{"id":7027,"date":"2015-08-08T14:43:00","date_gmt":"2015-08-08T14:43:00","guid":{"rendered":"https:\/\/copiablogdiasporablogspot.wordpress.com\/2015\/08\/08\/histoire-dune-trahison-marocaine-detournement-de-lavion-du-fln\/"},"modified":"2015-08-08T14:43:00","modified_gmt":"2015-08-08T14:43:00","slug":"histoire-dune-trahison-marocaine-detournement-de-lavion-du-fln","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/2015\/08\/08\/histoire-dune-trahison-marocaine-detournement-de-lavion-du-fln\/","title":{"rendered":"Histoire d&#039;une trahison marocaine : d\u00e9tournement de l&#039;avion du FLN"},"content":{"rendered":"<div class=\"separator\" style=\"clear:both;text-align:center;\"><\/div>\n<p><\/p>\n<div class=\"separator\" style=\"clear:both;text-align:center;\"><a href=\"http:\/\/3.bp.blogspot.com\/-D4aJmMLYGMc\/VcYVf5G2hKI\/AAAAAAAAd8Q\/QtWV8zOEdaU\/s1600\/avion%2BFLN.jpg\" style=\"clear:left;float:left;margin-bottom:1em;margin-right:1em;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" border=\"0\" height=\"150\" src=\"http:\/\/3.bp.blogspot.com\/-D4aJmMLYGMc\/VcYVf5G2hKI\/AAAAAAAAd8Q\/QtWV8zOEdaU\/s200\/avion%2BFLN.jpg\" width=\"200\" \/><\/a><\/div>\n<div style=\"text-align:justify;\"><b>Le 22 octobre 1956 \u00e9tait d\u00e9tourn\u00e9 l&#8217;avion du FLN\u00a0<\/b><\/div>\n<div style=\"text-align:justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align:justify;\"><i>Les Fran\u00e7ais, premiers pirates de l&#8217;air<\/i><\/div>\n<div style=\"text-align:justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align:justify;\"><a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/author\/El+Watan\">El Watan<\/a>\u00a0Publi\u00e9 dans <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/elwatan\">El Watan<\/a> le 01 &#8211; 11 &#8211; 2004<\/div>\n<div style=\"text-align:justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align:justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align:justify;\">Ce n&#8217;est pas sans d\u00e9bat de conscience que l&#8217;\u00e9v\u00e9nement dont il va \u00eatre parl\u00e9 ici, \u00e0 l&#8217;occasion de la comm\u00e9moration du 22 octobre 1956, sera s\u00e9par\u00e9 de l&#8217;\u00e9vocation nominative de certains hommes pour ne signaler qu&#8217;un \u00e9pisode de l&#8217;histoire du pass\u00e9 alg\u00e9rien d&#8217;oppression au cours de la guerre d&#8217;ind\u00e9pendance 1954-1962.\u00a0<\/div>\n<div style=\"text-align:justify;\">Les pays maghr\u00e9bins voisins qui \u00e9taient ind\u00e9pendants tout r\u00e9cemment ne marchandaient pas leur solidarit\u00e9 agissante \u00e0 l&#8217;Alg\u00e9rie combattante et martyre, et leurs dirigeants s&#8217;inqui\u00e9taient de la prolongation de la guerre coloniale de r\u00e9pression en cette ann\u00e9e 1956. Le jour du voyage vers <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/Tunis\">Tunis<\/a>\u00e9tait fix\u00e9 au 22 octobre. Un avion marocain avait \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 notre enti\u00e8re disposition qui transportait, aussi, un grand malade dont l&#8217;hospitalisation \u00e9tait pr\u00e9vue \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/Tunis\">Tunis<\/a> m\u00eame ainsi que deux journalistes fran\u00e7aises appel\u00e9es \u00e0 couvrir les travaux de l&#8217;\u00e9ventuelle r\u00e9union maghr\u00e9bine dans la capitale tunisienne entre Mohammed V et le pr\u00e9sident Bourguiba avec la participation de la D\u00e9l\u00e9gation ext\u00e9rieure du FLN. Les services sp\u00e9ciaux fran\u00e7ais infiltr\u00e9s au Maroc, comme les ultra-Europ\u00e9ens de la fameuse \u00ab Main rouge \u00bb rest\u00e9s encore dans ce pays parmi l&#8217;\u00e9migration ancienne du Protectorat, ne demeur\u00e8rent pas inactifs, m\u00eame \u00e0 la veille de ce voyage pour la paix et la recherche d&#8217;une solution nord-africaine \u00e0 une guerre coloniale inexpiable en Alg\u00e9rie. D\u00e9j\u00e0, le jour de notre d\u00e9part de l&#8217;a\u00e9roport de <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/Rabat\">Rabat<\/a>, r\u00f4daient autour de notre avion des personnages tr\u00e8s louches venus de l&#8217;ambassade de <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/France\">France<\/a> ou d&#8217;autres lieux de l&#8217;activisme colonialiste persistant. Le d\u00e9part, qui devait suivre imm\u00e9diatement celui de l&#8217;avion du roi Mohammed V, prit du retard, sans raison apparente. Le d\u00e9collage eut lieu, donc, tardivement