
Tandis que les puissances néocoloniales et les Etats Unis s’affairent à semer le désordre et la mort en Afrique, une puissance pose un autre regard et a une autre démarche.

Tandis que les puissances néocoloniales et les Etats Unis s’affairent à semer le désordre et la mort en Afrique, une puissance pose un autre regard et a une autre démarche.
On peut souvent se poser la question sur le role de l’Union Africaine alors que le Continent est souvent plongé dans de graves crises et des conflits qui causent beaucoup de dégats tant humains que sociaux, matériels et financiers.
L-Afrique-est-a-l-avenir.jpgOn a vu ce qui s’est passé au Mali.Il a fallu l’intervention salvatrice de la France pour sauver l’intégrité territoriale du Mali.
On suit également ce qui se passe en République Centrafricaine. Là encore, disons merci à la France et à François Hollande.
Le Nigéria, le géant africain vit des moments sombres et difficiles avec Boko Haram.
Maintenant sur le faux débat organisé par certains dirigeants africains qui veulent des présidences à vie et la monarchisation du pouvoir, que fait l’Union Africaine?
Il existe une Charte Africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, adoptée en 2007 lorsque le Président Denis Nguesso en assurait la présidence, qui interdit en son article 23 tout amendement ou toute révision de la Constitution qui porte atteinte à l’alternance démocratique. Et malgré cela, l’Union Africaine ne condamne aucun Chef d’Etat qui entreprend de changer ou de modifier la Constitution pour demeurer au pouvoir, tout en sachant que cela constitue une menace pour la paix dans les pays concernés.
En janvier 2013,le Président Boni Yayi avait appelé ses collègues à ne plus tripatouiller les Constitutions pour demeurer au pouvoir. Il les invitait plutôt à les respecter, à les appliquer et à les défendre.
Les positions claires sur la question sont affichées par les Présidents Barack Obama et François Hollande. Ceux-ci ne demandent qu’une chose simple aux dirigeants africains: c’est le respect de leurs propres textes.
Dans le cas du Congo par exemple, le Président de la République a conformement à l’article 69 de la Constitution, prêté le serment de respecter et de défendre la Constitution.
Paul-Biya-Denis-Sassou-Nguesso.jpgQuand j’ai suivi sur les médias que l’Union Africaine demande une transition démocratique et civile au Burkina Faso, je me suis demandé pourquoi n’est-elle pas intervenue plus tôt?
Ne pense-t-elle pas qu’il est mieux de prévenir que de guérir?
Peut on penser qu’il faut qu’il y’ait d’abord des dégâts importants, surtout de lourdes pertes de vies humaines pour intervenir?
Ne doit-elle pas agir maintenant au Congo par exemple ,pays où le Président qui a déjà passé 30 ans au pouvoir veut changer la Constitution pour demeurer au pouvoir. Ce qui pose un problème de morale, d’éthique et de sagesse d’autant que cela n’est prévu nulle part dans la Constitution actuelle.
Ce qui me réjouis ,c’est de me référer au dicton qui dit:
“Vaut mieux tard que jamais”.
L’espoir reste permis.
Clément Mierassa
Ancien Ministre
Président du Parti
Social-Démocrate Congolais
Il est important pour le Mali et pour l’ensemble de la région de consolider ses institutions et d’aller encore plus loin en matière de gouvernance et de démocratie. À cet égard, le Burkina Faso pourrait être un exemple pour la région si, dans les mois qui viennent, il avançait lui aussi dans cette direction en évitant les risques d’un changement non consensuel de Constitution. Vous pourriez alors compter sur la France pour vous soutenir, si vous souhaitez mettre votre expérience et vos talents à la disposition de la communauté internationale.
Mr le président 2En vous remerciant de nouveau pour votre engagement en faveur de la paix et de la sécurité au Mali, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma très haute considération.
Nous savons qu’au plus fort des événements au Burkina-Faso, François Hollande a transmis ce courrier à Denis Sassou Nguesso et ses pairs concernés par l’envie de se maintenir au pouvoir.
Qu’en pense l’Union Africaine?
Source : BVMA, 3 nov 2014
Tags : Afrique, constitution, dictature, dictateurs, despotes, pouvoir,
La semaine dernière, l’Afrique a enregistré 12% de nouvelles infections supplémentaires avec le nouveau coronavirus et 15% de décès en moins, a annoncé aujourd’hui le chef du CDC Afrique, qui a averti que le continent doit se préparer à “une deuxième vague” de la maladie.
Selon le directeur du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies de l’Union africaine (CDC Afrique), John Nkengasong, lors de la conférence de presse hebdomadaire de l’institution, les 55 pays qui composent l’organisation ont enregistré entre 1400 et 27 octobre près de 1400 décès (1393), entraînant une réduction du taux de propagation de la maladie de 15%, et le nombre de nouvelles infections a été de 74595, pour un total de 1715130, 12% de plus que la semaine précédente, soit 3,9 % du total mondial.
“Le moment est venu de préparer une deuxième vague”, a déclaré John Nkengasong.
“Le continent a très bien réussi à inverser la tendance, avec la plupart des pics vers juillet, puis une baisse constante, mais maintenant nous commençons à voir une certaine stagnation”, a-t-il averti.
Nkengasong a souligné que tous les pays devraient renforcer les systèmes de test et de surveillance et recommander l’utilisation de masques.
