{"id":72377,"date":"2020-04-08T18:33:26","date_gmt":"2020-04-08T18:33:26","guid":{"rendered":"http:\/\/moroccomail.fr\/?p=44752"},"modified":"2020-04-08T18:33:26","modified_gmt":"2020-04-08T18:33:26","slug":"loeuvre-negative-du-neocolonialisme-francais-et-europeen-en-afrique-la-francophonie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/2020\/04\/08\/loeuvre-negative-du-neocolonialisme-francais-et-europeen-en-afrique-la-francophonie\/","title":{"rendered":"L\u2019\u0153uvre n\u00e9gative du n\u00e9ocolonialisme fran\u00e7ais et Europ\u00e9en en Afrique. La francophonie"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/moroccomail.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/francophonie1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-44756\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La diffusion de la langue fran\u00e7aise en Afrique est partie int\u00e9grante du projet colonial. Elle fait partie int\u00e9grante de l\u2019 \u00ab \u0153uvre civilisatrice \u00bb que pr\u00e9tendait apporter le colonialisme. La civilisation est, en effet, entendue dans le projet colonial, comme l\u2019extraction de l\u2019homme africain de ses cultures \u00ab barbares \u00bb pour le faire entrer dans l\u2019histoire et dans la civilisation par l\u2019assimilation. Les ind\u00e9pendances africaines de la d\u00e9cennie 60 voient ainsi arriv\u00e9es au pouvoir des \u00ab \u00e9lites \u00bb francophones dans des pays o\u00f9 les cultures et langues maternelles ont \u00e9t\u00e9 asphyxi\u00e9es quand elles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9duites \u00e0 du folklore. Ce qui s\u2019appelle d\u00e9j\u00e0 d\u00e8s l\u2019\u00e8re coloniale \u00ab francophonie \u00bb s\u2019impose rapidement comme politique publique de maintien de la d\u00e9pendance des \u00e9lites et d\u2019ali\u00e9nation des masses populaires africaines.   <br><br><br><br>Langue fran\u00e7aise et colonisation<br><br>Le terme de francophonie appara\u00eet en 1883 sous la plume du g\u00e9ographe On\u00e9sime Reclus dans ses analyses de d\u00e9fense de la politique coloniale fran\u00e7aise. Pr\u00f4nant une expansion coloniale offensive, il consid\u00e8re que l\u2019expansion et l\u2019imposition de la langue fran\u00e7aise est une des assises essentielle de celle-ci.  Dans son livre \u00ab France, Alg\u00e9rie et colonies \u00bb o\u00f9 il utilise pour la premi\u00e8re fois ce n\u00e9ologisme, il argumente comme suit l\u2019importance de l\u2019imposition du fran\u00e7ais aux indig\u00e8nes des colonies :<br><br> Nous les am\u00e8nerons \u00e0 nous en leur donnant notre langue : le Kabyle n\u2019y perdra que des patois sans litt\u00e9rature, et qui osera comparer \u00e0 nos livres ce qu\u2019il y a de vrais chefs-d\u2019\u0153uvre dans l\u2019idiome osseux, d\u00e9charn\u00e9, dur, prodigieusement guttural, d\u2019ailleurs po\u00e9tique, \u00e9nergique et bref, dont Mahomet usait avec l\u2019ange Gabriel, et l\u2019ange Gabriel avec lui ? Il nous faut donc asseoir les enfants des indig\u00e8nes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des n\u00f4tres sur les bancs de l\u2019\u00e9cole. D\u00e8s que la jeune g\u00e9n\u00e9ration musulmane parlera le fran\u00e7ais, tout le reste viendra par surcro\u00eet[i].<br><br>Les diverses institutions de la francophonie revendiquent l\u2019h\u00e9ritage de Reclus en sugg\u00e9rant qu\u2019il \u00e9tait partisan d\u2019un colonialisme non raciste. Le site de la Documentation fran\u00e7aise le pr\u00e9sente encore aujourd\u2019hui comme suit : \u00ab C\u2019est un hymne \u00e0 la conqu\u00eate coloniale que compose le g\u00e9ographe, concevant une v\u00e9ritable doctrine de l\u2019imp\u00e9rialisme fran\u00e7ais. Mais sa conception du colonialisme ne s\u2019appuie pas sur des consid\u00e9rations mercantilistes ou raciales ; son argumentation est g\u00e9ographique, linguistique, d\u00e9mographique. La th\u00e9orie qu\u2019\u00e9chafaude On\u00e9sime Reclus repose sur l\u2019id\u00e9e d\u2019influence du milieu ; la langue appara\u00eet comme le socle des empires, le lien solidaire des civilisations [ii]. \u00bb<br><br>Loin d\u2019\u00eatre isol\u00e9 l\u2019id\u00e9e d\u2019une langue fran\u00e7aise civilisatrice pr\u00e9side \u00e0 la cr\u00e9ation de \u00ab l\u2019Alliance fran\u00e7aise \u00bb (dont le titre int\u00e9gral est : Association nationale pour la propagation de la langue fran\u00e7aise dans les colonies et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger) en juillet 1883. La diversit\u00e9 politique des fondateurs de cette institution souligne le consensus colonial quasi-total de l\u2019\u00e9poque : Le g\u00e9n\u00e9ral Faidherbe, le cardinal de Lavigerie, Ferdinand de Lesseps, Paul Bert, Louis Pasteur, Ernest Renan, etc.  Les objectifs sont, en effet, sans ambigu\u00eft\u00e9s et sont r\u00e9sum\u00e9s comme suit deux ans apr\u00e8s la cr\u00e9ation de l\u2019institution coloniale : \u00ab Par l\u2019\u00e9cole, vulgariser l\u2019usage du fran\u00e7ais dans nos colonies et nos protectorats ; par l\u2019\u00e9cole, soutenir le prestige de la France dans les contr\u00e9es barbares [sic] o\u00f9 il domine depuis longtemps, particuli\u00e8rement dans les pays musulmans du Levant ; etc[iii]. \u00bb<br><br>La troisi\u00e8me r\u00e9publique la\u00efque n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 s\u2019appuyer sur l\u2019\u00c9glise pour diffuser cette langue fran\u00e7aise que l\u2019on consid\u00e8re n\u00e9cessaire \u00e0 la \u00ab conqu\u00eate des esprits \u00bb devant parachever la conqu\u00eate militaire. \u00ab Les missionnaires doivent \u00eatre des agents de l\u2019influence fran\u00e7aise par la diffusion de la langue. [\u2026] L\u2019objectif fix\u00e9 aux \u00e9coles confessionnelles est pr\u00e9cis et limit\u00e9 : [faire des \u00e9l\u00e8ves] des auxiliaires de la colonisation[iv] \u00bb r\u00e9sume le pr\u00eatre et historien Joseph Roger Benoist. Le chercheur en sciences sociales Raberh Achi \u00e9voque m\u00eame une \u00ab exception coloniale \u00e0 la la\u00efcit\u00e9 \u00bb.<br><br>Il n\u2019y a donc aucun projet de scolarisation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des colonis\u00e9s mais volont\u00e9 de cr\u00e9er une \u00ab \u00e9lite \u00bb francis\u00e9e au service de la colonisation. \u00ab Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises utilisaient ces \u00e9lites comme instruments de leur domination sur les masses indig\u00e8nes. Elles esp\u00e9raient \u00e9galement qu\u2019elles guideraient par leur exemple l\u2019\u00e9volution de leur soci\u00e9t\u00e9 dans la voie de l\u2019association, du rapprochement, voire de la \u00ab fusion des races[v] \u00bb analyse l\u2019historien Guy Pervill\u00e9.  