{"id":71904,"date":"2020-02-19T17:14:46","date_gmt":"2020-02-19T16:14:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.moroccomail.fr\/?p=26049"},"modified":"2020-02-19T17:14:46","modified_gmt":"2020-02-19T16:14:46","slug":"algerie-bouteflika-est-un-cachotier-qui-na-pas-damis-farid-alilat","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/2020\/02\/19\/algerie-bouteflika-est-un-cachotier-qui-na-pas-damis-farid-alilat\/","title":{"rendered":"Alg\u00e9rie : \u00abBouteflika est un cachotier qui n\u2019a pas d\u2019amis\u00bb (Farid Alilat)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align:justify\"><em>Propos recueillis par Naoufel Brahimi El-Mili<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Farid Alilat, journaliste au Matin d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, est l\u2019auteur d\u2019un ouvrage, Vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes d\u00e9j\u00e0 morts, paru en 2002 chez Calmann-L\u00e9vy o\u00f9 il relate les tragiques \u00e9v\u00e9nements de la Kabylie en 2001. Il prend l\u2019ann\u00e9e suivante la direction de la publication du quotidien Libert\u00e9. Depuis 2004, il est journaliste \u00e0 Jeune Afrique. Son dernier livre est une grande premi\u00e8re, jamais biographie d\u2019un pr\u00e9sident alg\u00e9rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite. Il nous livre une narration fouill\u00e9e des vies successives de Bouteflika. A travers de nombreux t\u00e9moignages, il porte un \u00e9clairage sur des aspects peu connus de l\u2019enfance ensuite de la jeunesse du pr\u00e9sident d\u00e9chu. Tr\u00e8s t\u00f4t guid\u00e9 par une obsession du pouvoir chevill\u00e9e au corps, entre frasques, manigances et manipulations, Bouteflika trace un long et sinueux chemin vers une pr\u00e9sidence qu\u2019il voulait conserver \u00e0 vie. Seule sa fin est tr\u00e8s connue, sur les antres pans de sa trajectoire, Farid Alilat laisse tr\u00e8s peu de zones d\u2019ombres.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong>Le Soir d\u2019Alg\u00e9rie : Quel est l\u2019\u00e9v\u00e9nement ou l\u2019aspect de la personnalit\u00e9 d\u2019Abdelaziz Bouteflika qui a d\u00e9clench\u00e9 en vous l\u2019envie d\u2019\u00e9crire sa biographie ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Farid Alilat : La vie d\u2019Abdelaziz Bouteflika est guid\u00e9e par deux obsessions : conqu\u00e9rir le pouvoir et le garder \u00e0 tout prix. C\u2019est le fil conducteur de sa vie, b\u00e2tie autour de cet objectif. L\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9crire un livre sur Bouteflika est n\u00e9e en 2002. A l\u2019\u00e9poque, j\u2019ai interrog\u00e9 ceux qui l\u2019ont connu par le pass\u00e9, ses anciens amis, d\u2019anciens ministres et m\u00eame ses ministres et ses collaborateurs. Pour des raisons personnelles et professionnelles, j\u2019ai mis le projet d\u2019\u00e9criture en stand-by sans pour autant abandonner l\u2019id\u00e9e. Depuis, je n\u2019ai de cesse de travailler sur lui en recueillant les t\u00e9moignages de dizaines d\u2019acteurs politiques, y compris les Premiers ministres de Bouteflika.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong>Pour revenir \u00e0 ces deux obsessions\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Elles ont fa\u00e7onn\u00e9 sa vie. D\u00e9j\u00e0 \u00e0 vingt ans, au c\u0153ur m\u00eame de la guerre d\u2019ind\u00e9pendance, Bouteflika voulait \u00eatre pr\u00e9sident. En 1976, lors de l\u2019\u00e9laboration de la Constitution, Bouteflika demande \u00e0 Mohamed Bedjaoui, alors en charge de ce projet, d\u2019inscrire dans les textes fondamentaux du pays le poste de vice-pr\u00e9sident, un \u00abticket\u00bb \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine. Inform\u00e9 de cette demande, Houari Boumedi\u00e8ne y met son veto.