{"id":50828,"date":"2020-10-02T16:02:32","date_gmt":"2020-10-02T14:02:32","guid":{"rendered":"http:\/\/moroccomail.fr\/?p=50828"},"modified":"2020-10-02T16:02:32","modified_gmt":"2020-10-02T14:02:32","slug":"maroc-les-enigmes-de-lere-mohammed-vi-enquete-telquel","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/2020\/10\/02\/maroc-les-enigmes-de-lere-mohammed-vi-enquete-telquel\/","title":{"rendered":"Maroc : Les \u00e9nigmes de l&#8217;\u00e8re Mohammed VI (Enqu\u00eate TelQuel)"},"content":{"rendered":"\n<p>                                    <em>Maroc, Mohammed VI, monarchie, #Maroc,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>TELQUEL 26 Novembre au 2 D\u00e8cembre 2011<br><br>De l\u2019assassinat de Hicham Mandari \u00e0 la cabale mont\u00e9e contre Khalid Oudghiri, en passant par l\u2019incendie du b\u00e2timent de la DST, la d\u00e9mission surprise de Fouad Ali El Himma ou, plus pr\u00e8s de nous, le crash du C130 militaire, TelQuel r\u00e9pertorie et jette une nouvelle lumi\u00e8re sur les \u201caffaires\u201d les plus embl\u00e9matiques, et sans doute les plus myst\u00e9rieuses, de l\u2019\u00e8re Mohammed VI<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>La suppression de la libert\u00e9 de conscience (du texte de la nouvelle Constitution)<\/strong><br><\/p>\n\n\n\n<p>LES FAITS. Dans une version de la Constitution, pr\u00e9sent\u00e9e aux partis politiques en juin dernier, la notion de \u201clibert\u00e9 de conscience\u201d est inscrite noir sur blanc. Mais une fois que le projet de la loi fondamentale est rendu public (avant son adoption par r\u00e9f\u00e9rendum), cette libert\u00e9 individuelle a \u00e9t\u00e9 tout bonnement supprim\u00e9e. Entre-temps, le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PJD, Abdelilah Benkirane, avait menac\u00e9 de voter NON \u00e0 la future Constitution si elle introduisait des nouveaut\u00e9s ayant des \u201ccons\u00e9quences n\u00e9fastes sur l\u2019identit\u00e9 islamique du Maroc\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p><br>LA VERSION OFFICIELLE. Le PJD nie toujours avoir fait pression directement sur la Commission charg\u00e9e de la r\u00e9vision de la Constitution, pr\u00e9sid\u00e9e par Abdeltif Menouni. Plusieurs cadres du parti islamiste ont par ailleurs affirm\u00e9 que la Commission \u00e9tait elle-m\u00eame divis\u00e9e sur cette question. Sous-entendant ne pas \u00eatre liberticide, le PJD a argu\u00e9 que dans tous les cas, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0   la libert\u00e9 de conscience \u00e9tait formul\u00e9e de mani\u00e8re restrictive. Il \u00e9tait \u00e9crit qu\u2019elle devait s\u2019exercer dans le cadre de la loi et sans porter atteinte \u00e0 l\u2019ordre public.<\/p>\n\n\n\n<p><br>LES ZONES D\u2019OMBRE. Certains observateurs ont accus\u00e9 le PJD d\u2019avoir orchestr\u00e9 sa lev\u00e9e de boucliers en accord avec le Palais. Ils avancent comme \u00e9l\u00e9ments \u00e0 charge que l\u2019inscription de la libert\u00e9 de conscience d a n s l a n o u v e l l e Constitution aurait effrit\u00e9 le pilier de l\u2019islam sur lequel s\u2019appuie la monarchie. Le retrait de la libert\u00e9 de conscience permet aussi \u00e0 Mohammed VI de garder entier son pouvoir religieux de Commandeur des croyants. Le flou autour du vote de la Commission Menouni a aussi jet\u00e9 un doute sur le d\u00e9sir r\u00e9el du Pouvoir de voir inscrire dans la loi fondamentale du royaume cette pierre angulaire des libert\u00e9s individuelles. Le jour de l\u2019examen de ce point, neuf membres de la Commission auraient vot\u00e9 pour l\u2019inscription de la libert\u00e9 de conscience dans le nouveau texte et neuf autres contre. Aucune majorit\u00e9 ne s\u2019est d\u00e9gag\u00e9e du fait de l\u2019absence inexplicable d\u2019un 19\u00e8me membre. Et l\u2019arbitrage aurait finalement eu lieu derri\u00e8re les imp\u00e9n\u00e9trables murailles du Palais.<br><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&#8217;assassinat de Hicham Mandari<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><br>LES FAITS. L\u2019homme, qui se pr\u00e9sentait comme \u201cconseiller sp\u00e9cial de Hassan II\u201d, est ex\u00e9cut\u00e9 d\u2019une balle dans la nuque, le 4 ao\u00fbt 1999, dans le parking souterrain d\u2019un complexe r\u00e9sidentiel pr\u00e8s de Malaga. Au moment de sa mort, Hicham Mandari mena\u00e7ait la monarchie de r\u00e9v\u00e9lations fracassantes sur la fortune du roi d\u00e9funt. Il \u00e9tait \u00e9galement mis en examen pour plusieurs affaires dans un trafic de faux dinars bahre\u00efnis, d\u2019un montant de 350 millions d\u2019euros.<br><\/p>\n\n\n\n<p>LA VERSION OFFICIELLE. On soup\u00e7onne, dans un premier temps, un certain Hamid Boubadi d\u2019\u00eatre le meurtrier. Boubadi est suspect\u00e9 d\u2019avoir tendu un pi\u00e8ge \u00e0 Mandari \u00e0 Malaga, en lui faisant miroiter une affaire de diamants, avant de l\u2019assassiner pour une dette non rembours\u00e9e. Les soup\u00e7ons reposent sur une vid\u00e9o de cam\u00e9ra de surveillance \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Malaga qui montre le pr\u00e9sum\u00e9 meurtrier en compagnie de Mandari, quelques heures avant l\u2019assassinat. Hamid Boubadi est aujourd\u2019hui lav\u00e9 de tout soup\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n<p>LES ZONES D\u2019OMBRE. Ayant fui le pays en 1998 apr\u00e8s avoir d\u00e9rob\u00e9 des ch\u00e8ques dans le coffre-fort de Hassan II, Hicham Mandari a toujours affirm\u00e9 poss\u00e9der des documents sur la fortune du roi d\u00e9funt et mena\u00e7ait de d\u00e9voiler beaucoup de secrets de la cour. Il soutenait aussi \u00eatre le fils de Hassan II et de sa favorite au sein du harem. Familier du s\u00e9rail, il \u00e9tait le prot\u00e9g\u00e9 de Mohamed M\u00e9diouri, l\u2019ancien patron de la s\u00e9curit\u00e9 royale. De quoi donner du cr\u00e9dit \u00e0 ses menaces. Se pr\u00e9sentant comme l\u2019ennemi num\u00e9ro 1 des Alaouites, Hicham Mandari a endoss\u00e9 un habit de circonstance d\u2019opposant au r\u00e9gime, comme la cr\u00e9ation du Comit\u00e9 national des Marocains libres. Il a affirm\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 deux reprises l\u2019objet de tentatives d\u2019assassinat, attribu\u00e9es, selon son avocat, \u00e0 ses relations pass\u00e9es avec la famille royale. A la m\u00eame \u00e9poque, le nom de Hicham Mandari appara\u00eet dans une affaire de trafic de dinars bahre\u00efnis \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale. Il a aussi tremp\u00e9 dans des affaires d\u2019escroquerie et de chantage, dont la plus c\u00e9l\u00e8bre a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019encontre du banquier marocain Othman Benjelloun. Ce dernier lui avait tendu un pi\u00e8ge, permettant \u00e0 la police fran\u00e7aise de le prendre en flagrant d\u00e9lit alors qu\u2019il recevait une grosse somme d\u2019argent. Une de ces nombreuses affaires impliquant Mandari dont on ne saura (peut-\u00eatre) jamais le fin mot de l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le bug du site elections2002.ma<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>LES FAITS. Le 27 septembre 2002. C\u2019\u00e9tait les premi\u00e8res \u00e9lections sous l\u2019\u00e8re Mohammed VI. Et le roi les voulait libres et transparentes. Le d\u00e9partement de l\u2019Int\u00e9rieur, confi\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e0 Driss Jettou, met alors les gros moyens : un r\u00e9seau Intranet reliant plus de 300 terminaux au serveur du minist\u00e8re devait permettre la collecte des r\u00e9sultats du scrutin en temps r\u00e9el et livrer le verdict des urnes dans les 24 heures. Mais lors de la nuit \u00e9lectorale, un myst\u00e9rieux bug informatique compromet l\u2019op\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>LA VERSION OFFICIELLE. Pour expliquer ce couac, le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur tergiverse. Tant\u00f4t il invoque une panne de courant due \u00e0 la saturation du serveur du minist\u00e8re, tant\u00f4t il souligne la mauvaise pr\u00e9paration des personnes cens\u00e9es saisir les donn\u00e9es dans ce nouveau dispositif et qui ont finalement pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 proc\u00e9der manuellement.