{"id":51643,"date":"2020-10-12T07:59:15","date_gmt":"2020-10-12T05:59:15","guid":{"rendered":"http:\/\/moroccomail.fr\/?p=51643"},"modified":"2020-10-12T07:59:15","modified_gmt":"2020-10-12T05:59:15","slug":"dossier-le-maroc-et-le-mossad","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/2020\/10\/12\/dossier-le-maroc-et-le-mossad\/","title":{"rendered":"Dossier: Le Maroc et le Mossad"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><p style=\"text-align: justify;\"><em>Par In\u00e8s Bel Aiba (\u00e0 PARIS) Youn\u00e8s Alami, Ali Amar &amp; Aboubakr Jama\u00ef (Journal)<\/em><br \/><br \/>D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 60, le Maroc et les services secrets isra\u00e9liens ont tiss\u00e9 des liens. Ils d\u00e9but\u00e8rent avec la question de l&#8217;exode des juifs marocains vers Isra\u00ebl pour s&#8217;\u00e9tendre \u00e0 une coop\u00e9ration plus \u00e9troite.<br \/><br \/>L\u00b4histoire des relations entre l&#8217;un des services secrets les plus embl\u00e9matiques du monde, le Mossad isra\u00e9lien, et le royaume ch\u00e9rifien remonte aux premi\u00e8res ann\u00e9es de l&#8217;ind\u00e9pendance du Maroc. A l&#8217;\u00e9poque, Isra\u00ebl, polygone territorial fa\u00e7onn\u00e9 par les grandes puissances au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, recherche \u00e0 tout prix des moyens de survivance dans un environnement arabe en \u00e9bullition et forc\u00e9ment hostile. L&#8217;Etat h\u00e9breu est conscient que son avenir d\u00e9pend avant tout de sa d\u00e9mographie et de sa capacit\u00e9 \u00e0 entretenir des relations strat\u00e9giques avec nombre de jeunes nations encore non-align\u00e9es. Le Maroc correspond aux desseins des sionistes.<br \/><br \/>Selon Agn\u00e8s Bensimon, auteur du c\u00e9l\u00e8bre \u00ab Hassan II et les Juifs \u00bb, c&#8217;est parce que les services secrets isra\u00e9liens ont fourni des renseignements tr\u00e8s pr\u00e9cis quant \u00e0 un complot visant \u00e0 tuer le prince h\u00e9ritier en f\u00e9vrier 1960 que les relations entre le Maroc et Isra\u00ebl ont d\u00e9but\u00e9. L&#8217;historien Yigal Bin-Nun d\u00e9ment une telle version des faits. Pour lui, c&#8217;est en 1963 que la coop\u00e9ration officielle entre les deux pays a commenc\u00e9.<br \/><br \/><strong>Quel int\u00e9r\u00eat pour Hassan II ?<\/strong><br \/><br \/>Les Isra\u00e9liens avaient contact\u00e9 Emile Benhamou, un ami d&#8217;enfance de Mohamed Oufkir, afin qu&#8217;il les fasse entrer en contact avec le chef des services de s\u00e9curit\u00e9 marocains. Apr\u00e8s plusieurs tentatives, la rencontre est finalement arrang\u00e9e en f\u00e9vrier 1963 chez Benhamou lui-m\u00eame, rue Victor Hugo \u00e0 Paris, entre l&#8217;agent Yaakov Karoz et Oufkir. Les Marocains craignent qu&#8217;un membre de l&#8217;opposition ne se fasse passer pour un repr\u00e9sentant du Palais pour acheter des armes. Le Mossad confirmera plus tard qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;une fausse alerte. Les relations entre le Maroc et Isra\u00ebl deviennent d\u00e8s lors officielles.<br \/><br \/>Hassan II craignait que son tr\u00f4ne ne soit menac\u00e9 par le panarabisme. Il faisait mine de sympathiser avec la vague nass\u00e9rienne qui submergeait le monde arabe ; en r\u00e9alit\u00e9, il le faisait pour ne pas se laisser distancer par l&#8217;opposition.<br \/><br \/>Selon Yigal Bin-Nun, le Roi a peut-\u00eatre voulu se rapprocher d&#8217;Isra\u00ebl parce qu&#8217;il \u00e9tait attir\u00e9 par ce qu&#8217;on appelait alors le \u00ab miracle isra\u00e9lien \u00bb.