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong>Pourtant, Bouteflika est connu, \u00e0 cette p\u00e9riode, pour ses longues et nombreuses absences loin d\u2019Alger, et m\u00eame loin du pays. Comment expliquer cette contradiction, loin et proche de Boumedi\u00e8ne ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Bouteflika n\u2019a pas la r\u00e9putation d\u2019\u00eatre un acharn\u00e9 du travail. Ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, il se rend rarement \u00e0 son bureau. Il re\u00e7oit ses proches collaborateurs chez lui ou bien dans une des annexes du minist\u00e8re. Aussi, a-t-il la manie de dispara\u00eetre sans laisser de traces, et ce, depuis la p\u00e9riode de la R\u00e9volution o\u00f9 la discipline \u00e9tait de rigueur. Je raconte dans mon livre, que lors de sa mission malienne dans ce qui est appel\u00e9 \u00abLe Front du Mali\u00bb, Bouteflika fait des va-et-vient erratiques entre Bamako et Gao avant de dispara\u00eetre au Maroc, sans laisser de traces. Boumedi\u00e8ne demande souvent : \u00abIl est o\u00f9 Abdelkader (nom de guerre de Bouteflika) ?\u00bb (Cette question est le titre d\u2019un chapitre, page 75).<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Plus g\u00e9n\u00e9ralement, Bouteflika n\u2019est pas un bourreau du travail. La lecture des dossiers l\u2019ennuie. Il compense cela par le t\u00e9l\u00e9phone, une grande capacit\u00e9 de captation et une m\u00e9moire d\u2019\u00e9l\u00e9phant. Les escapades et les bouderies font partie int\u00e9grante de son mode de vie et surtout de son mode de gouvernance. Lors de ses premiers mois de pr\u00e9sidence, il \u00e9tait persuad\u00e9 que son bureau \u00e0 El-Mouradia \u00e9tait mis sur \u00e9coute. En col\u00e8re, il hurle : \u00abJe m\u2019en vais, je m\u2019en vais. Je rentre chez moi. Ce n\u2019est pas un pays \u00e7a !\u00bb (page 251) Bouteflika rentre quand m\u00eame chez lui et reste trois semaines sans donner signe de vie. Vous imaginez le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique dispara\u00eetre et bouder chez lui pendant trois semaines ?<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong>L\u2019absence du p\u00e8re biologique \u00e9tait-elle palli\u00e9e par l\u2019omnipr\u00e9sence de sa m\u00e8re et, surtout, par la tutelle de Boumedi\u00e8ne et \u00e0 quel point ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">La pr\u00e9sence de son p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 gomm\u00e9e, effac\u00e9e. Comme si ce p\u00e8re n\u2019avait jamais exist\u00e9. Tous les t\u00e9moignages le confirment : il n\u2019\u00e9voque presque jamais son p\u00e8re. Sauf \u00e0 de tr\u00e8s rares occasions. La m\u00e8re a pris la place du p\u00e8re. Il a une relation fusionnelle avec sa m\u00e8re qui joue un r\u00f4le cardinal dans sa vie tant priv\u00e9e que politique. Je pr\u00e9sume que Bouteflika occulte son p\u00e8re \u00e0 cause du pass\u00e9 douteux de celui-ci. D\u00e8s lors, il a fait de Boumedi\u00e8ne son p\u00e8re de substitution. Il lui pardonnait toutes ses escapades alors que Boumedi\u00e8ne \u00e9tait d\u2019une rigueur sans nom. Sur son lit d\u2019h\u00f4pital \u00e0 Moscou, en novembre 1978, Boumedi\u00e8ne dit \u00e0 un de ses confidents : \u00abJ\u2019ai \u00e9t\u00e9 pour lui le p\u00e8re qu\u2019il n\u2019a pas eu.\u00bb C\u2019est tout dire.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong>Ce sont les militaires, qu\u2019il hait, qui l\u2019ont, pourtant, port\u00e9 au pouvoir. Pouvez-vous nous \u00e9clairer sur ce paradoxe ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Ses relations tendues et conflictuelles avec les militaires datent de la mort de Boumedi\u00e8ne, en 1978.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">A l\u2019\u00e9poque, Bouteflika est convaincu d\u2019\u00eatre le successeur du pr\u00e9sident d\u00e9funt. Il parle m\u00eame d\u2019un testament que Boumedi\u00e8ne avait laiss\u00e9 et dans lequel il le d\u00e9signe \u00e0 ce poste supr\u00eame. Trois ou quatre officiers sup\u00e9rieurs ont choisi Chadli Bendjedid. Il a gard\u00e9 une ranc\u0153ur vis-\u00e0-vis des militaires. Mais aussi un go\u00fbt de revanche. Dans une interview \u00e0 une radio fran\u00e7aise en 1999, il dit m\u00eame : \u00abJ\u2019aurais pu pr\u00e9tendre au pouvoir \u00e0 la mort de Boumedi\u00e8ne. Mais la r\u00e9alit\u00e9 est qu\u2019il y a eu un coup d\u2019\u00c9tat \u00e0 blanc et l\u2019arm\u00e9e a impos\u00e9 un candidat impr\u00e9vu.