{"id":72543,"date":"2020-05-28T19:51:28","date_gmt":"2020-05-28T17:51:28","guid":{"rendered":"http:\/\/moroccomail.fr\/?p=45660"},"modified":"2020-05-28T19:51:28","modified_gmt":"2020-05-28T17:51:28","slug":"la-fabrique-politique-de-la-violence-policiere-a-propos-des-attaques-contre-camelia-jordana","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/2020\/05\/28\/la-fabrique-politique-de-la-violence-policiere-a-propos-des-attaques-contre-camelia-jordana\/","title":{"rendered":"A propos des attaques contre Cam\u00e9lia Jordana &#8211; La fabrique politique de la violence polici\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La sc\u00e8ne politique et m\u00e9diatique fran\u00e7aise vient de vivre un nouvel acc\u00e8s de fi\u00e8vre id\u00e9ologique pour imposer le point de vue des dominants et  de fr\u00e9n\u00e9sie collective pour silencier une parole critique. Cette fois-ci le d\u00e9clencheur est une d\u00e9claration de la chanteuse Cam\u00e9lia Jordana sur les violences polici\u00e8res lors de l\u2019\u00e9mission \u00ab On n\u2019est pas couch\u00e9 \u00bb de France 2 du 23 mai 2020 : \u00ab  il y a des hommes et des femmes qui se font massacrer quotidiennement en France, tous les jours, pour nulle autre raison que leur couleur de peau [\u2026] Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en s\u00e9curit\u00e9 face \u00e0 un flic, et j\u2019en fait partie. Aujourd\u2019hui j\u2019ai les cheveux d\u00e9fris\u00e9s. Quand j\u2019ai les cheveux fris\u00e9s je ne me sens pas en s\u00e9curit\u00e9 face \u00e0 un flic en France[i]. \u00bb Depuis les d\u00e9clarations fustigeant la chanteuse se sont multipli\u00e9es, les \u00ab chroniqueurs \u00bb et pseudo sp\u00e9cialistes s\u2019en sont donn\u00e9s \u00e0 c\u0153ur joie, l\u2019extr\u00eame-droite a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e sur tous les plateaux pour exprimer son indignation, un syndicat de police a port\u00e9 plainte, etc., et bien s\u00fbr nous avons eu droit \u00e0 une condamnation officielle du gouvernement par la bouche de son ministre de l\u2019int\u00e9rieur. Ce m\u00eame gouvernement n\u2019avait pas trouv\u00e9 n\u00e9cessaire de dire le moindre mot pour r\u00e9agir \u00e0 l\u2019incendie criminel d\u2019un campement Rom le 19 mai ou aux tags islamophobes sur les murs de la mosqu\u00e9e de Cholet deux jours plus tard. Quelle r\u00e9alit\u00e9 cette fi\u00e8vre m\u00e9diatique et politique tente-t-elle d\u2019invisibiliser ?<br><br><strong>Les sympt\u00f4mes d\u2019un cancer politiquement fabriqu\u00e9<br><\/strong><br>La r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9e par la chanteuse n\u2019est ni nouvelle, ni exag\u00e9r\u00e9e. Elle est d\u00e9sormais document\u00e9e par de nombreuses recherches et par autant de rapports d\u2019enqu\u00eates d\u2019associations de d\u00e9fense des droits humains. Elle a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine de multiples r\u00e9voltes collectives des quartiers populaires depuis la fin de la d\u00e9cennie 70 avec comme summum les r\u00e9voltes de novembre 2005 qui voient 400 quartiers populaires de l\u2019hexagone devenir le th\u00e9\u00e2tre d\u2019affrontements entre des jeunes et la police pendant 21 jours. Ces r\u00e9voltes \u00e9taient in\u00e9dites en France comme en Europe tant du fait de leur intensit\u00e9 que de leur dur\u00e9e. Les sociologues Marwan Mohammed et Laurent Mucchielli \u00e9crivaient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 leur propos : \u00ab Quotidiennes, les interactions conflictuelles entre policiers et jeunes de ces quartiers repr\u00e9sentent pour ces derniers un condens\u00e9 et un r\u00e9sum\u00e9 de la violence sociale et politique qu\u2019ils ressentent[ii]. \u00bb Analysant ces r\u00e9voltes sur la ville de Saint-Denis une enqu\u00eate publi\u00e9e en 2006 converge vers ce constat \u00ab  d\u2019exp\u00e9riences \u00ab douloureuses \u00bb avec la police : \u00ab Les rapports conflictuels avec la police sont tr\u00e8s pr\u00e9sents dans les r\u00e9cits qu\u2019ils peuvent faire de leur quotidien. Les r\u00e9cits des contr\u00f4les r\u00e9p\u00e9t\u00e9s et des humiliations subies \u00e0 cette occasion sont omnipr\u00e9sents dans chacune de nos conversations. Cette tension entre les jeunes et la police appara\u00eet tr\u00e8s vite centrale dans le rapport de ces jeunes \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9[iii]. \u00bb Un rapport d\u2019Amnesty International publi\u00e9 en 2005 qui se penche sur trente exemples  de violences polici\u00e8res porte le titre \u00e9loquent suivant : \u00ab France : Pour une v\u00e9ritable justice. Mettre fin \u00e0 l\u2019impunit\u00e9 de fait des agents de la force publique dans des cas de coups de feu, de morts en garde \u00e0 vue, de torture et autres mauvais traitements[iv]. \u00bb<br><br>Enfin des initiatives militantes se sont attach\u00e9es \u00e0 quantifier le nombre de victimes de ces violences polici\u00e8res inscrites dans la longue dur\u00e9e. Le