pour la Centrafrique l’octroi de concessions minières (or et diamant) et l’autorisation pour les Russes d’exploiter un aérodrome dans la région d’Ouadda. Dès le 26 janvier 2018, les avions russes transportant les premières armes atterrissent à Bangui. Le lendemain, le directeur adjoint du service de presse du MAE, A. Kojine, annonce qu’«à la demande de la République centrafricaine, la Russie a accordé à ce pays une aide militaire et technique à titre gracieux» et ajoute que «5 militaires et 170 ressortissants (?) russes ont été dépêchés sur place pour entraîner les militaires centrafricains».(10)

    Depuis, un accord de coopération militaire a été signé en août 2018 qui prévoit l’envoi d’instructeurs pour entraîner les militaires centrafricains et assurer la sécurité du président. En octobre 2020, un bureau militaire composé de 4 généraux russes est ouvert à Bangui.(11)

    Mais Moscou considère, depuis que l’opération française Sangaris(12) avait été déclarée par le président français et son MAE, achevée en 2016 avec l’élection de l’actuel président F. Archange Touadéra, alors que l’instabilité persiste au pays, que la voie est désormais ouverte à une présence russe renforcée au cœur du continent africain tant pour l’assistance sécuritaire et militaire que pour l’action politique. Paris ne conserve désormais qu’un contingent de 300 militaires. Dès octobre 2017, le président centrafricain rencontre le MAE russe pour lui demander une assistance à son pays.

    La fin de l’année 2017 marque le début du rapprochement russo-centrafricain avec la signature, en décembre, d’un accord de coopération dont certains termes n’ont pas été rendus publics, mais qui prévoit notamment l’engagement de la Russie à assurer la formation des militaires dont la Garde nationale et pour la Centrafrique l’octroi de concessions minières (or et diamant) et l’autorisation pour les Russes d’exploiter un aérodrome dans la région de Ouadda. Dès le 26 janvier 2018, les avions russes transportant les premières armes atterrissent à Bangui. Le lendemain, le directeur adjoint du service de presse du MAE, A. Kojine, annonce qu’«à la demande de la République centrafricaine, la Russie a accordé à ce pays une aide militaire et technique à titre gracieux» et ajoute que «5 militaires et 170 ressortissants (?) russes ont été dépêchés sur place pour entraîner les militaires centrafricains».(10)

    Depuis, un accord de coopération militaire a été signé en août 2018 qui prévoit l’envoi d’instructeurs pour entraîner les militaires centrafricains et assurer la sécurité du président. En octobre 2020, un bureau militaire composé de 4 généraux russes est ouvert à Bangui.(11)

    Mais Moscou considère, depuis que l’opération française Sangaris(12) avait été déclarée par le président français et son MAE, achevée en 2016 avec l’élection de l’actuel Président F. Archange Touadéra, alors que l’instabilité persiste au pays, que la voie est désormais ouverte à une présence russe renforcée au cœur du continent africain tant pour l’assistance sécuritaire et militaire que pour l’action politique. Paris ne conserve désormais qu’un contingent de 300 militaires. Dès octobre 2017, le président centrafricain rencontre le MAE russe pour lui demander une assistance à son pays.
    Ce qui fut fait par l’envoi d’armes russes à Bangui qui n’a pu avoir lieu qu’après que Moscou eut levé, en décembre 2017, son veto au Conseil de sécurité permettant la levée temporaire de l’embargo sur les armes, avec l’accord de Paris. Ensuite, le président centrafricain a été reçu le 23 mai 2018 à Saint-Pétersbourg par son homologue russe. En outre, c’est par l’entremise de la Russie qu’un accord est signé à Khartoum le 28 août 2018 entre le pouvoir à Bangui et l’opposition. Pour la France, c’est la goutte qui fit déborder le vase. L’ego français en a pris un coup et Paris, qui se voyait supplanté par Moscou dans son «pré- carré traditionnel», ne tarda pas à manifester son exaspération.

    Le 14 novembre 2018, la France a présenté un projet de résolution sur l’initiative de paix de Moscou à Khartoum présentée comme une démarche parallèle et gênante pour les efforts de l’ONU et l’UA.

    Dans ce contexte, le MAE français n’a pas été avare en critiques à l’encontre de Moscou. Dans une déclaration à France 24 le 3 novembre 2018, J.-Y. Le Drian déclare que «le seul sujet qui doit préoccuper ceux qui veulent s’occuper de la Centrafrique, c’est la sécurité de ce pays et son développement et non pas utiliser les difficultés de ce pays pour s’implanter dans un continent où il y aurait des ambitions voilées».(13) Deux jours plus tard, la ministre française des Armées lui emboîte le pas. Dans une interview à Jeune Afrique, elle déclare : «Je ne suis pas certaine que cette présence et les actions déployées par Moscou… contribuent à stabiliser le pays.» Plus incisif, le MAE revient à la charge et déplore la «présence active de la Russie (en RCA), récente, significative et antifrançaise».

