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  • Sahara occidental : Décès du savant de la culture populaire sahraouie, Sidati Sellami

    Mohamed Mahmoud

    Au début de l’année 1975, j’ai eu l’occasion de travailler pendant quelques mois à la Radio espagnole d’El Aaiún, à l’époque sous occupation espagnole. Parmi ses programmes se trouvait Taraïf wa hikayate sahraouiya (Comptes et relats sahraouis) dirigé et présenté par un homme aveugle mais qui jouissait d’une autonomie surprenante : Sidati Ould Sellami. Il se débrouillait pratiquement tout seul pendant qu’il préparait son émission si chère à la population sahraouie.

    Je viens d’apprendre qu’il n’est plus de ce monde. Une nouvelle triste pour le peuple sahraoui non seulement parce qu’il a consacré sa vie à la préservation et la diffusion de la culture populaire en tant qu’élément de l’identité nationale qui nous distingue des peuples voisins, mais aussi un militant qui a connu les prisons et la torture marocaines les plus atroces. En vue de lui faire parler, les marocains torturaient sa fille sans pitié.

    En 1987, Sidati se rendait parfois à la ville de Las Palmas où il retrouvait Ualina Chej Lekbir, responsable de la diaspora sahraouie dans la capitale canarienne. Il lui transmettait des précieuses informations sur l’occupation marocaine et ses pratiques de répression. Le Sahara Occidental se préparait à accueillir une mission onusienne dans le cadre du processus de paix qui aboutira à un cessez-le-feu le 6 septembre 1991. Le jour de son arrivée, Sidati venait d’arriver de Las Palmas avec des brochures et des drapeaux de la RASD qui seront brandis devant la mission onusienne. Ils se sont réunis le long de l’autoroute qui mène de l’aéroport vers la ville. Ils ne s’attendaient pas à ce que les marocains fasse recours à une vieille ruse que le Makhzen utilisait lorsque le roi Hassan II avait l’intention de se déplacer entre les villes marocaines.

    Les autorités marocaines ont préparé un faux convoi diplomatique. En voyant les limousines arriver, Sidati et les siens ont pensé que c’était le cortège de la mission onusienne et ils ont sorti leurs drapeaux et leurs tracts. C’était le moment attendu par les forces de police. Sidati et des centaines de jeunes ont été emprisonnés et torturés.

    On raconte qu’en dépit de sa cécité, Sidati a appris à démonter et à réparer le magnétophone qu’il portait lors de ses randonnées à travers le désert du Sahara dit Espagnol en quête de comptes et de fables pour son programme.

    Aujourd’hui, il n’est plus, mais sa place a été forgée dans la mémoire de chacun des sahraouis par son intégrité, sa sagesse et son travail infatigable en vue de sauvegarder le patrimoine culturel sahraoui que l’occupation marocaine tente d’effacer.

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, Sidati Sellami, patrimoine culturel, culture,

  • Craignant être jugé, le Maroc refuse de signer la Charte des droits de l’homme de l’Union africaine

    Selon Salek Heïssen, le Maroc refuse d’adopter la Charte des droits de l’homme de l’Union africaine à cause des activités des sahraouis dans ce domaine.
    Après avoir souligné l’importance donnée par le gouvernement sahraoui au dossier des droits de l’homme et des prisonniers politiques sahraouis et les efforts déployés dans ce sens, le président de la Commission Nationale Sahraouie des droits de l’homme a révélé que cette réalité a poussé le régime marocain à rejeter la signature de la Charte des droits de l’homme de l’UA et ses annexes protocolaires de peur d’être conduit en jugement par la République Sahraouie.
    La déclaration a été faite lors d’une conférence donnée par Abba Heïssen lors du troisième épisode du programme “la tribune du Ramadan”, qui est diffusé sur Internet, et supervisé par la Ligue pour la protection des détenus sahraouis dans les prisons marocaines, dans lequel il a souligné la nécessité d’intensifier, de poursuivre les efforts et de renouveler l’agenda de travail pour protéger les droits de l’homme et défendre les prisonniers civils dans les prisons marocaines, ainsi que pour mener un travail de sensibilisation au sujet des souffrances de leurs familles et proches.
    Après avoir examiné l’ensemble des mesures prises par le Comité national sahraoui des droits de l’homme, en particulier en ce qui concerne les prisonniers civils sahraouis à la lumière de l’épidémie de Corona, au sein du Groupe de Genève pour soutenir et promouvoir les droits de l’homme au Sahara occidental ainsi que la coordination des associations et organes de défense des droits de l’homme en Amérique latine, Abba Salek Heïssen a exprimé le regret de la Commission sahraouie en raison de la “position injustifiée du Comité international de la Croix-Rouge, qui reflète un manque dans son engagement de protéger les citoyens sahraouis ainsi que les prisonniers civils dans les prisons marocaines, compte tenu de leur statut de citoyens d’un pays soumis à l’occupation militaire marocaines”.
    Tags : Sahara Occidental, Maroc, droits de l’homme, Charte des droits de l’homme de l’Union africaine,
  • Le Sahara occidental suscite les convoitises de ses voisins

