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  • Les vrais enjeux du Brexit: Le début de la fin d'une utopie ?

    par Abdelhak Benelhadj

    « Dieu et mon droit. Honni soit qui mal y pense »
    Les historiens de l’avenir se sont mis très vite à la tâche et les livres consacrés au « Jour d’après » garnissent déjà les étals des librairies. Un travers d’époque.
    Le nouveau coronavirus a fait des dommages dont l’étendue n’a pas encore été, (comment pourrait-elle l’être ?), objectivement et exhaustivement mesurée. Mais si on ne le peut que par hypothèse pour la pandémie, on le peut, sans s’embarrasser de conjectures, pour l’histoire de l’Union Européenne.
    Pour la première fois dans l’histoire de l’Union un membre quitte librement et démocratiquement un ensemble géopolitique qu’il avait tant désiré rejoindre. C’est d’autant plus singulier que les candidats au sud et à l’est semblent piétiner et se bousculent aux portes de l’Europe. Mais est-ce si vrai ?
    Certes, les flux migratoires qui traversent la Méditerranée au péril de leur vie se sont multipliés avant que la pandémie ne les ralentisse. Mais est-ce vraiment l’Union qui les attire tant ? Ou n’est-ce pas plutôt l’insécurité, la dégradation de leur environnement et de leurs conditions de vie qui les poussent à s’enfuir avec femmes et enfants, quels que soient les chemins qu’ils empruntent pour s’en éloigner ?
    Le Royaume Uni fait partie, avec la Scandinavie et l’Allemagne, de ces destinations où ils espèrent refonder un foyer à l’abri du mauvais temps. Pas l’Italie, pas la France, pas l’Espagne ou la Suisse. C’est pourquoi ils s’entassent sur les rives de la Manche, à l’entrée du Tunnel guettant une occasion pour le voyage vers l’« ailleurs ». Et cet ailleurs n’est pas l’Europe en tant qu’Union, en tant que projet, en tant qu’Utopie qui s’est ainsi posée dès ses fondations aux lendemains de la dernière guerre et après la chute du Mur de Berlin. Malheureusement, dans ce monde libéral tout circule (les marchandises, les capitaux, les informations, les… virus), sauf les hommes, surtout quand ils viennent de l’autre versant du monde.
    Le divorce de la GB avec l’Union Européenne, signifie en ces circonstances plus qu’une rupture géopolitique régionale, un véritable échec historique dont elle pourrait ne pas se relever.
    Le nombre de pays, les sondages le montrent, où le désir de se défaire de l’Union augmente. En sorte qu’on peut se demander si le Brexit n’est pas le premier pas vers un démembrement généralisé d’un processus qui a trahi les principes et les objectifs dont a bercé l’imaginaire des citoyens européens.
    Mai 2005 (échec du projet de Constitution européenne), plus qu’un avertissement ou une prémonition : il sonne comme le début de la fin d’une illusion.
    Vendredi 31 janvier 2020, 23h, heure de Greenwich. Voté le 13 juin 2016 par 51.9% des électeurs, prévu le 29 mars 2019, le Brexit a été acté fin janvier de cette année. Le Royaume-Uni, après 47 ans de vie commune, devient le premier pays à quitter l’Union Européenne. S’ouvrait une période de transition qui a duré plus que les 11 mois de négociations prévus. Une épreuve de force qui n’a pas mis aux prises seulement la Grande Bretagne et ses partenaires continentaux. Sa sortie va accentuer et approfondir les divergences internes dans une Union qui a du mal à faire converger économiquement, financièrement et politiquement ses membres et à digérer un élargissement trop rapide dans un contexte international instable. Le tout accentué par une pandémie dont on ne voit pas le bout.
    Dès son arrivée au pouvoir B. Johnson n’a pas fait mystère de ses objectifs, confirmant toutes ses prises de positions antérieures. Il n’y a aucune raison, pensaient non sans pertinence les Anglais, pour que l’UE ne consente pas à signer avec la GB un pacte similaire à celui qu’elle a signé avec les Etats-Unis et le Canada.
    « Le Premier ministre dit à l’Union européenne: No, Non, Nein! », résumait le Sunday Express la position de B. Johnson début février. Selon le quotidien britannique, le Premier ministre britannique a fait à ses anciens alliés une « offre à prendre ou à laisser », proposant à Bruxelles rien de moins que le choix entre un « accord de libre-échange similaire à celui conclu avec le Canada ou un accord comme avec l’Australie », qui se rapprocherait d’un « no deal ».
    Rien de moins qu’un Brexit sans Brexit. Tous les avantages du marché unique sans aucune de ses contraintes. Et c’est ce qu’il va peu ou prou obtenir. Michel Barnier, le négociateur français trompe et se trompe à défendre un point de vue inverse : « …ils [Les Britanniques] voulaient les avantages du marché unique sans en avoir les contraintes et la discipline. Cela n’a pas marché. » (dans un entretien publié lundi 28 décembre dans Ouest France).
    Il fait peu de cas de la veulerie européenne et de la pugnacité anglaise que B. Johnson rappelle de manière limpide à Westminster ce mercredi 30 décembre : « Ce que nous cherchions n’était pas une rupture mais une solution, une solution à la vieille et controversée question des relations politiques de la Grande-Bretagne avec l’Europe, qui a tourmenté notre histoire d’après-Guerre » (…). « Nous serons désormais un voisin amical – le meilleur ami et allié que l’UE puisse avoir – travaillant main dans la main lorsque nos valeurs et intérêts coïncident, tout en répondant au souhait de souveraineté des Britanniques de vivre avec leurs propres lois, préparées par leur propre Parlement élu ».
    Ce qui n’a pas été dit aux citoyens européens, c’est que les partisans du Brexit sont partout en Europe qui est devenue ce que les libéraux ont absolument tenu à en faire : un vaste marché dérégulé, affranchi de toute contraintes, déjà ouvert aux quatre vents.
    Michel Barnier veut se donner un rôle de gagnant en rapport avec ses nouvelles ambitions : partir à la conquête et à la reconstruction de la Droite française démembrée, écartelée entre macronisme et lepénisme. M. Barnier pourrait s’avérer un recours vraisemblable pour les tenants de l’économie de marché sans entraves (sous quelque emballage politique qu’elle se présente) si d’aventure E. Macron, totalement décrédibilisé, devait défaillir. C’est aussi cela qui est en jeu dans ce divorce continental. Jeudi 24 décembre. La séparation aurait dû aboutir à un retrait effectif le 29 mars 2019. Cette date a été prorogée à de multiples reprises. Après des mois de négociations serrées et 24 dernières heures ultimes sous haute tension, le Brexit a été enfin signé par Londres et les représentants de l’Union. Le père Noël n’est pas venu la hotte vide. Mais il n’est pas certain que le qualificatif de « cadeau » convienne. Sauf peut-être pour B. Johnson qui déclare triomphalement à ses compatriotes : « Ce soir, pour le réveillon, j’ai un petit cadeau pour ceux qui chercheraient quelque chose à lire dans la torpeur de l’après-déjeuner de Noël ».2
    Tandis que le président français, jamais en retard d’une com’, comme son ex-homologue américain, plastronnait en vainqueur : « l’unité et la fermeté européennes ont payé ». (Reuters, J. 24/12/2020)
    Le texte du divorce a un format copieux : plus de 1250 pages de contrat écrit dans un langage ésotérique que les citoyens européens concernés vont tenter de déchiffrer et d’en mesurer l’impact sur leurs activités. Au reste, de nombreux points donneront lieu à négociation au cours des mois et années à venir.
    Même avec consentement mutuel, on ne divorce pas impunément. Le texte sera publié au Journal officiel avant la fin de l’année pour permettre son entrée en vigueur au 1er janvier. Cependant, son application ne sera que temporaire, en attendant sa ratification par les Parlements européen et nationaux qui n’interviendront qu’en 2021.3
    Mission accomplie.
    « If you can’t beat them, join them »4
    Le corollaire est clair : « S’ils sont sur la voie irréversible du démembrement, quittez-les. »
    L’Europe va perdre ce que pèse le Royaume Uni.
    – 6% de la superficie européenne ;
    – 13.2%% de sa population ;
    – 18% de son PIB ;
    La perte de la contribution britannique à un budget européen en cruel besoin de moyens face à la crise sanitaire. Mais, depuis M. Thatcher, les Européens en ont pris l’habitude. Et pour le reste, les déficits et l’endettement compenseront le gouffre creusé par la pandémie. Londres laisse un trou d’environ 70 Mds€. En tout état de cause, le prochain budget passe des 1300 Mds€ souhaités par le Parlement à 1100 Mds€ sur proposition de la Commission, pour finir à 1074 lors de l’accord obtenu à la mi-juillet dernier.
    Zéro quotas, zéro tarifs. Comme avant… C’est le cœur de l’accord obtenu. En donnant accès à son marché unique (450 millions de consommateurs) pour tous les produits britanniques sans droits de douane ni quotas, l’Union européenne accorde un privilège aux entreprises du Royaume Uni. Les exportations britanniques, destinées à 46% à l’Europe, pourront continuer sans surcoût. Le traité garantit une connectivité aérienne, routière, ferroviaire et maritime continue. 
    La concurrence entre les opérateurs s’exerce dans des conditions équitables « afin que les droits des passagers, des travailleurs et la sécurité des transports ne soient pas compromis ».
    Traduction : À supposer qu’il ait pu en avoir, EasyJet n’a aucune inquiétude à se faire sur sa compétitivité, son business-modèle et ses parts de marché.
    La City demeure au coeur des finances européennes.
    Ni la finance ni aucun service ne font partie de l’accord (80% de l’économie britannique et de la plupart des économies sur le continent). Mais l’espoir de vider la City de son pouvoir reste de l’ordre de la formule magique.