magazine \u00ab Bastamag \u00bb recense ainsi 676 morts en 43 ans \u00ab \u00e0 la suite d\u2019interventions polici\u00e8res ou du fait d\u2019un agent des forces de l\u2019ordre[v] \u00bb. Enfin ces violences polici\u00e8res ne touchent pas indiff\u00e9remment tous les citoyens. La couleur de la peau, le lieu de r\u00e9sidence et l\u2019\u00e2ge sp\u00e9cifient les victimes. Un rapport de l\u2019ACAT (Action des chr\u00e9tiens pour l\u2019abolition de la torture) portant sur la p\u00e9riode 2005\/2015 r\u00e9sume le profil des victimes comme suit : \u00ab D\u2019apr\u00e8s les donn\u00e9es recueillies par l\u2019ACAT, les membres de minorit\u00e9s visibles repr\u00e9sentent toujours une part importante des personnes victimes. C\u2019est particuli\u00e8rement le cas concernant les d\u00e9c\u00e8s. Sur les 26 d\u00e9c\u00e8s survenus dans le cadre d\u2019op\u00e9rations de police ou de gendarmerie et examin\u00e9s par l\u2019ACAT, au moins 22 concernaient des personnes issues de minorit\u00e9s visibles[vi]. \u00bb Le m\u00eame rapport indique que 38 % des victimes ont moins de 25 ans et 75 % moins de 35 ans. Si la violence subie par les Gilets Jaunes a permis de visibiliser l\u2019existence de ces pratiques scandaleuses, elle ne constitue que l\u2019extension de pratiques banalis\u00e9es que subissent les jeunes des quartiers populaires en g\u00e9n\u00e9ral et les Noirs et les Arabes en particulier. Tant sur le plan quantitatif que sur celui de la sp\u00e9cificit\u00e9 des victimes Cam\u00e9lia Jordana n\u2019a fait que rappeler une r\u00e9alit\u00e9 av\u00e9r\u00e9e.<br><br>A ces violences polici\u00e8res directes, il convient d\u2019ajouter d\u2019autres pratiques destructrices  \u00ab indirectes \u00bb c\u2019est-\u00e0-dire ne se traduisant pas par l\u2019usage de la force physique. Du tutoiement au contr\u00f4le au faci\u00e8s \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition en passant par l\u2019amende abusive, du harc\u00e8lement \u00e0 l\u2019humiliation en passant par l\u2019injure raciste et\/ou sexiste, cette violence atmosph\u00e9rique est une des dimensions de la socialisation des jeunes des quartiers populaires. Elle caract\u00e9rise leur quotidiennet\u00e9. Elle marque durablement leur rapport au monde et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Elle s\u2019int\u00e8gre dans leur subjectivit\u00e9. Elle d\u00e9termine leurs r\u00e9actions. Elle produit un sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 lors des interactions [et m\u00eame lors du simple croisement] avec les repr\u00e9sentants des \u00ab forces de l\u2019ordre \u00bb. Ces pratiques sont, tout autant document\u00e9es que les violences polici\u00e8res directes. Comme le souligne le sociologue Didier Lapeyronnie cette exp\u00e9rience particuli\u00e8re du rapport \u00e0 la police est d\u00e9crite massivement dans de nombreuses enqu\u00eates :<br><br> La police et plus g\u00e9n\u00e9ralement les institutions r\u00e9pressives exercent une forte pression sur leur existence quotidienne, non pour les prot\u00e9ger, mais pour r\u00e9primer leur mode de vie, ou les tenir enferm\u00e9s dans le ghetto. Comme un peu partout dans les cit\u00e9s de banlieue en France, les contr\u00f4les d\u2019identit\u00e9 r\u00e9p\u00e9titifs et arbitraires cr\u00e9ent une forte tension. Le tutoiement syst\u00e9matique, les insultes et les menaces parfois, l\u2019attitude g\u00e9n\u00e9rale des policiers, les contr\u00f4les au faci\u00e8s, les descentes brutales en grand nombre et en force engendrent une tension quasi permanente. L\u2019ensemble des jeunes du quartier, qu\u2019ils soient ou non impliqu\u00e9s dans la d\u00e9linquance, a une image extr\u00eamement n\u00e9gative de la police, si ce n\u2019est violemment hostile. La police incarne un pouvoir arbitraire, brutal et cynique. Dans tous les t\u00e9moignages aussi, les policiers sont accus\u00e9s de tenir des propos racistes.[vii]<br><br>Cette \u00ab atmosph\u00e8re \u00bb qui fait partie de la quotidiennet\u00e9 des quartiers populaires est largement sous-estim\u00e9e par ceux qui n\u2019y habitent pas [ou qui n\u2019y ont jamais habit\u00e9]  et en cons\u00e9quence ne l\u2019ont pas subie dans leur chair et dans leur \u00e2me. Il s\u2019agit bien de \u00ab chair \u00bb [c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019atteinte au corps] et d\u2019 \u00ab \u00e2me \u00bb [c\u2019est\u2014\u00e0-dire d\u2019atteinte \u00e0 l\u2019image de soi]. Le tutoiement [sans assentiment bien s\u00fbr] par exemple que l\u2019on ne peut, bien entendu, pas r\u00e9duire \u00e0 une dimension linguistique est per\u00e7u pour ce qu\u2019il est r\u00e9ellement : un processus d\u2019inf\u00e9riorisation et de rappel d\u2019une place assign\u00e9e. Le sociologue Alex Albert qui a travaill\u00e9 sur les fonctions du tutoiement dans les relations de travail \u00e0 partir du concept de \u00ab domination rapproch\u00e9e[viii] \u00bb rappelle sur cet aspect l\u2019\u00e9tat des recherches : \u00ab