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  • John F. Kennedy sur la crise algérienne (1957)

    Note de l’ éditeur: Dans cet article du 5 octobre 1957, question de l’ Amérique , le sénateur John F. Kennedy du Massachusetts revisite un discours qu’il a prononcé le 2 Juillet 1957, sur le plancher du Sénat, sur la situation politique en Algérie .

    Le 17 septembre, la session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies s’est réunie à New York. Le 24 septembre, une session extraordinaire du Parlement français s’est réunie à Paris. La convergence de ces deux événements n’est pas accidentelle. Ils dénotent tous deux une préoccupation mondiale croissante pour une solution à l’impasse algérienne.

    Les impératifs de l’unité occidentale et la nécessité de maintenir l’influence occidentale dans les régions non engagées du monde font de la question algérienne l’une des questions centrales de la politique mondiale et de l’équilibre des pouvoirs mondiaux. Car l’Algérie, loin d’être un segment isolé du continent africain ou une ruelle politique, vibre de pressions croisées et d’influences qui ont leur source en France, au sein de l’alliance de l’OTAN, en Afrique libre et surtout parmi les Etats voisins de la Tunisie et Maroc. C’est un fait mélancolique que l’incapacité de trouver un règlement tolérable en Algérie érode sérieusement les possibilités d’un penchant vers l’ouest dans tous les États nouvellement libérés d’Afrique.

    “Les impératifs de l’unité occidentale et la nécessité de maintenir l’influence occidentale dans les régions non engagées du monde font de la question algérienne l’une des questions cruciales de la politique mondiale et de l’équilibre du pouvoir mondial.”

    Certains impératifs d’indépendance
    Le 2 juillet, j’ai pris la parole sur le parquet du Sénat afin d’essayer de clarifier pour l’opinion américaine la situation en Algérie et de sensibiliser les Américains aux graves dangers qui guettent l’Occident dans la rébellion paralysante en Algérie. J’ai estimé qu’un règlement durable ne pouvait être atteint qu’en adoptant une voie qui conduirait, dans un avenir mesurable, à l’indépendance de l’Algérie, de préférence dans un cadre fédératif ou interdépendant. J’ai exprimé l’opinion que les bureaux de médiation de l’OTAN ou des chefs d’État tunisien et marocain pourraient fournir le mécanisme permettant d’élaborer un tel programme et un tel calendrier. Si de telles lignes d’effort étaient infructueuses, je pensais que l’ONU était en droit de débattre de la question, d’explorer des méthodes de médiation et de recommander une solution.

    À mon avis, l’ONU en tant qu’organe ne constitue pas le forum idéal pour parvenir à une solution, et il ne fait aucun doute qu’un règlement obtenu par négociation directe ou médiation est de loin préférable, mais nous ne pouvons pas non plus exclure un débat international lorsqu’une question telle celui-ci, dont les effets se font sentir dans de nombreux domaines qui débordent bien au-delà des frontières de la France, est inscrit à l’agenda de l’ONU. Il était déjà clair en juillet que la question serait soumise à la prochaine Assemblée et que les États-Unis devraient adopter une position plus réaliste que notre ancienne formule de «neutralité». Notre neutralité, nous aimons à croire, signifie une attitude bienveillante, mais son apparence superficielle d’ordre ordonné et d’antisepsie masque en réalité une attitude aux conséquences tout aussi positives que l’action directe elle-même.

    Ce discours a suscité une large réponse tant dans ce pays qu’à l’étranger. Les lettres individuelles ont été très favorables, tandis que la réaction éditoriale et le courrier de la France ont été beaucoup plus défavorables et hostiles. J’ai cependant reçu un certain nombre de messages de Français qui étaient d’accord avec ma position et qui représentaient une partie du mécontentement notable des dirigeants indépendants de l’opinion française face à la dérive et à la stagnation de la politique française en Algérie – au moment même où ce pays est avancer sur de nombreux programmes nationaux prometteurs, ainsi que sur de nouveaux projets politiques en Afrique occidentale française et en Europe occidentale.

    “Mes détracteurs ont comparé ceux qui parlent de la question algérienne à des intrus dans une difficulté familiale intime ou à des intrus insouciants.”

    Dans cet article, je voudrais tenir compte de certaines des critiques récurrentes qui ont été faites à mon propos et mesurer brièvement les chances de règlement résultant des délibérations tant de l’Assemblée générale que de l’Assemblée nationale française.

    Il n’y a, bien sûr, aucune dispute avec ceux qui estiment que discuter de la question algérienne autrement que les clichés de la politique officielle française, c’est commettre un outrage moral ou toucher les nerfs nationaux qui sont bien trop bruts pour l’observation étrangère. Mes détracteurs ont comparé ceux qui parlent de la question algérienne à des intrus dans une difficulté familiale intime ou à des intrus insouciants. Mais peu éloigné de cette position est celle de ceux qui soutiennent que les compulsions impérieuses de fidélité à l’alliance de l’OTAN et à notre plus vieil allié, la France, interdisent l’aération de toute situation qui a ses racines nationales en France. C’est une vision extraordinairement étrange et archaïque d’une alliance dont la conception même était basée sur l’espoir que les problèmes pourraient être partagés, la consultation encouragée et des solutions plus larges ainsi obtenues.

    La critique la plus courante adressée à mon discours, notamment par Robert Lacoste, résident général français en Algérie, et dans la presse populaire française, est que la question algérienne pâlit d’importance face à nos propres problèmes de relations raciales avec les Indiens d’Amérique et à Porto Rico. Je suis entièrement d’accord avec la conviction qu’un échec à parvenir à un règlement pacifique de nos problèmes raciaux dans le Sud et ailleurs aux États-Unis est extrêmement préjudiciable à notre position internationale ainsi qu’au tissu de notre propre vie nationale. Il est parfaitement vrai que les progrès réalisés jusqu’à présent sont insuffisants et nécessitent une amélioration et une extension continues. D’un autre côté, les dirigeants les plus responsables de notre vie nationale reconnaissent rapidement le problème, ne considèrent pas la discussion ouverte et la critique des politiques actuelles comme une trahison ou une division dangereuse, et n’ont pas fermé leurs esprits et les yeux sur les injustices qui ont été et sont commises. Le souci des enjeux internationaux ne nous empêche pas de voir les failles de notre vie domestique.

    Pourquoi les Français font allusion avec insistance aux Amérindiens est déconcertant, car ils se trompent gravement s’ils croient que nos cruautés largement reconnues envers les Indiens au cours des siècles passés représentent le tempérament et l’éthos dominants de l’opinion américaine. Les Français pensent-ils avoir droit à un bain de sang similaire au XXe siècle? Quant à Porto Rico, sa situation actuelle semble donner une morale différente de celle que les Français tireraient. Nous voyons à Porto Rico à quoi peut aboutir l’octroi opportun de larges libertés politiques combinées à un programme de développement économique: non pas l’anarchie, le terrorisme généralisé ou la désintégration sociale – comme le soutiennent les publicistes français – mais un Commonwealth qui a volontairement renoncé à l’indépendance totale mais qui jouit d’une large autonomie , tous les droits politiques fondamentaux, un leadership vigoureux et clairvoyant, et l’un des gouvernements les plus véritablement populaires et les plus larges au monde. C’est peut-être notre succès même à Porto Rico qui encourage de nombreux Américains à croire que l’Algérie, elle aussi, peut soutenir une concession plus généreuse de la liberté politique.

    La critique la plus courante adressée à mon discours … est que la question algérienne est pâle en regard de nos propres problèmes dans les relations raciales avec les Amérindiens et à Porto Rico.

    Pas besoin de fatalisme
    Une autre critique, à laquelle il est difficile de répondre et qui caractérise beaucoup l’opinion française à demi articulée, est mieux représentée dans deux éditoriaux récents sur l’Algérie dans la presse américaine. Un de ces journaux, dont les chroniques de reportages ont fourni une bonne partie des preuves factuelles que j’ai présentées dans mon discours, adopte une position de fatalisme presque passif, arguant que les événements doivent suivre leur cours naturel et qu’en tant qu’Américains, nous devons regarder avec sympathie pendant ses décrets dans le dilemme tragique des Français. L’opinion américaine est vraisemblablement de jouer le rôle du chœur dans les tragédies grecques. Ou, de façon plus fantaisiste, nous devons adopter le vieux point de vue, attribué aux Autrichiens, selon lequel la situation nationale est «désespérée mais pas grave».

    C’est, bien sûr, le refrain sans fin que l’Algérie est une question française entièrement «interne» qui rend futile tant de discussions sur l’Algérie et obscurcit les voies de solution possibles. La politique française a été de mettre en place une série de «No Trespass! panneaux. Ces derniers mois, ceux-ci ont été renforcés par une longue ligne de «Danger — High Explosives!» des signes, comme pour indiquer que tout commentaire étranger critique des Français n’invite que de nouvelles vagues de terrorisme, ouvre les vannes du communisme et du panarabisme toxique, et permet la destruction de la France elle-même.

    Mon discours a reconnu le fait que l’Algérie est une question coloniale inhabituellement compliquée et ambiguë et que les mérites de l’affaire ne sont pas entièrement clairs. J’ai noté qu’un nombre relativement important de Français résidait depuis longtemps en Algérie, qu’il y avait des horizons passionnants de nouveau développement économique du pétrole et des minerais en Algérie, qu’il y avait des clivages raciaux importants. Aucun slogan ou formule simple ne fournira une solution facile et une justice parfaite dans le différend est impossible à obtenir.

    “Aucun slogan ou formule simple ne fournira une solution facile et une justice parfaite dans le différend est impossible à obtenir.”

    Les Français en Algérie
    Il ne fait aucun doute que la barrière la plus difficile à l’installation est posée par le million de Français, dont moins de la moitié sont de sang français, qui constituent des colons et des citoyens permanents en Algérie. De toute évidence, leurs revendications méritent d’être reconnues. Mais ce sont aussi ces mêmes colons qui ont obtenu pour eux-mêmes une position très préférée en Algérie, qui ont détenu un droit de veto effectif à l’Assemblée nationale et à la résidence générale, qui ont une emprise économique sur l’Algérie et qui se sont étouffés à chaque fois. possibilités de participation politique et de leadership – et même d’éducation – au sein de la communauté musulmane. Le nationalisme algérien, qui est désormais une réalité politique et pas seulement le slogan d’un petit noyau de bandits ou d’agents étrangers,

    Sans aucun doute, il y a eu des occasions, même dans un passé récent, où un régime éclairé en Algérie aurait pu en faire une véritable partie de la France si un spectre commun de droits et d’opportunités avait été créé. Mais les Français n’ont pas donné suite à leurs meilleures propositions et ont reculé devant les conséquences de leur propre image théorique de l’Algérie en tant que partie organique de la nation française. Même les promesses très limitées du Statut de 1947 n’ont jamais été tenues. Au cours des trois dernières années, l’opinion musulmane s’est éloignée de manière marquée et décisive de la domination française, de sorte que de nombreuses cordes d’intérêt commun ont été rompues. C’est l’intransigeance politique française ininterrompue du passé qui rend si difficile de réprimer le scepticisme sur les réformes «modérées» qui sont dans l’air maintenant à l’approche de la saison des récoltes à l’ONU.