    Fardeau pour l’Espagne, casse-tête pour l’ONU
    Le Sahara occidental sous domination espagnole sera-t-il une « nouvelle Palestine » comme certains l’ont hâtivement avancé ou un « nouveau Katanga » ? En tout cas, le problème est complexe ; il risque de provoquer une crise grave dans la région et la façon dont il sera résolu modifiera le visage du Maghreb.
    Ces « quelques arpents de sable », convoités par le Maroc et par la Mauritanie tandis que l’Algérie, qui ne revendique rien, soutient le F. POLISARIO (Front populaire pour la libération de Seguiet-El-Hamra et du Rio-de-Oro), partisan de l’indépendance pure et simple, sont devenus un fardeau pour l’Espagne, un casse-tête pour l’ONU, un sujet épineux pour l’O.U.A. et la Ligue arabe, et un objet de préoccupations pour les intérêts occidentaux qui y ont fait des investissements. Des mouvements de libération affirment que le sort du Sahara occidental ne laisse pas les Etats-Unis et l’OTAN indifférents parce qu’il est lié à l’avenir des îles Canaries. De leur côté, les Africains se sentent menacés du fait que l’archipel risque de plus en plus de devenir une puissante base américaine.
    Il suffit de regarder la carte pour constater que les frontières établies par les puissances coloniales sont d’une perfection géométrique bien théorique pour les nomades qui, de tout temps, ont suivi des zones de parcours à la recherche de pâturages, sans se soucier de ces « lignes conventionnelles » artificiellement tracées. Le territoire – 284 000 kilomètres carrés – est divisé en deux grandes zones : Seguiet-El-Hamra au nord, avec El Aïoun comme capitale, et le Rio-de-Oro (Ouadi-El-Dhahab en arabe) au sud, dont l’agglomération principale est Villa-Cisneros.
    La population est formée d’une vingtaine de tribus qui se rattachent à quatre grands groupes : les Reguibat, les Tekna, les Maquils et les Ouled Delim. Combien sont-ils ? Les Espagnols, qui ont procédé l’an dernier à un recensement, avancent le chiffre de soixante-dix mille à quatre-vingt mille, mais ils admettent qu’ils n’ont pu, évidemment, comptabiliser les Sahraouis qui se sont réfugiés dans les pays limitrophes et ceux qui y nomadisent. Des dirigeants du F. POLISARIO estiment, quant à eux, que le chiffre oscille entre deux cent cinquante mille et trois cent mille (1).
    Se serait-on avisé de l’importance de ce désert, position stratégique mise à part, si l’Espagne n’avait commencé à exploiter en 1963 les fabuleux gisements de phosphates (découverts en 1947) de Seguiet-El-Hamra ? Longs de 75 kilomètres sur 1 à 15 kilomètres de large, ils s’étendent sur 250 kilomètres carrés. Les réserves, réparties en cinq zones, sont évaluées à 10 milliards de tonnes. Celle de Bou-Kraa, où l’extraction se fait à ciel ouvert, renferme 1,7 milliard de tonnes exploitées par l’ENMINSA (Empressa Nacional Mineras del Sahara). Fondée en 1962, elle fut rebaptisée, en 1969, Fosfatos de Bu-Craa lorsque son capital a été porté à 5 milliards de pesetas et qu’elle a associé à son entreprise des intérêts occidentaux, notamment américains, allemands et français.
    Le sous-sol recèle également du fer, du cuivre, de l’uranium et du gaz. Au large de la côte se trouve un des plus riches réservoirs de poissons du monde et la nappe pétrolifère sous-marine ne serait pas négligeable. Les sociétés pétrolières se montrent discrètes sur les résultats obtenus ou minimisent les réserves. Selon le M.P.A.I.A.C. (Mouvement pour l’autodétermination et l’indépendance de l’archipel canarien), les forages commencés en 1959-1960 auraient été prometteurs. Toutefois, à l’époque, priorité aurait été donnée au brut libyen dont l’extraction était moins onéreuse, « le Sahara atlantique étant conservé comme réserve stratégique ». Fait troublant, c’est en 1969 – année du renversement du roi Idriss et de l’accession au pouvoir du colonel Kadhafi – que les sociétés éprouvent de nouveau un penchant pour le Sahara, et l’Union Carbide Petroleum conclut, en juillet 1970, un contrat de deux ans avec Madrid, renouvelé depuis, pour des forages en mer ; le permis est octroyé pour une zone de 1 600 000 hectares à une de ses filiales espagnoles qui s’engageait à investir 147 millions de pesetas. Des filiales de la Standard Oil, de la Gulf Oil et d’autres « sœurs » du cartel se sont aussi mises sur les rangs.
    Si le Maroc, dépourvu de pétrole mais premier exportateur mondial de phosphates, récupérait le Sahara occidental, sa puissance serait considérablement accrue. Si la Mauritanie, moins bien lotie, voyait tout ou partie de ce territoire lui revenir, ses capacités économiques en seraient d’autant renforcées. En revanche, un Sahara indépendant, républicain et non aligné aurait tendance à se tourner vers l’Algérie, à moins que les trois voisins ne s’entendent pour aider le jeune Etat à se structurer et à exploiter ses richesses. Le jeu de l’Espagne a consisté à organiser une indépendance qui se fasse dans sa mouvance ; ses espoirs s’étant estompés, il semble qu’elle s’accommoderait d’un régime non aligné qui, tout en lui retirant les bases militaires, maintiendrait avec elle une coopération économique et culturelle.
    « Droits historiques » et autodétermination
    L’enjeu est de taille. Quant à la complexité du dossier, elle ne s’explique que dans sa perspective historique. Puissance coloniale en Mauritanie et en Algérie, la France avait obtenu entière liberté d’action au Maroc par la convention du 8 avril 1904 signée avec la Grande-Bretagne ; le 3 octobre suivant, elle concluait une convention secrète avec Madrid reconnaissant les prétentions espagnoles sur le Rio-de-Oro et Seguiet-El-Hamra. Toutefois, ce n’est qu’en 1934-1935 que l’Espagne, de connivence avec Paris, qui s’inquiétait de la résistance des Berbères du Haut-Atlas, réussit à occuper la totalité du territoire, transformé en province par la loi du 19 avril 1961.
    En 1956, Si Allal El Fassi, leader de l’Istiqlal, qui avait précédemment élaboré une carte du « grand Maroc » s’étendant jusqu’au Sénégal et au Niger, proclame les droits de son pays sur la région occupée par l’Espagne. Le roi Mohammed V donne un caractère officiel à cette revendication le 25 février 1958 en affirmant, dans un discours prononcé à M’hamid, dans le Sud, sa volonté « de poursuivre son action pour la restitution du Sahara au Maroc ». Quelques dates vont alors jalonner le contentieux saharien (2).
    Le 1er avril 1958, Madrid signe l’accord de Cintra, qui restitue à Rabat la zone de Tekna, située entre le cap Juby et l’oued Draa. Mais, le 28 novembre de la même année, la République islamique de Mauritanie est proclamée au sein de la Communauté française, et, deux ans plus tard jour pour jour, elle accède à l’indépendance. Coup dur pour le gouvernement et les partis politiques marocains qui reprochent à la France d’avoir créé un Etat factice en amputant le Maroc d’un territoire qui a fait partie de l’empire chérifien et qui lui a donné certains de ses plus prestigieux monarques. En octobre 1963, un conflit oppose Rabat et Alger au sujet de Tindouf, et l’opposition marocaine ne s’est jamais consolée depuis de ce que la souveraineté algérienne se soit étendue à cette région. Le roi Hassan II finit cependant par admettre les réalités : le 15 janvier 1969, il signe avec le président Boumediène un traité de fraternité et de bon voisinage qui met officiellement fin au litige, puis il invite le président Ould Daddah au « sommet » islamique de septembre à Rabat, ce qui revient à reconnaître la Mauritanie, l’Algérie ayant joué un rôle non négligeable pour favoriser cette réconciliation.
