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  • Ambassade du Maroc à Lima : Actions à mener au en 2015

    Tags : Maroc, Sahara Occidental, Amérique Latine, Pérou,

    Lima, le 01 aout 2014

    Référence : /2014

    Pour attribution :SG/4

    Pour Information : DG7/6

    Transmission : Cryptée

    Diffusion :Restreinte

    Réf :SMES SG/4 crypté nº 584

    Objet : Planification des actions à mener au titre de l’année 2015

    Faisant suite à votre correspondance citée en référence, j’ai l’honneur de vous faire parvenir, ci-dessous, un ensemble d’actions que cette Ambassade propose de mettre en œuvre durant l’année 2015, dans les domaines politique, économique, culturel et communicationnel.

    L’idée matrice qui a servi à l’élaboration de cette action répond à deux requis essentiels, à savoir :

    • La défense de notre Cause Nationale
    • Le renforcement de la coopération bilatérale multisectorielle sur la base d’une action diplomatique proactive

    La planification des activités à entreprendre pour l’année 2015 repose par ailleurs sur les acquis des réalisations menées par l’Ambassade grâce à l’exécution des derniers Contrats Programmes conclus avec le Département.

    Les échanges constants de visites de haut niveau réalisées sur initiative de cette Mission ont permis de faire fructifier le dialogue politique, et partant conforter l’image et la voix du Maroc auprès de nombreux centres de pouvoir au Pérou.

    L’un des moments forts de cette dynamique a été constitué par la visite historique de M. le Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération (accompagné d’une importante délégation) à Lima à l’occasion de la célébration du 50èmeanniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays, événement qui a été placé sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi.

    La teneur des contacts tenus par M. le Ministre et le nombre d’accords signés à cette occasion ont permis d’inscrire les relations entre le Maroc et le Pérou dans une logique de partenariat.

    Ce sont donc de tels acquis qui serviront de soubassement et seront travaillé en vue d’un résultat optimal, dans les volets suivants :

    • Volet Politique

    La poursuite d’un dialogue politique régulier avec les autorités péruviennes revêt une importance particulière dans le contexte actuel, marqué par l’arrivée de la gauche au pouvoir.

    L’objectif de cette démarche sera, dans la perspective de l’échéance présidentielle de juillet 2016, d’empêcher toute reconnaissance de la fantomatique rasd par le gouvernement péruvien et le Congrès de la République, en maintenant l’attitude de ceux-ci à «une neutralité positive », s’inscrivant dans le droit fil des efforts déployés par le Secrétaire General de l’ONU et de son Envoyé Spécial dans ce dossier.

    • Volet économique

    Dans le domaine économique d’importants efforts doivent être déployés en 2015 pour dynamiser les relations entre les deux pays, conformément aux engagements tenus entre M. le Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération et son homologue péruvienne, le 23 juin 2014 à l’occasion de sa visite officielle au Pérou.

    Avec un volume de 60 millions USD en 2013, les échanges commerciaux restent en deçà des potentialités réelles des deux pays. L’objectifsera donc d’asseoir les relations bilatérales sur des bases plus étroites grâce à des intérêts concrets et réduire ainsi l’influence de l’Algérie, qui, en recul sur le terrain politique et médiatique, ne cesse de jouer la carte économique en se positionnant comme le seul pays d’Afrique du Nord à effectuer des investissements au Pérou.

    L’Alliance du Pacifique (au sein de laquelle le Maroc est membre observateur) constituera aussi un cadre régional propice pour développer les échanges commerciaux, grâce à l’appui du Pérou, membre actif au sein de cette structure. Le sujet a d’ailleurs été évoqué par M. le Ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération avec plusieurs de ses interlocuteurs à l’occasion de la visite officielle effectuée à Lima en juin 2014.

    • Volet culturel

    Cette Ambassade compte organiser en 2015 plusieurs manifestations culturelles tel que cela a été fait jusqu’à présent, et ce en vue de mieux faire connaitre notre pays, diffuser notre patrimoine culturel riche et diversifié, garantir la présence du Maroc dans les espaces de culture et de débat, et en conséquence contrecarrer les actions de propagande séparatistes qui visent de plus en plus les milieux culturels et universitaire.

    • Volet Communication
    • L’Ambassade a déployé ces dernières années une large campagne de communication particulièrement auprès des mass-médias péruviens, tant de la presse écrite que télévisée et radiale.

    De nombreux articles de presse, interviews, reportages, suppléments sur tous les aspects de notre pays et notamment de notre Cause Nationale ont été publiés dans les meilleurs supports. Ceux ci permettent d’assurer une présence renforcée du Maroc sur le champ médiatique péruvien et régional, à même de contrecarrer tout activisme médiatique des séparatistes et de leurs relais au Pérou. Les actions menées méritent d’être poursuivie en 2015, afin de maintenir et renforcer la présence et l’image du Maroc au sein de la société péruvienne.

    Observations :

    • Pragmatisme, réalisme et sens de la pratique sont donc les principales considérations qui ont présidé à l’élaboration de cette planification d’actions pour l’année 2015. Le but fixé étant de privilégier, conformément aux requis d’une diplomatie active et préventive, des actions en fonction du réel des relations, des intérêts existants et s’assigner des objectifs concrets, réalisables dans les dates proposées.
    • L’étroite dynamique que suscitera la mise en œuvre de ces actions permettra aux différentes composantes de la société péruvienne d’avoir une perception extrêmement positive du Maroc, et contrer de la sorte l’action des séparatistes en empêchant toute possible reconnaissance de la fantomatique rasd.
    • Il convient de souligner que ces actions ne sont pas figées et seront enrichies au cours des prochains mois, tenant compte : i) de la synthèse qui sera réalisée au terme de l’exécution du Contrat Programme au titre de l’année 2014 ii) l’évolution des relations bilatérales des relations entre les deux pays et les impératifs de la donne internationale.