    Si la communauté française d’Algérie n’est pas entièrement composée d ‘«inconciliables» – l’éminent maire d’Alger, Jacques Chevallier, est une exception notable – il n’en reste pas moins que sa voix et son influence dominantes sont dures, dures et inflexibles. La presse algérienne est vicieusement déformée, tandis qu’en France même, des efforts répétés du gouvernement ont été déployés ces derniers mois pour museler les critiques à l’égard de l’Algérie et blanchir les reportages francs sur l’Afrique du Nord. Lors de la dernière réunion de l’Institut international de la presse, le gouvernement français a été condamné pour ses suppressions répétées de la liberté de la presse sous le couvert de la sécurité et de l’intérêt national. Heureusement cette version française du «brouillage» n’a pas réussi à cacher les dures vérités. Pas seulement des journaux indépendants comme Le Monde et L’Expressen France mais d’autres grandes revues internationales telles que le New York Times , l’ Observer et The Economist en Angleterre, et la Neue Züricher Zeitung en Suisse n’ont pas failli à leurs responsabilités journalistiques. On se demande pourquoi le gouvernement français a mis autant d’obstacles sur la voie de ceux qui cherchent à savoir où se trouvent les libéraux français «disparus» et les faits derrière les accusations de torture. Il est triste de constater que les extrémistes français ont généralement bénéficié de la protection de la police française et ont également eu des contacts étroits avec la résidence générale. Cela est vrai même maintenant sous M. Lacoste, venu à Alger annoncé comme l’architecte de solutions «libérales» nouvelles et définitives.

    “Au cours des trois dernières années, l’opinion musulmane s’est éloignée de façon marquée et décisive de la domination française, de sorte que de nombreux cordons d’intérêt commun ont été rompus.”

    Le communisme est-il une menace?
    La critique la plus importante de ma position est certainement l’opinion honnête de nombreuses personnes selon laquelle relâcher le contrôle français en Algérie ferait de ce pays une victime de la direction arabe communiste ou extrémiste et le transformerait en une arène de terrorisme et d’anarchie incontrôlables. Je dois dire que je partage la peur de ces critiques; Cependant, je ne suis pas d’accord avec eux, car la poursuite de la politique actuelle isole mieux l’Algérie de ces dangers. Les dirigeants algériens sont également devenus plus intransigeants, mais même maintenant, ils se tournent encore largement vers l’Occident et vers des hommes comme le premier ministre Habib Bourguiba, qui souhaite donner à toute l’Afrique du Nord française une distribution occidentale. Plus les aspirations légitimes algériennes sont supprimées, plus le danger d’une prise de contrôle réactionnaire ou communiste dans toute l’Afrique devient grand. Car non seulement la guerre d’Algérie est terriblement préjudiciable à l’économie française et aux espoirs d’une exploitation efficace des richesses sahariennes; il crée également de nouveaux écarts entre la France et les nouveaux pays indépendants que sont la Tunisie et le Maroc. De plus, une telle impasse comme celle de l’Algérie rend très difficile pour les États-Unis et leurs alliés de mobiliser l’opinion dans le monde non engagé contre les plus grands outrages impérialistes de l’Union soviétique en Europe de l’Est.

    Les discussions qui ont lieu actuellement en France concernant un nouveau statut pour l’Algérie indiquent au moins que des voix un peu plus froides et plus raisonnables se font désormais entendre au sein du cabinet français, même si celles-ci peuvent être dépassées en nombre de droite et de gauche. Au moment de la rédaction de cet article et avant la réunion du Parlement, il est impossible de porter un jugement définitif sur les propositions. Mais à partir des quelques articles de journaux, dont certains semblent faire peu autorité, on peut au moins soulever certaines questions.

    Si les Français ne recherchent qu’une formule écrite qui leur obtiendra cette année le nombre requis de voix à l’ONU, alors leurs nouveaux plans ne recevront pas – ni ne mériteront – l’assentiment algérien et nord-africain dont ils ont besoin pour être efficaces.

    Prises de façon restrictive, les propositions actuelles ne semblent pas apporter beaucoup plus que ce qui était prévu par le statut de 1947. Si le nouveau statut donne simplement un peu plus de décentralisation, alors il n’atteint aucun des vrais problèmes de l’Algérie. Cependant, il semble que quelques membres du cabinet français et certains membres du MRP soient favorables à un statut qui conférerait une large autonomie fédérale. Ces propositions peuvent être suffisantes pour fournir une base de négociation et de règlement. La question de savoir si elles le feront dépend cependant de la question de savoir si le nouveau statut est provisoire – un pas sur la voie de l’autonomie gouvernementale éventuelle – ou s’il constitue une offre et un règlement définitifs. Au-delà de cela, nous ne savons pas maintenant si ce statut ou une partie de celui-ci doit être négociable avec les dirigeants algériens, ni l’étendue des pouvoirs de «réserve» maintenus par le gouvernement français. Une estimation complète des propositions françaises ne peut donc pas être faite avant la publication du texte final. De plus, quel type de défense leur sera-t-il donnée au Parlement? Le gouvernement français considérera-t-il encore l’Algérie comme une partie «intérieure» permanente de la France? On ne peut pas encore répondre à ces questions.

    Beaucoup dépendra aussi de la réaction et de la contre-réponse du gouvernement français aux deux pointsen Algérie, qui ont sabordé tant de plans précédents et percé tant d’autres ballons d’essai. Si les Français ne recherchent qu’une formule écrite qui leur obtiendra cette année le nombre requis de voix à l’ONU, alors leurs nouveaux plans ne recevront pas – ni ne mériteront – l’assentiment algérien et nord-africain dont ils ont besoin pour être efficaces. À mon avis, ils ne devraient pas non plus recevoir l’appui de la délégation des États-Unis à l’Assemblée générale. Si, toutefois, nous pouvons être convaincus que les Français fournissent plus qu’une imposition unilatérale de termes dénués de sens et qu’ils commencent des progrès visibles et soutenus vers une forme d’indépendance politique de l’Algérie, alors nous devons réagir favorablement. Mais nous devons faire attention à ce que nous obtenions de la substance ainsi que de la forme dans tout nouveau plan,

    Comme je l’ai dit le 2 juillet, les réverbérations de la crise algérienne touchent les intérêts les plus vitaux de tout le monde libre: l’OTAN, les propositions émergentes d’un marché commun pour l’Europe, l’Euratom et la croissance précaire des nouveaux États d’Afrique. Toutes ces grandes entreprises et ces grandes visions n’aboutiront, je le crains, à rien si nous ne pouvons refermer la plaie algérienne. Il est vain, par exemple, de parler de développement saharien tant qu’il y aura une instabilité politique telle que celle qui existe actuellement en Afrique du Nord française.

    Je suis convaincu que les véritables intérêts de l’amitié franco-américaine seront promus par une résolution de la crise algérienne. Ni la France ni l’Alliance atlantique ne peuvent se permettre une autre Indochine. Ce n’est pas un anticolonialisme sentimental et dogmatique, mais les dures réalités du monde dans lequel nous vivons, qui appellent toutes les nations à contribuer à la recherche d’une solution algérienne.

    John F. Kennedy était le 35e président des États-Unis. Il a écrit “La crise algérienne: une nouvelle phase?” pour l’ Amérique alors qu’il était sénateur américain du Massachusetts en 1957.

    Source : America, the Jesuit Review

    Tags : Algérie, France, colonialisme, colonisation, John F. Kennedy,



  • Algérie – France: Une relance des relations en demi-teinte

    Le moins que l’on puisse dire est que les relations entre l’Algérie et la France pour l’année 2020, qui s’achève, ont connu des hauts et des bas et n’ont pas été à la hauteur de la relance voulue par le chef de la diplomatie française – qui a effectué pas moins de trois visites à Alger au cours de cette année. Alors que les échanges téléphoniques ont été nombreux entre les deux chefs d’État, Abdelmadjid Tebboune et Emanuel Macron. Les deux présidents ont eu à se rencontrer lors de la conférence de Berlin sur la Libye.

    Après l’élection de Tebboune à la magistrature suprême, Paris s’est contenté de prendre acte de son élection. Mais dès le mois de janvier, la France décide de la relance de ses relations bilatérales à la faveur d’une visite de travail du chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, à Alger, qui est reçu par le président Tebboune et par le Premier ministre, Djerad et a eu des entretiens avec son homologue Sabri Boukadoum. Le chef de la diplomatie française déclare que « le président Tebboune a manifesté une ambition pour l’Algérie, celle de la réformer en profondeur pour renforcer la gouvernance, l’État de droit et les libertés, également pour relancer et diversifier l’économie conformément aux aspirations exprimées par les Algériens depuis un an, a-t-il dit .Il ajoute que le chef de l’État « s’est engagé à conduire l’Algérie dans un esprit de dialogue, afin que tous les Algériens puissent s’exprimer sur ces réformes. Nous souhaitons qu’il réussisse dans cette mission. » M. Le Drian se félicite en outre du rôle joué par notre pays dans l’apaisement des conflits dans la région, notamment en Libye. Les visites du chef de la diplomatie française point culminant des relations Alger-Paris , avant la pause forcée due à la pandémie du covid-19 , est intervenue au milieu d’un véritable ballet diplomatique à Alger de chefs de diplomatie européens et de chefs d’État, sera suivie par plusieurs entretiens téléphonique, entre les présidents Tebboune et Macron qui, aux yeux des observateurs, semblaient marquer un rapprochement entre les deux pays.

    Les restes de 24 résistants à la colonisation française rapatriés

    L’accent est mis sur la priorité à donner à la question mémorielle, après la remise par la France des restes de 24 résistants à la colonisation française.
    À Paris, on estimait que la restitution des crânes des résistants algériens se voulait un signal « fort du dégel » des relations bilatérales. Dans un entretien à la chaîne de télévision France 24, le Président Tebboune rappelait une exigence nationale, « les excuses de la France pour la colonisation de l’Algérie afin de rendre le climat plus serein entre les deux pays ».