Les enqu\u00eates ethnographiques soulignent que les policiers et les gendarmes font du tutoiement le marqueur d\u2019un rapport de forces leur \u00e9tant favorable, et l\u2019utilisent notamment en interrogatoire comme outil de pression et symbole de \u00ab domination \u00bb (Jobard, 2002 ; Gauthier, 2010)[ix]. \u00bb La palpation dite de \u00ab s\u00e9curit\u00e9 \u00bb est pour sa part une atteinte au corps et \u00e0 la dignit\u00e9 des personnes. Constatant la banalisation et la g\u00e9n\u00e9ralisation de cette pratique le d\u00e9fenseur des droits souligne : \u00ab Le D\u00e9fenseur des droits rappelle que la palpation de s\u00e9curit\u00e9 pratiqu\u00e9e de fa\u00e7on syst\u00e9matique au cours d\u2019un contr\u00f4le d\u2019identit\u00e9 [\u2026] constitue une atteinte \u00e0 la dignit\u00e9 humaine disproportionn\u00e9e par rapport au but \u00e0 atteindre[x]. \u00bb<br><br>Nous sommes bien devant une pression signifiant une volont\u00e9 d\u2019imposer une emprise physique et psychique par la force. Nous pourrions ajouter d\u2019autres dimensions signifiant cette \u00ab violence atmosph\u00e9rique[xi] \u00bb : \u00e9quipements de guerre lors des patrouilles de certains corps de police dans les quartiers populaires, op\u00e9rations \u00ab coup de poing \u00bb sur le mod\u00e8le du raid militaire d\u2019occupation d\u2019un territoire, etc. Cette pression est r\u00e9currente et on ne peut pas y \u00e9chapper.  Un seul exemple quantitatif suffit \u00e0 illustrer l\u2019ampleur de cette violence atmosph\u00e9rique : Les jeunes hommes \u00ab per\u00e7us comme noirs ou arabes \u00bb ont \u00ab une probabilit\u00e9 20 fois plus \u00e9lev\u00e9e que les autres d\u2019\u00eatre contr\u00f4l\u00e9s[xii] \u00bb d\u00e9montre une \u00e9tude du d\u00e9fenseur des droits publi\u00e9e en 2016. Aucune compr\u00e9hension des attitudes et comportements des jeunes h\u00e9ritiers de l\u2019immigration des quartiers populaires  [Fuite sans raison \u00e0 l\u2019approche de la police, attitudes r\u00e9actives de d\u00e9fi pour signifier le refus de la place assign\u00e9e, tutoiement de la police pour r\u00e9tablir symboliquement une relation \u00e9galitaire, etc.] n\u2019est possible si l\u2019on occulte cette \u00ab atmosph\u00e8re \u00bb. Ces attitudes et comportements sont \u00e0 la fois des fuites d\u2019un risque et d\u2019un danger r\u00e9el [dont t\u00e9moigne le nombre de crimes policiers de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies] et une r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019humiliation ou une r\u00e9affirmation de la dignit\u00e9 menac\u00e9e. A juste titre l\u2019association Human Rights Watch titre un de ses rapports sur les contr\u00f4les au faci\u00e8s en France : \u00ab La base de l\u2019humiliation[xiii] \u00bb. L\u2019image choquante de lyc\u00e9ens contraints par la police de s\u2019agenouiller les mains sur la t\u00eate en d\u00e9cembre 2018 a, \u00e0 juste titre, suscit\u00e9 une indignation publique importante. Une telle situation n\u2019a \u00e9t\u00e9 possible que parce que l\u2019habitude d\u2019humilier est d\u00e9j\u00e0 ancienne et multiforme dans les quartiers populaires.<br><br>Cam\u00e9lia Jordana n\u2019a fait que rappeler une r\u00e9alit\u00e9 ind\u00e9niable, document\u00e9e et d\u00e9nonc\u00e9e depuis longtemps. L\u2019ampleur du d\u00e9ni de cette r\u00e9alit\u00e9 constitue une violence suppl\u00e9mentaire. Il participe de la fabrique politique de la violence polici\u00e8re.<br><br><strong>La fabrique politique de la violence polici\u00e8re <br><\/strong><br>Le constat \u00e9tant pos\u00e9, les sympt\u00f4mes \u00e9tant relev\u00e9s, il reste \u00e0 poser un diagnostic. Sans \u00eatre exhaustif plusieurs dimensions m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre soulign\u00e9es en raison de leur convergence vers la production et la reproduction d\u2019un syst\u00e8me. Nous ne sommes pas en pr\u00e9sence d\u2019un projet d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 machiav\u00e9lique des gouvernements de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies mais d\u2019une fabrique historique et pragmatique [dans laquelle interviennent des h\u00e9ritages de culture institutionnelle li\u00e9s \u00e0 l\u2019histoire longue de l\u2019institution polici\u00e8re, des strat\u00e9gies d\u2019acteurs sp\u00e9cifiques comme l\u2019extr\u00eame-droite et sa strat\u00e9gie d\u2019infiltration de la police, des choix \u00e9lectoralistes pour flatter une \u00ab demande s\u00e9curitaire \u00bb issue de la massification de la paup\u00e9risation et de la pr\u00e9carisation, etc.] d\u2019un syst\u00e8me de violences polici\u00e8res tellement ancr\u00e9 et banalis\u00e9 qu\u2019il dispose d\u00e9sormais d\u2019une certaine autonomie y compris vis-\u00e0-vis du pouvoir politique comme plus globalement du champ politique [Comme en t\u00e9moigne par exemple le pouvoir de pression des syndicats de policiers].