<br \/><br \/>Beaucoup \u00e9taient fascin\u00e9s par la capacit\u00e9 qu&#8217;avait eu ce jeune Etat \u00e0 \u00ab fleurir le d\u00e9sert \u00bb, selon l&#8217;expression consacr\u00e9e. L&#8217;inexistence des relations isra\u00e9lo-arabes \u00e9tait propice \u00e0 un rapprochement entre le Palais et les dirigeants isra\u00e9liens, d&#8217;autant plus que Ben Gourion avait d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;opter pour la politique dite des Etats p\u00e9riph\u00e9riques : il fallait d\u00e9velopper une ceinture d&#8217;Etats lointains mais conciliants.<br \/><br \/>L&#8217;intrusion du Mossad au Maroc s&#8217;est faite par des voyages clandestins de nombreux agents du Mossad et de leur chef Isser Harel, entre 1958 et 1960. Le premier eut lieu le 1er septembre 1958. Si les autorit\u00e9s marocaines eurent vent de sa visite, elles n&#8217;en laiss\u00e8rent rien para\u00eetre, pr\u00e9parant ainsi le terrain \u00e0 &#8220;l&#8217;accord de compromis&#8221; conclu entre le Palais et Isra\u00ebl favorisant l&#8217;exode des Juifs marocains. Plus tard, les officiers Oufkir, Dlimi et bien d&#8217;autres se rendirent clandestinement en Isra\u00ebl et des politiques et militaires isra\u00e9liens firent durant de longues ann\u00e9es le chemin inverse.<br \/><br \/><strong>Des liens ambivalents<\/strong><br \/><br \/>Les archives nationales d&#8217;Isra\u00ebl regorgent de documents historiques qui retracent ces liens. Les Marocains auraient souvent demand\u00e9 aux Isra\u00e9liens de les renseigner sur les Etats arabes favorables \u00e0 un renversement de la monarchie alaouite. Isra\u00ebl aurait aussi soutenu le Maroc dans sa &#8220;Guerre des Sables&#8221; avec l&#8217;Alg\u00e9rie en livrant des blind\u00e9s .<br \/><br \/>Des officiers de Tsahal et du Mossad ont form\u00e9 et encadr\u00e9 la jeune arm\u00e9e royale et les services de s\u00e9curit\u00e9 dont le c\u00e9l\u00e8bre Cab-1, l&#8217;embryon de la DST.<br \/><br \/>En retour, et malgr\u00e9 l&#8217;envoi de troupes au Golan jug\u00e9 &#8220;anecdotique&#8221;, le Maroc n&#8217;a eu de cesse de normaliser l&#8217;existence de l&#8217;Etat h\u00e9breu aupr\u00e8s du monde arabe, en jouant par exemple un r\u00f4le capital dans l&#8217;accord de paix avec l&#8217;Egypte qui co\u00fbta la vie \u00e0 Anouar Sadate ou encore d&#8217;ouvrir \u00e0 Rabat et \u00e0 Tel-Aviv des antennes diplomatiques. Plus r\u00e9cemment, Isra\u00ebl aurait continu\u00e9 \u00e0 aider &#8220;technologiquement&#8221; le Maroc au Sahara, notamment dans la s\u00e9curisation du Sud par la construction du Mur de d\u00e9fense, ceinture modernis\u00e9e de la fameuse ligne Barleev exp\u00e9riment\u00e9e dans le Sina\u00ef ou diplomatiquement via le lobby pro-isra\u00e9lien aux Etats-Unis.<br \/><br \/><strong>Hassan II, Descartes et l&#8217;Etat h\u00e9breu<\/strong><br \/><br \/>La longue et tumultueuse histoire des relations entre Isra\u00ebl et le Maroc est marqu\u00e9e par une \u00e9migration progressive des Juifs marocains vers la \u00ab Terre promise \u00bb. Une \u00e9migration tol\u00e9r\u00e9e \u00e0 la veille de la cr\u00e9ation de l&#8217;Etat d&#8217;Isra\u00ebl dans les ann\u00e9es 48-49, clandestine \u00e0 l&#8217;or\u00e9e de l&#8217;ind\u00e9pendance marocaine et monnay\u00e9e \u00e0 partir de 1961 par le gouvernement marocain n\u00e9o-ind\u00e9pendant. Un processus ayant pour corollaire les circonvolutions inh\u00e9rentes \u00e0 la politique interne marocaine et \u00e0 l&#8217;analyse du ph\u00e9nom\u00e8ne par un homme, le d\u00e9funt Roi Hassan II.