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  • Algérie : L’aveu

    “Un peu de rigueur, de civisme et d’humanisme dans la gestion et le traitement des patients humaniserait nos hôpitaux et centres de soins, tout en les rendant autrement plus efficaces. La guérison et les soins résident aussi dans le mental”.

    Par Mohamed Abdoun 

    « Il est temps de compter sur les capacités nationales en vue de relancer le secteur de la santé. » Cette phrase, déjà lourde de sens et de puissance, prend un poids particulièrement fort, carrément incommensurable, lorsque l’on ajoute qu’elle a été prononcée par le Premier ministre lui-même, Abdelaziz Djerad en l’occurrence.

    Elle sous-entend, en filigrane, que notre secteur de la santé est défaillant. Certes, n’importe quel citoyen lambda, qui a eu à faire un tour un jour ou l’autre dans l’un de nos hôpitaux ou dispensaires, le sait mieux que personne. S’en rend douloureusement compte, et à sa corps défendant.

    Mais, lorsque cet aveu vient d’un si haut responsable, il prend automatiquement un tout autre sens. Preuve en est que l’ensemble des ministres de la Santés qui se sont succédés à ce poste depuis des dizaines d’années se sont évertués à nous convaincre que nous avions l’un des meilleurs système de santé du monde. Ils le faisaient, sans ironie, sans rire sous cape, mais sans oublier surtout de se soigner, eux et leurs proches et amis, en occident.

    Mais, depuis le déclenchement de cette épidémie de coronavirus, il est devenu clair que cet échappatoire leur était désormais interdit. Tous logés à la même enseigne. Il est donc temps de “compter sur les capacités nationales en vue de relancer le secteur de la santé”. Celui-ci ne souffre pas tant du manque de moyen que d’une mauvaise gestion et un laisser-aller pratiquement installé dans les gènes du personnel de ce secteur. Par exemple, on fait tomber en panne exprès des appareillages coûteux rien que pour ne pas travailler, en se souciant bien peu de la santé des malades qui en ont impérieusement besoin.

    On peut aussi mentir, en déclarant que telle ou telle machine n’est pas opérationnelle, mais qui est quand même mise à la disposition des copains et des gens recommandés. Dans la même veine, au lieu de mettre à profit l’argent alloué par l’Etat et par la CNAS pour améliorer les conditions d’accueil et d’hébergement des malades, on préfère se doter de véhicules de services flambants neufs, multiplier les missions à l’étranger, les séminaires et autres artifices qui ne servent absolument pas la santé publique.

    Plus bas dans l’échelle sociale, on n’hésite pas à détourner médicaments et nourritures, ne laissant aux malades que les miettes, ainsi que leurs yeux pour pleurer. Là encore, donc, une thérapie de choc est requise si on veut vraiment que les choses changent, dans le bon sens s’entend. Cela est d’autant plus urgent, que même sur le plan de la formation, les médecins formés aujourd’hui, victimes de l’école algérienne, ne sont franchement pas dotés des compétences -techniques et psychologiques- requises.

    J’en ai moi même fait la triste expérience à maintes reprises. Un peu de rigueur, de civisme et d’humanisme dans la gestion et le traitement des patients humaniserait nos hôpitaux et centres de soins, tout en les rendant autrement plus efficaces. La guérison et les soins réside aussi dans le mental. Beaucoup de malades hospitalisés sont » achevés » dans nos hôpitaux-mouroirs. Là encore, j’en garde de tristes et inoubliables expériences. Conclusion, “il est temps de compter sur les capacités nationales en vue de relancer le secteur de la santé”.

    M. A.

    La Tribune des lecteurs, 18 mars 2020

    Tags : Algérie, coronavirus, santé, équipements, hôpitaux,

  • Algérie : L’inconscience face au coronavirus

    Attroupements à vélos, cafés bondés, stockage d’aliments…:
    L’inconscience face au coronavirus

    Si ailleurs dans le monde les citoyens sont interdits de sortir et restent cloués dans leurs maisons, chez nous à Sidi Bel Abbés et à travers nos villes, c’est l’inconscience totale qui règne.

    D’abord, il y a eu cette idée de regroupement de cyclistes samedi passé alors qu’on a signé hier le cinquième décès au virus corona. Un parcours en vélo de la place Wiam vers le lac d’où des dizaines de cyclistes de tous âges ont participé à ce risque majeur de contagion par la maladie de coronavirus et on ne sait pas, comment pensent certaines gens qui ont cette idée d’organiser cet attroupement à moins qu’ils vivent sur une autre planète que la notre.

    Une bévue qui s’ajoute au rush vers les épiceries où tout ce qui est mangeable s’achète et en grandes quantités. Hier mardi, plus de sacs à farine de cinq et dix kilogrammes. La directive ‘Restez chez vous’ appliquée en France, semble être bien comprise chez nous que ce soit à Sidi Bel Abbés ou à Mascara. Le comble c’est lorsqu’on voit les cafés bondés par des clients.

    D’un côté on évite de sortir, et de l’autre, on n’hésite pas à se ruer vers les cafés et les commerces pour le genre féminin qui s’entasse dans les lieux cités tout en parlant des deux faux cas d’atteinte au coronavirus à la Mekerra. On aime bien faire propager les fausses informations en se montrant fiers d’avoir l’exclusivité.

    L’inconscience bat son plein quand on sillonne les rues de Bel Abbés. Pénurie de certaines denrées alimentaires à cause de stockage aveugle dans les maisons, pénurie de masques et de gel hydro alcoolique et du lait de sachet qui reste introuvable dans plusieurs régions de l’ouest surtout dans la ville de Mascara. Les moyens de transport du secteur privé, sont à défaut d’hygiène sauf pour certaines compagnies qui ont commencé ces derniers jours à désinfecter leurs bus comme l’ETU-SBA, le tramway SBA et les wagons de la SNTF. Hier, on a commencé à disperser de l’eau dans une journée pluvieuse dans le but de désinfecter les rues alors que tout était sec il y a quelques jours comme si le corona ne vit pas dans les journées ensoleillées.

