Tag: répression

  • Sahara Occidental : L’Apartheid au Maghreb

    L’armée de libération sahraouie pilonne depuis plus d’un mois les positions de l’armée marocaine, le long du mur de la honte. Un véritable climat de guerre règne donc sur les frontières entre les deux pays. L’observateur non averti peut penser à une pulsion guerrière des militaires Sahraouis. Mais à regarder de plus près, l’on découvre qu’ils ne font rien d’autre que tenter de récupérer un territoire spolié par un Etat colonialiste aux desseins expansionnistes, dont l’ensemble des peuples de la région ont souffert.La détermination de libérer les territoires est adossée à la volonté de libérer tout un peuple, le leur. Et pour cause, les Sahraouis des territoires occupés par le Maroc vivent, comme au temps de la colonisation occidentale. Et ce ne sont pas les nombreuses ONG honnêtes qui démentiraient pareille assertion. On en veut pour preuve le témoignage d’une militante américaine qui a raconté une scène ahurissante qui s’est déroulée sous ses yeux. Des policiers marocains ont passé à tabac une militante sahraouie des droits de l’Homme. Cet acte d’une extrême gravité n’aurait-il pas pu être évité par les services de sécurité du royaume?

    Dans bons nombres de pays, pareils incidents n’auraient pas eu lieu pour la simple raison que des consignes auraient été données aux membres des services de sécurité. Mais il semble que, soit les policiers s’en fichaient des ordres qu’ils recevaient, soit ils pensaient qu’un passage à tabac ne relevait pas de l’atteinte aux droits de l’Homme. De plus, il est de notoriété public au Maroc que les services de renseignements sont tellement bien protégés par le Palais royal que ses éléments peuvent faire ce que bon leur semble, sans être inquiétés. Dans le l’échelle de « faire ce que bon leur semble », un passage à tabac est au niveau zéro.
    Si les policiers ont accompli un acte aussi féroce en présence d’une personnalité étrangère, qu’auraient-ils fait sans témoins ? On n’ose à peine y penser. C’est cela le véritable visage de la colonisation marocaine au Sahara occidental: une brutalité quasi animale. Il faut savoir que ce qu’a vu et raconté l’Américaine n’est qu’une minuscule portion de la partie apparente de l’Iceberg. Il est grand temps que l’humanité sache qu’un drame à la limite de l’apartheid est entrain de se dérouler sous ses yeux, avec la complicité et la passivité de la France et des Etats Unis, principaux soutiens du roi milliardaire. Il faut que cela cesse.
    Par Nabil G.
    Ouest Tribune, 29 déc 2020
    Tags : #SaharaOccidental #Maroc #Répression 
  • Sahara Occidental : Détention de Youssef Bougharioune

    Youssef Bougharioune, éminent étudiant et militant sahraoui, a été arrêté par la police marocaine le mardi 15 décembre 2020 à 19 heures, à El Aaiun. Il a été libéré le samedi 19, à Agadir.

    La détention a été faite sans respecter les droits humains les plus élémentaires. Les charges ne lui ont pas été lues, et sa famille n’a pas été informée de sa localisation. En détention à El Aaiun, il a été battu, insulté et menacé.
    Le lendemain, à 7 h 30, il a été mis dans une voiture et emmené à Agadir à une vitesse de 180 km / h, ce qui impliquait un gros risque pour sa vie. Le comportement de la police était inacceptable. Lors d’une pause entre les villes d’El Aaiun et de Tan Tan, l’agent de police lui a dit: «vous êtes Polisario, vous n’avez pas le droit de vivre, vous êtes une mouche».
    À Agadir, il a été interrogé mais il n’a pas reçu de mauvais traitements. Quoi qu’il en soit, ni sa famille ni son avocat n’ont pu lui rendre visite en détention. Enfin, il a été libéré à Agadir même. Le procès aura lieu le 21 janvier 2021.
    Les chefs d’accusation sont les suivants:
    – Appartenir à une bande criminelle
    – Enlever une femme
    – Battre et blesser une personne non identifiée.
    La police a amené un témoin qui, curieusement, a nié toute relation avec Youssef.
    Youssef est étudiant à l’Université Mohamed V de Rabat. Très impliqué dans l’activisme étudiant contre l’occupation illégale marocaine du Sahara Occidental, il collabore avec des organisations de défense des droits de l’homme.
    Son frère Saleh, militant politique et demandeur du statut de réfugié en France, a déclaré à Équipe Média que «l’arrestation était une nouvelle tentative d’isoler les étudiants militants sahraouis et de faire taire les voix de militants individuels dénonçant les violations des droits humains commises par le Maroc».
    Tone Sørfonn Moe, chercheuse en droits de l’homme et juriste, a exprimé sa vive inquiétude face à la récente arrestation de Youssef qu’elle a décrit comme très actif dans le mouvement étudiant à Rabat et connu pour son plaidoyer en faveur du droit à l’autodétermination et de la libération des prisonniers politiques sahraouis – y compris le cas du Groupe des Étudiants.
    Au Sahara Occidental occupé, mais aussi au Maroc proprement dit, plaider en faveur du droit à l’autodétermination ou même mentionner le Sahara Occidental ou dire que vous êtes sahraoui (et non marocain) est criminalisé par la loi et peut vous conduire en prison.
    Équipe Média, le 19 décembre 2020
    El Aaiun, Sahara Occidental occupé
    Tags : #Sahara Occidental #Maroc #Polisario #Marruecos #Morocco #WesternSahara
  • Sahara occidental : Le Maroc réprime des indépendantistes

    La reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc ne change rien au statut du territoire