<br \/><br \/>De 1956 \u00e0 1961, le gouvernement marocain est dans une logique de durcissement quant \u00e0 la libert\u00e9 de circulation de ses ressortissants isra\u00e9lites. Des mesures restrictives accompagn\u00e9es de brimades administratives (fin des relations postales entre les Etats) inqui\u00e8tent fortement les gouvernements isra\u00e9liens \u00e0 cette p\u00e9riode. Si les exactions commises \u00e0 l&#8217;encontre de la minorit\u00e9 juive sont rares, Isra\u00ebl est dans une logique de peuplement de ses territoires, une logique dans laquelle la communaut\u00e9 marocaine constitue un r\u00e9servoir important.<br \/><br \/>C&#8217;est dans ce climat tendu que le prince Moulay Hassan, Premier ministre de fait, accomplit une visite au Caire, o\u00f9 il y rencontre le ra\u00efs Gamel Abdel Nasser qui lui promet soutien et collaboration, un rapprochement qui agace fortement l&#8217;Etat h\u00e9breu. Imaginer des solutions pour exfiltrer les ressortissants juifs devient d\u00e8s lors une priorit\u00e9 pour Isra\u00ebl, mais la voie diplomatique devait \u00eatre maintenue co\u00fbte que co\u00fbte.<br \/><br \/>C&#8217;est dans ce cadre que l&#8217;\u00e9diteur fran\u00e7ais Ren\u00e9 Julliard organisa le 2 d\u00e9cembre 1959 une rencontre entre le consul d&#8217;Isra\u00ebl \u00e0 Paris, Mordekhay Shneurson, et l&#8217;ambassadeur marocain Abdellatif Benjelloun.<br \/><br \/>Une discussion tendue s&#8217;engagea entre les deux hommes et le consul isra\u00e9lien, dans une lettre adress\u00e9e au directeur de cabinet de la ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, conclut de la mani\u00e8re suivante : \u00ab Cet entretien prouve qu&#8217;il n&#8217;y a aucun b\u00e9n\u00e9fice dans nos tractations actuelles avec les Marocains. Tous nos efforts n&#8217;aboutissent \u00e0 rien, il ne reste que l&#8217;action \u00bb.<br \/><br \/>La solution politique s&#8217;\u00e9loignait, elle sera raviv\u00e9e quatre mois plus tard par un canal inattendu. L&#8217;opposant marocain Mehdi Ben Barka prendra attache avec les Isra\u00e9liens dans un contexte politique national extr\u00eamement tendu. En mars 1960, Ben Barka assurera les Isra\u00e9liens de sa d\u00e9fiance envers le r\u00e9gime de Nasser et de son admiration pour le mod\u00e8le socialiste isra\u00e9lien.<br \/><br \/>Il demandera un soutien moral et financier dans sa lutte contre le r\u00e9gime de Hassan II. D\u00e8s lors, les officiels isra\u00e9liens demeureront quatre mois durant dans une logique dubitative. Fallait-il maintenir le contact avec un gouvernement marocain ferm\u00e9 aux discussions ou envisager une solution alternative mais plus risqu\u00e9e avec l&#8217;opposition au r\u00e9gime ? La r\u00e9ponse viendra du prince Moulay Hassan qui jeta les ponts \u00e0 une ouverture progressive des fronti\u00e8res pour les ressortissants juifs marocains.<br \/><br \/>Moulay Hassan exigea la discr\u00e9tion absolue sur le sujet et rencontra \u00e0 Rabat l&#8217;envoy\u00e9 officieux du gouvernement isra\u00e9lien, le repr\u00e9sentant du C\nongr\u00e8s juif mondial Alexandre Easterman. Le prince eut alors l&#8217;analyse suivante, une analyse \u00e0 deux niveaux qui permettra d&#8217;amorcer les modalit\u00e9s d\u00e9finitives d&#8217;un accord entre les deux parties.<br \/><br \/>D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, il craignait que si les portes de l&#8217;\u00e9migration s&#8217;ouvraient, les Juifs ne quitteraient en masse le pays et par cons\u00e9quent un grave probl\u00e8me \u00e9conomique se d\u00e9clenche. M\u00eame si un petit nombre seulement de Juifs quittait le Maroc, ils seraient rapidement imit\u00e9s par d&#8217;autres, ce qui risquait de provoquer \u00ab une force gr\u00e9gaire \u00bb.