    Au niveau de l’éducation, ce sont les grandes vacances de printemps avancées pour les élèves des trois paliers et les universitaires qui vont avoir au moins une semaine de plus pour se reposer suivant les recommandations du chef de l’Etat. La question qui se pose: est-ce que les fidèles vont bouder les mosquées ? Là, les avis changent…

    M.Bekkar

    Ouest Tribune, 17 mars 2020

    Tags : Algérie, coronavirus, pandémie, confinement,

  • Algérie : La gestion démocratique des…fourbes

    En vrac par Madjid Khelassi

    Corona ou pas corona…Le passage devant la justice des ex-membres du système Boutef ne connaît ni pause ni ajournement. Et depuis quelques jours, c’est une grosse pointure de l’ancien régime qui défraie la chronique.

    Abdelghani Hamel, ex-premier flic du pays, ou plus prosaïquement Directeur général de la sûreté nationale- DGSN, comme on dit dans les commissariats.

    Il est poursuivi avec l’ensemble de sa famille dans plusieurs affaires dont entre autres, enrichissement illicite, blanchiment d’argent, trafic d’influence, abus de fonction, obtention de foncier par des moyens illégaux.

    Ce n’est pas un procès mais une saga judiciaire digne d’un époustouflant thriller. Cela pourrait s’intituler : gestion démocratique des fourbes…tant les protagonistes de cette affaire se sont alignés comme des oignons pour « rendre service » à Si El Hamel et sa famille.

    Terrains agricoles et assiettes touristiques en milliers d’hectares, appartements, villas, locaux commerciaux, ports secs.

    Walis serviles, chefs de sûreté de wilaya religieusement obéissants, ministres indignes, directeurs des domaines marrons, banquiers-entremetteurs peu regardant sur le fric du peuple.

    Des entreprises labyrinthiques, des comptes bancaires à foison, milliards sur milliards à donner le tournis au plus matheux des juges.

    Un des rejetons qui gagne 130 milliards en 3 ans, la fille qui s’égare jusqu’à ignorer où commencent et où finissent ses affaires, la mère perdue dans ce magma de monstruosités. L’inventaire ne rechignerait Prévert himself !

    L’affaire El Hamel ou la face trompeuse des mondes gigognes de l’exercice du pouvoir, qui mêlent mission de service public et rapine. Éthique et malversations, abus de fonction et enrichissement sans gène.

    L’affaire El Hamel, qui loin d’être sans pareille est la chronique d’un pillage programmé.

    Les poursuivis dans cette affaire nient en bloc, affirment que les Hamel ont obtenu ces avantages comme le reste des citoyens !!! Argent et bakchich, prévarication et fourberie…gigantesques entrelacs du crime en col blanc. Et galerie de personnages qui ne sont pas moins que les enfants dégénérés d’un système qui ne l’est pas moins.

    Zoukh a donné instruction pour ne pas inquiéter Chahinez Hamel, dit l’un des prévenus…La consanguinité du poste et des méfaits fut un mariage programmé dans la gestion démocratique des…fourbes.

    La Nation, 16 mars 2020

    Tags : Algérie, justice, corruption, Hamel, tribunal,

  • «MARIANNE» : «Une explosion sociale est imminente au Maroc»

    SELON LE MAGAZINE FRANÇAIS «MARIANNE» : «Une explosion sociale est imminente au Maroc»

    Alors que ses appareils de propagande et ses relais s’en prennent à l’Algérie, qui s’en est sortie admirablement de la crise, le Maroc serait à la veille d’une « explosion sociale imminente », selon l’hebdomadaire français, Marianne.

    Dans un article consacré à ce pays , « havre de stabilité » selon ses nombreux thuriféraires payés à prix d’or et des médias étrangers dont occidentaux, l’hebdomadaire français Marianne , s’appuyant sur les témoignages de militants associatifs marocains qui mettent en avant une «situation difficile», résultat d’«énormes inégalités favorisées par le pouvoir en place», le Maroc est au bord d’une explosion sociale.

    Dans une tribune signée par l’artiste marocaine Rabia Franoux Moukhlesse, cette dernière pointe les «promesses non tenues» par le régime marocain après la première révolution du 20 février qui avait éclaté dans le sillage des soulèvements populaires dans plusieurs pays du Maghreb et du Moyen-Orient en 2011.

    «Les Marocains espéraient un renouveau total. Le changement étant toujours pour demain, le Maroc a vécu les révolutions arabes à travers ce que l’on a appelé le mouvement du 20 Février. Le trône a semblé vaciller et des changements constitutionnels ont été opérés pour calmer les esprits. Et voilà que dix ans de plus ont passé et où en sommes-nous ?» s’interroge cette militante féministe. Et d’apporter la réponse : «Les riches sont plus riches et les pauvres sont plus pauvres», en regrettant que «le Maroc assume pleinement ces écarts humainement monstrueux» et en relevant que «Casablanca recense plus de 8 000 millionnaires en dollars, ce qui est plus que Londres, New York ou Hong-Kong» et que «des fortunes personnelles ont été multipliées par 3 ou 4 en moins de 5 ans», tandis qu’une «masse de jeunes sans travail rêve de l’Europe et risque sa vie pour accéder à une vie sans faim».

    «Tout ceci côtoie une classe moyenne qui se paupérise face au coût de la vie après avoir récemment émergé et, surtout, une cohorte de pauvres faisant l’immense majorité du Maroc», note encore Rabia Franoux Moukhlesse, qui explique que la jeunesse marocaine «veut vivre décemment», «souhaite un peu de liberté» et «attend une meilleure répartition de toutes ces richesses qui s’étalent avec indécence devant ses yeux». D’où une «situation explosive où les citoyens sont à bout de nerfs et n’ont plus rien à perdre», écrit-elle, en mettant en garde contre les tentations des milieux extrémistes religieux qui recrutent à tour de bras.