Faisant le bilan de l\u2019\u0153uvre civilisatrice fran\u00e7aise dans les colonies en 1943, l\u2019historien et directeur de l\u2019\u00e9cole coloniale en Afrique Occidentale Fran\u00e7aise de 1926 \u00e0 1943, Georges Hardy insiste sur la fonction politique de cette \u00e9lite indig\u00e8ne :<br><br>L\u2019am\u00e9lioration morale et intellectuelle de l\u2019indig\u00e8ne n\u2019est pas moins n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019augmentation de son rendement et c\u2019est ici l\u2019\u0153uvre de l\u2019\u00e9cole. [\u2026] Il faut reconna\u00eetre que, dans l\u2019ensemble, le d\u00e9veloppement de l\u2019enseignement fran\u00e7ais a d\u00e8s maintenant fourni \u00e0 la colonisation un nombre consid\u00e9rable d\u2019auxiliaires indig\u00e8nes vraiment utiles et qu\u2019au prix de quelques pr\u00e9cautions \u2013 adaptation, \u00e9ducation morale \u2013 l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise aux colonies doit devenir de plus en plus un pr\u00e9cieux instrument d\u2019am\u00e9lioration mat\u00e9rielle et d\u2019apprivoisement[vi].<br><br>L\u2019auteur d\u00e9veloppe dans ses th\u00e8ses l\u2019id\u00e9e d\u2019une limitation de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019enseignement \u00e0 une infime \u00e9lite. Une ouverture plus large aurait des effets dangereux pour le syst\u00e8me colonial : \u00ab On reproche souvent \u00e0 l\u2019enseignement des indig\u00e8nes de former des d\u00e9class\u00e9s, des \u00ab d\u00e9voy\u00e9s \u00bb, hostiles \u00e0 la fois \u00e0 leurs cong\u00e9n\u00e8res et aux Europ\u00e9ens, et il est bien certain qu\u2019un jeune indig\u00e8ne qui est pass\u00e9 par l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise peut para\u00eetre moins souple qu\u2019un autre[vii] \u00bb remarque-t-il. La solution propos\u00e9e est duale : la production d\u2019une petite \u00e9lite acc\u00e9dant \u00e0 l\u2019enseignement secondaire d\u2019une part et la limitation \u00e0 la ma\u00eetrise d\u2019un fran\u00e7ais usuel et fonctionnel pour la grande masse des colonis\u00e9s.<br><br>Un grand soin est apport\u00e9 \u00e0 la production de cette \u00e9lite con\u00e7ue comme chainon entre le colonisateur et le colonis\u00e9. On se pr\u00e9occupe par exemple de leur mariage avec la cr\u00e9ation d\u2019\u00e9coles f\u00e9minines visant \u00e0 produire les \u00e9pouses de ces \u00ab \u00e9volu\u00e9s \u00bb : \u00ab C\u2019est un malaise de constater le nombre croissant de jeunes hommes instruits et le petit nombre de femmes \u00e9duqu\u00e9es que nous pla\u00e7ons \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019eux [\u2026]. Qui \u00e9pouseront-ils tous ces m\u00e9decins, ces comptables, ces employ\u00e9s de postes et quantit\u00e9 d\u2019hommes \u00e9volu\u00e9s que nous cr\u00e9ons \u00e0 jets continus suivant les besoins de la colonie[viii]. \u00bb Il s\u2019agit  bien de produire un groupe social sp\u00e9cifique culturellement et socialement attach\u00e9 \u00e0 la culture et \u00e0 la langue du colonisateur. L\u2019historienne Pascale Barth\u00e9l\u00e9my mentionne et cite un document non sign\u00e9 et non dat\u00e9 d\u2019une trentaine de pages argumentant comme suit la n\u00e9cessit\u00e9 de cet enseignement f\u00e9minin : \u00ab  La France a fait des unit\u00e9s \u00e9clair\u00e9es, elle n\u2019a pas de familles \u00e9clair\u00e9es. Elle s\u2019est occup\u00e9e de l\u2019homme. Elle s\u2019est peu souci\u00e9e de la femme. Or l\u2019individu isol\u00e9 est un faible, le couple seul est fort. La France veut faire entrer l\u2019Afrique dans la voie de la civilisation, elle n\u2019y parviendra que quand elle \u00e9l\u00e8vera la mentalit\u00e9 de la femme, cheville ouvri\u00e8re de la soci\u00e9t\u00e9 indig\u00e8ne[ix]. \u00bb<br><br>L\u2019enseignement offert \u00e0 cette \u00e9lite \u00e9volu\u00e9e est articul\u00e9 \u00e0 un processus d\u2019ali\u00e9nation qu\u2019un livre consacr\u00e9 \u00e0 \u00ab l\u2019ali\u00e9nation colonialiste \u00bb en Alg\u00e9rie d\u00e9crit comme suit en 1961 :<br><br>\u00ab Convaincre les indig\u00e8nes de leur inf\u00e9riorit\u00e9, \u00e0 tous \u00e9gards par rapport aux fran\u00e7ais est selon lui (Cavaignac) le devoir fondamental des dirigeants de l\u2019entreprise en Alg\u00e9rie \u00bb. Complexe qu\u2019on s\u2019est efforc\u00e9 de cr\u00e9er surtout chez ceux qui ont eu le privil\u00e8ge des bancs de l\u2019\u00e9cole. En effet, chez ces derniers les enseignants et la propagande officielle ont contribu\u00e9 \u00e0 faire exister, valoriser, admirer en exclusivit\u00e9 comme \u00e9tant le bien et le beau absolus, le patrimoine de la France : sa culture, son histoire, ses h\u00e9ros, ses po\u00e8tes, ses savants, ses coutumes, sa mode vestimentaire, etc., en bref la civilisation fran\u00e7aise. Par l\u00e0 m\u00eame, tout a concouru \u00e0 nier l\u2019existence d\u2019autres valeurs, \u00e0 refuser toute qualit\u00e9 \u00e0 ce qui n\u2019est pas fran\u00e7ais ou au moins occidental et en premier lieu donc, \u00e0 tout ce qui est alg\u00e9rien[x].<br><br>La confrontation avec l\u2019injustice coloniale conduira une partie non n\u00e9gligeable de cette \u00e9lite au combat pour l\u2019ind\u00e9pendance. Cependant les socialisations scolaires et les habitus continuent de les rattacher \u00e0 l\u2019ancienne puissance coloniale : habitudes de vie, modes de consommation, contenus des enseignements, r\u00e9seaux d\u2019amis, souvenirs de voyages et\/ou d\u2019\u00e9tudes en France, capital de lectures et donc syst\u00e8me de r\u00e9f\u00e9rences, etc.  Le dispositif institutionnel de la francophonie s\u2019appuie sur cette d\u00e9pendance culturelle pour la faire perdurer et la renforcer au-del\u00e0 les ind\u00e9pendances.