“Si nous faisons cela ensemble, nous préparons en fait le continent pour une deuxième vague, qui viendra sans aucun doute”, a-t-il déclaré.
“Nous voyons ce qui se passe en Europe. Nous voulons nous assurer de préserver ce que nous avons accompli au cours des 10 derniers mois”, a-t-il ajouté.
Au cours de la période sous revue, le continent a enregistré plus de 1,4 million de guérisons, soit 82% du total des cas d’infection signalés en Afrique; et plus de 41 000 décès (41 203), ce qui indique un taux de mortalité de 2,4%.
Un groupe de 13 pays a rapporté des taux de mortalité supérieurs au ratio mondial (2,7%): la République arabe sahraouie (7,1%), le Tchad (6,7%), le Soudan (6,1%), le Libéria (5,8%), Égypte (5,8%), Niger (5,7%), Mali (3,8%), Algérie (3,4%), Gambie (3,3 %), La Sierra Leone (3,2%), le Malawi (3,1%), le Zimbabwe (2,9%) et l’Angola (2,8%).
La région de l’Afrique du Nord a enregistré le plus de nouveaux cas de contagion au cours de la semaine sous revue (55%), suivie de l’Afrique australe (25%), de l’Afrique de l’Est (16%), de l’Afrique de l’Ouest (3%) et de l’Afrique centrale (1 %).
L’ensemble des pays avec l’incidence la plus élevée de cas de contagion (covid-19 cas pour 100000 habitants) comprend la Libye (110), le Cap-Vert (107), le Maroc (57), la Tunisie (49), le Botswana (26), l’Afrique Sud (21) et Namibie (14).
Six pays sont le théâtre de nouveaux cas de contagion dans la semaine du 20 au 27 octobre, emmenés par le Maroc (31%), l’Afrique du Sud (18%), la Libye (11%), la Tunisie (9%), le Kenya ( 7%) et l’Éthiopie (6%).
Le nombre de tests effectués sur le continent s’élève à plus de 17 millions et le taux de résultats positifs est de l’ordre de 10,4%, ce qui représente une augmentation de 6,9% par rapport à la semaine précédente.
Le nombre de décès en Afrique dus à la covid-19 a eu lieu au cours des dernières 24 heures de 360, totalisant désormais 42 151, tandis que les infections ont augmenté à 1 748 335, plus 11 836, selon les données officielles. Le CDC Afrique a enregistré dans les 55 États membres de l’organisation 7 216 récupérés, pour un total de 1 430 558.
Le premier cas de covid-19 en Afrique est apparu en Égypte le 14 février, et le Nigéria a été le premier pays d’Afrique subsaharienne à signaler des cas d’infection le 28 février.
La pandémie de covid-19 a déjà fait plus de 1,1 million de morts et plus de 44 millions de cas d’infection dans le monde, selon un rapport de l’agence française AFP.
La maladie est transmise par un nouveau coronavirus détecté fin décembre 2019 à Wuhan, une ville du centre de la Chine.
Source : Noticias ao minuto, 29 oct 2020
Tags : Afrique, coronavirus , covid 19, pandémie, confinement, deuxième vague,
L’Occident ne semble remarquer l’incendie qu’il a provoqué aux quatre coins de la planète que lorsque les flammes la lèchent et ressentent sa chaleur.
Peu importe que les souffrances causées par certains événements dont il est coresponsable aient été infligées beaucoup plus largement par la «périphérie», avant même qu’il n’y ait de rétroaction au «centre». En résumé: ce qui se passe ici n’est qu’une fraction de ce qui se passe là-bas.
En ce qui concerne le «terrorisme islamique», cette dynamique atteint le paroxysme: n’est-ce pas peut-être l’Occident – de concert avec les monarchies pétrolières du Golfe – qui l’a utilisé et diffusé pour atteindre ses objectifs géopolitiques?
De l’Afghanistan, au moment de la guerre menée par l’URSS, en passant par les Balkans lors du processus (induit) de désintégration de la Yougoslavie et de l’agression contre la Serbie puis, pour atteindre l’Afrique et le «Moyen-Orient» avec la guerre contre la Libye d’abord et à la Syrie – qui a échoué – et avant cela à l’Irak.
Opérations visant le “Chaos Créatif”, avec des effets secondaires incontrôlés, comme cela est typique des effets dévastateurs causés par chaque apprenti sorcier …
Mais ce ne sont pas les seuls territoires où ce «cancer» – comment le définir, sinon? – reproduit. Pensez simplement au Caucase, par exemple, à la Chine au Xinjiang ou ailleurs en Asie, que les populations ont payé dans l’indifférence internationale. Souvenons-nous simplement des effets du terrorisme islamiste tchétchène en Russie …
Certes, cependant, la perception du phénomène – complice des appareils informationnels-culturels «au casque», embauchés par les classes dirigeantes – ne commence à se manifester que lorsque cette longue traînée de mort et de destruction nous revient.
Peut-être sous la forme d’un meurtre odieux d’un citoyen ordinaire, perpétré par un “extrémiste islamique”, comme ce fut le cas avec le professeur de français décapité en banlieue parisienne par un Français d’origine tchétchène il y a quelques jours. Dont la famille, liée à la guérilla islamique tchétchène, avait «fui» la Russie pour obtenir l’asile politique en France.