    «Ils ne leur reste plus au pire qu’à se laisser embrigader dans un islam radicalisé qui leur promet un monde meilleur dans l’au-delà, un peu de considération ici-bas, mais à condition d’essaimer leur vision délétère et la violence qui va avec», avertit-elle. «On assiste aussi à une radicalisation de la répression», note Rabia Franoux Moukhlesse, selon laquelle «toute personne ayant l’audace de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas doit faire face au système judiciaire».

    «La parole n’est pas libre, l’information n’est pas libre, la société n’est pas libre», observe-t-elle, en expliquant qu’un «simple tweet, un blog, une chanson, une enquête d’investigation, une attitude postée sur Facebook, une morale non conforme aux mœurs d’un autre temps et vous pouvez goûter à l’hospitalité des prisons marocaines pour 4, 5 ou 25 ans». Cette tribune tranche avec l’unanimisme bon teint qui règne en France sur la situation réelle au Maroc.

    Mokhtar Bendib

    Le Courrier d’Algérie, 16 jan 2020

    Tags : Maroc, printemps arabe, répression, despotisme, corruption, népotisme, clientélisme,

  • La pandémie de coronavirus peut provoquer une dépression mondiale

    Nous avons besoin de mesures renforçant la demande pour la contrer

    Par Moon of Alabama – Le 16 mars 2020

    Le post de la semaine dernière sur Boeing se terminait par ces lignes :

    La pandémie, et la dépression mondiale qu’elle va provoquer, vont faire en sorte que Boeing devra demander un gigantesque renflouement gouvernemental ou faire faillite.

    La plupart des vols étant cloués au sol en raison de la pandémie, Boeing envisage maintenant de réduire sa production et de licencier des travailleurs.
    Dans la phrase citée, j’ai utilisé avec précaution les mots « la dépression mondiale qu’elle va provoquer ». Je pense en effet qu’un ralentissement durable et à long terme de l’activité économique dans de nombreux pays sera l’une des conséquences de cette pandémie.

    Le secteur du transport aérien n’est qu’un des nombreux secteurs qui seront durement touchés. Environ 70 % du PIB américain est généré par l’industrie des services. Les voyages, les divertissements, les salles de sport, les restaurants et les bars, les hôtels, l’éducation seront tous très durement touchés par les fermetures à venir. Les États-Unis, comme l’Allemagne aujourd’hui, vont bientôt fermer les églises, les maisons closes et autres lieux de divertissement. Seuls quelques secteurs de services, comme les soins de santé, les jeux en ligne et la vente d’armes, continueront à prospérer.

    La pandémie constituera un danger majeur pendant probablement deux ou trois ans, au cours desquels elle fera le tour du monde en plusieurs grandes vagues. Chaque vague nécessitera un nouvel arrêt. La mise au point d’un vaccin contre le virus du SRAS-CoV-2 prendra probablement plus d’un an, mais pourrait prendre beaucoup plus de temps. Nous aurons peut-être plus de chance avec un nouveau médicament capable de réduire les symptômes de la maladie Covis-19 que le virus provoque.

    Les restrictions imposées à des pans entiers du secteur des services risquent donc de durer beaucoup plus longtemps que les uns ou deux mois prévus actuellement. Une fois les restrictions terminées, de nombreuses personnes auront changé leurs habitudes. L’industrie du voyage ne reviendra pas à la normale avant longtemps. L’industrie des croisières mourra probablement. C’est une question personnelle pour moi, car l’endroit où j’ai appris à travailler le métal en dépend.

    Il y aura aussi beaucoup de licenciements provoqués par cette crise, ce qui garantit que la demande va encore baisser drastiquement.

    Dimanche, la Fed a réduit ses taux d’intérêt à zéro. C’était un coup d’épée dans l’eau. Aujourd’hui, les marchés boursiers ont encore chuté de 10 %. Le brut est maintenant en dessous de 30 dollars le baril et pourrait bien descendre à 20 dollars. L’initiative de la Fed a probablement été demandée par Trump qui, la semaine dernière, a fait remarquer qu’il avait le pouvoir de virer le président de la Fed, Powell. La Fed devrait veiller à ce que les marchés du crédit restent liquides car de nombreuses entreprises auront besoin de ressources supplémentaires. Un resserrement du crédit en ce moment augmenterait les dégâts généraux. Mais Trump et la Fed devraient arrêter de pousser des mesures du côté de l’offre comme les réductions de taux d’intérêt et les allègements fiscaux. Il n’y a pas de manque d’investissement ou d’offre mais un manque de demande et cela va durer au moins pour le reste de l’année.

    La semaine dernière, la Chambre a adopté un projet de loi prévoyant une aide d’urgence. C’était en grande partie un trompe-l’œil. La présidente du Parlement, Nancy Pelosi, l’a vendu comme une couverture alors que ce n’en est pas vraiment une :

    La législation garantit un congé d’urgence payé avec deux semaines de congé maladie payé et jusqu’à trois mois de congé familial et médical payé, selon Mme Pelosi. Elle renforce également l’assurance chômage. La législation augmente également les fonds fédéraux pour Medicaid, et renforce le financement des programmes d’aide alimentaire.
    Ce sont des mensonges et même les rédacteurs néolibéraux du New York Times les ont dénoncés :

    Vendredi soir, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a célébré la loi sur les coronavirus qui a été adoptée samedi et qui prévoit un congé maladie payé pour les travailleurs américains touchés par la pandémie.

    Elle a négligé de mentionner certains détails.

    En fait, le projet de loi ne garantit un congé de maladie qu’à environ 20 % des travailleurs. Les grands employeurs comme McDonald’s et Amazon ne sont pas tenus d’accorder des congés maladie payés, tandis que les entreprises de moins de 50 employés peuvent demander des exemptions pour difficultés professionnelles à l’administration Trump.

    “Si vous êtes malade, restez chez vous”, a déclaré le vice-président Mike Pence lors d’une conférence de presse samedi après-midi. “Vous ne manquerez pas votre chèque de paie.”