    Le compromis difficilement trouvé sur la pêche prévoit une période de transition jusqu’en juin 2026, à l’issue de laquelle les Européens auront progressivement renoncé à 25% de leurs prises dans les eaux du Royaume-Uni.
    – Le Royaume Uni est un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. L’alignement systématique de Londres sur Washington (depuis août 1941) dans la gestion des crises relativise cette perte pour l’Europe, mais en affaiblit assurément l’image.
    – Il dispose d’un armement atomique, même si celui-ci ne peut être utilisé sans l’aval des Etats-Unis du fait de la fourniture, en octobre 1962, des fusées Polaris américaines, découlant de l’accord MacMillan/Kennedy à Nassau, à l’origine de la rupture franco-britannique.
    La coopération en matière de politique étrangère, de sécurité extérieure et de défense n’est pas couverte par l’accord. Le Royaume-Uni a exclu cette question de la négociation. Dès lors que presque tous les pays de l’Union sont sous commandement de l’OTAN (y compris ceux qui n’y appartiennent pas de jure), cela n’a que très marginalement d’importance.
    Au reste, le traité ou Accords de Lancaster House signé par N. Sarkozy et D. Cameron à Londres en novembre 2010, consolide le retour de Paris sous le commandement américain en novembre 2007, rejoignant la plupart des ex-pays de l’Est, alors que le Pacte de Varsovie a disparu depuis une trentaine d’années. En 1963, C. De Gaulle avait refusé semblable transaction que lui avait soumise H. McMillan.
    Ce que la Grande Bretagne va espérer gagner : « Singapour sur Tamise »
    Jeu à somme non nulle : l’Union perd un membre et s’inflige un concurrent.
    La perspective appréhendée par Bruxelles est connue depuis longtemps : la Grande Bretagne va accentuer sa politique d’avantages comparatifs en matière sociale et fiscale. La position européenne est claire mais inefficace : si Londres voulait un accord douanier avantageux ouvrant le marché européen à ses produits et inversement, il ne pourrait pas s’affranchir totalement des normes communautaires et créer ainsi un concurrent dérégulé et déloyal aux portes de l’Union. Un voeu pieux.
    Pérégrination rétrospective.
    Retour aux conditions initiales
    Avant qu’un ancien directeur général de la banque Rothschild déguisé en président ne lui ouvre les portes en 1973, le général de Gaulle s’était fermement opposé à l’entrée de la Grande Bretagne dans l’Europe alors à six. Il craignait pour la Politique agricole commune (PAC) et évidemment pour les agriculteurs français. Il redoutait de voir la Communauté économique européenne (CEE) transformée en une vaste zone de libre-échange. Il voyait surtout dans la Grande-Bretagne un cheval de Troie des États-Unis : l’adhésion britannique aurait, selon lui, fait de l’Europe européenne une Europe atlantique. Il inclinait pour un approfondissement du Marché commun plutôt que pour son élargissement.
    Rétrospectivement, qui prétendrait que les craintes du Général n’étaient pas justifiées ?
    Ecoutons-le converser avec MacMillan Premier ministre de sa Majesté :
    « Au point de vue économique, vous, les Britanniques, dont l’activité repose principalement sur de larges échanges avec les Etats-Unis et sur un système de ventes et d’achats préférentiels avec le Commonwealth, accepteriez-vous vraiment de vous enfermer avec les Continentaux dans un tarif extérieur qui contrarierait gravement votre commerce américain et exclurait vos anciens dominions et vos colonies d’hier? Vous, qui mangez pour pas cher le blé du Canada, les moutons de Nouvelle-Zélande, les bœufs et les pommes de terre d’Irlande, le beurre, les fruits, les légumes, d’Australie, le sucre de la Jamaïque, etc., consentiriez-vous à vous nourrir des produits agricoles continentaux en particulier français, nécessairement plus coûteux ? Vous, dont la monnaie est celle de la vaste zone sterling, comment la débarrasseriez-vous des hypothèques, dettes et obligations que comporte ce caractère international, pour la ramener au rang modeste d’une bonne livre simplement anglaise ? »5
    Le 14 janvier 1963, le général de Gaulle oppose son veto à la demande d’adhésion du Royaume-Uni, évoquant le caractère incompatible des intérêts économiques continentaux et insulaires.
    Est-il si surprenant qu’un Jean Monnet résolument anti-gaullien exprime un avis opposé ?
    « Certains pensent et disent que l’Angleterre, une fois dans les institutions européennes, freinera tout naturellement le développement de l’Europe. Je ne le pense pas. Je crois que ce sera le contraire. Au lieu d’être un frein, l’Angleterre sera un élément actif et constructif. Ma raison est que le Gouvernement anglais s’est rendu compte que les grands problèmes internationaux ne pouvaient être influencés que par une force plus grande que la Grande Bretagne, c’est-à-dire l’unité européenne et l’association avec l’Amérique. L’Angleterre sera naturellement amenée, une fois qu’elle en fera partie, à développer l’unité européenne. » Lettre de Jean Monnet (président du Comité d’action pour les États-Unis d’Europe) à Jaap A. W. Burger (03 août 1961)
    C’est dans cette logique que B. Obama se trouvait lorsqu’il fit une visite le 21 avril 2016 à Londres à deux mois du référendum sur le Brexit. Il a plaidé avec force pour le maintien de son allié britannique au sein de l’Union, dans cette fonction de Cheval de Troie que redoutait tant la France Gaullienne. Pas plus que ses prédécesseurs, Obama ne s’en cachait.
    « Le Royaume-Uni excelle lorsqu’il aide à diriger une Europe forte ». « Certains pensent peut-être qu’il y aura un accord de libre échange USA/Royaume-Uni mais cela n’arrivera pas de sitôt (…) Le Royaume-Uni sera en queue de peloton », avait menacé le président américain lors d’une conférence de presse commune avec le Premier ministre britannique David Cameron. « Nous sommes concentrés sur les négociations avec le grand bloc » européen, a-t-il insisté.
    Dans une tribune publiée par le Daily Telegraph il argumentait : « L’Union européenne ne diminue pas l’influence britannique – elle l’amplifie ».
    Hélas ! Les électeurs britanniques ne l’ont pas écouté. Et ce n’est pas D. Trump qui les en a blâmés.
    Lors de cette visite, Nigel Farage, le leader du parti xénophobe Ukip, avait laissé tombé, rassuré : « Heureusement, il quittera ses fonctions bientôt ».
    Le Brexit, c’est la continuation de la guerre par d’autres moyens…
    L’OMC (comme la plupart des institutions internationales) est de plus en plus enjambée, contournée, ignorée dans une allègre déréglementation universelle orchestrée par une Amérique qui condamne au nom de sa justice extra-territorialisée qui bon lui semble, sans n’avoir de compte à rendre qu’à elle-même.
    La Grande Bretagne se retire de l’Union mission accomplie : l’Europe n’est plus fermée aux marchés, à la mondialisation et ne pose aucune contrainte sérieuse à l’hégémonie américaine. Les Européens s’étripent -à quelques restrictions près- comme cela se pratique de manière ordinaire dans la jungle extra-muros que constitue désormais l’économie mondialisée à peine réglementée. Ce sera la guerre au moins pour une raison : l’Union devra prouver à tous les citoyens européens qui accusent Bruxelles de la dégradation de leurs conditions sociales et économiques et qui ont vu les Britannique fêter leur sortie de l’UE, que quitter l’Europe ne saurait être un succès.
    Si les Européens ne parviennent pas à faire cette démonstration, alors il est à craindre que la Grande Bretagne ne soit que la première étape d’un processus de déconstruction dont personne ne peut prévoir les conséquences ultimes.
    Le problème est que B. Johnson va pratiquer une politique de déficit public très importante à la D. Trump6 destinée à relancer l’activité, notamment par l’investissement dans les infrastructures, recherche et innovation, avec création massive d’emplois.
    Dès le mois d’avril le smic britannique est augmenté de 6% pour dépasser le salaire minimum français. Nationalisation d’une compagnie régionale ferroviaire dans une région travailliste qui a voté conservateur lors des dernières législatives. Opportuniste ? Tactique ? Si cette politique aboutissait à plus de croissance, plus d’emplois, plus création de richesses, alors les tenants de la politique monétariste européenne auraient des soucis à se faire. Même si elle pourrait être discutable en raison de ses conséquences à long terme, il suffirait qu’elle aboutisse à de bons résultats à court terme pour accentuer les contraintes sociales et politiques en Europe continentale. La Grande Bretagne ne manque pas d’alliés : même si on oublie la reconstitution impériale improbable servie à la nostalgique opinion britannique, les Etats-Unis sont à ses côtés, résolus depuis longtemps à la destruction d’une Union tentée par une illusoire autonomie.
    Les rêves calédoniens.
    Lors du premier referendum d’autodétermination de l’Écosse qui s’est déroulé le jeudi 18 septembre 2014, et qui a été perdu de peu, on avait dit aux Ecossais « si vous voulez votre indépendance, alors vous devriez sortir de l’Union Européenne ». Aujourd’hui, la donne est inversée : « Votre indépendance vous permettra de demeurer dans l’Union » et Londres ne pourrait alors opposer son veto. L’« Union Jack » serait alors une bannière en péril.7
    « L’Ecosse reviendra au coeur de l’Europe en tant que pays indépendant », avait tweeté la Première ministre indépendantiste écossaise Nicola Sturgeon, déterminée à lutter contre le refus de Londres d’autoriser un référendum sur l’indépendance. A Edimbourg, le drapeau de l’UE continuera de flotter après le Brexit devant l’assemblée locale, où des centaines de personnes se sont réunies le 31 janvier 2020 pour affirmer leur opposition au départ de l’UE.