    La politique ayant ses raisons que (souvent) la raison ignore, lors d’une conférence de presse avec son homologue russe le 9 septembre 2019, à l’issue de la 12e réunion du Conseil de coopération et de sécurité franco-russe, la ministre française des Armées amorce un virage à 360° en déclarant : «Nous avons des différences de méthode, mais je veux le croire, nous avons le même objectif : aider les Centrafricains à restaurer l’autorité de leur État sur leur pays.» Qui l’eût cru ?(13)

    Mais la situation s’est de nouveau détériorée en Centrafrique à l’occasion des élections présidentielle et législatives du 27 décembre 2020 et a mis à rude épreuve les capacités sécuritaires franco-russes et onusiennes dans ce pays. Ces dernières ont perdu trois des éléments de la Minusca le 25 décembre 2020. Cette force avait été renforcée de 300 Casques bleus pour sécuriser le scrutin.

    Les troubles ont eu pour origine ces élections dont une partie de l’opposition réclamait le report «en raison de la situation sécuritaire». En fait, plus que la situation sécuritaire, c’est de lutte politique qu’il s’agit entre l’actuel Président Touadéra qui prétend à sa propre succession et l’opposition hétéroclite, «la Coalition des patriotes pour le changement», «bénie» par l’ancien Président Bozizé dont la candidature avait été rejetée par la Cour constitutionnelle et qui a appelé au boycott du scrutin, qui est à l’origine de la flambée des violences qui ont permis aux rebelles de contrôler les deux tiers du territoire. Le scrutin s’est déroulé sous haute surveillance armée, mais dans le calme, à Bangui. Pour le reste du pays, le scrutin a été moins que partiel en raison d’actes violents et de menaces contre les civils dont près de 55 000 ont fui le pays pour les pays voisins de peur des représailles.

    Les protagonistes campaient sur leurs positions et le pays menaçait de s’enflammer davantage. Ce qui a nécessité l’envoi de troupes russes (300 hommes) et rwandaises «dans le cadre d’accords bilatéraux» selon le porte-parole du gouvernement centrafricain et d’avions de chasse français qui ont survolé le territoire le 23 décembre «à la demande du Président Touadéra et en accord avec les forces de la Minusca», selon un communiqué de l’Élysée. Les résultats provisoires du scrutin sont attendus pour le 4 janvier 2021 et ceux définitifs le 21 du mois. Sans préjuger de la suite des évènements et sans vouloir verser dans le pessimisme gratuit, il est à prévoir que ce scrutin ne soit remporté par le président sortant et ses alliés, quoi qu’en disent les «démocrates» français, russes, l’ONU ou l’Union africaine alors que la solution démocratique aux difficultés du pays est ailleurs.

    En Afrique du Nord et s’agissant des relations de la Russie avec notre pays, on peut affirmer sans se tromper qu’elles sont «correctes» et empreintes d’une considération réciproque.

    Elles datent de l’époque de la lutte de Libération nationale et avaient été renforcées durant la période du «socialisme spécifique», de l’indépendance algérienne à la fin de l’URSS. Nombreux étaient les experts et techniciens russes de différents domaines, du pétrole à l’enseignement technique, en passant par la santé, l’agriculture et évidemment le secteur militaire, qui exerçaient en Algérie.

    Dans divers secteurs, ils avaient fini par supplanter les cadres français dont certains étaient demeurés en Algérie après l’indépendance.
    Entrées dans une relative «hibernation» au lendemain de la chute de l’ex-URSS, ces relations ont repris une direction ascendante au début des années 2 000, notamment avec la visite du Président Bouteflika à Moscou du 3 au 6 avril 2001, visite couronnée par la signature d’une déclaration de partenariat stratégique entre l’Algérie et la Russie.

    En mars 2006, ce fut au tour du Président Poutine de se rendre en Algérie pour une visite qui s’est achevée par la signature d’un accord militaire suivi, en «contrepartie», d’un accord de conversion de la dette russe de 4,7 milliards de dollars en contrats d’achat d’armement notamment des avions de chasse Sukhoi SU 30 MKA et d’entrainement YAK 130.(14)
    2006 est aussi l’année du lancement d’un vaste programme de modernisation de l’armée algérienne qui, selon le site américain Market Research Engine, s’étend jusqu’en 2023 avec une dotation budgétaire de 30 milliards de dollars(15), programme qui intéresse au plus haut point Rosoboronexport.

    Selon le directeur du site Menadefense, ces dernières années, l’armée algérienne a consacré «en moyenne 3 milliards de dollars par an» à l’acquisition d’équipements militaires de pointe, en particulier russes. Ce qui fait de l’Algérie aujourd’hui «une puissance régionale dotée d’une force de frappe considérable».(14) En 2018, 66% des importations d’armes provenaient de la Russie. Une source diplomatique russe révèle que près de la moitié des armes russes exportées vers l’Afrique est destinée à l’Algérie.(16) Dans ce contexte, la «Russie a été le principal partenaire de l’Algérie dans l’effort de remise à niveau de son armée» rappelait le site Sputnik, en avril 2018.(17)

    L’Algérie qui se classe dans «le Top 3 des clients de Rosoboronexport», consacre annuellement «environ 10 milliards de dollars» à la défense et à la sécurité nationales (la loi de finances 2021 prévoit 1 230 milliards de dinars pour le MDN). Pour sa part, Andrey Frolov, expert en armements auprès de Russian international Affairs Council, écrit que «les équipements russes acquis par l’Algérie confèrent à son armée une puissance considérable». Il ajoute : «Nous pouvons même dire que c’est aujourd’hui une puissance régionale.»(14) En Afrique, elle est la 2e après l’Égypte.