    Mais ce n’est tout simplement pas vrai. Les travailleurs malades devront rester chez eux, mais la législation d’urgence ne garantit pas que la plupart d’entre eux seront payés.
    Lorsque même les sénateurs républicains de droite pensent que le leader démocrate de la Chambre n’est pas assez socialiste, quelque chose a changé :

    Le projet de loi sur l’aide à la Chambre ne va pas assez loin ni assez vite.

    Nous allons faire tout notre possible pour que les travailleurs et les familles touchés reçoivent le plus rapidement possible de l’argent afin que nous puissions tous traverser cette pandémie ensemble.
    Il y a beaucoup plus de mesures nécessaires que ce que prévoit le projet de loi de Pelosi. Le gouvernement doit couvrir tous les coûts des tests de dépistage du virus et des soins relatifs au Covid-19. Il doit accorder des congés maladie à tous ceux qui doivent rester à la maison, quel que soit leur statut professionnel. Ne pas le faire prolongera la crise, car sinon les personnes infectées qui doivent travailler par manque d’argent continueront à propager le virus.

    Les États-Unis et les autres économies auront également besoin d’une incitation pour relancer la demande. Envoyez un chèque de 5 000 dollars à chaque ménage qui gagne moins de 100 000 dollars par an et incluez les sans-abris dans ce chèque. L’argent pourrait être prélevé sur le budget de la défense. Un navire de la marine militaire n’arrêtera jamais une pandémie.

    Le précédent choc social et économique mondial de cette ampleur est survenu après le 11 septembre. La chute des tours a changé le monde. Elle est devenue la justification à des politiques militarisées et des budgets de la défense importants. Cette pandémie entraînera des changements d’une ampleur comparable.

    Les demandes du public et les priorités politiques vont changer. La préparation et la réponse aux crises sanitaires deviendront une nouvelle question prioritaire. La globalisation va se limiter tandis que la coopération mondiale sur les questions de santé augmentera probablement.

    Cette crise n’est pas la fin du monde, mais elle sera à l’origine de changements importants.

    Moon of Alabama

    Le Saker francophone, 18 mars 2020

    Tags : coronavirus, crise financière, dépression, économie, croissance,

  • Coronavirus : bombe à retardement en Afrique?

    Coronavirus, augmentation du nombre de cas en Afrique, peur de la “bombe à retardement” 400 cas dans 30 pays, annulation de vols, fermeture des frontières et des écoles

    Rome, 17 mars (askanews) – L’épidémie de coronavirus n’est plus une menace, mais une réalité pour le continent africain après que le nombre de contagions a augmenté rapidement ces derniers jours, incitant les gouvernements nationaux à adopter des mesures de plus en plus restrictives pour essayer d’arrêter la diffusion dans les pays aux systèmes de santé fragiles et dans une population déjà gravement touchée par le VIH, la tuberculose, Ebola et d’autres maladies infectieuses. “Je crains que ce ne soit une bombe à retardement”, a déclaré à Bruce Bassett, scientifique des données de l’Université du Cap, qui est en train d’analyser les données sur Covid-19 depuis janvier.

    À ce jour, il y en a au moins 30 sur 54 Pays qui ont signalé des cas de contagion, environ 400, principalement importés d’Europe: les plus touchés sont l’Égypte, l’Afrique du Sud, l’Algérie, le Maroc et le Sénégal. “Nous n’avons vraiment aucune idée du comportement de Covid-19 en Afrique”, a prévenu Glenda Gray, pédiatre et chercheuse sur le VIH, présidente du South African Medical Research Council.

    L’Afrique subsaharienne pourrait profiter du fait qu’elle a l’âge moyen le plus bas du monde, moins de 20 ans, par rapport au fait que les enfants tombent rarement malades de Covid-19 et que les jeunes présentent pour la plupart des symptômes bénins. En fait, le risque pour les personnes âgées est plus élevé et en Afrique subsaharienne, seulement 3% de la population a plus de 65 ans. Le pédiatre Gray estime également qu’il est plausible que les températures élevées de nombreux pays africains puissent rendre la propagation du virus plus difficile, soulignant cependant qu’en Afrique du Sud la saison de la grippe commence en avril, quand il fait plus froid, laissant ainsi ouverte la question de savoir si le Covid- 19 peut s’avérer être une maladie saisonnière.

    Il y a d’autres facteurs qui pourraient aggraver la pandémie en Afrique, tout d’abord la fragilité des systèmes de santé locaux, qui n’ont pas la capacité d’aider les patients gravement malades avec Covid-19, c’est-à-dire les unités de soins intensifs et du personnel spécialisé. Mais le continent possède également des villes et des bidonvilles surpeuplés, où il serait difficile d’imposer une distanciation sociale, et la coexistence de plusieurs générations sous un même toit, de sorte que la décision d’imposer l’emprisonnement à domicile peut ne pas être efficace, où les plus anciens seraient encore exposés au danger d’infection.

    Et encore une fois, le parasitologue de l’Université Marien Ngouabi de la République du Congo a expliqué à Science Francine Ntoumi, comment les villageois peuvent être invités à se laver les mains quand il n’y a pas d’eau, ou à utiliser des désinfectants pour les mains lorsque n’y a-t-il pas assez d’argent pour acheter de la nourriture? “Je crains que ce ne soit le chaos”, a-t-il commenté.

    Face à ces questions, les gouvernements africains ont commencé à adopter des mesures de confinement, même si les chiffres de contagion confirmés sont souvent à un chiffre, annulant des vols, fermant des écoles, des lieux de culte. L’Égypte, qui compte 160 cas de contagion et quatre décès, a annoncé la suspension de tous les vols internationaux jusqu’au 31 mars, a fermé des écoles et des universités et a interdit les manifestations publiques de masse. En Afrique du Sud, qui a enregistré 62 cas, le président Cyril Ramaphosa a déclaré la “catastrophe nationale”, suspendant les vols avec les pays les plus touchés par la pandémie de coronavirus, tels que la Chine, l’Iran, l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni et les États-Unis, clôturant écoles et universités, interdisant les fonctions et événements publics. L’Algérie, avec 60 cas d’infection et cinq décès, a également annoncé la suspension des vols avec l’Italie, la France, l’Espagne, la Tunisie, l’Égypte, les Émirats arabes unis, le Qatar et la Jordanie, fermé les écoles et les lieux de culte et suspendu le travaux parlementaires.