    Haute Considération

     
    #Maroc #Pérou #Sahara_Occidental #Amérique_Latine
  • Le consul du Maroc à Oran qualifie l’Algérie de « pays ennemi »

    Décidément, pour les autorités marocaines l’Algérie reste toujours le bouc émissaire idéal pour pleurer leurs échecs. Même lorsqu’il s’agit de marocains bloqués en Algérie parce que le Maroc ne veut pas les accueillir.

    Dans cette vidéo, des marocains abordent le consul du Maroc à Oran pour évoquer leur situation et demander de l’aide. Le diplomate évoque les difficultés qu’il rencontre. Pour leur demander de patienter, il leur dit : « Vous savez bien que nous sommes dans un « pays ennemi ». Il accuse l’Algérie d’être à la source de leurs problèmes.

    Pour rappel, il y a quelques jours, d’une intervention en visioconférence avec les chefs d’Etats du Mouvement de Pays Non Alignés, le ministre marocain des affaires étrangères a accusé l’Algérie de soutenir le « séparatisme » dans la région. La réaction de l’Algérie a été l’organisation d’exercices militaires avec des munitions réelles dans la région de Tindouf, près de la frontière avec le Maroc et le Sahara Occidental et où se trouve les réfugiés sahraouis depuis plus de 45 ans.

    Tags : Algérie, Maroc, pandémie, covid-19, coronavirus,

  • Morocco’s GDP to shrink by 2 per cent in 2020

    Morocco’s economy will decline by 2 per cent in 2020 because of the economic impact of the coronavirus pandemic, but a 4 per cent rebound is expected in 2021, according to the latest forecast by the European Bank for Reconstruction and Development (EBRD) published today. The latest edition of the EBRD Regional Economic Prospects report says that the slowdown will be driven by a sharp decline in tourism, measures to contain the spread of the pandemic, a likely poor harvest, a recession in Europe and lower commodity prices.

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    Tags : Morocco, European Bank for Reconstruction and Development, EBRD,

  • The EU cooperation with Libya on border control and its consequences

    One year after the resumption of the armed conflict in Tripoli, and at a time when the humanitarian situation in Libya continues to deteriorate due to further military escalation and the spreading of the Covid-19 virus, Amnesty International, the Italian Recreational and Cultural Association…

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    Tags : Libya, border’s control, migration, 

  • Sahara occidental : Décès du savant de la culture populaire sahraouie, Sidati Sellami

    Mohamed Mahmoud

    Au début de l’année 1975, j’ai eu l’occasion de travailler pendant quelques mois à la Radio espagnole d’El Aaiún, à l’époque sous occupation espagnole. Parmi ses programmes se trouvait Taraïf wa hikayate sahraouiya (Comptes et relats sahraouis) dirigé et présenté par un homme aveugle mais qui jouissait d’une autonomie surprenante : Sidati Ould Sellami. Il se débrouillait pratiquement tout seul pendant qu’il préparait son émission si chère à la population sahraouie.

    Je viens d’apprendre qu’il n’est plus de ce monde. Une nouvelle triste pour le peuple sahraoui non seulement parce qu’il a consacré sa vie à la préservation et la diffusion de la culture populaire en tant qu’élément de l’identité nationale qui nous distingue des peuples voisins, mais aussi un militant qui a connu les prisons et la torture marocaines les plus atroces. En vue de lui faire parler, les marocains torturaient sa fille sans pitié.

    En 1987, Sidati se rendait parfois à la ville de Las Palmas où il retrouvait Ualina Chej Lekbir, responsable de la diaspora sahraouie dans la capitale canarienne. Il lui transmettait des précieuses informations sur l’occupation marocaine et ses pratiques de répression. Le Sahara Occidental se préparait à accueillir une mission onusienne dans le cadre du processus de paix qui aboutira à un cessez-le-feu le 6 septembre 1991. Le jour de son arrivée, Sidati venait d’arriver de Las Palmas avec des brochures et des drapeaux de la RASD qui seront brandis devant la mission onusienne. Ils se sont réunis le long de l’autoroute qui mène de l’aéroport vers la ville. Ils ne s’attendaient pas à ce que les marocains fasse recours à une vieille ruse que le Makhzen utilisait lorsque le roi Hassan II avait l’intention de se déplacer entre les villes marocaines.

    Les autorités marocaines ont préparé un faux convoi diplomatique. En voyant les limousines arriver, Sidati et les siens ont pensé que c’était le cortège de la mission onusienne et ils ont sorti leurs drapeaux et leurs tracts. C’était le moment attendu par les forces de police. Sidati et des centaines de jeunes ont été emprisonnés et torturés.

    On raconte qu’en dépit de sa cécité, Sidati a appris à démonter et à réparer le magnétophone qu’il portait lors de ses randonnées à travers le désert du Sahara dit Espagnol en quête de comptes et de fables pour son programme.

    Aujourd’hui, il n’est plus, mais sa place a été forgée dans la mémoire de chacun des sahraouis par son intégrité, sa sagesse et son travail infatigable en vue de sauvegarder le patrimoine culturel sahraoui que l’occupation marocaine tente d’effacer.

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, Sidati Sellami, patrimoine culturel, culture,

  • Le roi du Maroc, serait-il mort ?

    La santé du roi du Maroc est fragile, on le sait. Qu’une infection au coronavirus sera fatal pour lui, on le sait aussi. Par conséquent, toute mesure visant à le protéger serait la bienvenue de la part d’une grande partie des citoyens marocains.

