{"id":72032,"date":"2020-02-29T10:41:26","date_gmt":"2020-02-29T09:41:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.moroccomail.fr\/?p=26504"},"modified":"2020-02-29T10:41:26","modified_gmt":"2020-02-29T09:41:26","slug":"frantz-fanon-lhomme-de-rupture","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/2020\/02\/29\/frantz-fanon-lhomme-de-rupture\/","title":{"rendered":"FRANTZ FANON L\u2019homme de rupture"},"content":{"rendered":"<p><strong>Un intellectuel de g\u00e9nie<\/strong><\/p>\n<p>Je n\u00b4aime pas l\u00b4Afrique des yes men et des b\u00e9ni-oui-oui, l\u00b4Afrique des hommes couch\u00e9s [&#8230;] l\u00b4Afrique des n\u00e9gresses servant l\u00b4alcool d\u00b4oubli sur le plateau de leurs l\u00e8vres. A. B\u00e9ville<\/p>\n<p>Le 20 juillet 1925, naquit Frantz Fanon. Comme C\u00e9saire et E. Glissant, il est natif de la Martinique. L\u00b4action et l\u00b4oeuvre de Fanon s\u00b4inscrivent dans une logique de rupture totale avec le pass\u00e9. Pass\u00e9 d\u00b4une ali\u00e9nation et d\u00b4un servilisme longtemps subis. Au-del\u00e0 de ce que peut nous r\u00e9v\u00e9ler cette oeuvre sur le plan de l\u00b4examen m\u00e9dical, de tout le fatalisme psychiatrique et de la symptomatologie des formes ali\u00e9nantes, l&#8217;\u00e9criture de ce grand homme a d\u00b4abord \u00e9t\u00e9 un cri. Un cri de lib\u00e9ration subjective, de la charge de m\u00e9pris et de l\u00b4attitude condescendante du blanc, qui p\u00e8sent sur lui, en tant qu\u00b4individu. &#8220;Et puis il nous fut donn\u00e9 d\u00b4affronter le regard de l\u00b4homme blanc&#8221; (Fanon, Peau noire, masques blancs, p.6). Un cri d\u00b4affranchissement de la lourde hypoth\u00e8que &#8220;blanche&#8221;, qui ob\u00e8re depuis des si\u00e8cles, l&#8217;\u00e9mergence d\u00b4une dignit\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 noire. Celle-ci est faite de violence inou\u00efe \u00e0 l\u00b4\u00e9gard de l\u00b4esclave et de l\u00b4indig\u00e8ne par le colonisateur, qui a rythm\u00e9 &#8221; la destruction des formes sociales et d\u00e9moli sans restrictions les syst\u00e8mes de r\u00e9f\u00e9rences.&#8221; (Fanon, Les Damn\u00e9s de la terre p.29).<\/p>\n<p>Enfin, un cri \u00e0 port\u00e9e universelle, comme dialectique de la d\u00e9livrance du corset de fer impos\u00e9 par le capital et l\u00b4exploitation de l\u00b4homme d\u00e9shumanis\u00e9. Cette ph\u00e9nom\u00e9nologie de la souffrance et de l\u00b4ali\u00e9nation explique le rejet hors du champ de l\u00b4humain de l\u00b4homme noir, pour le transformer en ce Noir antith\u00e9tique de l\u00b4homme blanc. Une face n\u00e8gre et un visage p\u00e2le pour la m\u00eame m\u00e9daille. Une figure antinomique par la perte de son statut d\u00b4homme, d\u00e9fini par celui-l\u00e0 m\u00eame, son non-semblable blanc. Dor\u00e9navant, ce N\u00e8gre se trouve coinc\u00e9 dans une zone de non-\u00eatre, rel\u00e9gu\u00e9 dans un no man\u00b4s land brumeux, indistinct, repouss\u00e9 dans les t\u00e9n\u00e8bres d\u00b4une alt\u00e9rit\u00e9 myst\u00e9rieuse et \u00e9trange.