    Le Maroc, qui compte 37 cas, a suspendu des vols et fermé des mosquées, des écoles et des lieux publics, tout en créant un fonds spécial d’un milliard de dollars pour couvrir les frais de santé. Samedi dernier, le président du Sénégal, Macky Sall, a annoncé la fermeture des écoles et l’annulation de tous les événements publics pour un mois, annulant également les célébrations du 60e anniversaire de l’indépendance du pays par rapport à la France, le 4 avril. Aujourd’hui, il y a 26 cas dans le pays, deux de plus que la Tunisie, qui a annoncé aujourd’hui la fermeture des frontières et la suspension des vols, après avoir déjà imposé la fermeture anticipée des bars et restaurants et l’interdiction de fréquenter les marchés, les toilettes publiques et les événements publics.

    L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recommandé de tester tout cas suspect de contagion pour freiner la propagation du coronavirus, mais tous les pays africains n’ont pas la possibilité de le faire, en particulier les plus fragiles. Comme la Libye, qui a fermé les frontières et les ports, les écoles et les universités, et interdit les événements publics, bien qu’elle n’ait jusqu’à présent confirmé aucun cas de Covid-19, et où les migrants continuent de partir pour l’Europe, comme en témoigne la 400 personnes interceptées en mer et ramenées à Tripoli ces derniers jours. “Cette maladie va bientôt disparaître, je n’ai donc pas peur d’aller en Europe”, a déclaré un migrant ivoirien, cité par InfoMigrants, avant que l’UE ne décide de fermer les frontières extérieures pendant un mois.

    D’autres États particulièrement vulnérables sont la Somalie, qui a interdit tous les vols internationaux après le premier cas de contagion, et le Soudan qui a déclaré aujourd’hui l’état d’urgence, fermant tous les aéroports et les frontières terrestres et maritimes, après s’être enregistré samedi. le premier cas, avec la mort d’un homme qui est revenu des Émirats arabes unis.

    L’Union africaine (UA) a créé un organisme chargé de gérer l’urgence, les Centres africains de prévention et de contrôle des maladies, qui collabore avec l’OMS pour la distribution de matériel et de fournitures ainsi que la formation du personnel de santé.

    Source : Askanews, 17 mars 2020

    Tags : Afrique, coronavirus, Chine, masques, kits de test,

  • Hundreds of Americans are stuck in Morocco after flight bans. They’re pleading for Washington to help.

    Gayle Guynup, 68, is one of hundreds of U.S. citizens stuck in Morocco, on a vacation they can’t find a way to end. It’s become an all-too-familiar story with international borders closing as governments respond to the coronavirus pandemic, leaving people stranded…

    Read more from the source : The Washington Post

     

     

     

     

    Tags : Morocco, covid 19, coronavirus,

  • Espagne : les marocains payés 50 euros pour retourner en Italie

    Provenant de l’Italie et voulant se rendre au Maroc, 200 marocains se sont vus coincés à Algeciras. Le consul du Maroc a résolu le problème en payant 2000 euros aux chauffeurs des bus et 50 euros à chacun d’eux.

    Les faits ont été racontés par le journal El Español.

    C’est ainsi que le consul «achète» 200 Marocains piégés à Algeciras par la fermeture de la frontière avec des billets de 50 dollars

    Ils se rendaient au Maroc fuyant le coronavirus en Italie, mais Rabat a fermé la frontière. Après 72 heures dans la rue en pleine alarme, ils les ont embarqués dans les bus.

    Le consul général du Maroc à Algeciras, Mohamed Rafaoui, a réussi à renvoyer plus de deux cents Marocains résidant en Italie dans au moins cinq autocars, les achetant avec le paiement de 2000 euros aux conducteurs et de 50 euros à chaque passager. Ils ont été piégés par la fermeture de la frontière entre le Maroc et l’Espagne, décrétée par Rabat jeudi dernier.

    Ces deux cents personnes ont erré, en plein état d’alerte, sans but et sans résidence dans la ville de Cadix après leur arrivée d’Italie, leur pays de résidence, fuyant la pandémie.

    Dans deux vidéos publiées aujourd’hui par EL ESPAÑOL, on voit parfaitement le diplomate marocain, habillé et caché derrière un masque, montant dans les bus accompagné d’un autre fonctionnaire pour payer les chauffeurs en espèces plus que ce qui est autorisé par la loi.

    “Ceci pour le cas où vous avez de quelque chose dans la route”, dit-il au premier passager assis dans le bus tout en lui remettant un billet de 50 euros.

    Et il continue de distribuer, un par un, des billets de 50 euros à tous les passagers, comme on peut le voir dans les deux vidéos.

    Dans les images, enregistrées de l’intérieur de chaque véhicule par l’un des passagers, le diplomate prend deux piles d’euros dans une enveloppe brune et tend au conducteur 2000 euros en billets de 20 et 50 euros. Plus tard, il distribue encore 50 euros à chaque passager sur l’un des bus et dans l’autre cinq billets de 10 euros par personne.

    Etat d’alerte dans la rue

    En même temps qu’il achète les Marocains – auquel leur gouvernement a refusé de les laisser entrer dans leur propre pays – pour qu’ils retournent en Italie, on entend des citoyens protester contre les conditions vécues à Algeciras, depuis leur arrivée le samedi 14 Mars. C’est précisément le jour où l’exécutif espagnol a décrété l’état d’alarme et ordonné le confinement de la population. Ils ont dû dormir une nuit dans la rue, comme leurs dires.