    Cependant, ce qui est difficile à expliquer est la disparition de tous les membres de la famille royale marocaine dans une période aussi difficile pour les marocains qui subissent les affres de la pandémie. Ni le prince Rachid ni la princesse Lalla Meryem n’ont daigné faire un geste pour soulager les douleurs de leurs concitoyens qui traversent une conjoncture extrêmement difficile à cause de leur manque de moyens et les mesures de confinement imposée par le gouvernement.

    Même le mois sacré de Ramadan n’a réussi à sortir les Alaouis de leur cachette. Même pas pour distribuer le panier d’aliments si cher aux plus démunis de la société marocaine.

    Certains observateurs ont remarqué que le pouvoir a soudain rompu avec une vieille habitude très cher au souverain marocain : lui attribuer toutes les actions jugées réussies, tel que les mesures prises pour combattre le covid-19. Ni le chef de gouvernement ni ses ministres n’ont cité le nom du roi lors de leurs interventions à diverses occasions. La raison serait, selon ces observateurs, la mort du roi Mohammed VI suite à son infection au coronavirus et le Makhzen attend la fin de la pandémie pour l’annoncer. C’est aussi ce qu’explique la disparition du reste de la famille royale qui serait enfermée en attendant la suite des événements.

    Tags : Maroc, Mohammed VI, covid-19, coronavirus, pandémie,

  • While we all spoke about COVID-19, Algeria passed two worrisome laws in the blink of an eye

    On 21 April 2020, the Algerian Ministry of Justice presented a draft Law on Preventing and Combating Discrimination and Hate Speech before the specialised commission of the Assemblée Populaire Nationale (APN), and two days …

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    Tags : Algeria, covid 19, discrimination,

  • Craignant être jugé, le Maroc refuse de signer la Charte des droits de l’homme de l’Union africaine

    Selon Salek Heïssen, le Maroc refuse d’adopter la Charte des droits de l’homme de l’Union africaine à cause des activités des sahraouis dans ce domaine.
    Après avoir souligné l’importance donnée par le gouvernement sahraoui au dossier des droits de l’homme et des prisonniers politiques sahraouis et les efforts déployés dans ce sens, le président de la Commission Nationale Sahraouie des droits de l’homme a révélé que cette réalité a poussé le régime marocain à rejeter la signature de la Charte des droits de l’homme de l’UA et ses annexes protocolaires de peur d’être conduit en jugement par la République Sahraouie.
    La déclaration a été faite lors d’une conférence donnée par Abba Heïssen lors du troisième épisode du programme “la tribune du Ramadan”, qui est diffusé sur Internet, et supervisé par la Ligue pour la protection des détenus sahraouis dans les prisons marocaines, dans lequel il a souligné la nécessité d’intensifier, de poursuivre les efforts et de renouveler l’agenda de travail pour protéger les droits de l’homme et défendre les prisonniers civils dans les prisons marocaines, ainsi que pour mener un travail de sensibilisation au sujet des souffrances de leurs familles et proches.
    Après avoir examiné l’ensemble des mesures prises par le Comité national sahraoui des droits de l’homme, en particulier en ce qui concerne les prisonniers civils sahraouis à la lumière de l’épidémie de Corona, au sein du Groupe de Genève pour soutenir et promouvoir les droits de l’homme au Sahara occidental ainsi que la coordination des associations et organes de défense des droits de l’homme en Amérique latine, Abba Salek Heïssen a exprimé le regret de la Commission sahraouie en raison de la “position injustifiée du Comité international de la Croix-Rouge, qui reflète un manque dans son engagement de protéger les citoyens sahraouis ainsi que les prisonniers civils dans les prisons marocaines, compte tenu de leur statut de citoyens d’un pays soumis à l’occupation militaire marocaines”.
    Tags : Sahara Occidental, Maroc, droits de l’homme, Charte des droits de l’homme de l’Union africaine,
  • Le Sahara occidental suscite les convoitises de ses voisins

