{"id":72288,"date":"2020-03-22T19:57:00","date_gmt":"2020-03-22T19:57:00","guid":{"rendered":"http:\/\/moroccomail.fr\/?p=27581"},"modified":"2020-03-22T19:57:00","modified_gmt":"2020-03-22T19:57:00","slug":"le-colonialisme-et-le-neocolonialisme","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/2020\/03\/22\/le-colonialisme-et-le-neocolonialisme\/","title":{"rendered":"Le colonialisme et le n\u00e9ocolonialisme"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align:justify\"><em>On peut faire l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019il existe une relation entre colonisation et sous-d\u00e9veloppement puisque les pays jadis colonis\u00e9s sont les les plus pauvres de la plan\u00e8te<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Par Guy Bajoit<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">S\u2019il faut commencer par parler du colonialisme, c\u2019est parce que les pays qui furent colonis\u00e9s sont, encore aujourd\u2019hui, \u00e0 quelques rares exceptions pr\u00e8s, les pays les plus pauvres de la plan\u00e8te. On peut donc, au moins, faire l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019il existe une relation entre colonisation et sous-d\u00e9veloppement. Je me limiterai ici, aux grandes \u00e9tapes de l\u2019histoire coloniale et post (ou n\u00e9o) coloniale, au cours des cinq derniers si\u00e8cles.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong>L\u2019h\u00e9g\u00e9monie du Portugal et de l\u2019Espagne<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">D\u00e9j\u00e0, ce sont les besoins de l\u2019\u00e9conomie des pays les plus puissants, combin\u00e9s avec la conjoncture politique du moment, avec les d\u00e9couvertes scientifiques et, bien s\u00fbr, avec beaucoup d\u2019audace, d\u2019imagination et de chance, qui expliquent la d\u00e9couverte et la colonisation de ce que l\u2019on a appel\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019Am\u00e9rique\u00a0\u00bb. Les bourgeoisies du sud de l\u2019Europe avaient grand besoin de d\u00e9velopper le commerce, surtout avec l\u2019Asie (la Chine, les Indes)\u00a0: elles cherchaient des \u00e9pices, des soieries et surtout des m\u00e9taux pr\u00e9cieux. Mais il fallait, pour cela, faire la concurrence aux V\u00e9nitiens et aux G\u00e9nois, et s\u2019arranger avec les Turcs, qui contr\u00f4laient le Moyen-Orient. Les Portugais et les Espagnols cherch\u00e8rent donc une voie maritime pour se rendre en Asie\u00a0: les premiers en contournant l\u2019Afrique (d\u00e8s 1485 et surtout, \u00e0 partir de 1497, avec Vasco de Gama)\u00a0; les seconds, en naviguant vers l\u2019Ouest (d\u00e8s 1492, apr\u00e8s le succ\u00e8s de Christophe Colomb). Or, justement, les progr\u00e8s de la navigation (connaissances g\u00e9ographiques, pilotes exp\u00e9riment\u00e9s, bons bateaux \u2014 la caravelle, le galion \u2014 et nouveaux instruments comme l\u2019astrolabe nautique et l\u2019arbal\u00e8te) rendaient possible de tels projets. Le Portugal et l\u2019Espagne financ\u00e8rent de nombreuses exp\u00e9ditions, qui aboutirent \u00e0 trouver un continent qu\u2019ils ne cherchaient pas puisqu\u2019ils ignoraient son existence. Et Christophe Colomb put r\u00e9aliser pleinement les promesses de son nom\u00a0: il porta le Christ (Christophe) en terre colonis\u00e9e (Colomb)\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">D\u00e8s 1493, mais surtout en 1494, avec le Trait\u00e9 de Tordesillas, le Pape Alexandre VI (un Espagnol) confirme le partage du \u00ab\u00a0nouveau monde\u00a0\u00bb entre le Portugal et l\u2019Espagne. Et la colonisation commence\u00a0: les populations indig\u00e8nes sont christianis\u00e9es, mais aussi r\u00e9duites au servage dans les encomiendas\u00a0; des tonnes d\u2019or et d\u2019argent (les mines de Potos\u00ed produisent, \u00e0 elles seules, cinq fois plus d\u2019argent que toute la production europ\u00e9enne) sont ramen\u00e9es \u00e0 S\u00e9ville par les galions espagnols\u00a0; les guerres, les maladies et les conditions de travail d\u00e9ciment la population autochtone (elle serait pass\u00e9e de 80 \u00e0 10 millions au cours du XVIe si\u00e8cle)\u00a0; la traite des noirs, \u00e0 laquelle prennent part non seulement les Portugais et les Espagnols, mais aussi les Fran\u00e7ais, les Anglais et les Hollandais, introduit une main-d\u2019\u0153uvre nouvelle\u00a0; des populations d\u2019origine europ\u00e9enne vont y chercher fortune.