et l&#8217;avion atterrit d&#8217;abord aux Bal\u00e9ares, escale non pr\u00e9vue. Nous saurons bien plus tard, apr\u00e8s notre arrestation, que cette escale avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e par le pilote fran\u00e7ais de notre avion pour lui permettre de \u00ab r\u00e9fl\u00e9chir \u00bb et se soustraire aux harc\u00e8lements par radio des services sp\u00e9ciaux de son pays, lui intimant l&#8217;ordre de mettre directement le cap sur <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/Alger\">Alger<\/a> et d&#8217;y atterrir. Le pilote, qui \u00e9tait au service de l&#8217;Etat marocain depuis son ind\u00e9pendance, ne put certainement pas r\u00e9sister aux sollicitations pressantes des policiers fran\u00e7ais flattant son chauvinisme puisqu&#8217;il nous fit atterrir, \u00e0 la nuit tombante, sur l&#8217;a\u00e9rodrome d&#8217;<a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/Alger\">Alger<\/a>. Le soir venu, et seules les lumi\u00e8res indiquant qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un a\u00e9roport, personne, en dehors de l&#8217;\u00e9quipage, ne savait o\u00f9 l&#8217;on allait d\u00e9barquer. L&#8217;avion se posa en avan\u00e7ant tr\u00e8s loin au milieu du terrain. L&#8217;\u00e9quipage fran\u00e7ais et l&#8217;h\u00f4tesse de l&#8217;air complice quitt\u00e8rent l&#8217;appareil apr\u00e8s avoir \u00e9teint les lumi\u00e8res int\u00e9rieures, et la sc\u00e8ne fut plong\u00e9e dans l&#8217;obscurit\u00e9. Aussit\u00f4t, un grouillement humain se dessina en direction de l&#8217;avion immobilis\u00e9, aux portes herm\u00e9tiquement ferm\u00e9es. C&#8217;\u00e9taient des centaines de soldats en tenue de campagne, (I&#8217;effectif d&#8217;un bataillon), qui affluaient vers cet avion royal marocain, prisonnier comme nous par la faute de coop\u00e9rants tra\u00eetres pr\u00e9sum\u00e9s agir patriotiquement au nom de la <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/France\">France<\/a> colonialiste ! Peu apr\u00e8s, un colonel fran\u00e7ais arm\u00e9 d&#8217;une mitraillette fit son apparition en se faisant ouvrir une des portes. Le grand malade marocain \u00e9tendu de tout son long et qui devait \u00eatre transport\u00e9 dans un h\u00f4pital de <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/Tunis\">Tunis<\/a> ainsi que les deux journalistes fran\u00e7aises prirent soudain peur \u00e0 cette apparition et des cris angoiss\u00e9s fus\u00e8rent pour dissuader le colonel, arm\u00e9 et casqu\u00e9, de tirer. Les membres de la D\u00e9l\u00e9gation rest\u00e8rent dignement calmes. Quelques-uns, devant le danger, eurent la pr\u00e9sence d&#8217;esprit de d\u00e9truire des documents pr\u00e9cieux parmi d&#8217;autres abandonn\u00e9s \u00e0 bord de l&#8217;appareil que nous f\u00fbmes contraints de quitter sans l&#8217;aide d&#8217;une \u00e9chelle. Et c&#8217;est alors, hors de l&#8217;avion, que nous e\u00fbmes une id\u00e9e plus nette et mena\u00e7ante de ce grouillement humain entrevu ou pressenti d\u00e8s l&#8217;atterrissage de l&#8217;avion d\u00e9tourn\u00e9. Les soldats, en armes et en tenue de campagne, entouraient en grand nombre chacun de nous cinq, nous fouillaient les poches, en d\u00e9robant leur contenu, argent ou papiers, et lan\u00e7aient \u00e0 tue-t\u00eate des cris de triomphalisme tels que : \u00ab La guerre est finie ! \u00bb, \u00ab Nous avons gagn\u00e9 ! \u00bb On nous poussa insensiblement vers le salon de l&#8217;a\u00e9roport avec une volont\u00e9 \u00e0 peine d\u00e9guis\u00e9e de pr\u00e9-lynchage. Menott\u00e9s, nous assist\u00e2mes dans ce salon d&#8217;attente \u00e0 une sorte d&#8217;irruption agressive, par sa pr\u00e9sence m\u00eame et son mouvement presque ininterrompu, de vagues de soldats se succ\u00e9dant les uns aux autres. C&#8217;est ce que j&#8217;ai appel\u00e9 une atmosph\u00e8re de pr\u00e9-lynchage. Au milieu du salon se tenait l&#8217;un des repr\u00e9sentants de Robert Lacoste, probablement son directeur de cabinet, Sorlin. Ce dernier observait un profond silence mais sa mine et toute sa personne exprimaient un air de triomphe. Visiblement, il laissait se jouer cette mise en sc\u00e8ne de violence contenue et de manifestation de col\u00e8re \u00e0 laquelle les autorit\u00e9s coloniales avaient astreint les jeunes conscrits en tenue de campagne contre nos personnes. L&#8217;op\u00e9ration d&#8217;intimidation et de passage \u00e0 l&#8217;acte incontr\u00f4lable durait encore quelque