<\/p>\n\n\n\n<p>LES ZONES D\u2019OMBRE. Tout se d\u00e9roulait le plus normalement du monde durant les premi\u00e8res heures de cette nuit du 27 septembre. Au si\u00e8ge du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, les principaux leaders des formations politiques d\u00e9filaient pour recueillir les derni\u00e8res news et r\u00e9pondre aux questions de la presse. Plus tard dans la soir\u00e9e, les premi\u00e8res fuites sur les r\u00e9sultats parlent d\u2019une tendance qui se d\u00e9gage: le Parti justice et d\u00e9veloppement (PJD) est en train de rafler la mise. Allaiton assister au raz-de-mar\u00e9e islamiste tant redout\u00e9 ? La question taraudait tous les observateurs politiques. Et, curieusement, c\u2019est \u00e0 ce moment tardif de la nuit que le site elections2002.ma rend l\u2019\u00e2me. Les s\u00e9curitaires du pays auraient-ils paniqu\u00e9 au point d\u2019abandonner la d\u00e9marche de transparence totale pour influer partiellement sur les r\u00e9sultats ? S\u2019il s\u2019agissait d\u2019une simple panne technique, ne pouvait-elle pas \u00eatre r\u00e9par\u00e9e ? Certains parlent m\u00eame d\u2019une visite des hauts s\u00e9curitaires de l\u2019\u00e9poque au back-office du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur o\u00f9 \u00e9taient centralis\u00e9s les r\u00e9sultats. Quoi qu\u2019il en soit, apr\u00e8s deux jours de comptage manuel, le verdict est tomb\u00e9 : l\u2019USFP arrive en t\u00eate avec 50 si\u00e8ges, talonn\u00e9 par le Parti de l\u2019Istiqlal avec 48 si\u00e8ges, mais le PJD triple ses performances par rapport \u00e0 1997 en s\u2019adjugeant 42 fauteuils de d\u00e9put\u00e9s. Le parti islamiste confirme d\u00e8s lors son statut de force politique avec laquelle il fallait compter.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019incendie du b\u00e2timent de la DST<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>LES FAITS. Le 29 octobre 1999, aux premi\u00e8res heures, un incendie se d\u00e9clare dans une d\u00e9pendance de l\u2019ancien si\u00e8ge de la Direction de la surveillance du territoire (DST) sur la Route des Za\u00ebrs, l\u2019un des quartiers les plus surveill\u00e9s de la capitale. Le local parti en fum\u00e9e abrite les archives de ce service de renseignement, retra\u00e7ant le travail de la \u201cfirme\u201d depuis son \u00e9poque CAB1.<\/p>\n\n\n\n<p>LA VERSION OFFICIELLE. Une enqu\u00eate a \u00e9t\u00e9 ouverte pour \u00e9lucider les circonstances de l\u2019incendie, mais ses r\u00e9sultats n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9s. De m\u00eame que l\u2019Etat n\u2019a jamais communiqu\u00e9 sur la nature des d\u00e9g\u00e2ts et le volume des archives perdues lors du sinistre. Tout ce qui filtre de l\u2019enqu\u00eate est que l\u2019incendie est d\u2019origine criminelle et que la mati\u00e8re utilis\u00e9e pour le d\u00e9clencher \u00e9tait \u201chautement inflammable\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>LES ZONES D\u2019OMBRE. Le myst\u00e8re reste entier puisque le dossier est clos sans la moindre poursuite en justice. Sauf que le contexte dans lequel est intervenu cet incendie criminel a nourri les sp\u00e9culations au sujet de la personne \u00e0 qui profitait le crime. Quelques semaines auparavant, Mohammed VI avait confi\u00e9 la direction de la DST au g\u00e9n\u00e9ral Hamidou La\u00e2nigri, alors que jusque-l\u00e0 elle \u00e9tait chapeaut\u00e9e par Driss Basri, toutpuissant ministre de l\u2019Int\u00e9rieur de l\u2019\u00e8re Hassan II. Basri est d\u2019ailleurs limog\u00e9 de ce poste qu\u2019il a occup\u00e9 pendant des d\u00e9cennies une dizaine de jours seulement apr\u00e8s les faits. Aurait-il donc commandit\u00e9 cet incendie, sentant le vent tourner ? Se serait-il appuy\u00e9 pour cela sur ses fid\u00e8les parmi les \u00e9l\u00e9ments de la DST pour \u00e9liminer les dossiers les plus compromettants de son passage \u00e0 la t\u00eate de ce service de renseignement ? Ce n\u2019est pas impossible. D\u2019ailleurs, pendantquelques semaines, une dizaines de s\u00e9curitaires et anciens cadres de la bo\u00eete auraient \u00e9t\u00e9 interdits de quitter le territoire. Sur la nature des dossiers perdus, les versions ne manquent pas non plus : affaires en relation avec le Palais, aux dossiers impliquant des hommes forts du royaume\u2026 M\u00eame le Polisario s\u2019y \u00e9tait mis en parlant de dossiers relatifs aux sommes d\u00e9pens\u00e9es par Rabat pour soudoyer les notables sahraouis et les cadres de la RASD qui ont ralli\u00e9 le Maroc.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La d\u00e9mission d\u2019El Himma de l\u2019Int\u00e9rieur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>LES FAITS. Mardi 7 ao\u00fbt 2007. L\u2019information tombe tel un couperet : Fouad Ali El Himma, ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 (mais v\u00e9ritable patron) de l\u2019Int\u00e9rieur d\u00e9missionne de ses fonctions. La d\u00e9cision prend de court tout le landerneau politique. Compagnon de classe de Mohammed VI et chef de son cabinet, El Himma a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 au poste en 1999. Depuis, il est devenu l\u2019homme fort de la \u201cm\u00e8re des minist\u00e8res\u201d et l\u2019interlocuteur incontournable de la classe politique. \u201cD\u00e9part voulu ou forc\u00e9 ? Pour quelles raisons ?&#8230;\u201d, s\u2019interrogeait \u00e0 l\u2019\u00e9poque la classe politique.<\/p>\n\n\n\n<p>LA VERSION OFFICIELLE. C\u2019est l&#8217;agence officielle MAP qui met fin aux sp\u00e9culations au sujet du retrait d\u2019El Himma : \u201cLe souverain a donn\u00e9 sa haute b\u00e9n\u00e9diction \u00e0 la demande de M. Fouad Ali El Himma de voir mettre fin \u00e0 ses fonctions de ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 l&#8217;Int\u00e9rieur et a bien voulu acc\u00e9der \u00e0 son souhait de se pr\u00e9senter aux prochaines \u00e9lections l\u00e9gislatives\u201d. Par la suite, El Himma multiplie les sorties m\u00e9diatiques pour rassurer les acteurs politiques, qui ne voyaient pas d\u2019un bon oeil cette intrusion. \u201cMa d\u00e9marche ne r\u00e9pond \u00e0 aucun agenda politique\u201d, r\u00e9p\u00e9tait-il.