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Cette \u00ab\u00a0\u0153uvre\u00a0\u00bb coloniale fut l\u00e9gitim\u00e9e par la christianisation. L\u2019\u00c9glise, apr\u00e8s avoir dout\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9 des \u00ab\u00a0indiens\u00a0\u00bb (voir la controverse de Valladolid, o\u00f9 Bartolom\u00e9 de las Casas plaida leur cause), admit qu\u2019il s\u2019agissait bien d\u2019hommes et de femmes, et, par cons\u00e9quent, justifia l\u2019entreprise par son devoir de sauver leurs \u00e2mes, de lutter contre leur idol\u00e2trie, leur ignorance, leur infantilisme et contre les sacrifices humains\u00a0! Ils \u00e9taient hommes, c\u2019\u00e9tait entendu, mais d\u2019un niveau inf\u00e9rieur\u00a0: il y a, pensait-on, des hommes que Dieu \u00e0 condamn\u00e9s \u00e0 rester esclaves, qui sont serviles par nature\u00a0! S\u2019ils manifestaient quelque r\u00e9sistance (ce qu\u2019ils ont fait), la guerre ne pouvait \u00eatre que juste\u00a0: c\u2019\u00e9tait pour leur bien\u2026 Pour ceux que ces arguments ne convainquaient pas, on en invoquait d\u2019autres\u00a0: le droit de chacun de circuler et de s\u2019\u00e9tablir partout sur la terre, la propri\u00e9t\u00e9 commune des richesses naturelles (du sol, du sous-sol et de la mer)\u2026 D\u00e8s le d\u00e9part, l\u2019Espagne et le Portugal se heurt\u00e8rent \u00e0 la concurrence des Anglais, des Hollandais et des Fran\u00e7ais, les puissances montantes de l\u2019\u00e9poque qui, elles aussi, se mirent \u00e0 chercher une route vers l\u2019Asie, et des territoires pour promouvoir leurs activit\u00e9s commerciales.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">L\u2019or et l\u2019argent faciles, provenant du pillage de l\u2019Am\u00e9rique du Sud, a permis \u00e0 la noblesse espagnole et portugaise de vivre dans le luxe, en achetant, notamment, des produits fabriqu\u00e9s dans d\u2019autres pays europ\u00e9ens et, paradoxalement, chez ses rivaux. La hausse des prix stimula fortement l\u2019\u00e9conomie, surtout anglaise, hollandaise et fran\u00e7aise. On le sait, Marx a vu dans cette dilapidation, l\u2019origine de ce qu\u2019il appelait \u00ab\u00a0l\u2019accumulation primitive du capital\u00a0\u00bb, qui a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des conditions de l\u2019essor du capitalisme industriel, mettant fin \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie des Espagnols et des Portugais et consacrant, du m\u00eame coup, celle des Anglais et des Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Apr\u00e8s environ trois si\u00e8cles de r\u00e9sistance contre ces puissances montantes et de lutte contre des r\u00e9bellions internes \u00e0 leurs colonies, l\u2019Espagne et le Portugal durent l\u00e2cher prise. Des mouvements de d\u00e9colonisation, conduits par des dirigeants cr\u00e9oles, aid\u00e9s par des Europ\u00e9ens, finirent par l\u2019emporter, et, au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle (vers 1810-1830), les \u00c9tats latino-am\u00e9ricains se constitu\u00e8rent, et jouirent, au moins formellement, de leur ind\u00e9pendance politique, et de l\u2019aide \u00ab\u00a0protectrice\u00a0\u00bb de leurs nouveaux \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb (l\u2019Angleterre, la France, et plus tard, les \u00c9tats-Unis).<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong>L\u2019h\u00e9g\u00e9monie de la Grande Bretagne et de la France<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Leur rivalit\u00e9 avec les Espagnols et les Portugais mena les Anglais, les Fran\u00e7ais et les Hollandais, au moins en partie, vers d\u2019autres rivages\u00a0: le nord du nouveau continent, que l\u2019on appelait maintenant l\u2019Am\u00e9rique, ainsi que l\u2019Afrique et l\u2019Asie. Ils bourlinguaient depuis longtemps sur toutes les mers du monde, mais n\u2019avaient pas, \u00e0 proprement parler, install\u00e9 de colonies. Ils avaient plut\u00f4t coutume d\u2019\u00e9tablir des comptoirs, comme l\u2019avaient fait aussi les Portugais, sans p\u00e9n\u00e9trer profond\u00e9ment dans les terres, se limitant \u00e0 installer des ports et \u00e0 faire du commerce. Ils confiaient cette activit\u00e9 \u00e0 des \u00ab\u00a0compagnies \u00e0 charte\u00a0\u00bb (chaque pays avait la sienne\u00a0: par exemple les Compagnies des Indes). Bien s\u00fbr, les comptoirs constituaient bien une forme de colonisation, mais tr\u00e8s