temps dans une ambiance pesante d&#8217;incertitude et de menaces silencieuses quand l&#8217;un de nous cinq (A\u00eft Ahmed, je crois) exprima d&#8217;une voix forte notre sentiment \u00e0 tous en s&#8217;adressant \u00e0 la personnalit\u00e9 officielle : \u00ab Fusillez-nous et finissons-en ! \u00bb, dit-il. Plus tard dans la nuit close, on nous embarqua \u00e0 bord d&#8217;un v\u00e9hicule militaire, avec, en face de chacun de nous sur la deuxi\u00e8me banquette, un soldat lourdement arm\u00e9. Le convoi, compos\u00e9 de plusieurs voitures blind\u00e9es et accompagn\u00e9 d&#8217;un interminable service policier le long des rues d\u00e9sertes, nous fit traverser une ville morte jusqu&#8217;au si\u00e8ge de la DST. Sur les hauteurs de Bouzar\u00e9ah. C&#8217;est l\u00e0 que commenc\u00e8rent aussit\u00f4t les interrogatoires. Jet\u00e9s dans des cellules o\u00f9 il y avait \u00e0 peine une paillasse sur le sol, on venait nous chercher, \u00e0 n&#8217;importe quelle heure jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;aube, pour ces longs et \u00e9puisants interrogatoires. Toutes les hautes polices de <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/France\">France<\/a> et d&#8217;Alg\u00e9rie avaient \u00e9t\u00e9 appel\u00e9es \u00e0 la rescousse pour une telle \u00e9ventualit\u00e9, et le triomphalisme arrogant battait son plein. Sans nous \u00eatre donn\u00e9 le mot d&#8217;ordre, puisque nous ne pr\u00e9voyions pas du tout une telle issue de notre voyage, nous f\u00eemes \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame r\u00e9ponse aux policiers \u00ab gonfl\u00e9s \u00bb, et fous de rage, \u00e0 savoir : \u00ab Ce n&#8217;est pas l&#8217;arrestation de quelques dirigeants ou responsables qui mettra fin \u00e0 un mouvement d&#8217;envergure issu des profondeurs du peuple \u00bb. Ces policiers, s\u00fbrs de leur fait, alternaient la menace verbale avec une confiance inalt\u00e9rable dans le sort de l&#8217;Alg\u00e9rie fran\u00e7aise. Un jeune commissaire, venu de <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/France\">France<\/a> et nouvellement mari\u00e9, me disait : \u00ab Si l&#8217;on touche \u00e0 un seul cheveu de ma femme je vous abattrai tous comme des chiens ! \u00bb Un autre \u00e9voquait avec des sous-entendus l&#8217;existence de faits macabres au m\u00f4le d&#8217;<a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/Alger\">Alger<\/a> o\u00f9 les tortionnaires jetaient \u00e0 la mer les cadavres des supplici\u00e9s qui ne se montraient pas coop\u00e9ratifs et dociles, etc., etc. Un troisi\u00e8me, lui, plus v\u00e9h\u00e9ment et se retenant \u00e0 peine dans sa fureur irraisonn\u00e9e, me d\u00e9clarait presque litt\u00e9ralement : \u00ab Nous allons tout casser, votre sultan ainsi que Nasser. \u00bb Ce dernier propos faisait s\u00fbrement allusion \u00e0 l&#8217;exp\u00e9dition anglo-fran\u00e7aise qui se pr\u00e9parait contre <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/Suez\">Suez<\/a>, pr\u00e8s de deux mois avant son av\u00e8nement. Cette fureur polici\u00e8re trouvait sa source principale dans une r\u00e9elle d\u00e9ception difficilement avouable : le succ\u00e8s, la \u00ab victoire \u00bb n&#8217;\u00e9taient pas complets. La guerre de lib\u00e9ration continuait de plus belle malgr\u00e9 les tonnes de tracts d\u00e9vers\u00e9s par l&#8217;aviation militaire sur les villes et campagnes alg\u00e9riennes, tracts proclamant cette victoire pr\u00e9sum\u00e9e avec, \u00e0 l&#8217;appui, les portraits des cinq enlev\u00e9s. Il est vrai aussi que, tout juste apr\u00e8s l&#8217;arrestation des membres de la D\u00e9l\u00e9gation ext\u00e9rieure du FLN, des faits graves s&#8217;\u00e9taient produits \u00e0 Mekn\u00e8s, au Maroc, o\u00f9 des ressortissants fran\u00e7ais avaient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s en repr\u00e9sailles du d\u00e9tournement de l&#8217;avion marocain et par r\u00e9action \u00e0 l&#8217;injure faite au roi Mohammed V \u00e0 travers le sort r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 ses h\u00f4tes alg\u00e9riens et \u00e0 la tra\u00eetrise du pilote fran\u00e7ais. Le gouvernement fran\u00e7ais, craignant sans doute que le comportement excessivement nerveux de ses policiers en Alg\u00e9rie ne les conduise \u00e0 commettre des actes irr\u00e9parables \u00e0 l&#8217;encontre des cinq prisonniers, d\u00e9cida de nous transf\u00e9rer en <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/France\">France<\/a>. Nous f\u00fbmes confi\u00e9s \u00e0 une compagnie de ce que l&#8217;on appelait alors les \u00ab gendarmes de guerre \u00bb et dont la duret\u00e9 est proverbiale. Le voyage se fit dans un vieux zinc de l&#8217;arm\u00e9e de l&#8217;air fran\u00e7aise qui eut plusieurs rat\u00e9s au-dessus de la mer et dans lequel, menott\u00e9s, il ne nous \u00e9tait pas permis de mettre nos mains sous la couverture de laine et de n&#8217;aller aux toilettes qu&#8217;accompagn\u00e9s d&#8217;un cerb\u00e8re. Le voyage dura des heures, par un froid intense, en novembre, et une atmosph\u00e8re morale aussi glaciale. A l&#8217;a\u00e9rodrome militaire de Villacaublay, proche de <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/Paris\">Paris<\/a>, chacun de nous fut plac\u00e9 entre deux policiers discr\u00e8tement arm\u00e9s, dans une voiture mod\u00e8le \u00ab traction-avant \u00bb des ann\u00e9es 50 et le convoi, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d&#8217;autres voitures de police et escort\u00e9 \u00e9troitement par des gardes motocyclistes, prit le chemin de la capitale fran\u00e7aise, en choisissant, me semble-t-il, de traverser certains quartiers populaires pr\u00e9alablement \u00ab endoctrin\u00e9s \u00bb pour nous accueillir par des slogans hargneux. Ce fut le cas, entre autres, du XVe arrondissement que je reconnus pour y avoir milit\u00e9 au milieu d&#8217;une forte \u00e9migration ouvri\u00e8re alg\u00e9rienne. Cette fois, ce n&#8217;\u00e9taient pas nos compatriotes devenus de plus en plus clandestins ou taciturnes dans la rue, mais des marchands de l\u00e9gumes fran\u00e7ais et d&#8217;autres subitement exalt\u00e9s sur commande par les circonstances du \u00ab rapt \u00bb de l&#8217;avion et notre arrestation qui criaient bien fort, au march\u00e9 dudit arrondissement, leur fiert\u00e9 nationale d&#8217;avoir eu raison des \u00ab fellaghas \u00bb, etc. etc. En l&#8217;occurrence, la fi\u00e8vre de la gloire facile et le go\u00fbt de l&#8217;\u00e9pop\u00e9e \u00e0 bas prix ne br\u00fblaient pas seulement le cerveau des pieds-noirs d&#8217;Alg\u00e9rie mais celui aussi de l&#8217;homme de la rue \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/Paris\">Paris<\/a> capitale ! la destination ultime de ce voyage mouvement\u00e9 fut la grande prison parisienne de la sant\u00e9 o\u00f9, d&#8217;embl\u00e9e, nous f\u00fbmes s\u00e9par\u00e9s les uns des autres et incarc\u00e9r\u00e9s, mis au secret. J&#8217;ai racont\u00e9, en partie, cette situation au d\u00e9but de notre internement en novembre 1956 \u00e0 La\u00a0<\/div>\n<div style=\"text-align:justify;\">Sant\u00e9 dans mon livre Des noms et des lieux. Peu \u00e0 peu, ce que l&#8217;on appelle \u00ab l&#8217;isolement \u00bb fut lev\u00e9 et nous re\u00e7\u00fbmes notre avocat, Ma\u00eetre Pierre Stibbe, un v\u00e9t\u00e9ran de la d\u00e9fense des militants du PPA de l&#8217;ancien temps. Puis, la direction p\u00e9nitentiaire nous transf\u00e9ra apr\u00e8s cet isolement, d&#8217;une dur\u00e9e d&#8217;un mois, dans des cellules destin\u00e9es habituellement aux d\u00e9tenus politiques, sans toutefois que ces d\u00e9tenus b\u00e9n\u00e9ficient de tous les droits en l&#8217;esp\u00e8ce. Nous nous trouvions d\u00e9sormais entre nous et disposions d&#8217;une petite pi\u00e8ce pour nos repas et nos rencontres ainsi que d&#8217;une salle de bain. En bref, apr\u00e8s l&#8217;instruction r\u00e9glementaire effectu\u00e9e sur place par le d\u00e9placement d&#8217;un juge militaire dans l&#8217;enceinte de la prison, nous nous organis\u00e2mes au rythme d&#8217;une d\u00e9tention ordinaire, avec fermeture par les gardiens des portes de nos cellules respectives \u00e0 20 h et leur ouverture le matin. Cependant, \u00e0 la longue, cette d\u00e9tention, par solidarit\u00e9 avec des d\u00e9tenus alg\u00e9riens priv\u00e9s de leurs droits \u00e9l\u00e9mentaires, \u00e9tait ponctu\u00e9e de temps \u00e0 autre par des gr\u00e8ves de la faim. Ainsi en fut-il pour obtenir que Rabah Bitat, incarc\u00e9r\u00e9 dans une obscure prison de la province fran\u00e7aise, b\u00e9n\u00e9ficie du r\u00e9gime politique, alors qu&#8217;il relevait injustement du droit commun. D&#8217;autres actions furent entreprises qui impressionnaient beaucoup les gardiens de prison et leur direction g\u00e9n\u00e9rale par le fait m\u00eame que des d\u00e9tenus mal nourris, sous-aliment\u00e9s, osaient faire des gr\u00e8ves de