    Le chef de l’État a révélé qu’il a décidé avec son homologue, pour porter et approfondir le chantier mémoriel , de confier à l’historien Benjamin Stora, côté français, et Abdelmadjid Chikhi, côté algérien, de travailler chacun sur le dossier de la mémoire . « Nous souhaitons que les deux historiens accomplissent leur travail dans la sérénité et l’apaisement pour régler ces problèmes qui enveniment nos relations politiques, le climat des affaires et la bonne entente », avait déclaré le président algérien le 5 juillet dernier, lors de son interview à la chaîne TV France 24 . Il a rappelé que « le président Macron a eu le courage de dire que la colonisation était presque un crime contre l’humanité, ce que d’autres n’ont pas dit », estimant à ce propos que « l’Algérie a déjà reçu des demi-excuses » de la part d’Emanuel Macron.

    Au plan économique plusieurs dossiers sont en instance et ont été actualisés lors de la 6e session du Comité mixte économique algéro-français, tenue à Alger le 12 mars 2020.

    Mais désormais, les relations économiques obéissent à de nouveaux paramètres et les partenaires français ne seront pas systématiquement privilégiés, comme ce fut souvent le cas durant l’ère Bouteflika. Sur les grands dossiers diplomatiques, à Alger on ne cesse de stigmatiser la position partisane et le parti-pris de la France pour le Maroc, même si le nouvel ambassadeur de France à Alger, François Gouyette, affirme au lendemain de la reprise des hostilités entre le Maroc et la RASD qu’il faut « un retour à l’ONU » pour le règlement de la question du Sahara occidental.
    De son côté, le Front Polisario ne cesse de dénoncer la position de la France et son soutien au Maroc qui pousse ce pays à l’intransigeance et au blocage du processus onusien. Sur la situation au Mali où la force Barkhane se heurte de plus en plus aux attaques mortelles des groupes terroristes, la convergence des points de vue a été fortement endommagée par les dernières évolutions au Mali avec la libération d’otages contre le paiement de rançons et la libération de centaines de terroristes islamistes, dont certains ont été arrêtés en Algérie.

    M. Bendib

    Source : Le Courrier d’Algérie, 2 jan 2021

    Tags : Algérie, France, mémoire, archives, colonisation,

  • Dossier de la Mémoire: l’Algérie pose ses conditions

    Le conseiller du président de la République chargé des Archives et de la Mémoire nationale Abdelmadjid Chikhi a dit ne pas avoir encore rencontré l’historien français Benjamin Stora pour se pencher sur le dossier de la mémoire.

    «Je n’ai pas travaillé avec Stora. On a eu deux contacts et il m’a dit qu’il rédigeait un rapport à la demande de Macron », a affirmé le conseiller à la présidence de la République chargé des Archives après six mois de l’ouverture du dossier lié à la mémoire entre l’Algérie et la France.
    Abdelmadjid Chikhi a fait savoir que son homologue français Benjamin Stora lui avait dit qu’il ne pouvait pas lui parler du dossier avant de transmettre son rapport au locataire de l’Elysée.
    Quant au dossier de la mémoire et les éventuels obstacles entravant son travail, Chikhi a expliqué que «pour l’Algérie, tout est clair car les questions restent stables aussi bien dans nos documents que dans nos mémoires».
    «Nous en tant qu’Algériens savons ce que nous voulons. Nous n’oublions pas le passé et nous ne pouvons pas l’effacer car c’est une partie indivisible de la vie du peuple algérien à travers les temps. Nous voulons revenir à notre Histoire et qu’elle soit présente dans notre vie quotidienne», a-t-il ajouté.
    Echourouk, 2 déc 2020
  • La Françafrique et les sommets franco-africains. Une honte pour l’Afrique

    La France est surtout connue en Afrique pour sa cupidité coloniale et ses délits. Ses premières entreprises coloniales ont eu lieu au 19ème siècle après son échec à conquérir les Caraïbes et l’Inde que les Britanniques dominaient. La France était très probablement attirée par l’immense richesse en ressources naturelles enfouie dans les sols des pays africains. Enceinte d’une mission d’exploiter et de saigner ces hommes blancs «sauvages et non civilisés», la France comme toutes les autres puissances coloniales a encadré et présenté l’excuse parfaite aux dirigeants africains et à la communauté internationale en général. Code nommé «mission de civilisation», ils ont inondé le continent de spécialistes du cambriolage et d’experts en psychologie pour arrêter et déformer les esprits des dirigeants; sachant que lorsque vous piégerez la tête, le reste du corps dansera la musique du fou. Haven a conquis les têtes, tout ce qu’ils avaient à faire était de s’asseoir, de se détendre et de les voir se balancer au rythme de leur mélodie maladroite. Puis commença l’exploitation de l’Afrique de l’Ouest, du Centre et du Nord.

    Les Africains n’ont jamais croisé les bras lorsque des étrangers sont venus s’emparer de la terre qui leur a été remise par leurs ancêtres. Bien que les Français fassent face à des résistances amères de la part des nobles hommes et femmes d’Afrique, leurs armes supérieures ont sauvé leur cause. Les Français ont mis en place une forme de gouvernement qui peut être décrite comme despotique, sauvage et antidémocratique. Quand ils voulaient que le travail soit fait, ils ont mis en place des projets cruels tels que la «corvée» qui était une forme de travail forcé et dur, quel que soit le nombre de personnes décédées le long de la ligne et dans des conditions de santé très inhumaines. Après tout, les Africains étaient de simples outils pour gagner de l’argent aux yeux des Français. Bien qu’ils exploitent massivement les ressources naturelles et les transfèrent en France, ils ne quittent jamais les yeux de chaque centime gagné par les gens. Ils ont mis en place plusieurs systèmes fiscaux injustes et ont forcé la population à payer. Les lignes de route principales et bien construites où celles qui allaient des fermes où les matières premières étaient cultivées jusqu’aux ports pour l’expédition directe.

    En retour, ils ont construit des écoles pour que les «nègres» apprennent à lire et à écrire. Bien qu’ils aient éduqué les masses, leur éducation n’était pas sans une mauvaise intention. Cela peut être justifié par le fait qu’ils ont donné des préférences spéciales aux fils de chefs qu’ils ont soumis au lavage de cerveau, et se sont préparés un peu à la prise de contrôle pour garantir la loyauté et la servitude à long terme. Cela montre que les Français sont venus pour rester. Sans aucun doute, ils étaient les pères des dictateurs. Malheureusement pour les Français, les Première et Seconde Guerres mondiales ont marqué le début d’une nouvelle aube. Les soldats africains ont finalement brisé le mythe secret de «l’homme blanc»; en voyant leurs vulnérabilités et leurs craintes similaires aux leurs. Simultanément, la communauté internationale a intensifié sa campagne anti-colonisation et les Nations Unies ont été mises en place pour superviser la décolonisation et l’indépendance définitive des pays africains. De l’Algérie en Afrique du Nord au Cameroun en Afrique centrale / occidentale, le vent du changement s’était mis à souffler, ponctué par d’âpres guerres pour l’autodétermination.

    Dans les années 1960, un échantillon représentatif des pays africains francophones avait obtenu ce qu’on a généralement appelé «l’indépendance politique». Territoires indépendants ou étendus de la France? Autant l’indépendance de l’Afrique a été saluée et célébrée à la fois sur le continent et aux Nations Unies; reconnu dans le concert des nations comme égales aux grandes puissances; il est même pathétique d’appeler ce que la plupart des pays africains francophones ont comme une «indépendance politique». En fait, ce qu’ils appellent l’indépendance politique n’est rien d’autre qu’une «indépendance papier» avec un degré élevé d’influence et de gestion étrangères. La situation peut être comparée à une télévision (TV) et un observateur par rapport à une télécommande et un guide; où l’indépendance est la télé, et les dirigeants africains sont les observateurs, le vrai pouvoir (la télécommande) est entre les mains du guide (France). Les dirigeants africains sont autorisés à activer des canaux moins importants, mais lorsqu’il s’agit du véritable accord économique, Cette situation inconfortable et agitée a été soutenue par un concept complexe appelé la Françafrique. Ce concept a été mis en place dès les premières années de l’indépendance papier des pays africains francophones. La pièce maîtresse continentale derrière la machine était l’ancien président ivoirien Félix Houphouët-Boigny. Selon le président Houphouët qui a conçu le concept, la Françafrique a été (est) le maintien de relations étroites entre les pays africains francophones et la France après l’indépendance.

    À la métropole (France), le concept a été reçu, copié et bien développé par l’un des cerveaux les plus puissants de France Jacques Foccart; l’ancien conseiller en chef pour la politique africaine de de Gaulle et Georges Pompidou. Le concept était une confirmation de l’idée que la France (et ses comparses comme Houphouët) entendaient maintenir la relation maître-serviteur. Sur le plan officiel, ce concept s’est ensuite transformé en chair et en os à travers une rencontre cynique régulière connue sous le nom de sommets franco-africains ou «Sommets France-Afrique». Cette fois-ci, la France a décidé d’inclure / d’inviter d’autres pays non francophones juste pour voiler leurs intentions, mais on sait qui sont leurs principales cibles. La question à se poser est: quelle est la ténacité de ces sommets? Pourquoi devrait-il y avoir en cette ère d’émancipation, de mondialisation et d’équité, un sommet des pays africains et un pays censé n’être rien de plus qu’un État égal dans le concert des nations? Il ne fait aucun doute que la France a utilisé les sommets franco-africains non seulement pour rappeler aux dirigeants africains leur nécessité de respecter et de protéger les intérêts économiques français dans leurs pays respectifs, mais aussi pour les rallier à suivre la ligne en faveur de la position de la France sur certains problèmes mondiaux clés sur la plateforme internationale.

    La France et l’Amérique ont souvent été aux prises avec des décisions internationales telles que la question des importations agricoles subventionnées ou subventionnées dans le premier monde et la guerre en Irak. En février 2003, le président français Jacques Chirac a organisé un sommet avec les dirigeants africains à Paris, pour acheter leur soutien; pendant ce temps, Paul Kagame du Rwanda a soutenu les États-Unis. La conférence était particulièrement importante puisque deux pays francophones: le Cameroun et la Guinée étaient membres non permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies et devaient voter la résolution de l’ONU sur la guerre en Irak. En échange de ce soutien, la France s’est engagée à être la mère poule, «protégeant» les exportations agricoles africaines sur le marché mondial. De tous les anciens pays coloniaux d’Afrique, pourquoi la France est-elle presque la seule force étrangère à maintenir une présence permanente et élevée sur le continent alors que les autres ont fait leurs valises et sont partis?