    Géographie irlandaise à n dimensions.
    L’UE, veut à tout prix éviter que le Royaume-Uni ne cherche à obtenir un accès « à la carte » au marché unique et à l’espace douanier européen, sans les obligations qui lui sont liées.
    Michel Barnier avait insisté pour que l’Irlande du Nord seule reste dans l’union douanière et le marché unique, sans date limite, si aucune meilleure solution n’est trouvée dans les futures négociations sur la relation post-Brexit entre l’UE et Londres. Mais ce « filet de sécurité » (« backstop » en anglais) créerait une nouvelle frontière de fait, cette fois-ci entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni, protestent les unionistes nord-irlandais.
    Ce serait une « annexion permanente de l’Irlande du Nord, qui sortirait du Royaume-Uni, et nous laisserait pour toujours soumis à des règles écrites sans que nous ayons notre mot à dire », a déplorait sa dirigeante, Arlene Foster, dans une tribune du Belfast Telegraph. Inversement, la frontière irlandaise permet à Londres de sortir de l’Union par la porte et d’y faire rentrer ses marchandises par la fenêtre.
    Tout cela n’est plus d’actualité.
    Redistribution de cartes en Europe.
    Égarements français.
    Contrairement aux bénéfices présumés du Brexit régulièrement annoncés à son opinion publique, la France sera peut-être un des plus grands perdants du départ de la GB que la proximité géographique ne fera que renforcer.
    – Beaucoup de bruit a été fait autour du profit que la France escomptait tirer du Brexit. En réalité, les transnationales, notamment américaines, ne semblent pas avoir été si effrayées que cela par le Brexit. Et, pour s’en tenir à celles qui ont déménagé ou dédoublé leurs sièges, c’est moins Paris que Amsterdam et Francfort qui en ont le plus bénéficié.
    – La France en déficit commercial structurel (supérieur à 60 Mds€) va perdre un des rares pays avec lesquels elle dégage un excédent.8
    – Plus que tout autre pays européen, les problèmes de la pêche affecteront davantage les marins français sous la menace d’interdiction pour un accès dans les eaux britanniques où les pêcheurs français réalisent 30% de leur chiffre d’affaires. Des milliers d’emplois sont en jeu.
    – Selon les circonstances la France affirme hautement son ouverture à l’Europe, mais elle se garde bien de partager certains atouts qu’elle possède.
    De plus, les Français ont du mal à se dépêtrer de la réputation de donneurs de leçons. Les Lumières (des Encyclopédistes à Charles de Gaulle, chacun fera le tri qui lui convient) qui pourraient justifier cette image ont bien pâli. Deux exemples tirés de la brûlante actualité :
    Le voyage du président Macron en Pologne lundi 03 février a été précédé par des échanges polémiques entre les deux pays. Paris ne rate pas l’occasion de contester la politique polonaise dès l’arrivée au pouvoir en 2015 du parti conservateur nationaliste Droit et Justice (PiS). Depuis son élection, Emmanuel Macron a critiqué Varsovie pour ses réformes controversées de la justice – encore durcies cette année par une loi du 23 janvier. Mais ce ne seraient que des prétextes à une fâcherie dont on ne discerne pas avec précision la réelle portée. Les Polonais ne supportent plus l’attitude des autorités françaises renvoyées à leurs propres difficultés intérieures. D’autant moins qu’au-delà de Varsovie, ce sont tous les ex-PECO (Pays d’Europe Centrale et Orientale) qui refusent le statut informel de membres mineures de l’Union « qui devraient se contenter des Fonds Structurels nécessaires à leur développement ». On les dit intégrés par charité après la Chute du Mur de Berlin, après avoir contribué à la destruction de l’Union Soviétique, certains refusent de servir de supplétifs contre la Russie de Poutine.
    L’Espagne, le Portugal et la Grèce éprouvent des ressentiments similaires.
    Ce ne seront pas les pays des Balkans, la Macédoine en tête, interdits d’Europe du fait de l’opposition que E. Macron a brandie, qui le contesteraient. Certes, l’élargissement a été fait dans la précipitation sous la pression des Etats-Unis. Certains soupçonnent, non sans raisons, ces nouveaux membres d’utiliser l’Union comme anti-chambre de l’OTAN et pour le seul bénéfice des subventions communautaires. Comment ces pays accepteraient-ils le Brexit sans être tentés par un projet similaire, dès lors qu’il est possible de quitter l’Union sans perdre les avantages qu’elle procure ? Certes les subventions dont ils jouissent pèsent dans ces calculs et dans les budgets.
    Pour combien de temps ?
    Il est tout aussi vrai que l’Allemagne et son industrie en tirent un meilleur parti que la France. A ce compte, il serait vain de crier à la compétition déloyale. La compétition fiscale est largement pratiquée au sein même de l’Union : le Luxembourg, les Pays-Bas ou la Suisse arrimée à l’Europe (sans compter Gibraltar qui héberge un nombre incalculable de boîtes à lettres et autant d’entreprises fantômes), moyennant quelques mesures cosmétiques, ne s’en cachent pas. Ils « lavent toujours plus propre » et recyclent toute sorte de capitaux d’origine indéterminé. Il en est de même de la compétition sociale. Les entreprises européennes la pratiquent ouvertement : il suffit de lire les plaques minéralogiques des camions qui traversent toute l’Europe. Le problème concerne les citoyens européens et leurs dirigeants (en l’occurrence français) qui critiquent d’un côté un système et qui l’entretiennent de l’autre. Qui tiennent un discours à Bruxelles, où ils votent des directives et un autre à Paris où ils en déplorent les conséquences.
    La perte d’influence française dans le monde au cours des trois derniers quinquennats, en particulier en Europe, en Afrique et au Proche-Orient est un fait indéniable. Le président français perd pied aussi bien dans son pays qu’à l’étranger où l’image de son pays s’est notablement dégradée.
    Vendredi 31 janvier au matin un message a été placardé, sur les portes des quinze étages de la tour Winchester située à Norwich. Il a été adressé aux nombreux résidents, quelques heures avant l’officialisation tant attendue de la sortie du Royaume-Uni hors de l’Union européenne. Voilà son contenu : « Alors que nous récupérons enfin le contrôle de notre pays nous pensons qu’une règle en particulier doit être clairement établie parmi les résidents de la tour Winchester. Nous ne tolérons pas ceux qui parlent une autre langue que l’anglais dans les appartements. »
    Avec une menace à peine voilée : « Si vous tenez vraiment à parler la langue du pays duquel vous venez, nous vous suggérons d’y retourner et de rendre votre appartement afin que des Britanniques puissent y vivre et que les choses reviennent à ce qui était la norme avant que vous ne veniez infecter cette île qui jadis fut grande ».
    Le message se termine par un « God save the Queen » retentissant.
    Que la sortie de la GB hors d’Europe soit saluée et accompagnée d’une flore et une faune extrémiste de ce genre, exprimant une volonté de clôture et de repli sur soi ne distingue pas les Britanniques des autres Européens dont ils se sont séparés. Ce phénomène est le lot de tout le continent qui érige, comme nous l’avons noté, des « murs » tout autour de lui.
    Le plus inquiétant est peut-être que cette injonction en faveur de la langue anglaise soit reprise à leur compte par tous les pays de l’Union, y compris par celui, la France où la défense de la langue et de la culture françaises ne relève plus de l’« exception » qu’elle imposait fermement à ses partenaires.
    « L’anglais n’est plus une langue étrangère » déclarent les « élites » hexagonales qui espèrent sans réellement y croire attirer des étudiants étrangers, naturellement venus d’Europe et d’Amérique du Nord. C’est ironique, au moment où la GB quitte l’union en rompant avec le système Erasmus, peut-être la perte la plus irréparable de toute cette affaire.
    Ceci a pour conséquence une perte de l’enseignement du français dans les ex-pays de l’Est et dans le reste de la francophonie qui n’a plus qu’une valeur médiatique.9 Des voix s’élèvent pour profiter du départ de la GB pour réhabiliter les langues européennes et multiplier leur enseignement dans toute l’Union.10 « La langue de l’Europe c’est la traduction », disait Umberto Ecco. Ces voix prêchent dans le désert. C’est d’autant plus ironique que l’anglais n’a jamais été international que par la grâce de la puissance américaine. L’atlantisme, dans le dos du gaullisme, a accouché des générations, aujourd’hui un peu partout à la tête de leur pays, de petits Européens voués au culte messianique de l’Amérique guidant le monde11. Emmanuel Macron en est une brillante caricature, avec un travers purement indigène, une rhétorique emphatique, résultat de la sélection formatée des élites bourgeoises françaises.
    Le torchon brûle entre Paris et Berlin.
    Ce même lundi 03 février deux informations tombent :
    – La première est la démission avant terme de Jan Wörner, directeur de l’ESA qui évoque des « jeux très sales » des « mensonges » et des « rumeurs », qui se sont propagés dans la presse « intentionnellement afin de me faire du mal » et, « en même temps », de « blesser la constitution démocratique de l’ESA ». (La Tribune, L. 03 février 2020). Lors du Sommet de Séville, Jan Wörner avait bénéficié d’un très fort soutien de la délégation allemande et de ses alliés. Mais Paris, très peu satisfait du directeur général de l’ESA, avait été très réservé sur la question. CQFD12