<\/p>\n\n\n\n<p>LES ZONES D\u2019OMBRE. Au d\u00e9part, on le disait en disgr\u00e2ce. Mais, tr\u00e8s vite, on va se rendre compte qu\u2019El Himma n\u2019a rien perdu de son influence. Pour sa premi\u00e8re s\u00e9ance parlementaire \u00e0 l\u2019ouverture de l\u2019ann\u00e9e l\u00e9gislative, le d\u00e9put\u00e9 de Rhamna quitte l\u2019h\u00e9micycle \u00e0 bord du cabriolet royal conduit par\u2026 Mohammed VI lui-m\u00eame. Avant m\u00eame de constituer son parti, il ne trouve aucun mal \u00e0 constituer un groupe parlementaire et prendre la t\u00eate d\u2019une commission strat\u00e9gique de l\u2019h\u00e9micycle. Plus tard, ce sera la cr\u00e9ation du Parti authenticit\u00e9 et modernit\u00e9 (PAM), qui devient rapidement la premi\u00e8re force politique du royaume : carton plein aux communales de 2009 avec six pr\u00e9sidences de r\u00e9gion (sur 16) et le perchoir de la Chambre des conseillers. Cr\u00e9er une formation politique capable de prendre le pouvoir \u00e9tait-il pr\u00e9vu avant m\u00eame la d\u00e9mission d\u2019El Himma ? Le sc\u00e9nario a-t-il \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9 par Mohammed VI lui-m\u00eame ? Quoi qu\u2019il en soit, avec le Printemps arabe, le plan (s\u2019il y en a un) a quelque part capot\u00e9. Le PAM devient la cible des manifestants du M20 qui demandent la t\u00eate d\u2019El Himma. Mais l\u2019ing\u00e9nieur en chef des premi\u00e8res \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales de Mohammed VI (2002 et 2003) a plus d\u2019un tour dans son chapeau. Nombreux sont les observateurs qui voient sa main secr\u00e8te derri\u00e8re les grandes manoeuvres pr\u00e9\u00e9lectorales \u00e0 la veille des l\u00e9gislatives.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le retrait du projet de Loi de Finances 2012<\/strong><br><br>LES FAITS. Quelques minutes apr\u00e8s son d\u00e9p\u00f4t au parlement, le projet de Loi de Finances est retir\u00e9 en catastrophe par le Secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral du gouvernement dans la nuit du 21 septembre 2011. Cons\u00e9quence : le grand oral de l\u2019argentier du royaume devant les \u00e9lus de la nation, pr\u00e9vu pour le lendemain, est report\u00e9 sine die. Les parlementaires sont pr\u00e9venus tard dans la nuit, par sms, de ce cafouillage.<\/p>\n\n\n\n<p>LA VERSION OFFICIELLE. Dans ce genre d\u2019affaires, c\u2019est au porte-parole du gouvernement de s\u2019y coller. Khalid Naciri d\u00e9clare alors que \u201cla d\u00e9cision (de retirer la Loi de Finances) est justifi\u00e9e par l\u2019agenda charg\u00e9 des deux chambres qui planchent toujours sur les lois \u00e9lectorales\u201d. Pour l\u2019opposition, cet argument ne tient pas la route.<\/p>\n\n\n\n<p>ZONES D\u2019OMBRE. Les membres du gouvernement se seraient-ils soudainement aper\u00e7us que l\u2019agenda du parlement \u00e9tait surbook\u00e9 ? Cela leur a-t-il compl\u00e8tement \u00e9chapp\u00e9 lors du Conseil des ministres qui a valid\u00e9 la mouture de la Loi de Finances ? Et puis, dans l\u2019h\u00e9micycle, la commission de l\u00e9gislation qui traite des lois \u00e9lectorales n\u2019est-elle pas compl\u00e8tement s\u00e9par\u00e9e de la commission des finances qui planche sur le projet de budget ? Difficile donc de donner du cr\u00e9dit \u00e0 la version du gouvernement selon laquelle on n\u2019a pas voulu encombrer les parlementaires. Une th\u00e8se plus coh\u00e9rente appara\u00eetra avec le d\u00e9p\u00f4t de la version \u201cremani\u00e9e\u201d du projet de Loi de Finances. Entre la premi\u00e8re mouture et la derni\u00e8re, des mesures ont tout bonnement saut\u00e9. Le tr\u00e8s attendu fonds de solidarit\u00e9 sociale, pr\u00e9sent\u00e9 au d\u00e9part comme l\u2019innovation majeure du budget 2012, a ainsi \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9. Ce m\u00e9canisme de redistribution de richesses devait \u00eatre financ\u00e9 \u00e0 hauteur de 2 milliards de dirhams par une contribution des banques, des assurances, des organismes de cr\u00e9dit et des op\u00e9rateurs t\u00e9l\u00e9coms. Le lobby de la bancassurance et des op\u00e9rateurs t\u00e9l\u00e9coms aurait-il fait plier le gouvernement ? Abbas El Fassi lui-m\u00eame va l\u2019admettre devant les membres du comit\u00e9 ex\u00e9cutif de son parti. \u201cJe n\u2019\u00e9tais pas au courant du retrait du texte de Loi de Finances du parlement\u201d, leur a confi\u00e9 le chef des Istiqlaliens, qui a \u00e9voqu\u00e9 un fort lobby qui a su plaider sa cause en haut lieu. Comment cela s\u2019est-il pass\u00e9 concr\u00e8tement ? On ne le saura peut-\u00eatre jamais.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019existence d\u2019une prison secr\u00e8te \u00e0 T\u00e9mara<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>LES FAITS. Depuis 2001, plusieurs associations marocaines et internationales de d\u00e9fense des droits de l\u2019homme d\u00e9noncent l\u2019existence, au si\u00e8ge de la DST \u00e0 T\u00e9mara, d\u2019une prison secr\u00e8te. Plusieurs d\u00e9tenus salafistes affirment y avoir \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9s pendant plusieurs semaines en dehors de tout contr\u00f4le judiciaire. Selon les rapports d\u2019organisations internationales, ce centre de d\u00e9tention aurait \u00e9galement accueilli des pensionnaires \u00e9trangers, poursuivis pour terrorisme international.<\/p>\n\n\n\n<p>LA VERSION OFFICIELLE. Devenu une des cibles pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es des manifestants du Mouvement du 20 f\u00e9vrier qui avaient m\u00eame tent\u00e9 de s\u2019y rendre, le centre de T\u00e9mara a exceptionnellement ouvert ses portes, le mercredi 18 mai 2011, \u00e0 des magistrats, des parlementaires et aux dirigeants du Conseil national des droits de l\u2019homme (CNDH). R\u00e9sultat : tous ont affirm\u00e9 n\u2019avoir constat\u00e9 l\u2019existence d\u2019aucune prison secr\u00e8te. \u201cLe b\u00e2timent de T\u00e9mara accueille le si\u00e8ge administratif de la DGST\u201d, ont-ils conclu.<\/p>\n\n\n\n<p>LES ZONES D\u2019OMBRE. Apr\u00e8s leur visite \u00e0 T\u00e9mara, le pr\u00e9sident et le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du CNDH (tous deux d\u2019anciens militants des droits humains) ont tenu \u00e0 nuancer que, durant leur visite, ils n\u2019ont relev\u00e9 \u201caucun indice laissant supposer que ce lieu est r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 une quelconque d\u00e9tention ill\u00e9gale\u201d. La pr\u00e9cision est de taille. Le communiqu\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par Driss El Yazami et Mohamed Sebbar pourrait laisser croire qu\u2019une telle prison a effectivement exist\u00e9 par le pass\u00e9. \u201cC\u2019est possible, mais je vous mets au d\u00e9fi de me sortir un cas de d\u00e9tention secr\u00e8te \u00e0 T\u00e9mara depuis l\u2019installation du CNDH\u201d, nous avait d\u00e9clar\u00e9 le SG du CNDH. Le Maroc semble ainsi avoir tourn\u00e9 la page sans prendre la peine de la lire et de d\u00e9terminer<\/p>\n\n\n\n<p> les responsabilit\u00e9s de chacun dans les exactions qui ont pu \u00eatre commises au centre de T\u00e9mara. Pourtant, ce centre revient souvent dans des affaires judiciaires aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne o\u00f9 d\u2019anciens d\u00e9tenus de Guantanamo affirment avoir \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9s au Maroc.