Tag: Libye

  • A propos de quelques élucubrations sur la diplomatie algérienne

    Par Abdelkader Kateb *

    Certains écrits parlent maladroitement d’occasions perdues de la diplomatie algérienne, en prétendant bien connaitre les grands dossiers des conflits dans le monde. Disons les choses clairement ! c’est une ratatouille, qui ne dit pas son nom.

    De prime abord, je pense que l’absence d’une couverture médiatique régulière contribue à une difficile grille de lecture de l’apport de la diplomatie algérienne dans le règlement des grands conflits de la région qui ne sont en grande partie, faut-il le rappeler, rien d’autre que la continuité d’anciens conflits non résolus. Leurs origines sont intimement liées entre autres à l’héritage colonial et aux disputes des grandes puissances sur les richesses et les frontières qui ont accompagné les indépendances.

    Pour dénouer l’écheveau de la problématique en question, il faut souligner que rares sont les pays qui formulent les principes présidant à leur politique étrangère d’une manière aussi claire et systématique que l’Algérie. Il faut savoir que cette posture est liée d’une part à l’expérience historique du pays, et de l’autre à la façon dont l’Algérie envisage son avenir.

    Benjamin Stora, historien de renom, écrit dans « l’Histoire de l’Algérie depuis l’indépendance », qu’ « elle a si longtemps enduré l’ingérence étrangère sous la plus odieuse de ses formes qu’elle s’est promis de ne jamais infliger les mêmes souffrances à un autre pays ou à un autre peuple ».

    Ce qu’il y a lieu de retenir de certains écrits d’apprentis sorciers, c’est leur habileté à dénigrer, subtiliser, voire taire le rôle fondamental de l’Algérie dans la résolution des grands conflits de la région (Libye-Mali-Sahara Occidental). Laisser croire que la persistance de ces conflits est due à « une lourdeur dans la réaction (algérienne. ndlr), une absence d’initiative et une attitude plutôt timorée », c’est inacceptable et c’est vouloir tromper l’opinion publique.

    Les avantages de la politique étrangère algérienne vont devenir de plus en plus visibles au fil des semaines et des mois à venir, avec le retour du président Abdelmadjid Tebboune et le ressourcement en cours de finalisation par le Ministre Sabri Boukadoum.

    Aujourd’hui, comme chacun le sait, l’Algérie est confrontée à des périls externes qui ne ressemblent en rien à ce qu’elle avait connu jusqu’ici. Si la nouvelle constitution du 1er novembre dernier maintient les prérequis et les valeurs fondamentales de sa diplomatie, qui ont pu faire leurs preuves par le passé, la pertinence de la nouvelle approche va être mise à l’épreuve à l’avenir.

    La situation est d’autant plus complexe que des acteurs internationaux (dont certains potentiellement déjà indirectement impliqués) suivent les événements au Sahara occidental, en Libye et au Mali et souhaiteraient jouer un rôle majeur avant que l’approche diplomatique algérienne n’ait été menée à son terme. De par la sagesse de ses Hommes d’Etat, l’Algérie peut tenter de dissuader les acteurs internationaux de toute ingérence dans la région, comme elle l’a fait à maintes reprises.

    Le cas du mali

    Les apprentis sorciers accusent notre appareil diplomatique d’avoir perdu sa place au Mali et font remarquer maladroitement qu’il n’en reste pas moins qu’actuellement, la voix de l’Algérie n’est pas très audible et ce sont les sept nations qui ont un pied dans ce pays qui mènent le «manège diplomatique».

    La vérité est tout autre, c’est que le dossier malien et ses subtilités sont très complexes. Il faut savoir que l’Algérie jouit toujours d’un bon capital de crédit au Mali et reste perçue dans l’imaginaire abstrait des Maliens comme le grand voisin du nord, tout particulièrement les communautés du nord du Mali, qui apprécient hautement l’attention dont elles bénéficient dans les politiques de coopération et de solidarité de l’Algérie avec le Mali. Cette attention contribue énormément à l’allègement des effets de leur désenclavement.

    Par ailleurs, ils oublient que rien que l’année 2020, l’effort de solidarité consenti par notre pays au profit du Mali s’est poursuivi à travers l’octroi d’importantes aides alimentaires et autres décidées par le Président de la République Abdelmadjid Tebboune qui s’est montré , depuis son arrivée, très engagé sur le dossier malien.

    Le meilleur moyen de s’imprégner de l’apport de l’Algérie dans ce dossier, c’est de suivre constamment les déclarations des responsables maliens, qui ne ratent aucune occasion pour rendre hommage à l’Algérie pour son rôle majeur qu’elle continue inlassablement de jouer dans le retour de la stabilité dans leur pays, notamment dans le cadre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger. Pour mémoire, cet accord, cadre idoine pour le retour définitif et durable de la stabilité au Mali signé en mai-juin 2015, bénéficie toujours d’un large appui, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Mali, malgré les retards qu’il accuse dans sa mise en œuvre, en raison d’un environnement des plus complexes.

    Je ne sais pas si les apprentis sorciers ont connaissance que l’Algérie mène toujours le suivi et l’accompagnement de la mise en œuvre de l’Accord, en tant que pays voisin, Chef de file de la Médiation et Présidente du Comité de Suivi de l’Accord, pour lequel elle continue d’engranger les dividendes de la paix et la sympathie malienne ; ce qui n’est pas étonnant de sa part, disent les connaisseurs.

    Il ne faut pas omettre, dans ce contexte, que son ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, s’est rendu en janvier 2020 à Bamako, pour conduire les travaux de la quatrième consultation de haut niveau du Comité de Suivi de l’Accord. De l’avis des maliens eux-mêmes, cette consultation a permis de donner une nouvelle impulsion au processus de paix et relancer la tenue des sessions mensuelles du CSA que préside l’Ambassadeur d’Algérie au Mali, qui vient d’être désigné par le réseau panafricain indépendant « Afrobaromètre» parmi les trois diplomates étrangers les plus influents au Mali. Soucieux de maintenir la place de son pays au Mali, l’ambassadeur Boualem Chebihi ne rate aucune occasion pour renforcer encore davantage la proximité stratégique avec les autorités maliennes et l’attachement de l’Algérie à la mise en œuvre de l’Accord de paix issu du processus d’Alger.

    Je ne voudrais pas conclure le cas du Mali, sans attirer l’attention sur la nouvelle crise socio-politique traversée par le Mali à partir de juin 2020, qui a été une autre occasion pour l’Algérie de manifester, encore une fois, sa solidarité et de marquer sa présence incontournable sur ce dossier.

    Parallèlement à la CEDEAO, l’Algérie s’est employée activement pour désamorcer cette nouvelle crise. D’intenses activités ont été menées avant et après les évènements du 18 août 2020, qui ont conduit à l’instauration de la transition en cours. Là aussi, le ministre Sabri Boukadoum a été l’un des rares ministres à avoir effectué deux déplacements au Mali, respectivement les 28 août et 20 septembre 2020. Il a été, ainsi, le premier responsable étranger à rencontrer les nouvelles autorités maliennes, issues des évènements du 18 août dernier. Pour l’histoire, il faut noter que ces deux visites ont même ouvert la voie à celles d’autres chefs de diplomatie.

    Les développements dans ce pays voisin ont continué à aller dans le sens des vues de l’Algérie exprimés notamment par son Ministre des Affaires étrangères, lors de ses différentes visites. Ainsi, après la libération de l’ancien Président Ibrahim Boubacar Keita, le renouvellement par le CNSP de son engagement à respecter l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, le CNSP qui a pris le pouvoir à Bamako le 18 août a donné une suite favorable à deux autres des recommandations-phares de l’Algérie, concernant la durée de la transition ramenée raisonnablement à 18 mois et le profil civil du Président de la transition.

    Sur le processus de paix, la courte période de transition qui s’est ouverte au Mali s’est annoncée plutôt sous de bons auspices pour la suite de ce processus qui est actuellement au cœur de l’action de l’Algérie au Mali. L’engagement des autorités de transition s’est reflété, à notre grande satisfaction, entre autres, par l’inclusion d’une référence expresse à l’Accord dans la charte de la transition et par la participation des mouvements signataires dans la mise en place et la composition des organes de la transition y compris dans le gouvernement.

    Donnant suite aux conclusions de la 41e session du Comité de Suivi de l’Accord, tenue le 16 novembre 2020 à Bamako, la Partie malienne a, d’ores et déjà, redynamisé son cadre de concertation et établi une feuille de route consensuelle des actions à mener dans le cadre de l’Accord d’ici la fin de la transition ; cette feuille de route devrait être validée à la prochaine session, prévue au début de la deuxième quinzaine du mois de janvier 2021.

    Sahara occidental

    Le conflit du Sahara occidental est une question de décolonisation qui ne peut être résolue qu’à travers l’application du droit international et de la doctrine bien établie des Nations Unies et de l’Union Africaine en la matière, c’est-à-dire l’exercice authentique par le peuple sahraoui de son droit inaliénable à l’autodétermination et à l’indépendance, conformément aux dispositions de la résolution 1514 (XV) portant octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux, dont la communauté internationale a célébré , cette année, le 60ème anniversaire.