    (New York) – Le Maroc a réprimé des activistes indépendantistes au Sahara occidental suite à un incident à un poste frontière survenu le 13 novembre 2020, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. L’incident a ravivé le conflit, depuis longtemps paralysé, entre le Maroc et le Front Polisario, mouvement basé en Algérie et réclamant l’indépendance de ce territoire. Les forces de sécurité ont brutalement dispersé des manifestations en faveur de l’indépendance. Elles ont aussi harcelé, frappé ou arrêté plusieurs activistes, ou encore attaqué leurs domiciles.
    Le fait que l’administration américaine ait reconnu, le 10 décembre, la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental ne change en rien à son statut de territoire non autonome, tel que déterminé par les Nations Unies.
    « Le Maroc et le Polisario s’affrontent sur les plans frontalier et diplomatique, mais cela n’autorise en rien le Maroc à réprimer des civils sahraouis qui s’opposent pacifiquement à son administration du territoire », a déclaré Eric Goldstein, directeur par intérim de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de Human Rights Watch.
    Fin octobre, des civils sahraouis ont bloqué une route reliant le Sahara occidental à la Mauritanie à travers une zone tampon de 5 kilomètres. Côté Sahara occidental, le Maroc maintient depuis longtemps le poste frontalier de Guerguerat, dont l’existence même est considérée, par le Polisario, comme une violation de l’accord de cessez-le-feu signé entre les deux parties en 1991. Le 13 novembre, l’armée marocaine a expulsé les civils de la zone tampon sans faire de victimes ni d’arrestations. Soutenant que cette opération mettait fin, de fait, au cessez-le-feu, le Polisario a fait voeu de « reprendre la guerre ». Aucune confrontation armée significative n’a eu lieu depuis.
    Les autorités marocaines contiennent fortement, depuis longtemps, toutes les manifestations d’opposition à leur administration du Sahara occidental. Elles empêchent les rassemblements de soutien à l’autodétermination sahraouie, soumettent les activistes indépendantistes à des violences, dans la rue ou en garde à vue, les emprisonnent, les condamnent au terme de procès entachés d’irrégularités ou d’actes de torture, entravent leur liberté de déplacement, et les font suivre ouvertement. De telles violations ont de nouveau été rapportées suite à l’incident de Guerguerat.
    À Laâyoune, après des manifestations majoritairement pacifiques en soutien au Polisario le soir du 13 novembre, des membres armés des forces de sécurité marocaines et des véhicules blindés de transport de troupes ont été déployés dans plusieurs quartiers, dressant des barrages routiers et empêchant les piétons de circuler. La branche de Laayoune de l’Association marocaine des droits humains a rapporté que pendant les quelques jours qui ont suivi le 13 novembre, les forces de sécurité marocaines ont matraqué des passants pacifiques, des policiers masqués ont attaqué ou fait irruption dans sept maisons de partisans présumés du Polisario, et des hommes, femmes et enfants ont été arrêtés avec un usage disproportionné de violence.
    À la même période, des groupes d’activistes sahraouis ont rapporté des événements similaires dans les villes de Smara, Dakhla et Boujdour. Les manifestations indépendantistes brutalement réprimées étaient en grande majorité pacifiques, même si quelques cas limités de jets de pierre sur la police ont été enregistrés, notamment à Laâyoune. Les autorités, en revanche, ont autorisé de larges manifestations dans le Sahara occidental, le 12 décembre, pour célébrer la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté marocaine sur le territoire.
    Le 16 novembre, des policiers sont allés chercher Hayat Diyya, 12 ans, dans son collège de Laâyoune, et l’ont emmenée dans un poste de police, après qu’un membre du personnel de l’école a signalé qu’elle portait une veste de type militaire et qu’elle avait cousu, sur son uniforme scolaire, un écusson représentant le drapeau sahraoui. « Les policiers l’ont retenue pendant cinq heures, l’ont giflée, lui ont tiré les cheveux, et l’ont frappée brutalement sur plusieurs parties de son corps », a déclaré Lahbiba Diyya, la mère de Hayat, à Human Rights Watch. « Ils l’ont aussi forcée à s’agenouiller et à chanter l’hymne national du Maroc face à un portrait du roi. Depuis, elle fait régulièrement des cauchemars. »
    Sultana Khayya, une activiste connue de la ville de Boujdour, a déclaré à Human Rights Watch que des agents de police avaient pénétré en son absence dans son domicile familial le 19 novembre, et frappé sa mère de 84 ans à la tête. Ayant perdu connaissance, cette dernière a été évacuée en ambulance vers un hôpital. Khayya a ajouté que les policiers sont revenus le lendemain soir, ont encerclé la maison, martelé la porte avec leurs gourdins, puis frappé à la tête avec une matraque en métal sa sœur Waara, 47 ans, lui causant des saignements. Depuis lors et au moins jusqu’au 3 décembre, jour où Human Rights Watch a interrogé Sultana Khayya, la police est restée devant la maison, empêchant les membres de la famille de sortir et les visiteurs, y compris les proches, d’entrer.
    Le 15 novembre vers 5 heures du matin, une vingtaine de policiers en civil ont pénétré dans une maison de Laâyoune, ont sorti de son lit Ahmed El Karkar, un homme de 19 ans atteint d’un handicap mental, et l’ont arrêté. Il a ensuite été accusé d’avoir dressé des obstacles routiers ainsi que d’avoir insulté et agressé un agent de police lors d’une confrontation entre manifestants et policiers à Laâyoune, deux jours plus tôt.
    La mère d’El Karkar a déclaré à Human Rights Watch qu’Ahmed était à la maison pendant cette confrontation. Le 12 décembre, un tribunal l’a condamné à dix mois de prison. Son avocat a informé Human Rights Watch que le tribunal avait rejeté sa requête d’examen médical pour prouver le handicap mental de son client. El Karkar est aujourd’hui à la prison Lakhal de Laayoune, en attendant son procès en appel.
    Une activiste sahraouie, Nezha Khalidi, a déclaré à Human Rights Watch que l’après-midi du 21 novembre, quelques heures avant la cérémonie prévue pour célébrer son mariage avec Ahmed Ettanji, activiste sahraoui lui aussi, la police a encerclé et bloqué trois maisons appartenant à des parents des deux fiancés, coupé l’électricité dans l’une d’elles, et interdit à tous les occupants de quitter ces maisons, empêchant de fait la famille de se rassembler pour célébrer le mariage. 
    Le mariage a été annulé, et les maisons sont restées sous surveillance policière depuis, a déclaré Khalidi à Human Rights Watch le 10 décembre. Elle a précisé que cet assaut de la police ne répondait à aucune provocation, et que le mariage devait être un événement familial privé. Khalidi comme Ettanji font partie d’Équipe Média, un collectif d’activistes Sahraouis qui se sert des médias sociaux pour contourner la censure du Maroc et documenter la répression. Ses membres sont régulièrement harcelés par les autorités.
    Les autorités marocaines font systématiquement obstruction au travail des associations qui plaident pour l’autodétermination au Sahara occidental. Le 29 septembre, en réponse à la création de l’Instance sahraouie contre l’occupation marocaine, un nouveau groupe indépendantiste fondé entre autres par une activiste célèbre, Aminatou Haidar, un procureur de Laayoune a annoncé l’ouverture d’une enquête judiciaire pour « activités [visant à] port[er] atteinte à l’intégrité territoriale du Royaume ». Le même jour, la police a encerclé le domicile de six membres de ce nouveau groupe, dont Haidar. L’un d’eux a déclaré à Human Rights Watch le 5 octobre que des véhicules de police les suivaient dès qu’ils quittaient leurs maisons, quel qu’en soit le motif, et les empêchaient de recevoir des visites.
    La plus grande partie du Sahara occidental est sous occupation du Maroc depuis que l’Espagne, l’ancien administrateur colonial du territoire, s’en est retirée en 1975. Le gouvernement considère qu’il s’agit d’un territoire marocain et refuse tout référendum d’autodétermination dont l’un des choix serait l’indépendance. Cette option était pourtant incluse dans le référendum sur lequel le Maroc et le Front Polisario s’étaient accordés, dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu signé en 1991 sous l’égide de l’ONU – mais ce référendum ne s’est jamais tenu. Les Nations Unies ne reconnaissent pas l’annexion du Sahara occidental par le Maroc, et ont fait savoir que leur position demeurait « inchangée » malgré la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté marocaine sur le territoire.
    Le Maroc a toujours refusé que le mandat de la mission des Nations Unies pour le maintien de la paix au Sahara occidental (MINURSO) soit élargie afin d’englober le suivi des droits humains. Human Rights Watch a appelé à un tel élargissement à plusieurs reprises, afin d’aligner cette mission sur la quasi-totalité des opérations modernes de maintien de la paix de l’ONU.
    « Ni la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine, ni la répression du Maroc, ne peuvent ôter aux Sahraouis leur droit fondamental de s’opposer pacifiquement à l’administration du territoire par le Maroc », a conclu Eric Goldstein.
    HRW, 18 déc 2020
  • Tunisia: Harsh Sentence Against Blogger

    A Tunis court on November 12, 2020 sentenced a blogger, Wajdi Mahouechi, to two years in prison for posting a Facebook video that a court official deemed offensive, Human Rights Watch said today. Mahouechi, 31, a frequent commentator on issues of public interest, posted a video on November 1 to his Facebook page that denounced a Tunis public …

    Read more from the source : Human Rights Watch

     

     

     

     

    Tags : Tunisia, Wajdi Mahouechi, repression,

  • Guinée : Déclaration de Josep Borrell sur l’élection présidentielle du 18 octobre 2020

    République de Guinée : Déclaration du Haut Représentant/Vice-Président Josep Borrell à la suite de l’élection présidentielle du 18 octobre 2020

    L’Union européenne prend note de l’annonce des résultats provisoires par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de Guinée. Bien que le scrutin se soit déroulé dans le calme, des interrogations demeurent quant à la crédibilité du résultat, notamment en ce qui concerne la remontée des procès-verbaux et le décompte final des votes. Il conviendra d’y répondre dans le cadre d’un dialogue inclusif et de la poursuite du processus de validation prévue par la loi.