<br><br>La toile d\u2019araign\u00e9e francophone<br><br>Si On\u00e9sime reclus est pr\u00e9sent\u00e9 par le discours officiel de la francophonie comme le p\u00e8re fondateur du concept, l\u2019\u00e9v\u00e9nement fondateur pour la \u00ab mythistoire francophone[xi] \u00bb est la publication en 1962 du num\u00e9ro de la revue esprit intitul\u00e9 \u00abLe fran\u00e7ais, langue vivante \u00bb. La raison de ce mythe fondateur est la suivante :<br><br>Cette date [\u2026] est en effet pr\u00e9sent\u00e9e comme la v\u00e9ritable naissance de la v\u00e9ritable francophonie. Ses d\u00e9fenseurs veulent ainsi prouver que ce sont bien les anciens colonis\u00e9s, africains et asiatiques \u2013 et non pas l\u2019ancienne m\u00e9tropole \u2013 qui d\u00e9cid\u00e8rent de faire de la langue fran\u00e7aise l\u2019objet et le sujet d\u2019une organisation internationale. Ainsi, il est syst\u00e9matiquement rappel\u00e9 que ce sont des h\u00e9ros des ind\u00e9pendances africaines et asiatiques (on comptait parmi les auteurs Habib Bourguiba, Hamani Diori, Norodom Sihanouk), proclamant \u00e0 la fois leur attachement \u00e0 la langue et leurs identit\u00e9s culturelles qui cr\u00e9\u00e8rent la francophonie[xii].<br><br>L\u2019insistance est, \u00e0 elle seule, significative des critiques nombreuses de \u00ab n\u00e9ocolonialisme \u00bb qui accompagnent le d\u00e9ploiement du dispositif institutionnel francophone des ind\u00e9pendances \u00e0 nos jours. Si le num\u00e9ro de la revue esprit est r\u00e9ellement une d\u00e9fense de la francophonie \u00e0 laquelle participent des chefs d\u2019\u00c9tat de l\u2019ancien empire colonial, il n\u2019est pas contrairement \u00e0 l\u2019affirmation officielle \u00ab l\u2019acte de naissance \u00bb. Deux ans plus t\u00f4t le gouvernement fran\u00e7ais prenait l\u2019initiative de cr\u00e9er la \u00ab Conf\u00e9rence des Ministres de l\u2019\u00c9ducation des pays africains et malgache d\u2019expression fran\u00e7aise\u00bb (Confemen) qui est de ce fait la premi\u00e8re institution intergouvernementale francophone postcoloniale. Cette institution qui regroupe \u00e0 sa naissance 15 \u00c9tats (c\u2019est-\u00e0-dire la plupart des pays de l\u2019ancien empire colonial africain fran\u00e7ais et la France) se r\u00e9unit tous les deux ans pour \u00ab pour tracer les orientations en mati\u00e8re d\u2019\u00e9ducation et de formation au service du d\u00e9veloppement[xiii] \u00bb.<br><br>Le choix de l\u2019\u00e9ducation nationale comme premier terrain de la francophonie n\u2019est, bien entendu, pas anodin.  La colonisation et sa scolarisation s\u00e9lective ont suscit\u00e9 une soif et une attente de scolarit\u00e9 qu\u2019aucun \u00c9tat nouvellement ind\u00e9pendant ne peut ignorer. La l\u00e9gitimit\u00e9 politique passe, entre autre, au moment des ind\u00e9pendances, par une d\u00e9mocratisation de l\u2019enseignement. De fait tous les \u00c9tats nouvellement ind\u00e9pendant d\u2019Afrique, quel que soit leur orientation politique mettront en place une telle orientation qui en quelques ann\u00e9es donneront des r\u00e9sultats laissant loin derri\u00e8re toute \u00ab l\u2019\u0153uvre scolaire \u00bb coloniale.<br><br>Dans ce contexte l\u2019enjeu devient d\u00e8s lors le contenu et la langue de cette scolarisation. En t\u00e9moigne la passe d\u2019arme lors de l\u2019inauguration de l\u2019Universit\u00e9 de Dakar le 9 d\u00e9cembre 1959 entre le recteur fran\u00e7ais Lucien Paye et le  pr\u00e9sident de l\u2019Union g\u00e9n\u00e9rale des \u00c9tudiants d\u2019Afrique occidentale (UGEAO) Daouda Sow. Le premier d\u00e9clare : \u00ab Est-il plus noble programme que celui auquel le Conseil de l\u2019universit\u00e9, lors de sa r\u00e9cente s\u00e9ance, apportait une adh\u00e9sion unanime : \u00ab\u2009\u00catre une universit\u00e9 fran\u00e7aise au service de l\u2019Afrique ? \u00bb Le second lui r\u00e9torque : \u00ab L\u2019Universit\u00e9 de Dakar se doit de porter, selon nous, un cachet typiquement africain. On y doit sentir battre le c\u0153ur de l\u2019Afrique d\u2019hier et de demain. Vous comprenez alors que notre souhait demeure de voir cette universit\u00e9 devenir un foyer de chercheurs \u00e0 vocation africaine, mais au service de l\u2019Universel et de la v\u00e9rit\u00e9[xv]. \u00bb L\u2019auteur \u00e0 qui nous empruntons ces citations, l\u2019historien ivoirien Chikouna Ciss\u00e9, analyse comme suit la strat\u00e9gie fran\u00e7aise de ces premiers pas de la francophonie postcoloniale :<br><br>Confront\u00e9e \u00e0 l\u2019exaltation de la ferveur panafricaniste, la France choisit de resserrer les liens avec ses anciennes colonies, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, \u00e0 des fins de contr\u00f4le politique. Ce bornage du pr\u00e9-carr\u00e9 trouva son expression tangible dans la multitude de rencontres des ministres de l\u2019\u00c9ducation d\u2019expression fran\u00e7aise o\u00f9 l\u2019on pouvait noter souvent, une surrepr\u00e9sentation fran\u00e7aise. Dix-huit conf\u00e9rences, selon le d\u00e9compte de l\u2019historien Laurent Mani\u00e8re, r\u00e9unirent Fran\u00e7ais et Africains entre 1960 et 1969, dans le cadre de la signature et de l\u2019application d\u2019accords de coop\u00e9ration sign\u00e9s[xvi].<br><br>Cette premi\u00e8re institution francophone inscrite dans les accords de coop\u00e9ration (dont nous avons soulign\u00e9s la dimension n\u00e9ocoloniale dans une livraison ant\u00e9rieure[xvii]), sera suivie de nombreuses autres : l\u2019Association des universit\u00e9s partiellement ou enti\u00e8rement de langue fran\u00e7aise en 1961, qui devient l\u2019Agence Universitaire de la Francophonie en 1999 ; l\u2019association internationale des parlementaires de langue fran\u00e7aise en 1967 qui se transforme en Assembl\u00e9e parlementaire de la Francophonie (APF) en 1997 ; La Conf\u00e9rence des ministres de la Jeunesse et des Sports (Conf\u00e9jes) en 1969 ; L\u2019Agence de coop\u00e9ration culturelle et technique (ACCT) en 1970 qui se renomme Organisation Internationale de la Francophonie en 2005 (OIT); Le Conseil international des radios t\u00e9l\u00e9visions d\u2019expression fran\u00e7aise (CIRTEF) cr\u00e9\u00e9 en 1978 ; etc.  L\u2019ensemble des champs \u00e9ducatif, sportif, m\u00e9diatique et culturel sont d\u00e9sormais couvert par le r\u00e9seau institutionnel francophone. Outre leurs propres r\u00e9seaux, ces institutions peuvent s\u2019appuyer sur le plus que centenaire r\u00e9seau des \u00ab alliances fran\u00e7aises \u00bb qui regroupe 835 agences en 2018 dont 115 en Afrique couvrant 35 pays.