{"id":57530,"date":"2020-11-05T22:35:58","date_gmt":"2020-11-05T21:35:58","guid":{"rendered":"http:\/\/moroccomail.fr\/?p=57530"},"modified":"2020-11-05T22:35:58","modified_gmt":"2020-11-05T21:35:58","slug":"les-marocains-et-largent","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/2020\/11\/05\/les-marocains-et-largent\/","title":{"rendered":"Les Marocains et l\u2019argent"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fric, sou, oseille, flouze, bl\u00e9, p\u00e9p\u00e8tes, thune, p\u00e8ze, maille, galette\u2026 les qualificatifs ne manquent pas pour qualifier le pognon. Jusqu\u2019o\u00f9 vont les magouilles ? Les Marocains se mentent-ils \u00e0 eux-m\u00eames pour s\u2019enrichir en faisant fi de leurs principes ?<br \/><br \/><em>par HICHAM BENNANI<br \/><\/em><br \/>\u00ab Pour r\u00e9mun\u00e9rer le pl\u00e9biscite du vice-roi, l\u2019Etat a inject\u00e9 7 milliards de ressources publiques d\u2019un coup dans un petit patelin qui \u00e9tait encore inconnu il y a quelques ann\u00e9es ! Le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat de l\u2019Etat pour une redistribution v\u00e9ritablement rationnelle et \u00e9quitable saute aux yeux ! \u00bb. Cette v\u00e9rit\u00e9 de la Palice a \u00e9t\u00e9 l\u00e2ch\u00e9e par l\u2019\u00e9conomiste Fouad Abdelmoumni le vendredi 23 mai lors d\u2019un colloque intitul\u00e9 L\u2019argent et l\u2019\u00e9thique.<br \/><br \/>La manifestation qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e \u00e0 Rabat a \u00e9t\u00e9 mise en place par la revue Economia et le Centre d\u2019Etudes Sociales, Economiques et Manageriales (HEM) en partenariat avec la fondation Caisse de D\u00e9p\u00f4t et de Gestion (CDG). Une vingtaine d\u2019\u00e9conomistes, sociologues, politologues, anthropologues, philosophes ou encore professeurs ont \u00e9chang\u00e9 leurs r\u00e9flexions sur une vaste question : comment ouvrir les yeux sans \u00eatre aveugl\u00e9 par l\u2019argent ? S\u2019int\u00e9ressant de tr\u00e8s pr\u00e8s \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 marocaine, le colloque a aussi \u00e9voqu\u00e9 d\u2019autres contextes pour favoriser une approche comparative. Vieux comme le monde, ce d\u00e9bat d\u00e9montre que l\u2019argent qui \u00e9tait cens\u00e9 accompagner l\u2019autonomisation des individus engendre aujourd\u2019hui l\u2019effet contraire. L\u2019argent r\u00e9git le monde. En profonde mutation, la soci\u00e9t\u00e9 marocaine poss\u00e8de un rapport sp\u00e9cifique \u00e0 l\u2019argent, codifi\u00e9 par des lois, avec en toile de fond le poids des traditions, de la religion et du pass\u00e9. Quels rapports entretiennent les Marocains vis-\u00e0-vis de leur portefeuille ? Se dirigent-ils tout droit vers le mur de l\u2019individualisme ? Est-ce que l\u2019enrichissement se fait toujours dans le respect des r\u00e8gles \u00e9thiques ? Plusieurs intervenants du colloque ont r\u00e9pondu au Journal Hebdomadaire afin de mettre en lumi\u00e8re la relation ambigu\u00eb que les Marocains entretiennent avec l\u2019argent<br \/><br \/><em>S\u2019enrichir facilement<br \/><\/em><br \/>Abdelsselam Aboudrar, pr\u00e9sident de la commission anti-corruption \u00e0 la CGEM d\u00e9montre que despotisme et \u00e9conomie de rente ont s\u00e9vi pendant des d\u00e9cennies, voire des si\u00e8cles, et permis \u00e0 un grand nombre de personnes et de familles de s\u2019enrichir de mani\u00e8re indue. D\u2019o\u00f9 la conviction chez le plus grand nombre que la richesse est rarement l\u00e9gitime et m\u00e9rit\u00e9e mais est plut\u00f4t acquise par des moyens douteux. Kamel Mesbahi, membre dirigeant de Transparency Maroc, a anim\u00e9 la s\u00e9ance du colloque intitul\u00e9e : \u00ab Argent transparent, argent juste. Dilemmes \u00e9thiques et socio-\u00e9conomiques \u00bb. Sa th\u00e9orie