    L’UE soutient les efforts de diplomatie préventive déployés par la CEDEAO, l’Union africaine et les Nations Unies en vue de restaurer la confiance. À cette fin, tous les acteurs impliqués dans ce processus doivent pouvoir jouir pleinement de leur liberté de mouvement et d’expression. Il importe également que les moyens de communication, en particulier l’accès à l’internet, soient garantis en toute circonstance.

    Enfin, l’UE condamne, une fois de plus, les violences qui ont causé la mort de nombreuses personnes, et cela quels qu’en soient les auteurs. Elle exhorte les autorités à diligenter des enquêtes indépendantes afin que justice soit rendue dans les meilleurs délais.

    Source : EEAS, 27 oct 2020

    Tags : Guinée, Alpha Condé, élections présidentielles, répression, Union Européenne, UE, Josep Borrell,

  • Un Maroc de façade

    par Alain Gresh, 3 juillet 2007
    Le Monde diplomatiqueUn Maroc de façade↑
    Lockerbie, une erreur judiciaire ?

    C’est le 21 décembre 1988 qu’un Boeing du vol Pan Am 103 s’écrase au-dessus du village écossais de Lockerbie, faisant 270 morts. Bien que plusieurs autres pistes aient été évoquées, notamment celle de la Syrie, des groupes palestiniens, de l’Iran, c’est finalement la Libye qui sera visée par une longue enquête pleine de rebondissements. Deux suspects libyens seront livrés en avril 1999 à la justice écossaise pour jugement (ce qui permettra au colonel Kadhafi un retour sur la scène internationale et un allègement des sanctions prises contre lui par les Nations unies). Le 31 janvier 2001, un des suspects est condamné à la prison à vie, l’autre est acquitté.

    Dans un texte de Jean-Pierre Langellier, son correspondant à Londres, et intitulé « Unique condamné pour l’attentat de Lockerbie, Al-Megrahi est autorisé à refaire appel, » Le Monde explique : « Ancien agent des services secrets libyens, Abdel Basset Ali Al-Megrahi, 55 ans, “pourrait avoir été victime d’une erreur judiciaire”, a estimé une commission indépendante écossaise, sur la base d’éléments nouveaux recueillis pendant trois ans d’enquête. »

    « Dans leur rapport, les huit membres de la Commission pour l’examen des affaires criminelles estiment que “certaines des choses (…) découvertes pourraient signifier que le condamné est innocent, certaines qu’il est coupable”, mais “c’est à un tribunal d’en décider”. »

    « L’affaire est donc renvoyée à la cour d’appel d’Edimbourg. Trois de ses juges examineront le rapport lors d’une procédure pouvant durer jusqu’à un an. La cour aura à choisir entre rejeter l’appel, ordonner un nouveau procès ou libérer le condamné. Al-Megrahi, détenu près de Glasgow, a toujours clamé son innocence. »

    En conclusion, Langellier écrit : « Dans une lettre adressée à l’ONU en août 2003, la Libye a reconnu sa responsabilité dans l’attentat. Elle a signé peu après avec Londres et Washington un accord d’indemnisation des victimes – portant sur 2, 7 milliards de dollars – qui a permis la levée des sanctions imposées à Tripoli par l’ONU et les Etats-Unis. »

    Rappelons que Pierre Péan, dans son livre Manipulations africaines (Plon, 2001), avait contesté la crédibilité de la piste libyenne. On pourra lire des extraits de ses thèses dans « Les preuves trafiquées du terrorisme libyen », Le Monde diplomatique, mars 2001. On notera le rôle du juge Bruguière, celui-là même qui a mordu la poussière lors des élections législatives de juin 2007 (sous la bannière de l’UMP).

    Gaza, la Palestine et l’Arabie saoudite

    Alors même que Mahmoud Abbas multiplie les déclarations intransigeantes concernant un éventuel dialogue avec le Hamas, l’Arabie saoudite, qui a parrainé les accords de La Mecque, semble développer une autre stratégie. Lors de sa tournée au Proche-Orient (après son voyage en France et en Europe), le roi Abdallah devait rencontrer Abbas à Amman. Cette rencontre a été annulée ,et la presse de la région donne comme explication le mécontentement du roi devant le refus obstiné d’Abbas d’explorer la voie du dialogue national. De plus, le président Moubarak, inquiet de la situation à Gaza, serait sur la même longueur d’onde que le souverain saoudien.

    D’autre part, Le Monde diplomatique de juillet publie un article que j’ai écrit sur la crise actuelle en Palestine, intitulé « Comment le monde a enterré la Palestine », dont vous aurez un aperçu sur notre site, mais pour le lire intégralement il faut acheter le journal 🙂

    A ceux qui douteraient encore que la création d’un gouvernement d’urgence par Abbas créerait les conditions d’une avancée de la paix, je conseille la lecture de l’analyse de Yezid Sayigh, « Hamas coup in Gaza », publiée par The International Institute for Strategic Studies, Londres.

    Un Maroc de façade

    Le Comité pour la protection des journalistes publie le un rapport accablant intitulé joliment Un Maroc de façade, signé de Joel Campagna et Kamel Labidi. Ce texte existe aussi en anglais et en arabe.

    En voici quelques extraits.

    (…) « Ce printemps, des responsables du gouvernement ont commencé à parler d’amendements au Code de la presse et de l’édition, appelant à la création d’un conseil national de la presse ayant le pouvoir de priver de publicité et d’interdire des journalistes pour de prétendues violations des règles déontologiques. Le projet de révision ne touche pas aux actuelles interdictions formulées en termes vagues sur le manque de respect à la monarchie, à l’islam, et sur la diffamation envers les institutions de l’Etat comme l’armée et l’appareil judiciaire. S’il limite le nombre d’infractions pouvant conduire un journaliste en prison, le projet de loi augmente cependant les amendes maximales pour des violations présumées de la loi. »

    « En réaction à ces tendances inquiétantes, le CPJ a envoyé une délégation à Rabat et à Casablanca, qui a passé dix jours à rencontrer des journalistes marocains et des membres du gouvernement, enquêter sur les restrictions faites aux médias, évaluer leur impact, et exprimer leur inquiétude aux autorités. S’il se vante d’avoir une presse écrite vivante, estime le CPJ, le Maroc a fini par compter sur un système feutré de contrôle judiciaire et financier pour continuer à tenir sous surveillance les journalistes entreprenants. Le bilan montre que les conditions de la liberté de la presse sont loin de la reluisante version fournie par les autorités et par beaucoup de journalistes. »

    (…) « Mais malgré un soi-disant régime parlementaire et une société civile dynamique, le pouvoir réel demeure fermement entre les mains du roi et du makhzen, un cabinet fantôme composé principalement de représentants du Palais, de dirigeants de l’appareil de sécurité et de l’armée, qui agissent en sous-main et donnent les principales orientations. Les critiques du régime disent que le roi et un petit groupe de proches collaborateurs accumulent le pouvoir plutôt qu’ils ne le libèrent, comme l’exigerait une vraie démocratie. La menace grandissante du terrorisme a aggravé les choses. Plusieurs attaques-suicides ont secoué Casablanca le 16 mai 2003, tuant 44 personnes. D’autres attaques, de plus faible ampleur, ont eu lieu depuis. Cet extrémisme violent combiné à un mouvement islamiste croissant a maintenu le Palais sur les dents et a peut-être poussé certains Marocains à vouloir donner la priorité à la sécurité sur les libertés publiques. »

    Diffférents moyens sont utilisés pour faire pression contre la presse, notamment les tribunaux qui condamnent les journaux à de lourdes peines. La publicité est un autre « argument ».