    Fardeau pour l’Espagne, casse-tête pour l’ONU
    Le Sahara occidental sous domination espagnole sera-t-il une « nouvelle Palestine » comme certains l’ont hâtivement avancé ou un « nouveau Katanga » ? En tout cas, le problème est complexe ; il risque de provoquer une crise grave dans la région et la façon dont il sera résolu modifiera le visage du Maghreb.
    Ces « quelques arpents de sable », convoités par le Maroc et par la Mauritanie tandis que l’Algérie, qui ne revendique rien, soutient le F. POLISARIO (Front populaire pour la libération de Seguiet-El-Hamra et du Rio-de-Oro), partisan de l’indépendance pure et simple, sont devenus un fardeau pour l’Espagne, un casse-tête pour l’ONU, un sujet épineux pour l’O.U.A. et la Ligue arabe, et un objet de préoccupations pour les intérêts occidentaux qui y ont fait des investissements. Des mouvements de libération affirment que le sort du Sahara occidental ne laisse pas les Etats-Unis et l’OTAN indifférents parce qu’il est lié à l’avenir des îles Canaries. De leur côté, les Africains se sentent menacés du fait que l’archipel risque de plus en plus de devenir une puissante base américaine.
    Il suffit de regarder la carte pour constater que les frontières établies par les puissances coloniales sont d’une perfection géométrique bien théorique pour les nomades qui, de tout temps, ont suivi des zones de parcours à la recherche de pâturages, sans se soucier de ces « lignes conventionnelles » artificiellement tracées. Le territoire – 284 000 kilomètres carrés – est divisé en deux grandes zones : Seguiet-El-Hamra au nord, avec El Aïoun comme capitale, et le Rio-de-Oro (Ouadi-El-Dhahab en arabe) au sud, dont l’agglomération principale est Villa-Cisneros.
    La population est formée d’une vingtaine de tribus qui se rattachent à quatre grands groupes : les Reguibat, les Tekna, les Maquils et les Ouled Delim. Combien sont-ils ? Les Espagnols, qui ont procédé l’an dernier à un recensement, avancent le chiffre de soixante-dix mille à quatre-vingt mille, mais ils admettent qu’ils n’ont pu, évidemment, comptabiliser les Sahraouis qui se sont réfugiés dans les pays limitrophes et ceux qui y nomadisent. Des dirigeants du F. POLISARIO estiment, quant à eux, que le chiffre oscille entre deux cent cinquante mille et trois cent mille (1).
    Se serait-on avisé de l’importance de ce désert, position stratégique mise à part, si l’Espagne n’avait commencé à exploiter en 1963 les fabuleux gisements de phosphates (découverts en 1947) de Seguiet-El-Hamra ? Longs de 75 kilomètres sur 1 à 15 kilomètres de large, ils s’étendent sur 250 kilomètres carrés. Les réserves, réparties en cinq zones, sont évaluées à 10 milliards de tonnes. Celle de Bou-Kraa, où l’extraction se fait à ciel ouvert, renferme 1,7 milliard de tonnes exploitées par l’ENMINSA (Empressa Nacional Mineras del Sahara). Fondée en 1962, elle fut rebaptisée, en 1969, Fosfatos de Bu-Craa lorsque son capital a été porté à 5 milliards de pesetas et qu’elle a associé à son entreprise des intérêts occidentaux, notamment américains, allemands et français.
    Le sous-sol recèle également du fer, du cuivre, de l’uranium et du gaz. Au large de la côte se trouve un des plus riches réservoirs de poissons du monde et la nappe pétrolifère sous-marine ne serait pas négligeable. Les sociétés pétrolières se montrent discrètes sur les résultats obtenus ou minimisent les réserves. Selon le M.P.A.I.A.C. (Mouvement pour l’autodétermination et l’indépendance de l’archipel canarien), les forages commencés en 1959-1960 auraient été prometteurs. Toutefois, à l’époque, priorité aurait été donnée au brut libyen dont l’extraction était moins onéreuse, « le Sahara atlantique étant conservé comme réserve stratégique ». Fait troublant, c’est en 1969 – année du renversement du roi Idriss et de l’accession au pouvoir du colonel Kadhafi – que les sociétés éprouvent de nouveau un penchant pour le Sahara, et l’Union Carbide Petroleum conclut, en juillet 1970, un contrat de deux ans avec Madrid, renouvelé depuis, pour des forages en mer ; le permis est octroyé pour une zone de 1 600 000 hectares à une de ses filiales espagnoles qui s’engageait à investir 147 millions de pesetas. Des filiales de la Standard Oil, de la Gulf Oil et d’autres « sœurs » du cartel se sont aussi mises sur les rangs.
    Si le Maroc, dépourvu de pétrole mais premier exportateur mondial de phosphates, récupérait le Sahara occidental, sa puissance serait considérablement accrue. Si la Mauritanie, moins bien lotie, voyait tout ou partie de ce territoire lui revenir, ses capacités économiques en seraient d’autant renforcées. En revanche, un Sahara indépendant, républicain et non aligné aurait tendance à se tourner vers l’Algérie, à moins que les trois voisins ne s’entendent pour aider le jeune Etat à se structurer et à exploiter ses richesses. Le jeu de l’Espagne a consisté à organiser une indépendance qui se fasse dans sa mouvance ; ses espoirs s’étant estompés, il semble qu’elle s’accommoderait d’un régime non aligné qui, tout en lui retirant les bases militaires, maintiendrait avec elle une coopération économique et culturelle.
    « Droits historiques » et autodétermination
    L’enjeu est de taille. Quant à la complexité du dossier, elle ne s’explique que dans sa perspective historique. Puissance coloniale en Mauritanie et en Algérie, la France avait obtenu entière liberté d’action au Maroc par la convention du 8 avril 1904 signée avec la Grande-Bretagne ; le 3 octobre suivant, elle concluait une convention secrète avec Madrid reconnaissant les prétentions espagnoles sur le Rio-de-Oro et Seguiet-El-Hamra. Toutefois, ce n’est qu’en 1934-1935 que l’Espagne, de connivence avec Paris, qui s’inquiétait de la résistance des Berbères du Haut-Atlas, réussit à occuper la totalité du territoire, transformé en province par la loi du 19 avril 1961.