est la suivante. Le rapport qu\u2019entretien un peuple avec l\u2019argent n\u2019est que le condens\u00e9 d\u2019une construction plurielle dans la dur\u00e9e. Plusieurs facteurs participent \u00e0 la mise en place de ce lien et aux formes de son \u00e9volution : l\u2019histoire, la culture, l\u2019\u00e9tat de l\u2019\u00e9conomie, la nature des besoins, satisfaits ou pas, le niveau de confiance ou de d\u00e9fiance entre acteurs, le statut du droit et le degr\u00e9 d\u2019effectivit\u00e9 de ses textes. L\u2019acte de recevoir et celui de donner cr\u00e9ent des situations \u00e0 la limite du comportement schizophr\u00e8ne. Les Marocains sont beaucoup plus attentifs et exigeants dans le premier cas, et plut\u00f4t r\u00e9ticents, \u00e9quivoques et plaintifs dans le second. A tel point que leurs liens \u00e0 l\u2019argent transcendent leurs diff\u00e9rences et homog\u00e9n\u00e9isent leurs comportements. Leurs positions par rapport aux imp\u00f4ts en t\u00e9moignent. \u00ab Quand j\u2019entends un haut responsable d\u00e9clarer que 2\/3 des entreprises marocaines ne paient pas d\u2019imp\u00f4ts, ou encore quand certaines estimations laissent entendre que moins de 200 entreprises paieraient entre 60 et 65 % du montant global de l\u2019IS, cela pr\u00e9occupe et confirme que devant l\u2019acte de donner, le comportement actuel des Marocains devant l\u2019argent n\u2019est pas seulement complexe, il est surtout porteur de risques pour la construction d\u2019une \u00e9conomie moderne et pour la consolidation du lien social \u00bb d\u00e9nonce l\u2019\u00e9conomiste. Pour le journaliste Driss Ksikes, la situation est tout aussi alarmante : les Marocains n\u2019ont pas un rapport \u00ab sp\u00e9cialement \u00bb complexe avec l\u2019argent et le d\u00e9sir de (tout) pouvoir par l\u2019argent est universel. Le directeur de r\u00e9daction de la revue Economia explique que ce qui est nouveau dans le contexte marocain est l\u2019aptitude \u00e0 s\u2019enrichir facilement par la sp\u00e9culation, qui s\u2019ajoute \u00e0 d\u2019autres facilit\u00e9s, ancr\u00e9es dans la soci\u00e9t\u00e9 et ne r\u00e9pondant pas \u00e0 des r\u00e8gles \u00e9thiques, comme l\u2019argent de la drogue, de l\u2019h\u00e9ritage monopolis\u00e9 par \u00ab le m\u00e2le \u00bb ou du fisc d\u00e9tourn\u00e9 pour construire \u00ab sa grande villa \u00bb. Il y a dans cette situation quelque chose de l\u2019ordre de l\u2019\u00e9go\u00efsme pur. L\u2019argent est per\u00e7u comme un moyen pour \u00ab changer de statut social \u00bb et nullement comme un moyen pour \u00ab \u00e9changer avec les autres classes sociales \u00bb dans le cadre d\u2019un vivre ensemble norm\u00e9 et r\u00e9gul\u00e9.<br \/><br \/><em>L\u2019archa\u00efsme musulman<br \/><\/em><br \/>En \u00e9voquant de but en blanc la houleuse question de l\u2019h\u00e9ritage, Driss Ksikes pointe du doigt le caract\u00e8re profond\u00e9ment \u00ab machiste \u00bb des religions monoth\u00e9istes. L\u2019\u00e9thique et l\u2019\u00e9quit\u00e9, au vu du contexte actuel, voudraient qu\u2019hommes et femmes h\u00e9ritent \u00e0 parts \u00e9gales. \u00ab Mais encore faut-il que les musulmans sachent se d\u00e9barrasser d\u2019un dogme aussi archa\u00efque \u00bb poursuit-il, avant de pr\u00e9ciser que le probl\u00e8me n\u2019est pas particulier au Maroc : \u00ab Tous les pays arabes, qui prennent l\u2019h\u00e9ritage musulman au pied de la lettre, ont du mal \u00e0 favoriser l\u2019\u00e9quit\u00e9 sociale sur les conventions coraniques \u00bb. L\u2019\u00e9thique concerne les questions du bien et du mal, du juste et de l\u2019injuste par rapport aux codes qui sont cens\u00e9s r\u00e9gir la vie en soci\u00e9t\u00e9. Elle renforce et inspire le droit et la l\u00e9galit\u00e9 mais ne peut pr\u00e9tendre s\u2019y substituer. Autrement