Le monde se bat désormais contre un virus invisible, le coronavirus. Il est dangereux au point de menacer toute la planète jusqu’au jour où la science trouvera un antibiotique capable de l’exterminer.
Cependant, un autre virus menace l’Europe et il n’est pas microscopique. Il est bien visible, vit sous forme humaine et se trouve au Maroc. Il est plus nuisible et plus meurtrier. Il s’appelle Mohammed VI et a déjà sévi au Bataclan, à Bruxelles, Barcelone, Syrie, Irak…
Ce virus a été créé par la France et tel Frankenstein, il s’est retourné contre son créateur. Son histoire fait frissonner. Dans le but de s’accaparer des richesses des pays voisins, le monstre devient démoniaque. Qui en est responsable ? La France et l’Union Européenne qu’il rackette aujourd’hui à coups d’attentats terroristes et de vagues de migrants marocains et africains meurtris par la pauvreté et la misère créés par des régimes dictatoriales imposées par la prétendue patrie des droits de l’homme qui peine à se débarrasser de ses pratiques colonialistes.
Ce virus a atteint la grande majorité des marocains, créant ainsi une société caractérisée par la violence, le vol, l’assassinat, la prostitution. Le « tcharmil », d’après le lexique populaire marocain. Il a contaminé même ceux qui sont nés sous drapeau européen. Malgré qu’ils ont fréquenté des écoles européennes, ils portent la violence dans leur ADN et ce qui est surprenant c’est que les démocraties européennes en ont fait un atout pour gagner les élections.
En France, le président Emmanuel Macron en a payé les frais. L’un de ses copains, M’Jid El Guerrab a fracassé le crâne d’un collègue du PS à cours de casque de moto. Un autre, le dénommé Alexandre Benalla a voulu rendre service à son protecteur à coups de matraques contre un couple de Gilets Jaunes dont le seul crime était de se manifester pour revendiquer des droits légitimes.
En Belgique, un autre pays qui a abrite une communauté marocaines importante, un vieillard de 60 ans a été défiguré par un candidat aux élections communales. Pour un article de presse! A l’instar du roi du Maroc, ces élites marocaines veulent museler la presse européenne.
Le vrai défi pour les élus du peuple français serait de voter, aujourd’hui, pour un texte qui criminalise toute atteinte aux génocides algérien, palestinien ou hutu. Puisqu’ils s’arrogent le droit de réécrire l’histoire d’une nation à quelques milliers de kilomètres de leurs frontières, autant le faire pour des pays plus proches et plus légitimes pour un geste aussi fort.
Pourquoi pas, alors, pour les Peaux-rouge d’Amérique, pour le Aborigènes d’Australie ou, encore, pour la mémoire des victimes des purges staliniennes ? Plus que tout autre nation, la France le pourrait certainement, ne serait-ce qu’au nom de l’universalité de ses valeurs des droits de l’Homme.
Et tant qu’à faire, si ce n’est que pour des arrière-pensées électoralistes – comme certains esprits malveillants semblent le suggérer – l’électorat français aux origines algériennes n’est-il pas quatre fois plus important que la petite communauté arménienne de France?
Mieux encore, et si le parlement algérien ou celui du Maroc votaient aussi leurs propres lois sur les génocides des autres ou sur ceux dont ils ont été victimes dans leurs histoires respectives : celui des Rifains durant la guerre du Rif au Maroc (1921 – 1926) en est un exemple, toujours vivant dans la mémoire des Marocains. De même pour les Algériens et notamment les massacres de Setif, Guelma et Kherrat, de mai 1945.
Au cas où on l’aurait oublié, le Maroc et l’Algérie sont aussi des états souverains, dotés d’institutions souveraines, et donc libres d’accueillir sur leur sol les entreprises qu’ils veulent et ce, dans le strict respect de leurs lois et de leurs valeurs nationales. La SNCF impliquée dans la déportation des juifs durant la seconde guerre mondiale n’a-t-elle pas été contrainte et forcée de reconnaitre officiellement son collaborationnisme passé, pour espérer être admise à un appel d’offre d’une ligne de train à grande vitesse en Californie (États Unis) ?
Pourquoi pas ces pays maghrébins n’exerceraient-il pas les mêmes pressions sur des entreprises françaises impliquées dans le pillage et la rapine des ressources de leurs pays aux temps de la colonisation ? Et pourquoi ne le feraient-ils pas aussi avec toute entreprise relevant d’un état dont les institutions officielles auraient portées atteinte à leurs lois, à la dignité de leurs peuples et à leurs histoires ? Et si le parlement démocratiquement élu de la Tunisie libre décidait de sévir contre toute entreprise étrangère reconnue coupable de complicité avec la dictature de Ben Ali ?
Assurément, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et d’autres pays encore seraient dans leur bon- droit, surtout s’ils ont affaire à une république de Tartuffes, où l’on excelle dans l’art du «donnage de leçons» en droit-de-l’hommisme aux autres, comme ces chameaux condamnés à ne voir et à ne critiquer que les bosses d’autres chameaux.
De grands groupes capitalistes marocains ont entamé un processus d’internationalisation plus particulièrement depuis le début des années 2000 en vue de dépasser l’étroitesse du marché local tout en édifiant des partenariats multidimensionnels avec des multinationales qui ont accru elles aussi leur présence dans plusieurs secteurs de l’économie marocaine. La conquête des ressources africaines est alors devenue un de leurs objectifs primordiaux. Plus de 1000 entreprises marocaines opèrent actuellement en Afrique et y ont investi environ 2,2 milliards de dollars [1].
Les investissements directs étrangers (IDE) marocains en Afrique Les investissements directs marocains à l’étranger restent globalement faibles. Leur flux total sur la période 2008-2015 est d’environ 33 milliards de dirhams (1 € = environ 10 dirhams). La majorité des investissements directs marocains est destinée à l’Afrique (57 % du total avec 19 milliards sur la même période), en particulier à l’Afrique subsaharienne (plus de 17 milliards). La Côte d’Ivoire est le premier pays récepteur du stock d’investissements marocains en Afrique subsaharienne en 2015 avec 4,8 milliards de dirhams. Elle est suivie du Mali avec un encours de 4,2 milliards de dirhams, du Bénin (1,6 milliard de dirhams) et du Gabon (1,4 milliard de dirhams). Par secteurs, les IDE du Maroc en Afrique subsaharienne sont plus marqués dans le secteur bancaire qui représente 40,3 % du total du stock sur la période 2010-2015, suivi du secteur des télécommunications (34,4 %), des assurances (13 %) et de l’industrie (5,6 %) [2]. Ces investissements restent dominés par un cercle restreint de grands groupes capitalistes qui ont accumulé d’énormes fortunes et à leur tête la famille royale.
Dans ce texte, nous allons essayer de donner une vue générale sur ces investissements qui constituent les leviers de la pénétration du capitalisme marocain en Afrique et les grands groupes locaux et leurs partenaires étrangers qui en tirent profit. Mais d’abord, nous allons voir brièvement comment la concentration et la centralisation de ces fortunes ont été déterminées par les politiques néolibérales prônées par les institutions économiques internationales et appliquées graduellement et habilement par le régime.
Les politiques néolibérales renforcent la concentration, la centralisation et l’internationalisation du capital
Les restructurations néolibérales dictées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international depuis les années 1980, à la suite de la crise de la dette publique, ont renforcé la concentration des richesses sociales entre les mains de grands capitalistes locaux et des entreprises étrangères partenaires, et leur centralisation par d’importantes opérations de fusions-acquisitions. La monarchie qui concentre le pouvoir politique en contrôlant l’appareil répressif de l’État (armée et police), les institutions exécutives (gouvernement) et législatives (parlement) et les Établissements et Entreprises publiques, dirige le rythme d’application de ces politiques pour étendre sa mainmise sur les secteurs rentables de l’économie et élargir ses réseaux de « compérage » tout en essayant d’assurer la stabilité sociale du pays. Ceci d’autant plus qu’elle bénéficie du soutien de l’impérialisme européen et états-unien qui lui permet de gérer les diktats des institutions économiques internationales de façon à ne pas attiser les luttes sociales. Lors des mobilisations populaires inédites déclenchées en février 2011 au Maroc, dans le contexte des révolutions et soulèvements dans la région arabe, le pouvoir a ajourné le démantèlement de la caisse de compensation et la réforme des retraites et a augmenté les salaires dans la fonction publique alors que le déficit budgétaire était très alarmant.
Les grandes réformes libérales ont commencé avec le programme d’ajustement structurel (PAS) qui a initié tout un processus de désengagement graduel de l’État et de déréglementation en faveur de l’entreprise privée [3] et au détriment des salarié-e-s, petits producteurs et autres couches populaires. Ainsi, les privatisations des entreprises publiques et des services publics se sont concrétisées par des cessions, ou ententes directes, à des groupes privilégiés, locaux et étrangers. La libéralisation des échanges extérieurs qui s’est accélérée avec l’adhésion du Maroc à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995 a engendré une panoplie d’accords de libre-échange déficitaires pour l’économie nationale mais qui ont bénéficié aux grands groupes exportateurs et importateurs. Les ressources de l’État ont été mobilisées pour réaliser les infrastructures nécessaires à la rentabilité du capital. Des plans sectoriels sont engagés par la monarchie au début des années 2000 dans les secteurs clés comme l’agriculture, l’industrie, la pêche maritime, le tourisme, et l’énergie, ou encore le commerce, les nouvelles technologies de l’information, la formation professionnelle, etc. Elle a également initié de grands chantiers qui englobent ports, aéroports, autoroutes, voies express, lignes de train à grande vitesse, tramway, parcs industriels, villes nouvelles, etc. Ces investissements massifs ont accentué l’endettement public qui sera supporté par la population à travers les politiques d’austérité sociale.
Ces restructurations profondes ont ouvert de nouvelles perspectives d’accumulation à quelques centaines de familles bourgeoises connues historiquement dans le champ des affaires au Maroc (Benjelloun, Akhannouch, El Alami, Bensalah, Tazi, Chaabi, Zniber, etc) qui cherchent à s’internationaliser. Elles ont développé des stratégies partenariales entre elles et avec des multinationales sous la haute surveillance du palais qui contrôle le politique et la sphère économique. La famille royale, à travers son holding géant Société nationale d’investissement (SNI) aux ramifications tentaculaires dans un ensemble de domaines rentables, s’est engagée dans une stratégie de conquête de marchés d’Afrique subsaharienne principalement à travers trois secteurs : la finance via sa banque Attijariwafa, les énergies et mines grâce à Managem et la filiale d’énergie renouvelables Nareva et l’industrie du ciment à travers son partenariat avec le groupe international Lafarge-Holcim [4].
Le régime marocain a opté pour une approche partielle et sélectives des réformes néolibérales. Malgré la vague des privatisations, de nombreuses grandes entreprises sont toujours contrôlées par l’État [5]. Le contrôle public est toujours maintenu dans le commerce, le transport (Chemins de fer, transport aérien et maritime), télécoms, et tourisme. Il s’est même redéployé dans les secteurs de la finance où l’actionnariat public demeure majoritaire dans 5 banques (sur un total de 19) comme c’est le cas plus particulièrement de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), le plus puissant investisseur institutionnel public, et 4 sociétés de financement (sur un total de 33) et aussi dans le BTP et la promotion immobilière [6]. Ces établissements et entreprises publiques continuent à servir de « béquilles » au grand capital local et étranger et aussi de grands leviers pour conquérir les marchés africains. Parmi les principaux Établissements et Entreprises publiques ayant entrepris des actions d’investissement avec les pays africains figurent l’Office chérifien des phosphates (OCP), l’Office national de l’eau et de l’électricité (ONEE), l’Agence marocaine d’énergie solaire (MASEN), Maroc Telecom (IAM), Compagnie d’investissements touristiques Marchica Med, l’ Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT), la Royal air Maroc (RAM), l’Office des Foires et Expositions de Casablanca (OFE), la Compagnie marocaine de plâtre et d’enduit (CMPE), l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC), Barid Al Maghrib (BAM), le Centre national de l’énergie, des sciences et des techniques nucléaires (CNESTEN) [7], etc.
Les principaux secteurs de la pénétration du capitalisme marocain en Afrique
Les techniques de l’information et de la communication
La première société publique de télécommunications au Maroc, Maroc Telecom (ou Ittisalat Al Maghrib, IAM), a commencé sa première pénétration en Afrique en 2001 par l’acquisition de 54 % de Mauritel, l’opérateur historique des télécommunications en Mauritanie, alors qu’elle vient d’être privatisée et devenait une filiale du groupe français Vivendi. Elle a continué sa prise de participations majoritaires dans les autres opérateurs historiques au Burkina Faso en 2006, au Gabon en 2007, au Mali en 2009. En 2014, elle obtenu de son nouvel acquéreur l’émirati Etisalat (53 % du capital contre 30 % pour l’État marocain) 6 de ses filiales d’Afrique subsaharienne –Bénin, Côte d’Ivoire, Gabon, Niger, Centrafrique et Togo- regroupées sous la marque Moov [8].
Tableau des filiales, parts du marché et abonnés mobiles de Maroc Telecom (2016)
Les filiales africaines de Maroc Telecom ont participé en 2016 à hauteur de 43 % de son chiffre d’affaires consolidé qui est de 35 milliards de dirhams (3,5 milliards de dollars).
Le groupe Méditel, numéro deux de la téléphonie mobile au Maroc, créée en 1999 et qui détient 32,80 % de part de marché, devient Orange Maroc à partir de juillet 2015. Le groupe français Orange détient 49 % du capital de Méditel et consolide alors sa présence en Afrique avec environ 120 millions de clients [9].
Cette privatisation des télécommunications au Maroc au profit des groupes français a été facilité par le palais [10]. La Présidence française est intervenue auprès du Roi du Maroc pour qu’il cède la part de Vivendi à Etisalat [11]. Les deux groupes marocains Finance Com (grand groupe privé appartenant à la famille Benjelloun) et Caisse de dépôt et de gestion (banque publique aux ordres du palais) rachètent, en septembre 2009, les parts de Telefónica (Espagnol) et Portugal Telecom qui détenaient chacun 32,18 % dans Méditel. Une année après, les deux groupes cèdent 40 % de leur capital à Orange qui devient majoritaire à 49 %.
Ces associations avec les grands groupes étrangers de télécoms permettent aux opérateurs marocains d’étendre leur présence en Afrique. Maroc Telecom revendique 30 millions d’abonnements mobiles alors que le groupe sud-africain MTN, premier opérateur continental en termes d’abonnés aux services mobiles, possède plus de 168 millions de clients et Vodafone britannique compte environ 120 millions d’abonnés sur le continent [12].
Quant au groupe privé télécom Inwi, créée lui aussi en 1999, détenu à 69 % par le holding royal, Société nationale d’investissement (SNI) et à 31 % par le groupe télécom koweitien Zain, il vient en troisième position dans la téléphonie mobile au Maroc avec 23 % du marché. En 2017, Inwi s’associe au premier fournisseur mondial de services de télécommunications par satellites, Intelsat, pour booster le haut débit dans toutes les régions du Maroc et en Afrique de l’Ouest.
Cette expansion des techniques de l’information et de la communication qui s’insérait dans le contexte du démantèlement du service public des télécommunications dans la majorité des pays du continent [13] ouvre la voie au capital marocain et ses partenaires étrangers. Les techniques de l’information et de la communication permettent tout particulièrement l’intégration des ménages et des petits producteurs dans le secteur financier. La téléphonie mobile accélère l’inclusion financière des populations locales menée par les banques. Alors que le taux de bancarisation est encore faible en Afrique subsaharienne (34 % des adultes disposaient d’un compte bancaire en 2014), celle-ci compte une grande proportion des adultes titulaires d’un compte d’argent mobile : 12 % contre seulement 2 % dans le monde [14].
De nombreuses sociétés marocaines spécialisées dans les domaines de l’informatique et de la monétique entrent aussi dans la course comme la Hightech Payment Systems (HPS) qui s’est associé en 2014 avec le groupe Attijariwafa Bank pour le développement d’une plateforme monétique dédiée à la gestion de l’ensemble des filiales africaines du groupe bancaire, ou Finatech Group qui est une filiale de FinanceCom , la Société maghrébine de monétique (S2M), M2M, etc.
Présence des entreprises marocaines par secteur
Les banques et les assurances
La présence des banque marocaines en Afrique remonte à la moitié des années 1980. La Banque centrale populaire contrôle depuis plus de 20 ans la Banque populaire maroco-centrafricaine et la Banque populaire maroco-guinéenne, détenues à 62,5 % et 53,9 % respectivement. Mais le mouvement d’internationalisation des banques et compagnies d’assurances s’est élargi plus particulièrement en fin des années 1990 avec l’accélération des réformes néolibérales.
La BMCE Bank s’est implantée au Mali en 1989 avec une prise de participation de 27,38 % dans la Banque de développement du Mali. En 2004, il devient actionnaire dans le capital de la Congolaise des banques à hauteur de 25 % en 2004. La Banque a également pris le contrôle de 59,39 % de Bank Of Africa au Mali, moyennant des prises de participation successives depuis 2007.
Le groupe Attijariwafa Bank a terminé, en 2008, son absorption de la Compagnie bancaire de l’Afrique occidentale (CBAO), la première banque historique au Sénégal. Il devient aussi majoritaire dans la Banque internationale du Mali. Il a également repris 5 filiales africaines du groupe français Crédit agricole, au Cameroun (Société camerounaise de banques, avec 65 % du capital), au Congo-Brazzaville (Crédit du Congo, 81 % en Côte d’Ivoire (Société ivoirienne de banque, 51 %), au Gabon (Union gabonaise de banques, 59 %) et au Sénégal (Crédit du Sénégal, 95 %) [15].
Les banques marocaines sont présentes dans une trentaine de pays du continent, dans toutes les régions à l’exception de l’Afrique australe. On recense 45 filiales de banques marocaines sur le continent [16].
Comme on peut le constater, il s’agit principalement de trois grandes banques à capital privé majoritairement marocain qui dominent le secteur financier du pays, Attijariwafa Bank (famille royale), la Banque centrale populaire (banque mutualiste) et la BMCE Bank (famille Benjelloun), qui totalisent environ deux tiers de parts de marché au Maroc. Leur total bilan réalisé en 2016 est de 1 087 milliards de dirhams (soit 107 % du PIB) avec 429 milliards de dirhams pour la première, 352 milliards de dirhams pour la seconde et 306 milliards de dirhams pour la troisième. Ces trois banques ont toutes un statut de banques universelles [17]. Elles sont aussi présentes dans des zones offshores.