<br \/><br \/>Mais le futur Roi contrebalan\u00e7a cet argument par une analyse pragmatique sur l&#8217;avenir de la communaut\u00e9 juive au Maroc : \u00ab soyons r\u00e9alistes, l&#8217;exp\u00e9rience nous a appris que dans le processus de d\u00e9veloppement de pays venant d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 l&#8217;ind\u00e9pendance, la classe d\u00e9favoris\u00e9e de la population, d\u00e9senchant\u00e9e par les difficult\u00e9s, s&#8217;attaque d&#8217;abord aux \u00e9trangers, ensuite elle s&#8217;en prend aux minorit\u00e9s religieuses&#8221;(1). Avec cet argument, Moulay Hassan rejoignait les th\u00e8ses alarmistes du Mossad sur la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e0 long terme de la communaut\u00e9.<br \/><br \/>D\u00e8s lors un accord d\u00e9dommageant le pays de la perte d&#8217;une partie de ses forces vives, d&#8217;une \u00e9lite productive mais qui aurait du mal \u00e0 s&#8217;int\u00e9grer dans le Maroc ind\u00e9pendant, pouvait s\u00e9rieusement \u00eatre envisag\u00e9. Cette attitude permit au futur Roi de s&#8217;installer de mani\u00e8re p\u00e9renne dans un sillage moderniste.<br \/><br \/>Analysant la position paternaliste de son p\u00e8re le roi Mohammed V \u00e0 Easterman, le prince d\u00e9crivit \u00e0 froid son futur positionnement quant \u00e0 la question isra\u00e9lienne : \u00ab Il ne pense pas comme vous et moi.<br \/><br \/>Nous sommes des Occidentaux et lui, contrairement \u00e0 nous, n&#8217;examine pas la question d&#8217;une mani\u00e8re cart\u00e9sienne&#8221;. Une position confortable pour les deux parties. Pour Isra\u00ebl, elle permettait d&#8217;asseoir les relations avec un pays arabe \u00e9loign\u00e9 du Proche-Orient et qui pourrait faire office d&#8217;interm\u00e9diation en cas de conflit (il en sera ainsi de m\u00eame avec la Turquie et la Jordanie).<br \/><br \/>Ben Barka \u00e9tait dans la m\u00eame logique mais l&#8217;\u00e9viction quelques mois plus tard du gouvernement socialiste d&#8217;Abdallah Ibrahim et l&#8217;arriv\u00e9e officiellement aux affaires du prince comme Premier ministre sonneront le glas d&#8217;une option qui avait tr\u00e8s peu de chances d&#8217;aboutir.<br \/><br \/><strong>Ben Barka et Isra\u00ebl<\/strong><br \/><br \/>\u00ab Je sais qui a tu\u00e9 Ben Barka, je sais pourquoi et je sais o\u00f9 son corps se trouve aujourd&#8217;hui \u00bb. Yigal Bin-Nun dit ce qu&#8217;il veut bien dire de \u00ab l&#8217;affaire Ben Barka \u00bb. L&#8217;historien pr\u00e9pare un livre sur l&#8217;ic\u00f4ne de la gauche marocaine et dit ne pas souhaiter voir ses r\u00e9v\u00e9lations faire la Une des journaux sans v\u00e9ritable appareil argumentatif. Tout ce que l&#8217;on saura, c&#8217;est que Mehdi Ben Barka a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par erreur et que son corps repose quelque part en France. Que la fameuse histoire de la cuve est fausse et que le livre de Boukhari est un tissu de boniments.<br \/><br \/>Qu&#8217;il n&#8217;y a rien sous la mosqu\u00e9e de Courcouronnes. Que Mohamed Oufkir n&#8217;a probablement rien \u00e0 voir avec l&#8217;enl\u00e8vement et l&#8217;assassinat et que le seul nom r\u00e9current est celui de Dlimi. Que tout a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 par Miloud Ettounsi, alias \u00ab Chtouki \u00bb\u2026<br \/><br \/>Bien plus que \u00ab saheb lihoud \u00bb<br \/><br \/>Mais ce n&#8217;est pas tout. Yigal Bin-Nun veut bien donner quelques d\u00e9tails sur un autre sujet explosif : les relations de Mehdi Ben Barka avec Isra\u00ebl et le Mossad. Il affirme que Ben Barka \u00e9tait bien plus que \u00ab Saheb Lihoud \u00bb ; il aurait eu des contacts presque quotidiens avec le Mossad, notamment avec le num\u00e9ro 2, Yaakov Karoz. Des