{"id":72596,"date":"2020-06-07T15:22:10","date_gmt":"2020-06-07T13:22:10","guid":{"rendered":"http:\/\/moroccomail.fr\/?p=45787"},"modified":"2020-06-07T15:22:10","modified_gmt":"2020-06-07T13:22:10","slug":"il-etait-une-fois-le-8-mai-1945","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/2020\/06\/07\/il-etait-une-fois-le-8-mai-1945\/","title":{"rendered":"Il \u00e9tait une fois, le 8 Mai 1945&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mois de mai symbolise la croissance. C\u2019est aussi le mois du muguet et de l\u2019aub\u00e9pine, respectivement aux fleurs et fruits rouges. Le 8 Mai 1945 est un mardi. Celui de cet ann\u00e9e est aussi un mardi. Que de symboles \u00e9vocateurs et r\u00e9conciliateurs.<br><br>Les manifestations populaires du 8 Mai 1945 et les jours d\u2019apr\u00e8s ont inaugur\u00e9 une \u00e9tape d\u00e9cisive, en termes de croissance du sentiment d\u2019ind\u00e9pendance. Ancr\u00e9 dans ses chim\u00e8res, le syst\u00e8me colonial a r\u00e9agi avec une brutalit\u00e9 arm\u00e9e inou\u00efe, faisant des milliers de morts, de bless\u00e9s \u00e0 vie et d\u2019autres actes inhumains, sur une population revendiquant dans le calme des droits de libert\u00e9s d\u00e9mocratiques li\u00e9s \u00e0 l\u2019euphorie mondiale, f\u00eatant la victoire sur l\u2019Allemagne nazie. Un leurre. Mais aussi, l\u2019ultime phase d\u2019un long processus o\u00f9 l\u2019odeur de souffre devenait de plus en plus insistante. Intense. Une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration survient. Emancipatrice.<br><br><strong>Des actes de courage et de panache<br><\/strong><br>Parmi cette g\u00e9n\u00e9ration, il y a la vie d\u2019un homme qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre relat\u00e9e. C\u2019est un rebelle de naissance. Il est n\u00e9 le lendemain de la d\u00e9mission de son grand-p\u00e8re, de son poste de ca\u00efd de la r\u00e9gion, se trouvant \u00e0 l\u2019extr\u00eame sud du Hodna. On \u00e9tait vers la fin de l\u2019ann\u00e9e 1910. Ce brave homme ne voulait pas jouer le r\u00f4le, comme le lui demandait le commandant du bivouac militaire, de fauteur de troubles entre deux tribus en bonne entente. Accabl\u00e9s, d\u00e9pit\u00e9s, ses parents reprennent le chemin du retour vers leur douar. Apr\u00e8s un harassant voyage, \u00e0 quelques encablures de leur village, dans un \u00eelot oasien inhabit\u00e9 se trouvant en lisi\u00e8re du Chott El Hodna (lac sal\u00e9), la veille d\u2019un 1er Novembre, par une nuit froide, sous l\u2019abri d\u2019un palmier balay\u00e9 par un vent de sable tourbillonnant, sa m\u00e8re en pleurs, secou\u00e9e de douleurs pendant de longues heures, met enfin l\u2019enfant au monde. Ses parents lui donnent le pr\u00e9nom de son grand-p\u00e8re. Il est l\u2019a\u00een\u00e9 et l\u2019unique gar\u00e7on. Son p\u00e8re est devenu un artisan tailleur, sa m\u00e8re, d\u2019origine modeste, l\u2019\u00e9duque dans la nostalgie des temps fastes. Il passe une enfance difficile. Admis au certificat d\u2019\u00e9tudes primaires (CEP) au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, il poursuivit ses \u00e9tudes au c\u00e9l\u00e8bre Jardin d\u2019essai d\u2019Alger. Apr\u00e8s deux ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes, il est embauch\u00e9 comme moniteur horticole, dans une ferme coloniale pr\u00e8s de A\u00efn Taya (Alger). C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il commen\u00e7a \u00e0 mesurer l\u2019injustice sociale