    « L’usage par les autorités de la publicité en guise de récompense ou de punition est un autre outil effectif. Selon de nombreux journalistes, compagnies d’Etat et agences gouvernementales privent les journaux critiques de ressources publicitaires cruciales. »

    « Les compagnies privées proches du roi et du gouvernement ont aussi retiré leurs annonces de journaux ayant eu une prise de bec avec le gouvernement. Quand Le Journal a été provisoirement interdit en 2000, le magazine a perdu 80 % de ses publicités, selon Jamaï. L’éditeur de Al-Ousbouiya Al-Jadida, Abdelaziz Koukas, note que son hebdomadaire indépendant gagnait auparavant environ 100 000 dirhams (12 000 $) par mois en recettes publicitaires mais que, depuis qu’il a été accusé d’offense au roi pour avoir publié, en 2005, un entretien avec Nadia Yassine, fille du dirigeant islamiste Abdel Salam Yassine, il n’a perçu qu’un total de 250 000 dirhams (30 000 $) en publicité. De grandes compagnies comme Royal Air Maroc, ONA et Meditel ont toutes arrêté d’acheter des espaces publicitaires, dit-il. »

    « La disparité des recettes publicitaires entre publications indépendantes et progouvernementales est évidente. Des journaux soutenant le régime, comme les quotidiens Aujourd’hui le Maroc et Le Matin, sont remplis de pages de publicité. « Dans Le Matin, il n’y a pas une page sans publicité », observe Anouzla en feuilletant l’édition du 2 avril. »

    En conclusion, les auteurs du rapport écrivent :

    « En dépit de l’amélioration par rapport aux années 1990, le CPJ conclut que la liberté de la presse a régressé notablement au cours des cinq dernières années. Malgré les progrès du Maroc, il reste encore beaucoup à faire dans un pays qui se décrit lui-même comme une monarchie constitutionnelle. »

    « Huit ans après le début du règne du roi Mohammed, les dirigeants marocains doivent joindre les actes à la parole afin de démontrer leur engagement public en faveur de la démocratisation et de la liberté de la presse. La loi sur la presse actuellement en révision fournit une occasion propice à l’abolition de mesures qui permettent au Maroc d’emprisonner ou d’interdire des journalistes de la même manière que ce qui se passe dans d’autres pays arabes, présentés comme beaucoup plus répressifs. Une réforme judiciaire est nécessaire pour éliminer les poursuites à caractère politique et les coups bas. Car enfin, quand des juges rendent des verdicts alors que la défense ne se trouve pas dans le prétoire, le soutien déclaré du Maroc à la modération et à l’Etat de droit ne peut que sonner creux. »

    Alain Gresh

    Le Monde diplomatique, 3 juillet 2007

    Tags : Maroc, Makhzen, réformes, Etat de droit, démocratie, répression, libertés, expression, presse, journaux, journalistes,

  • Algérie : Le souvenir du massacre du 17 octobre 1961 hante le pays

    17 octobre 1961-2020 : Honneur à celles et ceux qui sont tombés pour la Justice et la Liberté !

    Le 17 octobre 1961, après la décision du préfet de Paris Maurice Papon d’établir un couvre-feu discriminatoire contre les ressortissants algériens (enfants, femmes, hommes), le Front de Libération Nationale décide d’appeler à une manifestation pacifique de protestation. Bien entendu cette manifestation est interdite.

    De nombreux travailleurs algériens et leurs familles vivent à cette époque dans des bidonvilles, dans une misère indescriptible, avec seulement quelques points d’eau. Les hivers sont très froids à cette époque, le sol est gelé, et seuls des chauffages rudimentaires permettent de faire cuire la nourriture, se laver. L’éclairage est fait de bric et de broc.

    Le bidonville le plus peuplé est celui de Nanterre. C’est de là que vont partir des milliers d’algériens en cortège vers le centre de Paris où doit se dérouler la manifestation. Le chemin est long.

    Le courage et la détermination des manifestations malgré la fatigue de la journée de travail exercé dans des métiers pénibles et dangereux comme la chaîne à l’usine, le bâtiment, le nettoyage, etc.

    Arrivé à hauteur du Pont de Neuilly, un immense barrage de police est déployé. Il bloque la manifestation et attaque le cortège pacifique avec une violence incroyable. Les manifestants sont frappés à coups de crosse de fusil, tirés à vue, frappés à coups de matraque, et pour finir, nombre d’entre eux, ensanglantés, morts, évanouis, sont jetés par-dessus le pont de la Seine où ils se noient dans l’eau glacée.

    Les autres manifestants ou ceux partis d’autres endroits sont raflés par milliers le jour même et les jours suivants, matraqués, jetés comme des chiens dans les paniers à salade. Sur le pont St Michel, les manifestants sont encerclés et tabassés, jetés dans la Seine. Au cinéma Rex où est prévu le regroupement pour démarrer la manifestation, la police tire sur la foule. C’est la grande rafle, comme celle menée par la police parisienne de nuit contre les juifs qui furent concentrés au Vél’d’Hiv puis remisés à Beaune la Rolande en attendant leur départ parqués pire que des bêtes dans des wagons à bestiaux scellés, jusque dans les camps de la mort, où ils seront exterminés. A cette époque, Maurice Papon, fonctionnaire scrupuleux au service de l’Etat fasciste et collaborationniste de Vichy, signait sans état d’âme à Bordeaux l’arrestation de centaines de juifs qui finiront gazés à Auschwitz.

    De nombreux personnages criminels, tortionnaires du type Papon et autres ont été déclarés irresponsables, n’ayant fait qu’obéir, d’autres furent blanchis comme Bousquet dont Mitterrand est resté l’ami malgré ses turpitudes. La plupart n’ont encourus que de courtes peines, certains furent ignorés, voir aidés à se cacher ou à s’enfuir pour servir contre le communisme, les travailleurs, les mouvements de libération nationale comme le FLN, en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie, etc.

    Le 17 octobre 1961, le fascisme, le racisme a montré son visage au grand jour. Ce n’était pas un « incident » passager. La bête immonde tenue en laisse par la classe dominante et son appareil d’Etat est en réserve. Aujourd’hui même il faut être vigilant. Une forme de « fascisme moderne » se fait jour au moyen de l’appareil d’Etat, car ces idées ne sont pas véhiculées que par l’extrême-droite, les groupes fascistes ou néonazis. La montée de cette forme nouvelle peut se développer en utilisant les vieilles méthodes du passé comme le racisme pour diviser les travailleurs. Les conciliateurs et réformistes, en faisant croire que l’on peut dompter le système, le mettre au service de l’homme, paralysent la volonté de la majorité de notre peuple en semant les illusions.

    Nous devons rester vigilants, nous organiser pour que les crimes et horreurs du passé ne soient de nouveau utilisés par la classe dominante pour conserver ce système pourrissant qui porte en lui la guerre comme l’orage porte la tempête.

    Pour en finir avec l’horreur capitaliste ce système, il ne suffit pas de renverser un dictateur ou changer de gouvernement. Les fantastiques révoltes populaires arabes qui sont un pas en avant montrent leurs limites actuelles. Sans direction, sans parti révolutionnaire, la bourgeoisie peut reprendre en main l’appareil d’Etat en repeignant simplement la façade.

    Ceux qui sont morts il y a 59 ans pour la justice et la liberté, pour un monde meilleur, sous les coups des « chiens de garde » de la classe dominante, nous regardent. Nous avons le devoir de poursuivre leur combat pour la justice et la liberté.