    Ces deux cents personnes, dont une femme enceinte et plusieurs personnes âgées, ont passé trois jours aux portes du consulat, exigeant une solution. Ils venaient de faire le tour de l’Europe en bus depuis l’Italie et la frontière marocaine avait été fermée. En effet, les compagnies maritimes ont paralysé les routes d’Algésiras et de Tarifa à Tanger après l’ordre du roi Mohamed VI de fermer les postes frontières tôt le matin du jeudi au vendredi 13 mars.

    Confrontés à l’urgence sanitaire extrêmement grave déclenchée en Italie, ils se sont rendus au port de Cadix d’Algésiras dans l’espoir de s’embarquer vers leur pays d’origine. Au cours du week-end, des arrivées privées de Marocains d’autres parties du continent européen ont été ajoutées aux arrivées de bus. Depuis la France, la Belgique et les Pays-Bas.

    Des centaines de Marocains pris au piège, entre leur pays fermé et des milliers de kilomètres de chez eux, se sont rendus au consulat de la ville de Cadix, où des scènes de tension avec les autorités, des affrontements et des insultes ont été vécues.

    En pleine intempérie

    Postés aux portes du consulat marocain à Algeciras, ils ont enduré trois jours d’attente et deux nuits à l’air libre. Ils avaient faim et froid, les auberges étaient pleines et ils ne trouvaient pas où dormir.

    En effet, dans la vidéo l’un des passagers précise au consul comment les volontaires leur ont offert de la nourriture, et accuse l’Etat marocain d ‘«abandon» et de les empêcher d’entrer dans leur pays d’origine.

    La mosquée d’Algésiras leur a également refusé un abri; et le maire de la ville, José Ignacio Landaluce, a proposé de les relocaliser au Centre d’accueil temporaire pour étrangers (CATE) de San Roque.

    La vidéo continue, tout comme le consul qui descend l’allée des bus. Et entre les commentaires, continuez avec la distribution de l’argent. Un des passagers rejette les 50 euros, mais il insiste. Un autre Marocain lui explique, avec un accent paysan, qu’il n’a pas de “papiers”, auquel il répond qu’il est temps que les papiers soient arrangés en Italie.

    De plus, le consul conseille aux voyageurs d’avoir “patience et résignation face au problème”, et souligne que ces billets sont “un bon geste de l’Etat [marocain]” envers eux “pour surmonter ces moments délicats”.

    Le responsable qui accompagne le consul a lui aussi des mots pour ses compatriotes et les encourage: «C’est peut-être une bonne option pour rentrer. Parfois c’est comme ça, il n’y a pas de mal si le bien ne vient pas». Et c’est cette solution que le gouvernement de Rabat a négociée, par l’intermédiaire du ministère des Affaires étrangères, après 72 heures au cours desquelles ils ont été abandonnés entre deux pays confinés, a été leur dernière marche, l’exode vers l’Italie.

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  • Maroc : Des arguments pour tromper Ban Ki-moon

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  • Du franc CFA à l’ECO-CFA: changer de symboles, garder le système?

    Après avoir affirmé à Ouagadougou en novembre 2017 que le franc CFA était une “monnaie africaine” et donc un “non-sujet” pour la France, le président Emmanuel Macron est récemment revenu à la réalité sous la pression des mouvements panafricanistes, impatients de voir L’Afrique francophone a rompu les liens coloniaux avec l’ancienne métropole.

    Macron a décidé souverainement de réformer la dernière monnaie coloniale encore en circulation sur le continent africain. “C’est en écoutant votre jeunesse que j’ai voulu entamer cette réforme”, a-t-il déclaré à Abidjan, le 21 décembre 2019, avec le président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, à ses côtés.

    Premièrement, le nom du franc CFA, qui porte l’empreinte de ses origines coloniales (“colonies françaises franc en Afrique”), sera renommé “ECO”, apparemment à partir de juillet 2020 pour les huit pays de l’Union économique et monétaire Afrique de l’Ouest (UEMOA).

    Deuxièmement, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ne sera plus tenue de déposer la moitié de ses réserves de change auprès du Trésor français. Troisièmement, le gouvernement français ne sera plus représenté dans les instances de la BCEAO. Ce sont les annonces du duo Macron-Ouattara.

    Au cours des dernières décennies, la logique des réformes du franc CFA a toujours été de rendre la surveillance monétaire française moins visible. Au début des années 70, la France, portée par une forte demande de décolonisation monétaire, a accepté le transfert des bureaux des banques centrales à Dakar et Yaoundé et l’africanisation de leur personnel.

    Malgré cette «africanisation» des institutions de la zone franc, la France a maintenu le contrôle du système puisque ses représentants disposaient d’un droit de veto dans les organes de la BCEAO et de la BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale) et contrôlaient au moins 65% ses réserves de change, déposées sur un compte spécial ouvert dans les livres du Trésor français, le compte d’opérations.

    Dans les années 2000, le taux de dépôt obligatoire des réserves extérieures a été abaissé à 50%. Les banques centrales de la zone franc sont devenues juridiquement indépendantes de leurs États membres. Cependant, ils sont restés sous le contrôle du Trésor français, dont la réduction du nombre de représentants a été “rééquilibrée” avec la fermeture de leurs statuts. A ce jour, aucune décision statutaire ne peut être prise par la BCEAO et la BEAC sans l’accord du gouvernement français.

    Les réformes annoncées par Macron ne s’écartent pas de cette logique historique. La fermeture du compte de gestion et le retrait du gouvernement français des organes de la BCEAO équivalent à une transition d’un système de contrôle direct vers une forme de contrôle indirect. La politique monétaire et de change en tant que telle n’est pas affectée par ces évolutions.

    Tant que la parité fixe avec l’euro est maintenue, les réserves de change, quelle que soit la forme ou le lieu dans lequel elles sont détenues, serviront principalement à défendre cette parité. Ces réformes ne rendent donc pas la BCEAO plus autonome: elle reste une annexe à la Banque de France, liée à la politique monétaire de la Banque centrale européenne.

