Tag: gilets jaunes

  • France : Pas de trêve pour Macron


    Les Français recourent à nouveau à des mobilisations massives pour tenter d’arrêter les hausses d’impôts ou rejeter les réformes législatives.

    Des protestations des « gilets jaunes »’ aux récentes manifestations contre la loi globale sur la sécurité, en passant par les grèves des transports et les mobilisations contre la réforme des retraites, la rue n’a pas donné de répit au président français, Emmanuel Macron, dans les trois ans et sept mois qu’il a passés à l’Elysée.

    À l’automne 2018 et une bonne partie de 2019, le mouvement des « gilets jaunes »’ a mis le gouvernement en échec avec ses manifestations, pour la plupart très violentes. Ce mouvement social sans structure, sans idéologie claire et sans dirigeants, organisé à travers les réseaux sociaux, est né dans les ronds-points de la France rurale, s’est répandu dans tout le pays et a mis le feu aux Champs-Elysées à Paris avec ses concentrations.

    Les « gilets jaunes » – baptisés ainsi parce que les manifestants protestaient avec ces vêtements fluorescents qu’il est obligatoire de porter à l’intérieur de la voiture et à porter en cas d’accident de la circulation – incarnaient l’épuisement des classes moyennes appauvries face aux mesures imposées par les élites de Paris. Ils ont rassemblé 287000 personnes dans toute la France le 17 novembre 2018, date de la première grande manifestation contre la hausse des prix des carburants.

    Macron, soumis semaine après semaine à la pression de la rue, a fini par céder aux «gilets jaunes» et suspendu la hausse de la taxe sur le carburant. Cependant, le mouvement a continué, avec plus ou moins d’intensité, avec ses protestations jusqu’à ce qu’il s’essouffle.

    Un an après cette révolte, les rues ont de nouveau défié Macron avec des grèves dans les transports publics et des manifestations contre la réforme des retraites à travers le pays. Les syndicats se sont mobilisés. Plus de 800000 personnes ont réclamé le 5 décembre 2019 le retrait de la modification controversée des conditions de retraite.

    Lors de cette mobilisation, la France a battu son record avec 51 jours consécutifs de grève dans les transports publics, la plus longue grève depuis mai 68.

    Macron a été contraint par la crise sanitaire du Covid-19 de reporter sine die la réforme des retraites, approuvée en mars en première lecture par l’Assemblée nationale treize jours avant le premier verrouillage du coronavirus, mais le projet n’est pas enterré .

    Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a déclaré il y a quelques jours que c’était “une priorité absolue”. Mais Macron ne le remettra pas sur la table tant que la crise sanitaire ne sera pas terminée, selon la chaîne de télévision BFMTV. Reste à savoir s’il pourra le passer avant les élections présidentielles de 2022 ou s’il sortira à nouveau dans la rue et sera contraint de le retirer.

    Réforme des retraites

    Le gouvernement veut mettre fin au système de retraite complexe en France, en fusionnant les 42 régimes actuels en un seul. Il vise à établir un système universel dans lequel, pour chaque euro coté, vous avez droit à la même pension.

    Macron cherche ainsi à mettre fin aux régimes particuliers qui permettent, par exemple, aux travailleurs de la compagnie ferroviaire SNCF et du métro parisien, de prendre leur retraite plus tôt ou dans de meilleures conditions que les autres travailleurs français. Pour cette raison, ces salariés sont ceux qui se sont le plus mobilisés l’an dernier contre la réforme.

    Les citoyens sont retournés dans la rue cet automne pour protester cette fois contre le projet de loi sur la sécurité mondiale. La «marche des libertés» a mobilisé le 28 novembre dans toute la France 500 000 personnes, selon les organisateurs, soit 133 000 personnes, selon le ministère de l’Intérieur. Il y a eu de violents affrontements entre la police et les manifestants.

    Ses organisateurs demandent le retrait du projet de loi, notamment l’article 24, qui prévoit de limiter la diffusion d’images de policiers et de gendarmes dans l’exercice de leurs fonctions. Ses détracteurs estiment qu’il favorisera l’impunité et limitera la liberté de la presse.

    Le texte sera examiné en janvier par le Sénat. Les partis qui composent la majorité parlementaire à l’Assemblée nationale ont proposé de réécrire l’article 24 à son retour à la chambre basse, compte tenu du rejet qu’il a suscité dans une grande partie de la société française.