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le putsch de Mezouar \u00e0 la t\u00eate du RNI<\/strong><br><br>LES FAITS. Le 23 janvier 2010, le ministre de l\u2019Economie est couronn\u00e9 chef du RNI \u00e0 la suite d\u2019un v\u00e9ritable pl\u00e9biscite. Le pr\u00e9sident sortant, Mustapha Mansouri, est quant \u00e0 lui d\u00e9savou\u00e9 par une \u00e9crasante majorit\u00e9 des membres du parti des Bleus. Ce vote \u00e0 double tranchant est l\u2019\u00e9pilogue d\u2019une bataille rang\u00e9e qui oppose Mezouar et Mansouri depuis octobre 2009. Le premier est \u00e0 la t\u00eate d\u2019une arm\u00e9e de r\u00e9formateurs alors que le second compte sur les doigts d\u2019une main les caciques du parti qui le soutiennent encore.<\/p>\n\n\n\n<p>LA VERSION OFFICIELLE. <\/p>\n\n\n\n<p>Salaheddine Mezouar a justifi\u00e9 sa fronde par le d\u00e9sir de moderniser le RNI, accusant son pr\u00e9sident de mauvaise gestion et d\u2019avoir scl\u00e9ros\u00e9 le parti en \u00e9tant trop dirigiste. Mezouar a affirm\u00e9 vouloir faire souffler le vent du renouveau en faisant de la \u201cpolitique autrement\u201d, un slogan des sp\u00e9cialistes de la com\u2019 qu\u2019il a engag\u00e9s pour moderniser l\u2019image du parti. Il veut ouvrir sa formation aux jeunes, aux femmes et aux \u00e9lites avec pour objectif d\u2019atteindre les 200 000 adh\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<p>LES ZONES D\u2019OMBRE. <\/p>\n\n\n\n<p>Fouad Ali El Himma est-il derri\u00e8re l\u2019accession de Mezouar \u00e0 la t\u00eate du RNI ? La question s\u2019est pos\u00e9e tr\u00e8s vite apr\u00e8s l\u2019intronisation du ministre de l\u2019Economie. Car Mezouar, d\u00e8s sa prise de pouvoir, a \u00e9voqu\u00e9 une alliance possible avec le PAM, alors que son pr\u00e9d\u00e9cesseur fustigeait ce parti, affirmant qu\u2019il \u201cram\u00e8ne le Maroc en arri\u00e8re, aux ann\u00e9es de plomb\u201d. Mezouar s\u2019est d\u2019ailleurs appuy\u00e9, pour prendre le pouvoir au RNI, sur un groupe de r\u00e9formateurs ayant un pied dans le parti des Bleus et l\u2019autre au sein du Mouvement pour tous les d\u00e9mocrates (MTD), la matrice du PAM. L\u2019alliance du G8, qui a r\u00e9uni r\u00e9cemment le RNI et le PAM dans un front anti-PJD, n\u2019a fait que confirmer les inqui\u00e9tudes des observateurs de la chose publique.<br>La bipolarisation du champ politique pr\u00f4n\u00e9e par Mezouar servirait un autre dessein. Pressenti comme futur Premier ministre \u00e0 l\u2019issue des l\u00e9gislatives, Mezouar serait-il le Cheval de Troie du parti d\u2019El Himma ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le d\u00e9c\u00e8s de Moul Sebbat<\/strong><br><br>LES FAITS. Abdelhak Bentassir, alias \u201cMoul Sebbat\u201d, d\u00e9c\u00e8de apr\u00e8s son arrestation au lendemain du 16 mai 2003. Ce fabricant de chaussures (ce qui lui vaut son surnom) a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 comme la t\u00eate pensante des attentats terroristes qui avaient secou\u00e9 Casablanca. Moul Sebbat aurait \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9mir de la cellule kamikaze qui est pass\u00e9e \u00e0 l\u2019acte et aurait lui-m\u00eame d\u00e9sign\u00e9s les endroits cibl\u00e9s.<br><br>LA VERSION OFFICIELLE. Moul Sebbat serait mort, lors de son transfert \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, des suites d\u2019un malaise cardiaque, mais aussi de probl\u00e8mes au foie survenus alors qu\u2019il \u00e9tait entre les mains de la police. Le Parquet de Casablanca, charg\u00e9 de l\u2019affaire, affirme qu\u2019une autopsie men\u00e9e par quatre l\u00e9gistes a conclu au d\u00e9c\u00e8s d\u2019une malaise cardiaque de Moul Sebbat, le 26 mai, soit un jour seulement apr\u00e8s son arrestation.<\/p>\n\n\n\n<p>LES ZONES D\u2019OMBRE. D\u2019abord Abdelhak Bentassir est arr\u00eat\u00e9 le 21 et non le 25 mai. Il aurait \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9 pr\u00e8s de son domicile par une petite arm\u00e9e de policiers en civil. Et puis, \u00e0 en croire sa famille, la victime, p\u00e8re de deux enfants, \u00e9tait un sportif qui n\u2019avait aucun souci de sant\u00e9 et ne prenait aucun m\u00e9dicament. Toujours selon ses proches, qui ont eu l\u2019autorisation d\u2019identifier son corps \u00e0 la morgue de Casablanca, la d\u00e9pouille de Abdelhak Bentassir \u00e9tait m\u00e9connaissable vu les marques de torture qu\u2019elle portait. Pourtant, les requ\u00eates pr\u00e9sent\u00e9es par des ONG pour demander une contre-autopsie et une contre-enqu\u00eate judiciaire sont rest\u00e9es lettre morte. Enfin, lors du proc\u00e8s des kamikazes de r\u00e9serve, il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 question des proc\u00e8s-verbaux des interrogatoires de Moul Sebbat. Le contenu des livres et documents saisis chez lui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 non plus. Les secrets de Moul Sebbat (s\u2019il en d\u00e9tenait vraiment), il les a emport\u00e9s dans sa tombe.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le crash du C130 militaire<\/strong><br><br>LES FAITS. Un avion militaire marocain s\u2019\u00e9crase pr\u00e8s de Guelmim dans la matin\u00e9e du 26 juillet 2011. Le C130 effectuait un vol de routine reliant Dakhla \u00e0 K\u00e9nitra, avec des escales \u00e0 La\u00e2youne, Guelmim et Agadir. 81 personnes, civiles et militaires, \u00e9taient \u00e0 bord. Aucune n\u2019a surv\u00e9cu. Trois jours de deuil national ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9cr\u00e9t\u00e9s suite \u00e0 ce qui reste comme l\u2019une des catastrophes a\u00e9riennes les plus meurtri\u00e8res dans l\u2019histoire du pays.<br><br>LA VERSION OFFICIELLE. La bo\u00eete noire de l\u2019appareil a bien \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e par les enqu\u00eateurs. Ces derniers ont \u00e9galement proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019audition des responsables de la tour de contr\u00f4le de l\u2019a\u00e9roport de Guelmim, mais rien n\u2019a filtr\u00e9 concernant les d\u00e9tails de l\u2019accident. Officiellement, le drame est attribu\u00e9 aux mauvaises conditions \u00e9t\u00e9orologiques dans la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p>LES ZONES D\u2019OMBRE. Vu qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une investigation militaire, il y a tr\u00e8s peu de chances que les FAR communiquent, un jour, sur les r\u00e9sultats officiels de l\u2019enqu\u00eate. Cela aurait pourtant aid\u00e9 \u00e0 r\u00e9soudre plusieurs \u00e9nigmes li\u00e9es \u00e0 cette catastrophe a\u00e9rienne. La premi\u00e8re a trait \u00e0 la nature m\u00eame de l\u2019appareil. Le C130 a en effet la r\u00e9putation d\u2019\u00eatre quasi indestructible. Capable de se poser sur tous les terrains (m\u00eame les plus accident\u00e9s), il est dot\u00e9 de radars assez sophistiqu\u00e9s qui lui permettent de se poser ou de d\u00e9coller en toutes circonstances. C\u2019est, ensuite, un vol assez routinier qu\u2019effectuent plusieurs fois par semaine les pilotes de l\u2019arm\u00e9e de l\u2019air marocaine. Ils connaissent donc tr\u00e8s bien la r\u00e9gion et sont habitu\u00e9s au brouillard \u00e9pais qui enveloppe, tous les matins, cette partie de la c\u00f4te atlantique sud. Qu\u2019est-ce qui a donc fait d\u00e9faut cette fois ? Comment expliquer le crash du C130, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres seulement de l\u2019a\u00e9roport de Guelmim ? Est-ce vrai que la flotte a\u00e9rienne militaire souffrirait d\u2019une n\u00e9gligence au niveau de la maintenance ? On n\u2019en saura jamais rien. Sauf que quelques semaines apr\u00e8s le crash, de hauts grad\u00e9s de l\u2019arm\u00e9e de l\u2019air auraient \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 la retraite. Est-ce li\u00e9 aux premiers r\u00e9sultats de l\u2019enqu\u00eate ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les morts d\u2019Al Hoce\u00efma<\/strong><br><br>LES FAITS. Le 20 f\u00e9vrier 2011, c\u2019\u00e9tait la toute premi\u00e8re marche organis\u00e9e par le M20. A l\u2019issue des rassemblements qui ont r\u00e9uni des milliers de personnes dans plusieurs grandes villes du royaume, des actes de vandalisme sont signal\u00e9s. Mais \u00e0 Al Hoce\u00efma, c\u2019est encore plus grave. D\u00e8s le d\u00e9but de soir\u00e9e, on \u00e9voque la d\u00e9couverte d\u2019un cadavre calcin\u00e9 dans une agence bancaire incendi\u00e9e. Le lendemain, le nombre de cadavres est finalement de cinq : des jeunes \u00e2g\u00e9s de 17 \u00e0 25 ans que rien ne rassemble. A priori, ils ne se connaissaient pas, n\u2019avaient pas d\u2019ant\u00e9c\u00e9dents judiciaires et venaient de diff\u00e9rents quartiers.