    Il convient de souligner que l’absence d’obligation de dépôt de réserves de change auprès du Trésor français n’implique pas nécessairement une rupture des relations financières entre ce dernier et la BCEAO. Dans le cas de la BEAC, la partie non obligatoire des réserves de change était souvent investie en titres du Trésor français.

    Si la France avait vraiment voulu “casser les amarres”, le mettre à Macron, et mettre fin au franc CFA, elle aurait pu tout simplement abolir l’accord de coopération monétaire qui le lie aux pays de l’UEMOA. Mais il a choisi de la renouveler et de conserver son rôle de «garant». Cela implique qu’il reste de facto souverain sur la gestion du franc CFA rebaptisé ECO. Il s’ensuit également que les pays de l’UEMOA restent sous le contrôle indirect des autorités de la zone euro dans la mesure où ils contrôlent la “garantie” de convertibilité censée être fournie par la France.

    Que signifie cette “garantie”? La France promet de jouer le rôle du Fonds monétaire international (FMI) pour les pays qui utilisent le franc CFA en leur fournissant des liquidités en cas de problèmes de paiement extérieur. En particulier, chaque fois que la BCEAO se trouve dans une situation de réserves de change nulles, le Trésor français s’engage à lui prêter les montants souhaités en monnaie française (d’abord le franc français, maintenant l’euro).

    Cependant, le fonctionnement de la BCEAO (et de la BEAC) est mis en place pour que cette situation ne se reproduise que rarement, voire jamais. Dès que ses réserves de change atteignent un niveau critique, il adopte des mesures restrictives – limitant les possibilités de financement des économies de la zone – pour reconstituer ses actifs extérieurs. Grâce à ce mode de gestion, la garantie a rarement été activée pour les pays de l’UEMOA entre 1960 et aujourd’hui.

    La France n’a honoré sa promesse de “garantie” que dans la période 1980-1993. Il l’a fait pour permettre aux entreprises françaises, qui envisageaient une dévaluation du franc CFA, de rapatrier leur capital et leurs revenus. Selon la BCEAO, la “garantie” française à l’époque était d’un montant annuel de 32 milliards de francs CFA, un chiffre relativement négligeable par rapport à une fuite de capitaux estimée en zone franc à 750 milliards de francs CFA uniquement pour les années 1988 -1989.

    Faut-il s’étonner que le montant “zéro” soit systématiquement inscrit en droit financier français sous la “garantie” de convertibilité? Dans un document publié en 2018, intitulé “Gestion des réserves internationales de la CEMAC”, le FMI a noté qu ‘”il existe des incertitudes sur la capacité du Trésor français, qui à son tour doit se conformer aux règles plus larges de la zone euro. offrir ce type de garantie à grande échelle pour une durée indéterminée ».

    Dans ces conditions, comment la France, qui ne respecte pas ses engagements budgétaires au niveau européen, pourrait-elle jouer le rôle de «garant»? Lorsque les pays africains ont des difficultés économiques, comme c’est le cas actuellement dans la zone CEMAC, c’est le FMI qui est appelé par Paris à venir à la rescousse et à imposer des politiques d’austérité qui produisent toujours et partout les mêmes résultats: misère et désolation.

    Lorsque le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, affirme que la “garantie” française permet aux pays de l’UEMA de s’assurer qu’ils pourront toujours financer leurs importations, il montre à Nolens volens son manque de considération pour l’intelligence collective des peuples et des économistes africains. La volonté de maintenir un lien monétaire formel – et donc de garantir les intérêts économiques français – pourrait se passer d’une justification paternaliste ou malhonnête.

    Pourquoi 14 pays de plus de 160 millions d’habitants auraient-ils besoin de la France pour leurs paiements extérieurs alors qu’un petit pays comme la Gambie bat sa monnaie nationale sans chercher la “garantie” d’une puissance extérieure?

    Le concept de «garantie» de convertibilité utilisé par les responsables et partisans français de la relique coloniale est d’autant plus absurde que nous vivons depuis les années 1970 dans une ère post-Gold Standard, dans laquelle la monnaie émise par les États est essentiellement de nature fiduciaire . Force est de constater que la France et les flatteurs du franc CFA peinent encore à sortir du paradigme monétaire du XIXe siècle, le siècle colonial par excellence!

    Les réformes de Macron ne portent que sur certains aspects visibles du colonialisme du franc CFA qui sont devenus particulièrement embarrassants pour la France. Ils ne fournissent pas une base crédible pour parler de la fin du franc CFA. Tant qu’il existe un lien formel de subordination monétaire, tant que le franc CFA / ECO est fermement ancré à l’euro et tant que la Banque de France détient 90% des réserves d’or monétaire de la BCE, le colonialisme monétaire aura encore de beaux jours devant lui. .

    Cependant, ce serait une erreur analytique de croire que les motifs du président Macron sont exclusivement populistes. Ses réformes visent également à contourner le projet d’intégration monétaire tel qu’il a été conçu jusqu’à présent au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

    Les 15 pays de la CEDEAO, dont les huit qui utilisent le franc CFA, avaient choisi le nom ECO pour leur future monnaie unique et avaient accepté de l’appuyer avec un panier de devises. Avant de pouvoir adopter l’ECO, chacun d’eux devait répondre à une série de critères d’entrée (les “critères de convergence”).

    Cependant, selon une récente déclaration du ministre nigérian des Finances, Zainab Ahmed, aucun pays du COEEA n’est éligible à l’ECO en 2020, à l’exception du Togo, qui n’est manifestement pas assez grand pour réaliser seul le projet.

    Au moment où Macron, en présence d’Ouattara, annonçait ses réformes, les chefs d’État de la CEDEAO clôturaient une réunion à Abuja, où ils devaient décider de l’avenir du projet régional de monnaie unique. La libération définitive de la CEDEAO devait accepter le fait accompli: “Cette réforme de la zone monétaire de l’UMAA facilitera son intégration dans la future zone monétaire de la CEDEAO (ECO)”, lit-on dans le communiqué.