    La violence obscurcit la manifestation contre la loi sur la sécurité mondiale
    Les Français sont revenus dans la rue hier pour protester dans 90 villes contre le projet de loi sur la sécurité mondiale, une norme qui, selon eux, favorisera l’impunité de la police et limitera la liberté de la presse.

    A Paris, la violence a assombri la manifestation, avec des affrontements entre la police et les manifestants les plus radicaux. Selon la chaîne de télévision BFMTV, entre 400 et 500 personnes violentes se sont infiltrées dans la manifestation parisienne pour la faire exploser. Les «black blocs» ont tiré des projectiles sur les agents de sécurité, dressé des barricades et provoqué des destructions le long de l’avenue Gambetta: incendies de voitures et de motos, brisant du mobilier urbain et brisant des vitrines. Ils ont également organisé des altercations sur la Plaza de la República. Les forces de l’ordre ont répondu par des accusations de police et ont tiré des gaz lacrymogènes pour tenter de disperser les manifestants les plus violents. Enfin, une trentaine de personnes ont été arrêtées dans la capitale.

    «Stop à la loi sur la sécurité mondiale», «Sécurité mondiale = insécurité totale», «Impunité policière» et «Macron laisse la reconnaissance faciale aux Chinois», lisent certaines des banderoles portées par les manifestants à Paris. La marche exigeait la démission du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et du préfet de la police parisienne, Didier Lallement, en plus du retrait total du projet de loi, et pas seulement de l’article 24 controversé.

    «C’est une loi qui restreint vraiment nos libertés. Nous n’allons pas pouvoir enregistrer les forces de l’ordre ou diffuser les images », a expliqué Tiphaine, qui portait une banderole qui disait« Impunité, fraternité, état policier ». Cette jeune femme considère qu’il est important que les journalistes et les citoyens puissent enregistrer les policiers afin de documenter les violences policières.

    El Norte de Castilla, 5 déc 2020

    Tags : France, gilets jaunes, sécurité globale, impôts, Macron,

  • Les Gilets Jaunes, le Hirak et l’enjeu de la démocratie

    par Kamal Guerroua


    Patrick est un Gilet Jaune ! C’est un gars hors pair avec une faconde inhabituelle. Il aime discuter de tout et de rien. Et entre deux verres, il peut raconter tout un tas d’anecdotes, jusqu’au point que l’on s’imagine qu’il en invente certaines. Parisien de naissance, aucune ville française ne lui est étrangère, tellement la passion du voyage est ancrée dans son esprit. Méditerranéen de culture (d’après sa définition), il s’intéresse à tout ce qui se passe au Maghreb, en particulier l’Algérie, dont il y voit de l’espoir. Il me disait, un tantinet moqueur, que l’homme méditerranéen a deux traits profonds, intimement liés l’un à l’autre : la passion d’abord, puis ensuite la familiarité avec la révolte. Partout où il est, la fumée lacrymogène et la casse y sont ! La dernière fois que l’on s’est vus, c’était en juillet 2019 à Marseille. La ville phocéenne était alors parée de ses plus beaux atours pour organiser un festival culturel sur le livre. »Les Algériens, m’explique-t-il avec un brin de malice brillant au coin des yeux, nous ont enseigné les fondamentaux des révolutions réussies !» «Mais lesquels ?» lui dis-je curieux. «Tout d’abord, l’unité dans l’action, et puis le fait qu’on peut faire une révolution, sans passer forcément par la case lacrymale et la violence, deux choses typiques des révoltes populaires. C’est déjà un exploit pour tous les peuples des deux rives de la mare nostra».