    La France a une forte présence militaire dans la plupart des pays africains francophones; a été impliqué dans la fomentation de plusieurs coups d’État dans ces pays; tuer plusieurs patriotes comme Félix-Roland Moumie au Cameroun; crée et / ou soutient des instabilités dans la plupart des pays où le leadership s’oppose à ses politiques comme au Burkina Faso (Thomas Sankara) et en Côte d’Ivoire (Laurent Gbagbo), au Rwanda (Paul Kagame); et beaucoup plus. La vérité demeure que tout cela ne s’arrêtera jamais tant que les dirigeants des pays africains francophones continueront d’embrasser la France et d’agir comme des États de moindre importance à l’ère de l’égalité et de l’équité. Lorsque Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir en 2007, il a promis de mettre fin à la Françafrique. Pourtant, tout le continent et le monde ont vu comment la France a soutenu l’élection d’Ali Ben Bongo (fils d’Omar BONGO) le 3 septembre 2009 La vérité demeure que tout cela ne s’arrêtera jamais tant que les dirigeants des pays africains francophones continueront d’embrasser la France et d’agir comme des États de moindre importance à l’ère de l’égalité et de l’équité.

    Lorsque Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir en 2007, il a promis de mettre fin à la Françafrique. Pourtant, tout le continent et le monde ont vu comment la France a soutenu l’élection d’Ali Ben Bongo (fils d’Omar BONGO) le 3 septembre 2009 La vérité demeure que tout cela ne s’arrêtera jamais tant que les dirigeants des pays africains francophones continueront d’embrasser la France et d’agir comme des États de moindre importance à l’ère de l’égalité et de l’équité. Lorsque Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir en 2007, il a promis de mettre fin à la Françafrique. Pourtant, tout le continent et le monde ont vu comment la France a soutenu l’élection d’Ali Ben Bongo (fils d’Omar BONGO) le 3 septembre 2009 pour continuer l’héritage du défunt dictateur. Espérons que la France ne fera pas la même chose au Cameroun après la disparition de Paul Biya, le dictateur; car il y a déjà des rumeurs selon lesquelles Frank Biya est sur le point d’être nommé ministre.

    Lors de la 25e session du sommet franco-africain qui s’est déroulée de mai à juin 2010 à Nice, en France, le président Sarkozy a réitéré la nécessité de mettre fin à 50 ans de Françafrique. Cela ne vous semble-t-il pas familier? Parmi les principaux enjeux du récent sommet, Sarkozy a promis de geler les relations diplomatiques avec les régimes qui ne respectaient pas les droits de l’homme et les élections démocratiques ainsi que la fermeture des bases militaires françaises en Afrique. Qui fera confiance à la ténacité de telles déclarations sinon un imbécile? Les affaires ou l’intérêt de la France pour l’Afrique ne sont pas encore terminés, surtout à une époque où les nations européennes sont durement frappées par la crise économique; il est juste en train de s’échauffer. C’est une telle honte de voir nos dirigeants africains se mobiliser à la vitesse de la lumière pour assister à une réunion avec un État d’égalité comme la France. Ce doit être un sommet Union européenne-Afrique, pas un sommet franco-africain.

    L’Afrique est un continent comme l’Europe et la France n’est qu’une composante. Que diriez-vous de tenir une réunion Afrique du Sud – Union européenne? Bien sûr, cela ressemble à de la folie, mais il est normal d’avoir un sommet franco-africain. Il est grand temps que les dirigeants africains s’affirment et disent «NON» à cette absurdité. C’est toute une nation qui fait honte, voyant son chef s’aligner dans une file de servitude et écoutant religieusement la France, le maître. La voie à suivre pour l’Afrique en général est de s’unir et de rechercher des solutions africaines au problème de l’Afrique. Aucun pays européen, parler moins de la France n’aura jamais une intention ou un agenda économique totalement authentique pour le développement du continent. La France ne peut garantir notre survie économique sur le marché mondial plus que les Africains. S’ils se battent pour que l’Afrique gagne une chose, ils en gagnent deux en arrière-plan. L’unité de l’Afrique est la seule solution.

    L’Afrique doit s’unir et rechercher un programme économique commun pour ses ressources naturelles; déterminer ses prix sur le marché mondial et dicter ses conditions au reste du monde. Les effets du changement climatique et de la crise économique poussent plus que jamais les pays occidentaux à s’appuyer sur l’Afrique. Les dirigeants saisissent-ils cette occasion décisive pour retrouver leur place légitime ou continueront-ils à agir comme des imbéciles éduqués et à se câliner avec la médiocrité? Un leader ne peut pas se lever et survivre seul. Cela doit être un effort uni. Dirigeants africains, Obama a brisé le mythe de la discrimination raciale aux États-Unis, vous aussi pouvez briser le mythe du néocolonialisme.

    LEVEZ-VOUS ENSEMBLE et soyez le changement que le continent espère voir. Permettez-moi de terminer en disant: “Quand le gouvernement craint le peuple, il y a la liberté. Quand le peuple craint le gouvernement, il y a la tyrannie” et l’esclavage sans fin. vous aussi, vous pouvez briser le mythe du néocolonialisme.

    LEVEZ-VOUS ENSEMBLE et soyez le changement que le continent s’attend à voir. Permettez-moi de terminer en disant: “Quand le gouvernement craint le peuple, il y a la liberté. Quand le peuple craint le gouvernement, il y a la tyrannie” et l’esclavage sans fin. vous aussi, vous pouvez briser le mythe du néocolonialisme.

    LEVEZ-VOUS ENSEMBLE et soyez le changement que le continent s’attend à voir. Permettez-moi de terminer en disant: “Quand le gouvernement craint le peuple, il y a la liberté. Quand le peuple craint le gouvernement, il y a la tyrannie” et l’esclavage sans fin. 

    Source : ASSOPED

    Tags : #Françafrique #Afrique #France

  • Comment l’Afrique perçoit la France, d’après le Quai d’Orsay

    Un rapport du Quai d’Orsay – révélé par Le Monde – fondé sur une synthèse des télégrammes de 42 ambassadeurs français en Afrique souligne l’inconfort de la position française en Afrique. Aussi dur de sortir de la « Françafrique » que de s’y cramponner.

    Par Said Djaafer, Alger

    C’est un rapport commandé par le Quai d’Orsay après le discours controversé du président Nicolas Sarkozy à Dakar, en juillet 2007, dans lequel il convoquait un lexique et des référents surannés pour dresser le portrait d’une Afrique, hors de l’histoire, enfermée dans « l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles ». La conclusion du rapport est simple : la France perd pied en Afrique, son image se dégrade fortement et « oscille entre attirance et répulsion (…) au gré du soutien politique, ou des interventions, militaires notamment ». Le soutien à des chefs d’Etats africains inamovibles et la présence de bases militaires françaises accrédite, chez les Africains, l’image d’une France agissant pour des « gouvernements iniques et pour des causes opaques ». Prenant acte de l’émergence de nouveaux acteurs en Afrique (Chine, Inde, Brésil, Etats-Unis…), le rapport note que la « France n’est plus la référence unique ni même primordiale en Afrique ».

    L’idée d’une France vorace persiste


    Paris a tenté ces derniers mois de rattraper les effets du discours de Dakar. Très inspiré des vieilles thèses ethnocentristes de Hegel sur l’Afrique, il avait suscité la surprise indignée des élites africaines. Quelques mois plus tard, en février, au Cap, le président français entamait une correction de tir en annonçant une renégociation des accords de défense en vigueur entre la France et certains Etats africains et, surtout, en présentant les rapports « équilibrés, transparents et décomplexés » avec l’Afrique du Sud comme un modèle devant inspirer « la relation nouvelle entre la France et l’Afrique ». Depuis, il y a eu ce qu’un diplomate français appelle les « dégâts durables » infligés à l’image de la France par l’affaire de l’Arche de Zoé, association qui avait tenté de faire sortir illégalement du Tchad des enfants présentés comme des réfugiés du Darfour. Du coté des Africains, des jeunes notamment, le rapport montre que l’idée d’une France vorace qui pille les ressources naturelles reste prégnante alors que, selon les diplomates, les principaux intérêts économiques français se trouvent en Afrique anglophone. Ce déplacement des intérêts français vers l’Afrique anglophone est ainsi expliqué par les chiffres : la moitié des échanges français avec le continent se fait avec l’Afrique du Sud et le Nigeria et, plus globalement, l’Afrique subsaharienne n’entre plus que pour 0,5% du commerce extérieur de la France contre 40% en 1957.

    Les idéalistes sont réalistes


    Que dire de ces chiffres quand on les croise avec le « désamour » des africains, francophones principalement, avec la France ? Que l’entretien de la Françafrique n’a aucune justification économique, alors qu’elle est la source d’une forte nuisance pour l’image de la France. Il est vrai que l’économie officielle est une chose et que les bénéfices des réseaux en sont une autre. Il est également vrai que la diplomatie française bénéficie d’un apport de voix « automatiques » très utile lors des débats onusiens. Mais ces justifications ont clairement perdu de leur pertinence, depuis la chute du mur de Berlin. Du coup, les « idéalistes » qui, en France, appellent à la rupture et à l’enterrement de la Françafrique pourraient faire valoir des arguments très réalistes pour défendre l’option du changement. Ils peuvent faire valoir, par exemple, qu’il est beaucoup moins risqué de fâcher le Gabon que de déplaire à la Chine.

    Source : ALLIANCE pour la DEMOCRATIE et le PROGRES, 10 mai 2008

    Tags : France, Afrique, françafrique, colonisation, spoliation, pillage, bases militaires,

  • Ephémérides : Le jour où le Maroc a livré á la France les leaders du FLN

    Quand les français signaient le premier acte de piratage aérien

    En 1965, le Maroc a livré au Mossad les enregistrements des débats de la Ligue Arabe sur la possibilité d’une attaque contre Israël. Ce n’était pas la première trahison du roi Hassan II aux arabes. Neuf ans auparavant, il livrait à la France l’avion qui transportait les principaux leaders du FLN.

    Cela est arrivé le 22 octobre 1956, à un moment où les pays maghrébins qui étaient indépendants se faisaient du souci en raison de la prolongation de la violence française contre le peuple algérien.