    À l’évidence, les relations algéro-russes s’étendent au-delà du domaine militaire, mais ce dernier en demeure l’axe principal. D’autres secteurs sont concernés. Citons, en premier lieu, le secteur énergétique.
    La société Gazprom, active en Algérie depuis 2006, a ouvert la voie à Lukoil qui a entamé des négociations avec Sonatrach, en marge du Forum des pays exportateurs de gaz qui s’est tenu en octobre 2019 (21e session).
    Dans le domaine spatial, signalons que le lancement du 1er satellite algérien destiné à la prévention des catastrophes naturelles Alsat-114 avait été fait en novembre 2002 par un lanceur russe 3M.

    Dans le domaine nucléaire, lorsque l’Algérie avait exprimé, en 2018, son intention de construire une centrale, la Russie avait fait part de sa disponibilité à contribuer à la réalisation du projet.
    Si l’on peut se rassurer quant à l’avenir des relations militaires algéro-russes, on est moins satisfait s’agissant des relations commerciales et de l’investissement.

    En effet, cela se vérifie si l’on examine le classement de 2019 des principaux fournisseurs de l’Algérie où la Russie, avec 587,73 millions de dollars, se situe à la 14e place (1,40%), loin derrière la Chine, 1re avec 7,654 milliards (18,25%) ou la France, 2e avec 4,278 milliards USD (10,20%). Il en est de même s’agissant des principaux clients, où la Russie ne figure même pas dans le lot des 10 premiers. C’est dire combien s’avère ardue la perspective pour les deux pays de hisser leurs relations commerciales et l’investissement (hors pétrole) à un niveau correspondant aux relations politiques.

    À l’évidence et pour plusieurs raisons qu’il est inutile de rappeler ici, la Russie ne pouvait rester indifférente aux soubresauts que connaît l’Algérie depuis février 2019.

    Si la réaction officielle de Moscou de non-ingérence a été appréciée par le pouvoir algérien, l’opinion publique a été moins enthousiaste lorsque Moscou a voulu transmettre un message mettant en garde Paris sans la nommer sur une éventuelle tentative d’ingérence dans les affaires algériennes. Le Hirak algérien s’opposant à toute tentative de tutelle étrangère, y compris russe.

    Dans le reste de l’Afrique du Nord, la Russie est fortement impliquée dans le conflit libyen, entretient des rapports assez solides avec l’Égypte mais est peu présente au Maroc et en Tunisie. Avec le Maroc, les échanges commerciaux ont atteint 2,5 milliards de dollars en 2016 et 630 millions pour la Tunisie en 2019. Mais l’Algérie demeure le partenaire le plus important de la Russie.

    S’il s’avère prématuré de parler d’évaluation de l’«aventure» russe en terre africaine, l’expérience en cours de la relation Russie-Afrique mérite que l’on s’y attarde, pour plusieurs raisons.
    D’abord, elle est récente, parce que la Chine et les pays occidentaux sont en compétition en terre africaine depuis longtemps. Ensuite d’autres puissances émergentes comme l’Inde, le Japon, la Corée du Sud et bien d’autres parmi les pays asiatiques, le Brésil, la Turquie… participent à cette compétition pour un positionnement géostratégique, la recherche de matières premières, les investissements, etc. en Afrique ; certaines économies africaines connaissant un taux de développement qui ne laisse pas indifférents ces pays.

    La Russie ne pouvait demeurer en marge de ce processus au risque de handicaper ses prétentions aux premiers rôles sur la scène internationale et de priver son économie d’une source importante de matières premières.
    En lisant ces lignes, on n’est guère étonné que «l’offensive» russe en Afrique ne soit du goût des Occidentaux, loin s’en faut. Depuis une dizaine d’années, on assiste à l’exacerbation des tensions dans les relations américaines et européennes avec la Russie au point où certains analystes de la question n’hésitent pas à parler de résurgence de la guerre froide avec de nouveaux atours.

    La montée en puissance de Moscou est un défi pour nombre de capitales occidentales. Que ce soit pour son implication directe dans certains foyers de tensions régionales et/ou internationales ou plus simplement en raison de son déploiement politique et économique dans certaines régions du monde, à l’image de l’Afrique.

    L’Administration américaine du Président sortant Donald Trump n’a jamais fait de secret sur son animosité, souvent agressive, à l’encontre du Kremlin. Il suffit de se rappeler que la stratégie de sécurité nationale américaine officialisée par Trump en décembre 2017 accusait la Russie de «saper la légitimité des démocraties» et de «mener des incursions subversives pour tenter de porter atteinte à l’influence américaine dans le monde».
    En décembre 2018, John Bolton, alors conseiller à la Sécurité nationale, et en mars 2019, le commandant d’Africom avaient exprimé leur «forte inquiétude» sur ce déploiement russe en Afrique et ils ne sont pas les seuls.
    En juin de la même année, le journal britannique The Guardian avait «divulgué des documents russes ultrasecrets mentionnant les pays que Moscou est parvenu à infiltrer» et cite l’Afrique du Sud, le Soudan du Sud, Madagascar, la Centrafrique, le Tchad, la RDC, la Zambie… avec pour autres cibles l’Égypte, le Mali, l’Ouganda et la Guinée équatoriale.