    Tags : Algérie, France, massacre, 17 octobre 1961, mémoire, répression, colonisation, colonialisme,

  • Maroc : L’enfer des migrants subsahariens

    Maroc – Rabat

    Aux portes de l’Europe, l’enfer des migrants subsahariens

    Dans la minuscule pièce, Florence découpe une pastèque. Le téléviseur crépite dans un coin, seule distraction du petit Emmanuel, 3 ans, étendu sur le matelas posé à même le sol. Une simple lucarne éclaire le foyer de cette famille nigériane. Aujourd’hui, Steeve, le père de famille a gagné 1,50 euros en mendiant depuis 6h du matin. “De quoi acheter un kilo de poisson”, lance-t-il sans grand enthousiasme. Ce couple nigérian a débarqué à Rabat en 2004 avec comme unique rêve, celui de rejoindre un pays européen pour une vie meilleure.

    Dans un angle, Florence a soigneusement rangé ses bassines pour la vaisselle qu’elle a dissimulées derrière un rideau. Sur les murs, des photos du Christ. La température intérieure atteint facilement les 30°. “Malgré les 50 euros de loyer mensuel, le propriétaire ne veut pas qu’on utilise la lumière ni qu’on branche un ventilateur”, raconte Steeve. “Cela fait 3 ans que nous sommes là et nous n’avons aucun droit. Si seulement je pouvais travailler. C’est une situation très stressante pour moi, avec la peur d’être agressé ou d’être arrêté par la police”.

    Comme ce jeune couple de migrants, ils sont entre 15 000 et 30 000 à se retrouver bloquer à Rabat, aux portes de l’Europe, avec des conditions de vie inacceptables. “Lorsqu’ils arrivent ici, ils n’ont plus d’argent pour continuer. Durant le voyage, ils doivent se débarrasser de tous leurs papiers. Ils n’existent plus. Au Maroc, ils n’ont aucun droit. Ils ne bénéficient d’aucune protection et se retrouvent à la merci de tous les abus et de toutes les violences possibles”, explique le coordinateur d’une ONG. 60 % d’entre eux ont entre 18 et 30 ans, 30% ont plus de 30 ans et 10% sont des mineurs. Ces migrants viennent principalement d’Afrique de l’Ouest ((Sénégal, Gambie, Mali, Guinée, Côte d’Ivoire) du Nigeria et de la RDC.

    Pour la plupart, le périple s’est déroulé dans la souffrance avec des violences sexuelles et physiques, dans l’enfer des camions surchargés traversant le désert algérien, sans eau ni nourriture. “Le trajet a été épouvantable. Nous avons beaucoup marché, même les enfants. Nous avons dû payer sans arrêt pour franchir les frontières. C’est une véritable mafia”, explique Bienvenu qui a quitté la RDC en 2004 avec sa femme. “Nous avons mis plus de 2 ans pour arriver ici en passant par le Cameroun, le Nigeria, le Bénin… Mais chez nous, il y a la guerre, la famine, tout”. Le couple a obtenu le statut de réfugié via la représentation internationale du HCR basé à Rabat. Seul problème… les autorités marocaines ne reconnaissent pas ce bureau destiné à favoriser l’enregistrement des demandeurs d’Asile, la reconnaissance et l’installation des réfugiés au Maroc.

    Pourtant, le Maroc a signé les Conventions de Genève de 1951 relatives à la protection des réfugiés. “En un an et demi, le HCR n’a reconnu que 600 réfugiés avec un taux de reconnaissance de 16%. Ce statut est principalement attribué aux Ivoiriens, Congolais, Sierra Leonais et Libériens. Le récépissé remis aux réfugiés n’a, pour l’instant, aucune valeur aux yeux des autorités marocaines. Il ne leur donne pas droit à une carte de séjour et ne permet donc pas d’accéder au marché du travail ou aux soins”, précise le coordinateur. “Tant que le HCR et le statut de réfugié ne sont pas reconnus par le Maroc, le bureau international de Genève devrait assurer une assistance financière mensuelle aux réfugiés. Et la Communauté internationale devrait doter le bureau du HCR de Rabat des moyens politiques et financiers suffisants pour assurer tant la protection juridique que l’assistance de ces réfugiés, et plus particulièrement des mineurs non accompagnés”.

    En attendant, le Maroc a renforcé le dispositif de surveillance des frontières avec des ratissages autour des enclaves tout en laissant les migrants en ville. “Les politiques publiques européennes et des Etats membres en matière d’immigration s’inscrivent fortement en coopération avec les pays frontaliers de l’espace Schengen dans le cadre du « bon voisinage ». Elles consistent à vouloir réguler les flux migratoires et lutter contre l’immigration clandestine en «externalisant» le contrôle des frontières et les procédures d’asile vers les pays limitrophes. L’Algérie et le Maroc se renvoient la responsabilité. L’action policière se concentre sur les zones de frontières. L’Union européenne envoie de l’argent au ministère de l’Intérieur marocain mais ces fonds ne redescendent pas forcément aux policiers qui n’ont pas les moyens de procéder aux arrestations. Cette coopération policière avec l’Europe existe mais le problème reste celui de la corruption”, constate le coordinateur.

    Résultat, les migrants, réfugiés ou non, vivent dans la plus grande précarité, victimes de violences et de discriminations. “J’ai pris un bateau pour rejoindre les Canaries et il a chaviré noyant une quinzaine de personnes sous mes yeux. J’ai été récupéré et depuis je lutte pour survivre. Il y a un mois, un Marocain m’a agressé pour me voler. Il m’a tailladé le visage et le corps à coups de couteau et m’a brisé un tibia. Personne n’a bougé. Les gens regardaient”, raconte Jimmy, un Nigérian.

    Libres de leur mouvement, au bon vouloir des autorités, les migrants mendient dans les rues et survivent dans des bidonvilles entassés dans de minuscules chambres. De véritables taudis où les nattes et les matelas se succèdent au milieu des cafards, de la crasse et de la chaleur. La gale est une maladie courante de même que la tuberculose et les troubles mentaux. Sans espoir, sans avenir, les migrants de Rabat se débattent dans ce climat de violence, rejetés par une bonne partie de la population marocaine en se disant “j’avais un rêve, je suis maintenant dans une prison libre”.

    * Le nom de l’ONG et celui du coordinateur ne sont pas publiés afin de ne pas nuire à leur action sur le terrain.

    Tags : Maroc, migration, subsahariens, africains, racisme, répression,

  • Réponse à François Patuel

    Cher Patuel,

    Avant d’évoquer les atteintes délibérées ainsi que constantes de la part de l’ensemble des sytèmes tyranniques et néo-autocratiques surtout d’obédience françafricaine, il faudrait poser la question majeure de la souveraneté réelle de ces républiques bananières, car l’instauration de l’Etat fondé sur le droit, la démocratisation de la vie politique et le respect scrupuleux des droits fondamentaux, ne peuvent prendre véritablement forme dans une nation donnée, si cette dernière demeure soumise sans discontinuer par le colonialisme français.

    Cette réalité indéniable et dérangeante semble ne pas du tout intéresser les marchands de rêves que sont les pseudo-opposants.

    Tout est condamnable en toute situation, sauf les ingérences antidémocratiques et intolérables de la France officielle dans les affaires intérieures des pays africains.

    Quant aux prétendues CEDEAO, Union Africaine, francophonie et même l’ONU, elles n’osent simplement pas ouvrir la bouche ou “agir” en Afrique françafricaine, que sur autorisation de l’Elysée. Que peut-on attendre de bien de la part de ce genre d’institutions illégitimes, bureaucratiques, et foncièrement corrompues?