    Ce jour-là, un avion marocain a été mis à disposition de la délegation de responsables algériens pour regagner la Tunisie en vue de participer à une réunion maghrébine à Tunis. Il y avait à bord aussi deux journalistes françaises pour couvrir l’événement. Autour de l’avion rôdaient des éléments des services secrets français venus de l’ambassade de France à Rabat.

    L’équipage est français et le commandant Gaston Grellier reçoit ses instructions en vol. À bord, l’hôtesse Claudine Lambert tente de ne pas éveiller les soupçons des passagers qui sont armés, il s’agit de cinq chefs historiques du FLN, Ahmed Ben Bella, Mohamed Khider, Mostefa Lacheraf, Hocine Aït Ahmed et Mohamed Boudiaf. Une fois l’avion posé, les troupes françaises donnent l’assaut et interpellent Ben Bella et ses compagnons.
    Aprés un retard inexplicable, l’avion fait une escale inattendue aux Iles Baléares. La décision a été prise par le pilote français engagé par l’Etat marocain en vue de réfléchir sur les ordres qu’il vient de recevoir de Paris et qui lui pressaient de changer de cap vers Alger. Il a fini par obéïr en faisant attérrir l’avion à l’aéroport d’Alger. Une fois sur terre, l’équipage complice quitta l’appareil après avoir étteint les lumières intérieures. Aussitôt, un contingent équivalent à l’effectif d’un bataillon prend l’avion royal marocain en assault.

    Dans un ton triomphaliste, les militaires français criaient : « La guerre est finie ! », « Nous avons gagné ! ». L’évidente ambiance de lynchage visant à intimider les passagers algériens a été soudainement interrompue par Aït Ahmed : « Fusillez-nous et finissons-en ! », a-t-il dit.

    Plus tard dans la nuit, les ôtages sont conduits au siège de la DST à Alger où ont débuté les interrogatoires. La réaction des moudjahidines algériens était unanime : « Ce n’est pas l’arrestation de quelques dirigeants ou responsables qui mettra fin à un mouvement d’envergure issu des profondeurs du peuple ». Leurs interlocuteurs cachaient à peine leur arrogance et conviction que l’Algérie restera française jusqu’à la fin des temps.

    Dans les montagnes, villes et villages, le combat faisait rage. Rien nse semble arrêter la guerre de libération malgré les tonnes de tracts déversés par l’aviation militaire proclamant une victoire présumée suite au kidnapping des dirigeants du FLN dont l’arrestation a conduit à des violentes représailles contre les ressortissants français.

    En vue de les garder en vie, le gouvernement français décide de les faire transférer en France dans un avion menottés et interdits d’aller au toilettes si ce n’est accompagné d’un gendarme. Sur le sol parisien, des marchands les accueillaient dans la rue avec des slogans harneux. Ils étaient excités par les circonstances de l’opération de piratage.

    L’euphorie provoquée par cet acte a vite été déchantée par les protestations des militants anti-colonialistes des partis de gauche. Protestations qui étaient accompagnées par les nombreu succès de la résistance. La réponse coloniale était la répression, la torture, la liquidation physique des militants algériens.

    Entre le congrès de la Soummam en 1956 et la perspective très proche de la constitution du GPRA (gouvernement provisoire de la République algérienne) à Tunis, la lutte en Algérie avait beaucoup progressé malgré les massacres, les tortures, les emprisonnements en masse qui avaient marqué la criminelle répression de la Bataille d’Alger.

    Dans les derniers mois de l’année 1958, De Gaulle transféra ses prisonniers dans une sorte de lieu de résidence pénitentiaire hautement surveillée pour empêcher leur lynchage. C’est à Fort Liédot, à l’autre bout de la petite Ile-d’Aix (département de Charente-Maritime) en plein océan Atlantique, qu’ils ont été conduis.

    Pour Ben Bella, le fait que la présence de l’armée française dans au Maroc permettait de surveiller les faits et gestes des révolutionnaires algériens à la loupe constituait un acte de trahison de la part du roi Mohammed V. Selon Hassanine Haykel, journaliste et conseiller du président égyptien Nasser, Hassan II était derrière cette trahison

    Cet acte de la piraterie aérien relève surtout de la faiblesse de la IVème République (1946-1958). En effet, dès le début de l’année 1956, les militaires français deviennent les véritables décideurs. Ce sont ces mêmes militaires qui décideront, deux ans plus tard, d’achever cette République pour en faire une autre plus dure. Il faudra alors tout le génie du général de Gaulle pour que le pouvoir revienne aux civils.

    Tags : Algérie, Maroc, détournement avion FLN, piratage aérien, France, guerre de libération, colonisation, De Gaulle, OAS,

  • Qu’est-ce qui fait la différence entre pays francophones et anglophones en Afrique?

    Etant donné que le putsch militaire visant à prendre le pouvoir semble être décrié en Afrique, la Françafrique continuera d’user de la fraude électorale en vue d’installer ou maintenir ses marionnettes sur le trône. C’est pourquoi l’inestimable et génial Coluche indiqua pour l’éternité : “Si votait changeait quelque chose, il y a longtemps que à serait interdit”. Qui a la capacité d’affirmer le contraire?

    L’inconscience étendue, la lâcheté active, l’antipatriotisme et l’adiaphorie sont les fondements permettant à la France de ne jamais permettre à ses sous-états bananiers d’Afrique à jouir véritablement de la liberté, de la justice ainsi que de la prospérité.

    Il est illusoire de de percevoir un autre horizons que celui bâti sur la terreur d’Etat, le mensonge et les crimes sans punition. Pour l’immense majorité des naïfs, le bilan global plus que catastrophique depuis 1960 suffirait-il à les faire prendre conscience du moins?

    Durant cette intemporalité, la question majeure subsistera : Pour quelle raison précise aucun protectorat françafricain sombrant sous la régence de l’hideux colonialisme français n’ait avancé à l’instar des nations anglophones et autres de la planète?

    Le jour lointain où nous arriverons à connaître la réponse exacte, un autre chemin sera possible

    Ali Muhammad Diallo, Tchad
    Twitter

    Tags : Afrique, Françafrique, France, colonialisme, colonisation, spoliation, pillage, corruption,

  • Algérie : Des rapports complexes avec la France

    par Daniel Junqua

    l est de tradition de présenter les relations franco-algériennes depuis l’indépendance comme marquées du sceau de la difficulté, de l’incompréhension, de la méfiance. Comment en effet ne pas évoquer les crises — du vin en 1967-1968, du pétrole en 1970-1971, de l’émigration ensuite — qui jalonnèrent ces rapports que des divergences en politique étrangère ont encore aigris à partir de 1975 ? La France giscardienne intervenait alors activement en Afrique pour aider ses amis et clients « conservateurs » alors que l’Algérie de Boumediène aspirait à être le chef de file du camp progressiste. Alger parlait volontiers des « occasions manquées » par une France, figée dans un esprit de domination hérité du passé, qui n’avait pas su établir une « coopération exemplaire » et agir en commun avec l’Algérie dans l’arène internationale contre le tête-à-tête des deux superpuissances.

    La visite à Alger en avril 1975 de M. Giscard d’Estaing, premier chef d’État français à se rendre en Algérie en voyage officiel depuis l’indépendance, avait suscité des espoirs à la mesure des désenchantements qui suivirent, lorsque Paris prit le parti de Rabat dans le conflit du Sahara occidental. Cette nouvelle crise atteignit son paroxysme lorsque les Jaguar attaquèrent les maquisards du Polisario, lesquels, il est vrai, avaient enlevé plusieurs techniciens français travaillant en Mauritanie ; leur libération à la Noël 1977, après plusieurs mois de détention, fit retomber la tension, mais une fois de plus se vérifiait la formule de Boumediène : « Les relations entre la France et l’Algérie peuvent être bonnes ou mauvaises, elles ne peuvent être banales. »

    M. Claude Cheysson, ministre des relations extérieures, entrait dans cette logique lorsqu’en août 1981, venu préparer une visite de M. Mitterrand, il parlait à Alger d’un « coup de passion » entre les deux pays. Passionnées, certes, les relations franco-algériennes l’ont été tout au long de ces vingt dernières années. Elles n’ont même été que cela. Pouvait-il en être autrement ? Y a-t-il eu dans le monde — Vietnam mis à part — décolonisation plus complexe et plus traumatisante ?

    En France, la droite n’a toujours pas vraiment accepté ce qui lui apparaît encore comme une défaite, un renoncement, une amputation. Les « pieds-noirs » entretiennent le souvenir d’une Algérie qui était trop exclusivement la leur. La gauche, communistes inclus en dépit de leurs efforts pour récrire l’histoire et en supprimer des passages gênants, tel le vote en 1956 des pouvoirs spéciaux à Guy Mollet, reste culpabilisée. Le P.S. lui-même, bien qu’il compte dans ses rangs nombre de militants de la lutte anticoloniale venus de l’UNEF, du P.S.U. ou de la C.F.T.C., ne peut totalement ignorer l’héritage de la S.F.I.O., de l’envoi du contingent en Algérie à l’expédition de Suez en 1956. C’est aussi dans les rangs de cette gauche que l’Algérie a trouvé des « compagnons de route » romantiques ou honteux qui ont contribué à former l’image d’une révolution algérienne mythique, pure et dure, bâtissant à marches forcées un paradis socialiste.

    Les gaullistes ont contribué à l’entreprise : sans doute ont-ils eu le courage d’avoir mené à son terme la décolonisation, mais ils ne peuvent ignorer qu’elle s’est achevée dans un bain de sang et au prix d’équivoques peu glorieuses. Ils avaient rêvé d’une Algérie indépendante étroitement liée à la France par la coopération et où subsisterait une importante minorité française. Or les accords d’Évian (18 mars 1962) ont été vidés de leur contenu par l’exode massif des Européens au printemps et à l’été 1962, exode que les éléments « durs » du F.L.N. n’ont rien fait pour freiner, bien au contraire.

    Des plaies à vif

    La guerre d’Algérie, pour toutes les familles politiques françaises, constitue une des pages les plus noires de leur histoire contemporaine, page d’autant plus douloureuse qu’elle a été marquée du sceau infamant de la torture. Que les plaies soient encore à vif au bout de deux décennies, il n’est pas permis d’en douter. En témoignent les polémiques suscitées par les récentes mesures gouvernementales d’amnistie pour les faits liés à la guerre. En témoignent encore les débats suscités par le film de Pierre Schoendorfer l’Honneur d’un capitaine, qui raconte l’histoire d’un officier qualifié publiquement de tortionnaire vingt ans après sa mort sur la ligne Morice, à la frontière tunisienne, et dont la veuve veut laver la mémoire. (Lire l’article de Christian Zimmer.)