    Plus près de nous, en décembre 2020 et s’agissant de notre région, le secrétaire d’État Mike Pompeo considère, dans un communiqué sur «l’influence russe en Méditerranée», que «la Russie continue de menacer la stabilité de la Méditerranée… pour saper la souveraineté nationale et semer le chaos, les conflits et la division dans les pays de la région».(18)

    Enfin, rappelons qu’à la veille de sa visite à Alger, en septembre 2020, et de Tunis où il se trouvait, l’ex-secrétaire à la Défense Mark Esper avait déclaré en parlant de la Chine et de la Russie sur un ton guerrier : «Nous continuons à contrer le comportement malveillant, coercitif et prédateur de Pékin et de Moscou, destiné à saper les institutions africaines, à éroder la souveraineté nationale, à créer l’instabilité et à exploiter les ressourcesdans toute la région.»(19) Mettant ainsi dans l’embarras ses interlocuteurs maghrébins, notamment algériens, qui tentent de préserver un équilibre dans leurs relations avec Moscou et Washington. Le déploiement russe en Afrique ne dérange pas seulement l’Amérique de Trump, il est source de tracas pour l’ancienne puissance coloniale française, surtout depuis que Moscou a mis ses pieds en Centrafrique considérée, comme l’ensemble de l’Afrique subsaharienne francophone d’ailleurs, comme une chasse gardée française.

    Dans une interview à Jeune Afrique le 24 octobre 2020, le Président Macron dénonçait «une stratégie menée… par des puissances étrangères comme la Russie (et la Turquie)» pour «alimenter un sentiment antifrançais en Afrique».(20)

    Les autorités françaises ne dissimulent pas leur opposition farouche au processus de coopération entamé en 2017- 2018 par la Russie avec les autorités à Bangui notamment dès lors que Moscou avait initié en 2018, à Khartoum, un dialogue entre les autorités centrafricaines et l’opposition. La France est allée jusqu’à présenter un projet de résolution en Conseil de sécurité de l’ONU jetant le discrédit sur l’initiative russe. Mais pour l’ambassadeur adjoint russe aux Nations Unies, Moscou aide «activement la Centrafrique en bénéficiant du soutien du peuple», sous-entendu, contrairement à la France.

    A ces critiques, le Président russe Vladimir Poutine rétorque, pour sa part, que son pays, contrairement aux pays occidentaux, est engagé dans «une coopération sans ingérence et civilisée»(21). Comme il rappelait, le 28 septembre 2017, que le montant global des dettes dues à l’ex-URSS et annulées par la Russie avait atteint 140 milliards de dollars dont plus de 20 milliards pour certains pays africains, 30 pour Cuba et 11 pour la Corée du Nord.

    En octobre 2019, lors de l’ouverture du premier sommet Russie-Afrique, il a déclaré que Moscou s’engage à «doubler au minimum ses échanges commerciaux avec l’Afrique en 5 ans».(1)

    Au plan politique, l’offensive russe en direction de l’Afrique semble porter progressivement ses fruits comme ce fut le cas aux Nations Unies lorsque les pays africains, dont l’Algérie, s’étaient abstenus de voter la résolution de l’Assemblée générale en 2014 condamnant l’annexion de la Crimée. Ainsi, Moscou est conscient que l’Afrique constitue un réservoir de voix fort utiles à l’ONU et un soutien à ses efforts pour un monde multipolaire. Moscou pourrait aussi soutenir les efforts de l’Afrique d’obtenir deux sièges permanents au Conseil de sécurité, dans le cadre de la réforme de l’ONU.
    Mais la Russie n’a pas les mêmes moyens notamment financiers que des pays comme la Chine, par exemple, qui avait promis 60 milliards de dollars d’aide à l’issue du sommet Chine-Afrique de septembre 2019.
    La Russie n’a pas bonne réputation auprès de l’intelligentsia africaine pour avoir soutenu Al Assad en Syrie, El Béchir au Soudan, Mugabe au Zimbabwe et Maduro au Venezuela.

    La situation actuelle en Centrafrique constitue un test grandeur nature pour la prétention de Moscou d’agir sur le cours des évènements en Afrique et plus particulièrement en Centrafrique, un pays situé en plein milieu de la tempête. Car Moscou a plus qu’un adversaire en Afrique et le plus souvent il est autre qu’africain. Les puissances occidentales et néocoloniales et les nouveaux venus sur le continent voient en la Russie plus qu’un simple concurrent, un adversaire qui risque de perturber les règles du jeu par eux établies, sans tenir compte de l’avis et des intérêts des peuples africains. Que fera donc Moscou ? Agir comme le font la plupart des puissances occidentales en défendant l’ordre établi, y compris la violence, lorsqu’il est contesté par la majorité des citoyens et ce, au nom de la stabilité du pays, ou tenter d’accompagner tout processus de démocratisation en misant sur la jeunesse africaine, source de tous les espoirs ? L’avenir nous le dira.
    M. Z.
    (*) ancien diplomate.
    zeghaze@yahoo.fr

