{"id":56530,"date":"2020-10-14T21:34:18","date_gmt":"2020-10-14T19:34:18","guid":{"rendered":"http:\/\/moroccomail.fr\/?p=56530"},"modified":"2020-10-14T21:34:18","modified_gmt":"2020-10-14T19:34:18","slug":"algerie-tamanrasset-terre-de-transit-ou-dexil","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/2020\/10\/14\/algerie-tamanrasset-terre-de-transit-ou-dexil\/","title":{"rendered":"Alg\u00e9rie : Tamanrasset, terre de transit ou d\u2019exil."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aux portes de l\u2019Afrique sub-saharienne, \u00e0 2 000 km de l\u2019Europe, la ville alg\u00e9rienne de Tamanrasset vit au rythme des candidats \u00e0 l\u2019\u00e9migration qui s\u2019y c\u00f4toient et partagent les m\u00eames r\u00eaves, parfois les m\u00eames d\u00e9sespoirs<br \/><br \/>C\u2019est le printemps \u00e0 Tamanrasset, ville du sud de l\u2019Alg\u00e9rie, proche du Niger et du Mali. Les touristes europ\u00e9ens quittent la ville \u00e0 l\u2019approche des chaleurs. Les camions dont descendent chaque jour des immigr\u00e9s venus de toute l\u2019Afrique sub-saharienne, eux, ne connaissent pas de saison. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tamanrasset est une porte d&#8217;entr\u00e9e pour des milliers de candidats africains \u00e0 la migration vers l\u2019Europe. &#8220;Je me sens chez moi ici \u00e0 Tam. Mes compatriotes et tous les autres Africains me font oublier l\u2019exil, explique Oulatara, un jeune ivoirien. Je pr\u00e9f\u00e8re patienter ici que d\u2019aller errer au nord de l\u2019Alg\u00e9rie o\u00f9 je risque le refoulement \u00e0 tout moment.&#8221;<br \/><br \/>Tam, comme l\u2019appellent ses habitants de passage, abrite des immigr\u00e9s africains l\u00e9gaux et ill\u00e9gaux. Les clandestins ont plus de chance de s\u2019y fondre dans la masse, mais aussi d\u2019y trouver un logement moins cher que dans les villes du nord du pays, o\u00f9 la l\u00e9gislation oblige le propri\u00e9taire \u00e0 d\u00e9clarer \u00e0 la police l\u2019identit\u00e9 des locataires. Ce n\u2019est pas le cas \u00e0 Tam o\u00f9 les &#8220;villages africains&#8221; se sont form\u00e9s et continuent \u00e0 \u00eatre rythm\u00e9s par la clandestinit\u00e9. Ce sont des ghettos o\u00f9 m\u00eame les forces de s\u00e9curit\u00e9 n\u2019osent pas p\u00e9n\u00e9trer.<br \/><br \/>Proche d\u2019une bande frontali\u00e8re de 1 550 km, la r\u00e9gion de Tamanrasset reste le passage privil\u00e9gi\u00e9 des candidats \u00e0 l\u2019exil. 2 000 \u00e0 3 000 personnes franchissent ill\u00e9galement les fronti\u00e8res sud de l\u2019Alg\u00e9rie chaque ann\u00e9e, selon la Gendarmerie nationale. Mais beaucoup d\u2019autres entrent sur le sol alg\u00e9rien munis de visas de trois mois. \u00c0 leur expiration, la plupart d\u2019entre eux n\u2019ont pas encore r\u00e9ussi \u00e0 quitter Tam. Parmi ces clandestins, les Maliens et les Nig\u00e9riens sont de loin les plus nombreux, mais il y a aussi d\u2019autres Africains et \u2013 ph\u00e9nom\u00e8ne apparu ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es \u2013 des Asiatiques (d\u2019Inde et du Bangladesh) qui tentent de s\u2019introduire par l\u00e0 en Europe.<br \/><br \/><strong>La vie en transit<br \/><\/strong><br \/>\u00c0 Guet\u00e2a El Oued, Tahaggart, Imechouane, &#8220;villages africains&#8221; \u00e9difi\u00e9s dans Tamanrasset, la cohabitation entre immigr\u00e9s n\u2019est pas id\u00e9ale. Dans ces ghettos, les rapports de force s\u2019\u00e9tablissent en fonction des nationalit\u00e9s, de l\u2019anciennet\u00e9, de l\u2019importance de la communaut\u00e9. Les Maliens et les Nig\u00e9riens ne se plaignent pas de leur vie ici. Les liens historiques, la proximit\u00e9 g\u00e9ographique de leur pays d\u2019origine et le fait qu\u2019ils soient les seuls \u00e0 disposer de consulats en Alg\u00e9rie facilitent leur vie quotidienne. L\u2019int\u00e9gration est plus difficile pour les immigr\u00e9s issus de pays anglophones. Souvent organis\u00e9s en clans, ils sont vite point\u00e9s du doigt dans des affaires li\u00e9es \u00e0 des vols et des agressions. Ces villages dans la ville sont au fil des ann\u00e9es devenus des lieux o\u00f9 tout se n\u00e9gocie : passeports, argent, travail au noir, femmes pour des travaux de m\u00e9nage ou pour la prostitution, enfants \u00e0 adopter, etc.