relations idylliques qui commenc\u00e8rent \u00e0 se ternir lorsque Ben Barka parla ouvertement de prendre le pouvoir au Maroc et demanda non seulement de l&#8217;argent, mais aussi des armes \u00e0 Isra\u00ebl. De l\u00e0 date la rupture suppos\u00e9e entre le Mossad et lui, qui explique les propos v\u00e9h\u00e9ments contre la pr\u00e9sence d&#8217;Isra\u00ebl dans les pays d&#8217;Afrique et d&#8217;Asie lors d&#8217;un discours qu&#8217;il a tenu au Caire en 1963. Mehdi Ben Barka, tel que le d\u00e9crit Yigal Bin-Nun, \u00e9tait \u00e9galement attir\u00e9 par le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement isra\u00e9lien.<br \/><br \/>Il aurait demand\u00e9 \u00e0 ses interlocuteurs du Mossad des livres pour apprendre l&#8217;h\u00e9breu ainsi que des manuels concernant le d\u00e9veloppement rural et agricole en Isra\u00ebl afin de s&#8217;en inspirer au Maroc.<br \/><br \/>Le chercheur isra\u00e9lien s&#8217;est bas\u00e9 sur des t\u00e9moignages d&#8217;acteurs de l&#8217;\u00e9poque toujours en vie, mais aussi et surtout sur les archives d\u00e9classifi\u00e9es de l&#8217;Etat h\u00e9breu.<br \/><br \/>La relation de Mehdi Ben Barka avec Isra\u00ebl, daterait de mars 1960. Deux documents des comptes rendus class\u00e9s aux archives nationales du minist\u00e8re isra\u00e9lien des Affaires \u00e9trang\u00e8res Isra\u00e9lien, dont l&#8217;auteur est Andr\u00e9 Chouraqui, dirigeant de l&#8217;Agence juive, rapportent le contenu des rencontres entre ce m\u00eame Andr\u00e9 Chouraqui et Mehdi Ben Barka \u00e0 Paris en Mars 1960. Le contexte politique marocain est pour le moins tendu.<br \/>Le gouvernement Abdallah Ibrahim et Mehdi Ben Barka sont en conflit ouvert avec le prince h\u00e9ritier Moulay Hassan. Dans l&#8217;un des comptes rendus, Chouraqui \u00e9crit : \u00ab Au cours de son voyage en Orient, le sultan a mis Ibrahim \u00e0 l&#8217;\u00e9cart des conversations avec Nasser et les autres souverains du Proche-Orient \u00bb.<br \/><br \/>Le Sultan est revenu transform\u00e9 au moins sur ce point. Il sait qu&#8217;on peut gouverner un Etat seul et \u00ab au besoin \u00bb en mettant en prison des milliers de personnes. Ibrahim, par contre, a vu que la politique arabe dont il \u00e9tait l&#8217;instigateur n&#8217;est plus payante et qu&#8217;elle se retourne actuellement contre lui ; d&#8217;o\u00f9, pour lui et ses amis, la n\u00e9cessit\u00e9 de trouver de nouvelles alliance. Il les cherche alors du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;Occident, des juifs et des forces de gauche.<br \/><br \/>\u00ab Selon ce document, Mehdi Ben Barka affirmait \u00e0 ses interlocuteurs que le gouvernement Ibrahim avait pris position pour le g\u00e9n\u00e9ral Kassem, pr\u00e9sident de l&#8217;Irak dans le conflit qui l&#8217;opposait \u00e0 Gamal Abdenasser au sein de la Ligue Arabe. Mehdi Ben Barka aurait dit lors de ces rencontres que le mouvement qu&#8217;il repr\u00e9sentait avait fait le choix de la d\u00e9mocratie que pouvait repr\u00e9senter le g\u00e9n\u00e9ral Kassem et les pays africains qui se d\u00e9mocratisaient, plut\u00f4t que de suivre le mod\u00e8le nass\u00e9rien anti-d\u00e9mocratique.<br \/><br \/><strong>Rencontres soutenues<\/strong><br \/><br \/>D&#8217;apr\u00e8s le document, Ben Barka aurait propos\u00e9 une solution pratique \u00e0 un probl\u00e8me qui embarrasse Isra\u00ebl et la communaut\u00e9 juive marocaine : la rupture des rapports postaux entre Isra\u00ebl et le Maroc. R\u00e9sultat de l&#8217;adh\u00e9sion du Maroc \u00e0 la Ligue Arabe, cette rupture avait suscit\u00e9 la mobilisation des organisations juives. Un intense travail de lobbying avait \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9.