    Quelques références webgraphiques
    1-https://francais.rt.com/international/67138-russie-pour-concurrence-civilisee-dans-la-cooperation-avec-l-afrique
    2- https://forbesafrique.com/russie-afrique-une-relation-economique-desequilibree/
    3-https://francais.rt.com/international/55672-cooperation-russo-centrafricaine-quand-france-arroge-droit-de-regard
    4 https://summitafrica.ru/fr/news/russia-and-african-countries-agree-on-cooperation/
    5- https: //www. jeuneafrique. com/mag/814891/politique/russie-afrique-la-strategie-de-vladimir-poutine-pour-reconquerir-le-continent/
    6https://fr.africanews.com/2019/10/24/sommet-russie-afrique-poutine-devoile-les-grands-axes-de-la-cooperation/
    7-https://www.lepoint.fr/afrique/russie-afrique-l-economie-au-coeur-du-nouveau-partenariat-21-10-2019-
    8- https: //fr. sputniknews. com/russie/ 20 201 217104 4949179-pourquoi-vous-nous-prenez-pour-des-cons-poutine-sinterroge-sur-les-pretentions-de-loccident
    9-https: /fr. sputniknews com/defense/202012081044898162-ce-pays-peut-desormais-abriter-des-navires-russes-a-propulsion-nucleaire/
    10- https: //parstoday. com/fr/news/africa-i59946-pressence_militaire_russe_en_afrique
    11- https://francais.rt.com/international/79747-russie-livre-vehicules-blindes-armee-armee-centre-afrique

    Quelques références webgraphiques
    10- https: //parstoday. com/fr/news/africa-i59946-pressence_militaire_russe_en_afrique
    11- https://francais.rt.com/international/79747-russie-livre-vehicules-blindes-armee-armee-centre-afrique
    12-https://www.lepoint.fr/afrique/centrafrique-comment-la-russie-travaille-patiemment-a-supplanter-la-france-15-12-2018-2279472_3826.php
    13-https://francais.rt.com/international/65624-nous-avons-meme-objectif-parly-change-ton-role-russie-centrafrique
    14-https://fr.sputniknew. com/ afrique/202012011044858329-ces-armes-russes-qui-font-de-lalgerie-une-puissance-militaire-regionale-/
    15- https://fr.sputniknews .com/international/201808 221037773723-armee-algerienne-programme-russie-occidentaux/
    16-https://www.dw.com/fr/la-russie-en-afrique-appui-militaire-contre-exploitation-mini%C3%A8re/a-48865561
    17-https://fr.sputniknews.com/international/2018042 71036135818-algerie-russie-armements-sophistiques
    18-https://www.lefigaro.fr/flash-actu/pompeo-accuse-la-russie-de-semer-le-chaos-autour-du-bassin-mediterraneen-20201215
    19-https://www.menadefense.net/algerie/mark-esper-en-algerie-une-visite-ecleir-et-des-interrogations
    20-https://fr.sputniknews.com/international /202011201044804337-macron-accuse-la-turquie-et-la-russie-dalimenter-une-campagne-antifrancaise-en-afrique/
    21-https:// fr. africanews.com/ 2019/10/23/sommet-russie-afrique-moscou-veut-etendre-son-influence-sur-le-continent/

    Source : Le Soir d’Algérie, 7 jan 2021

  • Mauritanie – Algérie : L’axe Alger-Nouakchott se renforce

    Le renforcement de la coopération militaire entre l’ANP et l’armée mauritanienne constitue plus qu’une nécessité, en vue de faire face aux défis sécuritaires qui s’imposent dans la région.

    La visite du Chef d’Etat-Major Général des Armées mauritaniennes, Mohamed Bamba Mokit, revêt un très grand intérêt géostratégique tout autant pour l’Algérie que pour la Mauritanie surtout qu’elle intervient dans un moment de grande tension dans la région. La rencontre du général Mokit avec le général de corps d’armée, Saïd Chanegriha a certes été une occasion de passer en revue l’état de la coopération militaire bilatérale mais elle a surtout permis d’échanger les analyses et points de vue sur les questions de sécurité régionale. Il va sans dire que les événements d’El Guergarate ont mis sous les feux des projecteurs les relations entre le Maroc et la Mauritanie. Car, si le retour des civils au pouvoir avait ouvert la porte à un réchauffement des relations entre Rabat et Nouakchott, cette option s’éloigne de plus en plus après que le Maroc ait fait éclater la guerre aux frontières de la Mauritanie, tirant dernièrement «par erreur» et à deux reprises sur ses patrouilles militaires, dans la zone frontalière avec le Sahara Occidental. C’est dire que la Mauritanie subit indirectement les conséquences de l’agression marocaine sur le Sahara occidental.

    La normalisation du Maroc de ses relations avec l’état sioniste a été, elle, le coup de grâce. Car, la Mauritanie ne semble pas inscrire l’option de la normalisation avec Israël dans son agenda. D’ailleurs, ses parlementaires ont appelé hier, à une loi criminalisant une éventuelle normalisation des relations diplomatiques entre Nouakchott et Jérusalem. Ce qui laisse supposer donc que la Mauritanie va chercher à renforcer sa sécurité aux frontières avec le Maroc avec l’arrivée du danger sioniste. Mais plus que ce danger sur lequel, elle garde une position neutre, c’est surtout pour faire face au risque d’une amplification du terrorisme et des narcotrafiquants que la Mauritanie va chercher à rendre sa frontière hermétique. A ce titre, le renforcement de la coopération militaire entre l’ANP et l’armée mauritanienne constitue plus qu’une nécessité, en vue de faire face aux défis sécuritaires qui s’imposent dans la région. Cette consolidation se fera notamment à travers le comité d’Etat-Major Opérationnel Conjoint (CEMOC) qui englobe l’Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger.