limit\u00e9e, si l\u2019on consid\u00e8re les m\u00e9thodes des Espagnols en Am\u00e9rique latine, et celles que pratiqueront ensuite les autres puissances europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">En Am\u00e9rique du Nord, les Fran\u00e7ais et les Anglais rivalis\u00e8rent, entre eux et avec les \u00ab\u00a0Indiens\u00a0\u00bb, pendant au moins un si\u00e8cle (de la moiti\u00e9 du XVIIe jusqu\u2019en 1763), pour s\u2019approprier des territoires. Les Fran\u00e7ais arriv\u00e8rent les premiers\u00a0: apr\u00e8s les exp\u00e9ditions de Jacques Cartier (1534-1536), Samuel de Champlain, le p\u00e8re de la Nouvelle-France, fonda la ville de Qu\u00e9bec (1608) et quelques colons commenc\u00e8rent \u00e0 s\u2019installer dans la vall\u00e9e du Saint-Laurent. Leurs commanditaires, cependant, furent d\u00e9\u00e7us\u00a0: ils cherchaient une route vers l\u2019Asie, des m\u00e9taux pr\u00e9cieux et ils trouv\u00e8rent des fourrures, du poisson et un climat plut\u00f4t hostile\u00a0! Un peu plus bas, les Anglais s\u2019install\u00e8rent d\u2019abord en Virginie (1607) et en Nouvelle-Angleterre (1620\u00a0: le Mayflower). Un si\u00e8cle et demi plus tard, ils occupaient de nombreuses colonies, qui se r\u00e9partissaient sur toute la c\u00f4te Est du sous-continent et, d\u00e9j\u00e0, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres, sur la moiti\u00e9 Est des \u00c9tats-Unis et du Canada actuels. Apr\u00e8s quelques d\u00e9cennies de querelles et de guerres locales, les Anglais s\u2019impos\u00e8rent et \u00e9limin\u00e8rent les Fran\u00e7ais (Trait\u00e9 de Paris, 1763).<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">N\u00e9anmoins, les colons, d\u2019origine anglaise principalement, jug\u00e8rent que la pression fiscale exerc\u00e9e par la Couronne britannique \u00e9tait excessive. Ils commenc\u00e8rent \u00e0 s\u2019organiser pour revendiquer leur ind\u00e9pendance. Ils l\u2019obtinrent, apr\u00e8s plusieurs affrontements violents, et avec l\u2019aide de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise (victoire de Yorktown, 1781). \u00c0 l\u2019exception du Canada (qui gagna progressivement son autonomie par rapport \u00e0 l\u2019Angleterre et ne fut vraiment ind\u00e9pendant qu\u2019apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale) et de quelques autres petits territoires, on peut dire qu\u2019au cours des trois premi\u00e8res d\u00e9cennies du XIXe si\u00e8cle, le continent am\u00e9ricain \u2014 les \u00c9tats-Unis d\u2019abord, les pays latino-am\u00e9ricains ensuite \u2014 se lib\u00e9r\u00e8rent de la colonisation, au moins formellement (car, dans les faits, les Anglais, principalement, prirent la rel\u00e8ve des Espagnols et des Portugais en Am\u00e9rique Latine). La colonisation se poursuivit donc sous d\u2019autres latitudes\u00a0: en Asie, en Afrique, et dans le monde arabe, sous l\u2019\u00e9gide de la Grande-Bretagne, de la France et, secondairement, de quelques autres pays europ\u00e9ens.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Les Anglais surtout construisirent un empire colonial \u00e9norme\u00a0: \u00ab\u00a0Vers 1914, alors que le Royaume-Uni compte 45 millions d\u2019habitants, regroup\u00e9s sur 310 mille kilom\u00e8tres carr\u00e9s, il r\u00e9git le destin d\u2019une Inde peupl\u00e9e de 322 millions d\u2019habitants et vaste de ses 5 millions de kilom\u00e8tres carr\u00e9s, gouverne directement soixante colonies d\u00e9pendantes, peupl\u00e9es de 5,2 millions d\u2019habitants dispers\u00e9s sur plus de 8 millions de kilom\u00e8tres carr\u00e9s et conserve des droits \u00e9tendus dans cinq dominions, o\u00f9 24 millions d\u2019hommes, la plupart de race blanche, occupent 19 millions de kilom\u00e8tres carr\u00e9s\u00a0\u00bb\u00a0[1]. Cet empire comportait principalement le Canada, l\u2019Inde, l\u2019Australie et pratiquement tout l\u2019Est de l\u2019Afrique (une continuit\u00e9 territoriale s\u2019\u00e9tendant du nord au sud du continent, de l\u2019\u00c9gypte \u00e0 l\u2019Afrique du Sud). Il s\u2019agrandit encore, apr\u00e8s le premier conflit mondial, lorsque certaines possessions coloniales allemandes (Trait\u00e9 de Versailles, 1919) et une partie de l\u2019Empire ottoman furent confi\u00e9es \u00e0 la Grande-Bretagne.