<br \/><br \/>Pourquoi le leader du progressisme marocain fait-il autant d&#8217;efforts vis-\u00e0-vis des lobbies pro-isra\u00e9lien et d&#8217;Isra\u00ebl lui-m\u00eame ? Dans ce fameux document, Andr\u00e9 Chouraqui \u00e9crit : \u00ab La deuxi\u00e8me chose qui r\u00e9sulte de ce premier entretien avec Ben Barka est que celui-ci a, avec empressement, accept\u00e9 l&#8217;invitation de visiter Isra\u00ebl. Si cela se r\u00e9alise, cela aura des cons\u00e9quences lointaines non n\u00e9gligeables.<br \/><br \/>Ben Barka, en s&#8217;ouvrant \u00e0 nous, attend de nous un appui moral aupr\u00e8s des Juifs marocains et, tr\u00e8s probablement aussi, un appui mat\u00e9riel s&#8217;il entre en guerre ouverte contre la monarchie. Il aura besoin d&#8217;argent et d&#8217;armes. Il m&#8217;a laiss\u00e9 entendre cela d&#8217;une mani\u00e8re assez claire \u00bb. Selon les archives isra\u00e9liennes, Andr\u00e9 Chouraqui organisera, le 26 mars 1960 \u00e0 Paris, une rencontre entre Mehdi Ben Barka et Yacoov Karoz , num\u00e9ro deux du Mossad.<br \/><br \/>Yigal Bin-Nun produit \u00e0 l&#8217;appui de sa th\u00e8se un autre document d&#8217;archives provenant du Congr\u00e8s mondial Juif (CMJ). Il s&#8217;agit l\u00e0 aussi d&#8217;un compte rendu d&#8217;une rencontre entre Mehdi Ben Barka et Alexandre Easterman du CJM, \u00e0 Paris le mardi 5 avril 1960.<br \/>Selon ce document, c&#8217;est \u00e0 la demande du leader marocain que la rencontre eut lieu. Easterman y rapporte l&#8217;argumentaire d\u00e9ploy\u00e9 par Ben Barka pour s&#8217;assurer l&#8217;aide du CJM dans son combat contre le pouvoir r\u00e9actionnaire repr\u00e9sent\u00e9 par la monarchie marocaine.<br \/><br \/>Ben Barka aurait \u00e9voqu\u00e9 une fois encore, l&#8217;opposition de son mouv\nement \u00e0 la politique anti-d\u00e9mocratique de Nasser, et le soutien dont il jouit aupr\u00e8s de nombreux pays africains.<br \/><br \/>Alexandre Easterman \u00e9crit avoir questionn\u00e9 Ben Barka sur la rupture des rapports postaux entre le Maroc et Isra\u00ebl, le refus de permettre de d\u00e9livrer des passeports aux Juifs marocains pour leur permettre d&#8217;\u00e9migrer en Isra\u00ebl et le refus d&#8217;Abdallah Ibrahim de le recevoir quand il s&#8217;\u00e9tait rendu au Maroc.<br \/><br \/>Ben Barka aurait \u00e9voqu\u00e9 l\u00e0 aussi les forces r\u00e9actionnaires qui rendent toute politique d&#8217;ouverture impossible vis-\u00e0-vis d&#8217;Isra\u00ebl. Il aurait promis \u00e0 son interlocuteur qu&#8217;il s&#8217;arrangerait pour que Abdallah Ibrahim le rencontre lors de sa prochaine visite au Maroc.<br \/><br \/>Selon ce compte rendu, Mehdi Ben Barka a r\u00e9it\u00e9r\u00e9 sa demande d&#8217;assistance. \u00ab Il (Mehdi Ben Barka) esp\u00e9rait que le CJM allait se joindre aux autres \u00e9l\u00e9ments lib\u00e9raux pour soutenir son groupe par tous les moyens, et que c&#8217;\u00e9tait dans l&#8217;int\u00e9r\u00eat des Juifs que le Congr\u00e8s devait le faire.<br \/><br \/>Je lui ai demand\u00e9 ce qu&#8217;il entendait par soutien, et il a r\u00e9pondu : &#8221;Soutien moral et mat\u00e9riel&#8221;. Il n&#8217;a pas pr\u00e9cis\u00e9 ce qu&#8217;il entendait par l\u00e0 et je ne lui ai pas demand\u00e9 \u00bb, rapporte Easterman dans ce document. En conclusion, le dirigeant \u00e9crit tr\u00e8s cyniquement : \u00ab J&#8217;ai appris \u00e0 Paris que Ben Barka avait rencontr\u00e9 nombre de personnes et de d\u00e9l\u00e9gations juives durant ces derni\u00e8res semaines. Il appara\u00eet donc qu&#8217;il ne m&#8217;a pas accord\u00e9 un privil\u00e8ge sp\u00e9cial en me rencontrant si ce n&#8217;est le fait de s&#8217;\u00eatre d\u00e9plac\u00e9 chez moi plut\u00f4t que le contraire. \u00bb Et d&#8217;ajouter : \u00ab La nouvelle, et sans pr\u00e9c\u00e9dente sollicitude de Ben Barka \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des Juifs, montre indubitablement sa volont\u00e9 de nous rassurer, \u00e0 la lumi\u00e8re de ce qui s&#8217;est r\u00e9cemment pass\u00e9 au Maroc.