Il est difficile de trouver une analyse qui corrèle les effets du néocolonialisme et la propagation du djihadisme dans le cadre des États postcoloniaux, où les politiques d’indépendance vis-à-vis des anciens et des nouveaux parrains ont échoué en partie ou totalement, ainsi que dans la construction d’entités étatiques solides capables de satisfaire les besoins de leurs citoyens avec un développement autocentré, comme dans le cas de certains pays africains.
Nous avons traduit ici une enquête multi-mains, publiée dans «Le Monde», qui fait le point sur l’évolution du djihadisme sur le continent africain, à partir de là où s’articulent les intérêts néo-coloniaux français et pas seulement, désormais menacés par l’insurrection Islamique, comme cela se produit par exemple autour des gisements de gaz au Mozambique.
Exploitation des ressources sans contrepartie (à part les descendants qui vont engraisser les élites locales complaisantes), déracinement de la population, insertion des jihadistes dans cette contradiction et donc militarisation des territoires; à la fois par des armées «régulières» et par des milices privées hautement rémunérées.
C’est le scénario qui se répète de plus en plus souvent, dans un cercle vicieux où la dynamique: extractivisme / déracinement / militarisation est rejoint par le «facteur islamique», qui agit selon toute vraisemblance «pour le compte de tiers» pour contrer les tentatives de pénétration d’autres acteurs mondiaux.
On ne voudrait pas faire de mal aux auteurs, mais il semble que le principal moteur de leurs préoccupations, au-delà de la validité de l’étude, soit la menace pesant sur le plus grand projet d’extraction de gaz africain impliquant le français Total, au Mozambique (le neuvième plus grande ressource estimée de la planète), plus que la souffrance des 1 300 morts et des plus de 210 000 personnes déplacées, dans une vraie guerre qui ne s’appelle même pas ainsi et qui évidemment ne fait pas d’histoires.
Une approche «euro-centrique», fondamentalement plus intéressée par les intérêts matériels de son propre impérialisme, pratiquement indifférente aux souffrances causées aux populations locales.
Soit dit en passant, ENI est également impliquée dans l’extraction de gaz offshore au Mozambique …
Si vous listez les différentes agences de sécurité privées impliquées dans les étapes ultérieures, vous trouverez les principales sociétés mercenaires mondiales: Blackwater, Wagner, Dyck Advisory Group, etc.
Dans un autre article du Monde sur cette guerre peu oubliée, Total avoue avoir fait appel à 5 de ces agences et qu’un appel d’offres était en cours pour confier le contrat à 7 autres!
Ce n’est pas le seul nouveau projet de la multinationale française aux effets dévastateurs. Pensez à l’oléoduc de pétrole brut de l’Afrique de l’Est, un oléoduc de 1445 km qui part du lac Alberta en Ouganda et atteint la côte nord-est de la Tanzanie, dans l’océan Indien.
Malgré le “capitalisme vert”, sur les 400 puits d’extraction prévus à Tilenga, en Ouganda, 132 se trouvent dans un parc national protégé, avec un projet qui a un impact négatif sur environ 100 000 personnes, leur refusant les activités les plus élémentaires de subsistance par l’agriculture.
Pour les oligarchies européennes, la «transition écologique» s’arrête à leurs propres frontières.
Revenant à l’article traduit, nous avons une image assez réaliste de la façon dont les principales “sociétés holding” du terrorisme islamique “investissent également en Afrique”, qui ces dernières années est devenue l’un des principaux théâtres du Jihad mondial, avec tout le respect dû à ceux qui pensaient que L’Etat islamique avait été vaincu parce qu’il avait été battu militairement au «Moyen-Orient». Nous voyons aussi les «coupures islamiques» à la solde de la Turquie, pour agir en Libye ou dans le conflit arméno-azerbaïdjanais.
Comme le dit un chercheur cité dans l’enquête: tant que l’État islamique continuera d’avancer en Afrique, le rêve du «califat» mondial n’est pas mort. Nous ajoutons: tant que les conditions d’existence dans lesquelles des millions de personnes en Afrique sont contraintes sont celles dictées par la logique coloniale, ce «rêve» ou cauchemar aura un véritable espace social.
Les stratégies d’enracinement changent – parfois la guérilla islamique prend la place d’une administration étatique absente – et les modes de fonctionnement, qui profitent des défaites subies. Mais la principale condition pour laquelle ils peuvent prospérer est la destruction que l’Occident a apportée et continue d’apporter dans ces territoires également par le biais de ses propres troupes d’occupation – comme c’est le cas au Sahel – ou par l’utilisation de soldats de fortune du XXIe siècle. .
L’Occident capitaliste peut remporter des victoires limitées et limitées contre le djihadisme mais certainement pas gagner la guerre ou à l’intérieur de ses propres frontières – dans la mesure où il impose des politiques répressives – ou en dehors de cela – dans la mesure où les coalitions internationales sont préparées – car c’est l’une des premières causes de mal qu’il voudrait guérir.
Bonne lecture!
Source : Contropiano, 21 oct 2020
Tags : Islam, Occident, terrorisme, djihadisme, Daech, ISIS, Etats Islamique, capitalisme, Afrique,
JE NE SAIS PAS s’il existe une sorte de paradis ou de purgatoire où se retrouvent les serviteurs de
la France qui ont plus ou moins fricoté avec notre continent, mais je suis sûr que les devanciers des actuels françafricains doivent être fiers de leurs héritiers qui continuent à faire du très bon boulot. Il n’y a pas si longtemps, le chef de l’Etat congolais, Denis Sassou Nguesso avait dit devant les caméras de TV5 et devant les micros d’Europe1 que son pays avait toujours défendu les intérêts de la France.