la faim de plusieurs jours ou de plusieurs semaines. Le gouvernement fran\u00e7ais, lui, apr\u00e8s une br\u00e8ve p\u00e9riode d&#8217;euphorie, commen\u00e7a \u00e0 d\u00e9chanter \u00e0 la suite du d\u00e9saveu manifest\u00e9 par une partie de l&#8217;opinion de gauche en <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/France\">France<\/a> et de l&#8217;opinion internationale au sujet de cet enl\u00e8vement. En <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/France\">France<\/a> m\u00eame, des \u00e9l\u00e9ments progressistes et anti-colonialistes apparent\u00e9s \u00e0 la SFIO de Guy Mollet et Robert Lacoste quittaient en grand nombre les rangs de ce parti socialiste au pouvoir. Circonstance aggravante, le probl\u00e8me des jeunes rappel\u00e9s envoy\u00e9s \u00e0 une guerre injuste troublait profond\u00e9ment la conscience des familles que la \u00ab fiert\u00e9 nationale \u00bb et l&#8217;\u00e9pop\u00e9e colonialiste concernant l&#8217;acte de piraterie avaient, pour un temps, exalt\u00e9e en r\u00e9veillant leur chauvinisme. Notre cas commen\u00e7ait \u00e0 devenir d&#8217;un poids insupportable pour ledit gouvernement, malgr\u00e9 sa propagande avantageuse du \u00ab dernier quart d&#8217;heure \u00bb et de la pacification et autres mythes, puisque, sur le terrain, la lib\u00e9ration nationale alg\u00e9rienne et sa lutte audacieuse et novatrice remportaient des succ\u00e8s malgr\u00e9 une cruelle r\u00e9pression contre les civils. Nous avons vu, d\u00e8s les d\u00e9buts du pr\u00e9sent t\u00e9moignage (et le lecteur l&#8217;aura retenu) ce que fut le r\u00f4le en filigrane ou d\u00e9clar\u00e9 de la police sous toutes ses formes qui aboutira bient\u00f4t, avec l&#8217;implication excessive, exag\u00e9r\u00e9e, odieuse, de l&#8217;arm\u00e9e des Bigeard, Massu, etc., dans des t\u00e2ches de basse police \u00e9galement, \u00e0 la logique de la r\u00e9pression, et les tortures et liquidations physiques bouclant ainsi sa boucle atroce. Avec, en prime, la mobilisation ou l&#8217;excitation du ban et de l&#8217;arri\u00e8re-ban des colons r\u00e9actionnaires activistes, \u00e0 la g\u00e2chette facile et au m\u00e9pris arrogant et meurtrier contre tout ce qui est national dans le pays colonis\u00e9. C&#8217;est, r\u00e9p\u00e9tons-le, ce qui se passe aussi en Isra\u00ebl o\u00f9 l&#8217;on voit sous nos yeux la collusion homicide de deux anciens g\u00e9n\u00e9raux qui se sont fait la main sur les Palestiniens et les Libanais. Il s&#8217;agit du socialiste Barak et du criminel de guerre Ariel Sharon, du Likoud fascite. C&#8217;est l\u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne purement colonial n&#8217;ayant, contrairement \u00e0 ce que l&#8217;on croit, ni une connotation sp\u00e9cifique fran\u00e7aise dans l&#8217;Alg\u00e9rie martyre d&#8217;hier ni une connotation traditionnelle juive en Isra\u00ebl. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne monstrueux n&#8217;a ni race ni religion. C&#8217;est le colonialisme de peuplement \u00e0 l&#8217;\u00e9tat chimiquement pur que l&#8217;ONU des origines et des chartes universelles pionni\u00e8res et les Etats-Unis d&#8217;Am\u00e9rique n&#8217;ont pas condamn\u00e9 \u00e0 propos de la guerre coloniale d&#8217;Alg\u00e9rie entre 1954 et 1962 en tant que syst\u00e8me totalitaire, ni d&#8217;ailleurs au sujet de l&#8217;Isra\u00ebl sioniste tel que con\u00e7u id\u00e9ologiquement par Theodor Herzl et mis en pratique par les \u00ab proph\u00e8tes arm\u00e9s \u00bb d\u00e9nonc\u00e9s par le Mahatma Gandhi d&#8217;illustre m\u00e9moire. Le th\u00e9oricien viennois T. Herzl, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque de la fameuse Conf\u00e9rence internationale de <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/Berlin\">Berlin<\/a> en 1885 sur la partage de l&#8217;Afrique par les nations europ\u00e9ennes, crut devoir associer son mouvement sioniste naissant \u00e0 une revendication territoriale de caract\u00e8re colonial en r\u00e9clamant, par mim\u00e9tisme, et au service de l&#8217;Occident, le r\u00f4le de d\u00e9fenseur de la civilisation de ce dernier et de gardien du \u00ab barrage contre la barbarie \u00bb en Orient. Pourtant, son mouvement luttait contre la pers\u00e9cution des Juifs par les Europ\u00e9ens qui, un demi-si\u00e8cle plus tard, allaient livrer l\u00e2chement \u00e0 Hitler, pour les exterminer, des millions de Juifs. Des pays europ\u00e9ens comme la Hollande, la <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/France\">France<\/a>, la Norv\u00e8ge se signal\u00e8rent par leur z\u00e8le antis\u00e9mite en livrant leurs Juifs aux criminels nazis. Chose que ni l&#8217;Orient libre ou colonis\u00e9, ni l&#8217;Afrique du Nord, refuge des pers\u00e9cut\u00e9s Juifs de la Reconquista espagnole et de l&#8217;Inquisition chr\u00e9tienne, ni l&#8217;Andalousie musulmane du Moyen-Age, asile s\u00fbr du juda\u00efsme menac\u00e9, n&#8217;ont jamais commise, les massacres et pers\u00e9cutions historiques des Juifs \u00e9tant le fait de l&#8217;Europe m\u00e9di\u00e9vale ou contemporaine et non des Arabes ou des musulmans. Mais ceci est une autre histoire ! Revenons donc \u00e0 la n\u00f4tre, celle des cinq victimes de l&#8217;acte de piraterie a\u00e9rienne du 22 octobre 1956, pour la conclure bri\u00e8vement par l&#8217;\u00e9vocation d&#8217;un dernier \u00e9pisode tr\u00e8s significatif de l&#8217;embarras dans lequel elle mettait, de jour en jour, le gouvernement fran\u00e7ais apr\u00e8s les \u00e9v\u00e8nements du 13 mai 1958 en Alg\u00e9rie. Le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, arriv\u00e9 au pouvoir, h\u00e9rita de cette affaire malais\u00e9e \u00e0 traiter et frapp\u00e9e d&#8217;un d\u00e9ni de justice criant qui affectait, depuis deux ans, la r\u00e9putation morale de la <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/France\">France<\/a> d\u00e9j\u00e0 gravement atteinte par les retomb\u00e9es des crimes colonialistes perp\u00e9tr\u00e9s en Alg\u00e9rie. Le 13 mai 1958 \u00e9tait le fruit des passe-droits, de la permissivit\u00e9, des alliances coupables entre le pouvoir socialiste de la SFIO humili\u00e9 par la d\u00e9confiture personnelle de Guy Mollet face aux \u00e9meutiers pieds-noirs en f\u00e9vrier 1956 consid\u00e9r\u00e9s par lui comme des super-patriotes fran\u00e7ais, et entre l&#8217;arm\u00e9e de m\u00e9tier en osmose avec les colons et leurs milices de tueurs et de vrais truands fascistes, matrice sanguinaire et raciste de la future OAS. Ce fut l&#8217;arm\u00e9e, et ce lamentable combin\u00e9 de forces, qui s&#8217;impos\u00e8rent, sans pouvoir concr\u00e9tiser leur vague \u00ab victoire \u00bb patriotarde. Incapables de le faire, ils en appel\u00e8rent \u00e0 l&#8217;institution d&#8217;un comit\u00e9 de salut public, puis \u00e0 l&#8217;intervention directe du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. Ils r\u00e9alisaient, en effet, tout d&#8217;un coup, que la guerre \u00e9tait-l\u00e0 et qu&#8217;ils ne pouvaient pas l&#8217;emporter tous seuls, contre la r\u00e9sistance organis\u00e9e du peuple alg\u00e9rien sous la direction et la conduite du FLN-ALN. Entre le congr\u00e8s de la Soummam en 1956 et la perspective tr\u00e8s proche de la constitution du GPRA (gouvernement provisoire de la R\u00e9publique alg\u00e9rienne) \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/Tunis\">Tunis<\/a>, la lutte en Alg\u00e9rie avait beaucoup progress\u00e9 malgr\u00e9 les massacres, les tortures, les emprisonnements en masse qui avaient marqu\u00e9 la criminelle r\u00e9pression de la Bataille d&#8217;<a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/Alger\">Alger<\/a>. Dans une situation g\u00e9n\u00e9rale aussi complexe, tant au plan de la vie politico-militaire fran\u00e7aise qu&#8217;\u00e0 celui, \u00e9prouv\u00e9 et en progr\u00e8s, d&#8217;une guerre de r\u00e9sistance nationale qui b\u00e9n\u00e9ficiait de plus en plus de la compr\u00e9hension d&#8217;une tr\u00e8s large opinion mondiale, de Gaulle ne pouvait songer \u00e0 r\u00e9parer une faute de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs en lib\u00e9rant purement et simplement des prisonniers au statut ind\u00e9termin\u00e9 dont certains allaient figurer comme ministres in partibus (c&#8217;es-\u00e0-dire sans portefeuille, comme on dit) dans le GPRA avec lequel on n\u00e9gociera un jour ou l&#8217;autre selon la logique gaullienne \u00e0 long terme. Aussi proc\u00e9da-t-il par \u00e9tapes. Il savait que ces \u00ab enlev\u00e9s \u00bb avaient \u00e9t\u00e9 presque constamment menac\u00e9s et qu&#8217;\u00e0 l&#8217;occasion d&#8217;un mouvement subversif fasiste en <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/France\">France<\/a>, des forces r\u00e9actionnaires dans l&#8217;arm\u00e9e, la police ou les partis d&#8217;extr\u00eame droite pourraient attenter \u00e0 leur vie dans l&#8217;enceinte m\u00eame de la prison. Sa