<br><br>Pour couronner l\u2019ensemble du dispositif des \u00ab Sommets des chefs d\u2019\u00c9tat et de gouvernement des pays ayant le fran\u00e7ais en partage \u00bb, plus connus sous le nom \u00ab Sommet de la Francophonie \u00bb se r\u00e9unissent \u00e0 partir de 1986 tous les deux ans avec pour objectif de d\u00e9finir \u00ab les orientations de la Francophonie de mani\u00e8re \u00e0 assurer son rayonnement dans le monde, dans un Cadre strat\u00e9gique d\u00e9cennal[xviii] \u00bb. Comme dans les autres domaines de coop\u00e9ration la sph\u00e8re g\u00e9ographique n\u2019a cess\u00e9 de s\u2019\u00e9largir sous le coup de la mont\u00e9e en puissance de l\u2019Union Europ\u00e9enne et de la hausse de la concurrence \u00e9conomique li\u00e9e \u00e0 la mondialisation. Le dernier sommet de 2016 a ainsi vu la participation de 54 \u00c9tats membres, 4 membres associ\u00e9s et 26 observateurs (dont 31 pays africains).<br><br>Les m\u00e9canismes de la d\u00e9pendance<br><br>La question et le probl\u00e8me que pose la Francophonie n\u2019est, bien entendu pas r\u00e9ductible \u00e0 la question de l\u2019usage du fran\u00e7ais. L\u2019approche essentialiste de la langue n\u2019aide en rien \u00e0 comprendre l\u2019enjeu pos\u00e9 par la francophonie n\u00e9ocoloniale. Comme le souligne Kateb Yacine, la langue de l\u2019ancien colonisateur, peut s\u2019appr\u00e9hender comme un \u00ab butin de guerre \u00bb pouvant \u00eatre mis au service de l\u2019\u00e9mancipation. Apr\u00e8s tout de nombreux leaders des ind\u00e9pendances ont subvertit les enseignements appris \u00e0 l\u2019\u00e9cole coloniale fran\u00e7aise pour les mettre au service de la lib\u00e9ration de leurs pays. Il ne s\u2019agit donc pas de rejeter une langue en soi mais d\u2019interroger les m\u00e9canismes d\u2019un dispositif institutionnel politique et ses cons\u00e9quences sur les \u00c9tats africains.<br><br>Le refus de l\u2019essentialisme en mati\u00e8re de langue ne doit cependant pas nous amener \u00e0 faire l\u2019erreur exactement inverse c\u2019est-\u00e0-dire ne consid\u00e9rer celle-ci que comme un instrument de communication neutre rendant toutes les langues interchangeables sans cons\u00e9quences. La langue est un syst\u00e8me [\u2026]  par le biais duquel les membres d\u2019une communaut\u00e9 se repr\u00e9sentent la r\u00e9alit\u00e9 (physique, psychologique, sociale, conceptuelle, virtuelle, etc.), communiquent entre eux et s\u2019identifient culturellement[xix] \u00bb explique le chercheur canadien en sciences de l\u2019\u00e9ducation Pierre Legendre. \u00ab Il est clair que la langue est n\u00e9cessaire \u00e0 la constitution d\u2019une identit\u00e9 collective, qu\u2019elle garantit la  coh\u00e9sion sociale d\u2019une communaut\u00e9, qu\u2019elle en constitue d\u2019autant plus le ciment qu\u2019elle s\u2019affiche[xx] \u00bb compl\u00e8te le linguiste fran\u00e7ais Patrick Charaudeau. On ne change pas de langue comme de lunettes. Celle-ci apporte au sujet une dimension culturelle et identitaire, une vision du monde r\u00e9sultat d\u2019une exp\u00e9rience historique collective. Elle inscrit le sujet dans une filiation et une histoire.<br><br>Bien entendu la langue est une r\u00e9alit\u00e9 vivante mutant avec l\u2019exp\u00e9rience collective du groupe qui la parle. L\u2019utilisation d\u2019une m\u00eame langue ne signifie donc pas en soi une similitude des identit\u00e9s. Qu\u2019un s\u00e9n\u00e9galais ou un qu\u00e9b\u00e9cois parlent le fran\u00e7ais ne signifient donc pas qu\u2019ils ont la m\u00eame identit\u00e9.  Cependant la pr\u00e9sence d\u2019une situation et de rapports de domination ouvre un processus d\u2019ali\u00e9nation qui \u00e0 son tour alimente et renforce la domination.  C\u2019est pourquoi le choix de la langue nationale n\u2019est jamais une question secondaire et c\u2019est aussi la raison d\u2019une telle insistance \u00e0 promouvoir la francophonie de la part de l\u2019ancienne puissance coloniale.<br><br>Sur le plan de chaque nation la question linguistique s\u2019articule \u00e0 la question des classes sociales du fait d\u2019une ma\u00eetrise in\u00e9gale de la langue officielle selon l\u2019appartenance sociale. Le romancier kenyan N\u2019Gugi wa Thiong\u2019o explique comme suit sa d\u00e9cision de ne plus \u00e9crire en anglais pour \u00e9crire d\u00e9sormais en Kikuyu et en kiswahili : \u00ab Coup\u00e9e du peuple [la litt\u00e9rature des premi\u00e8res d\u00e9cennies des ind\u00e9pendances], prisonni\u00e8re des barri\u00e8res linguistiques h\u00e9rit\u00e9es du colonialisme, la nouvelle litt\u00e9rature \u00e9chouait \u00e0 rassembler au-del\u00e0 d\u2019une frange d\u2019\u00e9tudiants, de professeurs et de fonctionnaires en tous genres[xxi]. \u00bb.  Autrement dit l\u2019in\u00e9galit\u00e9 de ma\u00eetrise de la langue nationale contribue au renforcement des pouvoirs n\u00e9ocoloniaux. \u00ab Pr\u00e9coniser la francophonie dans le cadre d\u2019un enseignement de classe destin\u00e9 \u00e0 for\u00admer une \u00e9lite de technocrates, c\u2019est vouloir tout simplement perp\u00e9tuer le syst\u00e8me de relais de domination entre l\u2019ancienne m\u00e9tropole et les peuples exploit\u00e9s[xxii] \u00bb r\u00e9sume Hassan Benaddi un des animateurs de la revue progressiste marocaine Souffles. Pour pr\u00e9venir les critiques il pr\u00e9cise : \u00ab clamons-le encore nous sommes contre la Francophonie et seuls les messieurs Jourdain du n\u00e9o-colonialisme oseront d\u00e9sormais nous traiter de francophobes[xxiii]. \u00bb<br><br>Le lien entre la Francophonie et les classes dominantes de nombreux pays africains et r\u00e9sum\u00e9 comme suit par le chercheur en sciences politiques Fran\u00e7ois Constantin :<br><br>En Afrique francophone, les comportements politiques reproduisent peut \u00eatre les attitudes plus id\u00e9ologiques de la culture politique fran\u00e7aise. [\u2026] Paris demeure un centre de ralliement, non seulement pour des raisons financi\u00e8res, mais aussi parce qu\u2019il est source de l\u00e9gitimit\u00e9 politique [\u2026] Les classes dirigeantes actuelles appartiennent encore \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration dont la socialisation a \u00e9t\u00e9 fortement m\u00e9tropolitaine, y compris les militaires qui sont pass\u00e9s dans les \u00e9coles militaires fran\u00e7aises. [\u2026] Les liens coloniaux entre \u00e9tablissements d\u2019enseignement, des \u00e9coles techniques aux Universit\u00e9s, se sont maintenus comme s\u2019ils \u00e9taient dans la nature \u00e9ternelle des choses[xxiv].