    Dans ce cadre, faut-il le souligner, ce n’est pas un tweet qui va changer le cours de l’histoire. Ainsi, la proclamation du 4 décembre, reste sans effet juridique, car elle contrevient à l’ensemble des résolutions des Nations Unies et notamment à celles du Conseil de Sécurité sur la question du Sahara occidental. Le reste , c’est de la littérature de mauvais goût. L’Algérie, dont la position s’adosse à la légalité internationale contre la logique de la force et des marchés douteux, réitère son appui indéfectible à la cause juste du peuple sahraoui.

    Le cas de la Libye

    Affectée par l’instabilité de la Libye, il est vrai que dans ce dossier l’Algérie doit très vite reprendre les choses en main pour faire taire les armes définitivement et amener les différents belligérants à négocier une issue honorable et pacifique, par l’organisation d’élections présidentielles et parlementaires, libres, justes, inclusives et crédibles. La proposition algérienne d’accueillir un “dialogue” entre toutes les parties libyennes reste toujours valable pour résoudre la crise profonde par le dialogue et éviter ainsi des dérapages aux conséquences désastreuses.

    Notre pays a déjà payé un tribut humain et matériel à l’instabilité en Libye et au Mali. Il n’en reste pas moins résolu à trouver une solution diplomatique à ces conflits et à renforcer sa posture politique. Notre pays ne peut cependant et ne doit pas se contenter d’une mise en scène, mais en tant qu’Etat pivot de la région, il se doit de jouer un rôle majeur dans tout règlement final des conflits dans son voisinage qui n’ont que trop duré.

    *Abdelkader Kateb, ancien diplomate

    Algérie1, 4 jan 2021

    Tags : Algérie, Libye, Sahara Occidental, Mali, Sahel,

  • Algérie : Nouveaux défis sécuritaires

    par Abdelkrim Zerzouri


    Le glas a-t-il sonné pour le terrorisme en Algérie ? Il est loin le temps où les attentats meurtriers en Algérie faisaient la une des JT, des télévisions occidentales, surtout, laissant les spécialistes des questions sécuritaires parler d’une lente agonie du terrorisme dans ce pays qui a subi les affres de ce fléau bien avant que d’autres en prennent connaissance et conscience. Le bilan de l’année 2020 conforte cette vision avec la mise hors d’état de nuire par les éléments de l’Armée nationale populaire (ANP) de 37 terroristes, dont 21 d’entre eux ont été abattus, 9 capturés et 7 autres se sont rendus aux autorités militaires, en sus de l’arrestation durant la même période de 108 éléments de soutien aux groupes terroristes.

    Un bilan évocateur sur le plan de la lutte antiterroriste. Car, on constate une nette diminution de l’activité terroriste en comparaison à l’année précédente (2019), où pas moins de 84 terroristes ont été mis hors d’état de nuire par les éléments de l’ANP, ainsi que l’arrestation de 245 éléments de soutien aux groupes terroristes et la reddition de 13 membres de familles de terroristes. Et les chiffres confortent cette thèse si on remonte plus dans le temps pour tirer une comparaison des bilans, plus consistants d’une année à l’autre. Non seulement les terroristes sont isolés et traqués jusque dans leurs derniers retranchements, mais il y a tout loisir de constater également que leur capacité de nuisance se trouve considérablement réduite.

    Les mauvais jours sont derrière nous, certes, mais l’expérience conseille qu’il ne faut jamais baisser la garde dans la lutte antiterroriste. Car, un seul terroriste en circulation est déjà de trop. Cependant, il est clair que les nouveaux défis sécuritaires de l’Algérie sont, aujourd’hui, multiples. Sur le plan intérieur le terrorisme a été très affaibli par les coups de boutoir des éléments de l’Armée, mais la menace terroriste reste plus préoccupante face aux mutations dangereuses dans le sens d’un redéploiement stratégique des terroristes dans le voisinage immédiat, aux frontières du pays, notamment dans la région du Sahel, faisant craindre une plus grande radicalisation de ses actions.

    Ainsi, hors cette menace terroriste dont la gestion est permanente et évolutive selon les nouveautés du terrain, le trafic de drogue, l’immigration clandestine et d’une manière générale la criminalité organisée transfrontalière constituent des défis sécuritaires majeurs pour l’Algérie durant les prochaines années. Le bilan de 2020 laisse entrevoir sur ce plan toute la réalité des nouveaux défis sécuritaires.

    En effet, dans le cadre de la lutte contre la criminalité organisée et la sécurisation des frontières, on fait état de l’arrestation, en 2020, de 1028 narcotrafiquants, et la saisie d’énormes quantités de kif traité, estimées à plus de 703 quintaux, et près de 28 kilogramme de cocaïne, ainsi que plus de 3,5 millions de comprimés psychotropes.

    Sur le plan de la lutte contre l’immigration clandestine, qui ne révèle que la partie visible de l’iceberg, le bilan de l’ANP reste également révélateur quant à ces nouveaux défis sécuritaires, avec l’arrestation dans la même période de 8184 candidats à l’émigration clandestine via des embarcations de construction artisanale, et l’interception de 3085 immigrants clandestins de différentes nationalités.

    L’Algérie est-elle bien parée face à ces nouveaux défis sécuritaires ? Quand on parle de crime transfrontalier, cela exige une collaboration étroite entre les pays, voisins notamment, pour y faire face avec efficacité, et c’est ce qui manque affreusement dans cette équation.

    Le Quotidien d’Oran, 4 jan 2021

    Tags : Algérie, terrorisme, Libye, Mali, Sahel,

  • Algérie : Le retour d’une diplomatie efficace

    L’ALGÉRIE FACE AUX QUESTIONS RÉGIONALES ET INTERNATIONALES

    Le retour d’une diplomatie efficace

    L’année 2021 confirmera le grand retour de la diplomatie algérienne sur la scène internationale, prévoient des politologues. Longtemps paralysée par une conception autocratique du pouvoir, elle retrouve peu à peu ce qui a fait sa singularité : efficacité, discrétion et respect du droit international. Conflits militaires, changement climatique, nouveaux rapports de force entre puissances, mais surtout la situation au Mali, le conflit libyen et face à un monde en proie à de nombreux changements qui risquent et menacent de redessiner le monde et ses frontières, notre pays s’engage avec prudence, pragmatisme pour tenter de régler ces questions pacifiquement.

    Dans son édition d’octobre dernier, le mensuel Afrique-Asie a parlé du «grand retour de l’Algérie sur la scène internationale». «Ceux qui avaient parié sur le repli de l’Algérie sur elle-même suite à une année de hirak, une crise économique générée par la chute des prix des hydrocarbures et la pandémie de la Covid-19 auront été pour leurs frais», indique le mensuel dans un dossier consacré à l’Algérie.

    La visite, en octobre dernier, du secrétaire à la Défense américain, Mark Esper, «la première d’un aussi haut responsable américain depuis 2006 (visite de Donald Rumsfeld)», a été considérée par le mensuel comme une preuve du retour de l’Algérie sur la scène internationale. Et la diplomatie algérienne n’a pas l’intention de s’arrêter en si bon chemin.

    2021, L’ANNÉE DE LA CONFIRMATION

    Maître de conférences à la faculté des sciences politiques et des relations internationales à l’université d’Alger, Idriss Attia note que l’année 2021 confirmera le grand retour de la diplomatie algérienne, notamment sur le plan régional où il est attendu à ce qu’elle joue un grand rôle dans la résolution du conflit libyen. Selon lui, les derniers appels téléphoniques respectivement des ministres des Affaires étrangères libyen et tunisien à leur homologue algérien est la preuve de l’efficacité de l’approche algérienne qui se veut la principale référence pour le règlement de la crise libyenne, notamment en ce qui concerne le dialogue politique inter-libyen sous l’égide de l’ONU.

    Concernant l’axe Alger-Tunis, le politologue relève qu’il s’agit surtout, au delà de la consolidation des relations bilatérales entre les deux pays, de l’établissement d’une coopération contenue en matière de la lutte contre le terrorisme. Il a ajouté que le rôle de notre pays sera aussi important au Sahel, notamment dans la lutte contre le terrorisme. Dans ce sillage, Attia n’écarte pas l’éventualité de voir le chef de l’Etat entamer des visites dans des pays africains et européens pour créer une nouvelle dynamique de coopération à tous les niveaux.

    Concernant le Sahara occidental, Idriss Attia a souligné qu’après le retour en force de ce dossier au devant de la scène internationale, l’Algérie continuera de réaffirmer sa position indéfectible en faveur de la cause sahraouie. Selon lui, il est fort probable que le nouveau président des Etats-Unis aura une autre approche que celle du président sortant. «2021 sera incontestablement l’année du grand défi pour notre diplomatie pour faire entendre sa voix et reprendre sa place dans le concert des nations», soutient-il.

    Abondant dans le même sens, le politologue Ismaïl Debèche soutient que la diplomatie algérienne aura son mot à dire sur la scène internationale. «Elle marquera sa présence dans les efforts de règlement de nombreux conflits en Afrique, notamment en Libye, au Mali et au Sahara occidental», prévoit-il. Et d’ajouter : «Notre pays est et sera présent sur plusieurs fronts diplomatiques et retrouvera sa position de pays incontournable sur le plan régional et une voix écoutée à l’échelle internationale après le retour du Président de la République qui saura comment lui donner du punch».