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Bien que plus modeste, l\u2019empire colonial fran\u00e7ais fut lui aussi tr\u00e8s vaste. En Afrique du Nord, la conqu\u00eate de l\u2019Alg\u00e9rie, commenc\u00e9e en 1830, se heurta \u00e0 la r\u00e9sistance du sultan Abd-el-Kader, qui dura jusqu\u2019en 1847\u00a0; la Tunisie devint protectorat en 1883\u00a0; le Maroc, tr\u00e8s disput\u00e9 par les autres puissances, ne le devint qu\u2019en 1912. \u00ab\u00a0En 1914, l\u2019influence fran\u00e7aise s\u2019\u00e9tend \u00e0 l\u2019Afrique du Nord [\u2026], \u00e0 l\u2019Afrique occidentale et \u00e0 l\u2019Afrique \u00e9quatoriale plac\u00e9es sous l\u2019autorit\u00e9 de gouverneurs, \u00e0 l\u2019Indochine (Cochinchine, Annam, Tonkin, Cambodge, Laos) [\u2026], \u00e0 Madagascar, aux Antilles, \u00e0 l\u2019Oc\u00e9anie et aux comptoirs de l\u2019Inde\u00a0\u00bb\u00a0[2]. Comme les Britanniques, les Fran\u00e7ais profit\u00e8rent du d\u00e9p\u00e8cement de l\u2019empire ottoman et de la fin de la colonisation allemande.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">D\u2019autres pays europ\u00e9ens particip\u00e8rent, beaucoup plus modestement, \u00e0 la colonisation\u00a0: la Belgique eut le Congo (qu\u2019elle consid\u00e9rait comme sa dixi\u00e8me province, 86 fois plus grand qu\u2019elle\u00a0!), puis le Ruanda-Urundi\u00a0; l\u2019Italie eut la Libye et l\u2019\u00c9thiopie (qu\u2019elle arracha de haute lutte en 1936)\u00a0; la Hollande, qui avait particip\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re phase de la colonisation (avec ses compagnies \u00e0 charte et ses comptoirs), participa aussi \u00e0 la seconde, avec l\u2019Indon\u00e9sie et la Guyane\u00a0; il en fut de m\u00eame pour l\u2019Espagne, qui eut une partie du Maroc et du Sahara, et pour le Portugal, qui garda l\u2019Angola, la Mozambique et les \u00celes du Cap Vert jusqu\u2019en 1974.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">La course aux mati\u00e8res premi\u00e8res et aux produits alimentaires \u00e9tait la raison principale de cette seconde phase\u00a0: le d\u00e9veloppement du capitalisme industriel en Europe occidentale en avait le plus grand besoin. Mais il fallait aussi trouver des d\u00e9bouch\u00e9s pour investir des capitaux et des march\u00e9s pour les produits de l\u2019industrie. En outre, au tournant du XXe si\u00e8cle, de nombreux \u00e9migrants europ\u00e9ens cherchaient \u00e0 s\u2019installer ailleurs pour fuir le ch\u00f4mage et la pauvret\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Le r\u00e9gime dit \u00ab\u00a0de l\u2019exclusif\u00a0\u00bb s\u2019imposait\u00a0: chaque m\u00e9tropole s\u2019assurait le monopole du commerce avec ses colonies. Seuls les Anglais \u00e9taient un peu plus souples que les autres dans l\u2019application de cette r\u00e8gle\u00a0: ils pouvaient se le permettre parce qu\u2019ils craignaient moins la concurrence, \u00e9tant donn\u00e9 les performances de leurs industries. D\u00e9j\u00e0, entre colonisateur et colonis\u00e9, la division du travail s\u2019appliquait\u00a0: les colonis\u00e9s devaient se contenter de produire des mati\u00e8res premi\u00e8res (du coton, par exemple), alors que les m\u00e9tropoles se r\u00e9servaient les produits manufactur\u00e9s (comme le tissu). Toute tentative d\u2019une colonie pour produire et vendre des produits finis \u00e9tait syst\u00e9matiquement d\u00e9truite, par n\u2019importe quel moyen (l\u2019Inde et l\u2019\u00c9gypte l\u2019apprirent \u00e0 leurs d\u00e9pens), afin d\u2019\u00e9viter toute concurrence avec l\u2019industrie europ\u00e9enne.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">La justification id\u00e9ologique de cette seconde \u00e9tape de l\u2019entreprise coloniale ne se faisait plus tellement au nom de la christianisation (m\u00eame si cette pr\u00e9occupation ne fut pas oubli\u00e9e), mais plut\u00f4t au nom de la civilisation moderne\u00a0: il s\u2019agissait d\u2019apporter la culture et la technologie \u00e0 des populations arri\u00e9r\u00e9es, ignorantes et souvent barbares, et de leur apprendre, (tr\u00e8s) progressivement, \u00e0 se gouverner seules.