<br><br>L\u2019auteur pr\u00e9cise les m\u00e9canismes qui ont pr\u00e9sid\u00e9s \u00e0 cette articulation entre classes dominantes locales et ancienne puissance coloniale : \u00ab r\u00e9seaux de relation prioritaires \u00bb des nouveaux pouvoirs ; \u00ab rencontres r\u00e9guli\u00e8res au sommet \u00bb ; \u00ab \u00e9tudes des \u00e9lites en m\u00e9tropole \u00bb ; \u00ab liens client\u00e9listes \u00bb ;  pr\u00e9dominance de la litt\u00e9rature hexagonale ; etc. La place centrale de la francophonie dans ce processus d\u2019ensemble est pour sa part r\u00e9sum\u00e9e de la mani\u00e8re suivante :  \u00ab Ces regroupements des pays francophones  [\u2026] n\u2019\u00e9taient signifiants que pour les classes dirigeantes francophiles et pour la France ; ils permirent de r\u00e9cup\u00e9rer les satellites culturels qu\u2019\u00e9taient les anciens territoires belges, en particulier le Za\u00efre et le Rwanda, dont aucune \u00e9conomie politique s\u00e9rieuse du colonialisme ne peut expliquer le rattachement au conglom\u00e9rat franco- centr\u00e9. C\u2019\u00e9tait en tout cas suffisant pour g\u00eaner une unit\u00e9 africaine qui e\u00fbt pu \u00eatre pr\u00e9judiciable au Nord[xxv]. \u00bb<br><br>La figure de Senghor illustre pleinement la dimension ali\u00e9nante de la francophonie dominante c\u2019est-\u00e0-dire celle qui fonctionne r\u00e9ellement et concr\u00e8tement. Celui qui est pr\u00e9sent\u00e9 avec le tunisien Habib Bourguiba comme un des \u00ab fondateurs \u00bb de la francophonie) d\u00e9fend la th\u00e8se d\u2019une symbiose harmonieuse entre le fran\u00e7ais (langue officielle) et les six langues nationales (le wolof, le serere, le diola, le peul, le manding, le soninke).  Pourtant plus de cinquante ans apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance le fran\u00e7ais reste la langue de l\u2019\u00e9lite, de ses institutions et du pouvoir, alors que les langues nationales sont la langue des masses et de la rue. Un de ses arguments est le nombre important de langues africaines emp\u00eachant d\u2019en choisir une (c\u2019est-\u00e0-dire rendant n\u00e9cessaire de choisir le fran\u00e7ais comme langue commune). Cet argument ne tient pas pour le S\u00e9n\u00e9gal. D\u2019une part comme l\u2019a d\u00e9montr\u00e9 Cheikh Anta Diop, les diff\u00e9rentes langues du S\u00e9n\u00e9gal sont apparent\u00e9es entre elles[xxvi]. D\u2019autre part toutes les minorit\u00e9s sont tr\u00e8s majoritairement bilingues et parlent la langue majoritaire le Wolof. \u00ab Environ 80 % de la population le pratique sur toute l\u2019\u00e9tendue du territoire[xxvii] \u00bb rappellent le linguiste s\u00e9n\u00e9galais Jean L\u00e9opold Diouf et la linguiste fran\u00e7aise Marina Yaguello. La situation est sensiblement la m\u00eame dans de nombreux pays africains.<br><br>En outre le choix du fran\u00e7ais reproduit la balkanisation issue des anciennes puissances coloniales. Ainsi la Gambie \u00ab anglophone \u00bb et le S\u00e9n\u00e9gal \u00ab francophone \u00bb ont le Wolof comme langue commune. Alors qu\u2019existent de nombreuses langues transnationales de communication, chacun des \u00c9tats continue d\u2019utiliser comme langue officielle celle de son ancien colonisateur. C\u2019est le cas du Haoussa qui est utilis\u00e9 au Nig\u00e9ria, au Niger et au Tchad ; du Sonink\u00e9 parl\u00e9 au S\u00e9n\u00e9gal, au Mali et en Mauritanie ; du peul que l\u2019on trouve au Mali, en Mauritanie, au S\u00e9n\u00e9gal, en Guin\u00e9e, au Burkina Faso, au Niger et au Nig\u00e9ria ; etc. Ces diff\u00e9rentes langues parl\u00e9es par les paysans et les ouvriers constituent des ponts entre les \u00c9tats africains pouvant servir de base \u00e0 un d\u00e9veloppement \u00e9conomique autocentr\u00e9 correspondant aux besoins de ces peuples. C\u2019est ce que souligne Cheikh Anta Diop dans son combat pour l\u2019adoption de langues officielles africaines. D\u00e8s 1954 il soulignait qu\u2019 \u00ab on ne saurait insister suffisamment sur le fait que l\u2019imp\u00e9rialisme culturel est la vis de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019imp\u00e9rialisme \u00e9conomique ; d\u00e9truire les bases du premier c\u2019est donc contribuer \u00e0 la suppression du second[xxviii] \u00bb.<br><br>La francophonie ne se limite pas \u00e0 sa seule dimension linguistique. Cette derni\u00e8re n\u2019est qu\u2019une des facettes et un des outils de ce que Diop nomme \u00ab imp\u00e9rialisme culturel \u00bb. Kwame Nkrumah nous invite \u00e0 prendre toute la mesure de cet imp\u00e9rialisme culturel. D\u00e9crivant les m\u00e9canismes du n\u00e9ocolonialisme \u00e9tats-uniens, il insiste sur les mises en d\u00e9pendance culturelles en citant p\u00eale-m\u00eale l\u2019encouragement du gouvernement \u00e9tats-uniens \u00e0 des \u00e9changes entre syndicalistes ou universitaires; \u00e0 la mise en place d\u2019Organisations Non Gouvernementale dans de nombreux secteurs ;  la mise en place d\u2019organes de presses \u00e9crites;  l\u2019implantation divers groupe \u00e9vang\u00e9listes ;  la promotion de la litt\u00e9rature \u00e9tats-uniennes ;  la diffusion de films et de s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9visuelles ; etc.  Sur ce dernier aspect, il pr\u00e9sente comme suit les effets :<br><br>M\u00eame les sc\u00e9narios des films d\u2019Hollywood sont des armes. Il suffit d\u2019\u00e9couter les applaudissements des spectateurs africains quand les h\u00e9ros hollywoodiens massacrent les Indiens ou les Asiatiques pour se rendre compte de la puissance d\u2019un tel moyen. En effet, dans les continents en voie de d\u00e9veloppement o\u00f9 l\u2019h\u00e9ritage colonialiste a laiss\u00e9 une grande majorit\u00e9 d\u2019illettr\u00e9s m\u00eame le plus petit enfant est atteint par le message contenu dans les histoires de sang et de violence venues de Californie. Et avec le meurtre et le Far West arrive un barrage incessant de propagande antisocialiste, dans lequel le syndicaliste, le r\u00e9volutionnaire ou l\u2019homme \u00e0 la peau sombre joue g\u00e9n\u00e9ralement le r\u00f4le du traitre, alors que le policier, le d\u00e9tective, l\u2019agent f\u00e9d\u00e9ral \u2013 en un mot  l\u2019espion type CIA \u2013 est toujours un h\u00e9ros[xxix]<br><br>Ing\u00e9rences et r\u00e9sistances<br><br>Le socio-\u00e9conomiste malien Hamidou Magassa propose de situer