    A l’en croire, l’Algérie ne sera jamais un observateur froid face aux changements géopolitiques.

    Amokrane H.

    Horizons, 2 déc 2020

    Tags : #Algérie #Diplomatie #Géopolitique #SaharaOccidental

  • Maghreb : La région a besoin de paix

    La sortie de crise dans le dossier libyen semble enregistrer d’importantes avancées qui coulent dans le sens d’une sortie de crise négociée et loin de la tension qui a marquée ce pays il y a quelques mois. De plus en plus, l’ONU semble avoir bien repris les choses en main et mène une politique de rapprochement entre les différents acteurs libyens qui se plient au jeu de la négociation et des pourparlers.

    Comme préconisé par l’Algérie, la sortie de crise ne peut se faire que par les Libyens eux-mêmes, et loin des différentes ingérences de certains pays qui n’ont d’autres soucis, dans leur agenda, que de servir leurs intérêts, quitte à sacrifier ceux des Libyens. Mais la tendance a bien changé aujourd’hui, et les Libyens se parlent directement et semblent tous privilégier une sortie de crise venant de l’intérieur du pays.

    Et le dernier développement notable dans ce dossier a été l’annonce faite ce vendredi par l’ONU sur l’accord trouvé par les négociateurs libyens sur la date des élections qui a été fixée au 24 décembre 2021. Une avancée majeure quand on sait que jusque là, chacune des parties en conflit ne pensait régler la crise qu’à travers la supériorité militaire et l’appui des forces étrangères.

    Et il faut convenir que ce sont les meilleures nouvelles que l’on enregistre dans ce pays depuis un peu plus de neuf longues années. Une bonne nouvelle pour la Libye, mais aussi pour toute la région sahélo-maghrebine qui a été gravement impactée par ce conflit, qui a vu l’implantation de plusieurs groupes terroristes qui menaçaient sérieusement la paix dans la région.

    Mais en face de ces importantes évolutions dans le dossier libyen, il reste regrettable que dans la même région, des apprentis sorciers à l’image du Maroc font tout pour maintenir la région dans un état d’instabilité et de dangers permanents, avec leur politique aventurière et guerrière qui posent plusieurs questions, sur le jeu malsain que joue Rabat dans la région.

    Le Maroc se place clairement comme un acteur déstabilisateur du Maghreb et doit de ce fait être condamné avec la plus grande vigueur par la communauté internationale qui doit mettre fin à la politique guerrière et déstabilisatrice de ce pays qui veut détourner l’attention sur ses multiples problèmes internes, quitte à menacer sérieusement la paix dans la région.
    Par Abdelmadjid Blidi

    Ouest Tribune, 16 nov 2020

    Tags : Afrique du Nord, Algérie, Maroc, Libye,

  • Reprise de la guerre au Sahara occidental: une ligne de fracture entre les anciens enjeux économiques et les nouveaux calculs géopolitiques

    Après le Nagorno Kara Bagh, les conflits reprennent en Afrique: en Éthiopie, la guerre du Tigré (Tigray) menace de déborder sur la province voisine de l’Amhara mais également sur l’Érythrée au risque de rallumer les feux d’une guerre régionale; au Sahara Occidental, le Maroc et le front Polisario reviennent à la case départ et reprennent le chemin de la guerre. L’Organisation de l’Union Africaine (UA) semble aux abonnés absents et son inertie totale au Sahel, en Afrique australe, dans la Corne de l’Afrique et en Libye met en doute non seulement sa crédibilité mais sa raison d’être.

    Au Sahara Occidental, le Polisario a toujours décrié les agissements de la Minurso, dont le staff a toujours été dominé par des officiers égyptiens jugés trop favorables aux thèses marocaines. Dans les faits, des membres de la Minurso sont impliqués dans la corruption, le pillage d’objets et de sites archéologiques non répertoriés et le trafic de drogues.

    Des éléments du Polisario et beaucoup de militaires marocains sont également impliqués dans divers circuits de corruption.

    La crise autour du point de contrôle de Guerguerat sis à l’extrême Sud du Sahara Occidental a d’ailleurs pour enjeux l’extension du trafic de stupéfiants jusqu’en Libye via le Sahel.

    La Libye est considérée comme un véritable eldorado pour le hashish marocain dont la diffusion se heurte à la fermeture des frontières avec l’Algérie. La Libye est également un point de redistribution de la drogue marocaine vers la Tunisie, l’Égypte et l’Europe via l’immigration clandestine en Méditerranée. Cet enjeu est vital au Maroc dont l’économie gonflée par les aides des pays du Golfe souffre de la crise du tourisme mondial et d’une dette avoisinant 91 % du P.I.B marocain. D’où l’importance vitale pour le Maroc d’ouvrir une route commerciale avec la Mauritanie à travers la zone démilitarisée (tampon). Ce que le Polisario considére comme une violation de l’accord de cessez-le-feu de 1991 et une première tentative d’occupation de ce que le Polisario considéré comme la « Zone Libre » ou « territoires libérés ». C’est donc le retour des hostilités.

    Cependant, mener une guerre ou une guérilla dans l’un des environnements les plus extrêmes de la planète n’est pas à la portée des belligérants qui souffrent de carences systémiques graves. Le Maroc ne peut que continuer à diffuser des communiqués de victoire destinés à une partie de l’opinion interne tout en incriminant l’Algérie tandis que le Polisario ne dispose d’aucune véritable force susceptible de changer le statu quo et surtout effectuer des brèches le long des 2700 kilomètres du mur de défense marocain, lui même défendu par des millions de mines antipersonnel. De son côté, l’Algérie ne répond jamais aux accusations marocaines et se contente de réitérer que la question du Sahara Occidental est un conflit de décolonisation opposant le Maroc au Polisario et dont la gestion incombe uniquement à l’Organisation des Nations Unies. En réalité, l’Algérie se soucie beaucoup moins du Maroc, pays avec lequel il existe des contacts et des réseaux souterrains que de de l’hostilité concertée des pays du Golfe et principalement le royaume d’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis, le Qatar, le Koweït et le Bahreïn, en y voyant un prélude à un ciblage d’une amplitude dépassant de loin ce que Alger qualifie de « gamineries du Sahara Occidental ». D’un point de vue stratégique, les pays du Golfe financent déjà une sorte d’encerclement géopolitique de l’Algérie dans un contexte n’ayant rien à voir avec le Sahara Occidental ou les relations avec le Maroc et c’est cela qui inquiète le plus l’armée algérienne. Fait significatif, une des chaînes TV publiques algériennes a diffusé pour la première fois l’essai d’un missile balistique tactique Sol-Sol 9K720 Iskander E (SS-26 Stone) par l’armée algérienne. Un message clair aux forces soutenues et financées par les Émirats Arabes Unis et les autres pays du CCG (Conseil de Coopération du Golfe) en Libye.

    Pour la première fois, une chaîne de la télévision publique algérienne a diffusé l’essai d’un tir de précision d’un missile balistique tactique Sol-Sol Iskander E. Un fait rarissime compte tenu que toute information sur d’eventuels vecteurs balistiques est un sujet totalement tabou en Algérie depuis 1989.

    Reste le principe de réalité. Le Maghreb n’est pas du préparé aux bouleversements qui s’annoncent et toute déstabilisation de cette région aura des conséquences apocalyptiques sur l’Europe occidentale. A titre de comparaison, la déstabilisation de la Libye, l’un des pays du Maghreb les moins peuplés (six millions d’habitants) et où il n’y avait aucune forme de flux migratoire vers l’Europe, a ouvert les vannes d’un véritable déluge migratoire sur l’Europe qui se poursuit jusqu’à cet instant. Qu’en sera t-il si les autres pays du Maghreb totalisant une population de 120 millions de personnes s’effondrent et qui sont traditionnellement connus pour être des réservoirs de migrants vers l’Europe ? Ce sera à coup sûr la fin definigive d’une Europe déjà très mal au point et en état de pourrissement avancé.

    Source : Strategika51, 15 nov 2020 (traduction non officielle)

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, Algérie, Polisario, Libye, trafic de drogue, cannabis, haschich, El Guerguerate,

  • Les enjeux de la Méditerranée occidentale

    27/10/20 – HR/VP Blog – La Méditerranée occidentale a de tout temps été une région clé pour l’Europe et elle le restera. Mais pour que les relations entre les deux rives de la Méditerranée se développent de façon mutuellement profitable, il nous faudra réussir à combler ensemble le fossé qui tend à se creuser entre elles, notamment sur le plan économique.

    La semaine dernière, j’ai été invité à participer à la réunion des ministres des affaires étrangères du groupe dit des 5+5 de Méditerranée occidentale. Ce Forum rassemble depuis trente ans maintenant, 5 pays de l’Union, l’Espagne, la France, l’Italie, Malte et le Portugal, et 5 pays du Sud de la Méditerranée, l’Algérie, la Libye, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie.

    Bien que cette structure soit informelle, elle permet de confronter les points de vue et de développer des partenariats autour d’une région, la Méditerranée occidentale, qui a joué dans le passé, joue aujourd’hui et jouera encore demain un rôle essentiel pour l’Union Européenne.