    – Un tabou est brisé : l’Allemagne doit « envisager une coopération avec la France en ce qui concerne les armes nucléaires », faisait mine de demander le vice-président du groupe parlementaire de l’Union démocrate-chrétienne (CDU), Johann Wadephul dans un entretien au quotidien Tagesspiegel ce même lundi. Le pays « devrait être prêt à participer à la force de dissuasion nucléaire avec ses propres capacités et moyens », poursuit cet élu du mouvement de la chancelière. Cette demande est ancienne mais jusque-là discrète, seulement proférée dans des salons cossus off the record. Elle est proposée dans un cadre européen pour mieux faire passer la pilule, mais vise en fait un cadre bilatéral. Elle porte sur l’armement nucléaire, mais elle portait aussi sur le siège de la France au Conseil de sécurité, par exemple en alternant Français et Allemands. Les méchantes langues rapprocheraient la situation de la France de celle de la Grèce en 2015, au moment où se négociait le sort de Athènes alors que se murmurait l’hypothèse d’un Grexit. Elles rappelleraient la proposition allemande qui fit scandale d’échanger la dette grecque contre quelques îles… que Athènes possède en excès et que les touristes allemands sont si nombreux…13 Turcs et Allemands auraient eu la frontière commune à laquelle la Sublime Porte puis Atatürk avaient tant aspiré.
    A l’évidence les « amitiés » Adenauer-De Gaulle ou Kohl-Mitterrand ne sont plus d’actualité.
    La France déficitaire n’a plus beaucoup d’avantages comparatifs, en dehors de ses bombes atomiques obsolètes et de son siège au Conseil de sécurité aux Nations Unies… Et les Allemands ont tant de comptes à régler avec leurs « chers » voisins si imbus d’eux-mêmes…14 Le consensus trouvé lors du Sommet de la mi-juillet pour financer les dommages provoqués par la pandémie, en permettant à l’Union de s’endetter au nom de tous a laissé croire que les « pays frugaux » (Danemark, Pays-Bas, Suède, Autriche) avaient été soumis et que l’Allemagne avait abandonné la rigueur budgétaire qu’elle a toujours défendue.
    Les autorités françaises savent bien qu’il n’en est rien.
    1.- La concrétisation de ces décisions (limitées à cet objet) prendra du temps et sera strictement conditionnée (et pas seulement au respect de l’« Etat de droit » que la France prétend imposer à la Pologne et à la Hongrie) ;
    2.- Si le ministre de l’économie tient tant aux « réformes structurelles » touchant à la retraite et à l’indemnisation du chômage c’est justement parce qu’il sait qu’il ne serait qu’illusion de croire à un abandon de la « politique de rigueur » de ses partenaires. Dans les coulisses, à l’abri de caméras et des micros, des engagements fermes ont sans doute été pris.
    3.- Les pays de l’ancienne zone Mark, toujours présente, savent qu’il ne faut pas tuer la « poule aux oeufs d’or ». L’Union est une chasse relativement gardée dont ils tirent une part importante de leurs revenus et de leur prospérité. Mais le chantage « Too big to fail » ne confère aucune protection éternelle. Le paysage change peu à peu, les cartes se redistribuent, le monde se transforme.
    Le laboratoire britannique.
    Toutes proportions gardées, il en est de la souveraineté comme de l’amitié (anthropomorphisme cynique) que l’homme s’imagine avoir avec son chien. En Chine ou en Afrique on l’assaisonne, en Grande Bretagne on le fait courir. Serait-ce à cette attachante et traditionnelle empathie que Anthony Blair avait mérité l’insigne qualité de meilleur « caniche » de Bush ?
    Depuis, les chenils américains débordent de candidats.
    Derrière l’image il y a le déclin de l’empire de Sa Majesté sur lequel le soleil s’est irréversiblement couché. L’entre-deux guerres n’a pas été tendre avec l’Europe et avec la Grande Bretagne. On peut tenir 1931 pour une date historique qui a marqué la fin de la Livre Sterling et celle et du souvenir de l’Empire de la Reine Victoria. La rencontre dans le plus grand secret le 14 août 1941, à bord d’un navire de guerre au large de Terre-neuve, entre le président américain Franklin D. Roosevelt et le Premier ministre britannique Winston Churchill, accoucha de la Charte de l’Atlantique et du début d’un processus qui fit de la Grande Bretagne la « plus grande amie » de l’Amérique.
    Le locataire du 10 Downing Street d’alors croyait avoir jeté avec son cousin d’Amérique les fondements de l’ordre politique international de l’après-guerre.
    Travaillistes comme conservateurs (Churchill, MacMilan, Heath, Thatcher, Major, Blair, Brown… Johnson) avec quelques nuances mineures, ont suivi fidèlement cette ligne de conduite en s’illusionnant sur la portée des « special relationship » auxquels ils étaient seuls à faire semblant de croire. Leur argument? 
    L’inoxydable conjecture chevènementiste du papillon qu’on priait de rentrer dans le bocal pour le faire bouger. Et, invariablement, la fixité du bocal est inversement proportionnelle à la vaine agitation du papillon. Certes, on peut faire mine de comprendre que le pacte UKUSA (pointe avancée d’un Occident judéo-chrétien réformé obnubilé par des menaces millénaristes), relativise et compense entre alliés les pertes ou gains de souveraineté. La mobilisation d’un Occident inquiet d’abord face à la menace communiste, engagé ensuite dans un « choc des civilisations » face à la multitude d’un monde méridional divers et populeux, peut justifier un « containment » salutaire qui incline à au resserrement des rangs. Les Britanniques pouvaient se consoler à se sentir membres d’un Tout et non supplétifs d’une partie.
    Ce n’est malheureusement pas le cas.
    Le recours aux désordres extérieurs, des cités grecques à la Ligne Maginot, en passant par la Muraille de Chine, a toujours été agité pour domestiquer les vassaux et conforter l’ordre intérieur. Ce qui fait problème au fond n’est pas la perte de souveraineté, mais les concessions unilatérales qu’aucune alliance n’impose. Que c’est dur de continuer à paraître quand on a été.
    Le laboratoire britannique prend ici l’allure d’un paradigme.
    Partout, les nations et les pactes régionaux explosent ou menacent de dislocation. Pour ceux qui ont éclaté, surtout à l’Est ou en cours d’éclatement : la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie, Chypre, la Libye, l’Irak, la Syrie, le Cameroun, le Soudan, l’Ukraine… Demain : l’Espagne, l’Italie, la Belgique… La Grande Bretagne ?
    Le GATT, 1947/48 (l’OMC depuis 1995) a toléré la CEE, mais seulement dans la mesure où elle participait du Plan Marshall qui devait enfanter d’une Europe atlantiste, c’est-à-dire américaine, avec une armée de Monnet pour tenir la chandelle. D. Trump ne dissimule pas les objectifs que J. Biden reprend à la lettre près : de l’extérieur et de l’intérieur, avec la collaboration de certains Européens qui n’osent pas encore le déclarer publiquement, tout sera fait pour mettre un terme à cette expérience, à cette utopie qui n’a que trop duré. Le Brexit doit être appréhendé comme l’annonce d’une redistribution de cartes (géopolitiques) de première grandeur qui dépasse le cadre du Royaume Uni. Rien ne devra s’interposer entre l’Empire et les tribus.
    « J’ai enfreint la règle de Noé : prédire la pluie ne compte pas. Ce qui est important, c’est de construire des arches. » Warren Buffett
    Notes
    1 * Professeur associé à la retraite, Université Louis Pasteur, Strasbourg.
    2 AFP, V. 25/12/2020
    3 Ratifications parlementaires et pas populaires. Le ré férendum serait le meilleur moyen de le rejeter.
    4 « Si vous ne pouvez pas les défaire, rejoignez-les ».
    5 Charles de Gaulle.
    « Mémoires d’espoir ». Tome I: Le renouveau (1958-1962). Paris: Plon, 1970, p. 230-232.
    6 N’oublions pas la coïncidence historique : Trump et Johnson sont au pouvoir dans leurs pays, comme en 1979-1980, Mme Thatcher et R. Reagan y arrivent en même temps pour pratiquer une politique impériale (très symbolique pour Londres, dont la guerre des Malouines tente d’entretenir l’illusion) monétariste, anti-étatique et antisyndicale identique.
    7 Le drapeau du Royaume-Uni, connu sous le nom d ‘Union Flag ou Union Jack, a été créé en 1606, en symbole de l’Union de l’Angleterre et de l’Écosse Il combine la croix de saint Georges du drapeau anglais et la croix de saint André du drapeau écossais. Après 1801, ce drapeau fut augmenté de la croix de saint Patrick pour représenter l ‘Irlande.
    8 Selon une note de Bercy, le Royaume-Uni était en 2019 le 6e client de la France et son 7e fournisseur. Les échanges bilatéraux sont excédentaires pour la France avec 33,6 milliards d’euros d’exportations et 21,1 milliards d’importations. En outre, la chute de la livre après le Brexit a eu pour conséquence de réduire la compétitivité-prix des produits français, vendus en euros. C’est le cas des médicaments, par exemple, que le Royaume-Uni prévoit d’importer des Etats-Unis.
    9 Lire : « Abdou Diouf dénonce le désintérêt de la France pour la francophonie ». Le Monde, S. 30 juin 2012.
    10 Lire la tribune publiée dans le Figaro par Astrid de Larminat, mercredi 27 mars 2013. Et le livre de Claude Hagège, « Contre la pensée unique » O. Jacob, 2012, 245 p.
    11 Très exactement les mots de J. Biden dans son discours au lendemain du scrutin de novembre dernier.
    12 Cf. A. Benelhadj : « L’astronautique européenne relancée à Séville ». Le Quotidien d’Oran, J. 05 déc. 2019.
    13 Cf. A. Benelhadj : « Grèce européenne dans une Europe germanique ». Le Quotidien d’Oran, L. 20, mardi 21 et mercredi 22 juillet 2015.
    14 Cf. A. Benelhadj : « Divergences franco-allemandes ». Le Quotidien d’Oran, J. 09 février 2017.
    #Brexit #UnionEuropéenne #UE #UK #RoyaumeUni #France #Allemagne
  • Brexit: Le Royaume-Uni ouvre une nouvelle page de son histoire