    Entre-temps, le 6 juillet 1963, Hassan II avait eu avec le général Franco, sur l’aérodrome madrilène de Barajas, une entrevue qui détendit l’atmosphère et permit, après de longues et laborieuses négociations, la signature, le 4 janvier 1969, du traité de Fès, par lequel l’Espagne rétrocédait au Maroc l’enclave d’Ifni. Parallèlement, le Sahara occidental faisait régulièrement l’objet de résolutions à l’ONU, à l’O.U.A. et au sein du mouvement des non-alignés. Hassan II et M. Boumediène décident, lors d’une visite à Tlemcen le 27 mai 1970, de se concerter avec M. Ould Daddah. Les trois chefs d’Etat se rencontrent à Nouadhibou (14 septembre 1970) et à Agadir (24 juillet 1973), tandis que leurs ministres des affaires étrangères siègent à Alger (5 janvier 1972) et à Nouakchott (9 mai 1973). Dans toutes ces instances, le principe de l’autodétermination est proclamé ; la résolution 1514, intitulée Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux, et adoptée par l’ONU le 14 décembre 1960, sert de référence.
    D’une façon plus précise, en 1966, l’Assemblée générale de l’ONU « réaffirme le droit inaliénable des peuples d’Ifni et du Sahara espagnol à l’autodétermination conformément à la résolution 1514 ». Le 16 décembre 1969, elle « invite à nouveau la puissance administrante à arrêter le plus tôt possible, en conformité avec les aspirations de la population autochtone du Sahara dit espagnol, et en consultation avec les gouvernements marocain et mauritanien et toute autre partie intéressée (3), les modalités de l’organisation d’un référendum tenu sous les auspices de l’ONU afin de permettre à la population autochtone du territoire d’exercer librement son droit à l’autodétermination… »
    De même, le communiqué publié à Agadir déclare :« Les trois chefs d’Etat ont consacré une attention particulière à l’évolution de la question du Sahara encore sous domination espagnole. Ils ont réaffirmé leur attachement indéfectible au principe de l’autodétermination et leur souci de veiller à l’application de ce principe dans un cadre qui garantit aux habitants du Sahara l’expression libre et authentique de leur volonté conformément aux déclarations des Nations unies dans ce domaine. »
    La solidarité maghrébine à l’épreuve
    Les textes sont clairs et le règlement de l’affaire paraît relativement simple. D’où vient alors l’inquiétude brusquement éprouvée par les Marocains au printemps 1974 ? Les partis de l’opposition, principalement l’Istiqlal, l’U.S.F.P. (Union socialiste des forces populaires) et le P.P.S. (Parti du progrès et du socialisme) de M. Ali Yatta, qui ont mal accepté de « perdre » la Mauritanie et la région de Tindouf, craignent de voir le Sahara occidental leur échapper à son tour. En effet, des mouvements favorables à l’indépendance se manifestent, tandis que l’Espagne, qui a modifié sa tactique, donne l’impression de vouloir accélérer son départ. Elle entend organiser, avant la fin de l’année, un référendum qui aboutirait, selon Rabat, à mettre en place un régime fantoche manipulé par Madrid. L’opposition presse le roi d’agir. La récupération du « Sahara spolié » leur permet de se rapprocher en faisant « l’union sacrée » : le souverain dépêche ses ministres et les chefs de parti comme émissaires à travers le monde pour exposer la thèse marocaine. Ils font valoir que le Maroc a des droits historiques sur le territoire sahraoui et que, si la population est consultée, l’alternative proposée devrait être : maintien sous la « férule du colonialisme » espagnol ou retour à la mère patrie. Missions aux résultats mitigés, les capitales visitées ne souhaitant pas se brouiller avec un des protagonistes en prenant trop nettement parti.
    La Mauritanie, qui ne dispose pas des moyens de ses deux voisins, se montre discrète et cherche à maintenir la balance égale entre Alger et Rabat tout en préservant ses intérêts. Elle finit cependant par élever la voix pour rappeler qu’elle aussi a des droits. Mais, plus que sur la terre, elle met l’accent sur les hommes : « Nous ne pourrons, quant à nous, montrer des camps de réfugiés (4), pour la bonne raison que ce sont les mêmes populations qui, de tout temps, ont habité de part et d’autre de cette frontière artificielle », déclare le président Ould Daddah. L’Algérie, de son côté, se contente de réaffirmer son hostilité au « colonialisme espagnol et son « attachement au principe de l’autodétermination ».
    Au cours de l’été, la presse marocaine s’en prend vivement à l’Algérie ; elle l’accuse de faillir à la solidarité maghrébine et de jouer un double jeu qui en fait l’alliée objective de l’Espagne. Alger évite d’alimenter la polémique et se contente de rappeler ses positions de principe par le truchement d’un article paru dans la République d’Oran. En privé, de hauts fonctionnaires font remarquer que c’est le Maroc qui a modifié son attitude en renonçant à la concertation tripartite et en donnant une interprétation unilatérale au principe et aux modalités de l’autodétermination. En outre, dit-on, le processus de décolonisation a été accéléré à la suite de la participation de l’Algérie à la concertation tripartite de Nouadhibou.
    Le Maroc va-t-il envahir le Sahara, où l’Espagne a envoyé des renforts et maintient cinquante-six mille hommes ? La question se pose quand Hassan II révèle, au cours d’une conférence de presse tenue le 17 septembre 1974, qu’il va demander à la Cour internationale de La Haye de dire le droit. Sa démarche réduit la tension et entraîne l’ajournement du référendum annoncé par l’Espagne à qui le roi tend la perche : ayant à l’esprit les précédents de Cintra, de Barajas et de Fès, le souverain, qui semble avoir donné quelques gages à Nouakchott, suggère à Madrid de régler directement cette affaire avec lui à l’amiable. Il laisse entendre que des arrangements sont possibles pour les bases militaires espagnoles au Sahara et pour l’exploitation en commun des phosphates. Madrid fait la sourde oreille.
    Un diable sort de sa boîte
    La tension remonte au printemps 1975, en particulier lorsque la mission d’enquête de l’ONU, présidée par M. Siméon Ake, représentant de la Côte-d’Ivoire à l’ONU, se rend fin mai-début juin en Espagne, au Sahara, au Maroc, en Algérie et en Mauritanie. Il se produit un coup de théâtre qui fait craindre au Maroc d’être coiffé au poteau malgré les points marqués au cours des mois écoulés : le F. POLISARIO, dont on connaissait vaguement l’existence mais qui n’avait guère fait parler de lui, sort de sa boîte comme un diable. La mission d’enquête se trouve à El-Aïoun ; le P.U.N.S. (Parti de l’unité nationale sahraouie), seul mouvement légalement reconnu et qui a la bénédiction de Madrid, décide de manifester. Or, à la grande surprise des autorités locales, les militants déploient des drapeaux du F. POLISARIO et se révèlent être de ses partisans. Quelques jours plus tard, lorsque la mission se rend à Tindouf, le Front lui présente quinze militaires espagnols faits prisonniers et une partie du matériel capturé. Enfin, en Mauritanie, une nouvelle manifestation se produit en faveur du Front.