    Les écarts se creusent entre l’Union et le Maghreb

    Au cours de cette réunion j’ai été impressionné par la description qu’ont faite mes collègues des difficultés que traversent actuellement les pays du Sud de la Méditerranée. Les écarts de richesse entre les deux rives de notre mer commune, déjà considérables, s’accroissent. Les 102 millions d’habitants des 5 pays du Sud de la Méditerranée représentent un peu moins du quart de la population de l’Union mais leur PIB cumulé est 60 fois moins élevé que celui de l’Union. Autrement dit la richesse produite par habitant y est 13 fois plus faible qu’en Europe. Et même si on corrige cette différence des niveaux des prix, qui sont nettement plus bas de l’autre côté de la Méditerranée, l’écart des niveaux de vie reste encore quasiment de un à cinq.

    Et surtout, le mouvement de rattrapage qu’on avait pu observer jusqu’au milieu des années 2000 s’est inversé depuis : en 2005, le niveau de vie moyen des habitants des 5 pays du Sud de la Méditerranée était 3 fois plus faible que celui des Européens, aujourd’hui il l’est presque 5 fois plus.

    Une démographie dynamique

    Cette stagnation des niveaux de vie n’est pas simplement liée aux difficultés des économies du Sud de la Méditerranée, elle est due aussi aux dynamiques démographiques : entre 1990 et 2019, la population des 5 pays du Maghreb s’est en effet accrue de 57 % quand celle de l’Union ne progressait que de 6%. La croissance des économies a eu du mal à suivre ce rythme.

    De plus, ces chiffres se rapportent à l’année 2019. En 2020, la pandémie de COVID-19 a profondément affecté les économies du Maroc ou de la Tunisie, qui dépendent beaucoup du tourisme, de la sous-traitance automobile ou encore du textile. Tandis que la baisse du prix et des volumes des ventes d’hydrocarbures frappe durement celle de l’Algérie. Et tous les pays de la région souffrent de la forte diminution des transferts en provenance de leurs émigrés présents en Europe du fait de la crise.

    « La Covid-19 s’est jouée des notions de Nord et de Sud : les pays les plus touchés au Nord sont au Sud de l’Europe, et les plus touchés au Sud sont au Nord de l’Afrique ». Nasser Bourita, ministre marocain des Affaires Etrangères

    Comme l’a indiqué justement mon collègue, Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères du Maroc, au cours de notre rencontre : « la Covid-19 a durement frappé la Méditerranée occidentale. Elle s’est jouée des notions de Nord et de Sud : les pays les plus touchés au Nord sont au Sud de l’Europe, et les plus touchés au Sud sont au Nord de l’Afrique ».

    Tant que le niveau de vie stagnera au Sud de la Méditerranée et que l’écart se creusera entre ses deux rives, il sera difficile d’éviter le développement de l’instabilité politique et sociale sur l’autre rive et les mouvements migratoires vers l’Europe. Il est donc dans l’intérêt des Européens de contribuer activement à inverser cette tendance, dans le respect bien entendu de la souveraineté de chacun.

    « Les profondes difficultés de cette région tiennent en particulier au « non Maghreb ». Celui-ci reste en effet l’une des régions les moins intégrées en termes économiques. »

    Les causes de ces profondes difficultés sont nombreuses. Elles tiennent néanmoins pour une part importante au « non Maghreb ». Cette région reste en effet l’une des moins intégrées au monde en termes économiques : les échanges entre les pays du Maghreb sont estimés à un quart de leur potentiel. En 2012, nous avions proposé un large éventail de mesures pour favoriser cette intégration régionale et encourager une coopération plus étroite avec l’UE.

    Les conflits persistent

    Huit ans plus tard, les relations bilatérales certes ont gagné en maturité et la coopération s’est étendue à des questions essentielles comme le changement climatique. Néanmoins, les efforts déployés n’ont eu que des effets limités. Les conflits persistants et les intérêts divergents entre les pays de la région ont prévalu sur les efforts de coopération en vue de résoudre des difficultés communes. Cela n’a pas permis en particulier de répondre aux attentes d’une population jeune et éduquée en pleine croissance.

    Pour ne rien arranger, les relations commerciales avec l’Europe ne se sont pas développées. Elles ont au contraire sensiblement décliné depuis la fin de la décennie 2000. Aujourd’hui le commerce extérieur avec ces pays ne représente que de l’ordre de 3 % du total des échanges de l’Union. Les exportations de l’Union vers le Maghreb pèsent 8 fois moins par exemple que celles vers les Etats Unis.

    Une dynamique à inverser d’urgence

    Il nous faudra impérativement réussir à inverser ensemble cette dynamique pour faire en sorte que la sortie de la crise du COVID-19 soit à la fois numérique, écologique et équitable des deux côtés de la Méditerranée. Notre coopération avec le Maghreb se développe dans un contexte international de plus en plus incertain – voire conflictuel: relocalisations et souveraineté économique sont désormais devenus des thèmes dominants dans le monde entier.

    « L’Europe n’a pas l’intention de se replier sur son pré-carré. Notre volonté de reconquérir une plus grande souveraineté économique peut être une chance pour le Maghreb. »

    Mais notre volonté de reconquérir une plus grande souveraineté économique pour l’Europe peut être un atout pour le développement du Maghreb. L’Europe n’a pas l’intention en effet de se replier sur son pré-carré : il s’agit de produire des richesses en lien étroit avec nos voisins immédiats pour tirer profit de nos complémentarités et améliorer ensemble notre niveau de vie et le nombre de nos emplois. Il reste cependant encore beaucoup à faire, notamment en termes de réformes politiques et économiques, pour réussir à attirer les investisseurs étrangers dans les pays du Maghreb.

    Une instabilité politique et sécuritaire croissante

    Ces difficultés économiques et sociales persistantes sont allées de pair avec une instabilité politique qui s’est traduite en particulier par les affrontements internes en Libye et le déploiement du terrorisme islamique dans tout le Sahel. Cela a amené l’Union à développer sa coopération avec la région en matière de sécurité.

    L’Algérie la Tunisie et le Maroc participent à plusieurs programmes européens en matière de lutte contre le terrorisme. La coopération se poursuit aussi en matière de lutte contre la criminalité organisée. Aux côtés des pays de la région, l’Union participe enfin activement au processus de Berlin pour la Libye, piloté par les Nations unies, pour rétablir la paix et la stabilité en Libye. En mars dernier, l’UE a ainsi lancé l’opération Irini pour contribuer à faire respecter l’embargo sur les armes, décidé par les Nations unies, mais aussi pour combattre la contrebande et le trafic d’êtres humains.

    « Il y a lieu de se réjouir des derniers développements en Libye : grâce notamment aux efforts des pays du Maghreb, la voie de la négociation semble prévaloir. »

    Il y a lieu de se réjouir des derniers développements en Libye : grâce notamment aux efforts des pays du Maghreb, la voie de la négociation semble prévaloir. Elle l’emportera si les Libyens parviennent à trouver par eux-mêmes des solutions. Les Nations Unies et l’Union européenne apporteront tout le soutien nécessaire à leurs efforts de compromis. Nous avons évidemment bien conscience cependant que ces défis sécuritaires ne pourront être relevés dans le long terme que si on s’attaque en même temps à leurs causes structurelles à travers de profondes réformes politiques et socio-économiques.

    Les migrations doivent se faire de façon ordonnée

    Nos sociétés et nos peuples sont étroitement liés, des millions de citoyens des pays du Maghreb vivent légalement dans les pays de l’Union Européenne. Ces pays sont confrontés également de pressions migratoires venant de pays d’Afrique subsaharienne. Nous devons renforcer davantage notre coopération avec les pays d’origine et de transit pour assurer que ces mouvements migratoires se fassent de façon ordonnée. C’est le but des dialogues migratoires que nous chercherons à développer avec les pays du Maghreb, en s’appuyant sur les coopération solides qui existent déjà dans ce domaine.

    Cette réunion informelle m’a permis de mieux cerner les graves difficultés que traversent actuellement nos voisins du Sud de la Méditerranée et les énormes enjeux liés au développement de nos relations. Elle ne constituait cependant qu’une première étape avant une autre échéance importante : le Forum Régional de l’Union pour la Méditerranée qui se tiendra le 27 novembre prochain.

    Le 27 novembre : les 25 ans du processus de Barcelone

    Avec nos partenaires de l’ensemble du pourtour méditerranéen cette fois, nous dresserons le bilan de 25 années du processus de coopération régionale dit de Barcelone. A cette occasion, l’Union confirmera sa détermination à faire de la Méditerranée une région plus sûre, plus prospère et plus stable. J’ai pleinement conscience que les actions menées en ce sens depuis un quart de siècle n’ont eu que des résultats limités et que la tâche s’annonce particulièrement rude pour les mois qui viennent…

    Source : EEAS, 27 oct 2020

    Tags : Mediterranée, Union Europea, UE, Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Egypte, Union pour le Méditerranée, UpM, Processus de Barcelone,

  • Carte des Berbères au Maroc, Algérie, Tunisie, Libye et Mali

    Les Berbères revendiquent une présence au Maghreb vieille de plus de cinq mille ans. Leur communauté s’étend sur près de cinq millions de kilomètres carrés, de la frontière égypto-libyenne à l’Atlantique et des côtes méditerranéennes au Niger, au Mali et au Burkina.