<\/p>\n<p>A ce stade, un monde bipolaire, manich\u00e9en, se dessine autour de lui &#8221; un monde coup\u00e9 en deux et habit\u00e9 par des esp\u00e8ces diff\u00e9rentes&#8221;(Les Damn\u00e9s). Le Noir migre de l\u00b4univers des hommes vers celui de l\u00b4animal, son s\u00e9jour est caract\u00e9ris\u00e9 par un espace s\u00e9miotique que d\u00e9limitent des symboles zoologiques: reptation, \u00e9manations, hordes, pullulement etc. Dans cette conception, Fanon gomme le flou caricatural qui l\u00b4entoure, et redessine, d\u00b4une fa\u00e7on claire, ses contours palpables. Il arrache \u00e0 cet homme les oripeaux, dont les oeuvres philanthropiques d\u00b4une Europe pleine de morgue l\u00b4ont v\u00eatu, pour le pr\u00e9senter dans sa nudit\u00e9 native, laissant d\u00e9couvrir ses muscles, sa sueur et son sang. Ce Noir encore, silhouette obscure, dont on ne per\u00e7oit qu\u00b4ombre incertaine et mouvance brumeuse, va cristalliser \u00e0 pr\u00e9sent autour de lui un \u00e9nonc\u00e9 identitaire, pos\u00e9 \u00e0 travers une conscience double: celle de l\u00b4institutionnalisation de l\u00b4\u00e9tat de l\u00b4esclavage et de la race. Celle d\u00b4une subordination et d\u00b4une couleur, comme l\u00b4a fort bien sugg\u00e9r\u00e9 G. Fabre dans ses travaux sur le th\u00e9\u00e2tre noir (1). Se (d\u00e9)couvrant ainsi, le Noir essayera d\u00b4\u00e9chapper \u00e0 sa condition, \u00e0 la condition inhumaine qu\u00b4on a taill\u00e9e pour lui sur mesure. Il tentera de se d\u00e9passer en se reniant, d\u00b4oublier ce qu\u2019il est, en se consumant. Il s\u00b4emp\u00eatre dans la confusion des deux instances personnelles: le &#8220;je&#8221; et le &#8220;tu&#8221; pour devenir un &#8220;il&#8221;, entit\u00e9 impersonnelle et abstraite. Il (se) fabrique son remake&#8230;blanc. Une p\u00e2le copie de la copie de son ma\u00eetre. Une figure de laideur incolore. Il a compris que son destin \u00e9tait blanc. Alors il veut \u00eatre blanc.&#8221;Il ya longtemps que le Noir a admis la sup\u00e9riorit\u00e9 du Blanc, et tous ses efforts tendent \u00e0 r\u00e9aliser une existence blanche.&#8221;(Fanon, Peau noire, masques blancs, p.205). Ce reniement ontologique d\u00e9passe la probl\u00e9matique contentieuse du Ma\u00eetre et de l\u00b4Esclave, dont Hegel a fait sienne la r\u00e9flexion, dans la Ph\u00e9nom\u00e9nologie de l\u2019Esprit (2). Ces deux consciences antagoniques incluent des notions de domination, de sup\u00e9riorit\u00e9. Et, par un long processus historique, dans la perspective h\u00e9g\u00e9lienne, l\u00b4esclave arrive \u00e0 une reconnaissance, voire \u00e0 une \u00e9galit\u00e9 avec le ma\u00eetre, \u00e0 partir d\u00b4une progressive \u00e9volution et d\u00b4un renversement des valeurs. Or, le Noir dans l\u00b4inconscient du Blanc est statutairement non-humain, par cons\u00e9quent son accomplissement dans l\u00b4Histoire est toujours retard\u00e9 et peut-\u00eatre jamais r\u00e9alisable. Ce rapport unilat\u00e9ral, impos\u00e9 par la force par le colonisateur, contredit toute possibilit\u00e9 de reconnaissance r\u00e9ciproque. L\u00e0, se dresse de toute sa hauteur alti\u00e8re, cet \u00e9minent psychiatre, ce th\u00e9oricien de la domination, cet Alg\u00e9rien, cet Antillais, ce Fanon universel, au caract\u00e8re tranchant et \u00e0 l\u00b4\u00e2me enti\u00e8re, pour dire aux consciences serviles et aux nuques soumises, que les maux dont ils souffrent sont la cons\u00e9quence de leur r\u00e9signation. Mais qu\u00b4ils peuvent s\u00b4en gu\u00e9rir. Le combat juste est leur seule arme de lib\u00e9ration. Celle-ci&#8221; ne peut \u00eatre le r\u00e9sultat d\u00b4une op\u00e9ration magique, d\u00b4une secousse naturelle ou d\u00b4une entente \u00e0 l\u00b4amiable&#8221; (Les Damn\u00e9s, p.25). C\u00b4est une claire mise en garde contre les discours oiseux et l\u00b4euphorie d\u00b4une eschatologie