Le groupe Attijariwafa Bank est présent dans 13 pays d’Afrique. Il est le premier groupe à l’échelle du Maghreb (228 agences en Tunisie et Mauritanie), de l’Afrique de l’Ouest avec 364 agences (Sénégal, Mali, Togo, Côte d’Ivoire, Burkina, Niger et Bénin) et s’élargit en Afrique centrale avec 112 agences (Gabon, Congo et Cameroun). Elle vient d’acquérir Barclays Egypt comme un premier pas vers l’Afrique de l’Est. Attijariwafa Bank est présente en Europe, au Moyen-Orient, et au Canada et œuvre pour accompagner les exportateurs, les financiers et les spéculateurs occidentaux ayant un courant d’affaires à destination du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne. Elle répond au schéma d’organisation des grands groupes financiers internationaux pour accompagner les grandes entreprises et financer les grands projets dans les domaines de l’infrastructure (routes, chemins de fer, centrales électriques, les ports, aéroports, barrages, etc.) de l’alimentaire, l’urbanisme et l’énergie tant au Maroc qu’en Afrique subsaharienne. En invoquant le Roi du Maroc comme Chef, elle a accès aux informations et influence les décideurs et responsables publics pour la concrétisation des financements et le développement des partenariats public-privé (PPP). Attijariwafa Bank a décroché la 7e place dans le classement exclusif des 200 premières banques africaines. Ainsi en 2016, les filiales subsahariennes du groupe Attijariwafa Bank ont généré un résultat net de plus de 22 % des réalisations du groupe [18].
Le groupe Banque centrale populaire compte 16 entités présentes dans 12 pays d’Afrique subsaharienne tels que le Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal, ou le Togo. Le groupe confirme son engagement dans le secteur du microcrédit pour l’inclusion financière en Afrique subsaharienne à travers sa filiale Atlantic Microfinance for Africa [19].
La BMCE Bank est implantée en Afrique avec près de 550 agences dans plus de 20 pays d’Afrique, en Tunisie en Afrique du Nord, dans huit pays en Afrique de l’Ouest (Mali, Sénégal, Burkina, Côte d’Ivoire, Ghana, Togo, Bénin, Niger), huit en Afrique de l’Est (Djibouti, Éthiopie, Ouganda, Kenya, Rwanda, Tanzanie, Burundi, Madagascar), en Afrique centrale (Cameroun, Congo Brazzaville, RDC-Congo). Selon les derniers résultats de l’activité de la banque, les filiales africaines pèsent désormais 41 % du résultat net du groupe [20].
Ces trois banques continuent leur montée en puissance sur le continent et commencent à dominer le secteur bancaire africain à côté de l’Afrique du Sud, Nigéria, Togo et l’Égypte. En 2007, les banques françaises possédaient presque deux fois plus d’agences que les marocaines. Sept ans plus tard, on constate exactement l’inverse dans les zones ayant comme monnaie le franc CFA, notamment l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA) et la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC) [21].
La pénétration du capital privé s’appuie également sur les banques publiques marocaines qui ont commencé leur implantation tout récemment comme la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) qui ne tient pas d’activité de banque de détail vis-à-vis du grand public. Celle-ci a multiplié les accords de partenariat avec les Caisses de dépôt africaines, les fonds d’investissement et les institutions publiques de développement locales. Elle a initié une multitude de projets au niveau du marché africain. Elle intervient en Afrique aussi dans le domaine des assurances à travers sa filiale, la Société centrale de réassurance, première compagnie de réassurance du marché marocain. Elle a ouvert un bureau à Abidjan en Côte d’Ivoire et ambitionne d’accompagner l’expansion des sociétés d’assurance marocaines en Afrique. A travers sa filiale Novec qui est une société d’ingénierie récemment installée au Gabon, la CDG intervient aujourd’hui dans différents pays d’Afrique subsaharienne (Côte d’Ivoire, Niger, Burkina Faso, Sénégal, Cameroun, Congo, etc.) dans des domaines aussi variés que le bâtiment, l’eau, les infrastructures, l’environnement et l’agriculture [22].
Le groupe du Crédit agricole du Maroc (public) vient de lancer un programme de partenariats agricoles en Afrique à travers la signature de plusieurs mémorandums d’entente avec des banques africaines (Development Bank of Rwanda, Tanzania Agricultural Development Bank, Bank of Agriculture Limited au Nigeria…) [23].
Le domaine des assurances est investi par les banques qui l’intègre dans leur métier [24] (« bancassurance ») et par d’autres compagnies d’assurance appartenant aux groupes de familles qui gravitent autour du palais et qui ont accumulé d’énormes liquidités pour s’internationaliser. C’est le cas de Saham Group (Elalamy) qui a acquis en 2010 le groupe Colina, un des plus importants groupes d’assurance en Afrique francophone. Déjà présent dans 19 pays du continent, le groupe a renforcé sa présence depuis 2014. Au Nigéria, Saham détient près de 40 % dans Unitrust Insurance et a pris le contrôle de Continental Reinsurance depuis 2015. Si l’on exclut l’Afrique du Sud, le groupe Saham s’impose désormais comme le premier assureur du continent [25].
Les transports et la logistique
Le développement des infrastructures de transport et de logistique reste principalement du ressort des établissements publics dans le transport aérien à travers la Royal Air Maroc qui assure 32 liaisons régulières entre le Maroc (depuis l’aéroport international de Casablanca) et l’Afrique, et le transport maritime à travers le nouveau port de Tanger MED qui permet une desserte régulière de 20 pays africains et assure 34 liaisons hebdomadaires en Afrique de l’Ouest et Afrique centrale. Les partenariats public-privé (PPP) permettant de financer et mettre en place des grands projets d’envergure qui augmenteront les bénéfices des groupes capitalistes. Ainsi par exemple, la banque Attijariwafa Bank est intégrée dans le partenariat pour la mise en place des programmes autoroutier et portuaire de la Côte d’Ivoire.
L’immobilier et le BTP
Ce sont les mêmes grands groupes qui dominent les secteurs de l’immobilier et le BTP au Maroc qui sont actuellement en pleine expansion sur le continent.
La Société nationale d’investissement (SNI) et le groupe suisse LafargeHolcim ont décidé de lancer six nouveaux projets cimentiers en Afrique de l’ouest via leur filiale commune LafargeHolcim Maroc Afrique déjà présente dans quatre pays : Bénin, Cameroun, Côte d’Ivoire et Guinée.
Le groupe Addoha, dirigé par le milliardaire Anas Sefrioui, est quant à lui déjà bien implanté en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Cameroun, au Congo, au Tchad et au Sénégal. Il possède 13 cimenteries dans 11 pays d’Afrique et une capacité de production installée de plus de 9 millions de tonnes.
Le groupe ALLIANCES de Mohamed Alami Lazrak investit principalement en Afrique de l’Ouest. En Côte d’Ivoire par exemple, il réalisera 640 logements. Il est aussi présent au Congo, ainsi qu’au Cameroun où il va construire huit centres hospitaliers régionaux, 800 logements et réhabiliter 3 centres hospitaliers universitaires. Il a signé un contrat de partenariat avec le gouvernement ivoirien pour la construction de 7 000 logements dans la capitale Abidjan. Le groupe ambitionne de conquérir le continent africain via ses deux filiales opérant dans le BTP, Somadiaz et EMT, acquises en 2009 auprès de l’entrepreneur français Fernand Diaz [26].
Le groupe Ynna Holding (Chaâbi) est actuellement présent dans l’immobilier au niveau africain en Égypte et en Guinée équatoriale.
Il y a aussi plusieurs groupes qui tentent de bénéficier aussi de leur part du marché comme Palmeraie développement mais aussi la Somagec et la SGTM, etc. On trouve aussi des entreprises publiques comme Marchica Med, compagnie publique marocaine d’investissements touristiques engagée dans le projet pharaonique d’aménagement de la baie de Cocody à Abidjan en Côte d’Ivoire avec une enveloppe globale de 450 millions de dollars, et Al Omrane associée elle aussi à cette conquête de l’Afrique dans le secteur de l’immobilier.
Équipement, mines et énergie
La société Optorg, filiale de la SNI, spécialisée dans l’équipement forestier, minier et pétrolier et de la distribution de véhicules industriels et pour particuliers est présente au Cameroun, au Tchad, au Gabon, au Congo, etc. Elle revendique aujourd’hui la position de leader dans la distribution en Afrique avec deux filiales : Tractafric Motors, distributeur automobile multimarques présent dans 25 pays africains, et Tractafric Equipement, concessionnaire de Caterpillar dans dix pays en Afrique centrale.
La société Managem, filiale de la SNI, qui possède le monopole du secteur minier au Maroc, développe plusieurs projets miniers, au Soudan, au Gabon, en Éthiopie et en République démocratique du Congo (RDC) où elle s’est récemment associée au groupe minier chinois Wanbao Mining pour l’exploitation du gisement de Kalukundi qui recèle une réserve immense de cuivre. Elle est présente aussi au RDC à travers d’autres filiales détenant notamment des permis de cobalt, d’étain et de coltan en phase d’exploration. Elle a lancé d’autres programmes d’exploration aurifère au Burkina Faso [27].
La filiale de la SNI dédiée à l’énergie, Nareva, s’est associée avec l’entreprise française Engie pour développer des centrales électriques dans le nord et dans l’ouest de l’Afrique à l’horizon 2020-2025.
Les établissements publics telles que l’Office nationale d’eau et d’électricité (ONEE), l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), et l’Agence marocaine d’énergie solaire (MASEN) constituent de puissants leviers de la conquête de grands marchés dans ces secteurs en Afrique.
Le phosphate et ses dérivés
L’Office chérifien des phosphates (OCP), premier établissement public au Maroc avec un chiffre d’affaire de 47 milliards de dirhams en 2015, premier producteur et exportateur mondial de phosphate sous toutes ses formes, a entamé son projet d’ouverture de 14 filiales sur le continent qui seront majoritairement détenues par OCP Africa, bras armé de l’OCP pour conquérir le marché africain des engrais. Les principaux pays visés par cette opération sont : la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la République démocratique du Congo, le Bénin, le Cameroun, le Nigéria, la Tanzanie, l’Angola, la Zambie, le Zimbabwe, le Mozambique, le Kenya, le Ghana, et l’Éthiopie. L’Afrique représente aujourd’hui 25 % du chiffre d’affaires du groupe, soit sa part la plus importante, l’Amérique latine se situant en deuxième position (17 %), puis l’Europe du Sud (14 %), l’Inde (13 %), l’Amérique du Nord (12 %) et l’Europe de l’Ouest (8 %) [28].
Le modèle d’agrobusiness marocain est donné en exemple pour promouvoir les ventes d’engrais en Afrique. Celle-ci ne représente qu’une faible proportion de la consommation mondiale d’engrais. Ce modèle permet aux agro-exportateurs de s’enrichir alors que le Maroc est devenu un importateur net de céréales et a connu plusieurs mobilisations sociales contre la cherté des denrées alimentaires. Ces fortunés contribuent aux vastes opérations d’accaparement des terres agricoles africaines menées par des groupes capitalistes chinois, indiens, européens et des monarchies du Golfe. Le cas de Sefrioui, qui obtenu une superficie de 10 000 hectares au Sénégal, et qui s’apprête à devenir producteur de riz dans ce pays et en Côte d’Ivoire, est dénoncé par les organisations de la société civile sénégalaise.
L’agroalimentaire et la distribution
Le groupe Cosumar, unique sucrier du Maroc, issu de la privatisation des quatre sucreries publiques en 2005 au profit de la SNI qui en a cédé un bloc d’actions au profit de Wilmar International, premier groupe agroalimentaire asiatique, et d’un large nombre d’investisseurs institutionnels, ambitionne de se développer en Afrique. Celle-ci représente un déficit en matière de sucre de 6 millions de tonnes par an. Cosumar a, par exemple, été choisi par le gouvernement du Cameroun pour reprendre le développement du complexe agro-industriel sucrier entre Batouri et Bertoua, à l’est du pays.
La chaîne de supermarché Marjane, filiale de la SNI qui en détient 39,5 % du capital, s’apprête à s’implanter en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Gabon, au Mali et en Tunisie.
Le holding Sanam, dirigée par Saïd Alj, s’introduit dans l’agro-alimentaire à travers sa filiale Unimer, spécialisée dans la conserverie des produits de la mer qu’il exporte vers plusieurs pays du continent africain : Sénégal, Guinée, Togo, Bénin, Niger, Nigéria, RD Congo et Afrique du Sud. Il compte investir 240 millions de dirhams en Mauritanie pour l’implantation d’un complexe industriel intégré de transformation et de valorisation du poisson pélagique pêché sur place.
L’industrie pharmaceutique
Le groupe Cooper Pharma dispose déjà d’une importante présence commerciale dans environ une vingtaine de pays africains et en particulier dans les pays suivants : Sénégal, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Bénin, Togo et Gabon. Il a annoncé récemment la construction d’une unité pharmaceutique en Côte d’Ivoire et une autre au Rwanda.
Le groupe Sothema possède une filiale à Dakar qui produits des médicaments génériques destinés à soigner les pandémies les plus répandues de la région (paludisme, diarrhées chroniques, choléra) et vise l’ensemble des 8 pays de la zone UEMOA et plus largement les pays d’Afrique francophone.
Actionnariat de la SNI : les parts de Mohammed VI et de la famille royale
Les tournées royales en Afrique pour booster les affaires Les tournées royales africaines, désormais annuelles depuis 2013, dans plusieurs pays subsahariens, constituent des occasions pour booster les affaires et décrocher des contrats fructueux. Lors de ses visites, le Roi est accompagné d’hommes d’affaires bien choisis, soit en leur qualité de conseillers, de ministres, de responsables d’établissements publics ou d’entrepreneurs. Lors de sa tournée stratégique de fin 2016 en Afrique de l’Est (Rwanda, Tanzanie et Éthiopie), on trouve dans la liste non exhaustive des businessmen, la présidente de la Confédération générale des entreprises marocaines (Miriem Bensaleh Chaqroun), le PDG de la SNI (Hassan Ouriagli), les PDG de BMCE Bank of Africa (Othman Benjelloun) d’Attijariwafa Bank (Mohamed El Kettani), de la Banque Populaire (Mohamed Benchaaboun) et du Crédit Agricole Maroc (Tariq Sijilmassi) ainsi que Saïd Ibrahimi, directeur général de Casablanca Finance City Authority (CFCA). Les représentants du secteur de l’énergie Ahmed Nakkouch, PDG de Nareva, ainsi que le directeur général de Masen, Mustapha Bakkoury. Le PDG de l’OCP, Mustapha Terrab, le PDG de Holmarcom, Mohammed Hassan Bensalah ainsi que le PDG de Sanam, Saïd Alj, le directeur du pôle développement d’Akwa Group (Akhannouch), Majid El Yacoubi. Le secteur du tourisme représenté par Abderrafie Zouiten, directeur général de l’Office national marocain du tourisme (ONMT) et celui de l’immobilier représenté par Hicham Berrada Sounni, PDG de Palmeraie Développement [29], etc. Le roi a effectué une autre tournée en début de 2017 en République du Soudan du Sud, au Ghana, en Zambie, en Guinée et en Côte d’Ivoire. Le total des accords signés à la fin de ces deux tournées s’élève à 140 englobant des domaines très variés dans 9 pays [30] : Rwanda (19), Tanzanie (22), Sénégal (4), Éthiopie (7), Madagascar (22), Zambie (19), Ghana (25), Guinée (8), Côte d’Ivoire (14 nouvelles conventions).
En une décennie (2005-2015), près de 3 200 accords et conventions bilatérales entre le Maroc et des États africains ont été signés et sont entrés en vigueur. Une quarantaine de commissions mixtes ont été mises en place au cours de la même période [31].
Petites et moyennes entreprises (PME) écartées
On voit bien que la cartographie des entreprises marocaines présentes en Afrique est dominée par un cercle restreint de prédateurs « champions » qui ne laissent que très peu de place pour les petites et moyennes entreprises (PME) dans cette conquête des marchés africains. Pas plus de 150 PME y sont aujourd’hui présentes (toutes natures de présence juridique confondues) [32], alors qu’elles représentent un poids très important dans le tissu économique (plus de 90 % du tissu productif marocain). Elles sont les plus touchées par les réformes néolibérales qui ont augmenté leurs difficultés d’accès aux moyens de production et souffrent de l’ouverture des frontières (les accords de libre-échange) aux multinationales qui inondent le marché local par des produits subventionnés, mais aussi de l’hégémonie du « système de patronage » et « réseaux clientélistes » du palais.
Des programmes sociaux en trompe l’œil
Pour atténuer le caractère agressif des investissements capitalistes dans un continent dominé par la pauvreté, ces visites royales comprennent aussi des volets sociaux. L’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) s’exporte aussi en Afrique subsaharienne avec une couverture médiatique massive. C’est une initiative royale qui consiste à mettre en place des programmes de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale, la mise à disposition dans certains pays amis d’hôpitaux, la construction de villages de pêche et la mise à niveau du secteur de la pêche artisanale, la construction de logements économiques, etc. Les associations de la société civile intéressées par les gains financiers sont sollicitées pour accompagner ces programmes et les justifier. Les maigres résultats obtenus au Maroc témoignent du caractère en trompe l’œil de ces mesures. Une décennie de l’INDH n’avait pas réussi à sortir 12 millions de marocains de « déficits flagrants » touchant leurs conditions de vie les plus élémentaires : revenu, santé, éducation, hygiène, transport, etc. Le Maroc est alors relégué au 126e rang sur 188 pays, soit au bas de l’échelle des pays à niveau de développement humain moyen [33]. Comme au Maroc, ces programmes « d’insertion » visent plutôt à approcher les catégories sociales les plus vulnérables pour les mettre à la disposition du grand capital à travers la bancarisation (microcrédit [34]) et les microprojets. Ce dernier cherche à accumuler des bénéfices sur le dos des pauvres, qui, s’ils n’ont pas beaucoup d’argent, sont en revanche très nombreux.