<br><br><strong>Un h\u00e9ritage du temps long<br><\/strong>A l\u2019occasion des comm\u00e9morations de la victoire contre le nazisme, le ministre de l\u2019int\u00e9rieur Christophe Castaner rend hommage \u00e0 la police comme suit : \u00abPartout en France, des policiers ont pris le maquis. Partout en France, des policiers ont guett\u00e9 l\u2019ennemi, traqu\u00e9 la haine, combattu l\u2019oppression. Partout en France, des policiers ont fait le choix de la r\u00e9sistance. \u00bb Une telle pr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9 historique est partielle et partiale. Elle occulte la collaboration massive de l\u2019institution polici\u00e8re \u00e0 la r\u00e9pression p\u00e9tainiste et nazie, ainsi que la collaboration \u00e0 la d\u00e9portation. \u00ab Si des policiers se sont engag\u00e9s dans la R\u00e9sistance, c\u2019est en d\u00e9sob\u00e9issant \u00e0 leur hi\u00e9rarchie et \u00e0 la politique du gouvernement. [\u2026] Ce que l\u2019on peut dire, c\u2019est qu\u2019une minorit\u00e9 de policiers s\u2019est engag\u00e9e dans la R\u00e9sistance, comme dans l\u2019ensemble de la population. Mais cette minorit\u00e9 de policiers s\u2019est aussi heurt\u00e9e \u00e0 une culture professionnelle qui est celle de l\u2019ob\u00e9issance[xiv] \u00bb corrige l\u2019historien Christian Chevandier.<br><br>R\u00e9cemment d\u00e9c\u00e9d\u00e9 Raymond Gur\u00eame, un des acteurs de la r\u00e9sistance Tsigane rappelle d\u00e8s les premi\u00e8res lignes de l\u2019avant-propos de son livre de m\u00e9moire que \u00ab ce sont des fonctionnaires fran\u00e7ais qui encadraient les camps d\u2019internement pour \u00ab nomades \u00bb, aucun Allemand n\u2019\u00e9tait en vue \u00bb et explique sa volont\u00e9 de t\u00e9moigner comme suit : \u00ab Soixante-dix ans apr\u00e8s les \u00e9v\u00e8nements, je parle ici, pour saluer la m\u00e9moire de ceux que la France a broy\u00e9s et oubli\u00e9s[xv]. \u00bb Maurice Rajsfus, lui aussi t\u00e9moin de l\u2019\u00e9poque confirme les m\u00eames pratiques pour la d\u00e9portation des Juifs comme en t\u00e9moigne les titres sans ambigu\u00eft\u00e9 de deux de ses livres[xvi]. Une telle participation massive n\u2019a d\u00e9bouch\u00e9e que sur des mesures minoritaires de sanction \u00e0 la Lib\u00e9ration. L\u2019historien Jean-Marc Berli\u00e8re donne les indications quantitatives suivantes pour la pr\u00e9fecture de Paris [celle dont les agents ont ex\u00e9cut\u00e9s les rafles sinistres] : 20 % d\u2019agents sanctionn\u00e9s soit 3939 policiers et seulement 770 r\u00e9vocations[xvii]. L\u2019institution polici\u00e8re sort globalement identique de la p\u00e9riode. Les habitudes, les repr\u00e9sentations, les routines, les pratiques, etc., peuvent ais\u00e9ment se reproduire sur cette base mat\u00e9rielle et humaine en s\u2019adaptant au nouveau rapport de forces id\u00e9ologique.<br><br>Un tel h\u00e9ritage sera constitutif d\u2019une pr\u00e9disposition \u00e0 ob\u00e9ir pendant la guerre d\u2019Alg\u00e9rie c\u2019est-\u00e0-dire pendant une s\u00e9quence institutionnelle qui banalise la surveillance et le contr\u00f4le au faci\u00e8s d\u2019une part et la torture et la r\u00e9pression \u00e0 grande \u00e9chelle d\u2019autre part.  Le politologue Emmanuel Blanchard[xviii] a restitu\u00e9 dans son excellent ouvrage le rapport particulier entre la police et les \u00ab Fran\u00e7ais Musulmans d\u2019Alg\u00e9rie \u00bb (FMA) : recr\u00e9ation de structures polici\u00e8res sp\u00e9cifiques en ao\u00fbt 1953 [elles avaient \u00e9t\u00e9 dissoutes \u00e0 la lib\u00e9ration] c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une police d\u2019exception d\u00e9nomm\u00e9e \u00ab Brigades des Agressions et Violences \u00bb [BAV], pratique r\u00e9guli\u00e8re de rafles et de bouclages des territoires o\u00f9 r\u00e9sident les FMA , fichage sp\u00e9cifique, arrestations pr\u00e9ventives, contr\u00f4les au faci\u00e8s, couvre-feux r\u00e9serv\u00e9 uniquement aux FMA en 1958 puis en 1961, etc. D\u00e9crivant ces pratiques polici\u00e8res, l\u2019historien Jean-Marc Berli\u00e8re rappelle : \u00ab Tandis que les Compagnies d\u2019intervention, dites \u00ab de district \u00bb accomplissaient leurs missions de maintien de l\u2019ordre avec une \u00ab brutalit\u00e9 erratique \u00bb et une violence qui pr\u00e9sentent une constante des policiers de la Pr\u00e9fecture de police [\u2026] la Police municipale dans la tradition de l\u2019Occupation, met en \u0153uvre tout un travail de police \u00ab pr\u00e9ventive \u00bb[xix]. \u00bb Si on ne peut, bien s\u00fbr, confondre la situation de l\u2019\u00e9poque et celle d\u2019aujourd\u2019hui, force est de constater l\u2019existence de similitudes importantes.