<br><br>LA VERSION OFFICIELLE. Le Parquet de la Cour d\u2019appel d\u2019Al Hoce\u00efma parle d\u2019un incendie provoqu\u00e9 par des casseurs au moment o\u00f9 les cinq jeunes hommes s\u2019\u00e9taient introduits \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019agence bancaire avec l\u2019intention de la piller. Deux autopsies, ordonn\u00e9es par la justice, sont l\u00e0 pour appuyer les dires du Parquet et attester que les cinq d\u00e9pouilles ne portaient pas de traces de violences ou de torture.<\/p>\n\n\n\n<p>LES ZONES D\u2019OMBRE. Les familles et des membres du M20 \u00e0 Al Hoce\u00efma \u00e9mettent des doutes sur les conditions r\u00e9elles du d\u00e9c\u00e8s des cinq jeunes hommes. Certains affirment les avoir vus, pourchass\u00e9s dans la rue ou dans le commissariat de police, en d\u00e9but de soir\u00e9e. Soit bien apr\u00e8s le d\u00e9clenchement du premier incendie vers 19 h. Les familles des victimes soutiennent ainsi que leurs proches seraient tomb\u00e9s sous la torture puis emmen\u00e9s dans cette agence bancaire, o\u00f9 un incendie aurait \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9 pour maquiller le tout\u2026 Pour ne rien arranger, le procureur de la ville a toujours refus\u00e9 de permettre aux familles d\u2019acc\u00e9der au contenu des enregistrements des cam\u00e9ras de surveillance de l\u2019agence bancaire et ceux de trois autres agences qui se trouvent sur la m\u00eame avenue Mohammed V. D\u2019ailleurs, trois jours apr\u00e8s le drame, l\u2019agence fait peau neuve, ne permettant plus aucune contre-expertise sur le d\u00e9part d\u2019incendie. Et dix mois apr\u00e8s les faits, l\u2019enqu\u00eate est au point mort.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le proc\u00e8s des \u201csatanistes\u201d<\/strong><br><br>LES FAITS. Le 16 f\u00e9vrier 2003, une chasse aux sorci\u00e8res ubuesque prend place \u00e0 Casablanca. Quatorze musiciens, \u00e2g\u00e9s de 22 \u00e0 35 ans, sont accus\u00e9s de satanisme par les autorit\u00e9s. Les \u201cpi\u00e8ces \u00e0 conviction\u201d saisies lors des diff\u00e9rentes perquisitions aux domiciles des pr\u00e9venus sont d\u2019une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 accablante pour le Parquet : des Tshirts noirs, un recueil de po\u00e9sie, des cendriers en forme de cr\u00e2ne\u2026 En gros, l\u2019unique \u201ctort\u201d de ces musiciens est d\u2019aimer jouer du hardrock et du metal.<br><br>LA VERSION OFFICIELLE. \u201cAtteinte \u00e0 la religion musulmane\u201d, \u201cd\u00e9gradation des moeurs, incitation \u00e0 la d\u00e9bauche et actes attentatoires \u00e0 la religion musulmane\u201d sont les chefs d\u2019inculpation mis en avant par le juge. Au b\u00fbcher dress\u00e9 par le tribunal de Casablanca, le 6 mars 2003, les 14 musiciens sont condamn\u00e9s \u00e0 des peines allant d\u2019un mois \u00e0 un an fermes. N\u00e9anmoins, une immense mobilisation men\u00e9e par un collectif de soutien a permis de lib\u00e9rer les 14 musiciens quelques jours seulement apr\u00e8s le verdict.<\/p>\n\n\n\n<p><br>LES ZONES D\u2019OMBRE. Aujourd\u2019hui encore, personne ne sait exactement ce qui a pouss\u00e9 \u00e0 une telle bavure judiciaire, ni qui a donn\u00e9 l\u2019ordre de giboyer des innocents. Les th\u00e9ories vont bon train : pour certains, c\u2019est un malheureux exc\u00e8s de z\u00e8le de la part des policiers, qui ont profit\u00e9 d\u2019un d\u00e9placement du roi pour faire ce qu\u2019ils voulaient. Pour d\u2019autres, c\u2019\u00e9tait, au contraire, une mani\u00e8re de faire montre de la cl\u00e9mence de Mohammed VI, qui a repris les choses en main \u00e0 son retour. D\u2019autres encore parlent d\u2019une princesse qui aurait v\u00e9cu en face du caf\u00e9 o\u00f9 les m\u00e9talleux avaient pour habitude de se r\u00e9unir et qui se serait plainte du bruit&#8230; Ce qui est s\u00fbr, c\u2019est que l\u2019affaire des 14, comme on l\u2019appelle aujourd\u2019hui, a souffert \u00e9norm\u00e9ment de la mauvaise foi et de l\u2019ignorance des autorit\u00e9s. \u201cAash dakom l\u2019shi hard rogen ?\u201d, avait demand\u00e9 un policier aux accus\u00e9s lors des interrogatoires. Au proc\u00e8s, parmi les questions pos\u00e9es aux musiciens par le juge, on retient celle dont on rit aujourd\u2019hui : \u201cPourquoi n\u2019\u00e9coutez-vous pas Fatna Bent Lhoucine ?\u201d.<br><br><strong>Le meurtre du garde du corps du roi<\/strong><br><\/p>\n\n\n\n<p>LES FAITS. Abdellah Salim Sa\u00efdi, garde du corps de Mohammed VI, est attaqu\u00e9 chez lui en plein centre de Rabat, \u00e0 deux pas de la pr\u00e9fecture de police de la capitale. Dans cette nuit du 8 au 9 juillet 2011, les voisins entendent des coups de feu, mais personne ne pouvait deviner que c\u2019\u00e9tait un man in black du roi qui \u00e9tait au tapis. Transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, Sa\u00efdi d\u00e9c\u00e8de le 12 juillet \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 47 ans.<br><br>LA VERSION OFFICIELLE. La DGSN s\u2019empresse de diffuser un communiqu\u00e9 cens\u00e9 restituer le cours des \u00e9v\u00e9nements : deux cambrioleurs se seraient introduits dans le domicile du commissaire Sa\u00efdi. Quand ce dernier les surprend, une fusillade \u00e9clate o\u00f9 le garde du corps et un de ses assaillants sont bless\u00e9s. Le pr\u00e9sum\u00e9 cambrioleur, arr\u00eat\u00e9 sur place avant d\u2019\u00eatre hospitalis\u00e9, est pr\u00e9sent\u00e9 comme un individu au casier judiciaire bien garni. Le deuxi\u00e8me, en fuite, est \u201cactivement\u201d recherch\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>LES ZONES D\u2019OMBRE. Les conclusions de l\u2019enqu\u00eate n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 rendues publiques. Pourtant, nombreuses sont les questions qui restent en suspens. Exemple : les balles ayant bless\u00e9 mortellement le commissaire Sa\u00efdi et son agresseur provenaient-elles de la m\u00eame arme ? On ne sait rien non plus sur la v\u00e9ritable identit\u00e9 des agresseurs si ce n\u2019est que l\u2019individu arr\u00eat\u00e9 est un habitant de Rabat r\u00e9pondant au surnom de Bidaoui. Et puis, qu\u2019est-il advenu de ce fameux Bidaoui ? A-t-il seulement surv\u00e9cu \u00e0 sa blessure ? Dans quelle prison est-il en train de croupir ? Le deuxi\u00e8me agresseur court-il toujours ou a-t-il \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9 ? La police se refuse \u00e0 toute d\u00e9claration et, quatre mois apr\u00e8s les faits, aucun proc\u00e8s n\u2019est en vue. Dans la rue r\u2019batie en revanche, les versions au sujet de ce fait divers pas comme les autres sont nombreuses. La plus r\u00e9pandue (et \u00e0 la fois la plus soft) soutient que les trois hommes se connaissaient bien et qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 question d\u2019une nuit entre amis o\u00f9 les choses ont d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9. Abdellah Sa\u00efdi \u00e9tait d\u2019ailleurs une figure publique de la capitale, chose assez rare pour les gardes du corps de Mohammed VI.