Processus d’internationalisation à faible impact
Le processus d’internationalisation du capitalisme marocain entamée depuis les années 2000 évolue lentement. Il reflète les faiblesses du modèle de développement dépendant déjà éprouvés sur le territoire marocain. Il n’a pas encore de gros impacts sur les échanges commerciaux et des flux d’investissement du Maroc avec le continent africain qui restent encore très faibles. Le montant global des échanges entre le Maroc et le continent africain se situe en 2014 à 37,5 milliards de dirham ne représentant que 6,4 % (et à peine 2,5 % pour l’Afrique subsaharienne) de l’ensemble des échanges commerciaux du Maroc, contre 63,5 % pour l’Europe, 18 % pour l’Asie et 10,9 % pour l’Amérique [35]. Les produits exportés par le Maroc vers l’Afrique sont dominés par les trois premiers produits qui sont les engrais naturels et chimiques, avec une part de 12,5 % en 2014, suivie de préparations et conserves de poissons et crustacés (11,7 %) et voitures de tourisme (6,3 %). Par ailleurs, le Maroc importe de l’Afrique principalement le gaz de pétrole et autres hydrocarbures, avec une part de 52,7 % en 2014, suivis de tourteaux et autres résidus des industries alimentaires (4,7 %), utilisés surtout dans l’alimentation animale et coke (charbon) et combustibles solides similaires (3,4 %).
Le flux d’investissements directs marocains en Afrique subsaharienne ont atteint entre 2008 et 2016 une valeur de 20,6 milliards de dirhams, soit 92 % de ceux destinés vers l’Afrique et 52 % des flux sortants globaux, contre 33 % vers l’Europe, 6 % vers le Moyen Orient et 4 % aussi bien vers les États-Unis que vers l’Afrique du Nord [36]. Pour les IDE entrant au Maroc, l’Union européenne demeure le premier partenaire du pays, avec une part de 60 % des IDE totaux investis sur la période 2008 – 2015 suivie des Émirats arabes unis avec 13 %.
Les grands investissements au Maroc comme en Afrique restent encore principalement adossés par l’État à travers le secteur public. La part publique (Budget de l’État, Établissements publics et collectivités locales) a atteint presque 65 % du taux moyen de la formation brute de capital fixe [37] au Maroc entre 2010 et 2015 [38]. La nature despotique du régime politique marocain fait que ces investissements publics sont plutôt des « Éléphants blancs » au profit de capitalistes parasitaires locaux et étrangers avec un faible impact sur la croissance et l’emploi. Ils ne produisent pas non plus les ressources nécessaires au remboursement des emprunts publics externes qu’ils génèrent. A fin 2016, l’encours de la dette extérieure publique s’est établi à 312,5 milliards de dirhams (30,9 milliards USD) représentant 30,8 % du PIB. L’encours de la dette extérieure des Établissements et Entreprises publiques s’élève à 168,8 milliards de dirhams, soit 54 % du total de la dette externe publique et 16,7 % du PIB [39]. C’est bien entendu les couches populaires qui paieront la facture.
Maroc plate-forme pour les conquêtes néocoloniales de l’Afrique
Le Maroc se targue de sa situation au carrefour des marchés intercontinentaux et ambitionne de s’ériger en hub régional tourné vers l’Afrique. Il s’efforce de devenir une plate-forme pour contribuer, sous couvert de coopération tripartite ou triangulaire, à la conquête néocoloniale des pays du continent et le pillage de leurs ressources. Sa contribution consiste à développer les infrastructures et les connexions terrestres, maritimes et aériennes entre le Maroc et les pays d’Afrique pour faciliter les échanges commerciaux. Il doit également faciliter le financement des projets locaux en Afrique par des bailleurs internationaux et accompagner leurs réalisations par des formations de compétences. C’est dans cet objectif que s’insère la mise en place de la plate-forme financière, Casablanca Finance City (CFC), qui prétend drainer des capitaux étrangers et lever des fonds prêts à être réinvestis sur le continent africain. Le Maroc a mis en place aussi de zones franches et de plateformes industrielles intégrées (dédiés à l’offshoring, l’aéronautique, l’automobile…), d’agropoles, d’haliopoles, etc. Le Maroc se vante des différents les accords de libre-échange, qu’il a signé avec les puissances occidentales (Union européenne et USA) et les pays méditerranéens, et les présente comme une opportunité pour accéder à un marché de plus de 1 milliard de consommateurs. Il importe alors d’accélérer l’adaptation du cadre juridique et réglementaire régissant ses relations commerciales et d’investissement avec les pays africains en vue de réduire au maximum des obstacles tarifaires et non tarifaires, stimuler les négociations pour la conclusion d’accords préférentiels et de libre-échange avec des groupements régionaux africains, tels que l’UEMOA (Union économique et monétaire des États de l’Afrique de l’Ouest), la CEMAC (Communauté économique et monétaire des États de l’Afrique centrale) et la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest). C’est dans cet objectif qu’il a demandé, en février 2017, l’adhésion à la CEDAO, juste un mois après avoir adhéré à l’Union africaine (UA). Il vise aussi à renforcer sa position quant à la question du Sahara.
Le concours des Institutions économiques internationales
Les bases de cette conquête néocoloniale de l’Afrique sont déterminées par les Institutions financières internationales. Elles coordonnent l’offensive néolibérale et la mondialisation capitaliste en faveur des multinationales. Elles permettent l’hégémonie des marchés financiers et la généralisation de la spéculation. Elles entretiennent le système dette comme instrument de transfert des ressources depuis les pays du Sud vers les capitalistes du Nord. Elles soutiennent les régimes politiques autoritaires et l’intervention militaire des grandes puissances.
Le Maroc est un très bon élève de ces Institutions. L’enrichissement d’une minorité de capitalistes qui s’internationalisent en Afrique s’insèrent parfaitement dans la logique de leurs politiques. La Banque mondiale, le Fond monétaire international, la Banque africaine de développement, l’Organisation mondiale du commerce, et l’impérialisme (français, chinois…) sont bien les instruments de néo-colonisation de l’Afrique. Ils s’appuient sur des chefs États despotiques.
Panafricanisme pour recouvrer notre souveraineté
Le vrai développement de nos pays en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne ne sera pas l’œuvre de nos régimes qui accaparent nos richesses, nous endettent et approfondissent notre dépendance envers les métropoles impérialistes. Ce sont les couches populaires, les salarié-e-s et les petits producteurs qui devront se mobiliser pour décider démocratiquement de leur modèle de développement alternatif. Nous devons dénoncer et combattre les conquêtes néocoloniales que mènent les multinationales et les grands capitalistes locaux sous couvert de coopération et de développement de l’Afrique. Nous devons poursuivre le combat de Thomas Sankara pour annuler les dettes illégitimes et mettre fin au système dette qui écrase nos peuples. Il est plus que jamais nécessaire de développer des solidarités et des synergies entre nos différentes mouvements de lutte dans nos pays et échanger nos expériences. Face à l’union des Chefs d’États mandataires de l’impérialisme dans l’Union africaine, Union du Maghreb arabe, ou la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, etc. nous devons conjuguer nos efforts pour reconstruire le panafricanisme sur une base radicale, combative et internationaliste. Ce qui nous permettra de recouvrer notre souveraineté politique, économique, alimentaire, et environnementale.
17 novembre 2017 Omar Aziki ATTAC CADTM Maroc
Notes :
PS : Les deux cartes de l’Afrique proviennent de l’hebdomadaire Telquel et de la Banque africaine de développement (BAD) et sont utiles pour illustrer le contenu de cet article. A ce titre, nous précisons que pour le CADTM, le Maroc et le Sahara occidental sont deux entités distinctes. Le Sahara occidental est illégalement occupé par la monarchie marocaine depuis 1975.
[1] – Déclaration du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale le 08 juin 2017. http://www.leseco.ma/maroc/58061-pres-de-1000-entreprises-marocaines-en-afrique.html
[2] – Office des changes. Échanges Maroc-Afrique subsaharienne. 2017. www.oc.gov.ma
[3] – Najib Akesbi. Économie politique et politiques économiques au Maroc. Revue Marocaine des sciences politiques et sociales. Avril 2017.
[4] – M. Oubenal et A. Zeroual. Les transformations de la structure financière du capitalisme marocain. Revue Marocaine des sciences politiques et sociales. Avril 2017.
[5] – M.S. Saâdi. Réformes néolibérales, groupes d’affaires et développement au Maroc. Revue Marocaine des sciences politiques et sociales. Avril 2017.
[9] – 1 africain sur 10 est un client Orange. 2016 https://www.orange.com/fr/Groupe/Orange-dans-le-monde
[10] – Béatrice Hibou et Mohamed Tozy. De la friture sur la ligne des réformes. La libéralisation des télécommunications au Maroc. 2002. https://spire.sciencespo.fr/hdl :/2441/1d1vlhp8p7t3k7k974kr28oa1/resources/ci14p91-118.pdf
[11] – « L’Élysée est intervenu auprès de Vivendi, soutenue par le roi Mohammed VI, pour qu’il ne cède pas Maroc Telecom à la société qatari Ooredoo, jusqu’ici la mieux placée, soupçonnée de collusions avec les fondamentalistes musulmans du Nord-Mali. Vu que cette filiale du groupe français contrôlait les principaux opérateurs du Sahel, elle revêtait semble-t-il une grande importance pour le renseignement militaire, investi dans l’opération Serval. Il se trouve que cette démarche a vraisemblablement porté ses fruits, puisque c’est finalement le groupe émirati Etisalat qui a emporté le morceau ». Jean Batou. Redéploiement de l’impérialisme français et sidération humanitaire de la gauche.2014. https://www.legrandsoir.info/afrique-redeploiement-de-l-imperialisme-francais-et-sideration-humanitaire-de-la-gauche.html
[12] – Télécoms : Qui aura le dernier mot en Afrique ? octobre 2017. http://www.leseco.ma/les-cahiers-des-eco/afrique/61068-telecoms-qui-aura-le-dernier-mot-en-afrique.html
[13] – TIC et développement en Afrique : approche critique d’initiatives et enjeux. https://rfsic.revues.org/939
[17] – La banque universelle, appelée également « banque à tout faire » ou « banque généraliste » représente un grand ensemble financier regroupant et exerçant les différents métiers de la banque de détail, de la banque de financement et d’investissement, de la gestion d’actifs, tout en jouant également le rôle d’assureur (on parle ici de « bancassurance »). Cet ensemble intervient sur le territoire national mais également à l’étranger avec ses filiales. Le principal danger de ce modèle bancaire consiste à faire supporter les pertes des activités risquées de banque de financement et d’investissement par la banque de dépôt et mettre ainsi en péril les avoirs des petits épargnants. Éric Toussant. Bancocratie. P53.
[30] – Voir liste des pays visités, dates et contenus des accords sur le lien https://www.medias24.com/MAROC/NATION/174944-La-liste-des-accords-signes-devant-le-Roi-Mohammed-VI-dans-8-pays-africains-et-qui-seront-audites.html
[31] – Institut Amadeus. Le Maroc en Afrique : La Voie Royale. 2015. www.institutamadeus.com
[32] – Les PME marocaines peinent à investir en Afrique. http://lavieeco.com/news/economie/les-pme-marocaines-peinent-a-investir-en-afrique.html
[33] – Najib Akesbi. op. cit.
[34] – ATTAC CADTM Maroc. Le système de microcrédit au Maroc : des pauvres financent des riches. 2017
[35] – Office de change. Commerce extérieur du Maroc. Edition provisoire 2014. www.oc.gov.ma
[36] – Projet de loi de finances 2018. Rapport économique et financier. www.finances.gov.ma
[37] – Formation brute de capital fixe, FBCF, est l’agrégat qui mesure, en comptabilité nationale, l’investissement (acquisition de biens de production) en capital fixe des différents agents économiques résidents.
[38] – Najib Akesbi, op. cit.
[39] – Projet de loi de finances 2018. Rapport sur la dette publique. www.finances.gov.ma
Auteur.e
Omar Aziki est membre du secrétariat national d’ATTAC CADTM Maroc et du secrétariat international partagé du CADTM.
De grands groupes capitalistes marocains ont entamé un processus d’internationalisation plus particulièrement depuis le début des années 2000 en vue de dépasser l’étroitesse du marché local tout en édifiant des partenariats multidimensionnels avec des multinationales qui ont accru elles aussi leur présence dans plusieurs secteurs de l’économie marocaine. La conquête des ressources africaines est alors devenue un de leurs objectifs primordiaux. Plus de 1000 entreprises marocaines opèrent actuellement en Afrique et y ont investi environ 2,2 milliards de dollars [1].
Les investissements directs étrangers (IDE) marocains en Afrique Les investissements directs marocains à l’étranger restent globalement faibles. Leur flux total sur la période 2008-2015 est d’environ 33 milliards de dirhams (1 € = environ 10 dirhams). La majorité des investissements directs marocains est destinée à l’Afrique (57 % du total avec 19 milliards sur la même période), en particulier à l’Afrique subsaharienne (plus de 17 milliards). La Côte d’Ivoire est le premier pays récepteur du stock d’investissements marocains en Afrique subsaharienne en 2015 avec 4,8 milliards de dirhams. Elle est suivie du Mali avec un encours de 4,2 milliards de dirhams, du Bénin (1,6 milliard de dirhams) et du Gabon (1,4 milliard de dirhams). Par secteurs, les IDE du Maroc en Afrique subsaharienne sont plus marqués dans le secteur bancaire qui représente 40,3 % du total du stock sur la période 2010-2015, suivi du secteur des télécommunications (34,4 %), des assurances (13 %) et de l’industrie (5,6 %) [2]. Ces investissements restent dominés par un cercle restreint de grands groupes capitalistes qui ont accumulé d’énormes fortunes et à leur tête la famille royale.
Dans ce texte, nous allons essayer de donner une vue générale sur ces investissements qui constituent les leviers de la pénétration du capitalisme marocain en Afrique et les grands groupes locaux et leurs partenaires étrangers qui en tirent profit. Mais d’abord, nous allons voir brièvement comment la concentration et la centralisation de ces fortunes ont été déterminées par les politiques néolibérales prônées par les institutions économiques internationales et appliquées graduellement et habilement par le régime.
Les politiques néolibérales renforcent la concentration, la centralisation et l’internationalisation du capital Les restructurations néolibérales dictées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international depuis les années 1980, à la suite de la crise de la dette publique, ont renforcé la concentration des richesses sociales entre les mains de grands capitalistes locaux et des entreprises étrangères partenaires, et leur centralisation par d’importantes opérations de fusions-acquisitions. La monarchie qui concentre le pouvoir politique en contrôlant l’appareil répressif de l’État (armée et police), les institutions exécutives (gouvernement) et législatives (parlement) et les Établissements et Entreprises publiques, dirige le rythme d’application de ces politiques pour étendre sa mainmise sur les secteurs rentables de l’économie et élargir ses réseaux de « compérage » tout en essayant d’assurer la stabilité sociale du pays. Ceci d’autant plus qu’elle bénéficie du soutien de l’impérialisme européen et états-unien qui lui permet de gérer les diktats des institutions économiques internationales de façon à ne pas attiser les luttes sociales. Lors des mobilisations populaires inédites déclenchées en février 2011 au Maroc, dans le contexte des révolutions et soulèvements dans la région arabe, le pouvoir a ajourné le démantèlement de la caisse de compensation et la réforme des retraites et a augmenté les salaires dans la fonction publique alors que le déficit budgétaire était très alarmant.
Les grandes réformes libérales ont commencé avec le programme d’ajustement structurel (PAS) qui a initié tout un processus de désengagement graduel de l’État et de déréglementation en faveur de l’entreprise privée [3] et au détriment des salarié-e-s, petits producteurs et autres couches populaires. Ainsi, les privatisations des entreprises publiques et des services publics se sont concrétisées par des cessions, ou ententes directes, à des groupes privilégiés, locaux et étrangers. La libéralisation des échanges extérieurs qui s’est accélérée avec l’adhésion du Maroc à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995 a engendré une panoplie d’accords de libre-échange déficitaires pour l’économie nationale mais qui ont bénéficié aux grands groupes exportateurs et importateurs. Les ressources de l’État ont été mobilisées pour réaliser les infrastructures nécessaires à la rentabilité du capital. Des plans sectoriels sont engagés par la monarchie au début des années 2000 dans les secteurs clés comme l’agriculture, l’industrie, la pêche maritime, le tourisme, et l’énergie, ou encore le commerce, les nouvelles technologies de l’information, la formation professionnelle, etc. Elle a également initié de grands chantiers qui englobent ports, aéroports, autoroutes, voies express, lignes de train à grande vitesse, tramway, parcs industriels, villes nouvelles, etc. Ces investissements massifs ont accentué l’endettement public qui sera supporté par la population à travers les politiques d’austérité sociale.
Ces restructurations profondes ont ouvert de nouvelles perspectives d’accumulation à quelques centaines de familles bourgeoises connues historiquement dans le champ des affaires au Maroc (Benjelloun, Akhannouch, El Alami, Bensalah, Tazi, Chaabi, Zniber, etc) qui cherchent à s’internationaliser. Elles ont développé des stratégies partenariales entre elles et avec des multinationales sous la haute surveillance du palais qui contrôle le politique et la sphère économique. La famille royale, à travers son holding géant Société nationale d’investissement (SNI) aux ramifications tentaculaires dans un ensemble de domaines rentables, s’est engagée dans une stratégie de conquête de marchés d’Afrique subsaharienne principalement à travers trois secteurs : la finance via sa banque Attijariwafa, les énergies et mines grâce à Managem et la filiale d’énergie renouvelables Nareva et l’industrie du ciment à travers son partenariat avec le groupe international Lafarge-Holcim [4].
Le régime marocain a opté pour une approche partielle et sélectives des réformes néolibérales. Malgré la vague des privatisations, de nombreuses grandes entreprises sont toujours contrôlées par l’État [5]. Le contrôle public est toujours maintenu dans le commerce, le transport (Chemins de fer, transport aérien et maritime), télécoms, et tourisme. Il s’est même redéployé dans les secteurs de la finance où l’actionnariat public demeure majoritaire dans 5 banques (sur un total de 19) comme c’est le cas plus particulièrement de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), le plus puissant investisseur institutionnel public, et 4 sociétés de financement (sur un total de 33) et aussi dans le BTP et la promotion immobilière [6]. Ces établissements et entreprises publiques continuent à servir de « béquilles » au grand capital local et étranger et aussi de grands leviers pour conquérir les marchés africains. Parmi les principaux Établissements et Entreprises publiques ayant entrepris des actions d’investissement avec les pays africains figurent l’Office chérifien des phosphates (OCP), l’Office national de l’eau et de l’électricité (ONEE), l’Agence marocaine d’énergie solaire (MASEN), Maroc Telecom (IAM), Compagnie d’investissements touristiques Marchica Med, l’ Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT), la Royal air Maroc (RAM), l’Office des Foires et Expositions de Casablanca (OFE), la Compagnie marocaine de plâtre et d’enduit (CMPE), l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC), Barid Al Maghrib (BAM), le Centre national de l’énergie, des sciences et des techniques nucléaires (CNESTEN) [7], etc.