    « Nous sommes l’émanation authentique du peuple sahraoui, nous a dit un de ses dirigeants. Si on nous a ignorés jusqu’ici, c’est parce que, tant Espagnols que Marocains, on fait le silence autour de nous. De plus, nous étions davantage préoccupés d’organiser la lutte que de mener une campagne publicitaire. Il faut que l’on sache toutefois que notre mouvement ne date pas d’aujourd’hui. »
    Dès 1968, explique-t-il, le Front de libération du Sahara (F.L.S.) (5) entame son action qui débouche, le 17 juin 1970, sur une grande manifestation à El-Aïoun. A l’époque, le mouvement se contente de réclamer l’autonomie interne, de contester l’autorité des cheikhs « aux ordres de l’Espagne » et les interventions étrangères, d’où qu’elles viennent. Les autorités réagissent : il y a des morts et des blessés ; quelque cinq cents personnes sont arrêtées, dont le chef du mouvement, M. Mohamed Sid Ibrahim Bassiri. Ce dernier, après des études de journalisme au Caire et à Damas, avait gagné Rabat en 1967 et y avait fondé un journal, Al Chihab (le Flambeau), avant d’aller animer le F.L.S.
    La répression du 17 juin conduit le F.L.S. à revoir sa stratégie. Il se transforme en mouvement embryonnaire de libération et, au cours des années 1971-1972, amasse des armes tout en se livrant à un travail de réflexion qui aboutit à la tenue, le 10 mai 1973, du Congrès constitutif du F. POLISARIO. Ce dernier élabore une plate-forme politique fondée sur l’indépendance et décide de passer à la lutte armée pour atteindre ses objectifs. Dix jours plus tard, il déclenche sa première opération contre le poste militaire de Khanga. Les maquisards arrêtent des soldats sahraouis servant dans l’armée espagnole, leur exposent les buts de la « Révolution du 20 mai » – qui a donné son nom au journal du Front – et les renvoient pour en témoigner.
    Le Front, qui ne dispose pas de beaucoup de matériel, déploie un intense effort de mobilisation politique et tient son deuxième congrès du 25 au 31 août 1974, en plein désert, sous des tentes gardées par des guérilleros. Un bureau politique est constitué. L’état-major du mouvement, composé de six membres, est divisé en deux directions chargées respectivement des affaires politiques et des opérations militaires. Le secrétaire général, que nous avons rencontré à Tindouf, s’appelle Ouali Mustapha Siyed, dit Lulei. Agé de vingt-huit ans, il serait né en Mauritanie, appartiendrait à la fraction Tahalat de la tribu des Reguibat et aurait étudié le droit au Maroc avant de rejoindre la clandestinité. Les autres cadres se recrutent parmi une centaine d’étudiants sortis des universités espagnoles – dont une dizaine d’ingénieurs et de médecins, – les militants formés dans la lutte ou dans d’autres pays et les déserteurs de l’armée espagnole.
    Les slogans lancés à El-Aïoun, puis à Tindouf, puis en Mauritanie par les Sahraouis résument parfaitement les tendances du Front : « Le F. POLISARIO est le seul représentant légitime du peuple sahraoul », « Non au paternalisme marocain et mauritanien », « Nous voulons l’indépendance complète », « République arabe sahraouie », « Un régime national républicain et non aligné. » En politique étrangère, les mots d’ordre affirment le soutien du Front aux révolutions palestinienne et vietnamienne, réclament la levée du blocus de Cuba et proclament : « Le golfe Arabique est arabe ». Le drapeau – trois bandes horizontales noire, blanche, verte, un triangle rouge près de la hampe et un croissant et une étoile rouges sur la bande médiane – est également significatif. Les différentes couleurs, le croissant et l’étoile sont une combinaison des pavillons des pays progressistes du Proche-Orient et du Maghreb tandis que le triangle rouge évoque celui des Palestiniens, précise un responsable.
    Quant au Programme d’action nationale adopté par le deuxième Congrès, il se propose, entre autres, de « réaliser l’unité nationale authentique », de « nationaliser les ressources minières », de « suivre une politique d’industrialisation », de favoriser le développement de l’agriculture et de l’élevage, de « protéger les ressources maritimes et d’annuler toutes les formes d’exploitation ». Le mémorandum adressé au comité de décolonisation de l’ONU démontre que les tribus ont toujours eu leur organisation propre, qu’elles ne se sont pas confondues avec les populations marocaine et algérienne, qu’elles n’ont jamais fait acte d’allégeance au souverain du royaume chérifien – ce qui est absolument exact (6) – et qu’elles ont opposé, depuis le seizième siècle, une vigoureuse résistance aux envahisseurs européens – Portugais, Espagnols et autres.
    Un des dirigeants à qui nous faisions remarquer que les arguments juridiques marocains paraissaient au moins aussi solides, nous a répondu : « Les droits historiques sur la terre sont un droit féodal qui ne vaut que s’il est entériné par le consensus populaire. Sinon, on nierait le droit des peuples à évoluer et à s’autodéterminer. Pourquoi, dès lors, l’Angleterre ne revendiquerait-elle pas l’Amérique, les Arabes le sud de l’Espagne, etc. C’est le peuple qui donne son identité au sol, non le contraire. » Il rejette également l’argument selon lequel le territoire, faiblement peuplé, ne serait pas viable. « L’autodétermination est un principe proclamé par l’ONU. Il ne peut y avoir deux poids et deux mesures ; des Etats moins riches et ayant moins d’habitants – comme les îles Maldives – ont bien accédé à l’indépendance. »
    Rappelle-t-on l’existence du F.L.U. (Front de libération et de l’unité), les dirigeants du F. POLISARIO affirment qu’il s’agit d’une « troisième force » constituée « principalement de militaires marocains détachés » qui n’auraient réussi jusqu’ici aucune opération d’envergure. L’argument est accueilli avec colère par les Marocains qui rétorquent avec raison qu’une partie de l’armée du Sud est composée d’anciens réfugiés sahraouis. Le F. POLISARIO, ajoutent-ils, bénéficie de la complaisance des autorités espagnoles, ce que nient les responsables du Front en rappelant que leurs militants sont pourchassés et emprisonnés ; ils précisent aussi que le secrétaire général du P.U.N.S. s’est réfugié au Maroc après avoir emporté la caisse de l’organisation. Quant au Morehob (Mouvement révolutionnaire des hommes bleus), il accuse tout simplement son chef d’être un « flic » dont le nom, Eduardo Moha, n’a rien de sahraoui et n’a pas rallié grand nombre de partisans. Le fait est que le comportement d’Eduardo Moha n’est pas limpide : il affirmait, début 1973, à Alger, qu’il avait eu des ennuis avec les autorités marocaines parce qu’il défendait l’indépendance du Sahara ; il disparut au moment du « sommet » des non-alignés, en septembre, après avoir emporté du matériel et contracté des emprunts, jamais remboursés, auprès de mouvements de libération. On l’a vu, depuis, dans diverses capitales arabes et occidentales, notamment à Bruxelles, et il a récemment refait surface à Rabat où il défend la thèse marocaine, pour le moment…
    Que la mission de l’ONU ait considéré le F. POLISARIO comme « partie au débat » et que M. Kurt Waldheim ait rencontré ses chefs n’ont fait qu’accroître l’irritation des Marocains et nourrir leur suspicion à l’égard d’Alger qu’ils accusent de « vouloir faire la Grande Algérie plutôt que le Grand Maghreb ».