    Depuis 1960, les dévoyés serviteurs défendant les intérêts de la France sur le continent sont les mariennettes qu’elle impose au pouvoir à sa guise, et s’il vous plaît pour des longues décennies.

    Ne pas vouloir résoudre définitivement cette gravissime problématique d’asservissement sans fin, veut dire que l’arbitraire et l’indigence accompagneront durablement les divers sous-Etats françafricains.

    Les critiques permanentes, le mensonge et l’imposture ne changeront rien à la situation lamentable des uns comme des autres.

    Tout peuple inconscient, apeuré et surtout résigné mérite, avec raison, sa domination continuelle. Personne ne viendra sans nul doute, le secourir.

    Ali Muhammad Diallo (Twitter)

    Tags : France, françafrique, dictatures, despotisme, répression, colonisation, colonialisme, Tchad, Mali, Niger, BurkinaFaso, Sénégal, Guinée, RCA, RDC, Côte d’Ivoire,

  • Maroc : Le cachot de la prison de Kénitra

    Le cachot

    – Où est l’autre livre ?

    – Quel livre ? Il y en a plusieurs dans ma cellule. Quel titre voulez-vous ?

    – Allez enlève tes vêtements.

    Le directeur est là en face de moi. Il est entouré de plusieurs chefs dont celui de détention. Le couloir est très sombre. Tout juste deux ampoules de vingt watts, chacune à une extrémité. Sur quelques portes il y a une grosse écriture à la craie que je n’arrive pas à déchiffrer.

    Je me déshabille. J’hésite, mais il m’ordonne de continuer. Le tee-shirt aussi. Non, il faut enlever même le slip.

    Ils font de la place et un planton me tend autre chose. J’ai terriblement froid et j’ai peur de ce qui va suivre et que j’ignore. J’enfile un vieux pantalon usé et coupé à ras des genoux. Il n’a pas non plus de boutons à la braguette. La veste, elle, ressemble à un gilet. Elle n’a ni boutons ni manches.

    -une dernière fois dis-moi où est l’autre livre, à qui tu l’as remis. Sinon tu vas rester là toute ta vie. Même quand tu auras envie de parler nous ne te sortirons pas de là, car le livre, nous le trouverons… Mettez-le dedans !

    Quand ils repartent, je regarde autour de moi, un peu comme pour prendre possession des lieux. Quelques instant d’abord pour que mes yeux s’adaptent. Le couloir sombre était mieux éclairé.

    C’est ça un cachot. Quatre mètres sur deux. Il est très bas, tout juste un peu plus de deux mètres de hauteur. Le sol est nu et suit une grande pente qui de tous les côtés converge vers le trou des aisances. Celui-ci est bouché, et de l’urine est répandue partout. Les murs sont très sales. J’ai l’impression d’être dans une grotte datant des âges préhistoriques. Des dessins rupestres d’un autre monde se chevauchent. Dieu et l’enfer, la malédiction et l’amour, des corps de femmes nues et Eros transperçant un cœur. Tous cohabitent dans cet endroit. Ils sont écrits ou dessinés avec les déchets humains.

    Je tourne en rond. J’ai froid. J’ai peur et l’angoisse m’étreint. Soudain j’entends mon nom à plusieurs reprises. C’est une voix familière. Mais il me faut quand même du temps pour réagir, aller au petit judas de la porte, et scruter le couloir.

    – C’est moi, Srifi. Je suis en face, mais à deux cachots à droite du tien. Tiens, est-ce que tu vois le bout de mes doigts ?

    C’est dommage que lui aussi soit là –et il y est en tout cas avant moi – mais la compagnie soulage et réconforte. Lui aussi devait être sûrement heureux d’avoir ma compagnie. Cela faisait plus de deux moi que nous n’étions pas vus. Notre groupe avait été scindé en deux et répartis sur les deux autres groupes des quartiers Alif-un et Alif-deux qui étaient isolés l’un de l’autre. Nous formions tous le groupe des cent trente neuf du procès de Casablanca.

    Chaque jour nous échangions quelques paroles, des nouvelles. C’était surtout Mohamed qui prenait l’initiative. Même dans un endroit pareil il n’est jamais coupé du monde. Il a été amené là parce qu’on a trouvé sur lui des coupures de journaux dont il n’a pu justifier l’origine. La fouille l’avait pris par surprise.

    Kacem, un détenu de droit commun, était dans un autre cachot. Ils étaient sept à avoir tenter de s’évader. L’alerte avait été donnée alors qu’ils se trouvaient tous ensembles au sommet des murs. Il n’était plus question de s’entraider pour descendre avec la corde. Un seul a put s’échapper. En sautant du haut des remparts cinq avait eu des fractures et étaient encore maintenus à l’infirmerie. Kassem, lui, bien que mal en point, avait été amené directement au cachot après plusieurs séances de falaqa. Maintenant, il était en grève de la faim depuis déjà plus de vingt cinq jours. Il revendiquait les droits du cachot. Il m’a fallut beaucoup de temps pour comprendre que de son point de vue nous avions une situation très enviable. On ne lui avait laissé que son slip. Il était maintenu debout, les menottes aux mains, derrière le dos et attachés à un anneau fixé au mur. A titre de protestation supplémentaire il avait profité d’un instant – où on lui avait libéré les mains et essayer de le convaincre de manger – pour enlever son slip et refuser de le remettre. Chaque jour des gardiens l’insultaient pour sa nudité totale, le qualifiant de ne pas être un humain.

    Il nous était difficile d’assumer sa situation. Il allait à la mort. Nous essayâmes de le convaincre d’arrêter la grève. Il nous opposait nos propres grèves. Mais qui au monde aurait pu se soucier de lui. Il finit par arrêter après avoir gagné un acquit. Il ne serait plus attaché à un anneau et aurait les menottes aux mains à l’avant du corps.

    Le premier jour de mon arrivée vers la fin de l’après-midi et alors que je tournais toujours en rond, j’entendis qu’on ouvrait les portes une à une. Le gardien était accompagné de deux plantons qui portaient la grosse marmite et les c.t.m. Ce nom vient du fait qu’un détenu reçoit de l’administration un bol et une gamelle. Le bol étant appelé quart mais compris comme le mot «car» comme «car de transport », l’humour des détenus les a fait appeler la gamelle du nom de C.T.M., la compagnie de transport.

    La porte s’ouvrit juste assez suffisamment pour qu’une main puisse faire passer la gamelle et la poser sur le sol. Puis continua le rythme des bruits secs des serrures qu’on ouvrait et refermait.

    Comme il n’y avait pas de meilleur endroit pour la gamelle je la laissais à sa place, près de la porte, et m’absorbait à nouveau dans mes pensées.

    Le bruit des serrures n’en finissait pas. Il m’avait semblé que nous n’étions que trois d’après mes discussions avec Srifi et Kacem et qu’en tout cas qu’il n’y avait en tout et pour tout que huit cachots. Les bruits se rapprochaient et je ne songeais même pas à aller regarder. Puis la porte se rouvrit à nouveau et une main se tendit et enleva la gamelle. Quand je réagis, il était trop tard, la porte s’était déjà refermée. Le gardien me lança : « la prochaine fois tu boiras ta soupe avant qu’on fasse le tour et qu’on revienne la prendre.»

    Quelques instant après on m’apporta une couverture. Il fallait me voir cette nuit là. IL fait très froid. M’enrouler dans cette pauvre couverture usée ne donnait rien. La plier plusieurs fois sur une largeur de trente centimètres pour m’allonger dessus sur le coté et rester le corps droit. Garder un petit bout de couverture pour l’étirer au tour du corps. La plier carrément pour qu’elle puisse protéger juste le dos, et se mettre prés du mur pour garder les jambes à la verticale et les fesses sans appui. Aucune astuce ne marche et c’est désespérant.