NOS ELITES POLITIQUES ne se gênent même plus au point de déclarer publiquement soit qu’ils ont besoin de la France (pour faire des dons de médicaments, pour des dons de bancs, etc.). Ce genre d’attitudes donne le bâton aux non-Africains qui sont convaincus de notre supposée paresse congénitale, pour nous battre encore de plus belle. Certains nous disent tous les jours que la Françafrique est une vue de l’esprit, que si nos États vont adhérer à des nébuleuses comme l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie), l’AIMF (Association internationale des maires francophones) etc., c’est qu’ils y gagnent. Je suis de ceux (et vous le savez très bien) qui estiment que non seulement nous n’avons rien à y faire, mais, bien au contraire, nous en sommes les dindons de la farce. Nous sommes les cocus de service. Pire encore, non seulement nous sommes cocus, mais en plus, nous payons la chambre. Nombre d’Africains ne veulent pas faire l’effort de comprendre que la relation que nos Etats entretient avec la France est une relation de maître à soumis (je reste poli). Ce n’est pas un partenariat. Dans un partenariat, à défaut de trouver un équilibre à 50-50, on essaie d’y tendre. Mais ce lien incestueux que nous entretenons nous est tellement défavorable que le rapport serait peut-être de 1 à 9. Et encore, je suis sans doute trop gentil à ce niveau. La France, il y a plus de 50 ans, voyant bien que le monde changeait, a fait semblant d’accepter que ses satellites accèdent à la souveraineté internationale. Mais les officiels français chargés de négocier cet important virage étaient très malins et ils ont pris le soin de préparer uns système dans lequel nos représentants, pour la plupart sont pris comme dans un filet dont nous avons du mal à sortir. Chaque fois que la France veut faire voter un texte au Conseil d’Insécurité des nations Désunies, elle sait qu’elle peut compter sur ses valets soumis qui, on le voit bien se retrouvent seulement en Afrique et nulle part ailleurs. Nos amis d’Asie, qui ont gagné leur indépendance dans le sang savent ce que liberté veut dire. Ils ne suivent pas aveuglément Paris.
LE FMI N’A JAMAIS été mon verre de ntsamba et ce n’est pas aujourd’hui que ça va commencer. Voilà que le Congo vient encore montrer à la face du monde qu’il suit la France comme un toutou suivrait son maître en déclarant soutenir officiellement la candidature de Mme Christine Lagarde au poste de DG du FMI, en remplacement du trop indélicat Dominique Strauss-Kahn (qui a d’autres comptes plus brûlants à régler en ce moment). S’il est vrai qu’un accord tacite existe entre les USA et l’Europe pour que ce poste soit dévolu à un Européen, dans les textes, rien par contre ne dit que cela doit se faire ainsi. Au moment où le centre de gravité du monde ne cesse de se déplacer vers l’Asie, le Congo (et d’autres soumis à la France, gageons-le) préfèrent aller à contre-courant de l’histoire et servir leurs maîtres comme hier. Je vais vous faire rire (ou pleurer, c’est selon), mais dans les réformes proposées par Dominique Strauss-Kahn, il était prévu que le poids des « petits pays » augmentent. Vous savez quels pays, jusqu’à il y a environ 8 mois s’y opposaient? Le Gabon et le Cameroun. Comme par enchantement, deux pays du pré carré français! Je vous le dis, au bal des insoumis, nos pays vont rester longtemps assis!
Obambé GAKOSSO, May 2011©
Source : Obambé GAKOSSO
Tags : Afrique, France, françafrique, spoliation, pillage, exploitation, esclavage,
Un rapport du Quai d’Orsay – révélé par Le Monde – fondé sur une synthèse des télégrammes de 42 ambassadeurs français en Afrique souligne l’inconfort de la position française en Afrique. Aussi dur de sortir de la « Françafrique » que de s’y cramponner.
Par Said Djaafer, Alger
C’est un rapport commandé par le Quai d’Orsay après le discours controversé du président Nicolas Sarkozy à Dakar, en juillet 2007, dans lequel il convoquait un lexique et des référents surannés pour dresser le portrait d’une Afrique, hors de l’histoire, enfermée dans « l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles ». La conclusion du rapport est simple : la France perd pied en Afrique, son image se dégrade fortement et « oscille entre attirance et répulsion (…) au gré du soutien politique, ou des interventions, militaires notamment ». Le soutien à des chefs d’Etats africains inamovibles et la présence de bases militaires françaises accrédite, chez les Africains, l’image d’une France agissant pour des « gouvernements iniques et pour des causes opaques ». Prenant acte de l’émergence de nouveaux acteurs en Afrique (Chine, Inde, Brésil, Etats-Unis…), le rapport note que la « France n’est plus la référence unique ni même primordiale en Afrique ».