    Sortant de son mutisme, le président Boumediène a longuement répondu dans le discours prononcé à l’occasion du dixième anniversaire de son accession au pouvoir, le 19 juin. Les thèses algériennes peuvent se résumer ainsi : l’Algérie n’a pas modifié son attitude et s’en tient aux principes qui l’ont toujours guidée. Elle a précisé à maintes reprises qu’elle établit une distinction entre les presides de Ceuta et Melilla, « partie intégrante du territoire marocain », et le Sahara occidental au sujet duquel elle ne formule d’ailleurs aucune revendication. Cependant, ayant une frontière commune avec lui, elle est considérée par l’ONU comme « partie intéressée » et elle s’est prononcée pour l’autodétermination. Pour les Algériens, cela signifie que les Sahraouis ont plusieurs choix possibles : demander leur rattachement au Maroc ou à la Mauritanie ; accepter le partage de leur territoire entre les deux ; opter pour l’indépendance. S’ils avaient voulu semer la zizanie dans la région, les Algériens n’auraient pas déployé des efforts pour réconcilier Rabat et Nouakchott et inciter la Mauritanie à adhérer au Maghreb. Fidèle à la lutte menée par le F.L.N., l’Algérie a aidé tous les mouvements de libération authentiques : il n’y avait pas de raison qu’elle refuse de répondre aux demandes du F. POLISARIO. L’argument selon lequel elle voudrait obtenir un couloir territorial ne tient pas : elle avait proposé l’exploitation en commun des gisements de fer de Gara-Djebilet et il était question que le minerai soit évacué par rail – tout comme l’oléoduc qui traverse la Tunisie évacue du pétrole, – le chemin le plus court vers l’Atlantique passant par le Maroc et non par le Sahara occidental. Les Marocains n’ayant pas donné suite au projet, M. Boumediène a voulu couper court aux spéculations en décidant qu’une ligne de chemin de fer reliera Gara-Djebilet à la Méditerranée.
    Dans l’intervalle, on apprend qu’un accord secret a été conclu après le « sommet » arabe de Rabat (octobre 1974) entre le Maroc et la Mauritanie, aux termes duquel les deux pays se seraient entendus pour se partager le Sahara occidental et exploiter en commun les gisements de phosphate de Seguiet-El-Hamra, zone qui serait placée sous la souveraineté de Rabat. Le président Bourguiba révèle publiquement à Tunis qu’il a personnellement conseillé à Hassan II et à Ould Daddah de s’entendre directement. Il précise qu’il n’y a pas lieu, selon lui, de procéder à un référendum au Sahara, « ni de créer un Etat indépendant qui serait sous l’influence de l’Espagne ou d’un Etat maghrébin ». Le président Senghor, du Sénégal, a fait une déclaration qui va dans le même sens. L’un et l’autre semblent craindre qu’un Sahara indépendant ne contribue à accroître le poids déjà grand de l’Algérie dans la région.
    Dans le même temps, une partie de la classe politique mauritanienne se pose des questions sur le danger d’un partage du Sahara ; certains n’hésitent d’ailleurs pas à condamner cette formule, et d’autres l’auraient dit en privé aux membres de la mission d’enquête de l’ONU. Ils font remarquer que le Maroc a reconnu leur pays à contrecœur et parce qu’il ne pouvait pas faire autrement, le Sahara occidental servant de zone tampon. Le jour où les deux Etats auront une frontière commune, le Maroc ne cherchera-t-il pas à récupérer le Rio-de-Oro, voire la Mauritanie ? « Le partage, disent-ils, nous donne un avantage dans l’immédiat, mais nous risquons d’être perdants à moyen terme. »
    Pour leur part, les dirigeants algériens réagissent vivement à l’accord secret (7). Retournant l’argument de ceux qui craignent le poids de l’Algérie, ils se demandent si, en coulisse, les Etats-Unis ne tirent pas les ficelles pour affaiblir le Maghreb en attisant des dissensions, isoler le gouvernement Boumediène et renforcer des régimes moins radicaux.
    « On ne peut dissocier, disent-ils, les agissements autour du Sahara de la position militante adoptée par l’Algérie dans le domaine de l’énergie. On cherche à porter des coups aux options socialistes de notre pays et à son non-alignement actif et réel. »
    Quoi qu’il en soit, quelques jours plus tard M. Bouteflika, ministre algérien des affaires étrangères, est envoyé en mission à Rabat pour détendre l’atmosphère. Il y réussit si bien que les diplomates s’interrogent : l’Algérie a-t-elle modifié ses positions, a-t-elle consenti un recul stratégique ou tout simplement tactique ? Quelques faits apportent des éléments de réponse. Le 10 juillet, deux des militaires espagnols faits prisonniers par le F. POLISARIO ont été remis, sous l’égide du Croissant Rouge algérien, aux autorités de Madrid et les dirigeants du Front venus pour la circonstance à Alger nous ont laissé entendre qu’ils continuent à bénéficier du soutien de l’Algérie. D’autre part, l’ambassadeur d’Algérie, M. Bedjaoui, a développé devant la Cour internationale de La Haye l’argumentation de son pays dans toute sa rigueur.
    Les Canaries, enjeu stratégique
    Les Espagnols affirment, de leur côté, qu’ils souhaitent une concertation avec les trois pays. N’ayant pas réussi, ils ont suggéré à l’ONU de l’organiser. Mais Madrid estime aussi que le F. POLISARIO est majoritaire sur les deux tiers du territoire et qu’il peut constituer un interlocuteur valable. « Nous serions prêts à avoir des conversations avec ses dirigeants, à condition qu’ils s’identifient », nous a dit un diplomate. « En attendant, a-t-il ajouté, nous ferons tout pour parvenir à une solution pacifique. Toutefois, nos moyens étant limités, si nous devions recevoir des coups de tous les côtés, nous demanderions à l’ONU de prendre la relève et d’envoyer éventuellement des casques bleus pour assurer le maintien de l’ordre jusqu’au référendum préconisé par l’Assemblée générale. »
    Pour le moment, aucune des parties intéressées ne se hasarde au moindre pronostic, le nombre d’inconnues étant trop grand. Les milieux diplomatiques n’excluent cependant pas l’hypothèse d’une confrontation. De toute façon, le problème de la « décolonisation » des territoires administrés par l’Espagne rebondira à l’Assemblée générale de l’ONU en septembre.
    Madrid affirme que Ceuta et Melilla ne sont pas négociables et que l’archipel des Canaries ne lui donne pas plus de souci que la Corse à la France. La situation pourrait bien changer. Le comité de libération de l’O.U.A., qui s’est réuni à Rabat du 9 au 15 juin, a décidé d’apporter un soutien accru et fort important au M.P.A.I.A.C. Son secrétaire général, M. Antonio Cubillo, un avocat installé à Alger, a toujours souligné que le problème du Sahara occidental était lié à celui des Canaries et il a fini par convaincre. La décision tendant à autoriser le mouvement à ouvrir une agence régionale au Maroc devrait être soumise à la prochaine réunion du comité de libération, les chefs d’Etat africains ayant pris conscience de l’importance stratégique de l’archipel que les Etats-Unis sont en train de transformer en base militaire. A partir des îles, qui servirent toujours de point d’appui à la colonisation espagnole, il est non seulement possible de neutraliser une offensive marocaine contre Ceuta et Melilla, mais aussi d’exercer un contrôle sur l’ensemble du Maghreb et de l’Afrique occidentale et équatoriale, affirme le M.P.A.I.A.C. Il a été entendu. En plus du Sahara occidental, la question des Canaries est désormais posée par l’O.U.A. Affaire à suivre.
    Paul Balta
    Auteur de La Méditerranée réinventée, La Découverte, Fondation René Seydoux, Paris, 1992.