    Pour Alger, le renforcement de la coopération avec Nouakchott est une aubaine à plus d’un titre. Car, cela va permettre de combattre plus efficacement le crime organisé et le terrorisme mais aussi développer le commerce vers l’Afrique. D’ailleurs, les exportations vers Nouakchott ont déjà été lancées et les produits algériens connaissent une présence forte en Mauritanie. C’est dire que le rapprochement Alger-Nouakchott aura des répercussions très bénéfiques sur les deux pays.

    Amine Ghouta

    Source : Cresus quotidien, 6 jan 2021

    Tags : Algérie, Maurianie, Maroc, terrorisme, Sahel, trafic de drogue,

  • Maroc : De l’oseille pour Jeune Afrique

    Selon une facture obtenue par Maroc Leaks, le Makhzen a payé, pour la période 2010-2011, lze montant de 700.000 euros au magazine Jeune Afrique. De quoi répondre à la fameuse question « qui finance les publications de François Soudan »?.

    En 2005, le Journal Hebdomadaire a enquêté sur les liens occultes existant entre le régime marocain et Jeune Afrique. Voici le texte intégral de leur enquête :

    Le régime du maroc finance le groupe jeune Afrique
    Maroc: De l’oseille pour « jeune afrique »

    Le Journal Hebdo, 04-10-2005

    Comment le régime « finance » le groupe de Béchir Ben Yahmed pour soigner son image.

    Quelle est la vraie nature des liens que tisse le Maroc avec le groupe Jeune Afrique ? Un coin du voile est désormais levé sur la face cachée des relations, entre le royaume et le groupe de presse Jeune Afrique. Les documents que le Journal Hebdomadaire s’est procuré attestent d’une relation plus catholique. Les accusations n’ont jamais manqué. Voyons plutôt. Selon les données figurant sur l’échéancier de paiement que le Journal s’est procuré, le Maroc s’est engagé à verser 994.000 euros à DIFCOM, agence de communication et régie publicitaire appartenant au groupe Jeune Afrique. Cet échéancier d’encaissement stipule que le Maroc doit s’acquitter de ce montant en trois tranches ou versements, étalés sur un an. Toutefois, les modes de règlement n’ont pas été précisés…
    Qu’a obtenu le régime marocain en contrepartie de ces 994.000 euros ? DIFCOM s’est-elle engagée à assurer la publication d’une série d’articles positifs sur le Maroc ? La constellation Jeune Afrique mettait-elle à la disposition du royaume son réseau « France-Afrique » ? Pourquoi payer autant d’argent à ce groupe pour qu’il soigne l’image du Roi du Maroc ? Les échéanciers de DIFCOM attestent qu’en 2002 et 2003, les présidents de pays comme la Mauritanie, le Gabon, le Cameroun, la Guinée équatoriale, le Togo, ou le Rwanda ont assuré au groupe Jeune Afrique une manne de plusieurs millions d’euros. Pourquoi le Maroc recourrait-il à ce qui semble bien être des stratagèmes de républiques bananière pour soigner son image ? A noter que l’Algérie passe aussi à la caisse pour un montant quasi égal à celui versé par le Maroc (950.000 euros). Preuve, sans doute, des talents de négociateurs des dirigeants de JAI qui savent tirer le maximum des rivalités régionales sur le continent africain.

    Les visites du « Grand blond »

    Les articles de JAI consacrés au royaume et au roi du Maroc, en 2003 par exemple, se passent de tout commentaire (voir P. 32).
    Les visites de François Soudan, le directeur de la rédaction de JAI, au Maroc se suivent et se ressemblent. Elles sont régulières. Le « grand blond normand », comme l’appellent familièrement ses amis, est royalement accueilli. Logé dans les meilleurs palaces, François Soudan dispose, pendant tout son séjour au Maroc, d’une voiture et d’un chauffeur 24h/24. Ce traitement VIP dont bénéficie le directeur de la rédaction de JAI au royaume fait vraisemblablement partie de ce fameux « contrat de communication ». En tout cas, François Soudan multiplie les « missions spéciales » au Maroc. Il est reçu et briefé par tous les hommes forts du pouvoir comme Fouad Ali El Himma, Hamidou Laânigri, Meziane Belfkih et André Azoulay. Au Maroc et ailleurs, les accusations pointent constamment du doigt le groupe Jeune Afrique. Un article du Canard Enchaîné, daté du 8 juin 1994 considère J.A.I. comme le « spécialiste des dossiers de pub politique ». Et enchaîne, à propos d’une commande encensant l’ex-dictateur du Togo : « A croire que cirer les pompes du général Eyadema, un peu massacreur sur les bords, ne gêne en rien les dirigeants de Jeune Afrique. Des récidivistes, d’ailleurs ». Pour développer et rentabiliser ses « marchés » sur le continent noir, Béchir Ben Yahmed profitait de son amitié avec un certain Jacques Foccart, le monsieur Afrique de la France. Ce dernier, pour mener à bien sa diplomatie parallèle, mettait le patron de Jeune Afrique sur des sujets « porteurs ». Cette amitié avec l’homme qui joua un rôle de premier plan dans le maintien de la dépendance des pays africains en dit long sur l’action émancipatrice du groupe Jeune Afrique, véritable machine à sous ! Les sommes versées par le Maroc pour s’adjuger les faveurs éditoriales de JAI est une pratique qui ne date pas seulement du nouveau règne. Hassan II a souvent eu du mal à gérer BBY.