    En s’appropriant indûment le nom ECO sans répondre aux critères d’entrée de la zone du même nom, Macron et les pays de l’UEMOA, avec Ouattara en tête, indiquent clairement qu’ils ne se soucient pas de l’intégration monétaire telle qu’envisagée dans le cadre de la CEDEAO. À Abidjan, Macron a appelé par son nom presque tous les pays ouest-africains qui n’utilisent pas le franc CFA pour rejoindre l’UEMOA, à l’exception du Nigeria et du Ghana. Le message est clair: il s’agit d’isoler le géant nigérian et même le Ghana.

    Ce projet n’a rien de nouveau. On le retrouve dans un rapport sur la zone franche de l’ancien ministre français Dominique Strauss-Kahn, publié en 2018. Dans les années 1970, la Côte d’Ivoire et le Sénégal s’étaient déjà alliés à la France pour faire dérailler un projet de réforme monétaire guidée du président nigérian Hamani Diori, destiné à renforcer la coopération monétaire entre les pays de l’Afrique de l’Ouest. Près de cinquante ans plus tard, rien n’a changé visiblement.

    Il faut souligner au passage que le sabotage de la Côte d’Ivoire ne se limite pas au domaine monétaire. En ratifiant un accord de libre-échange intérimaire avec l’Union européenne en 2016, alors que la CEDEAO fonctionne déjà dans le cadre d’une union douanière, elle a également mis en péril l’intégration commerciale régionale.

    Le “kidnapping” de l’ECO par la France et les pays de l’UEMOA a au moins un “mérite”: celui d’avoir mis fin au report récurrent du lancement de la monnaie unique de la CEDEAO. La passivité des chefs d’État de la CEDEAO face à ce détournement d’objectifs est sans doute une conséquence logique du fait qu’ils n’ont jamais pris la peine d’impliquer leurs peuples dans le débat sur l’ECO et de faire un discours véridique.

    Ils ont toujours affirmé que l’ECO – une copie grossière de l’euro qui pose des problèmes similaires au franc CFA en tant que monnaie unique – était faisable et qu’ils faisaient les meilleurs efforts au monde pour le lancer, alors qu’ils auraient dû savoir que la méthodologie des critères de convergence , importé de l’Union européenne, était le meilleur moyen de perpétuer l’immobilité monétaire. Macron et Ouattara, ayant compris l’impasse du CEDEAO, ont profité de la situation.

    Et, bien que triste pour les partisans de la version CEDEAO, le couple franco-ivoirien a rendu un service partiel aux chefs d’Etat de la CEDEAO qui ont logiquement dû annoncer un nouveau report du lancement de l’ECO. Au moins, certains peuvent avoir l’illusion / l’espoir que les choses “bougent” dans la bonne direction pour une fois.

    Dans la mesure où les pays de l’UEMA ont adopté l’ECO sans remplir les critères d’adhésion requis, quel sens aurait-il de demander aux sept autres pays de l’ECOW de les respecter pour faire partie de la zone monétaire de l’ECO? Il est difficile de voir comment le projet de monnaie unique de la CEDEAO se remettra de ce coup de marteau.

    Au revoir franc CFA, longue vie à l’ECO CFA!

    Sans aucun doute, une telle entreprise poussera le gouvernement français à envisager avec bonne volonté les ambitions éventuelles d’un troisième mandat de certains dirigeants actuels des pays de l’UEMOA.

    Les réformes de Macron n’entraîneront aucun changement significatif dans la conduite de la politique économique ou la situation matérielle de la population. Il est cependant ironique que des réformes ayant une signification essentiellement symbolique aient échoué précisément au niveau des symboles. Car Macron et Ouattara n’étaient pas les bonnes personnes pour annoncer “la fin du franc CFA”.

    L’annonce aurait eu plus de crédibilité si elle était venue, par exemple, des chefs d’État de la CEDEAO et, peut-être, si elle avait oint le peuple. Voir le président de l’ancienne métropole coloniale “décider” de la fin d’une relique coloniale lors d’une revue des troupes françaises stationnées en Côte d’Ivoire n’est pas le moyen le plus convaincant de décréter la nouvelle mort de la résistante “Françafrique”.

    Cela dit, les nombreux mouvements panafricanistes, intellectuels, économistes, simples citoyens qui se battent pour une deuxième indépendance de l’Afrique peuvent savourer une petite victoire. Ces réformes symboliques sont des concessions qui doivent être pleinement appréciées. La forteresse CFA commence à faiblir. Une bataille vient d’être gagnée. D’autres devront être combattus.

    Sur le plan économique et monétaire, il faudra viser à doter le continent de monnaies souveraines garantissant son indépendance financière. Outre la nécessité de regagner leur souveraineté monétaire formelle vis-à-vis du gouvernement français et du FMI, les pays africains devront également mettre en œuvre des réformes de grande ampleur dans le secteur bancaire et financier, qui continue de fonctionner de manière coloniale malgré le déclin des banques françaises. Ils devront mettre en place des banques centrales «d’agents de développement» avec lesquelles travailler en étroite collaboration pour faciliter le financement des économies, les projets d’industrialisation, la création d’emplois et la transformation écologique. Ils devront essayer d’éviter les emprunts en devises en s’appuyant autant que possible sur la mobilisation des ressources internes.

    Cela implique une rupture avec l’attitude d’organisation de toute politique économique autour de la nécessité d’attirer des «financements extérieurs». Bien sûr, tout cela ne sera pas possible sans une mobilisation permanente des peuples pour demander aux «représentants» / «élus» de garantir un cadre politique plus égalitaire.

    Nous aurions tort de nous arrêter aux symboles et seulement à la réforme monétaire.

    * Economiste et chercheur à la Fondation Rosa Luxemburg à Dakar. Traduction par Andrea Mencarelli (Potere al Popolo) de la note publiée ici.

    Source 

    (Traduction non officielle)

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