    Le Monde diplomatique, août 1975

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, Sahara Espagnol, autodétermination, décolonisation, 
  • La MINURSO et le Polisario demandent des amendements de l’Accod militaire nº1

    Tags : Maroc, Sahara Occidental, Front Polisario, MINURSO, Accord militaire n°1,

    Selon une note envoyée par Abderrazzak Laassel, Représentant Permanent Adjoint du Maroc à l’ONU datée du 15 août 2014, “MM. Edmont Mulet, Sous-Secrétaire Général pour les Opérations de Maintien de la Paix et M. Christopher Ross, ont été destinataires d’un courrier, daté du 13 aût 2014 émanant du Bureau de la MINURSO à Laayoune et portant sur des consultations qui seraient en cours entre les FAR, la MINURSO et le Polisario pour amender l’accord Militaire Nº1”.

    “Le courrier de Laayoune, ajoute la note, rappore les amendements que chacune des parties souhaite introduire dans l’accord:

    Polisario:

    – Réduire a partie minée dans les zones proches de la ligne de défense,

    – Elimination de toutes les tranchées et enlèvements des équipements de Génie,

    – Réduire la zone tampon minée.

    MINURSO:

    – Liberté de mouvement dans les ports de Laayoune et Dakhla

    – Accès aux installations militaires,

    – Demande au Polisario de prioriser 10 à 15 zones pour le déminage humanitaire,

    – Assouplissement du dispositif d’obligations des parties.

    “Le DPKOserait en cours d’analyse de ces demandes pour émettre son avis sur la question”, conclue la note.

     
  • Maroc-Algérie : La subtile réponse d’Alger à Rabat

    L’annonce de la mise en place d’un hôpital de campagne au profit du peuple sahraoui intervient alors que le Maroc poursuit ses attaques frontales contre l’Algérie. Dernière en date, celle du chef de la diplomatie marocaine qui accuse l’Algérie de mobiliser ses ressources pour alimenter « le séparatisme » plutôt que d’améliorer la situation « précaire » de sa population. Aucune réaction officielle à cette attaque mais une subtile démonstration des ressources pouvant être mobilisées.
    Nawal Imès – Alger (Le Soir) – Pas de crise diplomatique publiquement assumée mais une multiplication d’attaques en règle de la partie marocaine. Lorsque ce ne sont pas les médias marocains qui trouvent des prétextes pour critiquer de manière acerbe l’Algérie, c’est le ministre des Affaires étrangères qui s’en charge.
    Profitant du sommet du groupe de contact du mouvement des non-alignés tenu en visioconférence, la semaine dernière, le chef de la diplomatie marocaine a évoqué l’Algérie sans la citer nommément, affirmant qu’un « pays voisin » qui, « malgré les circonstances actuelles exceptionnelles », s’obstine à « alimenter le séparatisme, en violation des principes fondateurs du mouvement des non-alignés». Et d’ajouter : «Ce pays, au lieu d’utiliser ses ressources pour améliorer la situation précaire de sa population dans le contexte de la pandémie de Covid-19, les détourne pour alimenter la déstabilisation régionale». Quelques jours plus tard, le commandement de l’armée faisait savoir que « dans le cadre du raffermissement des efforts de solidarité et de la promotion des relations humaines et fraternelles entre les deux peuples algérien et sahraoui, notamment à l’ombre de la situation sanitaire actuelle relative à la propagation de l’épidémie de coronavirus, le Haut Commandement de l’Armée nationale populaire a chargé les services de la santé militaire de mettre à la disposition du peuple sahraoui un hôpital de campagne afin d’assurer toutes les prestations et l’assistance médicale nécessaires tout au long de la pandémie que connaissent actuellement l’ensemble des pays du monde ».
    Dans ce même communiqué, il a été rappelé que « l’Algérie avait envoyé au peuple sahraoui, le 30 avril 2020, des aides humanitaires composées de produits alimentaires et d’équipements pharmaceutiques acheminées par des avions militaires depuis la base aérienne de Boufarik ». Il s’agit là d’une subtile mise au point au voisin qui émet des doutes sur la capacité de l’Algérie à couvrir les besoins de sa population, selon les dires du ministre marocain des Affaires étrangères. Une attaque en règle après que Abdelmadjid Tebboune eut lancé, au cours du même sommet, « un appel au Conseil de sécurité des Nations-Unies pour se réunir, dans les plus brefs délais, et adopter une résolution appelant solennellement à l’arrêt immédiat de toutes les hostilités à travers le monde, notamment en Libye, sans omettre les territoires occupés en Palestine et au Sahara Occidental ». Le président de la République ne faisait que rappeler une position de principe de l’Algérie.
    Dans son discours d’investiture, le président de la République avait pourtant insisté sur le fait que la question sahraouie était une affaire de «décolonisation» qui doit trouver un règlement dans le cadre des Nations-Unies et de l’Union africaine ,et qu’elle ne devait pas « envenimer les relations avec les frères marocains», tout en ajoutant que «l’Algérie œuvrera à préserver le bon voisinage et raffermir ses relations fraternelles avec les pays du Maghreb». Un message qui n’a visiblement pas trouvé écho auprès des voisins marocains.
    Tags : Maroc, Algérie, Sahara Occidental, Front Polisario, covid-19, coronavirus, pandémie, réfugiés sahraouis,
  • Solution politique mutuellement acceptable et autodétermination sont deux concepts incompatibles (diplomate)

    Selon le représentant du Front Polisario auprès des Nations Unies, le Dr Sidi Mohamed Omar, la solution politique mutuellement acceptable n’est pas compatible avec le concept d’autodétermination.

    « Nous sommes tous d’accord que les négociations sont essentielles. Mais lorsque le Conseil appelle les parties à trouver une solution politique mutuellement acceptable, cela n’est pas compatible avec le concept d’autodétermination » a-t-il affirmé dans un entretien accordée au site Junge Welt » précisant que « cette approche contradictoire est en fait la raison de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons actuellement ».

    Questionné sur la situation des négociations, le Dr Omar a affirmé que le peuple sahraoui n’a plus aucune confiance en l’ONU à un moment où son processus est complètement paralysé. « Cette situation est aggravée par le fait que l’ONU et la communauté internationale dans son ensemble ne font rien pour faire avancer les choses », a-t-il ajouté.

    Pour le diplomate sahraoui, « l’option préférée du Maroc est celle de gagner du temps, dans l’espoir que la communauté internationale accepte et reconnaisse son occupation illégale et l’annexion des autres parties du Sahara occidental ». « Mais même si certains ont accepté le statu quo comme excuse pour ne rien faire, les Sahraouis et le Front Polisario ne l’accepteront jamais » a-t-il indiqué.