<br><br>Ces \u00e9l\u00e9ments de continuit\u00e9 des pratiques polici\u00e8res de l\u2019\u00e9poque coloniale \u00e0 aujourd\u2019hui s\u2019expliquent par la continuit\u00e9 de la structure institutionnelle qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 remise en cause au moment des ind\u00e9pendances. Ils s\u2019expliquent \u00e9galement par la continuit\u00e9 des personnels. En effet la fin de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie signifie \u00e9galement le retour dans l\u2019hexagone des policiers et CRS d\u2019Alg\u00e9rie. Plus globalement des milliers d\u2019agents ont \u00e9t\u00e9 affect\u00e9s dans la colonie pour des dur\u00e9es variables pendant l\u2019ensemble de la guerre. Soulignons \u00e9galement qu\u2019\u00e0 partir de la d\u00e9cennie 50 l\u2019institution polici\u00e8re est le lieu d\u2019une hausse importante du recrutement li\u00e9e aux d\u00e9parts \u00e0 la retraite. De nombreux appel\u00e9s de retour d\u2019Alg\u00e9rie se reconvertiront ainsi dans la police. Enfin m\u00eame les agents n\u2019ayant jamais mis les pieds en Alg\u00e9rie ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 la guerre qui s\u2019est, on l\u2019oublie trop souvent, \u00e9galement d\u00e9roul\u00e9e dans l\u2019hexagone. \u00ab A cette \u00e9poque, explique la sociologue Fran\u00e7oise de Barros, une part importante des nouveaux gardiens de la paix parisiens, eux-m\u00eames en nette augmentation, sont susceptibles d\u2019avoir une exp\u00e9rience non pas tant de l\u2019Alg\u00e9rie que de la guerre d\u2019ind\u00e9pendance et donc de ses violences extr\u00eames[xx] \u00bb. La long\u00e9vit\u00e9 professionnelle d\u2019un Papon indique que la continuit\u00e9 est identique pour la hi\u00e9rarchie. La continuit\u00e9 des pratiques a une base mat\u00e9rielle, structurelle et culturelle qui irrigue l\u2019ensemble de l\u2019institution, certes de mani\u00e8re diff\u00e9renci\u00e9e selon les r\u00e9gions mais de mani\u00e8re pr\u00e9gnante dans les grandes agglom\u00e9rations. La \u00ab culture \u00bb professionnelles, le rapport \u00e0 certaines populations, les habitus, la conception du m\u00e9tier et des objectifs de la profession, les contenus de formation, etc., ne peuvent pas ne pas \u00eatre influenc\u00e9s par cette \u00ab m\u00e9moire incorpor\u00e9e \u00bb c\u2019est-\u00e0-dire, explique le sociologue et anthropologue Didier Fassin, par l\u2019inscription \u00ab de l\u2019histoire [\u2026] dans les interstices de la vie quotidienne, dans les discours et les actes, dans les repr\u00e9sentations et les pratiques[xxi] \u00bb.<br><br><strong>Contr\u00f4ler les \u00ab classes dangereuses \u00bb<br><\/strong>Un tel h\u00e9ritage ne peut cependant pas perdurer aussi longtemps sous le seul effet de la reproduction institutionnelle syst\u00e9mique. C\u2019est aussi le lien avec le contexte politique global qui explique qu\u2019un h\u00e9ritage perdure ou s\u2019amenuise, se reproduit ou mute, s\u2019inscrit dans la dur\u00e9e ou s\u2019amenuise avec le temps. A l\u2019h\u00e9ritage raciste fond\u00e9 pendant la colonisation, exacerb\u00e9 pendant la guerre d\u2019Alg\u00e9rie et concr\u00e9tis\u00e9 par une socialisation guerri\u00e8re des agents, se sont greff\u00e9 les politiques s\u00e9curitaires contemporaines en direction des quartiers populaires. Celles-ci sont historiquement rep\u00e9rables dans l\u2019\u00e9mergence du th\u00e8me de l\u2019 \u00ab ins\u00e9curit\u00e9 \u00bb dans le d\u00e9bat politique \u00e9lectoral \u00e0 partir du milieu de la d\u00e9cennie 70 c\u2019est-\u00e0-dire au moment o\u00f9 la demande d\u2019\u00e9galit\u00e9 des h\u00e9ritiers fran\u00e7ais de l\u2019immigration postcoloniale \u00e9merge. Jusque-l\u00e0 invisibles et invisibilis\u00e9s comme leurs parents, cette nouvelle g\u00e9n\u00e9ration entre en r\u00e9volte contre les discriminations racistes qu\u2019ils d\u00e9couvrent en sortant de l\u2019enfance sur les diff\u00e9rents march\u00e9s des biens rares (logement, travail, formation, etc.). Par l\u2019art, la contestation pacifique [qui aura comme summum la marche pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 de 1983] mais aussi la r\u00e9volte sociale [Individuelle par les attitudes et comportements revendicatifs par rapports aux institutions, de groupes sous la forme des \u00ab rod\u00e9os \u00bb de la d\u00e9cennie 80 ou collective sous la forme des r\u00e9volte de quartiers avec comme point d\u2019orgue la r\u00e9volte de novembre 2005] ces fran\u00e7ais exigent un traitement \u00e9galitaire.<br><br>Les choix \u00e9conomiques n\u00e9olib\u00e9raux qui s\u2019enclenchent \u00e0 partir de 1983 ferment la porte \u00e0 toute r\u00e9ponse politique structurelle \u00e0 ces in\u00e9galit\u00e9s et discriminations massives. Le cycle des politiques s\u00e9curitaires en direction des quartiers populaires se d\u00e9ploie \u00e0 droite bien s\u00fbr mais \u00e9galement dans une partie non n\u00e9gligeable de la \u00ab gauche \u00bb qui consid\u00e8re d\u00e9sormais qu\u2019il ne faut plus parler de \u00ab causes sociales \u00bb et qu\u2019il faut cesser d\u2019 \u00ab accorder aux d\u00e9linquants des excuses absolutoires pour cause de pauvret\u00e9 ou d\u2019immigration [xxii] \u00bb selon les mots de Chev\u00e8nement. Il ne reste d\u00e8s lors qu\u2019une orientation possible