    En témoigne aussi la tempête soulevée par l’initiative d’un ministre socialiste proposant innocemment d’ériger au rang de date de « recueillement national » l’anniversaire du 19 mars 1962, qui vit l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en Algérie. Comment d’ailleurs oublier ce que furent les « départements français d’Algérie » alors que les séquelles en sont encore présentes au cœur même de la société française ? Si les rapatriés sont intégrés, économiquement et socialement sinon psychologiquement, il n’en est pas de même des harkis, ces supplétifs « coupables » d’avoir « choisi » la France, moisissant aux marches de la société française et dont les fils rejoignent dans une même frustration et une identique révolte les émigrés de la « seconde génération », ballottés, eux aussi, entre deux cultures et rejetés des deux côtés de la Méditerranée.

    L’Algérie reste donc un problème intérieur français, vivace et douloureux. Elle va jusqu’à constituer un thème décisif dans certaines élections locales. C’est une liste « Algérie française » qui, en juin 1978, a chassé les socialistes de la mairie d’Aix-en-Provence. Les rapatriés constituent toujours un enjeu, et leurs voix sont sollicitées dans toutes les consultations. Déçus par M. Giscard d’Estaing, hostiles par tradition aux gaullistes « qui les ont trompés », ils n’ont sans doute pas été tout à fait étrangers à la victoire socialiste du 10 mai 1981.

    En va-t-il différemment de l’autre côté de la Méditerranée ? Les relations avec la France jouent un rôle majeur dans le débat interne, même si l’opacité d’un régime qui ne tolère pas d’expression autre qu’officielle ne permet pas de cerner exactement l’importance du phénomène. Le pouvoir se réclame plus que jamais aujourd’hui de l’ « héritage de novembre » (du 1er novembre 1954) et célèbre d’autant plus les vertus des moudjahidin que ceux-ci végètent souvent dans d’humbles emplois administratifs lorsqu’ils n’ont pas choisi, comme nombre d’anciens dirigeants de la fédération de France du F.L.N., de vivre dans l’ancienne métropole. La presse exalte périodiquement les exploits des combattants, justifiant du même coup le rôle dominant joué par l’armée dans la vie politique depuis l’indépendance. Le régime fonde de plus en plus sa légitimité sur le combat libérateur. Les Français sont-ils les mieux placés pour s’en étonner ou s’en scandaliser, la référence à la résistance contre l’occupation allemande constituant encore une donnée politique essentielle et la collaboration avec les nazis une tache infamante ? Paradoxalement, les adversaires les plus résolus d’hier sont ceux qui ont aujourd’hui à l’égard de la France la plus grande marge de manœuvre. Les responsables qui, au contraire, n’ont rejoint que tardivement le F.L.N. n’hésitent pas toujours à recourir à la surenchère nationaliste pour se faire pardonner leurs tiédeurs passées.

    De façon générale, les dirigeants algériens se sont abstenus — et cela mérite d’être souligné — de cultiver démagogiquement la haine et d’entretenir ou de susciter les rancœurs. « Certes, nous disait l’un d’entre eux, il faut que les jeunes générations sachent de quel prix a été payée l’indépendance nationale, non pas pour entretenir un stérile esprit de vengeance, mais pour se montrer dignes des aînés et consentir les sacrifices nécessaires pour donner à cette indépendance un contenu économique, social et culturel. »

    La presse algérienne n’exploite pas les macabres découvertes faites en différents points du territoire dans d’anciens camps de détention ou des centres d’interrogatoire de l’armée française. Récemment encore, en janvier 1982, la mise au jour d’un immense charnier à Khenchela, dans l’est du pays, sur les contreforts des Aurès, a été rapportée par El Moudjahid en termes sobres, sans insistance. Mais les responsables algériens n’ont pas été mécontents de l’écho donné à cette affaire en France par une enquête de Libération qui a suscité de vives controverses et a révélé aux jeunes Français un aspect soigneusement occulté de la guerre d’Algérie.

    L’accueil de la population aux Français, coopérants, techniciens des sociétés privées, rares touristes, est empreint de dignité et souvent même de chaleur, surtout chez les plus de trente ans. Le ton change avec les jeunes qui n’ont pas connu la guerre et ont de la colonisation une vision manichéenne. Ils ne peuvent imaginer la complexité de la société coloniale et l’ambiguïté des rapports qui existaient entre colonisateurs et colonisés dans un système caractérisé par la présence d’une forte population européenne — modèle et repoussoir à la fois — et par une volonté d’intégration et donc une politique d’acculturation des « indigènes » qui, par son ampleur, n’a sans doute pas eu d’équivalent ailleurs.

    Bilinguisme de fait

    Dans la société algérienne elle-même, les attitudes face à la France, pour n’être pas mesurables — faute de pouvoir se manifester publiquement — n’en sont sans doute pas moins très diverses. Il est impossible d’évaluer le rôle et la place des familles qui s’étaient jadis « compromises » avec le colonisateur et ont été écartées du pouvoir politique. De même, il est difficile de cerner l’importance et l’influence de courants ou de sensibilités incarnés dans le passé par des hommes comme Messali Hadj ou Ferhat Abbas. Il est douteux cependant qu’ils aient un impact sur une jeunesse « désinformée » par quinze ans de boumediénisme. L’ancien chef de l’Etat ne tolérait qu’une histoire du nationalisme algérien expurgée et ne faisait pas mystère de son aversion pour la notion de « chefs historiques », sans doute, disent ses adversaires, parce qu’il n’en faisait pas partie. Ces jeunes, en revanche, peuvent être sensibles aux discours des intellectuels arabes tournés vers le Proche-Orient. Ils militent pour un « retour » à une « authenticité » et à une « identité » arabes, vivement contestées d’ailleurs par les berbérophones, tout en affichant, leur hostilité à la langue et à la culture françaises.

    Le français garde, pourtant, de très fortes positions malgré la politique d’arabisation officiellement proclamée. Il a fallu attendre, il est vrai, la mise en place d’une nouvelle équipe sous la houlette du président Chadli Bendjedid pour que se manifeste concrètement la volonté d’appliquer la partie de la Charte nationale de 1976, qui fait de l’arabisation l’axe de la révolution culturelle. Mais, en raison des tensions qui se sont manifestées dans la rue en 1980 par une double agitation des étudiants arabisants et des Kabyles berbérophones et francisants, les autorités n’avancent que pas à pas, avec une grande prudence.

    L’objectif poursuivi est d’instaurer un bilinguisme de fait. Il est loin d’être atteint, le français restant très largement dominant dans les circuits économiques, la plupart des administrations, à l’Université et dans les moyens d’information. « Nous avons plus fait pour répandre la langue française que la colonisation en cent trente ans », nous disait, non sans raison, un responsable de l’éducation nationale. Le français est enseigné partout — grâce à la politique de scolarisation — à raison de deux heures par jour au moins dès la quatrième année de scolarité lorsque commence, à l’âge de dix ans, le second cycle de l’école fondamentale (1). Il constitue la langue de travail des universités et des instituts scientifiques et technologiques où se trouvent la majeure partie des étudiants. Le principal quotidien du pays, El Moudjahid, rédigé en français, tire à plus de 300 000 exemplaires, soit près du double des trois quotidiens en arabe.

    L’hebdomadaire Algérie-Actualités, réalisé par une équipe jeune et dynamique, vend chaque semaine quelque 100 000 numéros. La télévision, en revanche, est largement arabisée, et le bulletin d’information du soir, le plus important, car largement écouté sur tout le territoire, est présenté en arabe. Mais une station de radio, la chaîne 3, dite « internationale », fait la part du lion au français, les émissions en espagnol et en anglais n’occupant qu’un court créneau d’une heure chaque soir. Les ministères de la justice et de l’intérieur mis à part, l’emploi du français est largement répandu dans les administrations. Il suffit pour s’en convaincre de lire les circulaires internes affichées sur les panneaux placés dans les halls d’entrée. Enfin, nombreux sont les Algériens qui écoutent Radio-Monte-Carlo ou France-Inter. Sur le littoral, les gens aisés se procurent, en général par l’intermédiaire d’émigrés, un téléviseur bistandard et une antenne spéciale permettant de capter TF 1 et Antenne 2 (2).

    Cette pratique du français explique pour une très large part la familiarité des relations bilatérales telles qu’elles sont vécues au niveau populaire. Pour nombre d’Algériens des classes moyennes, la France constitue un prolongement naturel de leur pays : ils en connaissent les produits et rêvent devant les publicités dans les hebdomadaires féminins français des derniers gadgets ménagers. La communauté émigrée en France, forte de près de 1 million de personnes, sert de relais, de point d’appui, de base d’accueil. Tel jeune fonctionnaire, par ailleurs très nationaliste et partisan des options du régime, passe chaque année ses vacances à Quimper. Depuis plusieurs années, le gouvernement n’importe plus de voitures françaises, préférant conclure des contrats avec le Brésil, les pays de l’Est et, plus récemment, le Japon. Mais les Renault et les Peugeot ramenées et vendues par les émigrés n’en restent pas moins très prisées : elles constituent encore l’essentiel du parc automobile algérien (3). On pourrait multiplier les exemples de ce type. Toutes ces importations invisibles ne sont pas prises en compte par la balance commerciale officielle, mais représentent des montants très élevés, que l’on pouvait chiffrer, en 1980, à quelque 4 ou 5 milliards de francs.

    Un double sentiment d’attraction-répulsion

    Dans le domaine de la santé, la Sécurité sociale algérienne n’accepte, en principe, de prendre en charge les frais entraînés par une hospitalisation en France que pour des cas ne pouvant être traités en Algérie, faute de spécialistes ou de moyens. En fait, les dérogations se multiplient, le citoyen algérien ne manifestant qu’une confiance limitée au système hospitalier national, pourtant entièrement gratuit. Il en résulte des charges financières lourdes pour l’Etat, elles-mêmes génératrices de contentieux.

    La proximité géographique, les liens créés par l’histoire — les familles comptant des membres ayant opté à l’indépendance pour la nationalité française sont plus nombreuses qu’on ne le pense, — la densité des relations économiques, conduisent à une situation qui n’a sans doute pas d’équivalent dans le monde. Les nouvelles générations, particulièrement, éprouvent une double réaction d’attraction-répulsion mêlées. Lors du congrès de l’Union nationale de la jeunesse algérienne (UNJA), en janvier 1979, un orateur exprimait à sa façon ce sentiment en se prononçant contre l’octroi de bourses en France à des étudiants. « Ils sont victimes du racisme, disait-il, doivent subir de perpétuelles vexations et brimades », et il dressait un sombre tableau des conditions de vie en France avant de conclure : « De surcroît, cet investissement n’est pas rentable, car nombre de ces étudiants, une fois leur diplôme acquis, ne reviennent pas au pays. » A trop vouloir prouver !