    En 1956, Si Allal El Fassi, leader de l’Istiqlal, qui avait précédemment élaboré une carte du « grand Maroc » s’étendant jusqu’au Sénégal et au Niger, proclame les droits de son pays sur la région occupée par l’Espagne. Le roi Mohammed V donne un caractère officiel à cette revendication le 25 février 1958 en affirmant, dans un discours prononcé à M’hamid, dans le Sud, sa volonté « de poursuivre son action pour la restitution du Sahara au Maroc ». Quelques dates vont alors jalonner le contentieux saharien (2).
    Le 1er avril 1958, Madrid signe l’accord de Cintra, qui restitue à Rabat la zone de Tekna, située entre le cap Juby et l’oued Draa. Mais, le 28 novembre de la même année, la République islamique de Mauritanie est proclamée au sein de la Communauté française, et, deux ans plus tard jour pour jour, elle accède à l’indépendance. Coup dur pour le gouvernement et les partis politiques marocains qui reprochent à la France d’avoir créé un Etat factice en amputant le Maroc d’un territoire qui a fait partie de l’empire chérifien et qui lui a donné certains de ses plus prestigieux monarques. En octobre 1963, un conflit oppose Rabat et Alger au sujet de Tindouf, et l’opposition marocaine ne s’est jamais consolée depuis de ce que la souveraineté algérienne se soit étendue à cette région. Le roi Hassan II finit cependant par admettre les réalités : le 15 janvier 1969, il signe avec le président Boumediène un traité de fraternité et de bon voisinage qui met officiellement fin au litige, puis il invite le président Ould Daddah au « sommet » islamique de septembre à Rabat, ce qui revient à reconnaître la Mauritanie, l’Algérie ayant joué un rôle non négligeable pour favoriser cette réconciliation.
    Entre-temps, le 6 juillet 1963, Hassan II avait eu avec le général Franco, sur l’aérodrome madrilène de Barajas, une entrevue qui détendit l’atmosphère et permit, après de longues et laborieuses négociations, la signature, le 4 janvier 1969, du traité de Fès, par lequel l’Espagne rétrocédait au Maroc l’enclave d’Ifni. Parallèlement, le Sahara occidental faisait régulièrement l’objet de résolutions à l’ONU, à l’O.U.A. et au sein du mouvement des non-alignés. Hassan II et M. Boumediène décident, lors d’une visite à Tlemcen le 27 mai 1970, de se concerter avec M. Ould Daddah. Les trois chefs d’Etat se rencontrent à Nouadhibou (14 septembre 1970) et à Agadir (24 juillet 1973), tandis que leurs ministres des affaires étrangères siègent à Alger (5 janvier 1972) et à Nouakchott (9 mai 1973). Dans toutes ces instances, le principe de l’autodétermination est proclamé ; la résolution 1514, intitulée Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux, et adoptée par l’ONU le 14 décembre 1960, sert de référence.
    D’une façon plus précise, en 1966, l’Assemblée générale de l’ONU « réaffirme le droit inaliénable des peuples d’Ifni et du Sahara espagnol à l’autodétermination conformément à la résolution 1514 ». Le 16 décembre 1969, elle « invite à nouveau la puissance administrante à arrêter le plus tôt possible, en conformité avec les aspirations de la population autochtone du Sahara dit espagnol, et en consultation avec les gouvernements marocain et mauritanien et toute autre partie intéressée (3), les modalités de l’organisation d’un référendum tenu sous les auspices de l’ONU afin de permettre à la population autochtone du territoire d’exercer librement son droit à l’autodétermination… »
    De même, le communiqué publié à Agadir déclare :« Les trois chefs d’Etat ont consacré une attention particulière à l’évolution de la question du Sahara encore sous domination espagnole. Ils ont réaffirmé leur attachement indéfectible au principe de l’autodétermination et leur souci de veiller à l’application de ce principe dans un cadre qui garantit aux habitants du Sahara l’expression libre et authentique de leur volonté conformément aux déclarations des Nations unies dans ce domaine. »
    La solidarité maghrébine à l’épreuve
    Les textes sont clairs et le règlement de l’affaire paraît relativement simple. D’où vient alors l’inquiétude brusquement éprouvée par les Marocains au printemps 1974 ? Les partis de l’opposition, principalement l’Istiqlal, l’U.S.F.P. (Union socialiste des forces populaires) et le P.P.S. (Parti du progrès et du socialisme) de M. Ali Yatta, qui ont mal accepté de « perdre » la Mauritanie et la région de Tindouf, craignent de voir le Sahara occidental leur échapper à son tour. En effet, des mouvements favorables à l’indépendance se manifestent, tandis que l’Espagne, qui a modifié sa tactique, donne l’impression de vouloir accélérer son départ. Elle entend organiser, avant la fin de l’année, un référendum qui aboutirait, selon Rabat, à mettre en place un régime fantoche manipulé par Madrid. L’opposition presse le roi d’agir. La récupération du « Sahara spolié » leur permet de se rapprocher en faisant « l’union sacrée » : le souverain dépêche ses ministres et les chefs de parti comme émissaires à travers le monde pour exposer la thèse marocaine. Ils font valoir que le Maroc a des droits historiques sur le territoire sahraoui et que, si la population est consultée, l’alternative proposée devrait être : maintien sous la « férule du colonialisme » espagnol ou retour à la mère patrie. Missions aux résultats mitigés, les capitales visitées ne souhaitant pas se brouiller avec un des protagonistes en prenant trop nettement parti.
    La Mauritanie, qui ne dispose pas des moyens de ses deux voisins, se montre discrète et cherche à maintenir la balance égale entre Alger et Rabat tout en préservant ses intérêts. Elle finit cependant par élever la voix pour rappeler qu’elle aussi a des droits. Mais, plus que sur la terre, elle met l’accent sur les hommes : « Nous ne pourrons, quant à nous, montrer des camps de réfugiés (4), pour la bonne raison que ce sont les mêmes populations qui, de tout temps, ont habité de part et d’autre de cette frontière artificielle », déclare le président Ould Daddah. L’Algérie, de son côté, se contente de réaffirmer son hostilité au « colonialisme espagnol et son « attachement au principe de l’autodétermination ».