    Une où deux fois le sommeil me prit. Certainement pas longtemps car la brûlure du froid me réveillait avec sursaut. Ou alors c’était le gardien qui hurlait jusqu’à ce que je me lève. Histoire de s’assurer que j’étais encore vivant, disait-il. Mais certainement le meilleur moyen d’empêcher les gens de dormir. Et j’endurerais cette pratique presque toutes les nuits et à chaque heure durant toute la période de seize jours que je passerais la bas.

    Le matin arrive. Il commence à faire moins froid, et on sent délicieusement le corps s’assoupir. La porte s’ouvre. Il faut rendre la couverture, et ne la récupérer à nouveau que le soir. C’est-à-dire qu’on vous la donne quand elle est insuffisante pour vous protéger. Et quand le jour arrive et que vous risquer de dormir, on vous la retire.

    Au bout de quelques jours, mon corps finit par s’adapter à dormir de jours comme de nuit avec ou sans couverture.

    Le froid m’habitait.

    Plus tard ? Bien plus tard, quand je m’installais dans la dernière cellule au fond du couloir du quartier Alif-2, sous laquelle se trouve ce quartier des cachots, il m’arrivait souvent d e ne pas dormir car j’entendais que quelqu’un en bas ne cessait pas de tourner en rond tout au long de la nuit. Je me sentais coupable de ne pouvoir l’aider. Quand j’étais passer par là, c’était l’été. Pour d’autres c’était en hiver.

    Mais pire était l’humiliation. Ne pas disposer d’eau. Passe pour boire. Une bouteille était posé dehors à côté de la porte. Il suffisait d’attendre le passage du gardien. Je lui demandais et il prenait la bouteille, introduisait son goulot entre les barreaux du petit judas de la porte et versait de l’eau directement dans ma bouche. Mais pour me laver, il n’y en avait pas. Après avoir fait mes besoins naturels, je déchirais un morceau de tissus du pantalon et je m’essuyais avec. Heureusement on me fit sortir du cachot alors que le pantalon tenait toujours.

    Je jetais le torchons avec lequel je m’étais essuyé bien à l’écart mais le trou était toujours bouché. L’urine et tous les déchets restaient là devant moi.

    Dés le lendemain du premier jour, alors que je m’étais familiarisé avec le couloir, je pus lire sur la porte de Srifi, écrite à la craie, la date de sa sortie. Chaque jour je lui demandais si on avait écrit quelque chose sur la mienne. Non toujours rien.

    Comme toujours, dans des cas pareils, nous sommes toujours amené à réfléchir sur le pourquoi de ce qui nous a mis dans cette situation. Quelle bêtise, cette histoire de bouquins. Surtout l’usage du « Défi » Ecrire un message dans un livre qui, par le nom de son auteur(le roi), par son titre, et par la nature des annotations que j’avais faites sur ses marges, ne pouvait qu’attirer l’attention. Le message concernait l’usage à faire d’un autre livre.

    Je les avais remis à l’administration pour qu’il soient rendus à ma famille. « Le Défi » fut saisi à cause des remarques écrites sur ses marges. Ce n’est qu’après que l’administration découvrit qu’il était porteur d’un message. Mais certainement elle ne savait pas si le second livre dont il était question était sortie ou pas.

    Quelle bêtise, pour quelqu’un censé avoir l’expérience des méthodes de la clandestinité ! Et maintenant que va-t-il arriver à ma famille ?

    Mais dans les pires situations il y a toujours quelqu’un pour vous réconforter. Un jour un gardien m’appela vint me saluer avec chaleur et me demander si j’avais besoin de quelque chose de précis. Oui, des cigarettes. Je fis sa connaissance. C’était lui qui apportait les coupures de journaux dont certaines avaient été trouvées sur Srifi. Les pratiques à l’encontre des détenus le rendaient malade. Il arrivait que le directeur descendait dans les quartiers accompagné de ses chefs, choisissait un prisonnier parmi les plus récalcitrants, lui liait les mains derrière le dos et se mettait lui même à le boxer….Ce gardien démissionnera un an plus tard, et en 2000,l’année dernière, je le revus à une rencontre de Forum pour la Vérité et l’Equité. Je ne l’ai pas reconnu tout de suite et il en a eu les larmes aux yeux. Comme lui, il y en a beaucoup, et ils ne seront jamais indemnisés.

    Un alors que j’appelais Srifi c’est Kassem qui me répond. Mohamed est parti. C’est un coup dur. Enfin, il ramènera des nouvelles de moi et où je suis.

    Le soir, c’est notre ami le gardien qui est de service. « Tiens, Zaâzaâ, c’est pour toi . Srifi, n’est pas loin. Il est dans le quartier de l’isolement. Il a ses affaires et peut recevoir des paniers.

    Cette nuit là, c’est la fête. Un gros morceau de « parisienne » avec des sardines de boite de conserve. Du thé dans une petite bouteille plate de shampoing. Elle était plate parce qu’il fallait pouvoir la passer à travers les barreaux. Un thé qui a le goût du shampoing c’est très bon.

    Le gardien revient avec des cigarettes et encore du thé.

    Et tout ça ne provenait que du troc. Quand le jour suivant, il reçut le panier de sa famille, c’était encore autre chose de meilleur. Je recevais chaque nuit mon ravitaillement. Srifi a vraiment l’art des négociations. Tous les gardiens acceptaient de faire les courses.

    Cette nouvelle situation aussi belle soit- elle je la vivais avec inquiétude. J’étais devenu dépendant. Et finalement arriva ce qui devait arriver. Srifi est reparti pour de bon cette fois.

    Plus aucun lien, sauf avec notre ami le gardien qui n’était pas tous les jours là. C’est le labyrinthe. De tout ce que je décrit aujourd’hui depuis mon enlèvement c’est peut être le seul instant que ma mémoire refuse de me restituer. Et pourtant ça n’avait pas duré longtemps. En tout et pour tout je n’ai passé dans les cachots que seize jours !

    L’isolement

    Un jour c’est mon tour. On m’emmène à l’isolement. Ce dernier se trouve entre le quartier des cachots et celui des condamnés à mort. Ils sont tous les trois traversés par un même couloir. On y accède par une seule porte. et ils sont aussi surveillés par les mêmes gardiens.

    Dans la cellule qu’on m’a réservée, je trouve toutes mes affaires emballés ainsi qu’une paillasse et deux couvertures. Je m’habille et m’allonge. Peu à peu une douce chaleur m’envahit. Une sorte de frémissement agréable agite les cellules de mon corps.

    La cellule est mieux éclairée, plus spacieuse et aérée…Et enfin je mange à toutes les heures de repas.

    Au cours de la même semaine je reçois un panier de ma famille. C’est un bonheur d’avoir tant de chose à mange et à goûter. Du café, des cigarettes. Mais, aussi, je culpabilise. Qu’ont-ils à gagner, eux, tous les membres de ma famille, à me suivre ainsi. Deux visites par semaine. Une fois c’est toujours ma mère et la seconde c’était à tour de rôle mes sœurs, mes frères, mes beaux-frères mes belles sœurs, mes nièces et mes neveux. Et puis aussi les cousins, les voisins, les amis de la famille. Ils continuent à venir même si la visite leur est interdite.