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong>L\u2019h\u00e9g\u00e9monie des \u00c9tats-Unis et de l\u2019Union Sovi\u00e9tique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Le r\u00e9gime colonial europ\u00e9en dura jusqu\u2019apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. Celle-ci, en effet, modifia fondamentalement la r\u00e9partition des cartes de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie entre les \u00c9tats\u00a0: les Sovi\u00e9tiques avaient gagn\u00e9 la guerre sur le front de l\u2019Est et les \u00c9tats-Unis, avec l\u2019aide des Alli\u00e9s, l\u2019avaient gagn\u00e9e sur le front de l\u2019Ouest\u00a0; tous les autres \u00c9tats, notamment la France, n\u2019avaient plus qu\u2019\u00e0 reconna\u00eetre, modestement, ces faits. La Conf\u00e9rence de Yalta (1945) r\u00e9unit donc les vainqueurs \u2014 Staline, Roosevelt (puis Truman) et Churchill \u2014 et confirma l\u2019h\u00e9g\u00e9monie des deux nouvelles puissances.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Fondamentalement, les nouveaux ma\u00eetres du monde avaient besoin, pour l\u2019expansion de leur \u00e9conomie, de briser les fronti\u00e8res des march\u00e9s exclusifs instaur\u00e9s par les m\u00e9tropoles coloniales europ\u00e9ennes, et de construire des zones d\u2019influence, aussi vastes que possible. Puisqu\u2019ils \u00e9taient deux pr\u00e9tendants \u00e0 vouloir se partager le monde, leur entente initiale n\u2019a pas tard\u00e9 \u00e0 se d\u00e9grader et fut bient\u00f4t remplac\u00e9e par les relations tendues, que l\u2019on a appel\u00e9 guerre froide. Ils se partag\u00e8rent d\u2019abord l\u2019h\u00e9g\u00e9monie sur les pays europ\u00e9ens, qu\u2019ils venaient de lib\u00e9rer du fascisme\u00a0: un rideau de fer et, \u00e0 Berlin, un mur s\u00e9par\u00e8rent le monde de l\u2019Est de celui de l\u2019Ouest. L\u2019ing\u00e9rence \u00e9tait pratique courante. Elle passait par des pressions \u00e9conomiques, politiques et militaires\u00a0: plus n\u00e9goci\u00e9es \u00e0 l\u2019Ouest (le Plan Marshall, les investissements des multinationales, la participation \u00e0 l\u2019Otan)\u00a0; plus impos\u00e9es et, au besoin, violentes, \u00e0 l\u2019Est (Pacte de Varsovie, Comecon, interventions \u00e0 Berlin, Varsovie, Budapest, Prague\u2026).<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Dans le \u00ab\u00a0troisi\u00e8me\u00a0\u00bb monde (que l\u2019on commen\u00e7ait \u00e0 appeler le tiers monde), la constitution de zones d\u2019influence passait par la destruction du syst\u00e8me colonial europ\u00e9en. Le but des \u00c9tats-Unis et de l\u2019URSS fut donc de favoriser les ind\u00e9pendances nationales des pays colonis\u00e9s, comme le voulait d\u00e9j\u00e0, apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale, la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations, et comme l\u2019avait confirm\u00e9, apr\u00e8s la Seconde, l\u2019ONU. L\u2019heure \u00e9tait \u00e0 la d\u00e9colonisation, et de nombreux dirigeants politiques du tiers monde ont su saisir cette occasion historique. D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1940, l\u2019Indon\u00e9sie, l\u2019Inde, la Chine lanc\u00e8rent le processus de lib\u00e9ration nationale, qui fut suivi, dans les ann\u00e9es cinquante, par plusieurs autres pays, surtout asiatiques et arabes, et qui se g\u00e9n\u00e9ralisa au cours de la d\u00e9cennie suivante. Parfois, le processus se d\u00e9roula sans trop de heurts (le cas du Congo belge, par exemple)\u00a0; d\u2019autres fois, l\u2019ancienne m\u00e9tropole r\u00e9sista longtemps et il fallu arracher l\u2019ind\u00e9pendance par la lutte arm\u00e9e (le cas de l\u2019Alg\u00e9rie, notamment).<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Dans beaucoup de pays du tiers monde, les grandes puissances r\u00e9ussirent \u00e0 s\u2019allier avec des dirigeants nationaux qui contr\u00f4laient fermement le pouvoir et se situaient clairement dans l\u2019un ou l\u2019autre camp\u00a0; parfois cependant, le contr\u00f4le du pouvoir resta incertain, passant d\u2019un camp \u00e0 l\u2019autre, avec des guerres civiles incessantes\u00a0; certains encore tent\u00e8rent, avec des succ\u00e8s tr\u00e8s divers, de rester neutres (le mouvement des non-align\u00e9s), de jouer sur la rivalit\u00e9 entre les puissances, avec l\u2019aide des anciennes m\u00e9tropoles.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Il s\u2019ensuivit la mise en place d\u2019un \u00ab\u00a0nouvel ordre politique et \u00e9conomique international\u00a0\u00bb. On a dit de cet ordre qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9ocolonial, parce que, dans beaucoup de cas, l\u2019ind\u00e9pendance des nouveaux \u00c9tats \u00e9tait plus formelle que r\u00e9elle. M\u00eame si le discours disait exactement le contraire, le syst\u00e8me reposait, en effet, sur l\u2019ing\u00e9rence, dont le but \u00e9tait de mettre au pouvoir des \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb, et de les aider \u00e0 s\u2019y maintenir (notamment par une coop\u00e9ration militaro-industrielle), en \u00e9liminant les forces contraires. Outre l\u2019ing\u00e9rence politique, cet ordre reposait aussi sur l\u2019endoctrinement id\u00e9ologique et, bien entendu, sur la d\u00e9pendance \u00e9conomique.