sur lui et sur ses concitoyens. De caract\u00e8re fier, il ne tarda pas \u00e0 le manifester, par une bagarre contre un groupe de jeunes colons. On \u00e9tait \u00e0 la veille du d\u00e9clenchement de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. Il est enr\u00f4l\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Energique, persuasif, il ne tarda pas \u00e0 \u00eatre grad\u00e9 sous-officier. Il fait la c\u00e9l\u00e8bre campagne de Cassino en Italie, jusqu\u2019\u00e0 la victoire des Alli\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En mai 1945, il est cantonn\u00e9, avec sa compagnie de tirailleurs alg\u00e9riens, au sud de l\u2019Allemagne. Les d\u00e9p\u00eaches des massacres du 8 Mai et ceux des jours qui suivirent leur parviennent quelque temps apr\u00e8s \u00ab l\u2019accalmie \u00bb. La col\u00e8re de ce rebelle inn\u00e9 atteint le comble. Il appelle tout simplement \u00e0 la mutinerie de 300 soldats alg\u00e9riens, avec le slogan qu\u2019il a lui-m\u00eame con\u00e7u et cri\u00e9 \u00e0 tue-t\u00eate : \u00ab Nous lib\u00e9rons vos m\u00e8res, vous massacrer nos p\u00e8res. \u00bb Apr\u00e8s deux jours d\u2019\u00e9meute, des incidents forts et des bless\u00e9s de part et d\u2019autre, il est mis aux arr\u00eats, puis traduit au tribunal militaire pour faute gravissime : \u00ab fomentateur d\u2019une mutinerie en \u00e9tat de guerre \u00bb. Son colonel intervint pour d\u00e9monter cette accusation, du fait que la guerre est termin\u00e9e, en ajoutant fortement : \u00ab Je t\u00e9moigne que le sergent-chef a prouv\u00e9 sa bravoure et ses capacit\u00e9s de commandement militaire en face de l\u2019ennemi et que, si vous le condamniez, je vous rends mon k\u00e9pi, pour l\u2019utiliser comme pot de chambre \u00bb, en bravant bien sa casquette \u00e0 l\u2019adresse du tribunal. D\u00e9mobilis\u00e9 normalement, il est affect\u00e9 dans un secteur d\u2019am\u00e9lioration rurale (SAR), dans sa r\u00e9gion et se marie. A la fin des ann\u00e9es 1940, il sollicite, un poste de ca\u00efd, en argumentant dans sa requ\u00eate qu\u2019il appartient \u00e0 toute une lign\u00e9e en la mati\u00e8re. Il fut convoqu\u00e9 au Gouvernement g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Alger. Il est re\u00e7u par un fonctionnaire, qui le laisse debout, son livret militaire et le dossier de son grand-p\u00e8re ouverts sur le bureau. L\u2019administrateur de ce corps lui dit d\u2019embl\u00e9e : \u00ab Monsieur, vous feriez un mauvais ca\u00efd. \u00bb \u00ab Tant pis, je le serai chez moi \u00bb, r\u00e9pondit-il et il sortit bruyamment, sans attendre la r\u00e9action dudit agent. Il reprend sa fonction initiale. En 1960, un r\u00e9veillon fut organis\u00e9 au 5e bureau de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise de notre ville. Autour d\u2019une table, il y a le commandant de la place, notre vieil ami et un compagnon. L\u2019officier l\u2019interroge : \u00ab Alors, sergent-chef, la France a bien gagn\u00e9 la guerre sur le terrain, que penses-tu de l\u2019avenir politique du bled ? \u00bb (1). La r\u00e9ponse fusa : \u00ab Une Alg\u00e9rie libre et ind\u00e9pendante, mon colonel. \u00bb Son compagnon, stup\u00e9fait s\u2019attendait aux foudres du ciel ; tout confus, il implore : \u00ab Excusez-le mon colonel, il est so\u00fbl. \u00bb Le lieutenant-colonel, n\u2019\u00e9coutant pas son compagnon, relance la discussion : \u00ab Sans aucun lien avec la France ? Tu penses que c\u2019est concevable ? \u00bb \u00ab Oui, mon colonel, l\u2019Alg\u00e9rie va avoir bon gr\u00e9 mal gr\u00e9, son ind\u00e9pendance totale \u00bb, tout en frappant un coup de poing sur la table de service. Les pr\u00e9sents s\u2019arr\u00eat\u00e8rent de danser. La discussion prend fin. Apr\u00e8s un bon moment de f\u00eate, le saint-cyrien appelle son chauffeur personnel en lui ordonnant : \u00ab Soldat, donnez deux bouteilles de liqueur au sergent-chef, puis, raccompagnez-le chez lui, dans la gaiet\u00e9, ainsi que son compagnon. \u00bb Le sergent-chef n\u2019\u00e9tait pas en \u00e9tat d\u2019ivresse. En juillet 1962, il a \u00e9t\u00e9 malmen\u00e9 l\u00e2chement par les \u00ab martiens \u00bb, de faux combattants z\u00e9l\u00e9s de derni\u00e8re minute, dont il savait beaucoup de choses, sur le pass\u00e9, de certains d\u2019entre eux. Leur dernier m\u00e9fait sur sa personne a \u00e9t\u00e9 son incrimination dans une \u00ab affaire \u00bb de disparition d\u2019un petit sac de 15 kg&#8230; de grains de pin d\u2019Alep (zguigou), de la p\u00e9pini\u00e8re foresti\u00e8re de la ville. Idiote et ridicule accusation. Cette cabale d\u00e9bile le m\u00e8ne, malgr\u00e9 son \u00e2ge avanc\u00e9, en prison pendant plusieurs mois. Sans proc\u00e8s. Enfin, tenu en parodie, le juge prononce au nom du peuple alg\u00e9rien le verdict ; alors, notre vieil ami le stoppe net : \u00ab Vous n\u2019avez pas le droit de me condamner en son nom, car vous l\u2019avez an\u00e9anti ce brave peuple qui est devenu un autre. \u00bb Il \u00e9chappa de peu \u00e0 une autre condamnation, pour outrage \u00e0 magistrat. Il s\u2019en foutait pas mal, son franc-parler \u00e9tant inn\u00e9. Il est lib\u00e9r\u00e9 de suite, mais marqu\u00e9 \u00e0 jamais, plus que toutes les autres \u00e9preuves. Par fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 son profond souhait d\u2019\u00e9crire un essai, sur un fait naturel, qu\u2019il transposait sur la nature humaine, nous relatons bri\u00e8vement la port\u00e9e du sujet. Un jour, il fut attir\u00e9 par des past\u00e8ques, il en ouvrit une, bien rouge, mais au go\u00fbt tr\u00e8s amer. Il observe le champ qui est fortement entour\u00e9 de coloquintes (2). Il d\u00e9duit que ces derni\u00e8res ont crois\u00e9 les past\u00e8ques. D\u2019o\u00f9 ce ph\u00e9nom\u00e8ne, tout \u00e0 fait normal, mais significatif pour lui. L\u2019ann\u00e9e suivante, il d\u00e9racina toutes les coloquintes des lieux et ouvrit par curiosit\u00e9 une d\u2019elles ; il constate que son int\u00e9rieur est rouge comme une past\u00e8que, mais toujours aussi am\u00e8re. Une pollinisation invers\u00e9e. Le titre de l\u2019essai qu\u2019il avait l\u2019intention d\u2019\u00e9crire, mais jamais entam\u00e9 est Coloquinte toujours am\u00e8re. C\u2019est un sujet qui l\u2019a tourment\u00e9 tout le temps. Il \u00e9tait convaincu que la bont\u00e9 et la bravoure sont souvent \u00ab hybrid\u00e9es \u00bb par la vilenie et la l\u00e2chet\u00e9. L\u2019amertume dans tous les cas d\u2019esp\u00e8ces. L\u2019injustice l\u2019avait rendu ainsi aigri. Il me disait aussi que la joie de l\u2019ind\u00e9pendance nationale a \u00e9t\u00e9 vici\u00e9e par l\u2019\u00e2cret\u00e9 des \u00ab martiens \u00bb qu\u2019il qualifiait d\u2019hybrides : le croisement entre l\u2019imposture et la compromission. Un produit hideux. Le Monsieur est hautain mais sympathique, toujours bien habill\u00e9, l\u2019allure pleine de panache militaire, taciturne, solitaire et surtout fonci\u00e8rement sinc\u00e8re. Il repr\u00e9sentait une certaine g\u00e9n\u00e9ration, \u00e9lev\u00e9e dans la culture du respect des sages et des gens \u00e2g\u00e9s. Il \u00e9tait toujours r\u00e9volt\u00e9 contre l\u2019injustice et la d\u00e9ch\u00e9ance des gens nobles. Il est mort vers la fin des ann\u00e9es 1990. En toute dignit\u00e9. Qu\u2019il repose enfin dans la paix \u00e9ternelle. Cette contribution est d\u00e9di\u00e9e \u00e0 sa m\u00e9moire.