position morale ou politique \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du cas des prisonniers ne pr\u00e9jugeait pas du tout, de celui, plus g\u00e9n\u00e9ral, de la guerre coloniale \u00e0 intensifier peut-\u00eatre pour en finir avec le d\u00e9saveu universel dont son pays \u00e9tait l&#8217;objet. Toujours est-il, d&#8217;apr\u00e8s des indiscr\u00e9tions recueillies dans les milieus parisiens les mieux inform\u00e9s et rapport\u00e9es \u00e0 notre connaissance par les avocats, de Gaulle s&#8217;adressa sans r\u00e9sultat \u00e0 plusieurs chefs de r\u00e9gions militaires dans le but de recevoir des assurances quant \u00e0 l&#8217;internement \u00ab inviolable \u00bb dans un lieu fortifi\u00e9 de leurs secteurs respectifs, de ces cinq prisonniers si embarrassants. Cela se passait dans les derniers mois de l&#8217;ann\u00e9e 1958. Il ne s&#8217;agissait pas de trouver une autre prison mais une sorte de lieu de r\u00e9sidence p\u00e9nitentiaire hautement surveill\u00e9e. L&#8217;endroit \u00ab id\u00e9al \u00bb fut d\u00e9couvert apr\u00e8s maintes recherches et refus essuy\u00e9s par le nouveau chef de l&#8217;Etat fran\u00e7ais. Nous nous pr\u00e9par\u00e2mes donc \u00e0 partir, en faisant nos maigres bagages de d\u00e9tenus politiques, sans savoir o\u00f9 nous irons, puisque notre destination \u00e9tait tenue secr\u00e8te m\u00eame pour la direction de la prison de La Sant\u00e9 et nos avocats. Le jour pr\u00e9vu pour le voyage, en f\u00e9vrier 1959, on nous emmena \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, d&#8217;une fa\u00e7on incognito, mais bien escort\u00e9s, jusqu&#8217;\u00e0 un a\u00e9rodrome militaire o\u00f9 l&#8217;on nous embarqua, comme des passagers libres, sans menottes, sur un avion en partance. Quand nous atterr\u00eemes une heure plus tard, nous appr\u00eemes tout \u00e0 fait fortuitement que nous \u00e9tions arriv\u00e9s \u00e0 la base navale de Quimper, en Bretagne. L&#8217;a\u00e9rodrome se trouvait au bord de la mer et nous devions embarquer, cette fois, sur un navire de guerre amarr\u00e9 non loin de l\u00e0. Un d\u00e9tachement important de fusiliers-marins arm\u00e9s se d\u00e9ployait sur le terrain jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;embarcad\u00e8re. Khider, impressionn\u00e9 par la sc\u00e8ne fortement \u00e9clair\u00e9e sous les\u00a0<\/div>\n<div style=\"text-align:justify;\">projecteurs, me dit : \u00ab Ils ont peur de nous ! \u00bb Je lui r\u00e9pondis : \u00ab S&#8217;ils ont peur de quelqu&#8217;un, c&#8217;est bien de notre peuple qui se bat l\u00e0-bas, au pays ! \u00bb Le navire de guerre \u00e9tait l&#8217;escorteur Le Chamois (genre de croiseur) sur la plate-forme sup\u00e9rieure duquel on nous installa. Toute une compagnie de gardes mobiles (actuels CRS) embarqu\u00e8rent en m\u00eame temps que nous et se positionn\u00e8rent, librement, autour de ladite plate-forme comme pour nous prot\u00e9ger. Tout le monde \u00e9tait assis, nous et notre \u00ab entourage \u00bb de circonstance. Le voyage dura toute la nuit, et, me semble-t-il, en direction du Sud-Ouest, longeant la c\u00f4te de l&#8217;Atlantique. Notre groupe \u00e9tait d\u00e9tendu et Boudiaf, de bonne humeur, malgr\u00e9 sa maladie, nous \u00e9gayait, comme \u00e0 son habitude, par son esprit bien alg\u00e9rien de l&#8217;ancien temps. Le lendemain matin, l&#8217;escorteur Le Chamois aborda au large de la petite Ile-d&#8217;Aix (d\u00e9partement de Charente-Maritime) en plein oc\u00e9an Atlantique. Une vedette nous prit en charge \u00e0 bord de laquelle se trouvaient le haut personnel de notre futur lieu d&#8217;internement et les agents attach\u00e9s \u00e0 leur service. L&#8217;embarcation prit une direction, non pas vers le village qui nous faisait face, mais le long de la c\u00f4te de cette modeste agglom\u00e9ration insulaire laquelle se d\u00e9ployait devant nos yeux comme une fa\u00e7ade relativement ininterrompue. Ce que je remarquais, tout de suite, et dont j&#8217;aurai une explication plus tard, ce sont des portes ferm\u00e9es et des rideaux de fen\u00eatres que certains des habitants des maisons \u00e9cartaient timidement avec curiosit\u00e9 pour voir passer la vedette et ses occupants. En effet, il avait \u00e9t\u00e9 interdit, ce jour-l\u00e0, aux habitants de l&#8217;Ile-d&#8217;Aix par l&#8217;autorit\u00e9 municipale (ou une autorit\u00e9 sup\u00e9rieure) de para\u00eetre dans les rues du village ! Interdiction, en quelque