    Certains dirigeants rêvent de trancher dans le vif, de baisser un « rideau de fer » qui isolerait enfin leur pays et donnerait toutes ses chances à la politique d’arabisation afin de préserver et de développer l’”héritage arabo-islamique”.

    Mais l’Algérie n’est pas la Chine ou l’U.R.S.S. Et comment traiter la France en pays étranger au même titre que les autres alors qu’existe une telle osmose, que des romanciers algériens — et non des moindres — comme Mouloud Mammeri, leur doyen, Rachid Boudjedra, Rachid Mimouni, des historiens comme Mohamed Harbi et même un ancien président du G.P.R.A. comme Ferhat Abbas éditent leurs œuvres à Paris ; que des hommes d’affaires par centaines investissent en France, achetant des boutiques, des stations-service, des agences de voyages ; et qu’existe désormais dans l’ancienne métropole une communauté algérienne profondément enracinée pour qui la réinsertion outre-Méditerranée ne relève plus que du mythe pieusement entretenu par les aînés ? “S’agissant des familles, explique le sociologue algérien Ahsène Zehraoui, les parents disent : « Nous attendons, pour rentrer, la fin des études des enfants », et ces derniers répondent : “Nous verrons quand les parents seront à la retraite. Et il conclut : « La présence de cette communauté interroge la société française sur ses capacités à être pluriethnique et pluriculturelle, à vivre et à accepter les différences. »

    Les relations entre les deux pays vont sans doute évoluer d’ici à la fin du siècle vers une plus grande complexité et poser de part et d’autre de redoutables problèmes humains et culturels. Deux facteurs surtout vont y contribuer. L’évolution des techniques de communication et leur développement conduisent à la mise en place, en principe à partir de 1985, de satellites au-dessus de la Méditerranée. Ils vont permettre la diffusion sur les côtes d’Afrique du Nord de programmes télévisés français qui atteindront ainsi toutes les couches de la population avec toutes les incidences que cela suppose. En revanche, le poids de la démographie algérienne — la population du pays devrait atteindre au minimum trente-cinq millions dans vingt ans — va inévitablement se faire sentir sur une France en proie à la dénatalité, et que tout prédispose à être une terre d’accueil préférentielle.

    Telle est la toile de fond permanente des relations algéro-françaises. Ignorer ces réalités ne peut conduire qu’à des impasses. L’Algérie le sait, qui est toujours restée prudente dans ses rapports avec Paris, défendant avec pugnacité ses intérêts, tentant constamment d’obtenir le maximum de concessions sans jamais pousser les différends trop loin. Le poids de la France est trop grand dans la société algérienne pour qu’une rupture soit possible, si souhaitée soit-elle par certains. Mais tous sont animés par le souci constant de limiter autant que faire se peut une influence gênante : modèle culturel pour beaucoup, la France peut être aussi un modèle politique (4).

    A Paris, M. Giscard d’Estaing, après avoir adopté une ligne d’action « dure », contrant l’Algérie au Sahara occidental et tentant d’obtenir le départ des travailleurs immigrés, avait assoupli son attitude après l’effondrement, en juillet 1978, du régime de M. Ould Daddah en Mauritanie et la mort de Boumediène en décembre de la même année. L’arrivée au pouvoir d’un nouvel interlocuteur, M. Chadli Bendjedid, facilitait la reprise du dialogue souhaitée de part et d’autre. Le souci du nouveau chef de l’Etat, désireux de sortir son pays d’un certain isolement, en pratiquant une politique de « bon voisinage actif », ne pouvait exclure la France.

    Un échange de visites — M. Jean François-Poncet, ministre des affaires étrangères, à Alger en juin 1979, et M. Benyahia, à Paris en janvier 1980 — permit d’enclencher une négociation marathon pour normaliser les relations et liquider les contentieux qui s’étaient accumulés dans tous les domaines. Rude tâche, menée inlassablement dans le secret durant quinze mois par une petite équipe (5) décidée à conclure. Ces discussions aboutissaient, en septembre 1980, lors d’un déplacement à Alger de M. François-Poncet, à la signature d’une série d’accords. Du côté français, on renonçait à obtenir un départ massif des travailleurs émigrés, alors que M. Stoléru voulait programmer trente-cinq mille retours par an. Les deux cent quatre-vingt mille ressortissants algériens installés en France avant le 1er juillet 1962 se voyaient reconnaître un statut « privilégié » ; leur certificat de résidence étant automatiquement prolongé pour dix ans, conformément aux dispositions de l’accord sur la main-d’œuvre de 1968. Les autres, quatre cent mille environ, obtenaient un sursis de trois ans et trois mois qui arrivera à expiration le 31 décembre 1983. La France s’engageait à ne prendre que des mesures « incitatrices » au retour et à déployer un effort exceptionnel en matière de formation professionnelle. D’autres textes permettaient de liquider de vieux contentieux en matière financière et de Sécurité sociale. Au-delà de ces dispositions, on se félicitait de part et d’autre de la sincérité et de la qualité des discussions.

    Un élan nouveau

    L’arrivée au pouvoir de la gauche en mai 1981 a donné un élan nouveau à cette évolution et elle a surtout permis, ainsi que le souhaitait M. Mitterrand, de créer un climat de confiance, de dissiper les suspicions anciennes. Les mesures immédiatement prises par M. Defferre, ministre de l’intérieur et de la décentralisation, pour stopper toute expulsion de jeunes Algériens nés en France ou y résidant depuis plus de dix ans, fussent-ils délinquants, les déclarations officielles reconnaissant l’importance de la contribution apportée par l’immigration au développement économique français, la régularisation de la situation des clandestins, dont quinze mille Algériens ont bénéficié, tout cela a fait à Alger la meilleure impression. Ont été appréciées également les options « tiers-mondistes » du nouveau chef de l’Etat et son désir de relancer le dialogue Nord-Sud par une négociation globale aux Nations unies.

    Le voyage à Alger de M. Mitterrand en novembre 1981, suivi deux mois plus tard d’un accord sur le prix du gaz naturel donnant satisfaction aux thèses algériennes, a concrétisé de façon décisive la volonté de Paris d’entretenir avec l’Algérie des relations de qualité fondées sur l’amitié dans le respect des options réciproques et la prise en considération des préoccupations de chacun. Sur le plan extérieur, les efforts déployés par le président Chadli Benjedid pour prendre une certaine distance à l’égard de l’U.R.S.S. et revenir à un non-alignement rigoureux sont suivis avec sympathie par Paris, où l’on se dit prêt à faciliter cette évolution. A l’inverse, la réelle neutralité française dans l’affaire du Sahara occidental comme les efforts déployés par M. Mitterrand pour aider à une solution du problème palestinien font l’objet à Alger de jugements positifs.

    Le climat est donc meilleur qu’il n’aura jamais été. Les visites ministérielles se succèdent de part et d’autre. Mais… mais le problème délicat de la nationalité des jeunes Algériens nés en France après l’indépendance n’est toujours pas résolu, l’Algérie refusant la notion de double nationalité. Les jeunes sont donc condamnés soit à faire un choix douloureux, et souvent impossible à leur âge, soit à effectuer un double service militaire tant que les discussions en cours n’auront pas abouti. Mais… les dispositions prises pour les immigrés prennent fin dans un an sans que les principales données du dossier aient évolué, la situation de l’emploi restant en France préoccupante : quatre mille huit cents travailleurs seulement ont bénéficié des dispositions « incitatrices » de l’”aide au retour”, et la formation professionnelle a encore moins de succès.

    La police algérienne filtre elle-même les voyageurs partant en France (6) pour détecter les « faux touristes », chômeurs espérant y trouver du travail, et il faut désormais en Algérie justifier d’un emploi pour obtenir un passeport. Cela n’empêche pas le nombre des « refoulements » opérés dans les aéroports français d’augmenter dans des proportions considérables. Le dispositif mis en place est par ailleurs inefficace contre la fuite des « cerveaux », intellectuels ou cadres qui décident de s’expatrier sacrifiant pour des raisons culturelles et politiques une situation confortable pour repartir de zéro.

    Le réchauffement des relations n’a pas permis non plus, en dépit des engagements pris sur ce point par l’Algérie, de régler les problèmes de la petite communauté « pied-noir » restée en Algérie après l’indépendance et dont les effectifs, composés pour l’essentiel de personnes âgées, fondent un peu plus chaque année. Ils ne sont plus que trois mille cinq cents et ne peuvent toujours pas, en pratique, vendre leurs biens, appartements, villas ou commerces pour rentrer finir leurs jours en France. Les conditions de vie et de travail des coopérants français, enfin, se sont largement détériorées au fil des années et leur nombre va diminuant sans cesse.

    On retrouve là, au-delà des déclarations optimistes des dirigeants, la réalité prosaïque et quotidienne des relations franco-algériennes vouées pour très longtemps encore à l’ambiguïté et à la difficulté, des relations telles que peuvent en entretenir des couples séparés après une longue vie commune et qui n’en finiraient pas de régler les problèmes nés de leur divorce, éprouvant entre des crises d’exaspération, et parfois de colère, de subits accès de tendresse et d’émotion.

    Daniel Junqua

    Journaliste, auteur de « La Presse écrite », CFPJ-Editions, Paris, 1995

    Source : Le monde diplomatique, novembre 1982

    Tags : Algérie, France, colonisation, mémoire, guerre de libération, FLN,

  • Algérie : Le souvenir du massacre du 17 octobre 1961 hante le pays

    17 octobre 1961-2020 : Honneur à celles et ceux qui sont tombés pour la Justice et la Liberté !

    Le 17 octobre 1961, après la décision du préfet de Paris Maurice Papon d’établir un couvre-feu discriminatoire contre les ressortissants algériens (enfants, femmes, hommes), le Front de Libération Nationale décide d’appeler à une manifestation pacifique de protestation. Bien entendu cette manifestation est interdite.

    De nombreux travailleurs algériens et leurs familles vivent à cette époque dans des bidonvilles, dans une misère indescriptible, avec seulement quelques points d’eau. Les hivers sont très froids à cette époque, le sol est gelé, et seuls des chauffages rudimentaires permettent de faire cuire la nourriture, se laver. L’éclairage est fait de bric et de broc.