    Après avoir parachevé sa rupture avec l’Union européenne, le Royaume-Uni a ouvert vendredi dernier une nouvelle page de son histoire pleine d’inconnues pour un pays profondément divisé et durement touché par la pandémie de coronavirus.

    A 23H00 locales et GMT jeudi (minuit à Bruxelles), sans la moindre effusion au sein d’une population massivement confinée, le pays a cessé d’appliquer les règles de l’UE, quittant le marché unique et l’union douanière. Après 47 ans d’orageuse intégration européenne et après quatre ans et demi de rebondissements suivant le référendum de 2016, c’est l’aboutissement du Brexit, officiel depuis le 31 janvier, mais aux effets repoussés par une période transitoire destinée à amortir le choc.

    Dans un éditorial publié dans le Daily Telegraph, le Premier ministre, Boris Johnson, grand artisan du Brexit, assure que 2021 sera «une année de changement et d’espoir», vantant l’accord de libre échange conclu avant Noël avec Bruxelles. «Pour nous, cela signifie la fin des querelles rancunières sur l’Europe qui ont empoisonné notre politique depuis si longtemps», plaide-t-il. «Pour nos amis, cela ne veut certainement pas dire qu’ils nous ont perdu, et encore moins notre appétit pour leurs Maseratis ou leur Gewurtztraminer».

    L’accord de libre échange, sans quota ni droit de douane, conclu in extremis avec Bruxelles, évite une rupture trop abrupte, dévastatrice économiquement. Toutefois le bouleversement est réel: la libre circulation permettant aux marchandises comme aux personnes de passer sans entrave la frontière a pris fin – sauf entre l’Espagne et l’enclave britannique de Gibraltar, ainsi qu’entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Il faut désormais remplir des déclarations de douanes et subir des inspections sanitaires pour exporter à travers la Manche, un titre de séjour pour s’installer de l’autre côté, et un certificat sanitaire pour les chiens et chats britanniques voyageant vers l’UE. Par contre, les ambitions mondiales du Royaume-Uni risquent de se heurter au départ de Donald Trump, Brexiter convaincu contrairement à son successeur à la Maison- Blanche, Joe Biden.

    Dans son pays, Boris Johnson doit tourner la page d’une saga qui l’a emmené au plus haut de l’échelle politique, mais a profondément divisé les Britanniques. L’unité du Royaume est fissurée, en particulier du côté de l’Ecosse, qui a voté à une large majorité pour rester dans l’UE. «L’Ecosse sera bientôt de retour, Europe», a tweeté la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, déterminée à organiser un nouveau référendum sur l’indépendance. A court terme, des perturbations sont redoutées dans le sud de l’Angleterre sur les routes menant vers les ports transmanches, si les nouvelles formalités ralentissent la circulation et allongent les files de camions, surtout la semaine prochaine.

    Contrairement à l’UE, le gouvernement britannique a décidé de mettre en œuvre graduellement les contrôles douaniers, qui ne concerneront pas toutes les marchandises qu’à partir de juillet. Dans un accord de 1.246 pages, l’UE offre au Royaume-Uni un accès sans droits de douane ni quotas à son marché de 450 millions de consommateurs, mais il prévoit, pour éviter toute concurrence déloyale, des sanctions et des mesures compensatoires en cas de non respect de ses règles en matière d’aides d’Etat, d’environnement, de droit du travail et de fiscalité. Les entreprises de la finance, secteur majeur à Londres, perdront, elles, leur droit automatique d’offrir leurs services dans l’UE, tandis que les pêcheurs britanniques sont déçus de devoir encore partager une grande partie de leurs eaux avec les Européens.

    Sud Horizons, 1 jan 2021

    Tags : Brexit, Royaume Uni, Union Européenne, UE, UK,

  • Sahara occidental: Borrell s’entretient avec Bourita et Boukadoum

    Le Haut représentant Josep Borrell s’est entretenu ce dimanche 15 novembre avec les Ministres des Affaires étrangères du Royaume du Maroc Nasser Bourita et de l’Algérie Sabri Boukadoum, afin de s’informer des derniers développements dans la zone de El Guerguerat, suite aux derniers évènements qui s’y sont déroulés.

    Le Haut représentant a rappelé à cette occasion le plein soutien de l’UE aux efforts des Nations Unies et de son Secrétaire Général en vue de trouver un règlement pacifique à la question du Sahara occidental, dans le respect des résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité des Nations Unies et tout particulièrement de la dernière résolution (2548) adoptée le 30 octobre 2020. Dans ce contexte, il a souhaité une reprise rapide des discussions sous la conduite des Nations-Unies et d’un nouvel Envoyé personnel du Secrétaire Général des Nations Unies pour le Sahara occidental.

    Le Haut représentant a notamment souligné l’importance primordiale de veiller au respect des accords de cessez-le-feu en place depuis 1991 et réitéré le plein soutien de l’UE aux efforts de la MINURSO à cette fin. Dans ce cadre, le Ministre des Affaires étrangères marocain a assuré le Haut représentant de l’attachement de son pays au respect du cessez le feu.

    Le Haut représentant a aussi tout particulièrement insisté sur la préservation de la liberté de circulation et des échanges transfrontaliers dans la zone d’El Guerguerat, et son impact important sur toute la région du Maghreb et du Sahel, région d’importance stratégique. Une solution politique à la question du Sahara occidental est essentielle pour la coopération régionale entre les pays du Maghreb, la stabilité, la sécurité et la prospérité de la région, et ce encore plus au regard des difficultés économiques actuelles à la pandémie du Covid-19.

    EEAS, 15 nov 2020

    Tags : Sahara Occidental, Polisario, Maroc, Union Européenne, Josep Borrell,

  • Communiqué conjoint G5 Sahel- UE

    Ce lundi 9 novembre 2020, le Ministre mauritanien des Affaires étrangères, de la coopération et des Mauritaniens de l’extérieur, M. Ismail Ould Cheikh Ahmed, a co-présidé avec le Haut Représentant, M. Josep Borrell, la 6ème réunion ministérielle G5 Sahel-UE.

    Deux points étaient à l’ordre du jour des discussions : le suivi des engagements pris depuis la réunion entre les dirigeants de l’Union européenne et les Chefs d’Etat du G5 Sahel du 28 avril 2020 dans le cadre de la Coalition pour le Sahel; et un échange sur la nouvelle stratégie Sahel de l’Union européenne.

    Sur le premier point, les deux parties ont salué l’engagement de l’Union européenne au-delà des 194 millions d’euros supplémentaires annoncés en avril, en appui au nexus sécurité-développement : au total, près de 238 millions d’euros ont déjà été mobilisés pour des projets dans le domaine de la stabilisation des régions les plus vulnérables (sécurité et résilience). Les deux parties ont également rappelé que la mission européenne d’appui aux forces de défense maliennes (EUTM Mali) peut désormais étendre progressivement ses formations au Burkina Faso et également au Niger. La mise en place du secrétariat P3S par l’UE devra permettre un soutien accru et coordonné à la capacité sécuritaire et de stabilité des pays G5.

    Les Ministres du G5 Sahel ont réaffirmé la détermination de leurs Gouvernements à poursuivre leurs efforts dans les domaines de la sécurité et du développement, en particulier en ce qui concerne la délivrance des services de base aux populations et le respect des droits de l’homme et du droit humanitaire international par les forces de sécurité et de défense. La poursuite des enquêtes en cours sur les cas présumés d’exactions est un élément fondamental dans ce contexte.

    En ce qui concerne la lutte contre la Covid-19, l’Union européenne, en format Team Europe, a rappelé les actions entreprises afin de réorienter 449 millions d’euros pour fournir des équipements médicaux, financer des campagnes de sensibilisation, et accélérer des déboursements d’appui budgétaire afin de faire face aux conséquences économiques et sociales de la pandémie. Un total de 92 millions d’euros sera déboursé aujourd’hui pour le Tchad, le Burkina Faso, la Mauritanie et le Niger, afin d’appuyer la mise en œuvre des plans de riposte à la pandémie, sans aggraver les niveaux d’endettement.

    Soulignant l’impact dévastateur de la pandémie Covid-19 sur les équilibres déjà fragiles existant au Sahel, les Ministres des Affaires étrangères du G5 Sahel ont à nouveau plaidé pour une annulation totale de la dette des pays du G5 Sahel et pour la mobilisation de ressources financières pour aider au redémarrage des économies du Sahel. Les deux parties ont agréé de poursuivre les efforts internationaux d’allègement de la dette et d’accès aux sources de financement internationales de manière coordonnée dans les cadres multilatéraux pertinents.

    Insistant sur la nécessité de trouver des solutions pérennes à la crise, l’UE et le G5 ont salué l’organisation d’une conférence sur le Sahel central le 20 octobre, lors de laquelle l’UE a annoncé une contribution additionnelle de 43 millions d’euros, pour venir en aide aux plus de 13 millions de personnes qui ont besoin d’aide humanitaire au Burkina Faso, au Mali et au Niger.