    Au cours de l’été, la presse marocaine s’en prend vivement à l’Algérie ; elle l’accuse de faillir à la solidarité maghrébine et de jouer un double jeu qui en fait l’alliée objective de l’Espagne. Alger évite d’alimenter la polémique et se contente de rappeler ses positions de principe par le truchement d’un article paru dans la République d’Oran. En privé, de hauts fonctionnaires font remarquer que c’est le Maroc qui a modifié son attitude en renonçant à la concertation tripartite et en donnant une interprétation unilatérale au principe et aux modalités de l’autodétermination. En outre, dit-on, le processus de décolonisation a été accéléré à la suite de la participation de l’Algérie à la concertation tripartite de Nouadhibou.
    Le Maroc va-t-il envahir le Sahara, où l’Espagne a envoyé des renforts et maintient cinquante-six mille hommes ? La question se pose quand Hassan II révèle, au cours d’une conférence de presse tenue le 17 septembre 1974, qu’il va demander à la Cour internationale de La Haye de dire le droit. Sa démarche réduit la tension et entraîne l’ajournement du référendum annoncé par l’Espagne à qui le roi tend la perche : ayant à l’esprit les précédents de Cintra, de Barajas et de Fès, le souverain, qui semble avoir donné quelques gages à Nouakchott, suggère à Madrid de régler directement cette affaire avec lui à l’amiable. Il laisse entendre que des arrangements sont possibles pour les bases militaires espagnoles au Sahara et pour l’exploitation en commun des phosphates. Madrid fait la sourde oreille.
    Un diable sort de sa boîte
    La tension remonte au printemps 1975, en particulier lorsque la mission d’enquête de l’ONU, présidée par M. Siméon Ake, représentant de la Côte-d’Ivoire à l’ONU, se rend fin mai-début juin en Espagne, au Sahara, au Maroc, en Algérie et en Mauritanie. Il se produit un coup de théâtre qui fait craindre au Maroc d’être coiffé au poteau malgré les points marqués au cours des mois écoulés : le F. POLISARIO, dont on connaissait vaguement l’existence mais qui n’avait guère fait parler de lui, sort de sa boîte comme un diable. La mission d’enquête se trouve à El-Aïoun ; le P.U.N.S. (Parti de l’unité nationale sahraouie), seul mouvement légalement reconnu et qui a la bénédiction de Madrid, décide de manifester. Or, à la grande surprise des autorités locales, les militants déploient des drapeaux du F. POLISARIO et se révèlent être de ses partisans. Quelques jours plus tard, lorsque la mission se rend à Tindouf, le Front lui présente quinze militaires espagnols faits prisonniers et une partie du matériel capturé. Enfin, en Mauritanie, une nouvelle manifestation se produit en faveur du Front.
    « Nous sommes l’émanation authentique du peuple sahraoui, nous a dit un de ses dirigeants. Si on nous a ignorés jusqu’ici, c’est parce que, tant Espagnols que Marocains, on fait le silence autour de nous. De plus, nous étions davantage préoccupés d’organiser la lutte que de mener une campagne publicitaire. Il faut que l’on sache toutefois que notre mouvement ne date pas d’aujourd’hui. »
    Dès 1968, explique-t-il, le Front de libération du Sahara (F.L.S.) (5) entame son action qui débouche, le 17 juin 1970, sur une grande manifestation à El-Aïoun. A l’époque, le mouvement se contente de réclamer l’autonomie interne, de contester l’autorité des cheikhs « aux ordres de l’Espagne » et les interventions étrangères, d’où qu’elles viennent. Les autorités réagissent : il y a des morts et des blessés ; quelque cinq cents personnes sont arrêtées, dont le chef du mouvement, M. Mohamed Sid Ibrahim Bassiri. Ce dernier, après des études de journalisme au Caire et à Damas, avait gagné Rabat en 1967 et y avait fondé un journal, Al Chihab (le Flambeau), avant d’aller animer le F.L.S.
    La répression du 17 juin conduit le F.L.S. à revoir sa stratégie. Il se transforme en mouvement embryonnaire de libération et, au cours des années 1971-1972, amasse des armes tout en se livrant à un travail de réflexion qui aboutit à la tenue, le 10 mai 1973, du Congrès constitutif du F. POLISARIO. Ce dernier élabore une plate-forme politique fondée sur l’indépendance et décide de passer à la lutte armée pour atteindre ses objectifs. Dix jours plus tard, il déclenche sa première opération contre le poste militaire de Khanga. Les maquisards arrêtent des soldats sahraouis servant dans l’armée espagnole, leur exposent les buts de la « Révolution du 20 mai » – qui a donné son nom au journal du Front – et les renvoient pour en témoigner.
    Le Front, qui ne dispose pas de beaucoup de matériel, déploie un intense effort de mobilisation politique et tient son deuxième congrès du 25 au 31 août 1974, en plein désert, sous des tentes gardées par des guérilleros. Un bureau politique est constitué. L’état-major du mouvement, composé de six membres, est divisé en deux directions chargées respectivement des affaires politiques et des opérations militaires. Le secrétaire général, que nous avons rencontré à Tindouf, s’appelle Ouali Mustapha Siyed, dit Lulei. Agé de vingt-huit ans, il serait né en Mauritanie, appartiendrait à la fraction Tahalat de la tribu des Reguibat et aurait étudié le droit au Maroc avant de rejoindre la clandestinité. Les autres cadres se recrutent parmi une centaine d’étudiants sortis des universités espagnoles – dont une dizaine d’ingénieurs et de médecins, – les militants formés dans la lutte ou dans d’autres pays et les déserteurs de l’armée espagnole.