\u00bb Il veut dire qu\u2019il y a coup d\u2019Etat \u00e0 blanc contre lui et que ce n\u2019est pas Chadli qui \u00e9tait pr\u00e9vu pour la succession, mais lui. C\u2019est cette ranc\u0153ur et ce go\u00fbt de revanche qui lui ont servi comme carburant pour alimenter cette ambition chevill\u00e9e au corps. Il n\u2019arrivait pas \u00e0 comprendre comment Chadli a pu \u00eatre pr\u00e9sident \u00e0 sa place.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong>Mais encore\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">En 1993, les g\u00e9n\u00e9raux sollicitent Bouteflika pour devenir pr\u00e9sident \u00e0 l\u2019expiration du mandat du HCE. Bouteflika n\u00e9gocie, obtient m\u00eame le rare privil\u00e8ge de prononcer un discours au minist\u00e8re de la D\u00e9fense devant tout le haut commandement militaire qui l\u2019applaudit. C\u2019est son jour de gloire. Les militaires acquiescent \u00e0 toutes ses conditions. Il a carte blanche. Bouteflika refuse, n\u00e9anmoins, une seule formalit\u00e9, celle de se pr\u00e9senter \u00e0 Club-des-Pins devant la Conf\u00e9rence nationale. Ce n\u2019est qu\u2019un pr\u00e9texte pour d\u00e9cliner. Je pense qu\u2019il avait pris peur. Il ne pouvait assumer un \u00e9tat de guerre. Bouteflika claque la porte au nez des g\u00e9n\u00e9raux. \u00abJe rentre chez moi, en Suisse.\u00bb Il prend son vol pour Gen\u00e8ve. Il attend son heure.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong>Arrive enfin celle-ci\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">La question est de nouveau sur la table avec la d\u00e9mission de Zeroual annonc\u00e9e en septembre 1998. Le g\u00e9n\u00e9ral Larbi Belkheir se met \u00e0 convaincre individuellement les g\u00e9n\u00e9raux de faire confiance \u00e0 Bouteflika avec ses arguments : grand diplomate, beau parleur, et il est de l\u2019ouest. Trois mois et demi de discussions. Belkheir r\u00e9ussit \u00e0 surmonter les r\u00e9ticences de Mohamed Lamari, Khaled Nezzar et Toufik, \u00e9chaud\u00e9s par l\u2019\u00e9pisode de 1994. En d\u00e9cembre 1998, Bouteflika est adoub\u00e9 par les militaires.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong>Ceux qui le connaissaient intimement \u00e9taient convaincus, d\u00e8s 1999, que Bouteflika voulait mourir au pouvoir (d\u2019El-Mouradia \u00e0 El-Alia selon l\u2019expression de Mohamed Cherif Messa\u00e2dia). Comment a-t-il pu avoir son deuxi\u00e8me mandat, malgr\u00e9 l\u2019objection majeure du puissant g\u00e9n\u00e9ral Mohamed Lamari ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">En 2004, Bouteflika a r\u00e9ussi \u00e0 provoquer un schisme au sein des deux t\u00eates de l\u2019institution militaire : il a divis\u00e9 l\u2019\u00e9tat-major et les services de s\u00e9curit\u00e9. Mohamed Lamari r\u00e9alise l\u2019\u00e9tendue de son erreur \u00e0 la veille du deuxi\u00e8me mandat. N\u2019avait-il pas d\u00e9clar\u00e9, \u00absi Bouteflika passe, je me rase les moustaches\u00bb (page 307) ? Pour le chef d\u2019\u00e9tat-major de l\u2019\u00e9poque, Bouteflika \u00e9tait une erreur de casting. Mais avait-il le pouvoir de s\u2019opposer \u00e0 cette r\u00e9\u00e9lection ? Il se disait \u00e0 Alger qu\u2019Ali Benflis \u00e9tait le candidat de Mohamed Lamari. Pour ce dernier, le deuxi\u00e8me mandat est la cons\u00e9quence de la trahison ou de la d\u00e9fection de Mohamed Medi\u00e8ne, dit Toufik. Lamari finit par d\u00e9missionner en ao\u00fbt 2004. Il est remplac\u00e9 par Ahmed Ga\u00efd Salah, destin\u00e9 \u00e0 une retraite. Ainsi, Bouteflika, apr\u00e8s avoir utilis\u00e9 Toufik comme marchepied pour \u00eatre r\u00e9\u00e9lu, fait du nouveau chef d\u2019\u00e9tat-major son oblig\u00e9. Rien ne pouvait alors s\u2019opposer \u00e0 sa pr\u00e9sidence \u00e0 vie.