    Leur culture, leur identité et leurs droits ont longtemps été méprisés, leurs revendications étant assimilées d’abord au « parti colonial », puis plus tard interprétées comme sécessionnistes.

    Mais l’on assiste à une renaissance du mouvement berbère, notamment au Maroc, où un tiers de la population parle le Tamazight, langue berbère.

    Sources : L’Etat du Maghreb, La Découverte, Paris, 1991 ; Abdallah Laraoui,

    L’Histoire du Maghreb, Ed. François Maspéro, Paris, 1970 ;

    Encyclopédie berbère, Edisud, Aix-en-Provence, 1992 ;

    Géographie du Maroc, Hatier, Paris, 1967 ;

    Les Kabyles : éléments pour la compréhension de l’identité berbère en Algérie,

    Groupement pour les droits des minorités, Paris, 1992 ;

    Salem Chaker, Berbères d’aujourd’hui, L’Harmattan, Paris, 1989.

    Source : Le Monde diplomatique

    Tags : Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Mali, touaregs, berbères, amazighs, chleuhs,


  • Tensions géostratégiques, sécurité collective et nouvelles conflictualités dans la région sahélienne

    par Abderrahmane Mebtoul*

    Les tensions actuelles à nos frontières interpellent l’Algérie pièce maîtresse de la stabilité de la région, à travers les actions de l’ANP et les différents services de sécurité.

    C’est que les enjeux au Maghreb et au Sahel préfigurent d’importantes reconfigurations géopolitiques et géoéconomiques dans une zone sensible, rentrant dans le cadre de la nouvelle stratégie mondiale, à laquelle l’Algérie ne saurait échapper et d’une manière générale toute l’Afrique. Ces enjeux sont intiment liés aux nouvelles mutations mondiales actuelles qui devraient conduire à de profondes reconfigurations socio-économiques, technologiques mais également sécuritaires. La « sécurité collective », expression dont l’usage s’est développé, dans les années 1930, constitue une tentative de réponse au déchaînement de violence des deux guerres mondiales, du xxe siècle. Intiment quant à la formation à la paix (CP), elle soulève des défis politiques, économiques sécuritaires et notamment la relation entre la formation et la manière dont les parties externes s’engagent dans le règlement des conflits et notamment la relation entre les États, les organisations internationales et les sociétés civiles, mondiale et locales et leurs influences pour une paix durable, fondée sur la dialogue des cultures , la tolérance facteur de stabilité de toute l’Humanité pour un monde solidaire.

    1. Problématique de la sécurité collective au Maghreb et au Sahel

    1.1- Préambule : quelques éclaircissements sur le concept de sécurité collective

    Aux antipodes de la sécurité par l’équilibre des puissances qui avait marqué le système international au xixe siècle, la sécurité collective repose, elle, sur le « déséquilibre des forces. Ce système a d’abord été institutionnalisé, au lendemain de la Grande Guerre, par la Société des Nations (SDN), puis a été repris en 1945 par l’Organisation des Nations unies (ONU). Loin d’avoir donné les résultats que ses promoteurs avaient placés en lui ; il marque néanmoins un tournant dans l’histoire des relations internationales. Une approche globale comme facteur d’adaptation, selon les experts militaires, est nécessaire au nouveau contexte : la cohérence, l’anticipation, l’adaptabilité, la permanence, la « légitimation » et la « résilience ». C’est que les crises internationales ont toujours concerné de nombreux acteurs. Mais traditionnellement, en dehors de l’organisation de sécurité collective à vocation universelle et à compétence générale qu’est l’ONU, leur gestion revenait, avant tout, aux États. Or de nombreux autres acteurs y participent désormais notamment les organisations non gouvernementales et les organisations d’intégration régionale. On le constate, le champ est composé d’une multitude d’acteurs et d’approches qui implique, de facto, un morcellement des actions et une difficulté à avoir un impact significatif sur le terrain. De nombreuses études tentent de catégoriser les principaux acteurs de ces conflictualités émergentes. La plupart d’entre elles opposent les États, dotés de forces armées régulières, à des acteurs non-étatiques, laissant apparaître de nouveaux adversaires. Cette opposition, selon les experts en géostratégie entre États et acteurs non-étatiques, ne semble pas totalement satisfaisante car elle ne reflète pas l’ensemble des systèmes asymétriques. En effet, une typologie des acteurs ne peut se faire qu’en prenant en compte plusieurs critères : les motivations, l’organisation et les modes d’action. De nouvelles conflictualités sont apparues où leurs acteurs se caractérisent souvent par l’illisibilité de leur organisation, l’imprévisibilité de leurs actions multiformes qui privilégient la violence dûment mise en scène par la recherche du sensationnel et de la médiatisation. Grâce aux nouvelles technologies et à leur prolifération non maîtrisée, ces conflictualités sont susceptibles d’utiliser toute la panoplie des capacités actuelles : armement sophistiqué, maîtrise de l’information, diversité des types d’agression (capacité d’exporter une menace n’importe où dans le monde), générant des menaces (cyber-délinquance, cyber-criminalité, etc.) qui mettent en évidence l’insuffisance des systèmes de sûreté ou de substitution dans les sociétés modernes. En effet, les moyens modernes de communication facilitent l’expression libre et la circulation, via les réseaux, des idées les plus extrêmes, dans un but revendicatif, subversif ou prédateur. Elles peuvent atteindre tous les pans de la société : cohésion sociale, légitimité de l’autorité, pertinence du modèle économique, sociétal ou religieux. Ainsi véhiculées, les techniques d’« agression » de toutes natures se propagent, et contribuent d’autant plus à la fragilisation des « cibles » potentielles qu’elles s’appuient souvent sur l’image, support d’émotion et propice aux comparaisons.

    1.2- Le Maghreb face aux mutations géostratégiques mondiales

    Devant privilégier, en premier lieu, ses intérêts stratégiques, partie prenante du dialogue méditerranéen (DM), le Maghreb se doit d’agir en fonction d’un certain nombre de principes et à partir d’une volonté avérée de contribuer à la promotion de la sécurité et de la stabilité dans la région, que ce soit dans le cadre d’une coopération avec l’Otan, en fait avec les USA, ou avec les structures de défense que l’Union européenne entend mettre en place, également avec la Russie et la Chine pour ne citer que les principaux acteurs mondiaux. Les derniers évènements au Sahel, faute d’une coordination, montrent son incapacité à agir sur des évènements majeurs. La fin de la guerre froide marquée par l’effondrement du bloc soviétique et les attentats survenus aux Etats-Unis, le 11 septembre 2001 représentent un tournant capital dans l’histoire contemporaine. Le premier évènement marque la fin d’un monde né un demi- siècle plutôt et la dislocation d’une architecture internationale qui s’est traduite, des décennies durant, par les divisions, les déchirements et les guerres que nous savons. Aujourd’hui, les menaces sur la sécurité ont pour nom terrorisme, prolifération des armes de destruction massive, crises régionales et délitement de certains Etats. Or, les défis collectifs, anciens ou nouveaux, sont une autre source de menace : ils concernent les ressources hydriques, la pauvreté, les épidémies, l’environnement. Ils sont d’ordre local, régional et global. Entre la lointaine et très présente Amérique et la proche et bien lointaine Europe, entre une stratégie globale et hégémonique, qui possède tous les moyens de sa mise en œuvre et de sa projection, et une stratégie à vocation globale qui se construit laborieusement et qui peine à s’autonomiser et à se projeter dans son environnement géopolitique immédiat, quelle attitude adopter et quels choix faire pour le Maghreb ? Interpellée et sollicitée, le Maghreb s’interroge légitimement sur le rôle, la place ou l’intérêt que telle option ou tel cadre lui réserve ou lui offre, qu’il s’agisse du dialogue méditerranéen de l’Otan ou du partenariat euro-méditerranéen, dans sa dimension tant économique que sécuritaire. L’adaptation étant la clef de la survie et le pragmatisme un outil éminemment moderne de gestion des relations avec autrui, le Maghreb devant faire que celui que commandent la raison et ses intérêts. C’est dans ce cadre que doit être placée la stratégie du Maghreb dans le dialogue méditerranéen de l’OTAN. Le cadre défini au sommet de l’Otan de promouvoir le dialogue méditerranéen de l’Otan, au rang de «véritable partenariat», (le même sommet d’Istanbul faisant une offre de coopération à la région du Moyen-Orient élargi qui est adressée aux pays qui le souhaitent, ceux qui sont membres du Conseil de coopération du Golfe étant cités explicitement) ambitionne de contribuer à la sécurité et à la stabilité de la région méditerranà ©enne par le truchement d’un certain nombre d’actions au nombre de cinq qui se veulent complémentaires avec d’autres actions internationales : a.- le renforcement de la dimension politique du dialogue méditerranéen avec l’Otan ; b.- l’appui au processus de réformes de la défense ; c.- la coopération dans le domaine de la sécurité des frontières ; d.- la réalisation de l’interopérabilité ; e- la contribution à la lutte contre le terrorisme.. Face à ces propositions quelle est l’attitude des pays du Maghreb devant consolider l’intégration maghrébine pour devenir une entité économique fiable au moment de la consolidation des grands ensembles ? Les menaces qui pèsent sur les peuples et leurs Etats et les défis collectifs qui leur sont lancés doivent amener les pays du Maghreb à se doter d’une politique extérieure globale des enjeux, des problèmes et des crises que connaît le monde et à déployer ses capacités, ses moyens et son savoir-faire dans une logique de juste et fécond équilibre. Le dialogue et la concertation entre les peuples et entre les acteurs sont la clef et en même temps la meilleure des garanties pour instaurer la paix et la stabilité, de manière juste et durable. C’est sur cette base, me semble-t-il, que les pays du Maghreb doivent s’engager dans le dialogue méditerranéen de l’Otan et dans d’autres initiatives régionales ou sous-régionales notamment européennes. Car face à l’Otan, existe une volonté politique de l’Union européenne d’avoir une stratégie de défense et de sécurité qui concerne le Maghreb. Sur le plan militaire et géostratégique c’est à travers les activités du groupe dit des «5+5» que peut être apprécié, aujourd’hui, la réalité d’une telle évolution. C’est que la lecture que font les Européens des menaces et défis auxquels le monde et notre région sont confrontés repose essentiellement sur la nécessité de développer, ensemble, une stratégie de riposte collective et efficace concernant notamment le terrorisme international, le trafic des êtres humains et la criminalité organisée à travers la drogue et le blanchissement d’argent. Pour le cas du Maroc, de la Tunisie et de l’Algérie qui ont (qui a signé) l’Accord de libre échange avec l’Europe, en matière de défense et de sécurité, des consultations relatives à la mise en place d’un dialogue entre le Maghreb et l’Union européenne ont lieu sous forme de consultations informelles et de réunions formelles. Mais il serait souhaitable des clarifications portant sur deux questions jugées fondamentales : la valeur ajoutée de cette offre de dialogue par rapport au dialogue méditerranéen de l’OTAN et la coopération de lutte contre le terrorisme avec l’UE dans le cadre de la PESD. – D’une manière générale et au vu de ce qui se passe au Sahel, il y a urgence pour l’Algérie et le Maghreb d’une stratégie d’adaptation. Pour ma part lors d’un déplacement aux USA lors d’une rencontre avec un grand responsable au département du Trésor US à Washington, j’avais émis cette hypothèse naïvement que l’Algérie et le Maghreb devaient tirer profit des divergences entre la France et les Etats-Unis d’Amérique. Il m’avait répondu clairement : «il n’y a parfois que des divergences tactiques de court terme mais aucune divergence stratégique entre les Etats-Unis d’Amérique et la France et plus globalement avec l’Europe». J’en ai tiré la leçon afin de comprendre les enjeux géostratégiques alors que certains veuillent encore opposer les USA à la France sur le dossier du Sahel et notamment du Mali, se croyant encore aux années 1960/1970 de la confrontation des blocs. Il est entendu qu’à la fin de toute guerre ce sera la diplomatie qui prendra la relève.