salvatrice, sur fond de douce b\u00e9atitude. Fanon conna\u00eet les soci\u00e9t\u00e9s qu\u00b4il d\u00e9crit, et l\u00b4analyse qu\u00b4il en fait n\u00b4est pas sans r\u00e9f\u00e9rent dans la r\u00e9alit\u00e9, elle est pr\u00e9cise et d\u00b4une port\u00e9e consid\u00e9rable. Son message n\u00b4a pas de fronti\u00e8res. Il ne fut pas le seul, d\u00b4autres avant lui avaient pris la parole, rendu visible leur r\u00e9alit\u00e9, et sensibles leurs causes. C\u00e9saire, Damas, Senghor, Cheikh A. Diop, chantres de la n\u00e9gritude et d\u00e9fenseurs de la culture noire; Martin L. King, Malcom X, Amiri Baraka, h\u00e9ros de la Renaissance noire, ou activistes dans la double lutte, f\u00e9ministe et raciale: Ida B Wells-Barnet, Ella Baker, Rosa Parks, Fannie Lou Hamer, et bien d\u00b4autres leaders noirs embl\u00e9matiques, dans une Am\u00e9rique raciste. Mais le combat de Fanon serre de plus pr\u00e8s la r\u00e9alit\u00e9. Il pose une \u00e9chelle d\u00b4actions qui passe de l\u00b4exorcisme des passions individuelles, \u00e0 l\u00b4effort collectif de d\u00e9sali\u00e9nation, de d\u00e9colonisation et qui est contre toutes les formes de domination. Seule l\u00b4action politique et r\u00e9volutionnaire demeure efficiente. M\u00ealant ses recherches et ses pr\u00e9occupations intellectuelles \u00e0 l\u00b4action politique, dans cette Alg\u00e9rie qui constitua pour lui une terre d\u00b4accueil, il y d\u00e9couvrit les tourments d\u2019une humanit\u00e9 seconde et ses peines intol\u00e9rables. Ce grand r\u00e9volutionnaire convaincu et sinc\u00e8re pr\u00e9disait un avenir en tout cas meilleur que le pr\u00e9sent v\u00e9cu. A condition de secouer cette longue nuit coloniale: &#8220;La grande nuit dans laquelle nous f\u00fbmes plong\u00e9s&#8221;(Les Damn\u00e9s, p.235).<\/p>\n<p>Fanon rejette l\u00b4id\u00e9e de sp\u00e9cificit\u00e9 d\u00b4une &#8220;essence noire&#8221;, d\u00e9passable, dont parlait Sartre, dans la pr\u00e9face Des Damn\u00e9s de la terre. Ce dernier reste prisonnier de l\u00b4id\u00e9e de r\u00e9alisation d\u00b4une soci\u00e9t\u00e9 humaine, nivel\u00e9e dans ses contradictions, et sans race; tout comme Marx le resta dans son utopique id\u00e9al communautaire, sans Dieu ni classe. L\u00b4existence d\u00b4une particularit\u00e9, ou d\u00b4une culture n\u00e8gre, n\u00b4est pas li\u00e9e \u00e0 une essence. Elle est le produit d\u00b4une histoire. Son existence combine cette sp\u00e9cificit\u00e9 africaine, o\u00f9 s\u00b4expriment les rythmes, l\u00b4organisation des modes de vie, la litt\u00e9rature orale, tous les paradigmes qui sp\u00e9cifient cette convergence et ses affinit\u00e9s dans le monde n\u00e8gre, avec la r\u00e9alit\u00e9 sur les cruelles d\u00e9portations outre-Atlantique, l\u00b4esclavage institutionnalis\u00e9, les s\u00e9duisantes et trompeuses missions civilisatrices. Quant \u00e0 l\u00b4essence, elle ne peut \u00eatre que: &#8220;Cette essence divine par quoi se manifeste l\u00b4\u00e9minente dignit\u00e9 de la nature humaine,&#8221; comme l\u00b4a rappel\u00e9 solennellement le Dr Price-Mars, au cours du 1er congr\u00e8s des Ecrivains et Artistes noirs.