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong>Le v\u00e9ritable coup de force de Bouteflika est la modification, en 2008, de la Constitution qui lui ouvre un boulevard pour la pr\u00e9sidence \u00e0 vie. Comment a-t-il pu y parvenir ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Sa maladie en 2005 (ulc\u00e8re h\u00e9morragique) aurait pu le disqualifier de rempiler. Mais il a pu compter sur le soutien de Toufik et de Ga\u00efd Salah qui ont permis l\u2019amendement de la Constitution de 1996 qui limitait les mandats pr\u00e9sidentiels \u00e0 deux. Il y a eu des voix pour s\u2019opposer \u00e0 ce viol de la Constitution, mais elles \u00e9taient trop faibles. La machine de Bouteflika \u00e9tait un rouleau compresseur.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Il faut savoir que d\u00e8s son \u00e9lection en 1999, Bouteflika avait l\u2019id\u00e9e ferme d\u2019une pr\u00e9sidence \u00e0 vie de fait. A aucun moment il n\u2019avait envisag\u00e9 de prendre sa retraite. Il a une conception monarchique du pouvoir. Il a v\u00e9cu au Maroc et aux Emirats arabes unis. Ses mod\u00e8les sont les autocrates. Pour Bouteflika, le pouvoir se donne et ne se restitue pas.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong>Printemps arabe en 2011, s\u00e9rieux AVC avec s\u00e9quelles irr\u00e9versibles en 2013 et pourtant, en 2014, il arrache son quatri\u00e8me mandat. Quel est, selon vous, son secret ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">En 2013, Bouteflika avait tous les pouvoirs en main : Pr\u00e9sidence, gouvernement, Assembl\u00e9e nationale, arm\u00e9e, UGTA, arm\u00e9e, partis de l\u2019alliance, oligarques, m\u00e9dias publics\u2026 Qu\u2019est-ce qui pouvait emp\u00eacher un quatri\u00e8me mandat ? Rien. On a fait croire que Toufik et le DRS s\u2019y opposaient. Toufik \u00e9tait loyal et disciplin\u00e9. S\u2019il a pu \u00e9mettre un avis ou une recommandation sur l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019un quatri\u00e8me mandat, il ne s\u2019y est pas oppos\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Le d\u00e9mant\u00e8lement du DRS et le pilonnage m\u00e9diatique contre Toufik n\u2019\u00e9taient pas li\u00e9s au quatri\u00e8me mandat, mais \u00e0 la lutte contre la corruption. Le diff\u00e9rend entre Toufik et Bouteflika n\u2019\u00e9tait pas li\u00e9 au quatri\u00e8me mandat, mais aux dossiers de corruption, notamment celui impliquant Chakib Khelil, ancien ministre de l\u2019\u00c9nergie et ami d\u2019enfance du pr\u00e9sident d\u00e9chu. Il fallait casser les services qui ont travaill\u00e9 sur les dossiers de corruption impliquant ministres, walis et hommes d\u2019affaires et enterrer les affaires. La preuve, Chakib Khelil a \u00e9t\u00e9 r\u00e9habilit\u00e9 en 2016 en d\u00e9pit des documents qui l\u2019accablent.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong>Pour revenir au quatri\u00e8me mandat\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Il restait une inconnue : le FLN sans secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral depuis la d\u00e9mission forc\u00e9e de Belkhadem en 2013. Avec la d\u00e9signation de Ammar Sa\u00efdani, c\u2019\u00e9tait r\u00e9gl\u00e9. Bouteflika avait donc tous les r\u00e9seaux et tous les leviers pour \u00eatre de nouveau r\u00e9\u00e9lu. L\u2019\u00e9tat-major lui est rest\u00e9 fid\u00e8le tant et si bien que Ahmed Ga\u00efd Salah s\u2019\u00e9tait oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019application de l\u2019article 88 (devenu article 102- vacance du pouvoir). Deux forces travaillaient pour la m\u00eame finalit\u00e9 (4e mandat) mais avec des objectifs diff\u00e9rents. Bouteflika voulait mourir sur le tr\u00f4ne, son fr\u00e8re Sa\u00efd voulait peser sur sa succession, les hommes d\u2019affaires voulaient consolider leurs richesses et le clan garder le pouvoir. Maintenir Bouteflika au pouvoir, c\u2019est l\u2019assurance de ne pas devoir rendre des comptes. Tous ceux qui sont aujourd\u2019hui en prison ont soutenu le 4e et le 5e mandats. Ils auraient eu la possibilit\u00e9 qu\u2019ils auraient soutenu un 6e mandat.