    1.3.-La problématique sécuritaire au Sahel

    La situation actuelle au Sahel pose la problématique de la sécurité de l’Algérie et fondamentalement l’urgence d’une coordination régionale notamment l’intégration de la sphère informelle qui dépasse les % de la superficie économique posant la problématique de l’intégration du Maghreb (plus globalement de l’Afrique du Nord) (2) pont entre l’Europe et l’Afrique afin de faire de cette zone une région tampon de prospérité. Le terrorisme menace planétaire, se nourrit fondamentalement de la misère, en se livrant au trafic de tous genres, rançons, drogue, armes, etc. Le Maghreb, pour peu que les dirigeants dépassent leurs visions étroites d’une autre époque, a toutes les potentialités pour devenir une grande puissance régionale avec une influence tant économique que militaire, dans la mesure où en ce XXIème siècle l’ère des micros Etats étant révolue et que la puissance militaire est déterminée par la puissance économique. Pour cela, des stratégies d’adaptation au nouveau monde pour le Maghreb sont nécessaires, étant multiples, nationales, régionales ou globales mettant en compétition/confrontation des acteurs de dimensions et de puissances différentes et inégales. Face aux menaces communes et aux défis lancés à la société des nations et à celles des hommes, les stratégies de riposte doivent être collectives. Cependant, dès lors qu’elles émanent d’acteurs majeurs et de premier plan, elles s’inscrivent dans une perspective globale et cachent mal des velléités car évoluant dans un environnement géopolitique régional que des acteurs majeurs façonnent, aujourd’hui, à partir de leurs intérêts et des préoccupations stratégiques qui leurs sont propres. Cette région est l’objet de toutes les convoitises (notamment USA via Europe / Chine) car incluse dans une sous-région qui n’en finit pas de vouloir se construire. Le continent Afrique est un enjeu géostratégique majeur au XXIème siècle avec plus de 25% de la population mondiale, avec d’importantes ressources non exploitées, sous réserve d’une meilleure gouvernance et d’intégration sous régionales à l’horizon 2030 l’axe de la dynamisation de la croissance de l’économie mondiale devant se déplacer de l’Asie vers l’Afrique, expliquant en partie les tensions actuelles (3). Le Maghreb, sous segment de ce continent, est appelé de se déterminer par rapport à des questions cruciales et de relever des défis dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils dépassent en importance et en ampleur les défis qu’il a eu à relever jusqu’à présent. Pour l’Algérie, les puissances occidentales reconnaissent que rien ne peut se faire durablement sans l’Algérie par sa position géographique, étant, par ailleurs, une grande puissance militaire régionale. D’autant plus que ce conflit peut avoir des répercussions sur toute la région Europe/Afrique via le Maghreb, que sur la sécurité intérieure de l’Algérie, notamment toute la zone Sud où sont concentrés les principaux gisements pétroliers et gaziers sans compter que bon nombre de familles, notamment Touaregs du Sud ont des liens étroits souvent familiaux avec les familles au niveau du Sahel et notamment au Mali.

    2.- Face aux mutations géostratégiques, axes directeurs pour la construction de la paix mondiale

    2.1- Quelques éclaircissements sur le concept de CP

    La Construction pour la paix (CP) est un champ qui se développe rapidement et dont la valeur ajoutée est reconnue au niveau des institutions internationales, des Etats, de la société civile. Comme tout autre type de formation, la formation à la paix soulève de nombreuses questions auxquelles nous nous devons de répondre, afin de garantir sa qualité Les défis politiques touchent à la relation entre la formation et la manière dont les parties externes s’engagent dans le règlement des conflits. Cela inclut leurs objectifs et leurs programmes. Les défis politiques comprennent également la relation entre les États, les organisations internationales et les sociétés civiles mondiale et locales et leur influence sur la formation. Il convient également de mentionner les défis politiques inhérents au processus d’apprentissage lui-même.

    Les défis politiques sont très étroitement liés au débat sur l’objectif de la form ation à la paix, qui est de préparer des individus à avoir une influence positive sur le conflit. Les différents acteurs ont des points de vue disparates quant à la manière de réaliser cela le plus efficacement possible. Par conséquent, il existe parfois une tension entre, d’une part, les processus de paix traditionnels menés par les États (la diplomatie officielle) et par l’armée et d’autre part, les processus engagés par des civils, qui résultent de traditions telles que la non-violence active et le dialogue à la base. Les deux approches luttent chacune à sa façon, pour trouver des solutions aux problèmes contemporains de violence généralisée et de guerre. Dans sa résolution intitulée ‘Projet de programme mondial pour le dialogue entre les civilisations’ (A/56/L.3), l’Assemblée générale présente solennellement ce Programme mondial. Le dialogue entre les civilisations y est décrit comme un processus engagé entre les civilisations et en leur sein, fondé sur l’inclusion et le désir collectif de tirer enseignement d’hypothèses, de mettre en évidence les valeurs communes essentielles et d’y intégrer diverses perspectives. Au nombre des objectifs du dialogue énoncés dans le programme, figurent notamment la recherche de terrains d’entente entre les civilisations afin de relever les défis qui menacent les valeurs communes, les droits de l’Homme et les acquis de l’Humanité dans divers domaines. Le dialogue entre les civilisations, est-il indiqué dans le Programme, peut contribuer à des progrès dans différents domaines dont la promotion du renforcement de la confiance aux échelons local, national, régional et international. Il est également précisé que la participation à ce dialogue doit inclure des membres de toutes les civilisations. Le programme d’action invite les Etats, le système des Nations unies et les organisations internationales et régionales ainsi que la société civile à mettre en œuvre, notamment des programmes visant à développer le dialogue et la compréhension et à bannir l’intolérance, la violence et le racisme entre les peuples, en particulier les jeunes. Il invite également les gouvernements, les organismes de financement, les organismes de la société civile et le secteur privé à mobiliser les ressources nécessaires à la promotion du dialogue entre les civilisations en contribuant, notamment au Fonds d’affectation spéciale créé à cette fin par le Secrétaire général en 1999. C’est que les conflictualités du monde contemporain et la solution finale, la Paix, ne sont pas seulement économiques ou sécuritaires, mais également et surtout ont, pour essence, une profonde crise morale devant se fonder sur une profonde rénovation de la perception du monde. Depuis que le monde est monde nos sociétés vivent d’utopie. Comme le dit l’adage populaire « l’espoir fait vivre.» D’ailleurs, au niveau des sociétés, nous assistons à une pièce de théâtre où chacun a un rôle déterminé, les pouvoirs en place avec leurs cours et leurs discours contribuant à cette utopie. Les guerres et les révoltes sociales en sont le contrepoids. Les messages de paix, de tolérance fondés sur le dialogue productif, tant au niveau planétaire qu’au sein des sociétés, sont-ils des messages d’utopie ou seront-ils concrétisés dans un avenir proche pour éviter, par exemple, que la religion ne soit utilisée à des fins de tension entre le monde musulman et l’Occident, comme arme de guerre fratricide ? C’est que les guerres de religion ont fait recette – rappelons les guerres entre catholiques et protestants, la persécution des juifs – et l’on a pu, paradoxalement, utiliser ces termes antinomiques de « guerre sainte », alors que les livres saints ont pour fondement tolérance et respect d’autrui. Or, depuis de longues années, je suis convaincu, avec de nombreux intellectuels de différentes sensibilités et nationalités, que la symbiose des apports du monde musulman et de l’Occident par le dialogue des cultures – Islam, Judaïsme et Christianisme étant des religions de tolérance, pour ne citer que ces grandes religions monothéistes -, devant respecter toute croyance de chacun, permettront d’éviter ces chocs de civilisations préjudiciables à l’avenir de l’Humanité. Le renforcement des relations entre le monde musulman et l’Occident, la promotion des synergies culturelles, économiques, politiques sont seules à même d’intensifier une coopération pour un développement durable ente le Nord et le Sud, et ce, afin de faire de notre univers un lac de paix d’où seront bannis l’extrémisme, le terrorisme et la haine, passant par une paix durable au Moyen-Orient, ce berceau des civilisations où les populations juives et arabes partagent une histoire millénaire de cohabitation pacifique.