(3) Elle est, selon l\u00b4esth\u00e9tique noire, suprahumaine, d\u00e9tach\u00e9e du contexte historique qu\u00b4elle transcende. Persistants, l\u00b4esclavagiste et plus tard le colonisateur justifient cette notion &#8220;d\u00b4\u00e2me noire&#8221; qui n\u00b4est en fait qu\u00b4un prolongement ind\u00e9fini, un approfondissement, comme l\u00b4a exprim\u00e9 C\u00e9saire, du &#8220;processus de chosification&#8221; de l\u00b4homme. Historiquement, les premi\u00e8res exp\u00e9ditions coloniales avaient commenc\u00e9 sous l\u00b4\u00e9gide de l\u00b4\u00e9glise. Une bulle pontificale l\u00e9gitimait la guerre contre le peuple indien, estimant comme un devoir chr\u00e9tien, son asservissement. C\u00b4est le pape Alexandre VI qui, en 1493, autorisait la violence sur les Indig\u00e8nes, afin, pr\u00e9tendait-il, de sauver leur \u00e2me p\u00e9cheresse. Le massacre des populations, l\u00b4occupation des terres et le pillage de l\u00b4or se sont rarement produits sans la b\u00e9n\u00e9diction cl\u00e9ricale. Peu de temps avant, c\u00b4\u00e9tait l\u00b4effervescence de la Reconquista dans une Espagne houleuse, marquant la fin tragique du r\u00e8gne islamique, suivie d\u00b4exp\u00e9ditions punitives contre les populations non chr\u00e9tiennes, la chasse aux Juifs et aux Musulmans, et les ex\u00e9cutions exp\u00e9ditives de ceux qui r\u00e9sistaient aux conversions forc\u00e9es au christianisme. Au IVe si\u00e8cle, Saint Augustin justifiait l\u00b4esclavage; au VIIe, Isodore de S\u00e9ville expliquait que les esclaves, \u00e9taient coupables et m\u00e9ritaient leur sort, \u00e0 cause du p\u00e9ch\u00e9 originel. Le fait colonial est \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 ces \u00e9tapes historiques. L\u00b4Occident moderne a b\u00e2ti son histoire coloniale sur ces vestiges de &#8220;grandeur&#8221; que Fanon a d\u00e9mystifi\u00e9s et sans cesse bouscul\u00e9s. Il rappelle \u00e0 cette Europe va t-en- guerre le travestissement des Lumi\u00e8res, les formules creuses d\u00b4\u00e9galit\u00e9 et de fraternit\u00e9, l\u00b4aventure spirituelle, qui ont \u00e9t\u00e9 paradoxalement, les premi\u00e8res valeurs mises en avant, dans le but de circonvenir les peuples, puis de les coloniser. M\u00eame le christianisme noir est d\u00e9valoris\u00e9 par les Missionnaires d\u00b4Europe, &#8220;\u00e0 croire qu\u00b4il n\u00b4existe pas une attitude chr\u00e9tienne de respect \u00e0 l\u00b4\u00e9gard des cultures indig\u00e8nes&#8221;, s\u00b4\u00e9crie un congressiste(4). Ainsi les fameuses missions civilisatrices ne furent que vastes d\u00e9tours, artifices de s\u00e9duction, un moyen &#8221; d\u00b4\u00e9vang\u00e9liser les N\u00e8gres jusqu\u00b4aux os, afin de se rendre dociles leurs \u00e2mes jusqu\u00b4au jour du massacre, chercher ainsi \u00e0 en faire un peuple chanteur de &#8220;Negro-spirituals&#8221;, s\u00b4indigna Cheikh Anta Diop(5).<\/p>\n<p>Voil\u00e0 un demi-si\u00e8cle que le temps nous a s\u00e9par\u00e9s de cet intellectuel de g\u00e9nie, \u00e0 l\u00b4oeuvre consid\u00e9rable. Mais Fanon nous est ins\u00e9parable. Il n\u00b4a pas encore pleinement la place qui sied \u00e0 cet auguste personnage. Mais il a une immense place dans nos coeurs. Il n\u00b4appartenait \u00e0 aucune coterie litt\u00e9raire, ni ar\u00e9opage intellectuel. C\u00b4est un savant qui a su d\u00e9passer le conformisme scolaire, et su \u00e9viter de suivre les bris\u00e9es d\u00b4une sociologie emmur\u00e9e dans les limites d\u00b4un imp\u00e9rialisme de la pens\u00e9e. Praticien incomparable et penseur libre, cet esprit acharn\u00e9 a mis toute son \u00e9nergie, durant sa courte vie, au service de l\u00b4homme et de l\u00b4Histoire. Il a refus\u00e9 l\u00b4embrigadement de l\u00b4orthodoxie universitaire qui, cach\u00e9e derri\u00e8re un \u00e9cran m\u00e9thodologique, l\u2019aurait pouss\u00e9e \u00e0 une pratique qu\u2019il refusait. En effet, il ne voulait pas soumettre ses analyses \u00e0 l\u00b4\u00e9troitesse des r\u00e8gles, dont les cadres pr\u00e9\u00e9tablis auraient servi de rep\u00e8res exclusifs, o\u00f9 sa pens\u00e9e devait fatalement tenir. D\u00b4ailleurs, il montrait une d\u00e9fiance \u00e0 l\u00b4\u00e9gard des expos\u00e9s doctrinaux, issus des laboratoires d\u00b4id\u00e9es pr\u00e9fabriqu\u00e9es, et choisit, pour cela, des moyens d\u00b4investigation pratiques et le point de vue heuristique. L\u00b4h\u00f4pital de Blida o\u00f9 il faisait ses consultations psychiatriques, et le contexte historique d\u00b4une Alg\u00e9rie colonis\u00e9e, ont favoris\u00e9 ses efforts qui tendaient \u00e0 une harmonisation du penser et de l\u00b4agir. Un demi-si\u00e8cle, et les r\u00e9sonnances profondes de ses appels ne cessent de nous interpeller, comme une profession de v\u00e9rit\u00e9 et d\u00b4espoir. On est toujours saisi par l\u00b4universalit\u00e9 de son message lanc\u00e9 \u00e0 la face du monde, et de cette Europe infatu\u00e9e. C\u2019est un juste combat, celui en d\u00e9finitive de la restauration d\u00b4une dignit\u00e9, dans l\u00b4esp\u00e9rance d\u00b4une r\u00e9paration, f\u00fbt-elle symbolique, tant attendue certes, mais sans haine, ni d\u00e9dommagement r\u00e9troactif.<\/p>\n<p>Le 6 d\u00e9cembre 1961 d\u00e9c\u00e9da Frantz Fanon. Son corps fut ramen\u00e9 de Tunisie. Un hommage des dirigeants de l\u2019A.L.N lui fut rendu. D\u00b4abondantes larmes coul\u00e8rent et l\u00b4un d\u2019eux, sorti des rangs serr\u00e9s des Moudjahidines, pronon\u00e7a d\u00b4une voix aux inflexions \u00e9mouvantes, une oraison, juste, aust\u00e8re, et sans pimpante fioriture, \u00e0 la mesure du grand homme qu\u00b4il fut et du visionnaire qu\u00b4il restera.<\/p>\n<p>L\u2019extrait suivant a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 par le journal El Moudjahid, organe du FLN o\u00f9 Fanon a aussi collabor\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align:left;padding-left:40px\"><em>C\u00b4est fini.<\/em><br \/>\n<em>Le cercueil repose sur un lit de branches de lentisque, au-dessus des rondins de ch\u00eane-li\u00e8ge.\u00a0En cette fin d&#8217;apr\u00e8s-midi, le soleil d\u00e9cline. Au loin, on devine la plaine dont nous s\u00e9parent des cr\u00eates douces, bleut\u00e9es dans la lumi\u00e8re ouat\u00e9e de l\u00b4hiver. Tout respire la beaut\u00e9 et le calme.<\/em><br \/>\n<em>Le dernier voeu de Frantz Fanon est accompli: il repose parmi ses fr\u00e8res, en terre alg\u00e9rienne.<\/em><\/p>\n<p>(1)G.Fabre, Le Th\u00e9\u00e2tre noir aux Etats-Unis, Ed. Cnrs, 1982.<br \/>\n(2)Ed.Gallimard, 1991<br \/>\n(3) in Pr\u00e9sence Africaine, No sp\u00e9cial, Septembre, 1956.<br \/>\n(4) Idem<br \/>\n(5) Idem, Cit\u00e9 par T. Ekollo.<\/p>\n<p>Abdelkader BENARAB<\/p>\n<p>Tags : Alg\u00e9rie, France, colonialisme, guerre d&#8217;Alg\u00e9rie,<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un intellectuel de g\u00e9nie Je n\u00b4aime pas l\u00b4Afrique des yes men et des b\u00e9ni-oui-oui, l\u00b4Afrique des hommes couch\u00e9s [&#8230;] l\u00b4Afrique des n\u00e9gresses servant l\u00b4alcool d\u00b4oubli sur le plateau de leurs l\u00e8vres. A. B\u00e9ville Le 20 juillet 1925, naquit Frantz Fanon. Comme C\u00e9saire et E. Glissant, il est natif de la Martinique. 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