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong>La vie priv\u00e9e de Bouteflika est peut-\u00eatre plus riche que sa vie politique. Pourquoi autant de pudeur pour l\u2019\u00e9voquer ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Bouteflika est dissimulateur, cachotier, myst\u00e9rieux, un solitaire qui n\u2019a pas d\u2019amis mais des serviteurs. Quand il n\u2019en a plus besoin, il les jette. Regardez comment il finit sa vie : seul.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><strong>A aucun moment dans votre livre vous n\u2019avez utilis\u00e9 le mot \u00abhirak\u00bb. Pourquoi ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">Le 22 f\u00e9vrier 2019 n\u2019est pas une contestation, c\u2019est une r\u00e9volution qui a emp\u00each\u00e9 un pr\u00e9sident et son clan de briguer un cinqui\u00e8me mandat. C\u2019est une r\u00e9volution pacifique qui a d\u00e9boulonn\u00e9 un homme et le syst\u00e8me qu\u2019il a implant\u00e9 depuis 20 ans. Bouteflika a mis 20 ans \u00e0 consolider son r\u00e9gime. Il s\u2019est \u00e9croul\u00e9 en 40 jours. C\u2019est une r\u00e9volution car les Alg\u00e9riens se sont d\u00e9faits de la d\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de ce pr\u00e9sident, de sa clique, de sa cour. Une r\u00e9volution, car elle a aboli le r\u00e9gime de la pr\u00e9sidence \u00e0 vie qui a fait tant de mal au pays. Les Alg\u00e9riens se sont r\u00e9appropri\u00e9s l\u2019espace public, la parole, l\u2019embl\u00e8me national et la r\u00e9volution de 1954. Cette r\u00e9volution est une grossesse qui a dur\u00e9 plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">C\u2019est Bouteflika qui a provoqu\u00e9 la r\u00e9volution en annon\u00e7ant une nouvelle candidature \u00e0 la Pr\u00e9sidence le 11 f\u00e9vrier. Deux jours plus tard, \u00e0 Bordj Bou Arr\u00e9ridj, des jeunes se sont r\u00e9volt\u00e9s en scandant : \u00abBouteflika le Marocain, il n\u2019y aura pas de cinqui\u00e8me mandat !\u00bb Ils lui ont m\u00eame d\u00e9ni\u00e9 sa nationalit\u00e9 alg\u00e9rienne. C\u2019est comme si Bouteflika s\u2019est toujours comport\u00e9 comme un \u00e9tranger en Alg\u00e9rie. En 1999, avant m\u00eame d\u2019\u00eatre \u00e9lu, il d\u00e9clare : \u00abSi je n&#8217;ai pas un soutien franc et massif du peuple alg\u00e9rien, je ne suis pas charg\u00e9 de faire son bonheur malgr\u00e9 lui&#8230; Je consid\u00e8re qu&#8217;il doit \u00eatre heureux dans sa m\u00e9diocrit\u00e9. Apr\u00e8s tout, je ne suis pas charg\u00e9 de faire son bonheur malgr\u00e9 lui. Je sais rentrer chez moi, c&#8217;est ce que j&#8217;ai fait pendant vingt ans.\u00bb Saisissant, comment, 20 ans apr\u00e8s, ces propos sont presque pr\u00e9monitoires. Massivement, les Alg\u00e9riens sont sortis dans la rue pour lui signifier qu\u2019il n\u2019a pas fait leur bonheur, qu\u2019ils ne veulent plus de lui et qu\u2019il doit renter chez lui.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\">N. B. E.-M.<\/p>\n<p style=\"text-align:justify\"><a href=\"https:\/\/www.lesoirdalgerie.com\/entretien\/bouteflika-est-un-cachotier-qui-na-pas-damis-38873?fbclid=IwAR0kx7qNfj6RQw1bWs8GQBVDdENufu1XU-cOarLpw7S1rdxMnT95p07eZeM#.Xk1M2ktAiw8.facebook\"><strong>Le Soir d&#8217;Alg\u00e9rie<\/strong><\/a>, 19 f\u00e9v 2020<\/p>\n<p>Tags : Alg\u00e9rie, Bouteflika, Hirak,<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Propos recueillis par Naoufel Brahimi El-Mili Farid Alilat, journaliste au Matin d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, est l\u2019auteur d\u2019un ouvrage, Vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes d\u00e9j\u00e0 morts, paru en 2002 chez Calmann-L\u00e9vy o\u00f9 il relate les tragiques \u00e9v\u00e9nements de la Kabylie en 2001. 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