dit, d\u00e8s lors que l\u2019on dissocie le droit de la morale, une part importante du comportement est laiss\u00e9e \u00e0 la libert\u00e9 des individus. Chacun serait donc libre d\u2019agir comme il l\u2019entend, dans le respect des lois. Ce principe n\u2019aurait aucune port\u00e9e s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas compl\u00e9t\u00e9 par celui de la responsabilit\u00e9. \u00ab Lorsqu\u2019on constate qu\u2019au Maroc, une cat\u00e9gorie sociale d\u00e9pense en moyenne 12 fois plus qu\u2019une autre, cela est peut-\u00eatre statistiquement l\u00e9gal, mais est-ce \u00e9thique devant le d\u00e9nuement total des franges les plus pauvres ? \u00bb se demande Kamal Mesbahi. Lorsqu\u2019il s\u2019agit de comparer le cas marocain \u00e0 un pays comme la France, le t\u00e9moignage de l\u2019anthropologue Michel Peraldi brille de pertinence. D\u2019apr\u00e8s lui, il ne faut pas confondre en mati\u00e8re d\u2019argent, ce qui est moral, l\u00e9gal et p\u00e9nal. Comme dans toutes les soci\u00e9t\u00e9s, ce qui est moral est d\u00e9fini par la culture, donc a toujours un caract\u00e8re local. Ce qui est l\u00e9gal est d\u00e9fini par le droit. \u00ab Nous n\u2019avons pas tous la m\u00eame culture du droit, notamment, \u00e0 propos des in\u00e9galit\u00e9s d\u2019h\u00e9ritage et de succession \u00bb \u00e9nonce Michel Peraldi. Et d\u2019ajouter : \u00ab Ce qui est p\u00e9nal est d\u00e9fini par l\u2019Etat, et l\u00e0 encore nous n\u2019avons pas tous le m\u00eame rapport \u00e0 l\u2019Etat \u00bb. Les moralistes \u00e0 tous crins auraient donc tendance \u00e0 faire trop d\u2019amalgames<br \/><br \/><em>Bricolage financier<br \/><\/em><br \/>Dans chaque soci\u00e9t\u00e9, les r\u00e8gles du droit tracent la fronti\u00e8re entre \u00ab argent sale \u00bb et \u00ab argent propre \u00bb. Comment la d\u00e9limiter au Maroc ? Toute transgression de la loi en mati\u00e8re de production des richesses constitue une source d\u2019argent sale : actes commerciaux ill\u00e9gaux, corruption, d\u00e9tournement de biens publics, criminalit\u00e9 en tous genres. \u00ab On devrait y ajouter le fruit d\u2019activit\u00e9s l\u00e9gales mais non d\u00e9clar\u00e9es \u00bb ironise Kamel Mesbahi. La pratique du noir, notamment dans l\u2019immobilier et le foncier est le parfait exemple de ce processus. \u00ab L\u2019argent sale devient une v\u00e9ritable menace pour l\u2019\u00e9conomie de plusieurs pays et pour la stabilit\n\u00e9 de leurs institutions \u00bb indique-t-il. La raison est cart\u00e9sienne. Comme pour la monnaie, l\u2019argent sale finit par chasser l\u2019argent propre, notamment en agissant artificiellement sur la hausse des prix des facteurs de productions et la cr\u00e9ation de bulles sp\u00e9culatives sur plusieurs produits. Le professeur Driss Khrouz s\u2019inscrit dans la m\u00eame sph\u00e8re de pens\u00e9e. Directeur de la biblioth\u00e8que nationale, il pense qu\u2019au-del\u00e0 de la question l\u00e9gale, ce qui est int\u00e9ressant est la perception que les Marocains se font de l\u2019argent propre et de l\u2019argent sale et les relations qu\u2019elles entretiennent \u00e0 travers l\u2019argent de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale. Pour ce sp\u00e9cialiste, \u00ab la notion de rizk occulte l\u2019origine pour ne s\u2019int\u00e9resser qu\u2019\u00e0 l\u2019utilisation de la richesse. Les riches sont courtis\u00e9s pour leur richesse et on ne se pose pas la question de l\u2019\u00e9thique, surtout quand le riche est caritatif et entretient des r\u00e9seaux qui d\u00e9pendent de ses bonnes volont\u00e9s et de ses distributions \u00bb. La fronti\u00e8re entre argent propre et argent semble donc difficile \u00e0 tracer d\u2019une ligne claire. Les ouvrages du c\u00e9l\u00e8bre philosophe Ibn Khaldun