Les principaux secteurs de la pénétration du capitalisme marocain en Afrique Les techniques de l’information et de la communication
La première société publique de télécommunications au Maroc, Maroc Telecom (ou Ittisalat Al Maghrib, IAM), a commencé sa première pénétration en Afrique en 2001 par l’acquisition de 54 % de Mauritel, l’opérateur historique des télécommunications en Mauritanie, alors qu’elle vient d’être privatisée et devenait une filiale du groupe français Vivendi. Elle a continué sa prise de participations majoritaires dans les autres opérateurs historiques au Burkina Faso en 2006, au Gabon en 2007, au Mali en 2009. En 2014, elle obtenu de son nouvel acquéreur l’émirati Etisalat (53 % du capital contre 30 % pour l’État marocain) 6 de ses filiales d’Afrique subsaharienne –Bénin, Côte d’Ivoire, Gabon, Niger, Centrafrique et Togo- regroupées sous la marque Moov [8].
Les filiales africaines de Maroc Telecom ont participé en 2016 à hauteur de 43 % de son chiffre d’affaires consolidé qui est de 35 milliards de dirhams (3,5 milliards de dollars).
Le groupe Méditel, numéro deux de la téléphonie mobile au Maroc, créée en 1999 et qui détient 32,80 % de part de marché, devient Orange Maroc à partir de juillet 2015. Le groupe français Orange détient 49 % du capital de Méditel et consolide alors sa présence en Afrique avec environ 120 millions de clients [9].
Cette privatisation des télécommunications au Maroc au profit des groupes français a été facilité par le palais [10]. La Présidence française est intervenue auprès du Roi du Maroc pour qu’il cède la part de Vivendi à Etisalat [11]. Les deux groupes marocains Finance Com (grand groupe privé appartenant à la famille Benjelloun) et Caisse de dépôt et de gestion (banque publique aux ordres du palais) rachètent, en septembre 2009, les parts de Telefónica (Espagnol) et Portugal Telecom qui détenaient chacun 32,18 % dans Méditel. Une année après, les deux groupes cèdent 40 % de leur capital à Orange qui devient majoritaire à 49 %.
Ces associations avec les grands groupes étrangers de télécoms permettent aux opérateurs marocains d’étendre leur présence en Afrique. Maroc Telecom revendique 30 millions d’abonnements mobiles alors que le groupe sud-africain MTN, premier opérateur continental en termes d’abonnés aux services mobiles, possède plus de 168 millions de clients et Vodafone britannique compte environ 120 millions d’abonnés sur le continent [12].
Quant au groupe privé télécom Inwi, créée lui aussi en 1999, détenu à 69 % par le holding royal, Société nationale d’investissement (SNI) et à 31 % par le groupe télécom koweitien Zain, il vient en troisième position dans la téléphonie mobile au Maroc avec 23 % du marché. En 2017, Inwi s’associe au premier fournisseur mondial de services de télécommunications par satellites, Intelsat, pour booster le haut débit dans toutes les régions du Maroc et en Afrique de l’Ouest.
Cette expansion des techniques de l’information et de la communication qui s’insérait dans le contexte du démantèlement du service public des télécommunications dans la majorité des pays du continent [13] ouvre la voie au capital marocain et ses partenaires étrangers. Les techniques de l’information et de la communication permettent tout particulièrement l’intégration des ménages et des petits producteurs dans le secteur financier. La téléphonie mobile accélère l’inclusion financière des populations locales menée par les banques. Alors que le taux de bancarisation est encore faible en Afrique subsaharienne (34 % des adultes disposaient d’un compte bancaire en 2014), celle-ci compte une grande proportion des adultes titulaires d’un compte d’argent mobile : 12 % contre seulement 2 % dans le monde [14].
De nombreuses sociétés marocaines spécialisées dans les domaines de l’informatique et de la monétique entrent aussi dans la course comme la Hightech Payment Systems (HPS) qui s’est associé en 2014 avec le groupe Attijariwafa Bank pour le développement d’une plateforme monétique dédiée à la gestion de l’ensemble des filiales africaines du groupe bancaire, ou Finatech Group qui est une filiale de FinanceCom , la Société maghrébine de monétique (S2M), M2M, etc.
Les banques et les assurances
La présence des banque marocaines en Afrique remonte à la moitié des années 1980. La Banque centrale populaire contrôle depuis plus de 20 ans la Banque populaire maroco-centrafricaine et la Banque populaire maroco-guinéenne, détenues à 62,5 % et 53,9 % respectivement. Mais le mouvement d’internationalisation des banques et compagnies d’assurances s’est élargi plus particulièrement en fin des années 1990 avec l’accélération des réformes néolibérales.
La BMCE Bank s’est implantée au Mali en 1989 avec une prise de participation de 27,38 % dans la Banque de développement du Mali. En 2004, il devient actionnaire dans le capital de la Congolaise des banques à hauteur de 25 % en 2004. La Banque a également pris le contrôle de 59,39 % de Bank Of Africa au Mali, moyennant des prises de participation successives depuis 2007.
Le groupe Attijariwafa Bank a terminé, en 2008, son absorption de la Compagnie bancaire de l’Afrique occidentale (CBAO), la première banque historique au Sénégal. Il devient aussi majoritaire dans la Banque internationale du Mali. Il a également repris 5 filiales africaines du groupe français Crédit agricole, au Cameroun (Société camerounaise de banques, avec 65 % du capital), au Congo-Brazzaville (Crédit du Congo, 81 % en Côte d’Ivoire (Société ivoirienne de banque, 51 %), au Gabon (Union gabonaise de banques, 59 %) et au Sénégal (Crédit du Sénégal, 95 %) [15].
Les banques marocaines sont présentes dans une trentaine de pays du continent, dans toutes les régions à l’exception de l’Afrique australe. On recense 45 filiales de banques marocaines sur le continent [16].
Comme on peut le constater, il s’agit principalement de trois grandes banques à capital privé majoritairement marocain qui dominent le secteur financier du pays, Attijariwafa Bank (famille royale), la Banque centrale populaire (banque mutualiste) et la BMCE Bank (famille Benjelloun), qui totalisent environ deux tiers de parts de marché au Maroc. Leur total bilan réalisé en 2016 est de 1 087 milliards de dirhams (soit 107 % du PIB) avec 429 milliards de dirhams pour la première, 352 milliards de dirhams pour la seconde et 306 milliards de dirhams pour la troisième. Ces trois banques ont toutes un statut de banques universelles [17]. Elles sont aussi présentes dans des zones offshores.
Le groupe Attijariwafa Bank est présent dans 13 pays d’Afrique. Il est le premier groupe à l’échelle du Maghreb (228 agences en Tunisie et Mauritanie), de l’Afrique de l’Ouest avec 364 agences (Sénégal, Mali, Togo, Côte d’Ivoire, Burkina, Niger et Bénin) et s’élargit en Afrique centrale avec 112 agences (Gabon, Congo et Cameroun). Elle vient d’acquérir Barclays Egypt comme un premier pas vers l’Afrique de l’Est. Attijariwafa Bank est présente en Europe, au Moyen-Orient, et au Canada et œuvre pour accompagner les exportateurs, les financiers et les spéculateurs occidentaux ayant un courant d’affaires à destination du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne. Elle répond au schéma d’organisation des grands groupes financiers internationaux pour accompagner les grandes entreprises et financer les grands projets dans les domaines de l’infrastructure (routes, chemins de fer, centrales électriques, les ports, aéroports, barrages, etc.) de l’alimentaire, l’urbanisme et l’énergie tant au Maroc qu’en Afrique subsaharienne. En invoquant le Roi du Maroc comme Chef, elle a accès aux informations et influence les décideurs et responsables publics pour la concrétisation des financements et le développement des partenariats public-privé (PPP). Attijariwafa Bank a décroché la 7e place dans le classement exclusif des 200 premières banques africaines. Ainsi en 2016, les filiales subsahariennes du groupe Attijariwafa Bank ont généré un résultat net de plus de 22 % des réalisations du groupe [18].
Le groupe Banque centrale populaire compte 16 entités présentes dans 12 pays d’Afrique subsaharienne tels que le Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal, ou le Togo. Le groupe confirme son engagement dans le secteur du microcrédit pour l’inclusion financière en Afrique subsaharienne à travers sa filiale Atlantic Microfinance for Africa [19].
La BMCE Bank est implantée en Afrique avec près de 550 agences dans plus de 20 pays d’Afrique, en Tunisie en Afrique du Nord, dans huit pays en Afrique de l’Ouest (Mali, Sénégal, Burkina, Côte d’Ivoire, Ghana, Togo, Bénin, Niger), huit en Afrique de l’Est (Djibouti, Éthiopie, Ouganda, Kenya, Rwanda, Tanzanie, Burundi, Madagascar), en Afrique centrale (Cameroun, Congo Brazzaville, RDC-Congo). Selon les derniers résultats de l’activité de la banque, les filiales africaines pèsent désormais 41 % du résultat net du groupe [20].
Ces trois banques continuent leur montée en puissance sur le continent et commencent à dominer le secteur bancaire africain à côté de l’Afrique du Sud, Nigéria, Togo et l’Égypte. En 2007, les banques françaises possédaient presque deux fois plus d’agences que les marocaines. Sept ans plus tard, on constate exactement l’inverse dans les zones ayant comme monnaie le franc CFA, notamment l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA) et la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC) [21].
La pénétration du capital privé s’appuie également sur les banques publiques marocaines qui ont commencé leur implantation tout récemment comme la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) qui ne tient pas d’activité de banque de détail vis-à-vis du grand public. Celle-ci a multiplié les accords de partenariat avec les Caisses de dépôt africaines, les fonds d’investissement et les institutions publiques de développement locales. Elle a initié une multitude de projets au niveau du marché africain. Elle intervient en Afrique aussi dans le domaine des assurances à travers sa filiale, la Société centrale de réassurance, première compagnie de réassurance du marché marocain. Elle a ouvert un bureau à Abidjan en Côte d’Ivoire et ambitionne d’accompagner l’expansion des sociétés d’assurance marocaines en Afrique. A travers sa filiale Novec qui est une société d’ingénierie récemment installée au Gabon, la CDG intervient aujourd’hui dans différents pays d’Afrique subsaharienne (Côte d’Ivoire, Niger, Burkina Faso, Sénégal, Cameroun, Congo, etc.) dans des domaines aussi variés que le bâtiment, l’eau, les infrastructures, l’environnement et l’agriculture [22].
Le groupe du Crédit agricole du Maroc (public) vient de lancer un programme de partenariats agricoles en Afrique à travers la signature de plusieurs mémorandums d’entente avec des banques africaines (Development Bank of Rwanda, Tanzania Agricultural Development Bank, Bank of Agriculture Limited au Nigeria…) [23].
Le domaine des assurances est investi par les banques qui l’intègre dans leur métier [24] (« bancassurance ») et par d’autres compagnies d’assurance appartenant aux groupes de familles qui gravitent autour du palais et qui ont accumulé d’énormes liquidités pour s’internationaliser. C’est le cas de Saham Group (Elalamy) qui a acquis en 2010 le groupe Colina, un des plus importants groupes d’assurance en Afrique francophone. Déjà présent dans 19 pays du continent, le groupe a renforcé sa présence depuis 2014. Au Nigéria, Saham détient près de 40 % dans Unitrust Insurance et a pris le contrôle de Continental Reinsurance depuis 2015. Si l’on exclut l’Afrique du Sud, le groupe Saham s’impose désormais comme le premier assureur du continent [25].
Les transports et la logistique
Le développement des infrastructures de transport et de logistique reste principalement du ressort des établissements publics dans le transport aérien à travers la Royal Air Maroc qui assure 32 liaisons régulières entre le Maroc (depuis l’aéroport international de Casablanca) et l’Afrique, et le transport maritime à travers le nouveau port de Tanger MED qui permet une desserte régulière de 20 pays africains et assure 34 liaisons hebdomadaires en Afrique de l’Ouest et Afrique centrale. Les partenariats public-privé (PPP) permettant de financer et mettre en place des grands projets d’envergure qui augmenteront les bénéfices des groupes capitalistes. Ainsi par exemple, la banque Attijariwafa Bank est intégrée dans le partenariat pour la mise en place des programmes autoroutier et portuaire de la Côte d’Ivoire.
L’immobilier et le BTP
Ce sont les mêmes grands groupes qui dominent les secteurs de l’immobilier et le BTP au Maroc qui sont actuellement en pleine expansion sur le continent.
La Société nationale d’investissement (SNI) et le groupe suisse LafargeHolcim ont décidé de lancer six nouveaux projets cimentiers en Afrique de l’ouest via leur filiale commune LafargeHolcim Maroc Afrique déjà présente dans quatre pays : Bénin, Cameroun, Côte d’Ivoire et Guinée.
Le groupe Addoha, dirigé par le milliardaire Anas Sefrioui, est quant à lui déjà bien implanté en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Cameroun, au Congo, au Tchad et au Sénégal. Il possède 13 cimenteries dans 11 pays d’Afrique et une capacité de production installée de plus de 9 millions de tonnes.
Le groupe ALLIANCES de Mohamed Alami Lazrak investit principalement en Afrique de l’Ouest. En Côte d’Ivoire par exemple, il réalisera 640 logements. Il est aussi présent au Congo, ainsi qu’au Cameroun où il va construire huit centres hospitaliers régionaux, 800 logements et réhabiliter 3 centres hospitaliers universitaires. Il a signé un contrat de partenariat avec le gouvernement ivoirien pour la construction de 7 000 logements dans la capitale Abidjan. Le groupe ambitionne de conquérir le continent africain via ses deux filiales opérant dans le BTP, Somadiaz et EMT, acquises en 2009 auprès de l’entrepreneur français Fernand Diaz [26].
Le groupe Ynna Holding (Chaâbi) est actuellement présent dans l’immobilier au niveau africain en Égypte et en Guinée équatoriale.
Il y a aussi plusieurs groupes qui tentent de bénéficier aussi de leur part du marché comme Palmeraie développement mais aussi la Somagec et la SGTM, etc. On trouve aussi des entreprises publiques comme Marchica Med, compagnie publique marocaine d’investissements touristiques engagée dans le projet pharaonique d’aménagement de la baie de Cocody à Abidjan en Côte d’Ivoire avec une enveloppe globale de 450 millions de dollars, et Al Omrane associée elle aussi à cette conquête de l’Afrique dans le secteur de l’immobilier.
Équipement, mines et énergie
La société Optorg, filiale de la SNI, spécialisée dans l’équipement forestier, minier et pétrolier et de la distribution de véhicules industriels et pour particuliers est présente au Cameroun, au Tchad, au Gabon, au Congo, etc. Elle revendique aujourd’hui la position de leader dans la distribution en Afrique avec deux filiales : Tractafric Motors, distributeur automobile multimarques présent dans 25 pays africains, et Tractafric Equipement, concessionnaire de Caterpillar dans dix pays en Afrique centrale.
La société Managem, filiale de la SNI, qui possède le monopole du secteur minier au Maroc, développe plusieurs projets miniers, au Soudan, au Gabon, en Éthiopie et en République démocratique du Congo (RDC) où elle s’est récemment associée au groupe minier chinois Wanbao Mining pour l’exploitation du gisement de Kalukundi qui recèle une réserve immense de cuivre. Elle est présente aussi au RDC à travers d’autres filiales détenant notamment des permis de cobalt, d’étain et de coltan en phase d’exploration. Elle a lancé d’autres programmes d’exploration aurifère au Burkina Faso [27].
La filiale de la SNI dédiée à l’énergie, Nareva, s’est associée avec l’entreprise française Engie pour développer des centrales électriques dans le nord et dans l’ouest de l’Afrique à l’horizon 2020-2025.
Les établissements publics telles que l’Office nationale d’eau et d’électricité (ONEE), l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), et l’Agence marocaine d’énergie solaire (MASEN) constituent de puissants leviers de la conquête de grands marchés dans ces secteurs en Afrique.
Le phosphate et ses dérivés
L’Office chérifien des phosphates (OCP), premier établissement public au Maroc avec un chiffre d’affaire de 47 milliards de dirhams en 2015, premier producteur et exportateur mondial de phosphate sous toutes ses formes, a entamé son projet d’ouverture de 14 filiales sur le continent qui seront majoritairement détenues par OCP Africa, bras armé de l’OCP pour conquérir le marché africain des engrais. Les principaux pays visés par cette opération sont : la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la République démocratique du Congo, le Bénin, le Cameroun, le Nigéria, la Tanzanie, l’Angola, la Zambie, le Zimbabwe, le Mozambique, le Kenya, le Ghana, et l’Éthiopie. L’Afrique représente aujourd’hui 25 % du chiffre d’affaires du groupe, soit sa part la plus importante, l’Amérique latine se situant en deuxième position (17 %), puis l’Europe du Sud (14 %), l’Inde (13 %), l’Amérique du Nord (12 %) et l’Europe de l’Ouest (8 %) [28].
Le modèle d’agrobusiness marocain est donné en exemple pour promouvoir les ventes d’engrais en Afrique. Celle-ci ne représente qu’une faible proportion de la consommation mondiale d’engrais. Ce modèle permet aux agro-exportateurs de s’enrichir alors que le Maroc est devenu un importateur net de céréales et a connu plusieurs mobilisations sociales contre la cherté des denrées alimentaires. Ces fortunés contribuent aux vastes opérations d’accaparement des terres agricoles africaines menées par des groupes capitalistes chinois, indiens, européens et des monarchies du Golfe. Le cas de Sefrioui, qui obtenu une superficie de 10 000 hectares au Sénégal, et qui s’apprête à devenir producteur de riz dans ce pays et en Côte d’Ivoire, est dénoncé par les organisations de la société civile sénégalaise.
L’agroalimentaire et la distribution
Le groupe Cosumar, unique sucrier du Maroc, issu de la privatisation des quatre sucreries publiques en 2005 au profit de la SNI qui en a cédé un bloc d’actions au profit de Wilmar International, premier groupe agroalimentaire asiatique, et d’un large nombre d’investisseurs institutionnels, ambitionne de se développer en Afrique. Celle-ci représente un déficit en matière de sucre de 6 millions de tonnes par an. Cosumar a, par exemple, été choisi par le gouvernement du Cameroun pour reprendre le développement du complexe agro-industriel sucrier entre Batouri et Bertoua, à l’est du pays.