    Le bidonville le plus peuplé est celui de Nanterre. C’est de là que vont partir des milliers d’algériens en cortège vers le centre de Paris où doit se dérouler la manifestation. Le chemin est long.

    Le courage et la détermination des manifestations malgré la fatigue de la journée de travail exercé dans des métiers pénibles et dangereux comme la chaîne à l’usine, le bâtiment, le nettoyage, etc.

    Arrivé à hauteur du Pont de Neuilly, un immense barrage de police est déployé. Il bloque la manifestation et attaque le cortège pacifique avec une violence incroyable. Les manifestants sont frappés à coups de crosse de fusil, tirés à vue, frappés à coups de matraque, et pour finir, nombre d’entre eux, ensanglantés, morts, évanouis, sont jetés par-dessus le pont de la Seine où ils se noient dans l’eau glacée.

    Les autres manifestants ou ceux partis d’autres endroits sont raflés par milliers le jour même et les jours suivants, matraqués, jetés comme des chiens dans les paniers à salade. Sur le pont St Michel, les manifestants sont encerclés et tabassés, jetés dans la Seine. Au cinéma Rex où est prévu le regroupement pour démarrer la manifestation, la police tire sur la foule. C’est la grande rafle, comme celle menée par la police parisienne de nuit contre les juifs qui furent concentrés au Vél’d’Hiv puis remisés à Beaune la Rolande en attendant leur départ parqués pire que des bêtes dans des wagons à bestiaux scellés, jusque dans les camps de la mort, où ils seront exterminés. A cette époque, Maurice Papon, fonctionnaire scrupuleux au service de l’Etat fasciste et collaborationniste de Vichy, signait sans état d’âme à Bordeaux l’arrestation de centaines de juifs qui finiront gazés à Auschwitz.

    De nombreux personnages criminels, tortionnaires du type Papon et autres ont été déclarés irresponsables, n’ayant fait qu’obéir, d’autres furent blanchis comme Bousquet dont Mitterrand est resté l’ami malgré ses turpitudes. La plupart n’ont encourus que de courtes peines, certains furent ignorés, voir aidés à se cacher ou à s’enfuir pour servir contre le communisme, les travailleurs, les mouvements de libération nationale comme le FLN, en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie, etc.

    Le 17 octobre 1961, le fascisme, le racisme a montré son visage au grand jour. Ce n’était pas un « incident » passager. La bête immonde tenue en laisse par la classe dominante et son appareil d’Etat est en réserve. Aujourd’hui même il faut être vigilant. Une forme de « fascisme moderne » se fait jour au moyen de l’appareil d’Etat, car ces idées ne sont pas véhiculées que par l’extrême-droite, les groupes fascistes ou néonazis. La montée de cette forme nouvelle peut se développer en utilisant les vieilles méthodes du passé comme le racisme pour diviser les travailleurs. Les conciliateurs et réformistes, en faisant croire que l’on peut dompter le système, le mettre au service de l’homme, paralysent la volonté de la majorité de notre peuple en semant les illusions.

    Nous devons rester vigilants, nous organiser pour que les crimes et horreurs du passé ne soient de nouveau utilisés par la classe dominante pour conserver ce système pourrissant qui porte en lui la guerre comme l’orage porte la tempête.

    Pour en finir avec l’horreur capitaliste ce système, il ne suffit pas de renverser un dictateur ou changer de gouvernement. Les fantastiques révoltes populaires arabes qui sont un pas en avant montrent leurs limites actuelles. Sans direction, sans parti révolutionnaire, la bourgeoisie peut reprendre en main l’appareil d’Etat en repeignant simplement la façade.

    Ceux qui sont morts il y a 59 ans pour la justice et la liberté, pour un monde meilleur, sous les coups des « chiens de garde » de la classe dominante, nous regardent. Nous avons le devoir de poursuivre leur combat pour la justice et la liberté.

    Tags : Algérie, France, massacre, 17 octobre 1961, mémoire, répression, colonisation, colonialisme,

  • Algérie : La visite de Le Drian écourtée

    Malgré la rude concurrence des puissances émergentes, Paris veut garder la haute main dans cette région du nord de l’Afrique. Jean-Yves Le Drian est venu à Alger solliciter le soutien d’Alger qui condamne pourtant les interventions militaires comme moyen de règlement des conflits.

    Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian était invité pour un séjour de deux jours à Alger, les jeudi 15 et vendredi 16 octobre courant. À l’invitation de Sabri Boukadoum. Selon le communiqué du ministère des Affaires étrangères, « cette visite permettra de faire le point sur les avancées enregistrées, de part et d’autre, dans la coopération bilatérale ».

    Elle donnera également lieu à un échange de vues sur les questions régionales et internationales d’intérêt commun, notamment la situation au Sahara Occidental, le dossier malien et la situation dans la région du Sahel ainsi que la crise en Libye, dont le règlement sera au centre des discussions entre les deux parties », souligne le communiqué.

    L’éminence grise du Quai d’Orsay, accompagnée d’une forte délégation, n’est pas venue à Alger avec sous le bras des accords économiques ou la relance d’autres actuellement en souffrance, comme le projet de construction automobile Peugeot ou la question de la fermeture de l’usine de montage Renault.

    Au demeurant, il se contentera de revenir sur le nombre des entreprises françaises implantées en Algérie et leur « contribution à l’emploi et à la prospérité de l’économie algérienne », donc à défaut d’une annonce qui pèsera dans le futur sur les rapports entre les deux pays, longtemps dans l’ornière de l’attentisme.

    Le diplomate français, à son arrivée à l’aéroport d’Alger, sera accueilli tout juste par un cadre du ministère des Affaires étrangères. Il déclarera, néanmoins : « Je suis venu à Alger marquer la solidité des liens d’amitié entre nos deux pays », car pour la France, l’Algérie est un partenaire incontournable et de premier plan dans le règlement des crises régionales, dira-t-il. C’est la troisième visite qu’effectue à Alger Jean-Yves Le Drian et sera reçu par le Président Abdelmadjid Tebboune, ainsi que le Premier ministre Abdelaziz Djerad.

    Cette escale, qui devait durer deux jours vu l’acuité des questions à l’ordre du jour, sera écourtée d’une journée, la partie algérienne exprimant de la sorte son courroux, quand bien même on n’en sait pas plus sur les raisons des divergences de vues. Si le premier diplomate français a esquivé la conférence de presse qu’il devait tenir en janvier dernier au siège du ministère des Affaires étrangères, pour cette fois-ci, il se contentera d’une déclaration lue à sa sortie de la présidence de la République.

    Il évoquera notamment le Hirak dont seuls les Algériens sauront traduire les revendications, une clarification qu’il tenait à faire, sachant que ce fut une pomme de discorde entre Alger et Paris suite aux déclarations du Président Emmanuel Macron quant à la légitimité du scrutin présidentiel qui n’ont pas été du tout du goût du nouveau locataire du palais d’El-Mouradia, et n’a pas manqué de l’exprimer publiquement, haut et fort. Un épisode qui poussera Jean-Yves Le Drian à tenter de réparer les dégâts pour aboutir à une réconciliation entre les deux chefs d’État, à la faveur du Congrès de Berlin sur la crise libyenne.

    Dans la foulée de cette prédisposition à l’endroit des autorités du pays, dans sa déclaration, il exprimera le soutien au référendum du 1er novembre sur la révision de la Constitution chère au Président Tebboune. Mais au-delà des déclarations de bonnes intentions, dans le fond diplomatique, l’on reproche à Paris son jeu trouble tant dans ses relations de deux poids deux mesures avec les pays du Maghreb, avec une forte propension à s’aligner sur les positions marocaines, en particulier sur la question du Sahara Occidental, question inscrite dans l’agenda de cette nouvelle rencontre d’Alger.

    Cette préférence, estime-t-on, ne saurait cacher des soubassements politiques. Il est donc juste de revendiquer des rapports exempts de toute discrimination. L’embellie que semblait dessiner la restitution des restes mortuaires de premiers résistants algériens à la colonisation devait aller dans le sens du travail de mémoire, loin des passions et dans le cadre de la vérité historique. Si cette question a été rappelée dans la déclaration de l’hôte français, il est clair que pour Alger, il faut aller vers des « excuses officielles » de l’État français afin de refermer, une fois pour toutes, les querelles de mémoires qui pèsent de tout leur poids pour des relations apaisées entre l’Algérie et la France. Cette reconnaissance a toute son importance, s’il faut considérer les rapports entre les deux pays sur un pied d’égalité et de respect de la souveraineté. Or, c’est loin d’être le cas.

    La France a à son actif plusieurs points de litiges avec son voisin de la rive sud de la Méditerranée qui ne facilitent guère le règlement de contentieux qui tendent plutôt à prendre le dessus sur les bonnes intentions d’Alger. Parce que Paris entend, sur nombre de questions, garder la main haute. À commencer par le Mali et le Sahel où les autorités françaises successives prennent un malin plaisir à saborder les efforts d’Alger à établir la paix et réussir à rapprocher les positions des belligérants qui ont fini par signer les Accords d’Alger de 2016.

    L’ingérence militaire de la France au Mali a débouché sur la grave crise en cours et la radicalisation des groupes armés qui sèment la mort dans l’un des pays les plus pauvres du monde. Idem en Libye, devenue un pot-pourri des ingérences étrangères et de trafiquants d’armes, un tremplin de l’immigration clandestine, cauchemar de l’Europe. S’il va de soi que l’Élysée veut sauvegarder ses intérêts économiques dans la région qu’il considère comme zone d’influence exclusive, l’évidence montre que les rapports de force ne sont plus en sa faveur.

    Paris est en perte de vitesse dans de plusieurs de ses anciens bastions, que ce soit au Mali ou en Syrie, sans oublier le Sahel. Les aventures militaires sont fermement dénoncées par Alger qui n’a de cesse d’appeler au règlement des crises politiques par le dialogue.

    À Alger, Jean-Yves Le Drian rejoint les thèses algériennes, et tout en reconnaissant son rôle, ne cherche pas moins son soutien ! Sans aucune contrepartie. La réponse d’Alger est cinglante, l’Algérie ne veut pas d’un rôle de sous-traitant au service de la France. La visite de travail est alors réduite à une seule journée, Le Drian est rentré dans son pays hier vendredi matin.

    Brahim Taouchichet

    Le Soir d’Algérie, 17 oct 2020

    Tags : Algérie, France, Jean-Yves Le Drian, mémoire, colonisation, Sahara Occidental, Maroc,