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">L\u2019endoctrinement consistait \u00e0 convaincre les populations de ces nouvelles nations de la l\u00e9gitimit\u00e9 de cet ordre. Apr\u00e8s avoir voulu les christianiser, on a voulu les civiliser, et voici que maintenant, on voulait les d\u00e9velopper, c\u2019est-\u00e0-dire les industrialiser, en les modernisant. Mais, pour atteindre ce but, chaque camp imposait sa m\u00e9thode, son mod\u00e8le\u00a0: le capitalisme versus le communisme. Les courants d\u2019opposition \u00e9taient \u00e9troitement surveill\u00e9s par des services de s\u00e9curit\u00e9 (aid\u00e9s soit par la CIA, soit par le KGB), et plus ou moins durement r\u00e9prim\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Malgr\u00e9 les beaux discours sur le d\u00e9veloppement et l\u2019industrialisation, la d\u00e9pendance \u00e9conomique a \u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralement maintenue par les grandes puissances, avec l\u2019aide de leurs \u00ab\u00a0complices\u00a0\u00bb locaux souvent corrompus. Rares sont les \u00c9tats qui ont r\u00e9ussi \u00e0 y \u00e9chapper\u00a0: il fallait, pour cela, des circonstances exceptionnelles, comme celles que connaissent la Cor\u00e9e du Sud ou Taiwan, \u00e0 cause de leur position g\u00e9ostrat\u00e9gique. La coop\u00e9ration, m\u00eame quand elle a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue et r\u00e9alis\u00e9e avec les meilleures intentions, n\u2019a pas suffi \u00e0 relever un tel d\u00e9fi. On peut m\u00eame penser qu\u2019une partie de cette aide (pas toute, heureusement) a surtout servi \u00e0 huiler les engrenages de ce syst\u00e8me, et ce, de plusieurs mani\u00e8res\u00a0: soit en facilitant les transferts du Sud vers le Nord (pour rembourser les dettes, pour rapatrier des b\u00e9n\u00e9fices, pour importer des produits manufactur\u00e9s)\u00a0; soit en ouvrant la voie aux investissements des multinationales\u00a0; soit encore en favorisant le maintien au pouvoir de dirigeants locaux complices (d\u00e9penses de r\u00e9pression, de prestige) ou m\u00eame, en s\u2019en servant pour les corrompre. Ce n\u2019est donc pas sans raison que l\u2019on a dit de cet imp\u00e9rialisme qu\u2019il \u00e9tait \u00ab\u00a0n\u00e9ocolonial\u00a0\u00bb\u00a0: il reprenait et poursuivait, ce qui avait fait l\u2019essence du colonialisme.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Certains s\u2019\u00e9tonneront de nous voir traiter de la m\u00eame mani\u00e8re la domination des \u00c9tats-Unis et celle de l\u2019URSS. C\u2019est que, m\u00eame si chaque puissance avait \u00e9videmment sa mani\u00e8re de mener ses relations avec les nouveaux \u00c9tats, l\u2019id\u00e9e centrale \u00e9tait la m\u00eame\u00a0: constituer, gr\u00e2ce \u00e0 une ing\u00e9rence politique et militaire, une zone d\u2019influence, \u00e9conomiquement exploitable et\/ou strat\u00e9giquement utile, en maintenant dans la d\u00e9pendance des gouvernements et des peuples \u00e9trangers. Que les uns aient fait cela au nom du capitalisme et les autres au nom du communisme n\u2019y change, tout compte fait, pas grand-chose\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong>La domination des grandes organisations supranationales<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Le syst\u00e8me n\u00e9ocolonial que nous venons de d\u00e9crire est encore bien vivant. Pourtant, depuis la fin de l\u2019empire sovi\u00e9tique, il est en train de changer suffisamment pour que l\u2019on puisse d\u00e9j\u00e0 augurer de la mise en place d\u2019un nouvel ordre politique et \u00e9conomique mondial. Voyons cela de plus pr\u00e8s.<br \/>\nApr\u00e8s quarante ans de rivalit\u00e9, de guerres indirectes, l\u2019URSS s\u2019effondre, les \u00c9tats-Unis triomphent, et du m\u00eame coup, ils imposent au monde entier la l\u00e9gitimit\u00e9 de leur mod\u00e8le, le capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral. Toutefois, pendant la m\u00eame p\u00e9riode, beaucoup d\u2019autres choses ont chang\u00e9, qui concernent notre propos. Nous observons trois mouvements de fond.