La chaîne de supermarché Marjane, filiale de la SNI qui en détient 39,5 % du capital, s’apprête à s’implanter en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Gabon, au Mali et en Tunisie.
Le holding Sanam, dirigée par Saïd Alj, s’introduit dans l’agro-alimentaire à travers sa filiale Unimer, spécialisée dans la conserverie des produits de la mer qu’il exporte vers plusieurs pays du continent africain : Sénégal, Guinée, Togo, Bénin, Niger, Nigéria, RD Congo et Afrique du Sud. Il compte investir 240 millions de dirhams en Mauritanie pour l’implantation d’un complexe industriel intégré de transformation et de valorisation du poisson pélagique pêché sur place.
L’industrie pharmaceutique
Le groupe Cooper Pharma dispose déjà d’une importante présence commerciale dans environ une vingtaine de pays africains et en particulier dans les pays suivants : Sénégal, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Bénin, Togo et Gabon. Il a annoncé récemment la construction d’une unité pharmaceutique en Côte d’Ivoire et une autre au Rwanda.
Le groupe Sothema possède une filiale à Dakar qui produits des médicaments génériques destinés à soigner les pandémies les plus répandues de la région (paludisme, diarrhées chroniques, choléra) et vise l’ensemble des 8 pays de la zone UEMOA et plus largement les pays d’Afrique francophone.
Les tournées royales en Afrique pour booster les affaires Les tournées royales africaines, désormais annuelles depuis 2013, dans plusieurs pays subsahariens, constituent des occasions pour booster les affaires et décrocher des contrats fructueux. Lors de ses visites, le Roi est accompagné d’hommes d’affaires bien choisis, soit en leur qualité de conseillers, de ministres, de responsables d’établissements publics ou d’entrepreneurs. Lors de sa tournée stratégique de fin 2016 en Afrique de l’Est (Rwanda, Tanzanie et Éthiopie), on trouve dans la liste non exhaustive des businessmen, la présidente de la Confédération générale des entreprises marocaines (Miriem Bensaleh Chaqroun), le PDG de la SNI (Hassan Ouriagli), les PDG de BMCE Bank of Africa (Othman Benjelloun) d’Attijariwafa Bank (Mohamed El Kettani), de la Banque Populaire (Mohamed Benchaaboun) et du Crédit Agricole Maroc (Tariq Sijilmassi) ainsi que Saïd Ibrahimi, directeur général de Casablanca Finance City Authority (CFCA). Les représentants du secteur de l’énergie Ahmed Nakkouch, PDG de Nareva, ainsi que le directeur général de Masen, Mustapha Bakkoury. Le PDG de l’OCP, Mustapha Terrab, le PDG de Holmarcom, Mohammed Hassan Bensalah ainsi que le PDG de Sanam, Saïd Alj, le directeur du pôle développement d’Akwa Group (Akhannouch), Majid El Yacoubi. Le secteur du tourisme représenté par Abderrafie Zouiten, directeur général de l’Office national marocain du tourisme (ONMT) et celui de l’immobilier représenté par Hicham Berrada Sounni, PDG de Palmeraie Développement [29], etc. Le roi a effectué une autre tournée en début de 2017 en République du Soudan du Sud, au Ghana, en Zambie, en Guinée et en Côte d’Ivoire. Le total des accords signés à la fin de ces deux tournées s’élève à 140 englobant des domaines très variés dans 9 pays [30] : Rwanda (19), Tanzanie (22), Sénégal (4), Éthiopie (7), Madagascar (22), Zambie (19), Ghana (25), Guinée (8), Côte d’Ivoire (14 nouvelles conventions).
En une décennie (2005-2015), près de 3 200 accords et conventions bilatérales entre le Maroc et des États africains ont été signés et sont entrés en vigueur. Une quarantaine de commissions mixtes ont été mises en place au cours de la même période [31].
Petites et moyennes entreprises (PME) écartées On voit bien que la cartographie des entreprises marocaines présentes en Afrique est dominée par un cercle restreint de prédateurs « champions » qui ne laissent que très peu de place pour les petites et moyennes entreprises (PME) dans cette conquête des marchés africains. Pas plus de 150 PME y sont aujourd’hui présentes (toutes natures de présence juridique confondues) [32], alors qu’elles représentent un poids très important dans le tissu économique (plus de 90 % du tissu productif marocain). Elles sont les plus touchées par les réformes néolibérales qui ont augmenté leurs difficultés d’accès aux moyens de production et souffrent de l’ouverture des frontières (les accords de libre-échange) aux multinationales qui inondent le marché local par des produits subventionnés, mais aussi de l’hégémonie du « système de patronage » et « réseaux clientélistes » du palais.
Des programmes sociaux en trompe l’œil Pour atténuer le caractère agressif des investissements capitalistes dans un continent dominé par la pauvreté, ces visites royales comprennent aussi des volets sociaux. L’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) s’exporte aussi en Afrique subsaharienne avec une couverture médiatique massive. C’est une initiative royale qui consiste à mettre en place des programmes de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale, la mise à disposition dans certains pays amis d’hôpitaux, la construction de villages de pêche et la mise à niveau du secteur de la pêche artisanale, la construction de logements économiques, etc. Les associations de la société civile intéressées par les gains financiers sont sollicitées pour accompagner ces programmes et les justifier. Les maigres résultats obtenus au Maroc témoignent du caractère en trompe l’œil de ces mesures. Une décennie de l’INDH n’avait pas réussi à sortir 12 millions de marocains de « déficits flagrants » touchant leurs conditions de vie les plus élémentaires : revenu, santé, éducation, hygiène, transport, etc. Le Maroc est alors relégué au 126e rang sur 188 pays, soit au bas de l’échelle des pays à niveau de développement humain moyen [33]. Comme au Maroc, ces programmes « d’insertion » visent plutôt à approcher les catégories sociales les plus vulnérables pour les mettre à la disposition du grand capital à travers la bancarisation (microcrédit [34]) et les microprojets. Ce dernier cherche à accumuler des bénéfices sur le dos des pauvres, qui, s’ils n’ont pas beaucoup d’argent, sont en revanche très nombreux.
Processus d’internationalisation à faible impact Le processus d’internationalisation du capitalisme marocain entamée depuis les années 2000 évolue lentement. Il reflète les faiblesses du modèle de développement dépendant déjà éprouvés sur le territoire marocain. Il n’a pas encore de gros impacts sur les échanges commerciaux et des flux d’investissement du Maroc avec le continent africain qui restent encore très faibles. Le montant global des échanges entre le Maroc et le continent africain se situe en 2014 à 37,5 milliards de dirham ne représentant que 6,4 % (et à peine 2,5 % pour l’Afrique subsaharienne) de l’ensemble des échanges commerciaux du Maroc, contre 63,5 % pour l’Europe, 18 % pour l’Asie et 10,9 % pour l’Amérique [35]. Les produits exportés par le Maroc vers l’Afrique sont dominés par les trois premiers produits qui sont les engrais naturels et chimiques, avec une part de 12,5 % en 2014, suivie de préparations et conserves de poissons et crustacés (11,7 %) et voitures de tourisme (6,3 %). Par ailleurs, le Maroc importe de l’Afrique principalement le gaz de pétrole et autres hydrocarbures, avec une part de 52,7 % en 2014, suivis de tourteaux et autres résidus des industries alimentaires (4,7 %), utilisés surtout dans l’alimentation animale et coke (charbon) et combustibles solides similaires (3,4 %).
Le flux d’investissements directs marocains en Afrique subsaharienne ont atteint entre 2008 et 2016 une valeur de 20,6 milliards de dirhams, soit 92 % de ceux destinés vers l’Afrique et 52 % des flux sortants globaux, contre 33 % vers l’Europe, 6 % vers le Moyen Orient et 4 % aussi bien vers les États-Unis que vers l’Afrique du Nord [36]. Pour les IDE entrant au Maroc, l’Union européenne demeure le premier partenaire du pays, avec une part de 60 % des IDE totaux investis sur la période 2008 – 2015 suivie des Émirats arabes unis avec 13 %.
Les grands investissements au Maroc comme en Afrique restent encore principalement adossés par l’État à travers le secteur public. La part publique (Budget de l’État, Établissements publics et collectivités locales) a atteint presque 65 % du taux moyen de la formation brute de capital fixe [37] au Maroc entre 2010 et 2015 [38]. La nature despotique du régime politique marocain fait que ces investissements publics sont plutôt des « Éléphants blancs » au profit de capitalistes parasitaires locaux et étrangers avec un faible impact sur la croissance et l’emploi. Ils ne produisent pas non plus les ressources nécessaires au remboursement des emprunts publics externes qu’ils génèrent. A fin 2016, l’encours de la dette extérieure publique s’est établi à 312,5 milliards de dirhams (30,9 milliards USD) représentant 30,8 % du PIB. L’encours de la dette extérieure des Établissements et Entreprises publiques s’élève à 168,8 milliards de dirhams, soit 54 % du total de la dette externe publique et 16,7 % du PIB [39]. C’est bien entendu les couches populaires qui paieront la facture.
Maroc plate-forme pour les conquêtes néocoloniales de l’Afrique Le Maroc se targue de sa situation au carrefour des marchés intercontinentaux et ambitionne de s’ériger en hub régional tourné vers l’Afrique. Il s’efforce de devenir une plate-forme pour contribuer, sous couvert de coopération tripartite ou triangulaire, à la conquête néocoloniale des pays du continent et le pillage de leurs ressources. Sa contribution consiste à développer les infrastructures et les connexions terrestres, maritimes et aériennes entre le Maroc et les pays d’Afrique pour faciliter les échanges commerciaux. Il doit également faciliter le financement des projets locaux en Afrique par des bailleurs internationaux et accompagner leurs réalisations par des formations de compétences. C’est dans cet objectif que s’insère la mise en place de la plate-forme financière, Casablanca Finance City (CFC), qui prétend drainer des capitaux étrangers et lever des fonds prêts à être réinvestis sur le continent africain. Le Maroc a mis en place aussi de zones franches et de plateformes industrielles intégrées (dédiés à l’offshoring, l’aéronautique, l’automobile…), d’agropoles, d’haliopoles, etc. Le Maroc se vante des différents les accords de libre-échange, qu’il a signé avec les puissances occidentales (Union européenne et USA) et les pays méditerranéens, et les présente comme une opportunité pour accéder à un marché de plus de 1 milliard de consommateurs. Il importe alors d’accélérer l’adaptation du cadre juridique et réglementaire régissant ses relations commerciales et d’investissement avec les pays africains en vue de réduire au maximum des obstacles tarifaires et non tarifaires, stimuler les négociations pour la conclusion d’accords préférentiels et de libre-échange avec des groupements régionaux africains, tels que l’UEMOA (Union économique et monétaire des États de l’Afrique de l’Ouest), la CEMAC (Communauté économique et monétaire des États de l’Afrique centrale) et la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest). C’est dans cet objectif qu’il a demandé, en février 2017, l’adhésion à la CEDAO, juste un mois après avoir adhéré à l’Union africaine (UA). Il vise aussi à renforcer sa position quant à la question du Sahara.
Le concours des Institutions économiques internationales Les bases de cette conquête néocoloniale de l’Afrique sont déterminées par les Institutions financières internationales. Elles coordonnent l’offensive néolibérale et la mondialisation capitaliste en faveur des multinationales. Elles permettent l’hégémonie des marchés financiers et la généralisation de la spéculation. Elles entretiennent le système dette comme instrument de transfert des ressources depuis les pays du Sud vers les capitalistes du Nord. Elles soutiennent les régimes politiques autoritaires et l’intervention militaire des grandes puissances.
Le Maroc est un très bon élève de ces Institutions. L’enrichissement d’une minorité de capitalistes qui s’internationalisent en Afrique s’insèrent parfaitement dans la logique de leurs politiques. La Banque mondiale, le Fond monétaire international, la Banque africaine de développement, l’Organisation mondiale du commerce, et l’impérialisme (français, chinois…) sont bien les instruments de néo-colonisation de l’Afrique. Ils s’appuient sur des chefs États despotiques.
Panafricanisme pour recouvrer notre souveraineté Le vrai développement de nos pays en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne ne sera pas l’œuvre de nos régimes qui accaparent nos richesses, nous endettent et approfondissent notre dépendance envers les métropoles impérialistes. Ce sont les couches populaires, les salarié-e-s et les petits producteurs qui devront se mobiliser pour décider démocratiquement de leur modèle de développement alternatif. Nous devons dénoncer et combattre les conquêtes néocoloniales que mènent les multinationales et les grands capitalistes locaux sous couvert de coopération et de développement de l’Afrique. Nous devons poursuivre le combat de Thomas Sankara pour annuler les dettes illégitimes et mettre fin au système dette qui écrase nos peuples. Il est plus que jamais nécessaire de développer des solidarités et des synergies entre nos différentes mouvements de lutte dans nos pays et échanger nos expériences. Face à l’union des Chefs d’États mandataires de l’impérialisme dans l’Union africaine, Union du Maghreb arabe, ou la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, etc. nous devons conjuguer nos efforts pour reconstruire le panafricanisme sur une base radicale, combative et internationaliste. Ce qui nous permettra de recouvrer notre souveraineté politique, économique, alimentaire, et environnementale.
17 novembre 2017 Omar Aziki ATTAC CADTM Maroc
PS : Les deux cartes de l’Afrique proviennent de l’hebdomadaire Telquel et de la Banque africaine de développement (BAD) et sont utiles pour illustrer le contenu de cet article. A ce titre, nous précisons que pour le CADTM, le Maroc et le Sahara occidental sont deux entités distinctes. Le Sahara occidental est illégalement occupé par la monarchie marocaine depuis 1975.
[1] – Déclaration du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale le 08 juin 2017. http://www.leseco.ma/maroc/58061-pres-de-1000-entreprises-marocaines-en-afrique.html
[2] – Office des changes. Échanges Maroc-Afrique subsaharienne. 2017. www.oc.gov.ma
[3] – Najib Akesbi. Économie politique et politiques économiques au Maroc. Revue Marocaine des sciences politiques et sociales. Avril 2017.
[4] – M. Oubenal et A. Zeroual. Les transformations de la structure financière du capitalisme marocain. Revue Marocaine des sciences politiques et sociales. Avril 2017.
[5] – M.S. Saâdi. Réformes néolibérales, groupes d’affaires et développement au Maroc. Revue Marocaine des sciences politiques et sociales. Avril 2017.
[9] – 1 africain sur 10 est un client Orange. 2016 https://www.orange.com/fr/Groupe/Orange-dans-le-monde
[10] – Béatrice Hibou et Mohamed Tozy. De la friture sur la ligne des réformes. La libéralisation des télécommunications au Maroc. 2002. https://spire.sciencespo.fr/hdl :/2441/1d1vlhp8p7t3k7k974kr28oa1/resources/ci14p91-118.pdf
[11] – « L’Élysée est intervenu auprès de Vivendi, soutenue par le roi Mohammed VI, pour qu’il ne cède pas Maroc Telecom à la société qatari Ooredoo, jusqu’ici la mieux placée, soupçonnée de collusions avec les fondamentalistes musulmans du Nord-Mali. Vu que cette filiale du groupe français contrôlait les principaux opérateurs du Sahel, elle revêtait semble-t-il une grande importance pour le renseignement militaire, investi dans l’opération Serval. Il se trouve que cette démarche a vraisemblablement porté ses fruits, puisque c’est finalement le groupe émirati Etisalat qui a emporté le morceau ». Jean Batou. Redéploiement de l’impérialisme français et sidération humanitaire de la gauche.2014. https://www.legrandsoir.info/afrique-redeploiement-de-l-imperialisme-francais-et-sideration-humanitaire-de-la-gauche.html
[12] – Télécoms : Qui aura le dernier mot en Afrique ? octobre 2017. http://www.leseco.ma/les-cahiers-des-eco/afrique/61068-telecoms-qui-aura-le-dernier-mot-en-afrique.html
[13] – TIC et développement en Afrique : approche critique d’initiatives et enjeux. https://rfsic.revues.org/939
[17] – La banque universelle, appelée également « banque à tout faire » ou « banque généraliste » représente un grand ensemble financier regroupant et exerçant les différents métiers de la banque de détail, de la banque de financement et d’investissement, de la gestion d’actifs, tout en jouant également le rôle d’assureur (on parle ici de « bancassurance »). Cet ensemble intervient sur le territoire national mais également à l’étranger avec ses filiales. Le principal danger de ce modèle bancaire consiste à faire supporter les pertes des activités risquées de banque de financement et d’investissement par la banque de dépôt et mettre ainsi en péril les avoirs des petits épargnants. Éric Toussant. Bancocratie. P53.
[30] – Voir liste des pays visités, dates et contenus des accords sur le lien https://www.medias24.com/MAROC/NATION/174944-La-liste-des-accords-signes-devant-le-Roi-Mohammed-VI-dans-8-pays-africains-et-qui-seront-audites.html
[31] – Institut Amadeus. Le Maroc en Afrique : La Voie Royale. 2015. www.institutamadeus.com
[32] – Les PME marocaines peinent à investir en Afrique. http://lavieeco.com/news/economie/les-pme-marocaines-peinent-a-investir-en-afrique.html
[33] – Najib Akesbi. op. cit.
[34] – ATTAC CADTM Maroc. Le système de microcrédit au Maroc : des pauvres financent des riches. 2017
[35] – Office de change. Commerce extérieur du Maroc. Edition provisoire 2014. www.oc.gov.ma
[36] – Projet de loi de finances 2018. Rapport économique et financier. www.finances.gov.ma
[37] – Formation brute de capital fixe, FBCF, est l’agrégat qui mesure, en comptabilité nationale, l’investissement (acquisition de biens de production) en capital fixe des différents agents économiques résidents.
[38] – Najib Akesbi, op. cit.
[39] – Projet de loi de finances 2018. Rapport sur la dette publique. www.finances.gov.ma
Auteur.e
Omar Aziki est membre du secrétariat national d’ATTAC CADTM Maroc et du secrétariat international partagé du CADTM.