    En prononçant ce mot «violence», Patrick a regardé dans le vide, puis l’a répété, pas une fois, mais trois. Pour lui, les choses auraient pu dégénérer en Algérie, si les manifestants n’avaient pas fait montre d’une grande maîtrise de leurs réflexes, et surtout d’une constance dans leur démarche. C’est d’ailleurs, d’après lui toujours, l’erreur que les Gilets Jaunes ont commise en Hexagone. Ces derniers sont entrés directement, pour la plupart, dans le jeu des politiques, en optant pour la force «médiatisée» à outrance afin de faire valoir leurs droits qui sont d’ordre économique. «Et quand on adopte la violence ou la tactique du camp adverse qui essaie de vaincre, dominer et manipuler par la diversion et la force, on tombe forcément dans son labyrinthe». L’exemple algérien, m’explique-t-il, est singulier dans la mesure où la masse populaire avait agi en force symbolique unie dans sa diversité, c’est-à-dire en contrepoids démocratique alternatif dans un rapport de forces complexe contre à la fois des forces anticonstitutionnelles corrompues et des clans satellitaires et larbins courant derrière les dividendes de la rente. En outre, le Hirak avait un fort ancrage dans l’Algérie profonde, ce qui lui a permis de gagner en longévité et en maturité au fil des mois, sans qu’il ne fléchisse devant les tentatives de sa déstabilisation psychologique. «Et tu penses que le mouvement des Gilets Jaunes n’a pas aussi cet ancrage-là ?» «Malheureusement non !» «Mais pourquoi ?» «Parce qu’à la base, c’est un mouvement d’ouvriers salariés, à peine différent des Nuits Debout, que des milliers de Français ont organisées auparavant partout en France !» «C’est-à-dire ?» « C’est simple, quand les Algériens sont sortis, ils n’ont pas demandé d’augmentation de salaires et de pouvoir d’achat, ils n’ont pas demandé de logement ni de l’élévation de leur standard de vie, ni moins encore un dinar qui leur offre des droits aux vacances d’été, mais ils ont demandé une chose, une seule chose qui vaut l’or : la dignité. Or, comme tu le sais mon ami, la dignité, on ne l’achète pas, mais on l’acquiert, on la conquiert, on se l’approprie.

    C’est pourquoi, le régime n’a pas pu acheter ni soudoyer les masses algériennes pour qu’elles cessent de manifester, contrairement au Mouvement des Gilets Jaunes qui s’est divisé dès le départ, scindé en catégories syndicales, appâté par les échéances électorales, en cédant aux demandes pressantes des deux extrêmes (de droite et de gauche) !» «Donc, pour toi, sur le long terme, le Hirak peut vraiment réussir ? Je te pose bien sûr cette question, en tenant compte, du fait que les Algériens vivaient dans un Etat de non-droit. Pas comme les Gilets Jaunes, du moins en principe !» «Le Hirak, c’est un espoir pour l’Algérie, les Algériens et la planète entière pour son message de paix et sa croyance dans le changement pacifique des choses. D’ailleurs, en si peu de temps, il a balisé le terrain pour un autre lendemain, il démantelé symboliquement les réseaux de la tricherie et de la mafiocratie qui se nichent en haut de la pyramide, il a revalorisé l’Algérien touché dans sa dignité et il a exposé à la vindicte médiatique mondiale les faussaires. L’espoir est permis, même si le chemin est encore long pour la conquête du pouvoir effectif.

    Le Quotidien d’Oran, 1 déc 2020

    Tags : Algérie, France, Hirak, Gilets Jaunes,

  • Amateurisme

    François Hollande, à deux ans des prochaines élections présidentielles françaises, continue sa bataille médiatique contre son ancien ministre de l’Économie, devenu depuis président de la République française, Emmanuel Macron.

    Le succès totalement imprévisible du jeune novice en politique a en effet pris de court celui qui malgré des sondages très pessimistes sur ses chances de réélection, envisageait de se présenter une fois encore au suffrage universel en 2017. Depuis une année, après avoir resurgi dans les médias à la faveur de la mobilisation des «gilets jaunes», l’ancien président ne manque jamais une occasion de critiquer l’action du gouvernement et implicitement son ex-ministre.

    Cette semaine, Hollande a profité d’une déclaration de Macron sur l’«ancien monde» et le renouvellement historique de l’échiquier politique français pour appuyer avec insistance sur l’inexpérience du gouvernement en place ainsi que des différents élus de La République En Marche.

    Si François Hollande «ne sait pas» si c’était sa «personne qui était visée», l’ancien président socialiste a tenu à répondre à Emmanuel Macron. «L’amateurisme, cela peut-être une qualité : le sport, le fait de se donner aux autres, de faire en sorte que nous puissions tous être unis…

    D’une certaine façon, c’est bien, a d’abord souligné François Hollande. Mais il y a quand même un certain nombre de domaines où on veut des professionnels, où c’est quand même mieux de savoir qu’il y a des garanties».