d\u00e9finissent l\u2019argent sale comme celui de l\u2019usure, ce qui n\u2019est pas le cas de l\u2019argent gagn\u00e9 dans des commerces lointains, au prix de grands dangers. La fronti\u00e8re entre le licite et l\u2019illicite est \u00e9galement obscure. Le travail de terrain de Hsa\u00efn Llahiane, professeur \u00e0 l\u2019Iowa State University intitul\u00e9e \u00ab Quelles repr\u00e9sentations de l\u2019argent halal dans l\u2019imaginaire des Marocains ? \u00bb a eu le m\u00e9rite durant le colloque de traiter de l\u2019\u00e9pineuse relation entre argent et religion. Il bat en br\u00e8che le plan de communication des banques aux formules islamiques. Ses recherches d\u00e9montrent que la monnaie en islam est en dernier ressort un moyen d\u2019\u00e9change. La d\u00e9finition du comportement halal ne serait qu\u2019un \u00ab bricolage financier \u00bb : l\u2019argent, outre son acception \u00e9conomique et sociologique, comporte une dimension culturelle et religieuse. Il ob\u00e9it \u00e0 une distinction morale entre halal et haram. Pourtant, ce qui est permis ou proscrit par la religion d\u00e9pend beaucoup de l\u2019interpr\u00e9tation des textes religieux. Faut-il s\u2019en tenir \u00e0 la lettre ? Faut-il faire fi du contexte ? \u00ab Certaines interpr\u00e9tations litt\u00e9rales extr\u00eames vont jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9cr\u00e9ter licites tous les revenus provenant de la contrebande et de trafics divers pour peu qu\u2019on paie la \u00ab zakat \u00bb dessus et qu\u2019on pratique la \u00ab sadaka \u00bb \u00bb analyse Abdesselam Aboudrar, directeur adjoint de la CDG. Et de poursuivre : \u00ab certains vont m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 consid\u00e9rer que c\u2019est l\u2019imp\u00f4t \u00ab la\u00efc \u00bb qui est ill\u00e9gitime car non prescrit et non utilis\u00e9 dans \u00ab la voie de Dieu \u00bb. Peu leur importe les impacts nocifs de ces trafics sur la sant\u00e9 des citoyens et l\u2019\u00e9conomie du pays, et peu importe d\u2019utiliser les infrastructures et les services publics en refusant de contribuer \u00e0 leur financement ! \u00bb. Il nuance ses propos en d\u00e9clarant que dans l\u2019absolu, le message religieux bien compris ne peut permettre des interpr\u00e9tations et d\u00e9boucher sur des comportements non \u00e9thiques.<br \/><br \/><em>L\u2019autarcie des riches<br \/><\/em><br \/>Au Maroc, certaines personnes font le choix de ne pas recourir \u00e0 un cr\u00e9dit (pour des raisons religieuses) alors qu\u2019elles sont dans le besoin ou pourraient faire de bonnes affaires. D\u2019autres construisent des mosqu\u00e9es pour blanchir leur argent. N\u2019y a-t-il pas un malaise de certains Marocains vis-\u00e0-vis de l\u2019argent \u00e0 cause de la religion qui est tr\u00e8s pr\u00e9sente dans le pays ? Non ! fustige Driss Ksikes. Ce dernier pr\u00e9f\u00e8re tirer \u00e0 boulets rouges sur la banque universelle. Les concern\u00e9s n\u2019auraient pas un probl\u00e8me avec l\u2019argent (ils th\u00e9saurisent, r\u00e9investissent\u2026) mais un manque de confiance en l\u2019interm\u00e9diaire. En ce sens, l\u2019islam n\u2019est pas une religion aust\u00e8re, il encourage le gain. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une affaire de religion, mais de pr\u00e9jug\u00e9s. \u00ab La banque demeure encore tr\u00e8s loin de la soci\u00e9t\u00e9, une \u00eele \u00e0 part, peupl\u00e9e par des gens qui s\u2019enrichissent grassement sur le dos des autres \u00bb. Pour Driss Ksikes, les banques doivent faire un triple effort : se d\u00e9mocratiser, s\u2019autor\u00e9guler davantage et se mettre \u00e0 la concurrence. C\u2019est un secret de polichinelle, le syst\u00e8me marocain s\u2019auto-prot\u00e8ge par une forme d\u2019autarcie qui profite aux plus riches. Une anecdote datant de 1999 illustre admirablement un exemple de l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit de certains Marocains lorsque argent et religion sont dans le m\u00eame sac. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019Etat soumet au Parlement un projet de loi relatif aux activit\u00e9s de microcr\u00e9dit. Le PJD, nouvellement pr\u00e9sent dans l\u2019h\u00e9micycle, se retrouve confront\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re occasion de s\u2019attaquer \u00e0 ce qu\u2019il pr\u00e9sente comme une n\u00e9gation d\u2019un texte explicite de la loi coranique. Il m\u00e8ne alors sa plus grosse campagne contre cette loi, et descend dans la rue pour d\u00e9noncer le syst\u00e8me de microcr\u00e9dit, \u00e0 travers la presse, les meetings et les pr\u00eaches dans les mosqu\u00e9es. Les associations qui s\u2019adonnaient alors \u00e0 cette activit\u00e9 servaient des dizaines de milliers de clients, qui ont tous \u00e9t\u00e9 alarm\u00e9s par le risque d\u2019\u00eatre en contradiction avec un \u00e9dit religieux formel. Ils se sont adress\u00e9s aux associations pour demander des explications, et celles-ci n\u2019ont pu que leur donner les indications selon lesquelles elles n\u2019exigeaient que ce qui est n\u00e9cessaire pour garantir l\u2019offre p\u00e9renne du service de financement. Lorsque ces personnes sont revenues vers les pr\u00eacheurs pour leur dire qu\u2019elles \u00e9taient tout \u00e0 fait pr\u00eates \u00e0 cesser tout commerce qui risquerait d\u2019\u00eatre contraire \u00e0 la loi religieuse, mais qu\u2019il faudrait qu\u2019on leur offre une alternative viable, les chantres du PJD ont r\u00e9pondu qu\u2019ils ne disposaient d\u2019aucune offre autre que celle de s\u2019en remettre \u00e0 Dieu. Les 20 000 clients concern\u00e9s sont aujourd\u2019hui au nombre de 500 000, toutes couches populaires confondues, dans tous les m\u00e9tiers, milieux urbains et ruraux.<br \/><br \/><em>Corruption flagrante<br \/><\/em><br \/>Pour revenir aux formules bancaires islamiques, elles sont adopt\u00e9es par de grands groupes internationaux et ce n\u2019est certainement pas par pour faire plaisir aux musulmans\u2026 Ces groupes offrent la possibilit\u00e9 de capter des fonds et de consolider leurs encours, voire de bancariser des gens qui ne l\u2019\u00e9taient pas pour des raisons de convictions ou d\u2019\u00e9thique. Autant de flux financiers utiles pour le fonctionnement de l\u2019\u00e9conomie. Kamel Mesbahi trouve que ce qui est surprenant au Maroc, \u00ab c\u2019est que nous ayons attendu tout ce temps-l\u00e0 pour commencer \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur la question des formules bancaires islamiques \u00bb. La raison ne serait-elle pas \u00e0 chercher ailleurs ? Notamment au niveau des barri\u00e8res d\u2019entr\u00e9e du secteur financier marocain. Mais ceci est une autre histoire. Fouad Abdelmoumni n\u2019y va pas de main morte dans sa conception de ces formules bancaires qu\u2019il qualifie de \u00ab supercherie \u00bb. \u00ab D\u00e8s que nous passons \u00e0 une \u00e9chelle massive des financements et une \u00e9chelle r\u00e9duite des entreprises financ\u00e9es, la pr\u00e9tention de faire du financement de type soci\u00e9taire, avec un risque capitalistique pour le financier, ne peut tenir la route \u00bb explique l\u2019\u00e9conomiste. Les bailleurs \u00ab islamiques \u00bb utilisent donc des noms trompeurs qui ne sont que des leurres. Suite \u00e0 ces r\u00e9flexions, la vue du triste tableau des rapports entre les Marocains et l\u2019argent ferait h\u00e9risser les poils de plus d\u2019un observateur. Le Maroc est pratiquement le seul pays du monde o\u00f9 il n\u2019existe aucune fondation sp\u00e9cialis\u00e9e dans le financement des activit\u00e9s