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">\u2022 Premier mouvement\u00a0: l\u2019organisation d\u2019un syst\u00e8me dans lequel les acteurs qui exercent l\u2019h\u00e9g\u00e9monie ne sont plus (ou en tout cas, plus seulement) des \u00c9tats, o\u00f9 la base territoriale d\u2019exercice de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie n\u2019est plus la nation et o\u00f9 le droit d\u2019ing\u00e9rence est de plus en plus reconnu. Beaucoup d\u2019organisations internationales (les Nations Unies et toutes les instances qui en d\u00e9rivent\u00a0; le FMI\u00a0; la Banque mondiale\u00a0; l\u2019OMC\u00a0; les unions \u00e9conomiques et politiques r\u00e9gionales, etc.), cherchent \u00e0 imposer leurs d\u00e9cisions \u00e0 toutes les nations du monde ou, tout au moins, \u00e0 une grande partie d\u2019entre elles. Ces organisations cherchent \u00e0 faire prendre aux \u00c9tats nationaux des engagements qu\u2019ils doivent respecter (m\u00eame s\u2019ils se font parfois tirer l\u2019oreille) et qui r\u00e9duisent leur autonomie de d\u00e9cision\u00a0: apr\u00e8s d\u2019innombrables tractations, ils ont sign\u00e9 une multitude de chartes, d\u2019accords, de r\u00e8glements&#8230; Progressivement, un droit et une jurisprudence se constituent\u00a0; des tribunaux internationaux interviennent dans les affaires int\u00e9rieures des \u00c9tats nationaux et prononcent des jugements, des condamnations auxquelles ceux-ci sont oblig\u00e9s de se plier. Peu \u00e0 peu \u2013 avec peine il est vrai, car c\u2019est sans doute le niveau le plus difficile \u2013, on observe des tentatives visant \u00e0 mettre en place une force militaire agissant au niveau mondial.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">\u2022 Second mouvement\u00a0: le ph\u00e9nom\u00e8ne de mondialisation des \u00e9changes \u00e9conomiques, selon la logique n\u00e9olib\u00e9rale. Les barri\u00e8res \u00e9conomiques qui prot\u00e9geaient les nations s\u2019affaiblissent ou tendent \u00e0 dispara\u00eetre\u00a0; le commerce international s\u2019accro\u00eet\u00a0; les investissements directs \u00e9trangers sont en pleine expansion\u00a0; le volume des transactions financi\u00e8res augmente de fa\u00e7on effr\u00e9n\u00e9e\u00a0; les co\u00fbts de transport se r\u00e9duisent de plus en plus\u00a0; les nouvelles technologies dans le domaine des communications se diffusent partout\u00a0; les informations circulent avec une tr\u00e8s grande fluidit\u00e9 sur toute la surface du globe\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">\u2022 Troisi\u00e8me mouvement\u00a0: le d\u00e9placement vers les pays du Sud de certaines des activit\u00e9s du capitalisme industriel. On peut penser que ce d\u00e9placement est une des cons\u00e9quences du passage des pays du Nord \u00e0 une nouvelle \u00e9tape du d\u00e9veloppement technologique et \u00e9conomique. En effet, leur nouveau mod\u00e8le repose plus sur l\u2019accumulation de profits commerciaux que sur l\u2019extraction de la plus-value du travail, du moins, celle de leurs propres travailleurs. Il est donc vital que cette plus-value salari\u00e9e soit produite ailleurs. Du coup, les pays du Sud et de l\u2019Est sont invit\u00e9s, par les grandes organisations du pilotage \u00e9conomique mondial, \u00e0 s\u2019industrialiser. Quelques-uns semblent \u00eatre en bonne voie\u00a0: la Russie, certains anciens satellites de l\u2019URSS, les \u00ab\u00a0dragons\u00a0\u00bb asiatiques, la Chine, l\u2019Inde, le Br\u00e9sil et certains pays d\u2019Am\u00e9rique du Sud ou du Moyen-Orient. Pour piloter cette \u00e9volution \u2013 entendez, pour imposer cette nouvelle division du travail \u2013, il n\u2019y a plus qu\u2019un seul mod\u00e8le\u00a0: le n\u00e9olib\u00e9ralisme, install\u00e9 dans les pays d\u00e9pendants \u00e0 grands coups d\u2019ajustements structurels.