    Une vieille histoire

    Tantôt, il profite de ses écrits panégyriques, tantôt, il subit ses foudres « éditoriales ». Cela dépend-il de la générosité du palais royal ? Il y eut des hauts et des bas. Irrité par la méchanceté de BBY qui n’hésite pas à l’attaquer personnellement dans ses éditos, Hassan II décide d’interdire la diffusion de Jeune Afrique au Maroc pendant toute une décennie, entre 1965 et 1975. Mais, pendant toute cette période, Ben Yahmed profite du soutien inconditionnel de l’Algérie de Houari Boumediene. « Béchir a eu tout ce qu’il voulait d’Alger. Jeune Afrique était ouvertement pro-algérien et catégoriquement anti-marocain », explique un ancien journaliste rescapé de la boîte, qui coule sa retraite à Paris. « L’anti-marocanisme » de Jeune Afrique est alors essentiellement décliné par des enquêtes accusant l’implication des barbouzes du roi dans l’enlèvement de Medhi Ben Barka, et des articles soutenant les deux putschs avortés contre Hassan II, en 1971 et 1972. Des papiers qui portent la signature de Younes Berri, qui n’est autre que l’ancien opposant socialiste exilé à Paris, Hamid Barrada. Toutefois, grâce aux bons offices de Houphouët Boigny, ancien président de la Côte d’Ivoire, et un lobby pro-marocain mené par Serge Guetta, un financier parisien, ami de Ben Yahmed et André Azoulay, alors directeur commercial du groupe français Scoa, les relations entre Rabat et Jeune Afrique reprennent de plus belle. Profitant d’un incident avec l’Algérie, Ben Yahmed ferme, sans hésiter, son bureau à Alger en février 1975, tourne le dos à Houari Boumediene et entame une nouvelle page avec le Maroc. Désormais, BBY compte sur ses appuis dans l’entourage du Roi « C’était Mohamed Cherkaoui, alors ambassadeur du roi dans l’Hexagone et son beau-frère qui était l’émissaire de Hassan II auprès de Jeune Afrique », nous révèle cet ancien collaborateur de Jeune Afrique. A quelques mois de la Marche verte, Jeune Afrique lâche Alger et épouse, corps et âme, la thèse de Hassan II, conseillé par Ahmed Réda Guédira. L’hebdo va d’ailleurs jouer un grand rôle dans la médiatisation de sa version du dossier Sahara auprès d’une grande partie de l’Afrique francophone. A la manière d’un attaché de presse… Boumediene fulmine, il se sent trahi. Lui qui comptait beaucoup sur Ben Yahmed et son canard dans sa campagne de propagande en faveur de la RASD. Au sein même de la rédaction de la rue d’Auteuil, trois journalistes défendent, depuis quelques années déjà, la cause marocaine. Il s’agit de l’Algérien Hamza Kaidi, du Tunisien Abdelaziz Dahmani et du Marocain Mohamed Selhami. Ce trio dispose d’un bon carnet d’adresses au royaume. Leurs rapports avec les décideurs marocains sont plus qu’excellents. Ce qui arrange inévitablement les affaires de Ben Yahmed. Ce dernier accueille, les bras ouverts le général Ahmed Dlimi, un de ses contacts marocains les plus privilégiés, à chacun de ses passages à Paris. « Avec Dlimi, Ben Yahmed finissait toujours par avoir ce qu’il voulait du Maroc », nous explique-t-on. La lune de miel entre Rabat et Jeune Afrique ne va pas pour autant être affectée par la mort subite de l’ex-patron du CAB1. Et puis, en pleine guerre du Sahara, Hassan II a toujours besoin des « précieux services » du magazine des « présidents africains ». Driss Basri, ministre de l’Intérieur et de l’Information, l’a d’ailleurs très bien compris. Il répond favorablement à toutes les sollicitations et les démarches de François Soudan, désormais le journaliste attitré et l’émissaire officiel de Ben Yahmed au Maroc.

    Opération séduction à 1 million

    « Pendant plusieurs années, nous avons financièrement soutenu Jeune Afrique. Et l’on n’a pas lésiné sur les moyens pour satisfaire leurs doléances qui étaient récurrentes », reconnaît D.Basri. Ce dernier confie ainsi à Othmane Bouabid, son chef de Cabinet, la gestion du « dossier Jeune Afrique ». Le soutien financier auquel fait allusion l’ancien ministre de l’Intérieur se répartit globalement en éditions spéciales et autre manne publicitaire des annonceurs institutionnels publics marocains, voire même privés. Après son retrait spectaculaire de l’OUA, en 1984, Hassan II ne peut pas se permettre pour autant le luxe de la politique de la chaise vide. Il a compris que la bataille du Sahara se joue aussi dans les médias. C’est ainsi qu’à l’occasion de l’assemblée générale des Nations Unies à New York, en 1985, le Maroc commande à Jeune Afrique une édition spéciale de cent mille exemplaires consacrée au dossier du Sahara, en trois langues. Mais en raison d’un problème technique, la photo de Hassan II en couverture de cette édition a été déformée. Les Marocains ont demandé et obtenu son ramassage. Trois semaines plus tard, Béchir Ben Yahmed exige et finit tout de même par être payé malgré son édition ratée. L’opération aurait coûté la bagatelle de 1 million de francs français.