« Démarche tunisienne sur les délais de rapatriement des marocains de Lybie »
Les autorités tunisiennes ont effectué une démarche officielle, en convoquant notre Chargé d’affaires le 25 août 2014, pour se plaindre des délais de délivrance des autorisations (laissez-passer,…) de rapatriement des marocains résident à l’origine en Lybie et qui, en raison de l’instabilité et l‘insécurité que connaît ce pays, souhaitent revenir au Maroc. D’autre part, les autorités tunisiennes s’inquiètent des répercussions d’une telle décision marocaine, qui exige un délai préalable de 48h, notamment en raison de son impact sur son économie et son tourisme, donnant une image d’un pays ou règne l’insécurité à ses autres partenaires.
Constat
• Pour des raisons de sécurité nationale et afin d’éviter l’infiltration d’éléments terroristes ou ayant des liens avec des réseaux terroristes et/ou criminelles, l’identification et les investigations sur les ressortissants marocains ou se disant marocains est d’une nécessité absolue.
• A ce titre, les enquêtes légitimes menées par les services marocains concernés sont poussées à l’extrême et demandent des délais plus ou moins longs selon les informations disponibles sur les individus souhaitant entrer sur le territoire national.
• A partir du 1er septembre 2014, un délai de 48h sera imposé avant la délivrance d’un billet de transport aérien se rendant dans notre pays à partir de la Tunisie.
• Afin de satisfaire la demande de nos ressortissants, bien souvent sans moyens financiers sur place, la procédure est accélérée. Néanmoins l’impératif sécuritaire et l’aspect social du rapatriement sont difficilement conciliables en période de crise.
• La partie tunisienne, informée de cette décision par une simple note du Ministère marocain de l’Equipement, du Transport et de la Logistique relayée par la Direction des Affaires Consulaires et Sociales, semble offusquée de ne pas avoir été consultée au préalable et de manière directe de la procédure que le Maroc comptait adoptée.
Proposition
• Afin de ne pas contrarier les autorités tunisiennes, satisfaire aux demandes de nos concitoyens et répondre aux besoins sécuritaires, il est suggéré de renforcer notre dispositif sur place pour l’identification et l’aide aux ressortissants marocains.
• Une équipe composée de 10 membres de la Fondation Mohammed VI (pour les MRE) et d’éléments du Ministère de l’intérieur/DGSN pourront être dépêchés sur place pour accélérer les procédures et venir en aide aux marocains. (en complément des membres du MAEC et éventuellement du MCMRE et de personnel médical).
• L’envoi de cette équipe se fera en concertation avec la partie tunisienne qui sera informé de la teneur de cette mission. Les uniformes pourront être remplacés par des brassards. Un local sera mis à la disposition de l’équipe marocaine par les autorités tunisiennes.
• Cette démarche a pour objective de réconforter la Tunisie sur les efforts et la compréhension du Maroc, tout en respectant les impératifs sécuritaires
Tags : Maroc, Algérie, Sahara Occidental, Mouvement des Pays Non-alignés,Iran,
Rapport sur le 16ème Sommet du Mouvement des Pays Non-alignés.
Téhéran, 26 au 31 Aout 2012.
Dès son arrivée à Téhéran, la délégation marocaine a contacté Le Ministre des Affaires Etrangères Iranien pour lui faire comprendre que le Maroc cherche à contribuer positivement pour la réussite du Sommet et qu’il n’acceptera, en aucun cas, la participation ou l’invitation des représentants de la pseudo RASD à cette réunion. En réaction, le MAE a confirmé que la pseudo RASD n’a pas été invitée et que ce Sommet est ouvert uniquement aux pays membres du NAM et des Nations Unies.
L’objectif de la délégation marocaine, qui a été conduite par M. Youssef Armani, Ministre Délégué aux Affaires Etrangères et à la Coopération, étant de préserver les acquis du Maroc, notamment le maintien verbatim des paragraphes du document des Conférences du NAM sur la question du Sahara marocain, pour que le mouvement continue à être en phase avec les résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale de l’ONU, ainsi que d’endosser par le sommet les initiatives du Maroc aux Nations Unies telles qu’elles ont été adoptées par les conférences ministérielles.
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Mouvement des Non Alignés (MNA)/ Conférence ministérielle de mi-parcours (Alger, 26-29 mai 2014)
La délégation marocaine est conduite par Omar Hilale, ambassadeur à Genève
Selon une note du 23 avril 2014, les enjeux et objectifs du Maroc de cette réunion sont :
– L’analyse du projet de document final de la Conférence d’Alger cristallise, dans une grande mesure, les positions constantes du Mouvement, en usant d’un langage dogmatique et idéologique, par rapport à plusieurs questions à caractère politique, économique, social et culturel sur l’agenda international.
– S’agissant du Maroc, le principal enjeu de la Conférence vise à préserver les acquis des années précédentes par rapport au traitement de la question du Sahara marocain dans le document final et d’éviter à tout prix l’introduction de tout langage controversé sur les droits de l’Homme ou l’exploitation des ressources naturelles. Selon notre Mission Permanente à New York, les amendements introduits au paragraphe sur le Sahara se sont limités à une simple mise à jour technique des résolutions de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité des Nations Unies.
– Il convient de préciser que le texte du document final du NAM, adopté, par consensus, lors du Sommet de Téhéran en août 2012, se limite à rappeler les éléments suivants :
⦁ La validité des trois options de l’autodétermination (Autonomie, Intégration et indépendance) ;
⦁ L’appui au processus de négociations sur la base des résolutions adoptées par le Conseil de sécurité de l’ONU depuis 2007 (date de la soumission par le Maroc de son initiative d’autonomie) ;
⦁ La prise en compte des efforts déployés par le Maroc depuis 2006 ;
⦁ L’appel aux Etats de la région pour coopérer pleinement avec l’ONU dans le cadre du processus de négociations.
Ainsi, nos objectifs lors de la réunion d’Alger peuvent se décliner come suit :
⦁ Préserver le texte agrée au Sommet de Téhéran sur la question du Sahara avec des mises à jour techniques (actualisation des références aux résolutions de l’Assemblée générale de décembre 2013 et du Conseil de sécurité …..du 29 avril 2014) ;
⦁ S’opposer à l’introduction de tout nouveau langage ou référence à la question des droits de l’Homme ou celle de la gestion des ressources naturelles au Sahara marocain ;
⦁ Le Maroc a soumis sa candidature pour présider la Commission politique de la Conférence, l’une des deux importantes Commissions du NAM. L’Algérie, visiblement gênée par notre candidature, a poussé la Namibie (l’un des relais algériens au sein de la SADC ouvertement hostiles au Maroc) à présenter sa candidature. Le Maroc devrait s’opposer au fait accompli algérien, en maintenant notre candidature et en cas de blocage, réfléchir à un tiers pays à mettre dans la course ;
⦁ Au-delà, la participation du Maroc devrait être l’occasion pour gêner nos voisins par rapport à notre vision politique et diplomatique concernant les questions sur l’agenda régional et international.
La démarche marocaine consisterait donc :
⦁ Verrouiller le texte sur le Sahara à New York, et éviter son ouverture par la Commission politique à Alger ;
⦁ Assurer à temps, de préférence après l’adoption de la résolution sur le Sahara, une forte mobilisation des pays amis, notamment en Afrique, pour appuyer le texte agrée au Sommet de Téhéran, en les incitant également à faire des références à l’initiative marocaine d’autonomie et aux efforts du Maroc dans la recherche de la solution politique au différend régional sur le Sahara ;
⦁ Neutraliser la candidature de la Namibie à la présidence de la Commission politique du NAM, en rappelant que le Maroc a été le premier à se porter candidat. En cas d’absence de consensus, le Maroc pourrait encourager une tierce candidature qui n’épouse pas les thèses de l’Algérie sur la question du Sahara.
Grandes lignes de la déclaration de Monsieur le Ministre :
La thématique de la Conférence d’Alger portera sur : « Le renforcement de la solidarité pour la paix et la prospérité »
A l’instar des années précédentes, la déclaration du Maroc devrait véhiculer des messages clairs et forts, en mettant en avant, entre autres éléments :
⦁ L’attachement du Maroc aux principes fondateurs du Mouvement et sa volonté d’œuvrer avec les autres membres pour faire du NAM une force de proposition crédible et responsable sur la scène internationale ;
⦁ L’importance du renforcement de la solidarité entre les pays du NAM par des actions concrètes, dans le respect des principes de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale ;
⦁ La priorité qu’accorde le Royaume, conformément à la vision Royale, en faveur du renforcement de la cohésion régionale et sous régionale, la solidarité agissante avec ses partenaires africains et l’encouragement de nouvelles formes de coopération capables de répondre au mieux aux besoins des pays concernés ;
⦁ Le rappel des paramètres définis par le Conseil de sécurité des Nations pour la recherche d’une solution politique au différend régional autour du Sahara marocain.
Il n’est pas exclu que la déclaration de l’Algérie aborde la question du Sahara sous le prisme de la décolonisation et à partir de sa lecture biaisée et restrictive du principe de l’autodétermination, en relayant notamment les recommandations du dernier rapport du Secrétaire général de l’ONU sur le Sahara. Il est également possible que la pays hôte aborde les questions des droits de l’Homme et des ressources naturelles et mobilise ses relais, foncièrement hostiles au Maroc, pour distiller des messages forts contre notre pays.
La démarche marocaine devra être, par conséquent, offensive et agressive sans laisser aucune occasion pour répondre à toutes les tentatives de dénigrement de la part de nos adversaires.
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Note du 25 avril 2014
Suite au courrier adressé par cette Direction à notre Mission à New York au sujet de l’avancement des négociations du projet de document final de ladite conférence, j’ai l’honneur de vous informer de ce qui suit :
⦁ L’Algérie a introduit deux paragraphes portant sur le principe de la souveraineté sur les ressources naturelles et l’illégalité de l’exploitation des ressources des territoires non autonomes,
⦁ La délégation marocaine a demandé la suppression des deux paragraphes sans avancer des arguments,
⦁ L’Algérie est revenu à la charge pour demander de remplacer les deux paragraphes par un autre tiré de la résolution de la 4ème Commission de l’Assemblée Générale, qui se lit comme suit :
« …. »
Compte tenu de ce qui précède, cette Direction attire l’attention sur le caractère dangereux de ces deux paragraphes qui, au cas où ils seraient adoptés, ils figureraient dorénavant dans les prochains documents finaux du Sommet du NAM,
Pire encore, l’Algérie pourrait introduire ces deux paragraphes aussi bien dans les rapports du Comité de 24 que dans la résolution de l’Algérie sur la question du Sahara marocain à la 4ème Commission.
Comme signalé auparavant, l’Algérie cherche à gêner le Maroc en introduisant un nouveau langage qui porte sur une thématique constituant un des piliers de sa propagande contre le Maroc et ne ménagerait aucun effort pour mobiliser ses relais, notamment en Afrique, pour isoler le Maroc.
Cette Direction propose de rejeter catégoriquement, avant la conférence, les paragraphes proposés par l’Algérie au niveau de New York sur la base des arguments suivants :
1. Ni le Sommet de Sharm el sheikh (2009) ni celui de Téhéran (2012) n’ont inclus un paragraphe sur les ressources naturelles,
2. Le projet de document d’Alger est calqué sur celui de Téhéran, et la réunion d’Alger n’est qu’une conférence de mi-parcours entre deux Sommets,
3. La référence à la résolution de l’Assemblée Générale proposée par l’Algérie comme solution aux deux paragraphes n’est ni opportun, ni justifiée,
4. Créer le débat sur ce paragraphe dans la perspective d’avoir l’adhésion d’autres pays, notamment latino-américains, en ajoutant la référence « …and indigenous people.. »
Le 23 mai 2014, le prèsident du Bureau de Coordination du MNA annonce que le gouvernement du Maroc a décidé de retirer la candidature d’Omar Hilale pour la présidence du Comité politique de la Réunion des Hauts Fonctionnaires de la 17e Conférence ministérielle du Mouvement. Il a été désigné quelques jours avant représentant du Maroc auprès de l’ONU.
le 26 mai 2014, Ouali Tagma envoie depuis Alger, le message suivant :
“Bonjour cher ami jusqu’ici tout va bien. Les 2 commissions ont commencé leur travail. Le discours du MAE algérien était correct. Pas de citation spécifique de la question du Sahara. J’ai vu la Dr des Aff multilatérales que je connais depuis Genève . Elle m’a assuré que leur objectif est de réussir le sommet sans que l’on se donne en spectacle . L’ambassadeur a aussi eu des assurances de la part du SG algérien qu’il n’y aura pas de coups bas.”
Le 28 mai 2014, Tagma envoie le message suivant :
“MAE africains présents Mali Niger Mauritanie Benin Maurice Tchad Éthiopie Namibie Congo Senegal (arrive a 14h). Le Pays hôte a une totale maîtrise de la réunion. Il a si manœuvrer jusqu’à présent pour qu’il n’y ait aucun dérapage . Il maîtrise même les interventions de ceux qui pourraient évoquer la question. Toutes les autorités sont aux petits soins de notre délégation. On verra si l’Afrique australe va exécuter ce qui semble être une consigne. Zuma a été invitée. Dans son discours pas un mot sur Sahara. Morales de Bolivie aussi : pas un mot. Dans discours ouverture du 1er Ministre d’Algerie pas un mot. Tout se passe bien jusqu’à présent.”
Finalement, une évaluation de la réunion est redressée dans une note datée du 03 juin 2014 sous le titre de “Compte rendu analytique sur les travaux de la 17 Conférence ministérielle du Mouvement des Non Alignés (Alger, 26-29 mai 2014).” Voici l’extrait concernant la question du Sahara Occidental:
– J’ai l’honneur de vous informer que le 17ème Conférence ministérielle des Pays Non-Alignés s’est tenue à Alger les 28 et 29 mai 2014 sous la thématique «solidarité en faveur de la paix et la prospérité » . La Conférence, qui a été précédée par la réunion des hauts fonctionnaires les 26 et 27 mai 2014, a adopté un document final ayant trait aux questions multilatérales d’ordre politique, économique, social et humanitaire, ainsi que la Déclaration d’Alger.
– Cette Conférence a connu la participation d’une quarantaine de Ministres des Affaires Etrangères et de plusieurs vices Ministres et autres hauts fonctionnaires, ainsi que 7 représentants d’organisations internationales et régionales ont pris part aux travaux de la Conférence d’Alger.
– Démarche et méthode de la délégation marocaine : – Question du Sahara marocain :
– La délégation marocaine a adopté une stratégie visant à éviter l’ouverture des paragraphes sur la question du Sahara marocain tels qu’agréés et verrouillés lors des réunions des experts à New York.
– Le principal enjeu pour le Maroc est de maintenir les NAM en phase avec l’évolution de la question du Sahara aux Nations Unies et d’éviter à tout prix l’introduction de tout langage controversé sur les droits de l’Homme ou l’exploitation des ressources naturelles.
– En effet, ni la déclaration du Premier Ministre algérien, ni celle du MAE algérien à l’ouverture de la réunion des Hauts fonctionnaires, n’ont évoqué directement la question du Sahara marocain. Les deux responsables Algériens se sont limités à rappeler leur appui au principe de l’autodétermination et à la « doctrine » onusienne en la matière. Cette prise de position, qui déroge de l’attitude algérienne sur le dossier du Sahara, ne constitue nullement un revirement dans la position officielle d’Alger, mais plutôt une tactique visant à éviter le « show » et partant toute bilatéralisation de la question Sahara à Alger.
Le 16 mai 2014 le Bureau de Coordination du MNA à New York distribue la version finale du projet de résolution dont le texte sur le Sahara Occidental est comme suit:
“The Ministers reaffirmed the previous positions of the Non-Aligned Movement on the question of Western Sahara.
– The Ministers reaffirmed all resolutions adopted by the General Assembly and the Security Council on Western Sahara. They also reaffirmed UN General Assembly resolution 68/91, adopted without a vote, and reiterated that, in accordance with the said resolution, they continued to support strongly the efforts of the Secretary-General and his Personal Envoy to achieve a mutually acceptable political solution which will provide self-determination for the people of Western Sahara in the context of arrangements consistent with the principles and purposes of the Charter of the United Nations and General Assembly resolution 1514 (XV) of 14 December 1960 and other relevant resolutions. The Ministers recognized that all available options for self-determination are valid as long as they are in accordance with the freely expressed wishes of the people concerned and in conformity with the clearly defined principles contained in General Assembly Resolutions.
-Bearing in mind the above, the Ministers welcomed the four rounds of negotiation and the subsequent rounds of informal talks held under the auspices of the Secretary General, as well as the commitment of the parties to continue to show political will and work in an atmosphere propitious for dialogue, in order to enter into a more intensive phase of negotiations, thus ensuring implementation of Security Council resolutions 1754, 1783 and 1813, 1871, 1920 1979, 2044 and 2099, and the success of negotiations. They took note of efforts and developments since 2006.
-They called upon the parties and the States in the region to cooperate fully with the Secretary General and his Personal Envoy, and with each other, and reaffirmed the responsibility of the United Nations towards the people of Western Sahara. They further welcomed the commitment of the parties to continue the process of negotiations through United Nations-sponsored talks.”
Le 20 mai 2014, les marocains avaient rédigé la liste suivante des soutiens pour le Sommet des Non Alignés :
Réunion de coordination de la délégation marocaine qui participera á la Conférence ministérielle de mi-parcours du MAN d’Alger du 26 au 29 mai 2014
En prévision des prochaines échéances liées à la Question nationale (visite de Ross, élaboration du rapport du SG des Nations Unies et adoption d’une nouvelle résolution par le Conseil de sécurité), je vous soumets les éléments d’appréciation suivants :
• Le contexte général de l’échéance d’avril est marqué par trois faits essentiels à savoir la poursuite de la nouvelle approche préconisée par M. Ross, une montée en puissance des pressions exercées par les Etats-Unis et à un degré moindre par le Royaume-Uni sur le volet droits de l’homme et, enfin, une recrudescence de l’activisme agressif de nos adversaires comme en témoigne le passage, avant-hier, d’Aminatou Haidar au Parlement Européen et la campagne médiatique orchestrée, hier à Paris, par l’acteur espagnol Bardem.
• La conjugaison de ces trois facteurs et le timing de leur activation renseignent sur la nature du contexte général dans lequel évolueront les discussions en prévision de l’échéance d’avril ; un contexte où la sérénité des débats et la recherche d’une solution politique ne seront pas assurées et où la plus grande vigilance est de mise.
• Ce constat est corroboré par les multiples signaux recueillis, auprès de nombreux intervenants, à New York, Washington, Paris et Rabat.