<br \/><br \/>Ses promesses de tout arranger signale son souhait d&#8217;obtenir un soutien juif, quel que soit le sens qu&#8217;il donne au mot soutien. D&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9, tout ceci sugg\u00e8re que sa position est bien plus faible qu&#8217;il ne veut nous le laisser croire. \u00bb<br \/><br \/><strong>&#8220;Hoche&#8221;, l&#8217;agent du r\u00e9seau de la Misgeret<\/strong><br \/><br \/>\u00ab Faire partir les gens \u00bb. C&#8217;est avec sobri\u00e9t\u00e9 qu&#8217;il d\u00e9crit l&#8217;\u00e9migration clandestine des juifs du Maroc vers Isra\u00ebl. Il ne semble pas prendre la mesure de ce qui s&#8217;est pass\u00e9, ni en \u00e9valuer l&#8217;importance. Il souhaite pourtant garder l&#8217;anonymat : une peur, ou plut\u00f4t une prudence h\u00e9rit\u00e9es des ann\u00e9es o\u00f9 il a travaill\u00e9 comme agent actif de la branche du Mossad qui s&#8217;occupait de \u00ab l&#8217;\u00e9vacuation \u00bb. Il accepte qu&#8217;on l&#8217;appelle \u00ab Hoche \u00bb, l&#8217;un des nombreux noms de code qu&#8217;il a d\u00fb porter \u00e0 cette \u00e9poque.<br \/><br \/>Hoche est n\u00e9 \u00e0 F\u00e8s en 1932. Fils d&#8217;un militaire fran\u00e7ais (\u00ab nous, on n&#8217;est pas des Fran\u00e7ais du d\u00e9cret Cr\u00e9mieux \u00bb) et d&#8217;une m\u00e8re marocaine, il fait son service militaire pour \u00ab voir du pays \u00bb. De retour au Maroc apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9 par l&#8217;Indochine, l&#8217;Egypte et le Liban, il est recrut\u00e9, par l&#8217;interm\u00e9diaire de l&#8217;un de ses amis, pour faire partie du Mossad et aider \u00e0 \u00e9vacuer les juifs du Maroc vers Isra\u00ebl. \u00ab Je devais garder le secret absolu.<br \/><br \/>On devait jurer sur la Torah qu&#8217;on ne d\u00e9voilerait rien de nos activit\u00e9s ; c&#8217;\u00e9tait un v\u00e9ritable rituel, une c\u00e9r\u00e9monie o\u00f9 l&#8217;on ne voyait pas le colonel de l&#8217;arm\u00e9e isra\u00e9lienne qui supervisait tout \u00e7a \u00bb. En 1955, il est envoy\u00e9 un mois et demi en Isra\u00ebl pour participer \u00e0 un stage de formation collectif. \u00ab On nous a mis dans des camps isol\u00e9s et clandestins, dont personne ne connaissait l&#8217;existence. On nous apprenait \u00e0 nous battre et \u00e0 nous d\u00e9fendre, \u00e0 mener les op\u00e9rations sans jamais nous faire rep\u00e9rer par la police. Nous \u00e9tions une cinquantaine en tout et nous ne devions pas nous parler, ni conna\u00eetre nos vrais noms \u00bb.<br \/><br \/>Il se souvient que Mosh\u00e9 Dayan et Isser Harel sont venus les voir pour leur parler et les encourager. De retour au Maroc, il est affect\u00e9 \u00e0 \u00ab l&#8217;Etat-major \u00bb, \u00e0 Casablanca, dont les r\u00e9unions se d\u00e9roulent dans un appartement de l&#8217;immeuble Libert\u00e9.<br \/><br \/>C&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;il re\u00e7oit les premiers ordres : superviser les op\u00e9rations d&#8217;\u00e9vacuation toutes les deux semaines environ, sans intervenir lui-m\u00eame, sauf en cas de probl\u00e8me. \u00ab Nous arrivions la nuit sur une plage isol\u00e9e. Nous attendions que le bateau nous envoie des signaux lumineux pour lui renvoyer un message cod\u00e9. Les gens qui voulaient partir venaient de partout, de Marrakech, d&#8217;Essaouira. On en a fait des choses\u2026 \u00bb.