<\/p>\n\n\n\n<p><br><br><strong>Le blocage des licences t\u00e9l\u00e9<\/strong><br><br>LES FAITS. Lundi 23 avril 2009, la Haute autorit\u00e9 de la communication audiovisuelle (HACA) prend tout le monde de court et annonce qu\u2019aucune licence t\u00e9l\u00e9 ne sera accord\u00e9e. Parmi les recal\u00e9s, on compte de prestigieux candidats : Mounir Majidi, Othman Benjelloun, Fouad Ali El Himma, Aziz Akhannouch&#8230; La lib\u00e9ralisation du paysage audiovisuel marocain, tant promise par l\u2019Etat, n\u2019a pas eu lieu.<br><br>LA VERSION OFFICIELLE. Le CSA (Conseil sup\u00e9rieur de l\u2019audiovisuel, organe de la HACA) avance dans un communiqu\u00e9 laconique que, \u201ccompte tenu de facteurs conjoncturels et sectoriels intervenus depuis le mois de septembre 2008, notamment la d\u00e9gradation de la situation du march\u00e9 publicitaire, ainsi que la crise travers\u00e9e par Medi1 Sat et le risque encouru pour le secteur dans son ensemble pouvant compromettre l\u2019\u00e9quilibre et la viabilit\u00e9 des op\u00e9rateurs audiovisuels publics et priv\u00e9s existants\u201d, le conseil des sages a d\u00e9cid\u00e9 de mettre en veille l\u2019octroi de toute licence t\u00e9l\u00e9, en attendant d\u2019y voir plus clair dans le secteur.<\/p>\n\n\n\n<p><br>LES ZONES D\u2019OMBRE. C\u2019est un secret de polichinelle. A l\u2019\u00e9poque de la course aux licences, seules deux fr\u00e9quences hertziennes \u00e9taient disponibles. Or, une de ces fr\u00e9quences allait \u00eatre occup\u00e9e \u00e0 court terme par Medi 1 Sat, devenue depuis Medi1 TV. Pr\u00e9sageant cela, les sages de la HACA ont pu se retrouver face \u00e0 un dilemme corn\u00e9lien : qui choisir parmi les deux amis du roi en lice, Fouad Ali El Himma ou Mounir Majidi ? L \u2019argument de contraction du march\u00e9 publicitaire n\u2019\u00e9tait-il pas pris en compte dans les business plans des soumissionnaires ? A qui est revenue la d\u00e9cision de d\u00e9savouer tous les candidats ? A Mohammed VI en personne, comme avancent certains ? Ce blocage du processus de lib\u00e9ralisation ne serait-il pas motiv\u00e9 par la seule volont\u00e9 politique de garder le paysage audiovisuel verrouill\u00e9 et de faire \u00e9cran \u00e0 la concurrence ? Car, en d\u00e9finitive, depuis le d\u00e9but du r\u00e8gne de Mohammed VI, une seule cha\u00eene (Medi1 TV) s\u2019est vu d\u00e9livrer le pr\u00e9cieux s\u00e9same. Et, depuis, des investisseurs publics sont venus squatter le tour de table de la cha\u00eene tang\u00e9roise. R\u00e9sultat, l\u2019Etat pr\u00e9serve son monopole et son contr\u00f4le sur le champ m\u00e9diatique, alors que de nombreux discours de Mohammed VI ont laiss\u00e9 entendre (et esp\u00e9rer) une lib\u00e9ralisation de l\u2019audiovisuel.<br><br><strong>Les milliards de Mawazine<\/strong><br><\/p>\n\n\n\n<p>LES FAITS. 11 janvier 2011. En conflit judiciaire avec ses ex-employeurs du groupe \u00e9mirati Taqa, maison-m\u00e8re de la centrale \u00e9lectrique de Jorf Lasfar (Jlec), l\u2019ancien directeur g\u00e9n\u00e9ral du groupe, Peter Barker, envoie par l\u2019interm\u00e9diaire de ses avocats une lettre \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 du march\u00e9 am\u00e9ricain (la SEC). Il y d\u00e9nonce les pratiques douteuses du groupe \u00e9mirati cot\u00e9 \u00e0 la Bourse de New York. L\u2019homme affirme, entre autres, avoir re\u00e7u l\u2019ordre de son patron de \u201cverser 5 millions<br>de dollars par an \u00e0 Hassan Bouhemou (PDG du holding royal SNI), pour financer un festival de musique (\u2026) afin que Taqa d\u00e9croche le feu vert pour proc\u00e9der \u00e0 l\u2019extension de la centrale \u00e9lectrique de Jorf Lasfar\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>LA VERSION OFFICIELLE. Ces accusations, port\u00e9es par Peter Barker, n\u2019ont \u00e9t\u00e9 ni d\u00e9menties ni confirm\u00e9es par les patrons du groupe Taqa. C\u00f4t\u00e9 Maroc, c\u2019est le manager du business royal, Hassan Bouhemou, qui est mont\u00e9 au front pour d\u00e9noncer ces \u201call\u00e9gations\u201d. Il s\u2019est par la suite fendu d\u2019un communiqu\u00e9 de presse o\u00f9 il annonce avoir d\u00e9cid\u00e9 de porter l\u2019affaire en justice pour \u201cque la v\u00e9rit\u00e9 soit \u00e9tablie sur les soubassements de cette op\u00e9ration de diffamation\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p><br>LES ZONES D\u2019OMBRE. Filiale du groupe Taqa, Jlec n\u2019est pas une entreprise ordinaire. Titulaire depuis 2007 d\u2019une concession d\u2019exploitation des centrales thermiques de Jorf Lasfar, elle produit environ la moiti\u00e9 des besoins du Maroc en \u00e9lectricit\u00e9\u2026 Et a un seul client : l\u2019ONE, qui est oblig\u00e9 de par le contrat de concession d\u2019acheter toute la production de la firme, sur une dur\u00e9e de 30 ans \u00e0 un prix r\u00e9glement\u00e9 ! Ce n\u2019est pas tout. Deux ans apr\u00e8s son entr\u00e9e en jeu dans le royaume ch\u00e9rifien, la soci\u00e9t\u00e9 obtient, dans une c\u00e9r\u00e9monie pr\u00e9sid\u00e9e par Mohamed VI lui-m\u00eame dans son palais de F\u00e8s, l\u2019autorisation de construire deux nouvelles centrales thermiques pour doubler sa production. Et c\u2019est depuis ce momentl\u00e0 que l\u2019entreprise est devenue le sponsor majeur du festival Mawazine, pr\u00e9sid\u00e9 depuis 2007 par le secr\u00e9taire particulier du roi, Mounir Majidi, et patron de Hassan Bouhemou. Hasard du calendrier ? Et pourquoi donc une entreprise qui n\u2019a qu\u2019un seul client (l\u2019Etat) irait-elle sponsoriser un festival grand public \u00e0 coups de millions de dirhams ? D\u00e9tentrice d\u2019un contrat juteux dans le royaume ch\u00e9rifien, Jlec aurait-elle voulu renvoyer l\u2019ascenseur en finan\u00e7ant le festival royal ? La r\u00e9ponse viendra peut-\u00eatre du Michigan, o\u00f9 le proc\u00e8s de Peter Barker contre Taqa est toujours en cours. En attendant, on se contentera de cette explication du porte-parole de Mawazine : \u201cJlec est une soci\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e qui fait ce qu\u2019elle veut de son argent\u201d. Oui, bien s\u00fbr.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019affaire du TGV<\/strong><br><br>LES FAITS. Septembre 2011. Le pr\u00e9sident fran\u00e7ais Nicolas Sarkozy se d\u00e9place \u00e0 Tanger pour lancer officiellement, avec Mohammed VI, les travaux de la premi\u00e8re ligne de train \u00e0 grande vitesse reliant Tanger \u00e0 Casablanca. Un v\u00e9ritable bijou de technologie qui r\u00e9duira de 2 heures la dur\u00e9e du voyage entre les deux p\u00f4les \u00e9conomiques du royaume. Co\u00fbt du projet : 20 milliards de dirhams, dont une moiti\u00e9 sera couverte par des financements et des dons fran\u00e7ais et l\u2019autre par le budget de l\u2019Etat et des financements de pays du Golfe.