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, autodétermination, conseil de sécurité, ONU, solution mutuellement acceptable,

  • Délégation de l’ambassade britannique à Rabat souhaite se rendre au Sahara Occidental

    Tags : Maroc, Sahara Occidental, Royaume Uni,

    M. Hugh Cleary, Deuxième Secrétaire, Chef de Mission Adjoint a.i. à l’Ambassade britannique à Rabat souhaite se rendre à El Aaiun du 2 au 4 septembre 2014. Il sera accompagné par M. Mark Bell, qui arrivera au Maroc en septembre 2014 pour prendre ses fonctions en tant que Deuxième Secrétaire Chargé des Affaires Politiques à l’Ambassade britannique. L’objet de la visite est de rencontrer des représentants des autorités et de la société civile.

    Ils veulent rencontrer le Wali d’El Aaiun ou l’un de ses représentants, le président du Conseil Municipal d’El Aaiun et un représentant de l’Agence du Sud à El Aaiun.

    #Maroc #UK #Royaume_Uni #Sahara_Occidental

     
  • Le Maroc fait la sourde oreille à la demande de libération des prisonniers sahraouis pour cause de coronavirus

    L’ONU, l’Union européenne et l’Espagne gardent le silence face au danger auquel les prisonniers politiques sahraouis sont exposés par le Covid-19.
    De nombreuses organisations ont tiré la sonnette d’alarme sur le danger que courent les prisonniers politiques sahraouis, enfermés dans des prisons insalubres.
    Le gouvernement du Maroc fait la sourde oreille aux nombreuses et continuelles demandes de libération des prisonniers politiques sahraouis face au danger qu’ils courent dans les prisons marocaines insalubres en raison de la pandémie de coronavirus.
    Ces prisonniers, comme l’a dénoncé le groupe de journalistes sahraoui Equipe Media dans une campagne soutenue en Espagne par des personnalités de la politique et du cinéma, souffrent des conséquences des tortures qu’ils ont subies, ils souffrent de pour lesquelles dont ils ne sont guère soignés et sont détenus dans de espaces réduits et surpeuplés sans le minimum de conditions sanitaires.
    Depuis l’annonce de la propagation du coronavirus, de nombreuses organisations ont tiré la sonnette d’alarme sur le danger auquel sont exposés les 39 prisonniers politiques sahraouis, qui purgent des peines prononcées dans des procès dénoncés par des organisations internationales pour absence de preuves et des aveux obtenus sous la torture.
    Selon EM, « les interrogatoires ont porté sur la relation de l’accusé avec le Front Polisario, sa participation à des manifestations et la défense du droit à l’autodétermination », puis beaucoup d’entre eux ont été condamnés pour outrage, trafic de drogue ou « formation de bandes criminelles et violences envers les forces de police ayant entraîné la mort ».
    Absence de mesures préventives
    La Ligue pour la protection des prisonniers sahraouis dans les prisons marocaines (LPPS) dénonce l’absence de mesures préventives dans les prisons pour lutter contre le coronavirus, soulignant que le seul geste a été de leur fournir un morceau de savon moisi le 3 avril, citant le cas d’Abdelmoula Elhafidi, à la prison d’Ait Melou, qui n’a pas été autorisé à prendre une douche pendant un mois, selon le témoignage de sa sœur.
    En outre, les autorités pénitentiaires ont refusé d’entendre Abdullah Lakhfaouni, du groupe de Gdeim Izik, emprisonné dans la prison de Kenitra, qui voulait exposer sa situation vulnérable ; il a entamé une grève de la faim de 48 heures pour attirer l’attention de lae Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme et des organisations internationales de défense des droits humains.
    Face au danger du Covid-19, la Commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, Michèle Bachelet, a appelé à la libération des personnes emprisonnées « sans base juridique suffisante, y compris les prisonniers politiques et les autres détenus pour avoir exprimé des opinions critiques ou dissidentes ».
    Dans le cas des prisonniers sahraouis, plusieurs organisations ont demandé au Maroc leur libération, comme Amnesty International, ou l’intervention de l’ONU, comme la lettre envoyée par Por un Sahara libre, portant plus de 750 signatures de partis politiques, députés, associations, ONG, syndicats, mouvements de femmes, chercheurs, universitaires, écrivains, auteurs, journalistes, médecins, infirmières et enseignants des 5 continents.
    Le Front Polisario, reconnu par l’ONU comme le représentant légitime du peuple sahraoui, a demandé à Human Rights Watch (HRW) d’intervenir, car les prisonniers sahraouis sont non seulement très exposés au risque de tomber malades, « mais sont aussi des cibles faciles pour le régime marocain ». Le président de la RASD et secrétaire général du Polisario, Brahim Gali, a demandé à l’ONU de protéger les citoyens sahraouis dans les zones occupées, et en particulier les prisonniers politiques sahraouis « qui croupissent dans les prisons marocaines dans des conditions déplorables », tenant le Maroc pour responsable de ce qui pourrait leur arriver.
    Le roi du Maroc, Mohamed VI, a gracié le 5 avril 5 654 prisonniers, dont aucun n’est sahraoui. Le cas des prisonniers sahraouis, dont la ministre norvégienne des Affaires étrangères, Ine Marie Eriksen Søreide, s’est montrée préoccupeé, n’a reçu l’attention ni des Nations Unies, ni de l’Union européenne, ni de l’Espagne, la puissance administrante de jure du Sahara occidental.
    À la menace du coronavirus dans les prisons marocaines où se trouvent des prisonniers politiques sahraouis, s’ajoutent les violations des droits humains commises au Sahara occidental occupé par le Maroc en avril 2020, selon les information fournies par des organisations sociales et des médias sahraouis.
    Tags : Sahara Occidental, Maroc, Front Polisario, ONU, MINURSO, 
  • Maroc : La pandémie utilisée pour museler les libertés – Le chantage de Mohammed VI

    LE MAROC PREND PRÉTEXTE DE L’ÉPIDéMIE DU CORONA POUR MUSELER LES LIBERTÉS : Le chantage de Mohamed VI

    Alors que des lois liberticides ont été « passées en catimini » à la faveur de cette pandémie, les services secrets marocains n’hésitent pas à recourir aux procédés les plus vils et les plus bas qui soient pour neutraliser toutes les voix et voies « dissonantes ».
    Cette fois-ci, les révélations et les dénonciations nous viennent d’un ex-détenu politique, auteur d’un témoignage tout aussi poignant que révoltant. Profitant de l’état de confinement provoquée par la pandémie du covid-19, le gouvernement marocain a ainsi tenté de faire approuver par le Parlement un projet de loi visant à serrer l’étau autour de l’utilisation des réseaux sociaux portant ainsi une grave atteinte à la liberté d’expression. 
    Craignant la fermeture de cet espace de liberté après l’approbation du projet de loi 22.20 par le Conseil du Gouvernement le 19 mars 2020, l’activiste des droits de l’homme sahraoui, Mohamed Abdelmoula Dihani, a souhaité laisser un témoignage audiovisuel sur ce qu’il a vécu dans la sinistre prison marocaine de Temara et dénoncer les pratiques des services secrets marocains visant à instrumentaliser la menace terroriste pour des visées politiques et pour raffermir son occupation du Sahara occidental.