<br \/><br \/>Mais l&#8217;\u00e9v\u00e9nement dont il est le plus fier s&#8217;est d\u00e9roul\u00e9 une nuit o\u00f9 il a utilis\u00e9 sa voiture personnelle et a refus\u00e9 de la faire entrer trop avant vers la plage, de crainte que quelqu&#8217;un ne note le num\u00e9ro de sa plaque d&#8217;immatriculation et ne d\u00e9couvre son identit\u00e9. Cette nuit-l\u00e0, le reste des voitures des agents du Mossad a \u00e9t\u00e9 encercl\u00e9 par des Marocains -\u00ab les Arabes \u00bb, comme les appelle Hoche-qui avaient observ\u00e9 le va-et-vient des bateaux et des v\u00e9hicules et qui pensaient qu&#8217;il s&#8217;agissait de contrebandiers. Ils avaient donc bloqu\u00e9 la sortie en l&#8217;obstruant \u00e0 l&#8217;aide de gros rochers.<br \/><br \/>Il se trouve que cette nuit est celle qu&#8217;a choisie Isser Harel, le chef du Mossad en Isra\u00ebl, pour voir comment se passait l&#8217;\u00e9migration clandestine au Maroc. Sans la voiture de Hoche \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur, Harel \u00e9tait d\u00e9couvert. Hoche et le chef du Mossad se sont donc faufil\u00e9s jusqu&#8217;au v\u00e9hicule et ont r\u00e9ussi \u00e0 se diriger vers l&#8217;a\u00e9roport o\u00f9 Harel est parti pour la France, puis pour Isra\u00ebl.<br \/><br \/>Mais apr\u00e8s le d\u00e9mant\u00e8lement du r\u00e9seau de la Misgeret, Hoche d\u00e9cide de s&#8217;installer en Isra\u00ebl apr\u00e8s un s\u00e9jour de quelques mois en France. Il effectue un stage au minist\u00e8re de la D\u00e9fense isra\u00e9lien pendant deux ans mais est tr\u00e8s vite confront\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 isra\u00e9lienne de l&#8217;\u00e9poque : \u00ab J&#8217;\u00e9tais suivi par une Polonaise, alors, moi \u00e9videmment, qui venais du Maroc\u2026 Aujourd&#8217;hui, il para\u00eet que \u00e7a a chang\u00e9. Mais je peux vous dire que pour les juifs d&#8217;Afrique du Nord, ce n&#8217;\u00e9tait pas facile. Un jour, on m&#8217;a m\u00eame dit \u00ab Ici, on n&#8217;aime pas les Noirs \u00bb. C&#8217;est comme \u00e7a qu&#8217;ils appelaient les s\u00e9pharades \u00bb.<br \/><br \/>Hoche perd l&#8217;illusions d&#8217;une vie paisible en Isra\u00ebl et s&#8217;installe en France. Aujourd&#8217;hui, il nie avoir agi pour l&#8217;unique int\u00e9r\u00eat d&#8217;Isra\u00ebl : \u00ab On m&#8217;accuse d&#8217;avoir fait tout cela contre le Maroc ; mais \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, on croyait vraiment qu&#8217;il \u00e9tait urgent de faire partir les gens parce qu&#8217;on craignait un danger futur \u00bb.<br \/><br \/>(1) rapport d&#8217;Alexandre Easterman. Archives sionistes centrales J\u00e9rusalem Z6\/1763<\/p> <p style=\"text-align: justify;\"><br \/>Par In\u00e8s Bel Aiba (\u00e0 PARIS) Youn\u00e8s Alami, Ali Amar &amp; Aboubakr Jama\u00ef <\/p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le <span style=\"font-size: inherit; text-align: justify;\">Journal hebdo<\/span>madaire<p>Tags : Maroc, Mossad, Hassan II, Ben Barka, gauche marocaine,\u00a0<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par In\u00e8s Bel Aiba (\u00e0 PARIS) Youn\u00e8s Alami, Ali Amar &amp; Aboubakr Jama\u00ef (Journal) D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 60, le Maroc et les services secrets isra\u00e9liens ont tiss\u00e9 des liens. Ils d\u00e9but\u00e8rent avec la question de l&#8217;exode des juifs marocains vers Isra\u00ebl pour s&#8217;\u00e9tendre \u00e0 une coop\u00e9ration plus \u00e9troite. 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