    Sur le deuxième point, la réunion a également permis d’échanger sur la révision en cours de la stratégie Sahel de l’Union européenne. Le Haut Représentant a souligné que l’Union européenne demeurerait l’un des principaux partenaires des Etats du G5 Sahel mais que ce partenariat sera désormais plus exigeant, la contribution de l’Union européenne, aussi importante qu’elle soit, ne pouvant qu’appuyer une volonté politique forte des Etats du G5 Sahel. Dans cette optique, l’accent sera davantage mis sur l’atteinte de résultats et la mise en œuvre de réformes visant à renforcer la gouvernance.

    Les Ministres des Affaires étrangères du G5 Sahel se sont félicités de la constance de l’engagement européen au Sahel. Les Ministres ont souhaité que l’appui européen et international vienne en soutien des initiatives locales et de manière coordonnée entre les différents partenaires. A ce titre, ils se réjouissent de voir l’Union européenne les associer à la révision de sa stratégie Sahel.

    En conclusion, le Haut Représentant et les Ministres des Affaires étrangères du G5 Sahel se sont réjouis de la tenue de la prochaine réunion entre les Chefs d’Etat du G5 Sahel et le Président du Conseil européen le 30 novembre 2020.

    EEAS, 9 nov 2020

    Tags : Union Européenne, UEm G5, Sahel,

  • Guinée : Déclaration de Josep Borrell sur l’élection présidentielle du 18 octobre 2020

    République de Guinée : Déclaration du Haut Représentant/Vice-Président Josep Borrell à la suite de l’élection présidentielle du 18 octobre 2020

    L’Union européenne prend note de l’annonce des résultats provisoires par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de Guinée. Bien que le scrutin se soit déroulé dans le calme, des interrogations demeurent quant à la crédibilité du résultat, notamment en ce qui concerne la remontée des procès-verbaux et le décompte final des votes. Il conviendra d’y répondre dans le cadre d’un dialogue inclusif et de la poursuite du processus de validation prévue par la loi.

    L’UE soutient les efforts de diplomatie préventive déployés par la CEDEAO, l’Union africaine et les Nations Unies en vue de restaurer la confiance. À cette fin, tous les acteurs impliqués dans ce processus doivent pouvoir jouir pleinement de leur liberté de mouvement et d’expression. Il importe également que les moyens de communication, en particulier l’accès à l’internet, soient garantis en toute circonstance.

    Enfin, l’UE condamne, une fois de plus, les violences qui ont causé la mort de nombreuses personnes, et cela quels qu’en soient les auteurs. Elle exhorte les autorités à diligenter des enquêtes indépendantes afin que justice soit rendue dans les meilleurs délais.

    Source : EEAS, 27 oct 2020

    Tags : Guinée, Alpha Condé, élections présidentielles, répression, Union Européenne, UE, Josep Borrell,

  • UE: Le Maroc dans la liste grise des paradis fiscaux

    Le Maroc figure toujours dans la liste grise des pays considérés comme paradis fiscaux. Les autres pays de cette liste sont : Anguilla, Australie, Bosnie-Herzégovine, Botswana, Eswatini, Jordanie, Maldives, Mongolie, Namibie, Sainte-Lucie, Thaïlande et Turquie.

    Jusqu’au 5 décembre 2017, la Mongolie, la Namibie et Sainte-Lucie figuraient initialement dans la liste noire de laquelle ils ont été déplacés après avoir adopté des mesures concrètes pour lutter contre l’évasion fiscale.

    Dans la liste noire de l’Union Européene se trouve : Fidji (Océanie), Guam (Océanie, territoire des Etats-Unis), Îles Caïmans (Caraïbes, territoire du Royaume-Uni), Îles Vierges américaines (Caraïbes, territoire des Etats-Unis), Oman (péninsule arabique), Palaos (Océanie), Panama (Amérique centrale), Samoa (Océanie), Samoa américaines (Océanie, territoire des Etats-Unis), Seychelles (océan indien), Trinité-et-Tobago (Caraïbes) Vanuatu (Océanie).

    Les Îles Caïmans, Palaos et Seychelles figuraient, au début, dans la liste grise, mais ont été transférés vers la liste noire le 18 février 2020, l’UE jugeant qu’ils n’ont pas honoré leurs engagements en la matière.

    L’archipel des îles Caïmans est devenu la cinquième place financière mondiale derrière New York, Londres, Tokyo et Hong­kong . 80 000 entreprises y sont domiciliées, la plupart n’étant que de simples sociétés-écrans. Il y aurait aussi plus de 1 000 établissements bancaires et compagnies d’assurances et près de 200 trusts. La plupart des banques françaises y sont : BNP, Société générale, Crédit agricole…

    Il n’existe pas dans la législation ou dans la jurisprudence de définition précise d’un paradis fiscal.

    Certes, plusieurs organisations internationales ont proposé des critères d’identification, mais toujours partiels. La définition de l’OCDE, par exemple, trop focalisée sur la question fiscale, sert pourtant de référence depuis le G20 d’avril 2009.

     

    En fait, il faudrait parler de paradis fiscaux, judiciaires et réglementaires :

     

    • Comme leur nom l’indique, les paradis fiscaux sont des territoires qui offrent un régime fiscal faible ou inexistant qui, doublé de l’anonymat, permet aux non-résidents (entreprises ou particuliers) d’échapper à l’impôt.

    • Des paradis réglementaires : le secteur financier n’y est pas soumis aux règles de prudence financière existant dans les autres pays (transparence des comptes, ratio de fonds propres pour les activités de crédit ou de spéculation, etc.), ce qui permet d’y
    prendre des risques impensables ailleurs.

    • Des paradis judiciaires : la justice n’y applique pas des règles aussi strictes qu’ailleurs (par exemple sur l’origine des fonds en transit) et refuse le plus souvent de coopérer avec la justice des autres pays et de fournir des informations sur les particuliers et entreprises y possédant des capitaux.

    Ces trois cercles, qu’il s’agisse d’États souverains comme la Suisse et l’Irlande ou de territoires plus ou moins autonomes comme Jersey et les îles Caïmans, ont en commun l’opacité. C’est cette caractéristique qui permet de tricher à la fois avec le fisc, avec la justice et avec les régulateurs financiers. Très souvent, ces cercles se superposent : c’est le cas des Îles Vierges britanniques ou des Bahamas. Mais Monaco, par exemple, est une place financière réglementée qui coopère le plus souvent avec la justice étrangère : c’est avec le fisc étranger que le bât blesse ! De même, les magistrats qualifient Londres de paradis judiciaire, car la capitale britannique ne répond quasiment jamais à leurs questions.

    Cinq critères non cumulatifs caractérisent un paradis fiscal :

    • L’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts).

    • Une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents.

    • Des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire.

    • L’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays.

    • La faiblesse ou l’absence de la régulation financière.

    Tags : Maroc, Union Européenne, paradis fiscaux, UE, évasion fiscale, OCDE, liste noire, liste grise, 

  • L’Union européenne soutient l’aide alimentaire du PAM dans les camps de réfugiés en Algérie

    ALGER – Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies a salué une contribution de 5,3 millions d’euros (6 millions de dollars) de l’Union européenne (UE) pour soutenir les familles de réfugiés sahraouis dans les camps en Algérie, lutter contre la faim et assurer leur sécurité alimentaire.
    « Alors que nous entrons dans une pandémie mondiale sans précédent, le PAM souhaite remercier l’UE pour son soutien continu aux familles de réfugiés sahraouis », a déclaré le représentant du PAM et directeur de pays en Algérie, Imed Khanfir. « La plupart des réfugiés sahraouis dépendent de l’aide de la communauté internationale, et les familles ont plus que jamais besoin de notre soutien. Ce don en temps opportun permet au PAM de se procurer et de prépositionner les quantités requises de nourriture variée pour répondre à la crise du COVID-19. »

    Cette dernière contribution de l’Union européenne permettra de couvrir les besoins alimentaires de base de milliers d’hommes, de femmes, de filles et de garçons dans les camps de réfugiés de Tindouf au cours des prochains mois. Le PAM fournit à chaque réfugié une ration alimentaire mensuelle comprenant des céréales (riz, orge et farine de blé), des légumes secs, de l’huile végétale, du sucre et des aliments composés enrichis.

    « L’Union européenne est aux côtés des réfugiés sahraouis qui sont en exil depuis 44 ans et ne doivent pas être oubliés. Notre soutien au PAM est vital car il fournit à de milliers de réfugiés les plus vulnérables leur apport calorique quotidien requis », a déclaré Patrick Barbier, chef des opérations européennes de protection civile et d’aide humanitaire (ECHO) à Alger. « La prévention de la dénutrition, en particulier chez les jeunes enfants et les mères, exige des efforts et un soutien continu. »

    La Commission européenne, par l’intermédiaire d’ECHO, est le plus grand bailleur de fonds du PAM en faveur des réfugiés sahraouis en Algérie. En 2020, l’aide humanitaire de l’UE a couvert plus de 30% des besoins de financement du PAM pour cette opération.

    Depuis 1975, les réfugiés sahraouis vivent dans des conditions difficiles dans le désert du Sahara, dans le sud-ouest de l’Algérie. Hébergées dans cinq camps de réfugiés près de la ville algérienne de Tindouf, les familles de réfugiés dépendent principalement de l’assistance du PAM pour leurs besoins alimentaires. Les possibilités d’emploi et de subsistance sont limitées.

    Le PAM soutient des réfugiés du Sahara occidental en Algérie depuis 1986. Les opérations du PAM en Algérie sont menées et surveillées en collaboration avec des organisations nationales et internationales pour garantir que l’aide alimentaire parvienne aux personnes auxquelles elle est destinée.