la Francophonie dans l\u2019histoire de la domination colonialiste et dans ses diff\u00e9rentes phases. Il d\u00e9nombre trois phases : celle de la \u00ab mission civilisatrice \u00bb allant de la conqu\u00eate coloniale \u00e0 1956 ; celle de la \u00ab communaut\u00e9 fran\u00e7aise \u00bb qui lui succ\u00e8de jusqu\u2019aux ind\u00e9pendances et celle de la Francophonie depuis. Concernant cette derni\u00e8re, il souligne : \u00ab la troisi\u00e8me phase n\u00e9ocoloniale est celle actuelle de la r\u00e9cup\u00e9ration indirecte, des acquis de cette lutte [la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance] en s\u2019appuyant sur l\u2019\u00e9lite locale, \u00ab francophonis\u00e9e \u00bb au pr\u00e9alable[xxx]. \u00bb<br><br>Le lien entre francophonie et int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques est parfois publiquement assum\u00e9 comme en t\u00e9moigne la d\u00e9claration du ministre fran\u00e7ais des affaires \u00e9trang\u00e8res, Yvon Bourges, \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e nationale fran\u00e7aise le 23 octobre 1967 :<br><br>Et naturellement le premier objectif de mon d\u00e9partement est de favoriser la p\u00e9n\u00e9tration de la langue et de la culture fran\u00e7aises dans les pays d\u2019Afrique et de Madagascar\u2026; le second objectif que nous nous proposons est d\u2019ordre \u00e9conomique : le maintien et le d\u00e9veloppement des int\u00e9r\u00eats commerciaux et industriels fran\u00e7ais constituent \u00e9galement une pr\u00e9occupation constante du Secr\u00e9tariat d\u2019Etat aux Affaires Etrang\u00e8res en charge de la coop\u00e9ration. Je le dis sans aucune honte. Cela n\u2019a d\u2019ailleurs rien d\u2019ill\u00e9gitime ni de sordide. La coop\u00e9ration n\u2019est pas une entreprise int\u00e9ress\u00e9e au sens \u00e9go\u00efste du terme, mais il ne peut s\u2019agir ni de gaspillage ni de prodigalit\u00e9 \u2026[xxxi]<br><br> La parole se fera plus prudente ult\u00e9rieurement mais l\u2019articulation entre francophonie et d\u00e9fenses des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques fran\u00e7ais reste une constante jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. L\u2019\u00e9volution des th\u00e8mes des sommets de la francophonie en t\u00e9moigne. Ainsi en est-il du quinzi\u00e8me sommet de Dakar en 2014 dont l\u2019objectif \u00e9tait d\u2019adopter une \u00ab strat\u00e9gie \u00e9conomique pour la Francophonie \u00bb. Ceux qui pensent encore que la Francophonie institutionnelle est une affaire de \u00ab langue en partage \u00bb sont ou na\u00effs ou malhonn\u00eates face \u00e0 la simple id\u00e9e d\u2019une strat\u00e9gie \u00e9conomique commune possible en maintenant le franc CFA, les accords de partenariat \u00e9conomique (APE), la dette et  ses plans d\u2019ajustement structurel, les multiples interventions militaires, etc. L\u2019annulation de la dette publique de 7 pays africains par le Canada lors du sommet du Qu\u00e9bec en 1987 puis l\u2019annulation partielle de la dette publique par la France lors du sommet de Dakar en 1989 p\u00e8sent peu face \u00e0 l\u2019immensit\u00e9 de la dette priv\u00e9e et aux pressions des \u00ab amis francophones \u00bb pour qu\u2019elle soit rembours\u00e9e au prix de Plans d\u2019ajustement structurel qui emp\u00eachent toute possibilit\u00e9 de d\u00e9veloppement.<br><br>Au fur et \u00e0 mesure des diff\u00e9rents sommets se sont tous les aspects de vie politique et \u00e9conomique d\u2019une part et de la souverainet\u00e9 nationale d\u2019autre part qui sont abord\u00e9s c\u2019est-\u00e0-dire mis en conformit\u00e9 avec les int\u00e9r\u00eats des puissances occidentales francophones et en particulier de la France. Le troisi\u00e8me sommet \u00e0 Dakar en 1989 met ainsi en place \u00ab une coop\u00e9ration juridique et judiciaire \u00bb. Celui de Paris en 1991 et de Maurice en 1993 se donnent pour objectif de \u00ab faire avancer le processus de d\u00e9mocratisation \u00bb c\u2019est-\u00e0-dire de l\u00e9gitimer l\u2019ing\u00e9rence dans les affaires int\u00e9rieures des \u00c9tats africains. Le sommet de Cotonou en 1995 est consacr\u00e9 \u00e0 \u00ab l\u2019affirmation politique de la communaut\u00e9 internationale dans le contexte d\u2019apr\u00e8s-guerre froide \u00bb. Ces quelques exemples suffisent pour illustrer que nous ne sommes pas en pr\u00e9sence d\u2019une \u00ab langue en partage \u00bb mais d\u2019un processus de production et de reproduction des d\u00e9pendances n\u00e9ocoloniales.<br><br>Donnons un dernier exemple qui se d\u00e9roule lors du sommet de Kinshasa en 2012. Interview\u00e9 par la journaliste Belge Colette  Braeckman, le commissaire congolais du sommet Isidore Ndaywel d\u00e9clare : \u00ab Un effort est en cours et le Sommet de la francophonie sera l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019une plus grande ouverture qui s\u2019adresse cette fois \u00e0 tout le monde, dont nos partenaires traditionnels, les pays francophones du Nord et du Sud, et pas seulement \u00e0 la Chine, comme on nous l\u2019a reproch\u00e9 [xxxii]. \u00bb Nous sommes bien en pr\u00e9sence d\u2019un outil visant \u00e0 influer sur les choix \u00e9conomiques des pays africains dans l\u2019objectif de d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats des pays francophones occidentaux en g\u00e9n\u00e9ral et de la France en particulier.<br><br>Si la Francophonie conna\u00eet un \u00e9largissement notable des pays membres en s\u2019\u00e9largissant d\u00e9sormais \u00e0 des pays de l\u2019Est de l\u2019Europe, elle est en revanche de plus en plus critiqu\u00e9e et remise en cause en Afrique. En t\u00e9moigne les multiples \u00e9crits visant \u00e0 d\u00e9montrer qu\u2019elle n\u2019est pas de nature n\u00e9ocolonialiste. Les arguments mis en avant sont sans cesse les m\u00eames :<br><br> Il suffit d\u2019un coup d\u2019\u0153il \u00e0 la liste des pays membres de plein droit et observateurs de l\u2019OIF pour abolir l\u2019id\u00e9e que la Francophonie d\u00e9calque les fronti\u00e8res des anciennes colonies fran\u00e7aises, et encore plus qu\u2019elle ne serait que l\u2019un des habits neufs du n\u00e9o-colonialisme. [ \u2026] Le reproche de n\u00e9o-colonialisme repose en outre sur un contresens historique. Ce n\u2019est pas, en effet, par la France qu\u2019a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u le projet de structurer l\u2019ensemble des pays francophones, mais par un groupe de personnalit\u00e9s dont beaucoup avaient en commun d\u2019avoir \u00e9t\u00e9, justement, de grandes figures du mouvement des ind\u00e9pendances dans les ann\u00e9es cinquante et soixante. Ils s\u2019appelaient L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor, Habib Bourguiba, Hamani Diori, Norodom Sihanouk, notamment[xxxiii].