r\u00e9sum\u00e9e par le titre du livre coordonn\u00e9e par Laurent Mucchielli en 2008 : \u00ab La fr\u00e9n\u00e9sie s\u00e9curitaire: Retour \u00e0 l\u2019ordre et nouveau contr\u00f4le social[xxiii]. \u00bb La logique dominante discursive et pratique se traduira sous la forme de cinq tendances que cet auteur nomme : dramatisation, criminalisation, d\u00e9shumanisation, disciplinarisation et d\u00e9socialisation. Concernant les missions de la police dans les quartiers populaires le mod\u00e8le assum\u00e9 devient de mani\u00e8re grandissante celui de la \u00ab guerre int\u00e9rieure \u00bb. Le sociologue Mathieu Rigouste r\u00e9sume comme suit cette logique de guerre enclench\u00e9e depuis le d\u00e9but de la d\u00e9cennie 90 :<br><br>La r\u00e9pression des r\u00e9voltes de l\u2019automne 2005 a d\u00e9termin\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re l\u2019intensification et la diversification de m\u00e9canismes amorc\u00e9s et exp\u00e9riment\u00e9s depuis d\u00e9j\u00e0 une d\u00e9cennie. Les quartiers populaires s\u00e9gr\u00e9gu\u00e9s servaient de territoire d\u2019exp\u00e9rimentation pour l\u2019importation de la guerre urbaine et du contr\u00f4le des foules dans le maintien de l\u2019ordre, depuis les \u00e9meutes de Villeurbanne au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Leur traitement m\u00e9diatico-politique aura permis de l\u00e9gitimer l\u2019\u00e9mulation d\u2019un processus de fusion des techniques polici\u00e8res et militaires dans le quadrillage des territoires d\u2019exception. Cette dynamique s\u2019inscrivait d\u00e9j\u00e0 dans la red\u00e9finition et le red\u00e9ploiement de la gendarmerie \u2013 structure de statut militaire \u2013 et une superposition des maillages de s\u00e9curit\u00e9 et de d\u00e9fense sur les zones grises[xxiv].<br><br>A l\u2019ancien mod\u00e8le de sur-surveillance de certaines populations conduisant d\u00e9j\u00e0 au contr\u00f4le au faci\u00e8s \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition et aux violences polici\u00e8res se cumule d\u00e9sormais un mod\u00e8le de \u00ab conqu\u00eate territoriale \u00bb conduisant logiquement \u00e0 une hausse de ces m\u00eames violences. Car une telle volont\u00e9 de contr\u00f4le d\u2019une population et de ses territoires d\u2019habitation suppose des missions nouvelles pour les agents des forces de l\u2019ordre. Le reste en d\u00e9coule : cr\u00e9ation de nouvelles unit\u00e9s sp\u00e9cialis\u00e9es (Brigades R\u00e9gionales d\u2019Enqu\u00eates et de coordination- BREC, Brigade anti-criminalit\u00e9 \u2013 BAC), multiplication des contr\u00f4les d\u2019identit\u00e9, surarmement, militarisation de l\u2019armement policier, op\u00e9rations coup de poing, banalisation des fouilles et palpations, etc. On comprend mieux d\u00e8s lors comment l\u2019h\u00e9ritage policier li\u00e9 \u00e0 l\u2018\u00e9poque coloniale a pu perdurer en d\u00e9pit du temps qui passe.<br><br><strong>L\u2019infiltration de l\u2019extr\u00eame-droite<br><\/strong>Si la centralit\u00e9 du th\u00e8me de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 ne peut pas se r\u00e9sumer \u00e0 l\u2019action de l\u2019extr\u00eame-droite, celle-ci a cependant occup\u00e9e une place non n\u00e9gligeable dans son installation. Port\u00e9e par les choix s\u00e9curitaires des diff\u00e9rents gouvernements depuis de nombreuses d\u00e9cennies, l\u2019extr\u00eame-droite d\u00e9veloppe une strat\u00e9gie autonome d\u2019enracinement dans la police qui est, selon nous, un troisi\u00e8me facteur du caract\u00e8re devenu syst\u00e9mique des violences polici\u00e8res qui se surajoute aux deux pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9s. L\u2019impact id\u00e9ologique et organisationnel grandissant de celle-ci dans l\u2019institution polici\u00e8re est rep\u00e9rable \u00e0 la fois dans l\u2019\u00e9volution des votes aux diff\u00e9rentes \u00e9lections politiques, dans ceux des scrutins syndicaux et dans d\u2019autres expressions publiques inqui\u00e9tantes. Une enqu\u00eate du Cevipof de 2016 pr\u00e9cise que 51.5 %  des policiers et militaires d\u00e9clare avoir vot\u00e9 Front National aux r\u00e9gionales de 2015 [contre 30 % \u00e0 la pr\u00e9sidentielle de 2012][xxv].<br><br>Concernant le poids syndical seule la F\u00e9d\u00e9ration professionnelle ind\u00e9pendante de la police (FPIP) est classiquement class\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00eame-droite ce qui, compte-tenu de ses scores [1.2 % aux \u00e9lections professionnelles de 2018], semble attester d\u2019une faible influence syndicale. Une telle conclusion sous-estime la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019influence de l\u2019extr\u00eame-droite. \u00ab Le taux de syndicalisation \u00e9tant tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 au sein de la police et sachant que les syndicats jouent un grand r\u00f4le dans les promotions [\u2026] de nombreux policiers ouvertement d\u2019extr\u00eame droite se sont syndiqu\u00e9s aupr\u00e8s d\u2019une grande centrale plut\u00f4t qu\u2019un syndicat minoritaire d\u2019extr\u00eame droite \u00bb explique un article du site \u00ab Quartiers Libres \u00bb consacr\u00e9 \u00e0 la \u00ab radicalisation polici\u00e8re[xxvi] \u00bb. Les syndicats Alliance et Synergie-Officiers, habituellement class\u00e9s \u00e0 droite recueillent les voix de ces agents d\u2019extr\u00eame \u2013droite comme en t\u00e9moigne leurs d\u00e9clarations publiques et prises de position[xxvii].