    François Hollande a poursuivi, rappelant les fondamentaux : «C’est quand même préférable de savoir de quoi on parle, de savoir ce que représentent les Français et savoir qui ils sont». Avant de conclure, lapidaire : «Ça s’appelle le respect».

    Il a aussi estimé que le régime actuel pouvait «quelques fois être loin des Français» avec des décisions prises «sans les avoir consultés, sans les avoir écoutés». «On ne peut pas non plus accepter que notre démocratie se réduise à des images qu’on a vues depuis deux ans : des violences dans la rue, contre les personnes, contre les biens, a-t-il déploré. Ça, c’est un échec grave de la démocratie quand la colère ne peut pas trouver son expression autrement que par la violence».

    Ainsi, François Hollande intensifie sa campagne contre le président en fonction et semble se positionner pour une possible candidature en 2022. Néanmoins, pour qu’une candidature de sa part fasse sens, il devra non seulement se munir d’un programme attractif pour les Français mais surtout réussir à les convaincre qu’un éventuel nouveau mandat à l’Élysée serait effectivement dans leur intérêt.

    Or, aujourd’hui, comme durant la majorité de son quinquennat, Hollande ne brille pas par sa popularité et seulement 3 % des Français le considèrent comme un présidentiable crédible. Un chiffre qui ne semble toutefois pas atteindre le moral de l’ex-chef d’État qui continue tranquillement sa guéguerre avec le clan Macron, en attendant le moment, s’il se présente, de se lancer dans la course à la présidentielle.

    Le Jour d’Algérie, 16 fév 2020

    Tags : France, Emmanuel Macron, François Hollande, gilets jaunes,

  • Philippe avancera samedi des “propositions concrètes” sur la réforme des retraites

    PARIS (Reuters) – Au terme d’une journée d’échanges avec les partenaires sociaux, Edouard Philippe a salué vendredi des progrès vers un compromis sur la réforme des retraites et annoncé des “propositions concrètes” pour samedi.

    Les discussions, jugées “très constructives” par le Premier ministre, butent toujours sur les modalités financières du système et l’”âge d’équilibre” que l’exécutif maintient dans l’avant-projet de loi contre l’avis des syndicats réformistes.

    Si les syndicats opposés à un système de retraites par points – CGT et FO au premier chef – restent inflexibles, le chef du gouvernement ne déroge pas non plus à sa ligne de fermeté et a réaffirmé sa détermination à présenter un texte en conseil des ministres le 24 janvier pour une adoption avant l’été.

    “Je dirais que ce soir nous avons bien avancé dans la recherche du compromis que nous souhaitons obtenir, c’est donc une journée utile, mais il nous reste du travail”, a dit Edouard Philippe lors d’une brève déclaration à Matignon.

    Il a précisé qu’il rencontrerait vendredi soir Emmanuel Macron et prendrait contact “avec un certain nombre de responsables de la majorité pour évoquer les avancées possibles”.

    “Demain, par écrit, j’adresserai aux organisations syndicales et patronales des propositions concrètes qui pourraient être la base de ce compromis”, a-t-il annoncé.

    Au siège du Conseil économique, social et environnemental (CESE), où il rencontrait les 150 membres de la Convention citoyenne sur le climat, Emmanuel Macron a redit vendredi soir que la philosophie du projet de réforme visait à “consolider” un système par répartition “où c’est les travailleurs qui vont continuer de financer ceux qui sont à la retraite”.

    “Comment on fait alors que de moins en moins d’actifs financent des gens, et c’est très bien, qui vivent de plus en plus vieux ? Soit en disant on doit cotiser davantage, soit on doit travailler un peu plus longtemps, mais moi, je n’assume pas de baisser les retraites”, a-t-il ajouté.

    DÉFENSE ET ILLUSTRATION DE L’”ÂGE D’ÉQUILIBRE”

    Les consultations bilatérales organisées au lendemain d’une nouvelle journée de mobilisation contre le projet gouvernemental visaient à discuter de la méthode et du calendrier d’une “conférence de financement”, idée avancée par la CFDT de Laurent Berger et reprise par le gouvernement.

    Le gouvernement souhaite que la conférence soit organisée en parallèle de l’examen parlementaire du projet de loi et complète ou modifie le texte via des amendements. Le texte sera soumis à partir du 17 février à l’Assemblée nationale.