• A ce stade, il est essentiel d’agir, de manière préventive et urgente, en vue de sécuriser la position marocaine, de contrecarrer les manœuvres malveillantes de nos adversaires et d’inverser le penchant droit- de l’hommiste de l’administration américaine.
• L’objectif stratégique étant d’éviter un scénario où les multiples acquis du Maroc seraient menacés et ou, in fine, l’expérience de 2013 pourrait se renouveler.
• A la différence qu’en 2014, l’action de l’administration américaine se singularise par son caractère élaboré qui dénote d’une véritable stratégie et non, d’une démarche esseulée de Suzanne Rice.
• L’action proposée doit être triple à savoir renforcer le « pendant politique » du processus en cours avec M. Ross, donner des signaux concrets sur les engagements souscrits en matière des droits de l’homme et consolider le cercle de nos appuis au conseil de sécurité (France, Russie, Chine et éventuellement l’Espagne pour le Groupe des amis du SG des NU).
• Par cette stratégie, nous pourrons remettre « la recherche d’une solution politique » au centre des discussions, affaiblir durablement les manœuvres de nos adversaires sur les questions périphériques, contenir l’agressivité et l’entêtement inexpliqués d’une frange déterminée de l’administration américaine et renforcer la position de nos appuis.
• Il est entendu que le renforcement du « pendant politique » du processus en cours avec M. Ross vise à minimiser sa capacité de nuisance aussi bien en ce qui concerne sa contribution au rapport du SG qu’au niveau de ses relais au Département d’Etat.
A la lumière de ce qui précède, l’urgence se fait sentir quant à la nécessité d’adopter des mesures nationales substantielles et convaincantes pour écarter tout scénario préjudiciable à nos intérêts. Ceci passe par des décisions sur :
1. Un renforcement des mécanismes nationaux à travers un meilleur traitement des plaintes soumises aux autorités gouvernementales par le CNDH.
2. La reconnaissance juridique de l’ASVDH.
3. La mise dans le circuit législatif de la réforme sur les compétences des tribunaux militaires.
Ma visite à Washington, début mars prochain, pourrait constituer l’occasion de présenter les décisions précitées démontrant ainsi la bonne foi du Maroc mais surtout sa capacité à honorer ses engagements. De plus, ma visite à Genève, à l’occasion de la session du CDH, pourrait me permettre d’aborder avec Mme Pillay (qui bénéficie d’un appui du Président Obama) le principe de sa visite au Maroc.
Source : document confidentiel, 21 fév 2014
Tags : Maroc, Sahara Occidental, Front Polisario, ONU, Conseil de Sécurité, MINURSO,
Le règne marocain à l’époque du coronavirus: Mohamed VI est-il infecté et le cache-t-il?
Le roi Mohamed VI mène la lutte contre la pandémie dans l’ombre, tandis que Fox News affirme que le prince Charles l’a peut-être infecté par le coronavirus.
Le roi Mohamed VI (56 ans) est le “pompier” de la pandémie de COVID-19 au Maroc, comme plusieurs médias marocains le considèrent déjà ces jours d’internement. Le monarque alaouite a fermé les frontières aériennes, maritimes et terrestres entre le 13 et le 14 mars, sans laisser ni entrer les Marocains pris au piège d’un côté et de l’autre du pays.
En tant que commandant des croyants, représentant maximum de l’islam dans le pays, il a suivi le hadith (communication orale) du prophète Mahomet, “si vous découvrez qu’une épidémie dévaste une région, n’y allez pas, et si vous découvrez qu’une région est affectée par une épidémie, ne l’abandonnez pas.”
Le souverain a ordonné de créer un fonds monétaire d’un milliard d’euros pour lutter contre le coronavirus, renforçant un système de santé précaire; et il a demandé à l’armée de se mettre à la disposition du gouvernement pour sécuriser l’internement des citoyens, aussi pour que les médecins militaires apportent leur aide en médecine civile. Tout cela depuis l’ombre. Depuis le début de la pandémie au Maroc, il n’a été vu ni dans les médias ni dans le pays.
“Le roi a-t-il un coronavirus?”, se demandent les Marocains, après qu’une vidéo de Fox News a commencé à tourner sur les réseaux sociaux. La chaîne de télévision américaine diffuse dans ses informations que le “leader du Maroc” pourrait être infecté après avoir dîné avec le prince Charles d’Angleterre (71), qui s’est révélé positif au COVID-19. La vidéo a été supprimée peu de temps après sa diffusion. Cependant, un internaute l’a sauvé sur YouTube et elle peut être revue. Plus tard, il a également été publié que dans la vidéo, le présentateur confond le Maroc avec Monaco, et que la personne à laquelle la journaliste faisait allusion était le Prince Albert. La vérité est que le souverain a eu une rencontre avec le prince anglais à Londres avant son voyage à Agadir le mois dernier, tel qu’appris par JALEOS.
Pour leur part, le personnel du palais a déclaré à ce journal qu’il pourrait être dans notre pays, plus précisément dans les îles Canaries. Mais comme il est de coutume dans ces questions, il n’y a aucune information sur l’endroit où il se trouve et la Maison royale se limite à émettre des communiqués et ordonnances par écrit. D’une certaine manière, il est toujours présent. Son ami proche, le boxeur allemand d’origine marocaine Abu Bakr Azaitar, champion du monde d’arts martiaux mixtes, connu sous le nom de « gladiateur marocain », a fait don de matériel médical, de lits et de fauteuils roulants.
L’athlète enregistre sa générosité dans une vidéo qu’il a publiée sur son compte Instagram portant le matériel, et accompagnée d’un passage du Coran qui appelle à faire le bien. Un geste largement applaudi par les internautes marocains. De plus, l’ami inséparable de Mohamed VI depuis 2018 a mené une campagne appelant la population confinement dans leurs maisons et louant les décisions royales avec une image du roi, passée par Photoshop, où on le voit habillé et visiblement plus mince. “Celui qui, en temps de peste reste patiemment chez lui comme un acte d’adoration, et sait qu’il ne sera touché que par ce qu’Allah a décrété, recevront la récompense du martyr”, dit un autre enseignement de Mahomet.
Entretemps, des ressortissants résidant dans différents pays d’Europe lui ont écrit une lettre pour leur permettre de sortir et de rencontrer leurs proches, et même de s’acquitter de leurs responsabilités professionnelles. Par ailleurs, environ deux cents autres Marocains, frontaliers des villes de Ceuta et Melilla, l’ont également supplié, via des vidéos, de les laisser entrer dans leur pays.
À l’heure actuelle, ils ont été transférés dans des centres sportifs avec des mineurs marocains non accompagnés qui vivent dans la rue. Le désespoir est si grand qu’au moins neuf d’entre eux ont traversé, à nage, la plage de Tarajal, près de Castillejos, selon le site Hespress.
La brouille s’est officiellement déclenchée le 20 février 2014 lors d’une descente de police à la résidence de l’ambassadeur du Maroc à Paris. Les policiers sont venu pour notifier une demande d’audition de la justice française au patron du contre-espionnage marocain Abdellatif Hammouchi.
L’ONG Acat avait saisi l’opportunité de la présence en France de ce haut gradé, accusé de complicité de tortures au sein du centre de détention marocain de Temara, pour demander aux autorités françaises de l’entendre.
Selon un courrier confidentiel reçu par la ministre Mbarka Bouaida, l’Ambassadeur du Maroc à Paris s’est entretenu, à ce sujet, avec le directeur de cabinet de Laurent Fabiu. L’ambassadeur a souligné l’absence de réponses apportées aux demandes de clarification marocaines (suite réservée à la plainte contre la DGST et la nécessité de présenter des solutions concrètes pour préserver les officiels marocains de ce genre de démarche). Il a indiqué que plusieurs démarches seront entreprises par le Maroc: convocation de l’ambassadeur de France à Rabat par le MAEC, lettres des Ministres marocains (MAEC, intérieur justice) à leurs homologues français.
En réponse, le responsable français a souligné que:
– Les autorités prennent au sérieux cette affaire compte tenu de la relation d’exception liant les 2 pays
– Il a qualifié l’événement d’extrêmement regrettable et que les autorités françaises n’avaient pas été informées.
– Le retard pris par la réponse française est dû à la complexité de la question.
– La réponse doit permettre que plus jamais cela ne se reproduise
– Les réponses et garanties doivent être imperméables et hématiques à toutes attaques franco-françaises.
– La mise en place d’une commission mixte pour la renégociation des accords judiciaires ne sera pas fructueuse et une démarche lourde
– Les autorités marocaines ne doivent pas demander l’impossible aux autorités françaises qui sont dans l’obligation de respecter la constitution et l’indépendance de la justice.
– Les pistes de travail suivis par les français consistent au rappel des règles de droit dans le traitement de ce type d’affaires. les autorités travaillent également sur un dispositif d’immunité diplomatique.
– Un responsable français pourrait se déplacer au Maroc pour présenter les solutions envisagées. une déclaration politique pourrait signifier par la suite la fin des tensions entre les 2 pays
– L’importance de ne pas surmédiatiser l’affaire pour éviter une polémique franco-française et la crispation des syndicats de la justice et de la police
qui risquent de compliquer la tâche des autorités françaises.
– La baisse de l’intensité de la communication qui est intervenue la semaine dernière est appréciée.
P.S. : En vue de mettre fin à cette brouille, Rabat et Paris ont rédigé un nouvel accord de coopération judiciaire qui a été adopté par les députés français le 23 juin 2015. Cet accord prévoit que les plaintes déposées en France seront désormais « prioritairement » renvoyées vers Rabat ou clôturées. Il a été largement critiqué par les organisations des droits de l’homme (la polémique franco-française dont a parlé le diplomate français).
AUJOURD’HUI, JEUDI 2 AVRIL 2020, ALI AARRASS EST LIBÉRÉ
Episode 1. Ali Aarrass c’est mon frère.
Depuis Bruxelles, Farida Aarrass, la sœur d’Ali Aarrass, retrace les dix dernières années de lutte pour la libération de son frère. Arpentant les rues de la capitale belge, elle se souvient de la constitution du Choeur et du Comité Free Ali Aarrass.
Avec Luk Veraet, membre fondateur de celui-ci, elle visite l’avocate d’Ali, Dounia Alamat, Amnesty International et repositionne le cas de son frère dans le contexte plus large des dérives de la lutte anti-terroriste et des mobilisations citoyennes du Riff.
En coulisse, le Choeur des femmes répète et continue de raconter par le biais du théâtre et de la musique.
Le Choeur d’Ali Aarrass est constitué d’une vingtaine de femmes, toutes actrices de la lutte pour la libération du prisonnier belge-marocain, enfermé depuis onze ans au Maroc, accusé de terrorisme et condamné sur base d’aveux obtenus sous la torture. Créé il y a quatre ans, dans la lignée du Comité Free Ali Aarrass, le Choeur s’est produit en avril 2018 dans une forme théâtrale longue au Théâtre National.
Les enjeux de sécurité au Maghreb : des facteurs de tension
Les problématiques de sécurité au Maghreb sont au cœur des préoccupations de l’ensemble des acteurs impliqués dans la région. Ces éléments ont longtemps été considérés comme des questions internes à chaque État, ce qui a conduit à les gérer de façon fragmentée et isolée. Cependant, les dernières évolutions (mutations du terrorisme islamiste, développement de la criminalité, enlisement des tensions inter-étatiques, etc.) incitent désormais à appréhender ces éléments dans leur globalité et dans leurs interactions. En effet, il apparaît que les enjeux de sécurité au Maghreb doivent être abordés dans un environnement élargi au sud, à l’ouest et à l’est, dans une perspective de renforcement des coopérations tant au niveau local (coordination des acteurs de terrain), régional (collaborations interétatiques et régionales), que global (implication de l’UE et des États-Unis). Cette gestion intégrée des enjeux permettra de donner une cohérence tout à la fois régionale et durable aux politiques de sécurité.
L’UE, du fait de sa proximité géographique et des liens qui l’unissent au Maghreb, doit se sentir tout particulièrement impliquée par ces enjeux. La récente adoption, en février 2010, du document-cadre de sa Stratégie de sécurité intérieure marque un pas encore timide mais encourageant dans cette direction1 – celle d’une meilleure prise en compte des enjeux globaux et du renforcement de la coopération avec ses voisins afin de construire un futur partagé, sécurisé et durable… dans son intérêt comme dans le leur.
1. Les tensions contre les États : terrorisme et criminalité
1.1. Les mutations du terrorisme islamique : une problématique sahélo-maghrébine
La menace de l’islamisme radical et du terrorisme a toujours été prise au sérieux par les États de la région, qui luttent contre ce phénomène depuis le début des années 1980. Considérée initialement comme domaine réservé de la politique intérieure, la lutte anti-terroriste devient le premier domaine de coopération entre les États d’Afrique du Nord, aussi efficace qu’inattendu, comme l’illustre par exemple le partenariat entre l’Algérie et la Tunisie2.
Les efforts en la matière ont permis de circonscrire à la fin des années 1990 les activités de mouvements comme le Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat en Algérie (GSPC) ou le Groupe Islamique Combattant en Libye (GICL). Cependant, après les attentats du 11 septembre 2001, ces mouvements trouvent un second souffle. L’invasion de l’Irak par les États-Unis a ainsi été instrumentalisée pour renouveler le discours de légitimation du terrorisme, qui prend alors un nouvel essor au Maghreb ; en 2007, le GSPC rejoint même la mouvance de Ben Laden pour fonder Al-Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI), organisation qui aspire à fédérer les djihadistes de tout le Maghreb. Néanmoins, après une explosion des violences entre 2001 et 2008, culminant avec l’apparition d’attentats suicides jusqu’alors inconnus dans la région, l’année 2008-2009 marque une rupture dans le développement d’AQMI. En effet, malgré le ralliement peu significatif de quelques combattants tunisiens, libyens, ou mauritaniens, AQMI reste un phénomène essentiellement algérien. Les attentats dans le Maghreb Central diminuent au profit de pratiques de banditisme, avec notamment une recrudescence d’enlèvements de ressortissants occidentaux contre le paiement de rançons.
Quatre raisons principales peuvent être évoquées pour comprendre ce coup d’arrêt : l’islam maghrébin est traditionnellement modéré et constitue un rempart culturel et religieux à la montée du radicalisme ; les actions du gouvernement algérien se sont révélées globalement efficaces dans la lutte anti-terroriste ; les attaques d’Al-Qaeda contre les Sunnites en Irak ont largement terni l’image du mouvement au Maghreb ; enfin, les pratiques employées par AQMI, notamment les attentats suicides, sont étrangères aux traditions locales et « la greffe » n’a en quelque sorte pas pris, d’autant plus que la société algérienne a suffisamment souffert du terrorisme aveugle pour en rejeter les actions.
En réaction, le centre de gravité du terrorisme dans la région s’est déplacé de façon préoccupante vers le sud : profitant de la porosité des frontières, de la prolifération de trafics en tout genre, et de la faiblesse de certains États, les mouvements djihadistes se sont installés dans la région désertique du Sahel, depuis les régions semi-arides du Sénégal jusqu’à certaines parties de la Mauritanie, du Mali et du Niger. L’émergence du Chiisme radical en Afrique subsaharienne constitue sans doute à ce titre le plus grand défi sécuritaire de la région à court et moyen termes. L’attentat suicide contre l’ambassade de France de Nouakchott, l’assassinat d’un ressortissant Américain ou l’enlèvement revendiqué par AQMI d’un Français au Nord du Mali, tous survenus au cours de l’année 2009, illustrent ce glissement. Les acteurs impliqués dans la région prennent peu à peu conscience de cette réalité, comme le démontre la récente déclaration conjointe UE-Maroc qui stipule que « la précarité de la situation dans la région du Sahel et les nombreux défis qui en découlent mettent en évidence la nécessité d’une coopération régionale accrue et d’une approche intégrée dans les domaines de la sécurité et du développement. Le Maroc et l’UE considèrent [ainsi] que le Sahel représente une zone prioritaire de la lutte contre le terrorisme et la radicalisation »3.
L’établissement d’une zone refuge pour les terroristes au Sahel menace la sécurité de toute l’Afrique du Nord mais aussi de l’Europe et des États-Unis, dont les ressortissants et les intérêts sont les cibles privilégiées des terroristes. Dès lors, comme le souligne le représentant du général William E. Ward, chef du commandement militaire américain pour l’Afrique (Africom) « une approche globale face au terrorisme est indispensable au Maghreb »4. À cet égard, la décision annoncée en juillet 2009 par l’Algérie, la Libye et le Mali d’associer leurs moyens militaires et de renseignement pour combattre le terrorisme dans la bande sahélo-saharienne doit être saluée ; elle s’inscrit dans une volonté de travail de fond sur le long terme, permettant d’asseoir les bases d’une sécurité durable dans la région5.
1.2. Les développements de la criminalité : facteur de déstabilisation et impact sociétal
Le crime organisé au Maghreb prend la forme classique de différents trafics, comme celui de la drogue ou de la contrebande de cigarettes. Au Maroc, la culture du cannabis produit un revenu de 200 millions de dollars par an pour les paysans et génère un bénéfice de 12 milliards de dollars pour les trafiquants. La « Stratégie nationale de lutte antidrogue » mise en œuvre par le royaume depuis 2005 produit des résultats encourageants, comme le note l’Organe international de contrôle des stupéfiants des Nations Unies (INCB) qui souligne dans son dernier rapport que « la superficie totale des cultures de cannabis a été réduite de 55 % et ramenée de 134 000 hectares en 2003 à 60 000 hectares en 2008 »6. Cependant la culture du cannabis reste encore une activité économique importante de la région du Rif, une des plus pauvres du pays, et les efforts de développement des cultures alternatives doivent être poursuivis. L’Algérie en est quant à elle devenue le relais d’acheminement vers la Tunisie et la Libye, puis vers l’Europe.
Par ailleurs, le Maghreb tend à devenir une plaque tournante d’autres trafics : plusieurs observateurs notent le développement dans les espaces les plus désertiques et les moins contrôlés, d’une « route africaine » de la cocaïne écoulée en Europe, facilité par le degré encore élevé de corruption, la porosité des frontières, l’absence de formation des polices locales et des systèmes judiciaires inadaptés. Interpol estime ainsi qu’environ 50 tonnes de cocaïne – d’une valeur de 1,8 milliards de dollars – circulent chaque année en Afrique de l’Ouest7. Ces drogues en provenance d’Amérique du sud arrivent par les ports d’Afrique de l’Ouest, traversent le Nigeria, la Guinée et le Sénégal, pour gagner ensuite le Maghreb puis l’Europe. Or, la circulation des drogues n’est pas sans conséquences pour les populations locales : de pays de transits, les États de la région sont peu à peu devenu également consommateurs avec tout le potentiel déstabilisateur que cela implique. Moins connus sont les effets dévastateurs de la culture du cannabis sur l’écosystème des pays producteurs. À terme, les destructions qu’elle engendre (déforestation, pollution par les pesticides, etc.), et l’absence de réussite des projets de cultures alternatives risquent de produire une migration massive des populations de régions comme le Rif8.