associatives. Plus grave, le bilan des recherches d\u2019Abdesselam Aboudrar met en exergue la corruption du syst\u00e8me marocain. Il parle d\u2019un syst\u00e8me de patronage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 dans lequel, \u00e0 chaque niveau, le patron entretient et retient par des faveurs des clients indispensables \u00e0 son maintien et \u00e0 son rang. Il conclut que la colonisation et l\u2019\u00e9dification d\u2019un Etat et d\u2019une bureaucratie modernes sont loin d\u2019avoir eu raison de ce syst\u00e8me qui continue \u00e0 doubler les\nrapports l\u00e9gaux et la hi\u00e9rarchie administrative en les vidant de leur contenu. Ce chercheur prouve aussi fort habilement que la langue marocaine t\u00e9moigne de la corruption qui gangr\u00e8ne le pays. Parmi les arguties d\u00e9cel\u00e9es, figure le mot \u00ab Makhzen \u00bb. Ce terme s\u00e9culaire pour d\u00e9signer le pouvoir central, a une connotation financi\u00e8re renvoyant \u00e0 un mode de \u00ab conservation \u00bb donc de pr\u00e9l\u00e8vement et de redistribution des produits de l\u2019imp\u00f4t. Path\u00e9tique constat. Comment les Marocains pourraient retrouver un rapport plus sain \u00e0 l\u2019argent ? \u00ab Par l\u2019exemple visible et concret, syst\u00e9matique et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, dans lequel la transparence, la m\u00e9ritocratie, le respect de la r\u00e8gle de droit et l\u2019\u00e9ducation sont les vecteurs majeurs et par le d\u00e9passement du sentiment d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 qui fait que les gens n\u2019ont jamais assez confiance en l\u2019avenir pour arr\u00eater leur course effr\u00e9n\u00e9e vers l\u2019accumulation \u00bb r\u00e9pond sans sourciller Fouad Abdelmoumni.<br \/>La l\u00e9gende colporte que les touristes ont souvent le souvenir d\u2019un peuple g\u00e9n\u00e9reux lorsqu\u2019ils reviennent du Maroc. L\u2019\u00e9rosion du pouvoir d\u2019achat de millions de Marocains, la pr\u00e9carit\u00e9 galopante, les conditions difficiles de la vie au quotidien font que ce \u00ab label \u00bb de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 s\u2019effrite de plus en plus. La privatisation des gains, la captation des opportunit\u00e9s d\u2019affaires et la mutualisation des pertes semblent devenir les nouvelles formes de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 \u00e0 la marocaine\u2026<br \/><br \/><span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"https:\/\/hichambennani.wordpress.com\/2008\/06\/14\/les-marocains-et-largent-2\/\">Le Journal Hebdomadaire, juin 2008<\/a><\/span><br \/><br \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fric, sou, oseille, flouze, bl\u00e9, p\u00e9p\u00e8tes, thune, p\u00e8ze, maille, galette\u2026 les qualificatifs ne manquent pas pour qualifier le pognon. Jusqu\u2019o\u00f9 vont les magouilles ? Les Marocains se mentent-ils \u00e0 eux-m\u00eames pour s\u2019enrichir en faisant fi de leurs principes ? par HICHAM BENNANI\u00ab Pour r\u00e9mun\u00e9rer le pl\u00e9biscite du vice-roi, l\u2019Etat a inject\u00e9 7 milliards de ressources [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":57533,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[31],"tags":[1398,2666,17,2667],"class_list":["post-57530","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-maroc","tag-argent","tag-fric","tag-maroc","tag-pauvre"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57530","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57530"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57530\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57530"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57530"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57530"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}