    Source : PAM, 29 avr 2020

    Tags : Sahara Occidental, PAM, réfugiés sahraouis, Tindouf, aide humanitaire, Union Européenne, UE,

  • Réponse du Maroc à une lettre du président du Parlement Panafricain au sujet de l’accord de pêche

    Dans une lettre datée du 1er décembre 2013, le président du Parlement Panafricain, SE Hon Bethel Nnaemeka Amadi, a invité le président du Parlement Européen, M. Martin Schulz, à voter contre un accord de pêche incluyant les eaux d’un Etat membre de l’Union Africaine, le Sahara Occidental.

    En réponse, les arguments tirés par les cheveux avancés par Rabat dépassent largement le ridicule.

    Texte de la lettre envoyé au président du PE:


    Monsieur le Président,
    J’ai appris, avec étonnement, le contenu d’une lettre diffusée sur Internet, qui vous aurait été adressée par le Président du Parlement Pan-Africain, concernant le Protocole de Pêche entre l’Union européenne et le Royaume du Maroc.

    Au vu de son contenu hautement sujet à caution, je me permets de vous saisir afin de lever les contre-vérités flagrantes véhiculées par cette lettre.

    Permettez-moi, avant tout, d’émettre les plus sérieuses réserves quant à l’exactitude de l’allégation selon laquelle ladite lettre exprimerait la position « des membres du Parlement Pan Africain ». De fait, la majorité des Etats africains maintiennent sur la question du Sahara, une position éclairée, loin de la reconnaissance d’une quelconque entité fictive au Sahara, et ne remettant aucunement en cause les droits légitimes du Royaume du Maroc sur ses provinces sahariennes.

    Contrairement aux allégations politiquement orientées rapportées par l’auteur de cette lettre, aucun rapport du Secrétaire Général des Nations-Unies et aucune résolution du Conseil de Sécurité n’a qualifié le Royaume du Maroc de « puissance occupante ». Mieux encore, l’avis consultatif de la Cour Internationale de Justice de 1975, confirme l’existence de liens juridiques d’allégeance entre la population de la région et le Roi du Maroc. Par conséquent, prétendre autrement est totalement erronée et relève d’une entreprise mensongère visant à travestir des vérités juridiques et historiques incontestables.

    Par ailleurs, je tiens à préciser que l’ONU concentre ses efforts sur la recherche d’une solution politique réaliste et mutuellement acceptable. C’est dans de ce cadre que s’inscrit la proposition marocaine d’autonomie.

    Qualifiée de sérieuse et crédible par le Conseil de Sécurité et largement soutenue par la communauté internationale, cette Initiative continue malheureusement à être combattue par les promoteurs de thèses antinomiques avec les principes et les aspirations de paix et de stabilité que le Royaume du Maroc partage avec l’Union européenne.

    Dans un argumentaire faussé qu’il a cru bon d’habiller d’artifices juridiques, l’auteur a démontré sa méconnaissance profonde des réalités de la région. En s’appuyant sur des faits irréels, il tente d’occulter une vérité établie à savoir que le Royaume du Maroc contribue massivement au développement économique et social de ses provinces sahariennes et que la population de la région prend part aux politiques nationales de gestion des ressources naturelles nationales, par le biais de ses représentants légitimes au Parlement et à travers les instances locales élues.

    Cet état de fait a été de nouveau confirmé à votre Honorable Institution lors du récent déplacement effectué par des opérateurs du secteur de la pêche originaires de cette région.

    D’autre part, vous n’êtes pas sans savoir que l’avis émis par le Service juridique du Parlement européen le 4 novembre dernier – et dont la confidentialité à été violée par une ONG soumise aux agendas des autres parties à ce différend régional, confirme la légalité du Protocole de pêche entre le Royaume du Maroc et l’Union européenne, et rappelle que « rien n’empêche le Maroc d’exploiter les eaux au large des côtes du Sahara […] ». La lettre a passé sous silence, de manière éhontée, cette conclusion fondamentale, en s’accrochant à une lecture partiale de l’ancien avis de 2009. De même, l’auteur de la lettre feint d’ignorer que le Protocole a été dûment approuvé par le Conseil de l’Union européenne, le 15 novembre 2013.

    Ces confirmations de la légalité du Protocole de pêche s’inscrivent dans la continuité de l’Avis émis en 2002 par le Conseiller juridique des Nations Unies, qui avait souligné que les activités d’exploitation des ressources naturelles au Sahara ne violeraient le droit international que si elles étaient entreprises au mépris des intérêts de la population locale. Or, comme le souligne le dernier Avis juridique du PE, « en exploitant les eaux au large des côtes du Sahara […] le Maroc contribue au développement socio-économique de ce territoire ».

    En outre, permettez-moi de m’interroger sur les réelles motivations de l’auteur de cette lettre qui appelle à la cessation de l’exploitation des ressources naturelles pour nuire à la population, ce qui la priverait de son développement économique et social, objectif stratégique que le Royaume du Maroc s’est toujours assigné, comme en témoigne le Nouveau modèle de développement pour les Provinces du Sud, élaboré récemment par le Conseil Economique, Social et Environnemental.

    Je ne saurais terminer sans préciser, Monsieur le Président, que le partenariat entre le Royaume du Maroc et l’Union européenne dans le domaine de la pêche est une composante essentielle à la consolidation des relations privilégiées nous unissant. Le Protocole de pêche qui sera soumis à l’approbation du Parlement Européen, est le résultat d’un compromis tenant dûment compte des recommandations que nos deux institutions parlementaires ont bien voulu donner pour faciliter la conclusion de cet Accord.

    L’adoption de ce Protocole par le Parlement Européen en serait une suite logique et confirmerait le soutien des institutions européennes au processus de réformes structurelles et multidimensionnelles que mon pays poursuit dans un contexte régional en quêtes de repères.

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, Union Européenne, UE, accord de pêche,

  • Le Maroc assume son statut de colonisateur au Sahara Occidental

    DÉCISION (UE) 2020/462 DU CONSEIL
    du 20 février 2020

    relative à la position à prendre, au nom de l’Union européenne, au sein du comité d’association institué par l’accord euro-méditerranéen établissant une association entre les Communautés européennes et leurs États membres, d’une part, et le Royaume du Maroc, d’autre part, concernant l’échange d’informations en vue d’évaluer l’impact de l’accord sous forme d’échange de lettres modifiant ledit accord

    LE CONSEIL DE L’UNION EUROPÉENNE,

    vu le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, et notamment son article 207, paragraphe 3, premier alinéa, et paragraphe 4, premier alinéa, en liaison avec l’article 218, paragraphe 9, vu la proposition de la Commission européenne, considérant ce qui suit:

    (1) L’accord euro-méditerranéen établissant une association entre les Communautés européennes et leurs États membres, d’une part, et le Royaume du Maroc, d’autre part ( 1 ) (ci-après dénommé «accord d’association») a été conclu au nom de l’Union par la décision 2000/204/CE, CECA du Conseil et de la Commission ( 2 ) et est entré en vigueur le 1 er mars 2000.

    (2) Par sa décision (UE) 2019/217 ( 3 ), le Conseil a approuvé la conclusion de l’accord sous forme d’échange de lettres entre l’Union européenne et le Royaume du Maroc sur la modification des protocoles n o 1 et n o 4 de l’accord d’association ( 4 ) (ci-après dénommé «accord modificatif»), visant à étendre aux produits du Sahara occidental les préférences tarifaires prévues par l’accord d’association.

    (3) Conformément à l’article 81 de l’accord d’association, un comité d’association qui est chargé de la gestion de l’accord d’association a été instauré. En vertu de l’article 83 du même accord d’association, le comité d’association dispose d’un pouvoir de décision pour la gestion de l’accord d’association, ainsi que dans les domaines où le Conseil lui a délégué ses compétences.

    (4) Le comité d’association, au plus tard deux mois après l’entrée en vigueur de l’accord modificatif, doit adopter une décision concernant les modalités de l’évaluation de l’impact de l’accord modificatif, en particulier sur le développement durable, notamment en ce qui concerne les avantages pour les populations concernées et l’exploitation des ressources naturelles du Sahara occidental.

    (5) Il convient d’arrêter la position à prendre, au nom de l’Union, au sein du comité d’association, dès lors que la décision envisagée est contraignante pour l’Union.

    (6) d’assurer un suivi des effets de l’accord modificatif sur les populations concernées et l’exploitation des ressources naturelles des territoires concernés, l’accord modificatif prévoit explicitement un cadre et une procédure appropriés permettant aux parties, sur la base d’échanges d’informations réguliers, d’évaluer les répercussions de celui-ci durant sa mise en œuvre. L’Union et le Royaume du Maroc sont convenus d’échanger mutuellement des informations dans le cadre du comité d’association au moins une fois par an. Il convient donc de déterminer les modalités spécifiques de cet exercice d’évaluation en vue de leur adoption par le comité d’association.

    (7) L’objet de l’échange d’informations correspond à l’objet du rapport du 11 juin 2018 élaboré par les services de la Commission conjointement avec le Service européen d’action extérieure sur les bénéfices pour la population du Sahara occidental, et sur la consultation de cette population, de l’extension de préférences tarifaires aux produits originaires du Sahara occidental.

    (8) En ce qui concerne l’impact sur l’économie du territoire, les informations disponibles jusqu’à présent concernent essentiellement l’agriculture et la pêche mais les préférences concernent tous les produits; les données à échanger pourront donc évoluer en fonction de l’évolution de l’activité au Sahara occidental. Par ailleurs, l’échange d’informations ne porte pas exclusivement sur les aspects économiques (bénéfices au sens strict) mais doit permettre une évaluation plus large, comprenant des aspects tels que le développement durable et l’impact sur l’exploitation des ressources naturelles.