    L”‘âge d’équilibre” – l’option gouvernementale pour l’équilibre financier du système – figure dans l’avant-projet de loi qui a été communiqué au Conseil d’Etat : il entrera progressivement en vigueur à partir de 2022 pour atteindre 64 ans en 2027, sauf si les partenaires sociaux trouvent une solution alternative d’ici le 1er septembre 2021.

    Un document gouvernemental a été remis vendredi aux partenaires sociaux pour attester de l’efficacité d’un “âge d’équilibre”.

    Cette note chiffre le déficit du régime à 10 milliards d’euros en 2025 et 12 milliards en 2027. Mais l’introduction d’un âge pivot à 64 ans permettrait à l’Etat, selon ces estimations, de réaliser 3 milliards d’euros d’économies en 2022, 5 milliards en 2023, 6,5 milliards en 2024, 9 milliards en 2025, 11 milliards en 2026 et jusqu’à 12 milliards d’euros en 2027.

    Dans le détail, 37% des assurés (“inaptes, invalides, handicapés”) ne seraient pas concernés par l’âge pivot ou seraient concernés par un âge pivot plus bas que le droit commun (carrières longues, pénibilité, métiers régaliens).

    L’âge pivot décalerait l’âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans pour 32% et jouerait “positivement” pour 31% en leur permettant de partir plus tôt que dans le régime actuel.

    Laurent Berger, pour qui cette mesure paramétrique est un casus belli, est resté sourd à ces arguments et a de nouveau exigé vendredi son retrait.

    MARTINEZ PROPOSE DES PISTES FINANCIÈRES

    “On a essayé de dire que la CFDT n’avait jamais été désintéressée sur la question de l’équilibre mais qu’une mesure aveugle et injuste comme celle-ci n’avait pas lieu d’être dans le projet de loi”, a-t-il dit à l’issue de son entretien.

    “On a senti une volonté d’ouverture dans la parole mais encore une fois, tout ça se mesure in fine aux actes”, a-t-il ajouté.

    L’Unsa, autre syndicat réformiste, avait demandé vendredi matin que l’âge pivot soit retiré “dans les prochaines heures”. “Un compromis ne peut se faire qu’à partir du moment où on n’a pas l’épée de Damoclès de l’âge pivot”, a fait valoir son secrétaire général, Laurent Escure.

    Force ouvrière et la CGT ont réaffirmé leur désaccord avec le projet de système universel par points.

    L’intersyndicale CGT-FO-Solidaires-CFE-CGC-FSU a appelé à une manifestation massive samedi avant une nouvelle journée interprofessionnelle le 14 janvier.

    Philippe Martinez, dont le ton trahissait à la sortie de Matignon une forme de désabusement, s’est dit d’accord avec le principe d’une conférence de financement “qui ne soit pas déconnectée de l’examen du projet de loi”.

    Le secrétaire général de la CGT a avancé des pistes : réintégration pour “plusieurs milliards d’euros” de cotisations sociales patronales après un “bilan des exonérations”, “taxation d’un certain nombre de transactions financières”.

    “L’âge pivot c’est un faux problème, une fausse polémique. Il existe déjà!”, a-t-il lancé.

    L’Unsa a proposé pour sa part une taxation des revenus supérieurs à 10.000 euros mensuels et un recours partiel au Fonds de réserve des retraites (FRR), doté fin 2017 de quelque 36 milliards d’euros.

    Le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux, tout comme François Asselin (CGPME), a jugé “absolument indispensable” une mesure d’âge. Les représentants patronaux refusent une hausse des cotisations.

    Reuters, 10 jan 2020

    Tags : France, Enseignement, réforme des retraites, gilets jaunes, Edouard Philippe,

  • La réforme des retraites, point d’orgue du profond malaise enseignant

    DIRECTEMENT CONCERNÉ PAR LA SUPPRESSION DES RÉGIMES SPÉCIAUX, LE CORPS ENSEIGNANT A ÉTÉ L’UN DES PREMIERS À EMBRASSER LE MOUVEMENT CONTRE LA RÉFORME DES RETRAITES. MAIS POUR LES JEUNES PROFS EN DÉBUT DE CARRIÈRE, CETTE MOBILISATION CACHE UNE COLÈRE PLUS PROFONDE. ENTRE LARMES, COLÈRE ET COMBATIVITÉ, RENCONTRE AVEC DEUX JEUNES PROFESSEURES DE BANLIEUE PARISIENNE.