    Mais Hassan II en a ras-le-bol. La chute du mur de Berlin, le cessez-le-feu avec le Polisario en 1991 et le plan de référendum proposé par l’ONU, finissent par convaincre Hassan II de la caducité de son « partenariat » avec Jeune Afrique. « Nous avons alors décidé d’arrêter notre collaboration pour des considérations mutuelles, en 1993 » (sic !), dira D.Basri. Ce dernier avoue même avoir personnellement donné quelque temps après l’ordre d’interdire la distribution de Jeune Afrique au Maroc, et ce à maintes reprises. Malgré ce « divorce », Jeune Afrique a continué à souffler le chaud et le froid sur Hassan II, depuis sa maladie jusqu’à son décès, et même après ! Dans Jeune Afrique n°2012, du 30 juillet au 9 août 1999, qui contient un spécial sur la mort de Hassan II, Béchir Ben Yahmed fait d’une pierre deux coups. Il instruit un procès de Hassan II à titre posthume et envoie des messages codés à son successeur. Messages que son entourage aurait finir par recevoir cinq sur cinq !

    Le trône « Peopolisé »

    Cette évolution est intéressante car elle souligne une régression notable dans la gestion de l’image du nouveau règne. Déjà, Hassan II avait pu se passer des services d’une presse « commerciale » puisque les réformes entamées durant les dernières années de son règne se « vendaient toutes seules ». La presse économique internationale a, la première, souligné les réformes économiques du Royaume avec, notamment, un programme de privatisation et de réforme des marchés financiers qui a suscité les commentaires favorables des quotidiens d’affaires les plus crédibles. Le Financial Times consacre ainsi, dès 1994, un supplément, à la tonalité positive, sur l’économie marocaine. Avec l’alternance et la nomination d’Abderrahman Youssoufi à la tête du gouvernement, Hassan II réalise une formidable opération de marketing politique. La très anti-monarchiste « l’Huma » titre un de ces articles sur le royaume en avril 1999, c’est-à-dire 4 mois avant le décès de Hassan II : « Le printemps marocain ». L’avènement du règne de Mohammed VI est accueilli avec encore plus d’enthousiasme. Le Wall Street Journal se fend d’un article, à la limite du dithyrambe, pour saluer l’arrivée du nouveau roi. Time Magazine publie la première interview du successeur de Hassan II avec reportage photo à l’appui. Avec les premiers errements, et notamment les dérapages sécuritaires, l’image du régime s’étiole. Les architectes de la communication de la monarchie réagissent par la « peopolisation » de la famille royale avec l’octroi d’un accès privilégié aux reporters de Paris Match. L’autre réaction, nous le savons aujourd’hui, est le retour des bonnes vieilles méthodes avec ce cher JAI. L’année 2003 est symptomatique de ce revirement. Pourquoi ? D’abord parce que c’est l’année, avec 2002, où l’existence d’un contrat de communication entre le Maroc et Difcom est prouvée. Mais aussi parce que 2003 est l’année où, depuis l’accession de Mohammed VI au trône, le pouvoir a le plus eu besoin de « communiquer » avec la communauté internationale et avec les Marocains.

    Flash-back. 2003 est sans conteste l’« annus horribilis » pour le Maroc. Tout d’abord avec les attentats de Casablanca le 16 mai qui traumatisent l’opinion et relancent le débat sur la place des islamistes en politique. Mais aussi avec l’encaissement d’un sérieux revers diplomatique lorsque Washington avalise le plan Baker II rejeté par un Maroc sommé de faire une contre-proposition. A cela s’ajoutent des éléments de politique intérieure déstabilisants pour le régime : le sempiternel débat sur la sacralité du roi dans une hypothétique réforme de la Constitution, des rumeurs portant sur des irrégularités lors du scrutin de septembre 2002, la montée du PJD et d’Al Adl wal Ihsane… Sans oublier un durcissement à l’encontre de la presse indépendante comme en témoigne l’affaire Ali Lmrabet.

    Dès lors, on devine les tentations du régime : rebondir sur les attentats de Casablanca pour positionner le roi au sein d’une nouvelle donne alors qu’il entre dans sa 4è année de règne et prête le flan à un vrai premier bilan. Et, pourquoi pas, au passage, en profiter pour affaiblir les islamistes, grand défi à la monarchie pour les années à venir et cette presse dite « indépendante » qui stigmatise chaque faux pas ? Résultat : ballottée au rythme de l’actualité, l’image du royaume se ternit au point que de réelles avancées comme la réforme de la Moudawana ne suffisent plus à redorer son blason. D’où la tentation d’emprunter des chemins de traverse…

    Tags : #Maroc #MonarchieAlaouite #JeuneAfrique #FrançoiaSoudan #BéchirBenyahmed #Françafrique

  • Why the Arab Spring Failed—And Why It May Yet Succeed

    December 17, 2020, marked ten years since Mohammad Bouazizi immolated himself in a small town in Tunisia. His death on January 4, 2011, unleashed a chain of events that led to national protests and uprisings first in Tunisia, then in Libya…

    Read more from the source : World best news

     

     

     

     

    Tags : Maghreb, arab spring, protests,