<br><br><strong>Des le\u00e7ons \u00e0 retenir de cette \u00e9tincelle, 62 ans apr\u00e8s :<br><\/strong><br>\u00ab D\u00e9fendez nos m\u00e9moires ! \u00bb Du martyr, Larbi Ben Mhidi. Donc, les \u00e9v\u00e9nements du 8 Mai 1945 ont \u00e9t\u00e9 l\u2019expression d\u2019un peuple brim\u00e9 par l\u2019injustice du syst\u00e8me colonial, mais aussi par l\u2019incurie des \u00e9lites populistes. Ces derni\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 reconduites, deux ann\u00e9es apr\u00e8s, dans le m\u00eame giron, des leurres par une supercherie \u00ab \u00e9lectorale \u00bb afin d\u2019escamoter les impacts du 8 Mai 1945, mais qui n\u2019arrangeait ni les ultracolonialistes qui ne voulaient pas partager le pouvoir avec les \u00ab indig\u00e8nes \u00bb ; encore moins les patriotes sinc\u00e8res, qui s\u2019inscrivaient d\u00e9j\u00e0 dans un autre sens de l\u2019Histoire. Cependant, cette absurdit\u00e9 avait inaugur\u00e9 le dicton animalier : \u00ab Notre \u00e2ne vaut votre cheval. \u00bb Cela arrangeait les affaires de l\u2019administration coloniale qui voulait vraiment un cheptel, sachant dire oui \u00e0 tout. Et \u00e0 rien. C\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs son mot d\u2019ordre. Pas un cheval \u00ab hennissant \u00bb n\u2019\u00e9tait admis \u00e0 l\u2019\u00e9curie. A moins d\u2019\u00eatre baudet, ne sachant ni hennir ni s\u2019effaroucher, encore moins avoir une assurance dans la d\u00e9marche. Comme tous les hybrides.(3) Devant cette \u00ab fresque zoologique \u00bb, il fallait des hommes hors du \u00ab commun \u00bb pour d\u00e9cider enfin que seule une \u00e9tincelle d\u2019allumette, jet\u00e9e dans un tas de paille tr\u00e8s sec, d\u00e9truirait toute cette repr\u00e9sentation d\u00e9bile (4). Le 8 Mai 1945 fut le grain de souffre ; la d\u00e9claration du 1er Novembre 1954 son b\u00e2tonnet. Et ce fut l\u2019immense brasier d\u00e9truisant tous les mythes \u00ab indig\u00e9no-coloniaux \u00bb (5). Pour un autre sens de l\u2019Histoire. L\u2019une des le\u00e7ons, centrale, qu\u2019on doit conserver de cet \u00e9v\u00e9nement historique fondateur est que l\u2019injustice, le m\u00e9pris, la haine et la ranc\u0153ur entre les gens, li\u00e9s aux m\u00e9diocrit\u00e9s des \u00e9lites nombrilistes, sont les germes potentiels de dissensions et donc de r\u00e9voltes, dans toutes les soci\u00e9t\u00e9s et en tout temps. La seconde instruction, qui nous devons retenir aussi, c\u2019est que les patriotes du 8 Mai 1945 ne parlent pas, de faux et vrais manifestants, comme le font aujourd\u2019hui les \u00ab diff\u00e9rents \u00bb moudjahidine. Le mal originel, connu depuis des lustres, est qu\u2019on a permis \u00e0 cette \u00ab qualit\u00e9 \u00bb d\u2019\u00eatre pourvoyeuse de bas int\u00e9r\u00eats. Les g\u00e9n\u00e9rations montantes ne reconnaissent que le cristallin : \u00ab Par le peuple et pour le peuple. \u00bb Les patriotes t\u00e9moins encore vivants, les historiens sinc\u00e8res et acad\u00e9miciens dans l\u2019esprit