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Ces trois mouvements essentiels indiquent clairement, nous semble-t-il, qu\u2019un nouveau mode d\u2019exercice de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie est en train de se mettre en place. Il ne repose plus sur la base territoriale des nations, mais bien sur des r\u00e9seaux d\u2019\u00e9change d\u2019informations et de capitaux, contr\u00f4l\u00e9s par des organisations internationales et par les \u00c9tats les plus puissants (G8). Quant aux l\u00e9gitimations id\u00e9ologiques, elles suivent cette \u00e9volution. Apr\u00e8s la christianisation, la civilisation et le d\u00e9veloppement, c\u2019est maintenant au nom de la lutte contre la pauvret\u00e9 et contre le terrorisme que les pays h\u00e9g\u00e9moniques pr\u00e9tendent imposer leurs vues. Le d\u00e9veloppement est peu \u00e0 peu remplac\u00e9 par l\u2019aide alimentaire, et le terrorisme prend la place du communisme pour former le nouvel \u00ab\u00a0axe du mal\u00a0\u00bb. Ainsi, quand on bombarde l\u2019Afghanistan pour en chasser les Talibans, des avions y d\u00e9versent aussi des rations alimentaires\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">De la m\u00eame mani\u00e8re que, jadis, le Nord avait int\u00e9r\u00eat, pour mieux justifier le colonialisme, \u00e0 croire et \u00e0 faire croire \u00e0 la r\u00e9pugnante impi\u00e9t\u00e9 et \u00e0 la monstrueuse barbarie des peuples du Sud, aujourd\u2019hui il a int\u00e9r\u00eat \u00e0 croire et \u00e0 faire croire que le Sud constitue pour le Nord une \u00e9pouvantable menace terroriste. Apr\u00e8s avoir inspir\u00e9 la piti\u00e9, voici que les pauvres font peur\u00a0: on ne peut pas laisser tra\u00eener des \u00ab\u00a0armes de destruction massive\u00a0\u00bb en Irak, ni laisser l\u2019Iran ou la Cor\u00e9e du Nord fabriquer tranquillement la bombe atomique\u00a0! Ainsi, au nom de la r\u00e9pression, soigneusement l\u00e9gitim\u00e9e, dudit terrorisme, les \u00c9tats imp\u00e9rialistes peuvent, en invoquant la d\u00e9mocratie et les droits de l\u2019homme, justifier toutes leurs ing\u00e9rences dans les pays du Sud. Et, du m\u00eame coup, cr\u00e9er dans le Sud exactement les conditions qui\u2026 y font progresser plus de terrorisme encore\u00a0! Car il est \u00e9vident que la mani\u00e8re dont les Etats-Unis, la Russie, la Chine ou Isra\u00ebl g\u00e8rent la menace terroriste ne fait que la renforcer en Afghanistan ou en Irak, en Tch\u00e9tch\u00e9nie, au Tibet ou en Palestine\u00a0! Remarquable mystification id\u00e9ologique (on cache des int\u00e9r\u00eats sordides derri\u00e8re des id\u00e9aux pleinement l\u00e9gitimes) et cercle terriblement vicieux\u00a0: les \u00c9tats h\u00e9g\u00e9moniques entretiennent ou accentuent un ph\u00e9nom\u00e8ne n\u00e9faste, qu\u2019ils ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 maintenir pour pouvoir le r\u00e9primer, et du m\u00eame coup, justifier leurs ing\u00e9rences \u00e0 finalit\u00e9s \u00e9conomiques ou politiques. Cependant, rien de nouveau sous le soleil\u00a0: les Espagnols et les Portugais faisaient d\u00e9j\u00e0 cela avec le \u00ab\u00a0nouveau Monde\u00a0\u00bb\u00a0!<br \/>\npar\u00a0Guy Bajoit<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">[1]\u00a0Encyclopaedia Universalis, vol. 4, 1993 p. 547.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">[2]\u00a0Encyclopaedia Universalis, vol. 9, 1993, p. 846.<\/p>\n<p>Source: <a href=\"http:\/\/www.iteco.be\/revue-antipodes\/Sur-le-developpement\/Le-colonialisme-et-le\"><strong>Iteco.be<\/strong><\/a><\/p>\n<p>Tags : Colonialisme, colonisation, d\u00e9colonisation, guerre froide, imp\u00e9rialisme, ressources naturelles,<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On peut faire l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019il existe une relation entre colonisation et sous-d\u00e9veloppement puisque les pays jadis colonis\u00e9s sont les les plus pauvres de la plan\u00e8te Par Guy Bajoit S\u2019il faut commencer par parler du colonialisme, c\u2019est parce que les pays qui furent colonis\u00e9s sont, encore aujourd\u2019hui, \u00e0 quelques rares exceptions pr\u00e8s, les pays les plus [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":27591,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[416,15,1284,691,467,393],"class_list":["post-72288","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","tag-colonialisme","tag-colonisation","tag-decolonisation","tag-guerre-froide","tag-imperialisme","tag-ressources-naturelles"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72288","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=72288"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72288\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=72288"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=72288"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=72288"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}