sorte, de sortir de chez eux le temps que dureraient le d\u00e9barquement du navire de guerre et le passage de la vedette transportant les prisonniers le long de la \u00ab fa\u00e7ade \u00bb maritime du village ! C&#8217;est \u00e0 Fort Li\u00e9dot, \u00e0 l&#8217;autre bout de l&#8217;\u00eele, qu&#8217;on nous conduisit par la suite. Il s&#8217;agit d&#8217;un fort enterr\u00e9 du XVIIe si\u00e8cle d\u00fb au g\u00e9nie de Vauban, le c\u00e9l\u00e8bre ministre du roi Louis XIV. Comme son nom l&#8217;indique, ce fort est une excavation bien am\u00e9nag\u00e9e et structur\u00e9e comme une v\u00e9ritable forteresse mais ayant des chemins de ronde au niveau du sol, le tout r\u00e9alis\u00e9 avec un art d&#8217;une rare perfection qui d\u00e9fie encore les si\u00e8cles. Pour nous loger dans une des quatre parois et r\u00e9server l&#8217;immense cour au cantonnement de la compagnie de gardes mobiles, on avait, \u00e0 l&#8217;aide de coffrages et autres mat\u00e9riaux de construction, am\u00e9nag\u00e9 \u00e0 notre intention autant de chambres-cellules que n\u00e9cessaire, des cuisines, une salle \u00e0 manger, sans parler du si\u00e8ge des responsables de la s\u00e9curit\u00e9 et des \u00e9quipements de t\u00e9l\u00e9communication et autres n\u00e9cessaires \u00e0 leur service. Cette partie du fort, avec son personnel de s\u00e9curit\u00e9 et sa surveillance, nous restait inconnue et nous \u00e9tait invisible, contrairement \u00e0 la pr\u00e9sence de la compagnie de gardes mobiles qui campait dans la cour et au directeur responsable du fort. Au d\u00e9but, on nous avait destin\u00e9 une sorte d&#8217;enclos de ch\u00e8vres pour nos promenades, mais nous e\u00fbmes tr\u00e8s vite le droit de faire cette promenade quotidienne (et m\u00eame plusieurs fois par jour) sur l&#8217;un des chemins de ronde qui nous \u00e9tait accessible. Le chemin de ronde, dans une telle structure architecturale de conception militaire en termes de fortifications, \u00e9quivaut \u00e0 un v\u00e9ritable rempart. Or, sur un chemin de ronde lat\u00e9ral proche de celui o\u00f9 nous nous promenions en toute libert\u00e9 et qui donnait sur un coin sauvage de for\u00eat, bord\u00e9 cependant par un tr\u00e8s large et profond foss\u00e9, \u00e9tait am\u00e9nag\u00e9 un petit terrain, une sorte de reposoir, de mouchoir de poche pour recevoir un h\u00e9licopt\u00e8re. Cet h\u00e9licopt\u00e8re, \u00e9l\u00e9ment parmi d&#8217;autres de la d\u00e9fense du fort et de protection (ou de surveillance de ses d\u00e9tenus alg\u00e9riens ?), d\u00e9collait toutes les huit minutes pour survoler l&#8217;Ile-d&#8217;Aix et ses environs imm\u00e9diats et effectuait ce survol 24 heures sur 24 heures, efficacement et sans bruit ! Il ne sera pas question ici de parler de notre vie quotidienne \u00e0 Fort Li\u00e9dot, fort enterr\u00e9 du temps de Vauban, situ\u00e9 \u00e0 l&#8217;Ile-d&#8217;Aix, mais de caract\u00e9riser l&#8217;une des nombreuses suites carc\u00e9rales de notre arrestation en octobre 1956, qui ne fut d&#8217;ailleurs qu&#8217;une \u00e9tape avant d&#8217;autres, en <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/France\">France<\/a> m\u00eame. Etapes qui devaient se succ\u00e9der, pour certains ou pour tous, jusqu&#8217;en 1962, en passant par d&#8217;autres lieux de prison !<\/div>\n<div style=\"text-align:justify;\">Mostefa Lacheraf <a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/city\/Alger\">Alger<\/a> le 25 octobre 2000<\/div>\n<div style=\"text-align:justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align:justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align:justify;\"><a href=\"http:\/\/www.djazairess.com\/fr\/elwatan\/7116\">Djazairess<\/a>, 8 ao\u00fbt 2015<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 22 octobre 1956 \u00e9tait d\u00e9tourn\u00e9 l&#8217;avion du FLN\u00a0 Les Fran\u00e7ais, premiers pirates de l&#8217;air El Watan\u00a0Publi\u00e9 dans El Watan le 01 &#8211; 11 &#8211;&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[681],"tags":[],"class_list":["post-7027","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7027","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7027"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7027\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7027"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7027"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7027"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}