    2.2-Sociétés civiles et fécondation réciproque des cultures

    Il existe des spécificités sociales nationales dont il convient de tenir compte car elles sont source d’enrichissement mutuel, permettant de communiquer avec des cultures lointaines à travers des réseaux décentralisés auxquels la société civile – intellectuels, diplomates, entrepreneurs, médias grâce au rôle important de l’Internet – doit jouer une fonction stratégique, car les nouvelles relations internationales, fondées sur les relations personnalisées entre chefs d’État, ont de moins en moins d’effets. Ces réseaux doivent favoriser les liens communicationnels, les aires de liberté dans la mesure où les excès du volontarisme collectif inhibent tout esprit de créativité. Dans ce cadre, il y a lieu d’accorder une attention particulière à l’action éducative, car l’homme pensant et créateur devra être à l’avenir le bénéficiaire et l’acteur principal du processus de développement. C’est pourquoi je préconise la création de grands pôles par grands continents (universités et de centres de recherches) loin de tout esprit de domination, comme moyen de fécondation réciproque des cultures, et la concrétisation du dialogue soutenu pour éviter les préjugés et les conflits sources de tensions inutiles.

    Le monde musulman et l’Occident représentent deux régions géographiques présentant une expérience millénaire d’ouverture et d’enrichissements mutuels, tant sur le plan économique que culturel. Certes, nous avons assisté au déclin du monde musulman, notamment sur le plan de la recherche scientifique, alors que par le passé il était pionnier. Pour un devenir commun, il est indispensable que la majorité des dirigeants du monde musulman – qui ont une lourde responsabilité de la situation de misère de leur population faute d’une bonne gouvernance, bien qu’il existe des exceptions, certains pays étant devenus émergents – et l’Occident développent toutes les actions qui peuvent être mises en œuvre pour réaliser des équilibres souhaitables à l’intérieur de cet ensemble, et ce, afin de favoriser six objectifs solidaires.

    Premièrement : l’État de droit et la démocratie politique, en tenant compte des anthropologies culturelles car une société sans sa culture et son histoire est comme un corps sans âme.

    Deuxièmement : l’économie de marché concurrentielle à vocation sociale, loin de tout monopole, qu’il soit public ou privé.

    Troisièmement : la concertation sociale et les échanges culturels par des débats contradictoires.

    Quatrièmement : la mise en œuvre d’affaires communes, en n’oubliant jamais que les entreprises sont mues par la seule logique du profit et que dans la pratique des affaires il n’y a pas de sentiments. Mais l’on doit éviter que la logique du profit ne détruise les liens sociaux, d’où l’importance stratégique de l’État régulateur conciliant les coûts sociaux et les coûts privés.

    Cinquièmement : intégrer l’émigration. Ciment des liens culturels, elle peut être la pierre angulaire de la consolidation de cette coopération et de ce dialogue nécessaire, de ce rapprochement du fait qu’elle recèle d’importantes potentialités cultuelles, économiques et financières. La pro motion des relations entre l’Orient et sa communauté émigrée doit mobiliser à divers stades d’intervention l’initiative de l’ensemble des parties concernées.

    Sixièmement : tout en tenant compte effectivement de sa situation socio-économique, l’Occident doit favoriser la libre circulation des personnes, tout en engageant un véritable co-développement – à ne pas confondre avec l’assistanat – au profit des pays musulmans en retard, tenant compte du nouveau défi écologique qui devrait entraîner des mutations tant économiques que socioculturelles, voire politiques.

    2.2-Un monde cruel et dangereusement déséquilibré

    L’objectif stratégique est de repenser l’actuel système économique mondial, et donc la représentation au niveau des institutions internationales, le système actuel favorisant la bipolarisation Nord/Sud, la pauvreté préjudiciable à l’avenir de l’Humanité avec des poches de pauvreté croissantes même dans les pays développés, un phénomène d’ailleurs accéléré par les gouvernances les plus discutables de la part de certains dirigeants du Sud. La population mondiale s’élève actuellement à 7,6 milliards et devrait atteindre 8,6 milliards en 2030, 9,8 milliards en 2050 et 11,2 milliards en 2100, selon un récent rapport des Nations unies. Or, sur plus de 7 milliards d’âmes, les 2/3 sont concentrées au sein de la zone Sud avec moins de 30 % des richesses mondiales : en ce début du XXIe siècle, des disparités de niveau de vie criantes font de notre planète un monde particulièrement cruel et dangereusement déséquilibré. L’abondance et l’opulence y côtoient d’une manière absolument insupportable la pauvreté et le dénuement. Le revenu moyen des 20 pays les plus riches est 37 fois plus élevé que celui des 20 pays les plus pauvres, situés en Afrique sub-saharienne, en Asie du Sud et en Amérique Latine. Quand on sait que, dans les 25 prochaines années, la population mondiale augmentera de 2 milliards d’individus – dont 1,94 milliard pour les seuls pays en voie de développement – on peut imaginer aisément le désastre qui menace cette partie de l’Humanité si rien de décisif n’est entrepris. Faute de relever le défi de lutte contre la pauvreté, le sous-développement d’une grande partie de l’Humanité constituera, au cours des années à venir, une menace pour les pays développés et, d’une manière générale, pour l’ensemble du monde. Pour une paix durable, l’histoire commune nous impose d’entreprendre ensemble. Certes, les relations entre l’Occident et le monde musulman, sont souvent passionnées, surtout récemment avec l’avènement du terrorisme que l’on impute à tort à la religion de tolérance qu’est l’Islam. Espérons que les tensions seront dépassées, dans le cadre des intérêts bien compris de chaque nation, notamment sur le plan sécuritaire, car le terrorisme étant une menace planétaire. Le devenir solidaire conditionne largement la réussite de cette grande entreprise qui interpelle notre conscience commune. Le repli sur soi serait préjudiciable à notre prospérité commune et engendrerait d’inéluctables tensions sociales. Tout cela renvoie à des enjeux géostratégiques de première importance qui concernent l’Humanité, comme une gouvernance rénovée à l’échelle mondiale et concernant l’ensemble des outils et des méthodes de gestion des affaires de la Cité. En effet, avec l’interdépendance accrue de nos sociétés, les nouvelles mutations mondiales – avec l’avènement de la quatrième révolution économique – préfigurent, à l’horizon 2020/2030, un important bouleversement géostratégique avec la montée en puissance des pays de l’Asie, dont la Chine au premier rang. Face à cette fin de l’unilatéralisme et confrontés aux pressions sociales, les gouvernants ne sont-ils pas toujours enclins à inventer un ennemi à combattre ? Dans la nature innée des hommes ne se trouve-t-il pas le penchant vers la tyrannie et l’oppression mutuelle, comme l’a rappelé le grand sociologue maghrébin Ibn Khaldoun? Pourtant, l’histoire commune nous impose d’entreprendre ensemble. Comme le dit l’adage arabe avec une profonde philosophie, « une seule main ne saurait applaudir ». C’est le modeste message de cette contribution.

    2.3.- La philosophie diplomatique et sécuritaire de l’Algérie, éviter les fractures contemporaines

    L’Algérie a toujours été au carrefour des échanges en Méditerranée. De Saint-Augustin à l’Emir Adkeldader, les apports algériens à la spiritualité, à la tolérance et à la culture universelle ne peuvent que nous prédisposer à être attentifs aux fractures contemporaines. L’ère des confrontations n’a eu cours que parce que les extrémismes ont prévalu dans un environnement fait de suspicion et d’exclusion. Connaître l’autre, c’est aller vers lui, c’est le comprendre, mieux le connaître. Évitons toute intolérance où certaines civilisations sont supérieures à d’autres: car, il y a de bonnes et de mauvaises civilisations, où en ce monde interdépendant , nous assistons à la formation de plus en plus étendue d’une civilisation de l’universel qui n’est que la résultante et le fruit des apports et des contributions des différentes civilisations humaines depuis la nuit des temps. Pour terminer je citerai Voltaire « Monsieur je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai de toutes mes forces pour que vous puissiez toujours le dire et Roger Garaudy, « il n’y a de véritable dialogue des civilisations que si chacun est pénétré de cette certitude que l’autre homme, c’est ce qui manque pour être pleinement un homme ».