devraient, chacun \u00e0 sa mani\u00e8re, retracer notre pass\u00e9 commun, dans tous ses grands et \u00ab petits moments \u00bb. L\u2019imagination sereine de l\u2019esprit, puisant ses inspirations des faits, dans ce cas d\u2019esp\u00e8ce est instructive, objective, car moins conditionn\u00e9e. Alors, \u00e0 ce niveau moral ainsi atteint, les faux et autres usagers de faux se reconna\u00eetront d\u2019eux-m\u00eames. Avant de dormir, en se rasant devant leur miroir, ou bien encore, en prenant leur premier caf\u00e9 de leur mis\u00e9rable journ\u00e9e, effront\u00e9s et bas d\u2019esprit. En face de leurs fant\u00f4mes. Comme dans le film du d\u00e9funt Mohamed Zinet, montrant un officier fran\u00e7ais dans un estaminet, qui s\u2019est retrouv\u00e9 face \u00e0 face avec une de ses victimes, qu\u2019il avait mutil\u00e9e \u00e0 mort. Celle-ci semblait fixer par son regard per\u00e7ant son ancien tortionnaire, qui s\u2019\u00e9touffa et tomba raide mort. En quittant la table, Tahia ya didou prend sa canne&#8230; d\u2019aveugle et s\u2019en alla, sans voir, ni savoir ce qui s\u2019est pass\u00e9. Le film de Zinet fait partie de l\u2019imagination&#8230; Et de l\u2019Histoire. Tout un art. Repose en paix, l\u2019artiste, tu avais tout r\u00e9sum\u00e9 dans cette sc\u00e8ne. Une repentance in\u00e9galable. Un simple \u00ab regard \u00bb aveugle, qui terrasse un molosse en quelques secondes. Il faut le faire. Ceci est notre conclusion, \u00e0 plus d\u2019un titre.<br><br><strong>Notes de renvoi :<br><\/strong><br>1) A partir de 1960, un semblant de \u00ab qui\u00e9tude \u00bb \u00e9tait ressenti. Les diff\u00e9rents rouleaux compresseurs des op\u00e9rations militaires fran\u00e7aises : Oiseau bleu, Challe, Pierres pr\u00e9cieuses, Etincelle, etc. ont fait leurs effets. M\u00eame le couvre-feu a \u00e9t\u00e9 all\u00e9g\u00e9. Le tout, par des actions psychologiques de \u00ab pacification \u00bb, renforc\u00e9es par des projets socio-\u00e9conomiques, qui n\u2019ont profit\u00e9 qu\u2019aux opportunistes et futurs \u00ab martiens \u00bb. En vain.<br>2) En dialecte local \u00ab El Hedj \u00bb, petit melon d\u2019une extr\u00eame amertume, m\u00eame si l\u2019on ajoute des kilos de sucre.<br>3) Un fellah qui n\u2019a que le nom, en r\u00e9alit\u00e9 une \u00ab taupe \u00bb auxiliaire rurale de la police coloniale, goinfrait dans tous les r\u00e2teliers. Lors des \u00ab \u00e9lections na\u00e9geliennes \u00bb, deux partis engag\u00e9s ont ouvert deux \u00ab auges \u00bb. L\u2019un a lou\u00e9 un restaurant gratis, l\u2019autre un caf\u00e9 maure self-service. Alors, notre bonhomme, avec une bedaine prononc\u00e9e, des grosses moustaches \u00e0 la Bismarck, un couvre-chef, du genre spahi (ch\u00e8che sbeissi que l\u2019on d\u00e9signait ainsi) des yeux de bardot, mangeait au restaurant, avec la promesse de donner les voies de sa mechta et, tout juste apr\u00e8s, se dirige au caf\u00e9 en se curant ses grosses dents \u00e9quines, pour prendre une grosse tasse de bon caf\u00e9, \u00ab djezoua \u00bb, avec la m\u00eame promesse.