    Les slogans lancés à El-Aïoun, puis à Tindouf, puis en Mauritanie par les Sahraouis résument parfaitement les tendances du Front : « Le F. POLISARIO est le seul représentant légitime du peuple sahraoul », « Non au paternalisme marocain et mauritanien », « Nous voulons l’indépendance complète », « République arabe sahraouie », « Un régime national républicain et non aligné. » En politique étrangère, les mots d’ordre affirment le soutien du Front aux révolutions palestinienne et vietnamienne, réclament la levée du blocus de Cuba et proclament : « Le golfe Arabique est arabe ». Le drapeau – trois bandes horizontales noire, blanche, verte, un triangle rouge près de la hampe et un croissant et une étoile rouges sur la bande médiane – est également significatif. Les différentes couleurs, le croissant et l’étoile sont une combinaison des pavillons des pays progressistes du Proche-Orient et du Maghreb tandis que le triangle rouge évoque celui des Palestiniens, précise un responsable.
    Quant au Programme d’action nationale adopté par le deuxième Congrès, il se propose, entre autres, de « réaliser l’unité nationale authentique », de « nationaliser les ressources minières », de « suivre une politique d’industrialisation », de favoriser le développement de l’agriculture et de l’élevage, de « protéger les ressources maritimes et d’annuler toutes les formes d’exploitation ». Le mémorandum adressé au comité de décolonisation de l’ONU démontre que les tribus ont toujours eu leur organisation propre, qu’elles ne se sont pas confondues avec les populations marocaine et algérienne, qu’elles n’ont jamais fait acte d’allégeance au souverain du royaume chérifien – ce qui est absolument exact (6) – et qu’elles ont opposé, depuis le seizième siècle, une vigoureuse résistance aux envahisseurs européens – Portugais, Espagnols et autres.
    Un des dirigeants à qui nous faisions remarquer que les arguments juridiques marocains paraissaient au moins aussi solides, nous a répondu : « Les droits historiques sur la terre sont un droit féodal qui ne vaut que s’il est entériné par le consensus populaire. Sinon, on nierait le droit des peuples à évoluer et à s’autodéterminer. Pourquoi, dès lors, l’Angleterre ne revendiquerait-elle pas l’Amérique, les Arabes le sud de l’Espagne, etc. C’est le peuple qui donne son identité au sol, non le contraire. » Il rejette également l’argument selon lequel le territoire, faiblement peuplé, ne serait pas viable. « L’autodétermination est un principe proclamé par l’ONU. Il ne peut y avoir deux poids et deux mesures ; des Etats moins riches et ayant moins d’habitants – comme les îles Maldives – ont bien accédé à l’indépendance. »
    Rappelle-t-on l’existence du F.L.U. (Front de libération et de l’unité), les dirigeants du F. POLISARIO affirment qu’il s’agit d’une « troisième force » constituée « principalement de militaires marocains détachés » qui n’auraient réussi jusqu’ici aucune opération d’envergure. L’argument est accueilli avec colère par les Marocains qui rétorquent avec raison qu’une partie de l’armée du Sud est composée d’anciens réfugiés sahraouis. Le F. POLISARIO, ajoutent-ils, bénéficie de la complaisance des autorités espagnoles, ce que nient les responsables du Front en rappelant que leurs militants sont pourchassés et emprisonnés ; ils précisent aussi que le secrétaire général du P.U.N.S. s’est réfugié au Maroc après avoir emporté la caisse de l’organisation. Quant au Morehob (Mouvement révolutionnaire des hommes bleus), il accuse tout simplement son chef d’être un « flic » dont le nom, Eduardo Moha, n’a rien de sahraoui et n’a pas rallié grand nombre de partisans. Le fait est que le comportement d’Eduardo Moha n’est pas limpide : il affirmait, début 1973, à Alger, qu’il avait eu des ennuis avec les autorités marocaines parce qu’il défendait l’indépendance du Sahara ; il disparut au moment du « sommet » des non-alignés, en septembre, après avoir emporté du matériel et contracté des emprunts, jamais remboursés, auprès de mouvements de libération. On l’a vu, depuis, dans diverses capitales arabes et occidentales, notamment à Bruxelles, et il a récemment refait surface à Rabat où il défend la thèse marocaine, pour le moment…
    Que la mission de l’ONU ait considéré le F. POLISARIO comme « partie au débat » et que M. Kurt Waldheim ait rencontré ses chefs n’ont fait qu’accroître l’irritation des Marocains et nourrir leur suspicion à l’égard d’Alger qu’ils accusent de « vouloir faire la Grande Algérie plutôt que le Grand Maghreb ».
    Sortant de son mutisme, le président Boumediène a longuement répondu dans le discours prononcé à l’occasion du dixième anniversaire de son accession au pouvoir, le 19 juin. Les thèses algériennes peuvent se résumer ainsi : l’Algérie n’a pas modifié son attitude et s’en tient aux principes qui l’ont toujours guidée. Elle a précisé à maintes reprises qu’elle établit une distinction entre les presides de Ceuta et Melilla, « partie intégrante du territoire marocain », et le Sahara occidental au sujet duquel elle ne formule d’ailleurs aucune revendication. Cependant, ayant une frontière commune avec lui, elle est considérée par l’ONU comme « partie intéressée » et elle s’est prononcée pour l’autodétermination. Pour les Algériens, cela signifie que les Sahraouis ont plusieurs choix possibles : demander leur rattachement au Maroc ou à la Mauritanie ; accepter le partage de leur territoire entre les deux ; opter pour l’indépendance. S’ils avaient voulu semer la zizanie dans la région, les Algériens n’auraient pas déployé des efforts pour réconcilier Rabat et Nouakchott et inciter la Mauritanie à adhérer au Maghreb. Fidèle à la lutte menée par le F.L.N., l’Algérie a aidé tous les mouvements de libération authentiques : il n’y avait pas de raison qu’elle refuse de répondre aux demandes du F. POLISARIO. L’argument selon lequel elle voudrait obtenir un couloir territorial ne tient pas : elle avait proposé l’exploitation en commun des gisements de fer de Gara-Djebilet et il était question que le minerai soit évacué par rail – tout comme l’oléoduc qui traverse la Tunisie évacue du pétrole, – le chemin le plus court vers l’Atlantique passant par le Maroc et non par le Sahara occidental. Les Marocains n’ayant pas donné suite au projet, M. Boumediène a voulu couper court aux spéculations en décidant qu’une ligne de chemin de fer reliera Gara-Djebilet à la Méditerranée.