<br><br>L\u2019argument de l\u2019\u00e9largissement extra-africain souligne justement que la francophonie est devenue un des outils dans la concurrence mondiale entre les USA, l\u2019Union europ\u00e9enne et le Canada qui n\u2019a cess\u00e9 de s\u2019exacerber depuis le d\u00e9but de la mondialisation. Celui de l\u2019origine de ses fondateurs rappelle simplement le mode d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance ayant pour c\u0153ur la pr\u00e9paration d\u2019une transition entre le colonialisme et le n\u00e9ocolonialisme. Les trois chefs d\u2019\u00c9tat africains g\u00e9n\u00e9ralement cit\u00e9s (Senghor, Bourguiba et Diori) ont \u00e9t\u00e9 dans cette p\u00e9riode de transition de \u00ab bons \u00e9l\u00e8ves \u00bb.<br><br>Les voix africaines remettant en cause la francophonie institutionnelle ne cessent en revanche de se multiplier. \u00ab Si le fran\u00e7ais, en Afrique de l\u2019Ouest, \u00e0 mesure que les colons justifiaient leur \u00ab mission \u00bb civilisatrice, a longtemps valu comme langue du progr\u00e8s, il constitue aujourd\u2019hui, pour certains, de par son ambigu\u00eft\u00e9, un symbole d\u2019assujettissement qui, du point de vue local, serait \u00e0 l\u2019origine de la n\u00e9gation, voire de la destruction des cultures africaines. [\u2026] il est alors possible d\u2019entendre \u00e0 Bamako : \u00ab \u00c0 bas la francophonie ! \u00bb dans un meeting associatif[xxxiv] \u00bb remarque\u202fla sociolinguiste C\u00e9cile Canut. A l\u2019occasion du quaranti\u00e8me anniversaire de la francophonie en 2010, le quotidien Burkinabais \u00ab Le pays-Ouagadougou \u00bb va dans le m\u00eame sens en soulignant :<br><br>En francophonie, on note un r\u00e9el d\u00e9s\u00e9quilibre entre pays du Nord et du Sud, les seconds \u00e9tant \u00e9troitement d\u00e9pendants des premiers qui assurent pour la plupart le financement du d\u00e9veloppement. Ce d\u00e9s\u00e9quilibre s\u2019est accentu\u00e9 au fil du temps du fait du poids de la France en rapport avec les vis\u00e9es g\u00e9ostrat\u00e9giques de l\u2019\u00c9lys\u00e9e. Le rayonnement culturel \u00e9tant sous-jacent \u00e0 l\u2019influence \u00e9conomique, la France qui n\u2019a plus ses colonies, sent qu\u2019elle perd de son lustre d\u2019antan. La francophonie devient<br>alors le cadre id\u00e9al pour restaurer cette influence. On le sent lors des<br>grandes messes rituelles. Paris dissimule \u00e0 peine qu\u2019elle se trouve au centre<br>des prises de d\u00e9cisions[xxxv].<br><br>Plus grave encore pour la strat\u00e9gie n\u00e9ocoloniale, on assiste \u00e0 un mouvement populaire de r\u00e9affirmation de soi et de r\u00e9investissement des langues locales. Ainsi au S\u00e9n\u00e9gal pr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019histoire officielle francophone comme le berceau de la francophonie, \u00ab le fran\u00e7ais recule au profit du wolof. Un ph\u00e9nom\u00e8ne de fond qui n\u2019est pas sans cons\u00e9quence sur la vie quotidienne[xxxvi] \u00bb souligne un article au titre significatif (\u00ab Le S\u00e9n\u00e9gal est-il encore un pays francophone ? \u00bb) de SlateAfrique de 2016. Une \u00e9mission de TV 5 Monde titre dans le m\u00eame sens en f\u00e9vrier 2018 : \u00ab Le S\u00e9n\u00e9gal perd son fran\u00e7ais au profit du wolof. \u00bb<br><br>Ces r\u00e9actions populaires convergent avec des prises de position politique \u00e0 l\u2019exemple de l\u2019appel \u00e0 un \u00ab contre-sommet anti-francophone \u00bb en 2014 \u00e0 l\u2019occasion du sommet de la francophonie : \u00ab Les parties signataires de la pr\u00e9sente plateforme consid\u00e8rent que les Sommets dits francophones ne sont qu\u2019un mauvais cirque destin\u00e9, principalement \u00e0 couvrir et cautionner les abus de puissance multiformes du n\u00e9ocolonialisme fran\u00e7ais en Afrique, aujourd\u2019hui plac\u00e9 sous la tutelle des Usa depuis sa r\u00e9int\u00e9gration dans le commandement de l\u2019Otan ; et accessoirement \u00e0 entretenir la corruption, la concussion et des trafics \u00ab fran\u00e7africains \u00bb en tous genres[xxxvii].\u00bb L\u2019\u00e9v\u00e8nement a \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9 comme suffisamment important pour susciter une interdiction des manifestations publiques par le gouverneur de Dakar pendant la dur\u00e9e du sommet francophone pour des raisons de \u00ab s\u00e9curit\u00e9 \u00bb.<br><br>Comme tous les autres fronts s\u2019opposant au n\u00e9ocolonialisme que nous avons mentionn\u00e9s dans nos livraisons pr\u00e9c\u00e9dentes, ces militants qui s\u2019opposent \u00e0 la francophonie institutionnelle restent encore largement minoritaire. Leur simple existence est un signe du d\u00e9veloppement des consciences au regard de la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dente. Le jeune \u00e2ge de ces militants souligne l\u2019\u00e9mergence d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration militante porteuse d\u2019avenir pour les peuples africains.<br><br>[i] On\u00e9sime Reclus, France, Alg\u00e9rie et colonies, Hachette, Paris, 1883, p. 690.<br><br>[ii] Les p\u00e8res de la Francophonie, http:\/\/www.ladocumentationfrancaise.fr\/dossiers\/d000124-la-francophonie\/les-peres-de-la-francophonie, consult\u00e9 le 11 ao\u00fbt 2018 \u00e0 16 h 50.<br><br>[iii] Paul Dupuy, conf\u00e9rence intitul\u00e9e \u00ab les deux premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019alliance fran\u00e7aise \u00bb, 1886, cit\u00e9 in Ivan Barko, L\u2019alliance fran\u00e7aise : les ann\u00e9es Foncin (1883-1914). Contexte, naissance, mutations, Documents pour l\u2019histoire du fran\u00e7ais langue \u00e9trang\u00e8re ou seconde, n\u00b0 25, 2000, p. 9.<br><br>[iv] Joseph Roger Benoist, Eglise et pouvoir colonial au Soudan fran\u00e7ais. Administrateurs et missionnaires dans la boucle du Niger (1885-1945), Karthala, Paris, 1987, p. 47.