<br><br>LA VERSION OFFICIELLE : Selon nos d\u00e9cideurs, ce projet pharaonique a \u00e9t\u00e9 concr\u00e9tis\u00e9 pour doter le pays d\u2019une nouvelle infrastructure ferroviaire et pour acc\u00e9l\u00e9rer le d\u00e9veloppement du \u201cMaroc r\u00e9gional\u201d, en r\u00e9duisant les temps de voyage. Choix strat\u00e9gique pour le d\u00e9veloppement du Maroc, le projet TGV devra \u00eatre prolong\u00e9 plus au sud vers Marrakech, puis Agadir \u00e0 l\u2019horizon 2035. Une autre ligne, dite \u201cmaghr\u00e9bine\u201d, sera lanc\u00e9e dans la foul\u00e9e, pour relier la capitale de l\u2019Oriental, Oujda, \u00e0 Casablanca, en passant par F\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p><br>LES ZONES D\u2019OMBRE. C\u2019est en octobre 2007 que l\u2019on a entendu, pour la premi\u00e8re fois, parler du TGV marocain, en marge de la premi\u00e8re visite au Maroc de Nicolas Sarkozy. Dans le temps, les relations franco-marocaines \u00e9taient tr\u00e8s tendues. Fra\u00eechement \u00e9lu, Sarkozy apprend que Rabat renonce \u00e0 l\u2019achat de 20 avions de chasse Rafale pr\u00e9f\u00e9rant une offre am\u00e9ricaine plus comp\u00e9titive : 24 chasseurs F16 pour 500 millions d\u2019euros en moins. \u201cApr\u00e8s cette date, les fils sont coup\u00e9s : les interlocuteurs marocains des Fran\u00e7ais ne les prennent m\u00eame plus au t\u00e9l\u00e9phone\u201d, raconte le journaliste fran\u00e7ais Jean Guisnel dans son livre Armes de corruption massives. En juillet de la m\u00eame ann\u00e9e, Mohammed VI exige le report de la visite de Sarkozy au Maroc apr\u00e8s avoir appris que le nouveau pr\u00e9sident fran\u00e7ais allait d\u2019abord passer par Alger avant d\u2019atterrir \u00e0 Rabat. Rien ne va plus, jusqu\u2019\u00e0 ce que, trois mois plus tard, Sarkozy arrive finalement au royaume, pour remettre les relations avec son ami sur les rails. Dans ses bagages, il repartira avec le contrat TGV, qui a tout d\u2019un cadeau royal offert au nouveau VRP de France, en compensation de l\u2019\u00e9chec de la transaction de Rafale. D\u2019ailleurs, le contrat du TGV est pass\u00e9 sans appel d\u2019offres et sans consultation pr\u00e9alable des parlementaires. Mais, depuis, les relations entre le Maroc et la France ont repris leur train-train habituel.<br><br><strong>La m\u00e9ga-fusion ONA\u2013SNI<\/strong><br><\/p>\n\n\n\n<p>LES FAITS. Le 26 mars 2010, un big-bang secoue la place casablancaise. Le holding royal annonce une m\u00e9ga-op\u00e9ration s\u00e9quenc\u00e9e en trois phases : retrait de la Bourse de Casablanca des titres ONA et SNI, fusion de ces deux gigantesques holdings et revente d\u2019un paquet de filiales.<br>Avant la fin de l\u2019ann\u00e9e, les deux premi\u00e8res phases sont boucl\u00e9es : les deux holdings ne font plus qu\u2019un, il s\u2019appelle SNI.<br><br>LA VERSION OFFICIELLE. Dans un dossier de presse distribu\u00e9 aux m\u00e9dias, les managers des affaires royales ont tent\u00e9, comme ils ont pu, de donner du sens \u00e0 ce chamboulement capitalistique, le plus important que le Maroc ait jamais connu. On parle de \u201cnouvelle vocation du groupe\u201d, de \u201cvolont\u00e9 de se conformer aux standards internationaux puisqu\u2019il est de plus en plus rare de par le monde de voir des holdings cot\u00e9s qui sont essentiellement constitu\u00e9s d\u2019actifs eux-m\u00eames cot\u00e9s, ce qui est le cas de SNI et ONA\u201d. Une couleuvre difficile \u00e0 avaler vu le co\u00fbt stratosph\u00e9rique de l\u2019op\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p><br>LES ZONES D\u2019OMBRE. C\u2019est bien trop cher pay\u00e9 pour croire en la simple volont\u00e9 de se conformer aux standards internationaux. Majidi et Bouhemou sont de vrais professionnels de la finance et ont toujours fait preuve d\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 pour profiter des br\u00e8ches r\u00e9glementaires, de mani\u00e8re \u00e0 optimiser les investissements de leur patron, la famille royale en l\u2019occurrence. Tout dans le d\u00e9roulement de l\u2019op\u00e9ration laisse croire que c\u2019est une premi\u00e8re r\u00e9fl\u00e9chie \u00e0 long terme et que son v\u00e9ritable objectif est d\u2019\u00e9loigner le business royal des radars du march\u00e9 financier, avec toutes ses contraintes de transparence. Elle est intervenue alors que la Loi de Finances venait d\u2019accorder un cadeau fiscal aux op\u00e9rations de fusion, les banques ont ouvert les vannes du cr\u00e9dit sans discuter, pour financer l\u2019achat des actions aupr\u00e8s du grand public, les partenaires \u00e9trangers du groupe royal ont mis la main \u00e0 la poche et les investisseurs institutionnels marocains conservent leurs titres de mani\u00e8re \u00e0 ne pas rendre plus ch\u00e8re l\u2019op\u00e9ration, qui a co\u00fbt\u00e9 au final 10 milliards de dirhams.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis, le groupe, m\u00eame s\u2019il n\u2019a pas encore r\u00e9alis\u00e9 de nouvelles acquisitions ou m\u00eame r\u00e9alis\u00e9 les cessions promises, \u00e9volue dans l\u2019ombre. Ne serait-ce que pour publier sommairement ses comptes, l\u2019autorit\u00e9 du march\u00e9 doit r\u00e9guli\u00e8rement lui administrer des piq\u00fbres de rappel.<br><br><strong>La rupture avec l\u2019Iran<\/strong><br><br>LES FAITS. Le vendredi 6 mars 2009, un communiqu\u00e9 du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res annonce le rappel du charg\u00e9 d\u2019affaires marocain en Iran. Quelques jours plus tard, l\u2019ambassadeur iranien au royaume est \u00e9galement rappel\u00e9 chez lui. Entre Rabat et T\u00e9h\u00e9ran, rien ne va plus.<br><br>LA VERSION OFFICIELLE. Selon un communiqu\u00e9 du minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res, la d\u00e9cision de rappeler le repr\u00e9sentant diplomatique au pays de Khome\u00efni intervenait suite \u00e0 une d\u00e9claration de T\u00e9h\u00e9ran, consid\u00e9rant l\u2019Etat de Bahre\u00efn comme la quatorzi\u00e8me province iranienne. Cette proclamation a suscit\u00e9 une contestation par le Maroc au plus haut niveau : le roi avait \u00e9mis un message de soutien au royaume de Bahre\u00efn. Mais le divorce avec l\u2019Iran se justifie aussi par la chasse au chiisme. T\u00e9h\u00e9ran est accus\u00e9 de soutenir un activisme visant \u00e0 alt\u00e9rer les fondamentaux religieux du royaume, \u00e0 s\u2019attaquer aux fondements de l\u2019identit\u00e9 ancestrale du peuple marocain et \u00e0 tenter de menacer l\u2019unicit\u00e9 du culte musulman et le rite mal\u00e9kite sunnite au Maroc.<\/p>\n\n\n\n<p><br>LES ZONES D&#8217;OMBRE. Plusieurs c\u00e2bles diplomatiques r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par Wikileaks rel\u00e8vent l\u2019implication de l\u2019Arabie Saoudite, l\u2019autre monarchie du Golfe, dans cette rupture, et placent le conflit dans le cadre de la bataille pour l\u2019h\u00e9g\u00e9monie dans la r\u00e9gion. Dans une correspondance entre le diplomate am\u00e9ricain au Caire et son coll\u00e8gue \u00e0 Rabat, le premier a expliqu\u00e9 que \u201cles Saoudiens ont sensibilis\u00e9 personnellement le roi Mohammed VI, et non le gouvernement marocain qui a \u00e9t\u00e9 tout aussi surpris que le reste du monde par cette rupture des relations diplomatiques\u201d.