    Elles exercent depuis deux et trois ans dans des lycées de banlieue parisienne. Mobilisées comme des milliers d’enseignants contre la réforme des retraites, elles incarnent cette nouvelle génération de profs, habituée des baisses de budget et des réformes contestées. Pour elles, la réforme portée par le gouvernement est un symbole de la rupture de confiance entre les enseignants et l’État. « Je la vois comme le symptôme du mépris avec lequel on est traité », explique Justine, 27 ans, prof depuis plus de deux ans dans un lycée de Seine Saint-Denis.

    « Peut-être que je ne me battrais pas autant si je faisais ce métier dans de bonnes conditions. Ce qui me pousse à me mobiliser encore plus, c’est le manque de compréhension total de notre ministre envers notre travail et nos conditions », ajoute-t-elle.

    « Cette mobilisation, on la vit comme un moment décisif. Je vais ressentir un très grand désespoir si la réforme passe », renchérit Agathe, professeure dans un lycée d’Aulnay-Sous-Bois depuis trois ans. En grève les 5, 10, 12 et 17 décembre, cette prof de 34 ans embrasse la lutte actuelle comme la continuité logique des précédentes mobilisations contre les réformes du ministre de l’Éducation, Jean Michel Blanquer : celle de Parcoursup, du baccalauréat et de « l’école de la confiance ».

    LES JEUNES PROFS EN PREMIÈRE LIGNE FACE À LA RÉFORME DES RETRAITES

    Aujourd’hui, la retraite d’un professeur est calculée sur les six derniers mois de sa carrière, soit, pour des revenus basés sur le plus haut échelon, entre 3000 et 3800 euros bruts par mois. Lorsqu’ils commencent leurs carrières, les profs touchent entre 1500 et 2000 euros par mois. Si la réforme passe, leurs retraites seront calculées sur la base des revenus d’une période bien plus large. Seront donc pris en compte des revenus bien plus faibles qu’avant, sans compter les arrêts de travail ou les congés parentaux.

    Malgré les garanties avancées par Jean-Michel Blanquer, qui promet une « sanctuarisation » des pensions de retraite des professeurs, les syndicats – qui s’inquiètent du « flou » des propositions du ministre – assurent que la réforme viendra diminuer les pensions des enseignants.

    Jean-Michel Blanquer n’a d’ailleurs rien arrangé en déclarant que les profs seraient en grève « parce qu’ils ne comprennent pas tout » à la réforme. Une sortie méprisante qui n’a fait que renforcer la colère des enseignants.

    Mais s’ils sont si mobilisés (42 % de grévistes selon le ministère de l’Éducation, 75 % selon les syndicats pour la journée du 5 décembre), c’est aussi pour dire stop à leurs conditions de travail qui se dégradent d’année en année.

    AU-DELÀ DE LA RÉFORME, DES PROFS BROYÉS PAR UN SYSTÈME DÉFAILLANT

    Pour Justine, après deux ans d’enseignement dans un lycée de Sarcelles, en banlieue parisienne, le constat est sans appel. « Nos jeunes sont abandonnés par l’Éducation nationale », lâche-t-elle d’emblée.

    « On est dans un lycée où il n’y a rien pour les élèves : pas de foyer, pas de médiateurs, pas de projets. On entend tout le temps la même chose de la part des élèves : « C’est normal, on est à Sarcelles ». Comme si c’était une fatalité. Ici, il pleut dans l’établissement, les élèves font sport en doudoune, la salle de sport est un genre de hangar sans fenêtres. C’est normal, on est à Sarcelles », répète-t-elle.

    Lorsqu’elle entre en poste dans un lycée d’Aulnay-Sous-Bois il y a trois ans, Agathe découvre des élèves pauvres ghettoïsés dans un établissement où la mixité sociale n’existe pas. Et forcément, les moyens ne suivent pas.

    Petit à petit, elle réalise que l’école, sensée offrir les mêmes chances à tous, faillit à sa mission dans ce lycée juché entre les cités des 3000 et des 1000-1000, dans une commune où un jeune sur trois vit sous le seuil de pauvreté.