L’idée d’une France vorace persiste
Paris a tenté ces derniers mois de rattraper les effets du discours de Dakar. Très inspiré des vieilles thèses ethnocentristes de Hegel sur l’Afrique, il avait suscité la surprise indignée des élites africaines. Quelques mois plus tard, en février, au Cap, le président français entamait une correction de tir en annonçant une renégociation des accords de défense en vigueur entre la France et certains Etats africains et, surtout, en présentant les rapports « équilibrés, transparents et décomplexés » avec l’Afrique du Sud comme un modèle devant inspirer « la relation nouvelle entre la France et l’Afrique ». Depuis, il y a eu ce qu’un diplomate français appelle les « dégâts durables » infligés à l’image de la France par l’affaire de l’Arche de Zoé, association qui avait tenté de faire sortir illégalement du Tchad des enfants présentés comme des réfugiés du Darfour. Du coté des Africains, des jeunes notamment, le rapport montre que l’idée d’une France vorace qui pille les ressources naturelles reste prégnante alors que, selon les diplomates, les principaux intérêts économiques français se trouvent en Afrique anglophone. Ce déplacement des intérêts français vers l’Afrique anglophone est ainsi expliqué par les chiffres : la moitié des échanges français avec le continent se fait avec l’Afrique du Sud et le Nigeria et, plus globalement, l’Afrique subsaharienne n’entre plus que pour 0,5% du commerce extérieur de la France contre 40% en 1957.
Les idéalistes sont réalistes
Que dire de ces chiffres quand on les croise avec le « désamour » des africains, francophones principalement, avec la France ? Que l’entretien de la Françafrique n’a aucune justification économique, alors qu’elle est la source d’une forte nuisance pour l’image de la France. Il est vrai que l’économie officielle est une chose et que les bénéfices des réseaux en sont une autre. Il est également vrai que la diplomatie française bénéficie d’un apport de voix « automatiques » très utile lors des débats onusiens. Mais ces justifications ont clairement perdu de leur pertinence, depuis la chute du mur de Berlin. Du coup, les « idéalistes » qui, en France, appellent à la rupture et à l’enterrement de la Françafrique pourraient faire valoir des arguments très réalistes pour défendre l’option du changement. Ils peuvent faire valoir, par exemple, qu’il est beaucoup moins risqué de fâcher le Gabon que de déplaire à la Chine.
Source : ALLIANCE pour la DEMOCRATIE et le PROGRES, 10 mai 2008
Tags : France, Afrique, françafrique, colonisation, spoliation, pillage, bases militaires,
Etant donné que le putsch militaire visant à prendre le pouvoir semble être décrié en Afrique, la Françafrique continuera d’user de la fraude électorale en vue d’installer ou maintenir ses marionnettes sur le trône. C’est pourquoi l’inestimable et génial Coluche indiqua pour l’éternité : “Si votait changeait quelque chose, il y a longtemps que à serait interdit”. Qui a la capacité d’affirmer le contraire?
L’inconscience étendue, la lâcheté active, l’antipatriotisme et l’adiaphorie sont les fondements permettant à la France de ne jamais permettre à ses sous-états bananiers d’Afrique à jouir véritablement de la liberté, de la justice ainsi que de la prospérité.
Il est illusoire de de percevoir un autre horizons que celui bâti sur la terreur d’Etat, le mensonge et les crimes sans punition. Pour l’immense majorité des naïfs, le bilan global plus que catastrophique depuis 1960 suffirait-il à les faire prendre conscience du moins?
Durant cette intemporalité, la question majeure subsistera : Pour quelle raison précise aucun protectorat françafricain sombrant sous la régence de l’hideux colonialisme français n’ait avancé à l’instar des nations anglophones et autres de la planète?
Le jour lointain où nous arriverons à connaître la réponse exacte, un autre chemin sera possible
Ali Muhammad Diallo, Tchad
Twitter
Tags : Afrique, Françafrique, France, colonialisme, colonisation, spoliation, pillage, corruption,
Créé en 2004, le Conseil de paix et de sécurité (CSP) est sans doute l’innovation institutionnelle la plus ambitieuse de l’Union africaine. Chargé de la prévention des conflits et du maintien de la paix, le CSP consacre le principe de « non-indifférence », inspiré du « devoir d’ingérence », en cas de violations graves des droits de l’homme par un Etat du continent.
par Delphine Lecoutre
Le Monde diplomatiqueLes enjeux du Conseil de paix et de sécurité↑
Institution-clé dans un continent encore marqué par la guerre (République démocratique du Congo, Somalie, Tchad, etc.) et l’instabilité politique (deux coups d’Etat en 2008, en Mauritanie et en Guinée, un à Madagascar en 2009), le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine a été lancé à l’occasion de la Journée de l’Afrique, le 25 mai 2004. Cet organe panafricain, qui s’est déjà réuni plus de deux cents fois depuis sa création, a remplacé l’organe central du mécanisme pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), dont les insuffisances étaient patentes.
Le CPS a pour fonctions prioritaires la promotion de la paix, de la sécurité et de la stabilité ; la prévention, la gestion et le règlement des conflits ; la consolidation des processus de paix et de reconstruction postconflit ; l’action humanitaire et la gestion des catastrophes. Les principes qui guident son action sont caractérisés, d’un côté, par la confirmation des règles héritées de la Charte de l’OUA (non-ingérence dans les affaires internes des Etats membres, respect des frontières issues de la colonisation) et, de l’autre, par l’apparition de nouveaux concepts tels que le droit, voire le devoir, d’ingérence.