    En avril 2010, Dihani se trouvait à la ville d’El Ayoune, capitale du Sahara occidental occupée par le Maroc. Il était arrivé d’Italie à l’occasion de la libération d’un de ses proches parents. Le 28 de ce même mois, il est sorti pour fumer une cigarette et a été interpellé par des agents des services secrets marocains. Menotté, embarqué dans un véhicule et amené au poste des renseignements sis à l’Avenue de la Mecque. De là, il a été conduit à la prison de Temara où, selon lui, se trouvait, à l’époque, le bureau d’Abdellatif El Hammouchi et où étaient planifiées toutes les opérations destinées au territoire du Sahara occidental et la création et prétendu démantèlement de cellules terroristes en vue de faire pression sur certains pays et obtenir leur soutien, dont l’Union européenne et les États-Unis. 
    Dans une cellule, complètement dénudé et menotté, pour subir les pires sévices corporels ainsi que d’indicibles humiliations. Après 3 jours de supplices, il a été conduit dans un bureau d’interrogatoire où il y avait Abdelhak Alkhiam, le n° 2 de la DST, et le général Abdelaziz Bennani, commandant de la région sud. « Tu vas nous dire où tu as caché les armes que tu as introduites de l’Algérie ou de la Mauritanie», lui disaient-ils. «Nous avons des informations sûres que tu as introduit des armes. Nous ne voulons pas te garder en prison. Tout ce que nous souhaitons c’est que tu nous dises où se trouvent ces armes. Nous savons où elles se trouvent et nous savons qui étaient avec toi et comment vous les avez introduites », ont-ils affirmé. 
    Après avoir nié toutes ces accusations, il a été reconduit dans sa cellule pour subir de nouvelles séances de tortures les plus cruelles. Ils lui ont proposé 10 millions de DH (1 million de dollars) s’il acceptait de travailler avec eux et jouer le jeu qui consiste à recruter, sous les directives des services de renseignement marocains, un groupe de personnes qui, selon eux, avait des idées radicales et les amener au Sahara occidental. L’objectif était d’accuser ce groupe de vouloir commettre des attentats contre la MINURSO ou des personnalités sahraouies connues pour leur défense des thèses marocaines et commettre un attentat terroriste dans le territoire sahraoui et présenter les sahraouis comme une menace potentiel pour les intérêts des États-Unis et de l’Europe.
    Ce n’est du reste pas la première fois que le Maroc s’acoquine avec des terroristes dans le but de s’en servir contre l’Algérie et le Polisario. Les sévères retours de flamme qu’il en a subis ne semblent donc pas lui avoir servi de leçon puisqu’il persiste et signe dans cette voie suicidaire. Bref, et suite à la condamnation par la communauté internationale de la violente répression qui a accompagné le démantèlement du camp de Gdeim Izik le 8 novembre 2010, les autorités marocaines ont annoncé le 5 janvier 2011, l’arrestation de 27 personnes, «dont un membre d’al-Qaïda au Maghreb islamique», dans le cadre de la prétendue «cellule d’Amgala», une localité sahraouie se trouvant à la limite entre les territoires sahraouis occupés par le Maroc et ceux contrôlés par le Front Polisario. «C’est la première fois que le Maroc fait état de l’arrestation d’un membre actif d’AQMI sur son territoire », indique une dépêche de Radio France International. 
    Après sa rencontre avec les accusés, Dihani raconte qu’ils affirment avoir été manipulés par l’État marocain, qu’ils étaient loin de porter des idées intégristes et que la majorité des membres de ce groupe n’était pas pratiquant (ils n’accomplissaient pas la prière). Mohamed Dihani est convaincu que ses bourreaux avaient l’intention de l’impliquer dans cette mascarade destinée à diaboliser les sahraouis. Pendant son séjour dans la prison de Temara, M. Dihani a rencontré de nombreux marocains innocents qui se trouvaient en prison après avoir été manipulés par les services secrets marocains en vue de commettre des attentats au Maroc. Parmi eux, des auteurs des attentats de Casablanca (2003) qui lui ont assuré que le commanditaire de cette opération n’a pas été arrêté en raison de son appartenance aux services de sécurité marocains. Entre décembre 2011 et mars 2012, il a aussi rencontré Adil El Othmani, l’auteur présumé de l’attentat contre le Café Argana (avril 2011), à Marrakech qui lui a assuré qu’en tant que collaborateur des services de renseignements marocains, il avait reçu l’ordre de rejoindre l’État Islamique en Irak.
    Dans ses tentatives, il a été arrêté par les autorités libyennes et syriennes et libéré grâce à l’intervention des autorités marocaines. Une fois de retour au Maroc, il a reçu l’ordre de déposer une bombe au Café Argana. Dihani affirme aussi avoir rencontré un groupe de marocains inculpés de tentative d’attentat contre la base américaine de Tan-Tan. Tout en proclamant leur innocence, ils affirment avoir été manipulés de bout en bout dans ces scabreuses affaires.
    Mohamed Abdoun
    Tags : Maroc, Sahara occidental, Front Polisario, terrorisme, menace terroriste, Mohamed Dihani, cellule d’Amgala, MINURSO,
  • Maroc : Où se cache le roi Mohammed VI ?

    Depuis le début de la crise pandémique, le roi du Maroc est aux abonnés absents. L’opinion publique marocaine s’indigne de plus en plus à cause de sa disparition à un moment où le peuple marocain traverse une conjoncture difficile en raison du confinement imposé par le gouvernement en vue de lutter contre la covid-19.

    Une population démunie implore l’intervention de Mohammed VI pour contrer les pratiques de répression contre ceux qui ont la mobilité comme seule choix pour parvenir à alimenter les siens. Mais aussi pour que les produits alimentaires distribués ne soient pas détournés par les agents d’autorité et leurs complices.

    De l’étranger aussi, des milliers de marocains implorent son intervention pour pouvoir rentrer au Maroc et passer le confinement avec les siens au Maroc.

    La réponse du souverain a été, jusqu’à présent, le silence total. Selon certaines sources, il aurait quitté le Maroc par crainte d’attraper le coronavirus. Le journaliste Ignacio Cembrero, qui rêve de se faire pardonner par le Makhzen, prétend qu’il se trouve au Maroc tout en démentant la nouvelle publiée par Le Courrier de l’Algérie selon laquelle, Mohammed VI se trouve au Gabon. Pourtant, même le roi sacré du Ramadan n’a pas réussi à le faire sortir de sa cachette. Sa disparition des radars a laissé place à des rumeurs persistantes sur un coup d’État en douceur. Des rumeurs consolidées par une présence massive de l’armée dans les rues.

    Tags : Maroc, Mohammed VI, pandémie, covid-19, coronavirus,