    « Quand on demande d’acheter un livre et qu’un élève me dit qu’il n’a pas d’argent, ma première réaction était de me dire que 5 euros, c’est la prix d’un kebab. Plus tard, j’ai vu la mère de cet élève mendier dans le RER, et j’ai vu différemment ce que c’était pour lui, cinq euros », confie-t-elle.

    Agathe s’inquiète des conséquences pratiques des décisions du ministre, comme la suppression de la moitié des fonds sociaux prévus en 2020, qui passeront de 59 à 30,6 millions d’euros l’an prochain. Ces fonds permettent aux élèves les plus précaires d’obtenir une aide, en plus des bourses, pour acquérir du matériel scolaire ou acheter des livres. Argument du ministère : ces fonds ne sont pas bien alloués, ou pas alloués du tout. Ce sont les assistantes sociales d’établissement qui les accordent normalement sur demande des parents. Mais à Aulnay, dans le lycée d’Agathe, il n’y a qu’une assistante sociale pour 1200 élèves.

    « Je vois une assistante sociale dépassée par les événements. Si elle n’alloue pas ces fonds, c’est par manque de temps. Nos élèves ont besoin de cet argent : ça a un impact concret sur notre quotidien et celui de nos élèves. Ce qui me met en colère, ce n’est pas les problèmes de discipline ou de violence, c’est d’être confronté dans notre travail quotidien à des politiques comme celle-ci. Et cette colère s’est décuplée en trois ans », déplore la jeune professeure.

    Confrontée quotidiennement aux inégalités et à la précarité de ses élèves, elle considère que « la réforme des retraites va encore plus impacter les travailleurs pauvres, dont nos élèves vont grossir les rangs ».

    DU MANQUE DE CONSIDÉRATION AU MÉPRIS

    Justine a vécu les pires années de sa jeune carrière à la rentrée 2019. « Le soir, lorsque je rentrais chez moi, je ne pouvais pas parler de ce qu’il se passait dans mon travail, alors je pleurais. Le matin, j’allais au lycée la boule au ventre », confie-t-elle, deux mois après les événements.

    En octobre 2019, des violences ont lieu dans son lycée après l’agression d’un prof par un élève, pour une histoire de casquette. Suivent plusieurs jours de révoltes. Les élèves se montent contre le lycée et son personnel, bloquent les entrées et l’envahissent à plusieurs reprises, causant d’importants dégâts dans l’établissement. Les profs reçoivent la consigne de se cloîtrer dans leur salle, pendant que des pétards explosent dans les couloirs, que des vitres sont brisées, que des extincteurs sont vidés.

    L’équipe pédagogique tente d’alerter la direction et le rectorat en posant un droit de retrait et en faisant des demandes concrètes pour apaiser la situation : embauche de surveillant, d’un deuxième CPE, réparation des bâtiments décrépis. Le rectorat est au courant des problèmes du lycée, qui s’accumulent depuis des années.

    Mais le droit de retrait n’a pas été reconnu par la direction, et le rectorat a refusé toutes les autres demandes, faute de moyens, dit-on.

    À bout, le personnel du lycée à lancé un ultime appel à l’aide, dans un courrier adressé à la médecine du travail, demandant une consultation d’urgence pour tout le personnel, « traumatisé » par les événements et abasourdi par le manque de considération de leurs supérieurs. Le courrier se termine par ces mots lapidaires : « AU SECOURS ! ».

    Toujours aucune nouvelle du rectorat.

    Justine garde un sentiment d’abandon. « J’ai perdu la foi après ça. Je fais mon boulot pour les élèves, mais il y a quelque chose de rompu. Je sais qu’au-dessus, on n’en a rien à foutre de nous. On se sent complètement abandonnés. C’est pour ça que je n’y crois plus », lâche-t-elle. Sa colère n’est pas dirigée vers les élèves, mais vers ses supérieurs qui ont estimé qu’il valait mieux fermer les yeux sur des problèmes qui vont bien au-delà du comportement des élèves.

    « Quand tu mets 1200 gamins dans un lycée prévu pour 800 personnes, des élèves qui vivent dans des conditions de vie difficiles, et qu’il n’y a rien pour les gérer, à un moment ça explose », analyse-t-elle.