    Ma mère avait déjà à l’époque quatre-vingts ans environ. Elle est née à ouled frej dans les doukkalas. Elle se rappelle, quand, alors qu’elle était toute petite, se répandit l’annonce du débarquement français à Casablanca. Elle se maria avec son cousin, mon père. Ils étaient tous deux hilaliens. Mais si elle, comme ses sœurs, était appelée la fille du Hilali, lui c’était le fils de l’Oranais. Il est né, lui, selon les dires de tante Rqia, l’aînée de ma mère, dans le pays de Wast(l’Algérie) dans la région d’Oran, un an avant la mort du sultan Moulay Hassan. Son père, l’Oranais, était en fait un doukkali, parti de chez lui encore jeune pour rechercher la science, mais aussi pour des raisons de tribut, la nayba, que les gens n’arrivaient plus à payer. Il se retrouva fqih dans la tribu des Ben Zaâzouâ et se maria avec la fille d’une puissante famille.

    Son lieu d’office, le jamaâ, étant un endroit auquel avaient recours les voyageurs demandant à être les invités de Dieu, il reconnut, un jour, parmi l’un d’eux, un vieux monsieur, noir, creuseur de puits, qui lui rapporta des nouvelles de Tamou sa mère que tout le monde dans la tribu plaignait, tant elle ne finissait pas de filer la laine et de réciter des chansons sur ce fils dont elle n’avait plus de nouvelles.

    De passage en passage, le compagnon creuseur de puits rapportait des nouvelles plus fraîches, et un jour le fqih décida de rentrer au pays. Son épouse, Khaïra refusa de le suivre et il s’ensuivit un litige à propos de leur bébé. Recours au tribunal et le juge français donna raison au mari. Si la femme ne voulait pas suivre son mari, elle ne pouvait pas s’opposer à ce qu’il emmène avec lui son fils.

    De peur d’être suivi et qu’on lui enlève son garçon, celui qui à son retour s’appellera l’Oranais, se mit à voyager de nuit et se cacher le jour. Le pays était en rébellion. Il n’y avait de sécurité nulle part. Pour éviter d’être rattraper par ceux qu’il supposait être à sa chasse, ses beaux-frères et leurs hommes d’arme il prit, à partir de Fès, la route de Tanger d’où il embarquât sur un bateau pour EL jadida.

    L’enfant n’oublia jamais. Et son père lui aussi ne cherchait pas à lui faire oublier mère. Chaque fois qu’il se fâchait avec sa belle-mère, l’Oranais lui disait : « Aller va seller l’ânesse, on rentre chez Khaïra ». Lui aussi l’appellera de son prénom et ne dira jamais ma « mère ».

    Les parents de ma mère, Bacha, habitaient le douar des Aâbbaras. Son père, à elle, Mohamed Lahlali, était lui aussi, Fqih. Une fois il avait pris contrat dans un autre douar. Et il l’avait emmener avec lui. Habillée en garçon, on l’appelait Salah.

    Elle n’avait que des sœurs et aussi Khouyyi unfrère dont son père avait toujours refusé de reconnaître la paternité et qui habitait avec sa mère. Adolescent, il venait souvent à la maison. Une fois il était même rester très longtemps, puis il est reparti chez ses grands-parents maternel, tout continuant à revenir de temps en temps.

    Une nuit Lahlali entendit du bruit dehors. Il prit son fusil et sorti. Il n’y avait pas de lune. Impossible de voir quoi que se soit. Soudain, une pierre frappe contre le mur et tombe à ses pieds. Il reconnaît cette pierre. Elle se trouve d’habitude prés du pic d’attache de l’âne. Alors il vise approximativement cette direction et fait feu. Puis plus rien ne se passe.

    Le matin, de bonheur, Il va voir. Il y a du sang et les traces de quelqu’un qui traversait le champs. Une vieille femme est chargée d’aller aux nouvelles. Elle ne revint que le soir. Elle avait parcouru plusieurs douar avant de trouver. L’homme de la veille était un voleur notoire ; Bléssé, il est mort chez lui le jour même. Sa famille parlait de vengeance. Mais il fallait d’abord l’enterrer.

    Lahlali, lui craignait pour ses filles et sa femme qui pouvaient être enlevées et vendues comme esclaves du fait qu’elles avaient une couleur de peau noirâtre qu’elle tenaient de Boujemaâ, leur grand-père maternel. Il prévint justement son beau-père, dans la tribu des Ouahla. Ce dernier était un genre de rebelle, chef de guerre ou brigand. Les oncles arrivèrent, le soir même, armés, sur leurs chevaux et des chameaux pour déménager la famille et la mettre en sécurité prés d’eux.

    Plus tard, alors qu’ils avaient déjà Baba, leur premier enfant, ma mère s’inquiétait quand il tardait trop à revenir de ses randonnées de commerçant ambulant, « Attar. Quand il lui disait qu’il était passé par la région de Fès, elle pensait « c’est sur la route d’Oran. Chaque fois, qu’il avait participait à une caravane de chameaux transportant le blé à Casablanca, elle constatait que tout ce qu’il lui racontait de ses voyages n’avait trait qu’à ses discussions avec les gens du port. Des discussions où Oran revenait souvent.

    Vers la fin des années vingt notre famille quitta les Doukkalas pour les Oulad Saîd.Ils avaient déjà trois enfants. Baba, Lalla et Khouyti. Mon père devint travailleur au cinquième. Les temps et ce genre de travail étaient dures, mais ma mère était fière de son homme. « Jamais il ne m’a laissée dans une situation difficile ». Un jour la femme du patron est venue l’emmener pour préparer avec les autres épouses de khammas, pour préparer les repas des faucheurs de blé. Le soir quand elle était rentrée, il était trop tard. Il avait l’habitude de trouver de l’eau chaude pour se laver les pieds à son retour. « C’est moi le Khammas, pas toi. Tu n’es pas leur bonne, lui dit-il. La prochaine fois, si on te demande quelque chose, tu réponds que ton mari te l’interdit ».

    Et aussi quand le patron venait à la maison. Ce qui était courant à l’époque c’est que quand ce dernier rentrait chez l’un de ses ouvriers, il était considéré comme le propriétaire. On posait le plat de thé devant lui, et c’est lui qui préparait. La femme restait à la cuisine, et l’homme faisait le service. Chez le doukkali c’était le contraire, le patron, quand il était là, n’était que l’invité. Cela faisait dire à tout le monde : « Mais pour qui se prend-il, ce doukkali, avec ses manières ?! ».

    Je me surprends en train de parler à Bouchaîb, mon ami, avec lequel j’ai passé une partie de ma vie. Je lui raconte tout à haute voix, que je sois sur la couchette , debout, ou encore en train de faire mes besoins. Je lui raconte à nouveau que je me suis surpris à lui parler. J’ai parfois l’impression que mon cerveau va éclater. Impossible de sortir du cercle de parler à haute voix , en prendre conscience, et raconter sur le champs cette situati on de la même façon…

    De temps en temps notre ami le gardien, lorsqu’il est de garde dans le quartier, passe me voir. Aucun rapport avec les autres gardiens. De mon côté je ne recherche pas le contact. Et de leur côté il n’y a, certainement, rien à attendre de quelqu’un qui ne traficote pas.

    Un jour j’entends des bruits de pas dan le couloir. Beaucoup de pas. Je vais au judas. Plusieurs gardiens guide un groupe de prisonniers vers les cachots. Ces derniers avaient tous des bandages autour des jambes. Quatre marchaient à quatre pattes et le cinquième était porté sur un brancards par d’autres prisonniers. En fait je n’ai rien compris, c’est notre ami le gardien qui revient m’informer, quelques minutes après, qu’il s’agit du groupe qui avait tenté de s’évader, les amis de Kassem. Ils étaient tous plâtrés. Mais de quelle façon ! Pour leur faire payer cher leur tentative on avait plâtré leurs jambes toutes tordues afin de les rendre infirme. Et cela faisait déjà prés de deux mois qu’is portaient le plâtre.

    Source : Blog de Abdallah Zaazaa

    Tags : Maroc, prison, Kenitra, cachot, répression,