    Dans l’intervalle, on apprend qu’un accord secret a été conclu après le « sommet » arabe de Rabat (octobre 1974) entre le Maroc et la Mauritanie, aux termes duquel les deux pays se seraient entendus pour se partager le Sahara occidental et exploiter en commun les gisements de phosphate de Seguiet-El-Hamra, zone qui serait placée sous la souveraineté de Rabat. Le président Bourguiba révèle publiquement à Tunis qu’il a personnellement conseillé à Hassan II et à Ould Daddah de s’entendre directement. Il précise qu’il n’y a pas lieu, selon lui, de procéder à un référendum au Sahara, « ni de créer un Etat indépendant qui serait sous l’influence de l’Espagne ou d’un Etat maghrébin ». Le président Senghor, du Sénégal, a fait une déclaration qui va dans le même sens. L’un et l’autre semblent craindre qu’un Sahara indépendant ne contribue à accroître le poids déjà grand de l’Algérie dans la région.
    Dans le même temps, une partie de la classe politique mauritanienne se pose des questions sur le danger d’un partage du Sahara ; certains n’hésitent d’ailleurs pas à condamner cette formule, et d’autres l’auraient dit en privé aux membres de la mission d’enquête de l’ONU. Ils font remarquer que le Maroc a reconnu leur pays à contrecœur et parce qu’il ne pouvait pas faire autrement, le Sahara occidental servant de zone tampon. Le jour où les deux Etats auront une frontière commune, le Maroc ne cherchera-t-il pas à récupérer le Rio-de-Oro, voire la Mauritanie ? « Le partage, disent-ils, nous donne un avantage dans l’immédiat, mais nous risquons d’être perdants à moyen terme. »
    Pour leur part, les dirigeants algériens réagissent vivement à l’accord secret (7). Retournant l’argument de ceux qui craignent le poids de l’Algérie, ils se demandent si, en coulisse, les Etats-Unis ne tirent pas les ficelles pour affaiblir le Maghreb en attisant des dissensions, isoler le gouvernement Boumediène et renforcer des régimes moins radicaux.
    « On ne peut dissocier, disent-ils, les agissements autour du Sahara de la position militante adoptée par l’Algérie dans le domaine de l’énergie. On cherche à porter des coups aux options socialistes de notre pays et à son non-alignement actif et réel. »
    Quoi qu’il en soit, quelques jours plus tard M. Bouteflika, ministre algérien des affaires étrangères, est envoyé en mission à Rabat pour détendre l’atmosphère. Il y réussit si bien que les diplomates s’interrogent : l’Algérie a-t-elle modifié ses positions, a-t-elle consenti un recul stratégique ou tout simplement tactique ? Quelques faits apportent des éléments de réponse. Le 10 juillet, deux des militaires espagnols faits prisonniers par le F. POLISARIO ont été remis, sous l’égide du Croissant Rouge algérien, aux autorités de Madrid et les dirigeants du Front venus pour la circonstance à Alger nous ont laissé entendre qu’ils continuent à bénéficier du soutien de l’Algérie. D’autre part, l’ambassadeur d’Algérie, M. Bedjaoui, a développé devant la Cour internationale de La Haye l’argumentation de son pays dans toute sa rigueur.
    Les Canaries, enjeu stratégique
    Les Espagnols affirment, de leur côté, qu’ils souhaitent une concertation avec les trois pays. N’ayant pas réussi, ils ont suggéré à l’ONU de l’organiser. Mais Madrid estime aussi que le F. POLISARIO est majoritaire sur les deux tiers du territoire et qu’il peut constituer un interlocuteur valable. « Nous serions prêts à avoir des conversations avec ses dirigeants, à condition qu’ils s’identifient », nous a dit un diplomate. « En attendant, a-t-il ajouté, nous ferons tout pour parvenir à une solution pacifique. Toutefois, nos moyens étant limités, si nous devions recevoir des coups de tous les côtés, nous demanderions à l’ONU de prendre la relève et d’envoyer éventuellement des casques bleus pour assurer le maintien de l’ordre jusqu’au référendum préconisé par l’Assemblée générale. »
    Pour le moment, aucune des parties intéressées ne se hasarde au moindre pronostic, le nombre d’inconnues étant trop grand. Les milieux diplomatiques n’excluent cependant pas l’hypothèse d’une confrontation. De toute façon, le problème de la « décolonisation » des territoires administrés par l’Espagne rebondira à l’Assemblée générale de l’ONU en septembre.
    Madrid affirme que Ceuta et Melilla ne sont pas négociables et que l’archipel des Canaries ne lui donne pas plus de souci que la Corse à la France. La situation pourrait bien changer. Le comité de libération de l’O.U.A., qui s’est réuni à Rabat du 9 au 15 juin, a décidé d’apporter un soutien accru et fort important au M.P.A.I.A.C. Son secrétaire général, M. Antonio Cubillo, un avocat installé à Alger, a toujours souligné que le problème du Sahara occidental était lié à celui des Canaries et il a fini par convaincre. La décision tendant à autoriser le mouvement à ouvrir une agence régionale au Maroc devrait être soumise à la prochaine réunion du comité de libération, les chefs d’Etat africains ayant pris conscience de l’importance stratégique de l’archipel que les Etats-Unis sont en train de transformer en base militaire. A partir des îles, qui servirent toujours de point d’appui à la colonisation espagnole, il est non seulement possible de neutraliser une offensive marocaine contre Ceuta et Melilla, mais aussi d’exercer un contrôle sur l’ensemble du Maghreb et de l’Afrique occidentale et équatoriale, affirme le M.P.A.I.A.C. Il a été entendu. En plus du Sahara occidental, la question des Canaries est désormais posée par l’O.U.A. Affaire à suivre.
    Paul Balta
    Auteur de La Méditerranée réinventée, La Découverte, Fondation René Seydoux, Paris, 1992.

    Le Monde diplomatique, août 1975

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, Sahara Espagnol, autodétermination, décolonisation, 
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