    (9) Le Royaume du Maroc a également accepté de mettre en place séparément un mécanisme de récolte de données statistiques sur les exportations vers l’Union de produits originaires du Sahara occidental, qui seront sur une base mensuelle mises à la disposition de la Commission et des services des douanes des États membres.

    (10) Le Royaume du Maroc pourra demander des informations à l’Union sur la production et le commerce de catégories de produits spécifiques présentant un intérêt pour le Royaume du Maroc, sur la base des systèmes d’information déjà existants,

    A ADOPTÉ LA PRÉSENTE DÉCISION:

    Article premier

    La position à prendre, au nom de l’Union, au sein du comité d’association UE-Royaume du Maroc institué en vertu de l’article 81 de l’accord euro-méditerranéen établissant une association entre les Communautés européennes et leurs États membres, d’une part, et le Royaume du Maroc, d’autre part, est fondée sur le projet de décision dudit comité d’association, joint à la présente décision.

    Article 2

    La présente décision entre en vigueur le jour de son adoption.

    Fait à Bruxelles, le 20 février 2020.

    Par le Conseil

    La présidente

    B. DIVJAK

    (1) JO L 70 du 18.3.2000, p. 2.

    (2)Décision 2000/204/CE, CECA du Conseil et de la Commission du 26 janvier 2000 relative à la conclusion de l’accord euro- méditerranéen établissant une association entre les Communautés européennes et leurs États membres, d’une part, et le Royaume du Maroc, d’autre part (JO L 70 du 18.3.2000, p. 1).

    (3)Décision (UE) 2019/217 du Conseil du 28 janvier 2019 relative à la conclusion de l’accord sous forme d’échange de lettres entre l’Union européenne et le Royaume du Maroc sur la modification des protocoles no 1 et no 4 de l’accord euro-méditerranéen établissant une association entre les Communautés européennes et leurs États membres, d’une part, et le Royaume du Maroc, d’autre part (JO L 34 du 6.2.2019, p. 1). (4)JO L 34 du 6.2.2019, p. 4.

    Source : Journal officiel de l’UE 

    Tags : Maroc, Union Européenne, UE, accord de pêche, Sahara Occidental,

  • La pandémie de coronavirus et le nouveau monde qu’elle a créé

    COVID-19 va remodeler notre monde. Nous ne savons pas encore quand la crise prendra fin. Mais nous pouvons être sûrs que d’ici là, notre monde sera très différent. La différence dépendra des choix que nous faisons aujourd’hui.

    La crise du COVID-19 n’est pas une guerre, mais elle est «guerrière» dans la mesure où elle nécessite la mobilisation et la direction de ressources à des niveaux sans précédent. La solidarité entre les pays et la volonté de faire des sacrifices pour le bien commun sont déterminantes. Ce n’est qu’en se ressaisissant et en coopérant au-delà des frontières que nous pourrons vaincre le virus et en contenir les conséquences – et l’UE a un rôle central à jouer. Telle était la position claire et unie des ministres des affaires étrangères de l’UE lorsque nous avons discuté de la crise le 23 mars par liaison vidéo.

    On dit parfois que les guerres ne sont pas gagnées par la tactique ou même la stratégie, mais par la logistique et les communications. Cela semble également vrai pour COVID-19: celui qui réussit le mieux à organiser la réponse, en s’appuyant rapidement sur les enseignements tirés du monde entier et en communiquant avec succès vers les citoyens et le reste du monde, en ressortira le plus fort.

    Il y a une bataille mondiale de récits en cours dans laquelle le timing est un facteur crucial. En janvier, le cadre dominant était qu’il s’agissait d’une crise locale dans la province du Hubei, aggravée par la dissimulation d’informations cruciales par les responsables du parti chinois. L’Europe envoyait beaucoup de matériel médical pour aider les autorités chinoises qui étaient débordées à l’époque. Depuis lors, la Chine a réduit le nombre de nouvelles infections locales à des chiffres uniques – et elle envoie maintenant du matériel et des médecins en Europe, comme d’autres le font également. La Chine insiste énergiquement sur le fait que, contrairement aux États-Unis, elle est un partenaire responsable et fiable. Dans la bataille des récits, nous avons également vu des tentatives de discréditer l’UE en tant que telle et certains cas où les Européens ont été stigmatisés comme si tous étaient porteurs du virus.

    Le point pour l’Europe est le suivant: nous pouvons être sûrs que les perceptions changeront à nouveau au fur et à mesure que l’épidémie et notre réponse à celle-ci évoluent. Mais nous devons être conscients qu’il existe une composante géopolitique, y compris une lutte pour l’influence par le filage et la «politique de générosité». Armés de faits, nous devons défendre l’Europe contre ses détracteurs.

    Il y a aussi une bataille de récits en Europe. Il est vital que l’UE montre qu’elle est une Union qui protège et que la solidarité n’est pas une expression vide de sens. Après la première vague au cours de laquelle les autorités nationales ont occupé le devant de la scène, l’UE revient désormais sur le devant de la scène avec des actions conjointes sur toutes les pistes dans lesquelles les États membres lui ont donné les moyens d’agir: avec l’approvisionnement conjoint en équipements médicaux vitaux, avec un stimulus économique conjoint et un assouplissement nécessaire des règles fiscales et des aides d’État.

    En outre, le rôle de l’UE contient une grande composante externe. Nous aidons les États membres dans leurs efforts consulaires, en aidant à ramener les Européens bloqués chez eux. Par exemple, la semaine dernière, des efforts conjoints au Maroc ont permis le rapatriement d’environ 30 000 citoyens de l’UE. Cela montre que nous pouvons agir ensemble.

    Il reste encore beaucoup à faire. Dans le monde, environ 100 000 voyageurs européens se sont enregistrés dans les ambassades ou consulats locaux, mais le chiffre réel de ceux qui doivent rentrer chez eux est beaucoup plus élevé.

    Une pandémie mondiale a besoin de solutions mondiales et l’UE doit être au centre de la lutte. Je suis en contact avec des partenaires du monde entier, d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique, pour aider à construire une réponse internationale coordonnée. Dans une crise, l’instinct humain est souvent de se replier sur soi, de fermer les frontières et de se débrouiller seul. Bien que compréhensible, cette position est vouée à l’échec. L’urgence COVID-19 ne peut pas être résolue dans un seul pays, ou en faisant cavalier seul. Cela signifie simplement que nous allons tous lutter plus longtemps, avec des coûts humains et économiques plus élevés.

    Ce à quoi nous devrions plutôt travailler, c’est une intensification radicale de la coopération internationale entre scientifiques, économistes et décideurs. Aux Nations Unies, à l’OMS et au FMI. Au sein du G7 et du G20 et d’autres forums internationaux. Mise en commun des ressources pour travailler sur des traitements et un vaccin. Limiter les dommages économiques en coordonnant les mesures de relance budgétaire et monétaire et en maintenant le commerce des marchandises ouvert. Collaborer à la réouverture des frontières lorsque les scientifiques nous disent que nous le pouvons. Et la lutte contre les campagnes de désinformation en ligne. C’est le moment de la solidarité et de la coopération, pas de blâmer les jeux qui ne guériront pas une seule personne infectée.

    Alors que les besoins sont importants au niveau national, l’UE devrait également être prête à aider d’autres personnes dans des situations fragiles qui risquent d’être dépassées. Pensez simplement aux camps de réfugiés en Syrie et à ce qui se passerait si COVID19 éclatait là-bas pour des gens qui ont déjà tant souffert. À cet égard, l’Afrique est une préoccupation majeure. Avec Ebola, il a peut-être acquis une expérience plus récente de la gestion des pandémies que l’Europe, mais dans l’ensemble, les systèmes de santé sont très faibles et une épidémie complète ferait des ravages. La distanciation sociale et la vie en milieu confiné sont exponentiellement plus difficiles dans les zones urbaines densément peuplées d’Afrique. Des millions en Afrique vivent de l’économie informelle et devront gérer l’épidémie sans aucun filet de sécurité sociale. Avant même que le virus n’atteigne le continent, les Africains, avec d’autres économies émergentes, doivent faire face à un niveau massif de retrait de capitaux.

    Ailleurs, des pays comme le Venezuela ou l’Iran pourraient bien s’effondrer sans notre soutien. Cela signifie que nous devons nous assurer qu’ils ont accès à l’aide du FMI. Et avec l’Iran, nous devons nous assurer que le commerce humanitaire légitime peut se poursuivre malgré les sanctions américaines.

    Nous devons également nous rappeler qu’aucun des autres problèmes sur lesquels nous nous sommes concentrés avant la crise corona n’a disparu. En fait, ils peuvent empirer. COVID-19 pourrait bien aggraver certains des conflits de plus longue durée dans le voisinage. En tant qu’Europe, nous devions déjà naviguer dans un monde de tensions géopolitiques croissantes, en particulier entre les États-Unis et la Chine. Ici aussi, le risque est que COVID-19 aggrave les tendances préexistantes.

    Dans l’ensemble, la tâche de l’UE est de défier les critiques et de démontrer de manière très concrète qu’elle est efficace et responsable en temps de crise. Jean Monnet a écrit dans ses mémoires que “l’Europe se forgera dans les crises et sera la somme des solutions adoptées pour ces crises”. Que ce soit notre philosophie directrice alors que nous luttons contre cette crise et que nous nous préparons pour ce qui va suivre.

    Josep Borrell

    Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité

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    Tags : Union Européenne, Europe, coronavirus, pandémie,