<br>4) La formule historique \u00ab Il suffit d\u2019une \u00e9tincelle de feu, au bon moment \u00bb est du d\u00e9funt dirigeant r\u00e9volutionnaire \u00e9clair\u00e9 et pr\u00e9sident d\u2019Etat, Mohamed Boudiaf. En effet, il \u00e9tait fermement convaincu que ces mascarades coloniales ne s\u2019inscrivaient pas dans le sens de l\u2019histoire. Une \u00e9vidence. Il fut lourdement instruit, par cet artifice, miroit\u00e9 aux \u00e9lites nationalistes de l\u2019\u00e9poque. Il supervisera, au nom du MTLD, les \u00ab \u00e9lections \u00bb de 1947, dans sa r\u00e9gion natale. Il est vite d\u00e9\u00e7u. Fid\u00e8le \u00e0 ses principes, il quitta un douar bouch\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9meri, car manipul\u00e9 par les b\u00e9ni-oui-oui et les zizanies des \u00ab amis \u00bb. En col\u00e8re, d\u00e9sillusionn\u00e9, il retourna \u00e0 M\u2019sila \u00e0 pied sur une distance de plus de&#8230; 20 km. C\u2019est dans son temp\u00e9rament. Quelles furent ses pens\u00e9es au cours de ce long trajet ?<br>5) Dans les ann\u00e9es 1950, un foisonnement mythique est apparu. A chaque bourrasque, \u00e0 chaque grand tonnerre, il y avait toujours quelqu\u2019un, qui venait de voir un immense serpent tomb\u00e9 du ciel. \u00ab Une tama \u00bb, dit-on. Le fantasme d\u2019une puissance, plus grande, que l\u2019oppression coloniale. Une fiction suggestive. Tout le monde, ou presque, se pr\u00e9cipitait vers le lieu o\u00f9 est tomb\u00e9 cet ind\u00e9finissable monstre, avec la conviction pr\u00e9\u00e9tablie que c\u2019est vrai. Bizarrement, dans les Aur\u00e8s, il y a aussi une histoire de serpent mythique, anc\u00eatre de deux tribus antagonistes. Un autre mythe \u00ab indig\u00e9no-colonial \u00bb qui remonte, en fait, \u00e0 la l\u00e9gende de la Kahina et de ses enfants. Si au Maroc, dans les ann\u00e9es 1950, il y avait des personnes qui ont bien vu le d\u00e9funt roi Mohammed V, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la lune, lors de son exil \u00e0 Madagascar ; chez nous, dans mon patelin en tout cas, les gens regardaient les troncs d\u2019arbres, qui semblaient dessiner des polygones \u00e9toil\u00e9s (Nedjma). En fait, des excroissances v\u00e9g\u00e9tatives exsud\u00e9es. Des effets de reflets allusifs. Un fantasme qui s\u2019inspire de \u00ab l\u2019Etoile nord-africaine \u00bb, vivier anticolonial du PPA et bien apr\u00e8s du FLN. On disait aussi que les \u00ab djinns \u00bb ont peur des coups de feu. Du baroud. C\u2019est le bon moment, comme le souhaitait Si Tayeb (le bon) El Watani (patriote) ; le moment propice du frottement du b\u00e2tonnet d\u2019allumette. Illustre enfant de notre quartier et visionnaire du destin de l\u2019Alg\u00e9rie, tu avais vu juste. Cette Alg\u00e9rie que tu voulais, d\u00e8s le d\u00e9but, qu\u2019elle prenne le chemin qu\u2019elle m\u00e9rite, s\u2019est inclin\u00e9e la mort dans l\u2019\u00e2me, devant ton destin. En v\u00e9rit\u00e9, l\u2019Histoire a voulu te faire \u00e9viter, de la voir souffrir, car tu lui as tout donn\u00e9. Notre pays poursuit, malgr\u00e9 tout, sa marche vers son destin et t\u2019avait d\u00e9j\u00e0 b\u00e9ni avant que tu disparaisses. Toute une fid\u00e9lit\u00e9 mutuelle originelle. Imprenable. Repose, enfin, dans la paix \u00e9ternelle. Celle des justes.<br><br>L\u2019auteur est Ing\u00e9nieur agronome<br><br>Ali Brahimi<br>El Watan<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><a href=\"https:\/\/setif.info\/article1874.html\">Source<\/a><\/strong><br><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le mois de mai symbolise la croissance. C\u2019est aussi le mois du muguet et de l\u2019aub\u00e9pine, respectivement aux fleurs et fruits rouges. Le 8 Mai 1945 est un mardi. Celui de cet ann\u00e9e est aussi un mardi. Que de symboles \u00e9vocateurs et r\u00e9conciliateurs. 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