Un compromis a en effet été trouvé entre Etats pour faire cohabiter deux approches antinomiques : la première se réfère aux principes classiques de souveraineté et de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un pays ; la seconde pose le droit de l’Union africaine à intervenir, malgré ces règles, dans certaines circonstances graves : crimes de guerre, génocide et crimes contre l’humanité. Par une « ambiguïté constructive », les fondateurs de la nouvelle organisation panafricaine souhaitent tirer les leçons des insuffisances de l’OUA, qui n’a pas pu ou su intervenir militairement pour mettre un terme aux violations massives des droits de l’homme par les régimes d’Idi Amin Dada en Ouganda et de Jean Bédel Bokassa en République centrafricaine dans les années 1970, ou lors du génocide des Tutsis du Rwanda en 1994 (1). Il s’agit donc, tout en affirmant le principe d’égalité souveraine des Etats et d’inviolabilité de leurs frontières, de permettre à l’Union africaine d’assumer, dans des circonstances définies, sa « responsabilité à protéger » les populations en danger, inscrite dans son Acte constitutif, en entreprenant des interventions humanitaires (2).
Pas de droit de veto
Le CPS promeut également le règlement pacifique des différends, le respect de l’Etat de droit et des libertés fondamentales. Il doit en outre contribuer à la mise en œuvre d’une politique de défense commune et de lutte contre le terrorisme. Enfin, il agit en coopération avec les Nations unies dans la préservation et le maintien de la paix, et échange régulièrement des vues avec les membres du Conseil de sécurité, alternativement à Addis-Abeba et à New York.
Le CPS est composé de quinze membres, dont cinq détiennent un mandat de trois ans et dix un mandat de deux ans (3). La distribution des sièges est basée sur le principe de l’équité ; il a permis l’attribution de davantage de sièges aux régions comprenant le plus d’Etats, soit quatre pour l’Afrique de l’Ouest, trois pour l’Afrique centrale, trois pour l’Afrique de l’Est, trois pour l’Afrique australe et deux pour l’Afrique du Nord (4).
Théoriquement, le CPS ne comprend ni membres permanents ni droit de veto. Ce choix s’explique par la volonté des pays africains de ne pas reproduire ce qu’ils considèrent comme une injustice au sein du Conseil de sécurité et qu’ils condamnent énergiquement dans le cadre de la réforme des Nations unies (5). Il traduit aussi le souci de faire prévaloir l’égalité et la solidarité en évitant de donner trop de puissance à certains Etats et en permettant la rotation des sièges (6). L’Angola a ainsi succédé à l’Afrique du Sud en janvier 2007, tandis que le Gabon promet de céder sa place à la Guinée-Equatoriale en janvier 2010.
Cependant, certains pays dotés des mandats les plus longs (trois ans) sont parfois tentés par l’idée d’exercer en permanence. Ce sont des Etats confrontés, dans leur voisinage plus ou moins immédiat, à de graves enjeux de sécurité. C’est le cas de l’Ethiopie par rapport à la Somalie ; de l’Algérie pour le Sahara occidental, la Mauritanie et la lutte antiterroriste ; ou encore du Nigeria. A cela s’ajoute que les Etats membres du CPS gros contributeurs financiers de l’Union — à l’instar de l’Algérie et du Nigeria, qui apportent chacun 15 % du budget ordinaire de l’organisation — disposent indéniablement d’un « veto de fait » dans le processus décisionnel.
Les pays candidats à un siège au CPS doivent remplir certains critères, dont la présence de missions permanentes auprès de l’Union et de l’Organisation des Nations unies (ONU) (7) bien dotées en personnels et en moyens. Toutefois, en pratique, la rotation dans le cadre des jeux politiques régionaux prime la capacité réelle de l’Etat concerné à contribuer au maintien de la paix et de la sécurité.
Le CPS innove de manière significative par rapport aux mécanismes existant précédemment. Son premier atout réside dans la permanence de sa structure, ce qui se traduit par la convocation — au niveau des ambassadeurs — de cinq réunions par mois en moyenne, avec la possibilité d’en tenir une à tout moment pour examiner, en urgence, l’éclosion d’une crise. Des réunions doivent également être organisées, au moins une fois par an, respectivement au niveau des ministres et des chefs d’Etat et de gouvernement. Le CPS dispose d’autre part, depuis juillet 2005, d’un secrétariat très actif, installé au sein du département paix et sécurité de la Commission de l’Union.
Il agit non seulement avec l’ensemble des départements de l’exécutif panafricain — en particulier les analystes de la division gestion des conflits du département paix et sécurité et les bureaux régionaux de l’Union — mais aussi avec les Communautés économiques régionales (CER) (8), les organisations internationales ou encore les « organisations de la société civile », considérées comme des éléments-clés de nombreux processus de paix.
Un outil politique important
Deuxième atout, le CPS dispose d’un ordre du jour flexible. Il est élaboré conjointement par le président tournant (rotation mensuelle) et le commissaire paix et sécurité de la Commission de l’Union et est adopté au début de chaque réunion. Le pouvoir de proposer, de fixer, de libeller et d’amender l’ordre du jour est d’ailleurs un outil politique important. Lors d’une réunion, début mai 2009, le libellé même du point inscrit conditionnait ainsi le fait de permettre (débat sur la situation interne du Tchad) ou non (débat sur les relations entre le Tchad et le Soudan) à l’ambassadeur du Tchad de rester présent dans la salle lors des discussions à huis clos, mais aussi le fait d’adopter un communiqué ou un communiqué de presse en l’absence de la partie soudanaise. En revanche, certaines questions, telles les relations conflictuelles latentes entre l’Ethiopie et l’Erythrée, n’ont pas encore été inscrites à l’ordre du jour.
Les statuts du CPS soulignent l’interdépendance entre paix, sécurité et développement. Certains Etats
militent donc pour l’extension des discussions à des thèmes directement liés à la sécurité humaine tels que le réchauffement climatique ou encore les pandémies comme le VIH-sida.