<br \/><br \/>Aux premi\u00e8res lueurs de l\u2019aube, des centaines de clandestins se postent aux carrefours, \u00e0 la sortie de la ville. Ils guettent camions et camionnettes pour d\u00e9nicher un travail occasionnel qui leur permette de survivre. Des entrepreneurs, mais aussi des particuliers, y passent prendre de la main-d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9 et corv\u00e9able \u00e0 souhait, en raison de sa pr\u00e9carit\u00e9. Le transit par Tam peut durer des semaines, des mois voire des ann\u00e9es. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certains se r\u00e9solvent \u00e0 demander des papiers d\u2019identit\u00e9 alg\u00e9riens ou des titres de s\u00e9jour leur permettant de travailler en toute l\u00e9galit\u00e9, alors que la grande majorit\u00e9 v\u00e9g\u00e8te dans la clandestinit\u00e9 et la pr\u00e9carit\u00e9. Les ateliers de confection sont devenus le monopole des Nig\u00e9riens et des Maliens. Les autres ont le choix entre les ateliers de m\u00e9canique, de soudure ou les chantiers de construction.<br \/><br \/><strong>Refoulement, pas rapatriement<br \/><\/strong><br \/>Alhassane, la vingtaine \u00e0 peine entam\u00e9e, arrive du nord du Cameroun. Il jure qu\u2019il n\u2019y retournera pas, m\u00eame si on le refoule cent fois : &#8220;Tout le village a cotis\u00e9 pour me payer le voyage. Ils attendent que je m\u2019\u00e9tablisse en Europe et que je commence \u00e0 leur envoyer de l\u2019argent. Je pr\u00e9f\u00e8re mourir qu\u2019y retourner les mains vides.&#8221;<br \/><br \/>En Alg\u00e9rie, les refoulements sont fr\u00e9quents tout autant que les possibilit\u00e9s de retraverser la fronti\u00e8re dans l&#8217;autre sens. En 2005, les services de la gendarmerie locale ont eu \u00e0 traiter 1 603 affaires li\u00e9es \u00e0 l\u2019immigration clandestine, impliquant 2 229 personnes sans compter celles qui passent \u00e0 travers les mailles du filet et continuent leur travers\u00e9e du d\u00e9sert pour gagner le Nord. La tendance n\u2019a pas fl\u00e9chi en 2006. La majorit\u00e9 des gens interpell\u00e9s sont refoul\u00e9s \u00e0 la fronti\u00e8re, mais pas rapatri\u00e9s. Les op\u00e9rations de refoulement sont co\u00fbteuses et support\u00e9es pour le moment par le Tr\u00e9sor public alg\u00e9rien.<br \/><br \/>L\u2019Union europ\u00e9enne avait pourtant promis, \u00e0 Oran, l\u2019an dernier, d\u2019aider les pays nord-africains dans la lutte contre l\u2019immigration clandestine. Mais les fonds tardent \u00e0 \u00eatre d\u00e9bloqu\u00e9s. En raison des co\u00fbts, le choix de la destination du refoul\u00e9 s\u2019impose : 398 km s\u00e9parent Tamanrasset du poste d\u2019Ain-Guezzam (frontalier avec le Niger) et 508 km de celui de Tin-Zaouatine (avec le Mali). Selon la pr\u00e9pond\u00e9rance des Maliens ou des Nig\u00e9riens dans le lot des personnes, les clandestins seront refoul\u00e9s \u00e0 l\u2019un ou l\u2019autre endroit. \u00c0 contresens de leur r\u00eave\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Source : <span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"http:\/\/saidbouamama.canalblog.com\/archives\/2006\/05\/02\/1802215.html\">Blog de Said Bouamama<\/a><\/span>, 2006<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tags : Alg\u00e9rie, Tamanrasset, Migration, subsahariens,<br \/><br \/><br \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aux portes de l\u2019Afrique sub-saharienne, \u00e0 2 000 km de l\u2019Europe, la ville alg\u00e9rienne de Tamanrasset vit au rythme des candidats \u00e0 l\u2019\u00e9migration qui s\u2019y c\u00f4toient et partagent les m\u00eames r\u00eaves, parfois les m\u00eames d\u00e9sespoirs C\u2019est le printemps \u00e0 Tamanrasset, ville du sud de l\u2019Alg\u00e9rie, proche du Niger et du Mali. 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