    Ces événements ne sont d’ailleurs pas des cas isolés, et tous les profs le savent. Il y a eu le suicide de Christine Renon, directrice d’école à Patin, en septembre 2019, la mort de plusieurs lycéens, tués lors de règlements de compte. Des appels à l’aide, des droits de retrait, partout en France. « La violence à l’extérieur des lycées se répercute directement à l’intérieur. C’est un problème global est rien n’est fait pour le résoudre », s’indigne Justine.

    Combatives, Justine et Agathe comptent faire « bloc » avec leur collègues contre ce qu’elles perçoivent comme un « tournant historique ».

    Le Média, 3 jan 2020

    Tags : France, enseignement, gilets jaunes, réforme des retraites,

  • France : Exception

    Annoncée il y a quelques semaines par le gouvernement français comme la réforme de retraite la plus équitable et universelle en date, la réforme des retraites présentée par le Premier ministre fait de plus en plus la part belle aux exceptions.

    Des exceptions qui justement devaient être gommées mais qui aujourd’hui apparaissent comme autant des défaites du gouvernement d’Emmanuel Macron, incapable de rester ferme sur les changements décidés.

    En effet, face à la contestation, et conformément au cap fixé par Édouard Philippe, le gouvernement a accepté de réaliser plusieurs aménagements de sa réforme des retraites. «On a toujours dit qu’un système universel, ce n’est pas un système uniforme», avait notamment déclaré le Premier ministre.

    Des concessions ont déjà été faites par l’exécutif à différents corps de métier.

    Du côté de la SNCF, le gouvernement a repoussé l’entrée des cheminots dans le nouveau système, qui concernera les personnes nées à partir de 1985 pour les conducteurs au statut, contre 1975, pour une bonne partie de la population, et celles nées à partir de 1980 pour les sédentaires au statut.

    L’âge de départ sera par ailleurs «remonté très progressivement en tenant compte de la durée passée au statut», selon Jean-Pierre Farandou, patron de la SNCF.

    Pour les salariés de la RATP, un calcul des droits acquis fin 2024 sur les six derniers mois avec un coefficient avantageux est proposé et des discussions sur la pénibilité doivent avoir lieu. Pour autant, ces propositions n’ont pas suffi à amadouer la majorité des syndicats, privant Macron de la trêve de Noël appelée de ses vœux.

    Les gendarmes, pompiers, surveillants pénitentiaires ou contrôleurs aériens ont rapidement vu confirmer leur droit à des départs anticipés à 57, voire 52 ans, au titre de leurs «fonctions dangereuses», les policiers se sont mobilisés de leur côté pour obtenir des garanties de l’exécutif.

    «Dès lors qu’ils occupent des fonctions régaliennes de protection de la population et compte tenu des dangers auxquels ils sont exposés, les policiers continueront à bénéficier des dérogations à l’âge de départ à la retraite», a assuré le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. Soit la possibilité d’ouverture des droits à 52 ans et un départ à la retraite à 57 ans.

    Face à une mobilisation d’ampleur dans l’éducation, le gouvernement a promis de revaloriser les salaires des enseignants, opposés au calcul de leur retraite sur l’ensemble de leur carrière, contre les six derniers mois actuellement. Le niveau des pensions doit être «sanctuarisé» et les revalorisations nécessaires mises en place progressivement à partir de 2021.

    Les syndicats, qui manquent d’éléments concrets, seront reçus par le ministre de l’Éducation nationale la semaine du 13 janvier. Du côté du personnel soignant, en étendant aux fonctionnaires le «compte pénibilité»,
    réservé aux salariés du privé, et en prenant mieux en compte le travail de nuit, 20 à 30 % des infirmières et aides-soignantes pourront partir avant 62 ans, et, au mieux, à 60 ans, assure l’exécutif.

    Ainsi, plus les jours passent et plus la liste des «concessions» et des «exceptions» s’allonge, ôtant à cette réforme sa prétention première d’universalité devant mettre tous les travailleurs français sous le même régime. C’est ainsi un nouveau coup manqué pour Macron qui voit durant son mandat se dérouler la grève la plus longue de l’histoire en France, une grève dont on ne voit par ailleurs toujours pas le bout et qui finit par émailler la fermeté présentée d’abord par le gouvernement.

    Le jour d’Algérie, 31 déc 2019

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