<br><br>Mais se sont d\u2019autres facteurs, moins quantifiables, qui permettent de mesurer l\u2019infiltration de l\u2019extr\u00eame-droite dans la police. Le premier est la pratique de rassemblements publics comme celui de mai 2016 o\u00f9 Marion Mar\u00e9chal Le Pen et Gilbert Collard prennent la parole, puis celle de manifestations de rue \u00ab sauvages \u00bb comme celles d\u2019octobre 2016 o\u00f9 des policiers d\u00e9filent cagoul\u00e9s et arm\u00e9s. Enfin les manifestations des Gilets Jaunes et celles contre la r\u00e9forme des retraites ont vu se multiplier le port de symboles d\u2019extr\u00eame-droite sur des uniformes (\u00e9cussons, insignes, autocollants, etc.). \u00ab Des nazis dans la police \u00bb titrait d\u00e9j\u00e0 en 2014 le journaliste Aziz Zemouri en rappelant qu\u2019 \u00ab \u00e0 plusieurs reprises, des fonctionnaires de police ont signal\u00e9 \u00e0 leur hi\u00e9rarchie que des coll\u00e8gues arboraient des signes de ralliement au nazisme. En vain[xxviii]. \u00bb  Ces pratiques nouvelles sont certes minoritaires mais elle souligne l\u2019existence d\u2019une extr\u00eame-droite polici\u00e8re s\u2019estimant suffisamment solide pour oser une visibilit\u00e9 politique.<br><br>H\u00e9ritage colonial, choix politiques s\u00e9curitaires comme seules r\u00e9ponses aux exigences d\u2019\u00e9galit\u00e9 des habitants des quartiers populaires, strat\u00e9gie de contr\u00f4le des \u00ab classes dangereuses \u00bb et de leurs territoires d\u2019habitation sur le mod\u00e8le d\u2019une \u00ab guerre int\u00e9rieure \u00bb, impunit\u00e9s polici\u00e8res, discours politiques et m\u00e9diatiques stigmatisant les quartiers populaires, infiltration de l\u2019extr\u00eame-droite, etc., l\u2019ensemble de ces ingr\u00e9dients ont finis avec le temps par se cumuler et interagir pour se renforcer l\u2019un l\u2019autre c\u2019est-\u00e0-dire par faire syst\u00e8me. Cam\u00e9lia Jordana n\u2019a fait que mettre des mots sur une r\u00e9alit\u00e9 : les violences polici\u00e8res sont logiques et pr\u00e9visibles ; elles sont le r\u00e9sultat d\u2019un  syst\u00e8me construit historiquement et politiquement. Rendre visible cette r\u00e9alit\u00e9 est le premier pas pour la faire cesser. Situer la lutte contre les violences polici\u00e8res en haut de l\u2019agenda militant et politique en est un second tout aussi urgent. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une question secondaire mais d\u2019une condition incontournable pour que la \u00ab convergence \u00bb que beaucoup appellent de leurs v\u0153ux cesse d\u2019\u00eatre un discours abstrait et non cr\u00e9dible.<br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[i] Louis-Valentin Lopez, Violences polici\u00e8res : voici ce qu\u2019a dit exactement Cam\u00e9lia Jordana, https:\/\/www.franceinter.fr\/societe\/violences-policieres-voici-ce-qu-a-dit-exactement-camelia-jordana, consult\u00e9 le 26 mai 2020 \u00e0 9 h 00.<br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[ii] Marwan Mohammed et Laurent Mucchielli, La police dans les quartiers populaires : un vrai probl\u00e8me !, Mouvements, N\u00b0 44, mars \u2013 avril 2006, p. 58.<br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[iii] Michel Kokoreff, Pierre Barron, Odile Steinauer, Enqu\u00eate sur les violences urbaines. Comprendre les \u00e9meutes de novembre 2005. L\u2019exemple de Saint-Denis, Rapport Final, novembre 2006, p. 12.<br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[iv] Amnesty International, France : Pour une v\u00e9ritable justice. Mettre fin \u00e0 l\u2019impunit\u00e9 de fait des agents de la force publique dans des cas de coups de feu, de morts en garde \u00e0 vue, de torture et autres mauvais traitements, Londres, 6 avril 2005.<br>[v] Ivan du Roy et Ludo Simbille, 676 morts en 43 ans, https:\/\/bastamag.net\/webdocs\/police\/, consult\u00e9 le 26 mai 2020 \u00e0 11 h00.<br>[vi] Action des chr\u00e9tiens pour l\u2019abolition de la torture, L\u2019ordre et la force. Enqu\u00eate sur l\u2019usage de la force par les repr\u00e9sentants de la loi en France, Rapport d\u2019enqu\u00eate, 2015, p. 16.<br>[vii] Didier Lapeyronnie, Ghetto urbain. S\u00e9gr\u00e9gation, violence, pauvret\u00e9 en France aujourd\u2019hui, Paris, Robert Laffont, Paris, 2008, p. 262.