Dans une zone où le chômage frappe très durement les jeunes, il existe par ailleurs un risque inquiétant de voir ces trafics progresser rapidement et les trafiquants devenir des modèles de réussite pour les jeunes en perte de repères, En revanche, si les liens entre criminalité et terrorisme sont avérées au niveau international, la mise en évidence de connexions directes dans la région est moins évidente : les trafiquants maghrébins n’ont intégré ni l’appareil d’État ni la classe politique, et agissent davantage comme une composante de l’économie illégale que comme une force de déstabilisation structurée. Par ailleurs, les logiques s’opposent pour une part : du côté des trafiquants, l’anonymat prime sur les principes de publicité et de communication recherchés par les terroristes. L’Europe est directement concernée par ces développements, étant la première cliente des drogues produites ou transitant par le Maghreb, et une terre d’immigration privilégiée pour les candidats au départ. De surcroît, la montée des réseaux criminels associés aux trafics (passeurs, faux papiers, prostitution, etc.), qui se prolongent jusque sur le territoire communautaire, pose de réels problèmes de sécurité à l’UE. Le démantèlement récent d’un réseau de trafic de cannabis depuis le Maroc vers la France, via l’Espagne, ayant permis la prise record de plus de 3 tonnes de drogue, illustre ce risque. Lors de cette opération, les forces de police ont en outre saisis près d’une trentaine d’armes, dont des pistolets automatiques, plusieurs fusils et pistolets-mitrailleurs, un lance-roquette et des gilets pare-balles9.
– Renforcer les coopérations existantes en matière de lutte anti-terroriste et anti-criminalité, en intégrant la dimension géographique élargie : la gestion des trafics et du terrorisme doit être appréhendée dans sa globalité sahélo-maghrébine, voire au-delà comme le suggèrent les connexions avec les trafiquants de drogue sud-américains.
– S’attaquer en parallèle aux racines du problème si l’on veut jeter les base d’un développement et d’une sécurité durables. La prise en compte des difficultés socio-économiques dont pâti la région est alors essentielle : en donnant des alternatives de réussite sociale aux jeunes on sapera à terme les possibilités de recrutement tant des criminels que des terroristes.
– Soutenir et appuyer toute coopération régionale, suivant une logique de subsidiarité. Ces actions doivent en effet être optimisées de façon pragmatique, en utilisant par exemple les canaux bilatéraux aussi souvent que possible et en optant pour les coopérations à l’échelle régionale lorsque nécessaire.
2. Les tensions inter-étatiques : le Sahara Occidental et la problématique des frontières
2. 1. Contre l’enlisement du Sahara Occidental
Ce conflit, qui dure depuis plus de 30 ans, constitue la pierre angulaire des tensions algéro-marocaines : la fermeture de la frontière entre les deux pays depuis 1994, l’échec de l’Union du Maghreb Arabe, la course aux armements, la décision du Maroc de quitter l’OUA et son refus de siéger à l’Union africaine lui sont en grande partie imputables. De telles implications illustrent bien le niveau de blocage atteint par la situation qui mine toute tentative de développement et de sécurisation commune.
Le Sahara Occidental est inscrit depuis 1963 sur la liste des territoires non autonomes qui restent à décoloniser et a donné lieu depuis à d’innombrables arguties juridiques entre les parties. Cependant, comme le souligne Laurence Ammour, chercheur associé au Maghreb Center de Washington, « la gestion de ce contentieux par le droit international s’est avérée insuffisante et impuissante dans la mesure où les fondements juridiques qui ont présidé aux propositions de règlement […] n’ont pas évolué depuis 30 ans »10. Ce décalage explique les échecs successifs des plans l’ONU qui, s’ils ont permis un cessez-le-feu garanti par les casques bleus depuis 1991, n’ont pas résolu le conflit. Dès 2000, Kofi Annan, alors Secrétaire Général des Nations Unies, déclarait qu’il faudrait se préparer « à étudier d’autres moyens [que le référendum] de parvenir à un règlement rapide durable et concerté »11 du conflit. Car la tenue d’un référendum dans les conditions actuelles n’est objectivement pas envisageable : il n’existe toujours pas de consensus sur la constitution des listes électorales, l’ONU n’a aucun moyen d’imposer le référendum au Maroc, et le verrouillage politique et idéologique appliqué dans les camps de réfugiés sahraouis laisse peu d’espoir quant à une autodétermination sans contrainte et en toute connaissance de cause de la part des Sahraouis. En 2004, le Ministre des Affaires Étrangères espagnol, Miguel Angel Moratinos, considérait que « dans les circonstances actuelles, un référendum sans solution politique préalable pourrait conduire à une situation de crise généralisée en Afrique du Nord »12. Cette analyse reste d’actualité : sans accord politique entre les protagonistes, la règle de droit, inapplicable seule, ne suffira pas à sortir de l’impasse.
Par le passé, les deux acteurs principaux, l’Algérie et le Maroc, ont en effet longtemps campé sur des positions de principe : entre revendication d’une souveraineté héritée de l’Empire Almoravide (1056-1147) et revendication d’indépendance au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le débat ne laisse que très peu d’espace à la négociation. Ces crispations s’expliquent par le fait qu’aucun des protagonistes ne peut se permettre de perdre :
• Au Maroc, le maintien des Provinces du Sud renvoie au principe fondamental d’intégrité territoriale ; le Royaume ne peut donc consentir à une amputation conséquente de son territoire.
• Pour l’Algérie, l’attachement aux principes d’autodétermination et de liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes s’accompagne d’un intérêt géoéconomique majeur que constituerait une voie d’accès sur l’Atlantique pour l’exportation du gaz et du fer du Sahara algérien, et la nécessité de demeurer cohérent avec un discours qui n’a pas évolué depuis 30 ans. La reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) conférerait par ailleurs à l’Algérie un allié stratégique dans la région.
• Dans les deux États, le conflit saharien a pu être initialement utilisé sur la scène intérieure pour masquer les difficultés intérieures respectives en focalisant la population sur un ennemi extérieur. Il s’inscrit aussi dans le cadre d’une course pour le leadership régional.
• Le Front Polisario enfin ne peut abandonner le combat sans voir disparaître du même coup sa raison d’être ; cela signifierait en outre que les réfugiés auraient vécu 30 ans d’exil dans les camps pour rien…
Or cette situation génère un coût considérable en termes économiques, humains, politiques et sécuritaires, qui entrave l’établissement d’une véritable sécurité durable dans la région. Ce coût, reconnu par tous, semble cependant être accepté ou du moins toléré par les protagonistes :
• Pour le Maroc, le coût est d’abord économique, avec un budget militaire important consacré au Sahara Occidental, un investissement massif dans les provinces du Sud, des exonérations fiscales nombreuses, des salaires des fonctionnaires plus élevés, etc. L’International Crisis Group affirme que ce sont plusieurs points de PIB qui ont été engouffrés dans ce dossier13.
• Le coût économique pour l’Algérie est également très conséquent, avec le financement de l’aide aux réfugiés (surtout depuis la diminution de l’aide internationale suite à la révision à la baisse des estimations de la population des camps par l’UNHCR en 2006), les dons de matériel militaire aux indépendantistes, le maintien de plusieurs dizaines de milliers de soldats à la frontière dans la région de Tindouf, et un investissement politique et diplomatique important pour soutenir la RASD au niveau international et contrer les efforts de communication marocains.
• Pour tout le Maghreb, le dossier du Sahara Occidental rend impossible l’intégration, limite les investissements étrangers et entretient une atmosphère de suspicion et de défiance entre les acteurs. En outre, l’enlisement constitue un risque préoccupant de balkanisation de la région : les trafics de cigarettes, drogues, armes ou essence se développent fortement dans cette zone qui comprend le Sahara occidental, le nord de la Mauritanie et le sud-ouest algérien, et dont certaines sous-régions sont difficilement gouvernable, alors que les tensions liées au conflit rendent là encore impossible une coopération raisonnée en matière de sécurité.
• Le conflit a également un coût financier et en termes de crédibilité important pour la Communauté internationale, qui maintient la force d’intervention de la MINURSO sur place pour un budget de 35 millions d’euros par an, sans résultat probant depuis bientôt vingt ans.
En attendant, les réfugiés des camps de Tindouf vivent dans des conditions déplorables, souffrant de pénuries alimentaires, du manque d’eau, d’infrastructures sanitaires insuffisantes… Le déclin du Polisario, qui a perdu ses soutiens politiques et idéologiques de la Guerre froide, fait également craindre un effondrement de l’organisation fragile des camps : la corruption au sein de la RASD, dirigée exclusivement par le Polisario, le clientélisme appliqué dans l’attribution de l’aide humanitaire internationale, la monopolisation du pouvoir et l’immobilisme politique qui en découle sont de plus en plus mal acceptés par la nouvelle génération. L’identité nomade sahraouie, qui avait été déconstruite pour s’incarner dans la lutte pour un territoire perdu, est en train de se reconfigurer. Ainsi, les Sahraouis « qui optent pour la Mauritanie font preuve de la même volonté d’affirmation identitaire que ceux qui restent à Tindouf, non pas quant à une indépendance qui leur paraît irréalisable, mais dans leur identité : en s’installant en Mauritanie, ils renoncent à leur militantisme pour l’indépendance de la RASD, mais ils demeurent des Delimi, des Tekna, des Ahl Ma El Aïnin ou des membres de tout autre tribu »14. Parallèlement, le Maroc administre et développe de fait le Sahara Occidental depuis 1979, conférant aux populations locales (Marocains du Nord installés au Sahara et Sahraouis) un niveau de vie évidemment bien meilleur que dans les camps. Désormais, les progrès pour la reconnaissance des Sahraouis sous administration marocaine comme des citoyens à part entière doivent être poursuivis dans le cadre global de la défense et de la promotion des droits de l’homme au Maroc.
Les enjeux initiaux et ceux qui sont venus se greffer et se cristalliser sur le Sahara Occidental sont donc tels que le coût supposé ou estimé de l’impasse est longtemps apparu préférable à celui qu’impliquerait une issue défavorable, et ce malgré le potentiel de développement et de stabilité sécuritaire que permettrait la normalisation du conflit. Par conséquent, seule une solution politique négociée, englobant l’ensemble des problématiques liées au conflit, et dans laquelle aucun acteur ne perdrait la face semble à même de débloquer la situation. La proposition marocaine d’un Plan d’autonomie pour la région du Sahara Occidental, présentée devant le Conseil de Sécurité de l’ONU en 2007 est à ce titre la première alternative crédible au gel des positions de principe évoquées plus haut.
L’autonomie de gestion proposée par le Maroc prévoit la mise en place d’organes législatif, exécutif et judiciaire au niveau local, dont la compétence portera sur de nombreux domaines15. À l’instar des différents modèles fédéraux européens, l’État conservera une compétence exclusive sur les domaines régaliens, qui au Maroc comprennent notamment la sécurité, la coopération internationale et les relations extérieures, la commanderie des croyants, et le système judiciaire. A la recherche d’un consensus le plus large possible, Rabat souhaite organiser un référendum de ratification du projet d’autonomie par les populations des provinces du sud, et, compte tenu de la nécessité de réformer la constitution du Royaume pour y intégrer le concept d’autonomie, réaliser également une consultation de l’ensemble du peuple marocain.
Il apparaît donc bien que cette proposition d’autonomie doivent être considérée comme une base tangible de négociation, qui s’inscrit en outre dans la démarche plus générale de régionalisation et de démocratisation du pays évoquée dans la première partie. Car personne ne peut dire aujourd’hui si l’indépendance du Sahara Occidental constituerait une option viable, s’il ne risquerait pas de se transformer en zone grise propice à tous les trafics, à la prolifération du terrorisme et in fine à la déstabilisation de la région. Certains, comme le porte-parole du Département d’État américain en 2008 ont même été jusqu’à considérer qu’un État Sahraoui indépendant ne pouvait être considéré comme une « une option réaliste »16, ni « un objectif accessible », pour reprendre la formule de l’ancien représentant spécial du Secrétaire Général de l’ONU pour le Sahara Occidental, Peter van Walsum17. Il est en tout cas certain que la sécurité de la zone ne peut admettre un « failed » state, surtout si ce dernier sert de nouvel alibi pour renforcer les crispations et le maintien sous tutelle des sociétés maghrébines.
En revanche, tout le monde reconnaît l’intérêt considérable en termes de croissance et d’amélioration des conditions de vie des populations que constituerait la fin des politiques de défiance au Maghreb et la progression de l’intégration régionale. La normalisation de la question du Sahara Occidental, qui implique nécessairement l’engagement de toutes les parties, permettrait en outre d’initier une sécurisation globale et durable de cette région fragile. Il convient désormais de convaincre les protagonistes que leur place et leurs intérêts seront préservés une fois le pas franchi : le Maghreb a besoin d’ouverture et de stabilité, pas d’une escalade sécuritaire.
– L’UE doit soutenir la proposition marocaine d’autonomie, qui semble aujourd’hui la seule option réaliste de sortie de crise. Cette issue n’est envisageable que sur la base du plan marocain élargi afin de répondre à toutes les dimensions du conflit en particulier : (1) donner des garanties aux populations sahraouies sous administration marocaine, notamment concernant l’intégration d’une voix politique légale sahraouie. La décorrélation progressive actuelle entre identité Sahraouie et revendication territoriale est à ce titre de bon augure ; (2) établir des accords bilatéraux commerciaux et de coopération permettant la préservation des intérêts géo-économiques des deux grands États, au premier rang desquels figurent le phosphate pour le Maroc, le gaz et le fer pour l’Algérie, et l’exploitation du pétrole saharien pour les deux partie.
– Pour ce faire, la voie des négociations directes entre les protagonistes, y compris en y associant l’Algérie doit être privilégiée et soutenue par l’UE. En ce sens, les dernières négociations informelles entre le Maroc et le Front Polisario qui se sont déroulées les 10 et 11 février 2010 à New York en présence de l’Algérie et de la Mauritanie sont encourageantes. Bien que peu d’information aient filtré au sujet des négociations en elles-mêmes, la décision des parties de se revoir prochainement est en soi une avancée qu’il convient d’appuyer. Dans la Déclaration conjointe issue du Sommet UE-Maroc du 7 mars 2010, l’UE a d’ailleurs réitéré son soutien aux « efforts du Conseil de Sécurité des Nations Unies, du Secrétaire Général et de son Envoyé personnel pour le Sahara Occidental pour parvenir à une solution politique définitive, durable et mutuellement acceptable [en exprimant son] soutien au processus de négociations en cours, dans le cadre des directives du Conseil de Sécurité et notamment la Résolution 1871 (2009) »18.
2. Le gâchis du blocage des frontières
Cette logique de défiance qui paralyse la région est également au cœur de la problématique des frontières, tant internes au Maghreb qu’avec les pays voisins. Parmi les tensions générées par les enjeux de sécurité, la fermeture des frontières est sans l’une des plus emblématiques, et demeure un frein considérable au développement de la région. Les frontières sont traditionnellement un marqueur de souveraineté et un baromètre des relations régionales. Elles sont d’abord un enjeu de souveraineté, comme l’a illustré la “guerre des sables” de 1963 entre le Maroc et l’Algérie qui n’a pris fin qu’en 1992 avec la Convention fixant les frontières entre les deux États.
Les tensions entre les pays du Maghreb se traduisent ainsi immanquablement par un durcissement des contrôles comme entre l’Algérie et la Tunisie en 2007, pouvant aller jusqu’à la fermeture complète, comme c’est le cas depuis plus de 15 ans entre l’Algérie et le Maroc, un bouclage qui ruine l’économie régionale, déchire de nombreuses familles, et ne trouve pas d’issue malgré la demande de réouverture souvent réitérée par le Maroc.
La coopération en matière de sécurité, de contrôle des frontières et de lutte contre les trafics ne doit pas se faire au détriment des populations et du développement économique. De telles mesures, si elles améliorent à court terme la gestion des trafics, ne permettent pas d’établir une sécurité profitable à tous sur le long terme.
La réticence à l’ouverture n’est pas le fait des États seulement. La mise en œuvre de l’accord de libre-échange d’Agadir, signé en février 2004 et entré en vigueur en avril 2007, souffre de cette réalité : réunissant le Maroc, l’Égypte, la Jordanie et la Tunisie, il était conçu initialement pour permettre la levée immédiate des barrières non tarifaires et l’instauration progressive d’une zone de libre-échange. Trois ans plus tard, malgré l’accord politique officiel des États, force est de constater que les résultats attendus ne sont pas au rendez-vous, comme en témoignent la faiblesse des échanges entre les pays signataires. Pour de nombreux analystes, ce blocage serait le résultat direct des réticences de certaines entreprises. Par exemple, les exportations de la voiture Logan sont très difficiles vers l’Égypte, compte tenu des entraves administratives mises en place sous la pression des chaînes de montages égyptiennes, qui veulent conserver leurs parts dans un marché interne de l’automobile très protégé. Ces réflexes protectionnistes se retrouvent également du côté maghrébin, avec par exemple des campagnes menées contre l’importation de riz égyptien. Pour Omar Hilale, Ambassadeur représentant permanent du Maroc auprès de l’Office des Nations unies à Genève, ces blocages proviennent de « la prévalence des intérêts sectoriels sur les intérêts stratégiques collectifs de la région », au détriment de l’avenir même du Maghreb.
– Réorienter les approches en privilégiant une gestion responsable des flux qui conjugue les exigences sécuritaires nationales légitimes et les échanges locaux, source durable de développement économique et humain.
– Poursuivre l’effort envers l’ensemble des acteurs des sociétés civiles maghrébines en vue de les convaincre que l’ouverture aux voisins est une chance et répondre à leurs craintes est essentiel. Dans cette perspective, l’UE doit soutenir des politiques publiques d’information qui doivent permettre de faire sauter les verrous psychologiques de l’isolement et du repli sur soi.