    *Dr – Professeur des Universités, expert international en management stratégiste :

    Références

    Pr Abderrahmane Mebtoul

    Ministère de la Défense Nationale -Institut Militaire de Documentation, d’Evaluation et de Prospective IMDEP 08/01/2019 Alger Séminaire international « Sécurité collective et nouvelles conflictualités : les défis contemporains de la construction de la paix Intervention du professeur Abderrahmane Mebtoul expert international « Mutations géostratégiques, conflictualités et sécurité collective au Maghreb et au Sahel ».

    Contribution du professeur Abderrahmane Mebtoul- Institut Français des Relations Internationales – IFRI- « La coopération Europe/Maghreb face aux enjeux géostratégiques 55 pages 04 avril 2011 » et du même auteur « la problématique de la sphère informelle au Maghreb (IFRI 28 pages 03 décembre 2013). L’Afrique, le Maghreb face aux enjeux des flux migratoires » site Afrik Press Paris France deux parties 24/27 juin 2018

    4.- Sur les mutations géostratégiques militaires, politiques sociales et économiques au niveau du Maghreb et de la région méditerranéenne – voir la Revue IEMed 2017 -Barcelone -Espagne , un important collectif analysant la sécurité, le politique, l’économique, le social et le culturel de la région méditerranéenne auquel a contribué le professeur Abderrahmane Mebtoul sur le thème « impact de la baisse du cours des hydrocarbures sur les équilibres macro-financiers et macro-sociaux de l’économie algérienne : urgence d’une nouvelle politique économique », sous la direction du professeur Senen Florensa, ancien diplomate et ministre espagnol, Président de l’ Annuaire IEMed (516 pages), préfacé par Johannes Hahn Commissaire européen à la Politique de voisinage aux négociations d’élargissement. Ont contribué 51 personnalités internationales (ministres- diplomates- politiques, militaires, économistes , sociologues, historiens-écrivains ) des deux rives de la Méditerranée en huit chapitres interdépendants : 1.-le conflit arabo-israélien revisité -2.-les défis à venir de l’Union européenne -3.-l’avenir de l’Islam 4.-(Dé) Radicalisation et sécurité et leurs effets – sur la région méditerranéenne – 5.-Bilan et partenariat des pays -les pays méditerranéens / Union européenne -Balkans occidentaux -Maghreb -Moyen Orient et Turquie -Les autres acteurs 6.-secteurs stratégiques (sécurité et politique) -7.-Economie et territoire – 8.-Société et culture

    Le Quotidien d’Oran, 20 oct 2020

    Tags : Algérie, Maroc, Sahel, Libye, Mali, France, Barkhane, terrorisme,

  • Algérie : Les exigences d’un avenir apaisé

    Le partenariat algéro-français, aux perspectives prometteuses, a encore du chemin à faire pour se défaire de l’ombre pesante des nostalgiques de l’Eden perdu et du courant extrémiste à l’affût de la moindre opportunité pour tenter de saborder le processus de rapprochement entamé par les présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron. A chaque geste significatif et, plus encore, à chaque avancée démocratique de l’Algérie nouvelle, les prêcheurs du chaos véhiculent le discours de la haine et du racisme à travers une campagne mensongère planifiée et relayée par des relais locaux au service des chancelleries et des agendas étrangers.

    L’Algérie du changement démocratique, enracinée dans le choix populaire souverain, croit aux chances d’une véritable réconciliation portée courageusement par le président Macron, dénonçant le colonialisme qualifié de «crime contre l’humanité» et appelant à la reconnaissance de l’Etat français des massacres du 17 octobre 1961.

    Au moment où l’Algérie nouvelle, engagée dans le choix référendaire, se prépare à célébrer le 59e anniversaire des massacres du 17 octobre, la visite du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, constitue une autre opportunité pour conforter la quête d’un «avenir apaisé», revendiqué par le président Macron et concrètement traduit par la restitution des crânes des 24 résistants algériens qui en appelle, évidemment, d’autres pas pour le rapatriement de la totalité des restes mortuaires de chouhada et la restitution des archives.

    Au cœur du partenariat, la question mémorielle est incontournable pour répondre aux exigences du nouveau monde en pleine mutation, porteur de défis sécuritaires et économiques colossaux. Il est attendu que cette visite participe au renforcement des mécanismes de coopération, particulièrement le Comité intergouvernemental de haut niveau alégro-français, dans un marché compétitif.

    L’Algérie des réformes intéresse de nombreux partenaires internationaux séduits par les opportunités offertes par la nouvelle économie. Et, il est question également de consolider le processus de consultation sur les questions régionales et internationales, imposé par les bouleversements, constatés notamment au Mali et en Libye.

    La multiplication des échanges téléphoniques entre Tebboune et Macron attestent du niveau de concertation qui existe entre les deux pays «Nos deux pays ont besoin l’un de l’autre», a affirmé Le Drian à l’issue de l’audience accordée par le président de la République.

    Sud-Horizons, 16 oct 2020

    Tags : Algérie, constitution, référendum, France, Mali, Libye,

  • Le Maroc agacé par les efforts diplomatiques de l’Algérie au Mali et en Libye

    Dans une interview accordée par le ministre marocain des Affaires étrangères et de la Coopération africaine, Nasser Bourita, au journal italien «La Republica», il a déclaré que lors des consultations qui ont eu lieu dans la ville de Bouznika, il a appelé les Libyens à «ne pas gaspiller leur énergie à trouver d’autres médiateurs »pour poursuivre le dialogue de réconciliation.

    La déclaration du responsable marocain semble normale sans la coïncidence et les reportages des médias marocains proches du palais royal, à travers lequel ils ont attaqué l’Algérie, sur la base de certaines positions exprimées par de hauts responsables de l’Etat concernant la situation au Mali, et la volonté de l’Algérie de recevoir les parties libyennes en cause à rechercher des solutions à la crise dans le pays voisin oriental.

    Bien que le ministre des Affaires étrangères du Makhzen n’ait pas nommé à qui était destiné cette déclaration, de nombreux observateurs et ce que la presse marocaine a écrit il y a quelques jours et jusqu’à lundi, ont lu les propos de Bourita qu’il s’adressait à l’Algérie, compte tenu de ses appels répétés pour les parties à la crise en Libye à une réunion autour de la table de dialogue en Algérie.

    Les médias marocains ont considéré la récente déclaration du président Abdelmadjid Tebboune, dans laquelle il disait que «la seule solution à la crise libyenne réside dans les élections législatives auxquelles tout le peuple libyen doit participer», comme une critique des résultats des séances de dialogue entre Les Libyens de la ville marocaine de Bouznika, malgré cette position algérienne, comme cela a été annoncé au début de cette année, immédiatement après la conférence de Berlin, et avant que les Libyens ne se réunissent à Bouznika, au Maroc.

    Parmi les problèmes qui ont également dérangé le système makhzen, il y avait la déclaration du président Tebboune dans laquelle il a déclaré: «Il n’y a aucun pays au monde qui connaisse le Mali comme l’Algérie, en raison du voisinage que nous avons, et parce que l’Algérie a toujours été présente au Mali avant que quiconque n’ait entendu parler de l’existence de l’Etat malien ».

    Mais ces cercles mal avisés ont affirmé que cette déclaration était dirigée contre le voisin occidental de l’Algérie.

    Le président Tebboune a fustigé les parties non identifiées lorsqu’il a déclaré qu ‘«un pays qui ne partage pas de frontières avec le Mali a éclipsé le rôle de l’Algérie après l’accord qui a été signé à Alger dans le passé concernant la réintégration du nord du Mali avec son sud», un accord qui était parrainé et béni par les Nations Unies.

    Tout le monde se souvient que le Makhzen marocain n’a pas digéré l’invitation de l’Algérie à participer à la conférence de Berlin sur la crise libyenne au début de cette année, et son exclusion de ce sommet, où le Makhzen s’est empressé de faire circuler une déclaration dans laquelle il a attaqué la chancelière allemande Angela Merkel, et a défendu sa présence à cette réunion, sous prétexte qu’elle avait accueilli la conférence de Skhirat.

    L’agacement marocain cache un complexe appelé Sahara occidental, et pour cette raison, le Makhzen tente de perturber les efforts diplomatiques entrepris par l’Algérie, en particulier dans les deux pays voisins, le Mali et la Libye surtout après la visite qui a conduit le ministre des Affaires étrangères Sabri Boukadoum au Mali après la dernière Le coup d’État militaire d’août qui a évincé l’ancien président Ibrahim Abubakar Keita, et le ministre des Affaires étrangères du Makhzen se sont également rendus à Bamako, dans une course diplomatique, même si le Maroc n’a pas de frontières avec le Mali.

    Echourouk ONline, 13 oct 2020

    Tags : Maroc, Algérie, Mali, Libye, diplomatie,