<br>[viii] Elabor\u00e9 initialement par la  sociologue Dominique Memmi pour rendre compte des relations de domination au sein de l\u2019espace domestique (aides \u00e0 domicile, domestiques, relations au sein d\u2019un couple, etc.), le concept de \u00ab domination rapproch\u00e9e \u00bb s\u2019est rapidement \u00e9largi \u00e0 l\u2019\u00e9tude d\u2019autres relations sociales caract\u00e9ris\u00e9es par une relation hi\u00e9rarchique. Cf : Dominique Memmi,  Mai 68 ou la crise de la domination rapproch\u00e9e, in Dominique Damamme, Boris Gobille, Fr\u00e9d\u00e9rique Matonti, Bernard Pudal (dir.), Mai-juin 68, \u00c9ditions de l\u2019Atelier, Paris, 2008.<br>[ix] Alex Albert, Tutoyer son chef. Entre rapports sociaux et logiques manag\u00e9riales, Sociologie du travail, volume 61, n\u00b0 1, janvier-mars 2019, p. 3.<br>[x] D\u00e9cision MDS-2010-34 du 4 janvier 2012 relative aux circonstances d\u2019une verbalisation par des fonctionnaires de la brigade des r\u00e9seaux ferr\u00e9s, consultable sur le site du d\u00e9fenseur des droits<br>[xi] Cf mon article : Quartiers Populaires et institution polici\u00e8re : une humiliation raciste et sexiste atmosph\u00e9rique, https:\/\/bouamamas.wordpress.com\/2017\/02\/21\/quartiers-populaires-et-institution-policiere-une-humiliation-raciste-et-sexiste-atmospherique\/,<br>[xii] D\u00e9fenseur des droits, Relations police\/population : le cas des contr\u00f4le d\u2019identit\u00e9, Paris, 2016, p. 17.<br>[xiii] Human Rights Watch, La base de l\u2019humiliation. Les contr\u00f4les d\u2019identit\u00e9 abusifs en France, janvier 2012.<br>[xiv] Interview de Christian Chevandier, Un historien nuance les propos de Christophe Castaner, https:\/\/www.francetvinfo.fr\/culture\/patrimoine\/histoire\/partout-en-france-des-policiers-ont-fait-le-choix-de-la-resistance-un-historien-nuance-les-propos-de-christophe-castaner_3435681.html, consult\u00e9 le 27 mai 2020 \u00e0 11 h 20.<br>[xv] Raymond Gur\u00eame, Interdit aux nomades, Calmann Levy, Paris, 2011, Avant-propos.<br>[xvi] Maurice Rajsfus, La Police de Vichy, Les forces de l\u2019ordre fran\u00e7aises au service de la Gestapo 1940-1944, Le Cherche midi, Paris, 1995 et Drancy, un camp de concentration tr\u00e8s ordinaire, 1941-1944, Le Cherche midi, Paris, 2005.<br>[xvii] Jean-Marc Berli\u00e8re, L\u2019\u00e9puration de la police parisienne en 1944 -1945, Vingti\u00e8me si\u00e8cle, n\u00b0 49, 1996, p. 66.<br>[xviii] Emmanuel Blanchard, La police parisienne et les alg\u00e9riens, 1944 -1962, Nouveau-Monde, Paris, 2011.<br>[xix] Jean-Marc Berli\u00e8re, Policiers et pouvoir politique en p\u00e9riode de crise : L\u2019exemple de la Guerre d\u2019Alg\u00e9rie (1958-1962), in Jean-Marc Berli\u00e8re (dir.), M\u00e9tiers de police: \u00eatre policier en Europe, XVIII-XXe si\u00e8cle, Presses Universitaires de Rennes, 2008, p. 534.<br>[xx] Fran\u00e7oise de Barros, La police et les Alg\u00e9riens : continuit\u00e9s coloniales et poids de la guerre d\u2019ind\u00e9pendance, https:\/\/www.metropolitiques.eu\/La-police-et-les-Algeriens.html, consult\u00e9 le 28 mai 2020 \u00e0 8 h 20.<br>[xxi] Didier Fassin, Quand les corps se souviennent: exp\u00e9riences et politiques du sida en Afrique du Sud, La D\u00e9couverte, Paris, 2006, p. 332.<br>[xxii] Jean-Pierre Chev\u00e8nement, Discours de Vincennes du 9 septembre 2001, brochure du Comit\u00e9 de soutien \u00ab Chev\u00e8nement 2002 \u00bb.<br>[xxiii] Laurent Mucchielli (dir.), La fr\u00e9n\u00e9sie s\u00e9curitaire: Retour \u00e0 l\u2019ordre et nouveau contr\u00f4le social, La D\u00e9couverte, Paris, 2008.<br>[xxiv] Mathieu Rigouste, L\u2019ennemi int\u00e9rieur, de la guerre coloniale au contr\u00f4le s\u00e9curitaire, Cultures et Conflits, n\u00b0 67, automne 2007, p. 169.<br>[xxv] Luc Rouban,  Les fonctionnaires et le Front national, L\u2019enqu\u00eate \u00e9lectorale fran\u00e7aise : comprendre 2017, note n\u00b0 3, CEVIPOF, Paris,  D\u00e9cembre 2015, p. 3.<br>[xxvi] Radicalisation polici\u00e8re : le poids de l\u2019extr\u00eame-droite dans les forces de l\u2019ordre, Quartiers Libres, 26 juin 2017.<br>[xxvii] Voir sur cet aspect les exemples donn\u00e9s par le magazine Bastamag, Les syndicats de police, combien de division,  https:\/\/www.bastamag.net\/policiers-marce-de-la-colere-suicides-heures-supplementaires-maintien-de-l-ordre-CRS-BAC-violences-repression-blesses-LBD, consult\u00e9 le 28 mai 2020 \u00e0 15 h.<br>[xxviii] Aziz Zemouri, Des nazis dans la police, Le Point DU 28 novembre 2014.<br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><a href=\"https:\/\/bouamamas.wordpress.com\/2020\/05\/28\/la-fabrique-politique-de-la-violence-policiere-a-propos-des-attaques-contre-camelia-jordana\/\">Source<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tags : Cam\u00e9lia Jordana, racisme, discrimination, r\u00e9pression, <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La sc\u00e8ne politique et m\u00e9diatique fran\u00e7aise vient de vivre un nouvel acc\u00e8s de fi\u00e8vre id\u00e9ologique pour imposer le point de vue des dominants et de fr\u00e9n\u00e9sie collective pour silencier une parole critique. 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