<br><br>[v] Guy Pervill\u00e9, La notion d\u2019\u00e9lite dans la politique indig\u00e8ne de la France, in Sylvie Guillaume (coord.), Les \u00e9lites fin de si\u00e8cles (XIXe-XXe si\u00e8cles), Editions de la Maison des sciences de l\u2019homme Aquitaine, 1992, p. 181.<br><br>[vi] Georges Hardy, Histoire de la colonisation fran\u00e7aise, Larose, Paris, 1943, p. 322.<br><br>[vii] Ibid, p. 322.<br><br>[viii] Cit\u00e9 in Pascale Barthelemy et Jean Herv\u00e9 Jezequel, Marier les \u00ab demoiselles frigidaires \u00bb et les \u00ab mangeurs de craies \u00bb : l\u2019id\u00e9al du m\u00e9nage lettr\u00e9 et l\u2019administration coloniale en Afrique, in Odile Goerg (dir.), Perspectives historiques sur le genre en Afrique Occidentale fran\u00e7aise, L\u2019Harmattan, Paris, 2007, pp. 77-96.<br><br>[ix] Cit\u00e9 in Pascale Barthelemy, Instruction ou \u00e9ducation ? La formation des africaines \u00e0 l\u2019Ecole normale d\u2019institutrices de l\u2019AOF de 1938 \u00e0 1958, Cahiers d\u2019\u00e9tudes africaines, n\u00b0 169-170, 2003, p. 375.<br><br>[x] Saadia-et-Lakhdar, L\u2019ali\u00e9nation colonialiste et la r\u00e9sistance de la famille alg\u00e9rienne, La Cit\u00e9 \u00e9diteur, Lausanne, 1961, p. 46.<br><br>[xi] Nous empruntons l\u2019expression \u00e0 la chercheuse en sciences politiques  Alice Goheneix, Les \u00e9lites africaines et la langue fran\u00e7aise : une appropriation controvers\u00e9e, Documents pour l\u2019histoire du fran\u00e7ais langue \u00e9trang\u00e8re ou seconde, n\u00b0 40-41, 2008, p. 3.<br><br>[xii] Ibid, pp. 3-4.<br><br>[xiii] Une histoire de la Francophonie, Organisation Internationale de la Francophonie (OIT), https:\/\/www.francophonie.org\/Une-histoire-de-la-Francophonie.html, consult\u00e9 le 12 ao\u00fbt 2018 \u00e0 17 h 50.<br><br>[xv] Cit\u00e9 in Chikouna Ciss\u00e9, Le \u00ab CAMES \u00bb (Conseil Africain et Malgache pour l\u2019Enseignement Sup\u00e9rieur)  avant le CAMES (1968-2018) : Un demi-si\u00e8cle au service de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur et de la recherche en Afrique, \u00e9ditions Science et Bien Commun, Qu\u00e9bec, 2018, pp. 13-14.<br><br>[xvi] Ibid, p. 28-29.<br><br>[xvii] Conf\u00e9rer : Sa\u00efd Bouamama, L\u2019\u0153uvre n\u00e9gative du n\u00e9ocolonialisme fran\u00e7ais et europ\u00e9en en Afrique. Les Accords de partenariat \u00e9conomique (APE) : de la Fran\u00e7afrique \u00e0 l\u2019Eurafrique,  https:\/\/bouamamas.wordpress.com\/2018\/08\/05\/loeuvre-negative-du-neocolonialisme-francais-et-europeen-en-afrique-les-accords-de-partenariat-economique-franc-ape-de-la-francafrique-a-leurafrique\/.<br><br>[xviii] Le sommet, Organisation Internationale de la Francophonie, https:\/\/www.francophonie.org\/Le-Sommet.html, consult\u00e9 le 12 ao\u00fbt 2018 \u00e0 20 h 10.<br><br>[xix] Renald Legendre, Dictionnaire actuel de l\u2019\u00e9ducation, Guerin, Montr\u00e9al, 2005, p. 825.<br><br>[xx] Patrick Charaudeau, Langue, discours et identit\u00e9 culturelle, Revue Ela, n\u00b0 123-124,  2001\/3, p. 342.<br><br>[xxi] Ngugi wa Thiong\u2019o, D\u00e9coloniser l\u2019esprit, La Fabrique, Paris, 2011, pp. 48-49.<br><br>[xxii] Hassan Benaddi, Francophonie et n\u00e9ocolonialisme, Souffles, n\u00b0 18, mars-avril 1970, p. 24.<br><br>[xxiii] Ibid, p. 25.<br><br>[xxiv] Fran\u00e7ois Constantin, Et si le pouvoir \u00e9tait au bout de la culture ? R\u00e9alit\u00e9s culturelles et politique internationale de l\u2019Afrique, Politique Africaine, n\u00b0 9, mars 1983, p. 16.<br><br>[xxv] Ibid, p. 17.<br><br>[xxvi] Cheikh Anta Diop, Les fondements \u00e9conomiques et culturels d\u2019un Etat f\u00e9d\u00e9ral d\u2019Afrique Noire, Chapitre 2, Pr\u00e9sence Africaine, Paris, 1960.<br><br>[xxvii] Jean L\u00e9opold Diouf et Marina Yaguello, J\u2019apprends le Wolof, Karthala, Paris, 1991, p. 8.<br><br>[xxviii] Cheikh Anta Diop, Nations n\u00e8gres et culture, Pr\u00e9sence Africaine, Paris, 2009 (premi\u00e8re \u00e9dition 1954), p. 407.<br><br>[xxix] Kwame Nkrumah, Le n\u00e9ocolonialisme, Pr\u00e9sence Africaine, Paris, 1973 (premi\u00e8re \u00e9dition 1965), pp. 251 -252.<br><br>[xxx] Hamidou Magassa, Les langues et leur statut en Afrique dite francophone, Etudes maliennes, n\u00b0 22, 1977,  pp. 40-71.<br><br>[xxxi] Yvon Bourges, intervention \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e nationale du 25 octobre 1967, journal officiel du 26 octobre 1967, p. 4088, http:\/\/archives.assemblee-nationale.fr\/3\/cri\/1967-1968-ordinaire1\/026.pdf, consult\u00e9 le 13 ao\u00fbt 2018 \u00e0 20 h 30.<br><br>[xxxii] Colette Braeckman et Isidore Ndaywel, la r\u00e9union la plus importante jamais tenue au Congo du 10 octobre 2012, http:\/\/www.lesoir.be\/archive\/d-20121010-300L51?referer=%2Farchives%2Frecherche%3Fdatefilter%3Dlast10year%26sort%3Ddate%2Bdesc%26start%3D1790%26word%3DColette%2BBraeckman, consult\u00e9 le 14 ao\u00fbt 2018 \u00e0 18 h 30.<br><br>[xxxiii] Claire Tr\u00e9an, Id\u00e9es re\u00e7ues. La Francophonie, La cavalier bleu, Paris, 2006, pp. 19-20.<br><br>[xxxiv] C\u00e9cile Canut, \u00ab A bat la francophonie ! \u00bb De la mission civilisatrice du fran\u00e7ais en Afrique \u00e0 sa mise en discours postcoloniale, Langue fran\u00e7aise, n\u00b0 167, 2010\/3, pp. 142-143.<br><br>[xxxv] Francophonie. Un instrument politique au service de la France, https:\/\/www.courrierinternational.com\/article\/2010\/03\/25\/un-instrument-politique-au-service-de-la-france, consult\u00e9 le 14 ao\u00fbt 2018 \u00e0 19 h 30.<br><br>[xxxvi] Le S\u00e9n\u00e9gal est-il encore un pays francophone ?, http:\/\/www.slateafrique.com\/21377\/linguistique-senegal-est-il-encore-un-pays-francophone, consult\u00e9 le 14 ao\u00fbt 2018 \u00e0 20 h 00.<br><br>[xxxvii] Dialo Diop et Moussa Demb\u00e9l\u00e9, Plate-forme pour un contre-sommet anti-francophone \u00e0 Dakar, 26 novembre 2014, https:\/\/www.pambazuka.org\/fr\/governance\/n%C3%A9ocolonialisme-plateforme-pour-un-contre-sommet-anti-francophone-%C3%A0-dakar, consult\u00e9 le 14 ao\u00fbt 2018 \u00e0 20 h 15.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><a href=\"https:\/\/bouamamas.wordpress.com\/2018\/08\/26\/loeuvre-negative-du-neocolonialisme-francais-et-europeen-en-afrique-la-francophonie\/\">Source<\/a><\/strong><br><br>Tags : France, colonialisme, francophonie,<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La diffusion de la langue fran\u00e7aise en Afrique est partie int\u00e9grante du projet colonial. 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