Le troisième atout de l’institution est la possibilité de conduire de véritables débats constructifs dans la partie des réunions se déroulant à huis clos. Les travaux se déroulent généralement ainsi : lors des séances publiques, le CPS écoute les rapports de la Commission et, si cela est nécessaire, les parties concernées par le conflit examiné et d’autres Etats ou organisations invités — par exemple, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) ou le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Après les éventuels échanges de points de vue et questions, les protagonistes du différend et les invités quittent la salle pour permettre aux membres du CPS de délibérer à huis clos. Les discussions aboutissent généralement à l’adoption d’un communiqué (équivalant à une décision) ou d’un communiqué de presse (équivalant à une prise de position).
Le quatrième atout se trouve dans la réalisation de missions dans les zones de conflits ou de reconstruction postconflit. Cela permet d’enrichir l’expertise par la recherche d’observations de terrain et de témoignages, et signale aux populations et communautés victimes d’un conflit qu’une procédure est en cours. Des missions ont ainsi été effectuées au Soudan, au Tchad et en République centrafricaine en 2007 ainsi qu’en Guinée-Bissau et en Côte d’Ivoire en 2009.
Sanctions contre les coups d’Etat
Enfin, vient le travail de communication et de pédagogie. A la fin de son mandat, le président en exercice rédige une communication à l’intention des pays de l’Union non membres du CPS. Ce document leur permet de prendre connaissance de ses activités et de se familiariser avec ses techniques de travail. Il s’agit aussi de les sensibiliser aux enjeux de la paix et de la sécurité.
Dans le même ordre d’idées, le CPS organise aussi des « réunions ouvertes » à la communauté diplomatique et aux organisations tant intergouvernementales que non gouvernementales installées à Addis-Abeba, où siège l’Union. Y sont présentées certaines actions entreprises : stratégie antiterroriste, traité de Pelindaba sur l’exemption du nucléaire sur le continent (9), action humanitaire en Afrique.
En cinq ans d’existence, le CPS est déjà intervenu dans nombre de dossiers-clés. Il en est ainsi de la création de la Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS) et du renforcement de son mandat afin d’améliorer son efficacité sur le terrain et d’assurer une véritable mise en œuvre de l’accord de cessez-le-feu (10). Des mesures relatives au désarmement des milices janjawids (11), à la protection des populations civiles et à la facilitation des livraisons d’aide humanitaire ont notamment été adoptées.
Le CPS a décidé en outre de l’application automatique de sanctions en cas de coup d’Etat, jusqu’au rétablissement de l’ordre constitutionnel (Togo en 2005, Mauritanie en 2005 et 2008, Guinée en 2008, Madagascar en 2009). Il a même participé, avec l’Armée nationale de développement des Comores, à une intervention militaire éclair destinée à chasser le colonel putchiste Mohamed Bacar, sur l’île d’Anjouan, au printemps 2008. Le CPS a statué sur les violences postélectorales au Kenya en 2007-2008 (12) et travaille sur la manière de mobiliser des fonds afin de rétablir un certain ordre dans des pays en faillite institutionnelle et sécuritaire, en proie à l’instabilité et aux rébellions (République centrafricaine), etc.
Cependant, malgré de nets progrès par rapport aux mécanismes de paix et de sécurité prévus par l’OUA, l’action du CPS demeure limitée par la faiblesse des instruments juridiques dont il dispose. Par exemple, la Charte africaine pour la démocratie, les élections et la gouvernance adoptée en janvier 2007 améliore la lutte contre les changements anticonstitutionnels de gouvernement en prévoyant notamment la condamnation des manipulations effectuées par un chef d’Etat en vue de se maintenir au pouvoir. Toutefois, elle n’a pas encore pu entrer en vigueur, par manque de ratifications. Seuls deux Etats, l’Ethiopie et la Mauritanie, y ont jusqu’à maintenant souscrit. Il en résulte que le CPS doit se contenter de s’appuyer sur les sanctions minimales de la déclaration de Lomé (notamment la suspension de participation aux réunions des organes de l’organisation et l’interdiction de recrutement de personnel originaire dudit pays) pour faire face aux coups d’Etat.
Protéger les populations civiles
De plus, si le CPS formule des ambitions claires et prend des décisions, il n’arrive pas toujours à les faire appliquer, en raison du manque de moyens matériels et humains dont souffre l’Union. Ainsi, le faible nombre de pays contributeurs en troupes et la déficience en moyens matériels envoyés limitent les capacités de la Mission de l’Union africaine en Somalie (Amisom), une intervention de maintien de la paix particulièrement difficile. Seuls l’Ouganda et le Burundi sont présents sur place, avec quelque quatre mille hommes, alors que le double était initialement requis.
Par ailleurs, le Comité d’état-major (CEM) destiné à conseiller et à assister le CPS sur toutes les questions militaires et de sécurité du continent n’est pas encore pleinement opérationnel, victime d’un manque de volonté politique évident de la part des Etats membres. Les réunions se tiennent donc irrégulièrement, et le quorum est souvent difficile à obtenir. De même, l’adoption de ses règles de procédures, pourtant mise à l’ordre du jour en octobre 2005, a encore été reportée : les discussions butent sur la présidence des réunions, la participation réelle du CEM dans le processus décisionnel au sein du CPS, le droit à la parole et la prise en compte de la composante civile dans les opérations de soutien à la paix. Enfin, les attachés de défense sont en nombre insuffisant (six Etats membres du Conseil sur quinze en avaient un en 2004 ; aujourd’hui, neuf en ont un), la plupart n’étant pas spécialisés en planification d’opérations (13).