<br><br>Le c\u00e2ble Wikileaks \u00e9voque \u00e9galement l\u2019inqui\u00e9tude du Maroc quant \u00e0 \u201cl\u2019\u00e9ventuelle acquisition par l\u2019Iran d\u2019armes atomiques\u201d. En prenant la d\u00e9cision de rompre avec T\u00e9h\u00e9ran, le roi a donc fait d\u2019une pierre deux coups : plaire aux Etats-Unis, tr\u00e8s hostiles au r\u00e9gime d\u2019Ahmadinejad, et maintenir ses excellentes relations avec l\u2019Arabie Saoudite. Pour quelle contrepartie ? On n\u2019en sait rien.<\/p>\n\n\n\n<p><br><br><strong>Les poursuites contre Khalid Oudghiri<\/strong><br><br>LES FAITS. Le 1er ao\u00fbt 2008, Abdelkrim Boufettas, membre d\u2019un richissime clan soussi, d\u00e9pose plainte pour une affaire de corruption impliquant Khalid Oudghiri. L\u2019ancien patron d\u2019Attijariwafa bank (filiale du holding royal), \u201cd\u00e9missionn\u00e9\u201d en 2007. Selon l\u2019accusation, il aurait touch\u00e9, par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un notaire, un pot-de-vin de 35 millions de dirhams dans une transaction immobili\u00e8re. Un mandat de recherche international est \u00e9mis contre Oudghiri. Exil\u00e9 entre le Canada et la France, celui-ci ne s\u2019est jamais pr\u00e9sent\u00e9 au proc\u00e8s.<br><br>LA VERSION OFFICIELLE. Boufettas avait du mal \u00e0 rembourser son cr\u00e9dit bancaire de 175 millions de dirhams. En 2004, la banque enclenche alors la proc\u00e9dure de recouvrement et met aux ench\u00e8res une parcelle de 53 hectares du terrain en hypoth\u00e8que. Mais, au dernier moment, un nouveau protocole de remboursement est n\u00e9goci\u00e9. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que Oudghiri et son complice de notaire auraient touch\u00e9 une commission de 20 MDH et auraient r\u00e9cidiv\u00e9 un an plus tard (15 MDH de plus) pour pousser l\u2019homme d\u2019affaires \u00e0 vendre son terrain. Pour ces actes, l\u2019ancien banquier num\u00e9ro 1 du royaume a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 par contumace \u00e0 10 ans de prison pour complicit\u00e9 de corruption.<\/p>\n\n\n\n<p><br>LES ZONES D\u2019OMBRE. Plusieurs questions s\u2019imposent quand on entreprend de faire le tri dans cette affaire aux innombrables ramifications. Premi\u00e8re interrogation : pourquoi Boufettas a-t-il mis 4 ans avant de d\u00e9cider de tout d\u00e9baller ? Son argumentaire, selon lequel il manquait \u201cde preuves mat\u00e9rielles\u201d, ne tient pas la route puisque lesdites preuves reposent d\u2019abord sur de simples t\u00e9moignages. Autre question : pourquoi certains t\u00e9moins-cl\u00e9s (principaux dirigeants de la banque et les autres membres de la famille Boufettas) n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 auditionn\u00e9s ? Nombreux sont les observateurs qui voient cette affaire comme un r\u00e8glement de compte. C\u2019est un secret de polichinelle : Oudghiri ne s\u2019entendait pas du tout avec ses employeurs, les gestionnaires des affaires royales. Ne serait-il donc in fine coupable que de \u201csale caract\u00e8re et d\u2019exc\u00e8s de confiance\u201d ? Lui ne s\u2019est en tout cas jamais exprim\u00e9 sur cette affaire, ni devant la justice ni devant les m\u00e9dias.<br>Un jour peut-\u00eatre.<br><\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>La crise de l\u2019\u00eelot Leila<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><br><br>LES FAITS. Le 10 juillet 2002, six membres des Forces auxiliaires marocaines d\u00e9barquent sur l\u2019\u00eelot Leila, situ\u00e9 \u00e0 200 m\u00e8tres des c\u00f4tes marocaines. La r\u00e9action espagnole est imm\u00e9diate. Le voisin ib\u00e9rique y voit \u201cune invasion d\u2019un territoire espagnol\u201d et d\u00e9p\u00eache une v\u00e9ritable armada. En tout, six bateaux de guerre et 24 \u00e9l\u00e9ments du groupe des actions sp\u00e9ciales ont \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9s pour faire prisonniers les six militaires marocains qui sont livr\u00e9s dans des conditions humiliantes aux autorit\u00e9s marocaines.<br><br>LA VERSION OFFICIELLE. En d\u00e9barquant sur l\u2019\u00eelot \u00e0 la souverainet\u00e9 contest\u00e9e, les six membres des Forces auxiliaires comptaient \u00e9tablir, selon les autorit\u00e9s marocaines, un poste de contr\u00f4le dans le cadre de la lutte du royaume contre le trafic de drogue et l\u2019immigration clandestine.<\/p>\n\n\n\n<p>LES ZONES D\u2019OMBRE. En d\u00e9p\u00eachant ses militaires sur place, le Maroc savait que la r\u00e9action de l\u2019Espagne serait vigoureuse. Les deux voisins se sont en effet mis d\u2019accord, au d\u00e9but des ann\u00e9es 90, pour maintenir le statu quo sur ce petit rocher, qui ne devait porter aucun \u201csymbole repr\u00e9sentatif d\u2019une appartenance nationale\u201d. Qu\u2019est-ce qui a donc pouss\u00e9 le Maroc \u00e0 rompre cet accord de mani\u00e8re subite et unilat\u00e9rale ? Pour \u00e9viter l\u2019escalade militaire en tout cas, la ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res espagnole de l\u2019\u00e9poque, Ana Palacio, affirme avoir demand\u00e9 \u00e0 parler au roi Mohammed VI. En vain. Le Maroc n\u2019a-t-il pas pris au s\u00e9rieux cet ultimatum lanc\u00e9 par Madrid ? Par la suite, c\u2019est une m\u00e9diation am\u00e9ricaine, men\u00e9e par le secr\u00e9taire d\u2019Etat \u00e0 la D\u00e9fense, Colin Powell en personne, qui a permis de r\u00e9tablir le statu quo au sujet de \u201cce stupide bout de rocher\u201d, pour reprendre l\u2019expression de l\u2019ancien responsable am\u00e9ricain.<br><br><\/p>\n\n\n\n<p>Source : <span style=\"text-decoration: underline;\">Osservatore Internazionale per i diritti&nbsp;<\/span><\/p>\n\n\n\n<p>Tags : Maroc, Mohammed VI, DST, Prison de T\u00e9mara, \u00eelot Le\u00efla, \u00eelot Persil, Hicham Mandari, Fouad Ali El Himma, Mawazine, TGV, El Bouraq, ONA, SNI, Al Mada, Iran, Polisario, Khalid Oudghiri,&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Maroc, Mohammed VI, monarchie, #Maroc, TELQUEL 26 Novembre au 2 D\u00e8cembre 2011De l\u2019assassinat de Hicham Mandari \u00e0 la cabale mont\u00e9e contre Khalid Oudghiri, en passant&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":95522,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[20,2],"tags":[4,628,634,635,497,636,637,194,431,638,7,639,13,475,640,289,641,629,642],"class_list":["post-50828","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-maroc","category-marocleaks","tag-maroc-2","tag-al-mada","tag-dst","tag-el-bouraq","tag-fouad-ali-el-himma","tag-hicham-mandari","tag-ilot-leila","tag-ilot-persil","tag-iran","tag-khalid-oudghiri","tag-maroc","tag-mawazine","tag-mohammed-vi","tag-monarchie","tag-ona","tag-polisario","tag-prison-de-temara","tag-sni","tag-tgv"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/50828","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=50828"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/50828\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=50828"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=50828"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/xnalgrt.cluster100.hosting.ovh.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=50828"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}