Enfin, les relations entre le département paix et sécurité de la Commission de l’Union et le CPS sont parfois conflictuelles. Dans le passé, la Commission avait ainsi tendance à distribuer les rapports qu’elle rédigeait sur certains conflits peu de temps avant les réunions, c’est-à-dire la veille au soir ou le matin même. Il était dès lors très difficile pour les représentants des Etats au CPS de les étudier et de recevoir à temps les instructions de leurs capitales.
Depuis la réunion de Dakar (Sénégal) consacrée aux méthodes de travail, en juillet 2007, la Commission fait des efforts pour remettre les rapports trois ou quatre jours avant la réunion du Conseil. Certains Etats reprochent par ailleurs à l’exécutif panafricain de vouloir les mettre devant le fait accompli. Ainsi, en avril 2006, lors de discussions sur l’envoi d’une force militaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) pour neutraliser les groupes armés étrangers, certains pays ont reproché à la Commission de s’être prononcée en faveur de l’envoi rapide d’une force avant même le déroulement de l’élection présidentielle. L’exécutif panafricain invoquait le devoir de protection des populations civiles pour pousser les Etats membres à agir.
Malgré ces difficultés, le CPS se montre d’ores et déjà actif, visible, et tente d’avoir un véritable impact politique dans la gestion des crises continentales. Réfléchissant à l’amélioration de ses méthodes de travail, il dispose d’un groupe des sages, mis en place en 2007, chargé de l’appuyer et de le conseiller. Cette instance est composée de cinq personnalités africaines hautement respectées,
d’une grande intégrité et indépendance, qui ont apporté une contribution exceptionnelle au continent dans les domaines de la paix, de la sécurité et du développement. Ils ne doivent pas occuper de poste politique actif au moment de leur nomination et tout au long de leur mandat en qualité de membres du groupe des sages.
Au-delà de son caractère éminemment politique, le CPS a l’obligation morale de débattre en temps opportun pour tenter de trouver des solutions appropriées et durables à des conflits synonymes, pour les populations, de fatalité, de vengeance, de destruction, de souffrance, d’injustice, de pauvreté et de retard dans le développement. A cet égard, il doit poursuivre ses efforts collectifs pour prendre les « bonnes décisions » dans la résolution des conflits dans l’intérêt commun continental, et non pour des intérêts nationaux ou régionaux égoïstes…
Delphine Lecoutre
Doctorante en sciences politiques à l’université Paris-I – Panthéon-Sorbonne, attachée à l’Institut d’études éthiopiennes de l’université d’Addis-Abeba et au Centre français des études éthiopiennes (Addis-Abeba).
(1) Lire Ben Kioko, « The right of intervention under the African Union’s constitutive act : From non-interference to non-indifference », Revue internationale de la Croix-Rouge, vol. 85, n° 852, Genève, décembre 2003.
(2) Lire Tim Murithi, « The responsibility to protect, as enshrined in article 4 of the constitutive act of the African Union », African Security Review, vol. 16, n° 3, Johannesburg, 2007.
(3) Union africaine, « Protocole relatif à la création du Conseil de paix et de sécurité », Durban (Afrique du Sud), 9 juillet 2002.
(4) La composition actuelle du CPS est la suivante : pour l’Ouest, Nigeria (trois ans), Burkina Faso, Bénin et Mali (deux ans) ; pour le Centre, Gabon (trois ans), Burundi et Tchad (deux ans) ; pour l’Est, Ethiopie (trois ans), Ouganda et Rwanda (deux ans) ; pour la partie australe, Angola (trois ans), Swaziland et Zambie (deux ans) ; pour le Nord, Algérie (trois ans) et Tunisie (deux ans).
(5) Lire « L’Afrique et la réforme des Nations unies », Le Monde diplomatique, juillet 2005.
(6) Lire « Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, clef d’une nouvelle architecture de stabilité en Afrique ? », Afrique contemporaine, Paris, hiver 2004.
(7) D’autres critères sont fixés, dont le respect de la gouvernance constitutionnelle, de l’Etat de droit et des droits de l’homme.
(8) Le continent comporte plusieurs organisations économiques régionales : la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ; la Communauté des Etats sahélo-sahariens (CEN-SAD) ; la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) ; l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) ; le Marché commun des pays de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe (Comesa) ; la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) ; la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (Ceeac).
(9) Entré en vigueur le 15 juillet 2009, ce traité, qui couvre l’ensemble du continent africain ainsi que ses îles environnantes, interdit le développement, la fabrication, le stockage, l’acquisition, la possession et l’utilisation d’armes nucléaires dans tous les pays du continent.
(10) Lire Gérard Prunier, « Paix fragile et partielle au Soudan », Le Monde diplomatique, février 2005.
(11) Les janjawids sont des milices issues des tribus « arabes ». Leur nom signifie approximativement « cavaliers armés de kalachnikovs ».
(12) Lire Jean-Christophe Servant, « Affrontements très politiques au Kenya », Le Monde diplomatique, février 2008.
(13) Lire « Revitaliser le Comité d’état-major de l’Union africaine », Géopolitique africaine, n° 24, Paris, octobre-décembre 2006.
Source : Le Monde diplomatique, septembre 2009
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