Tag: Élections

  • Gendarmes du monde

    par Abdou BENABBOU

    Le débat affligeant mardi entre les deux candidats à la présidentielle américaine a été déroutant par son indigence et par la réelle nature et le vrai profil de ceux qui s’imposent comme régisseurs du sort du monde. Plus haut et plus loin que les ressentiments, les sympathies, les idéologies, les colères ou les adhésions que chaque terrien peut nourrir en lui, l’intérêt porté sur un événement aussi important que la présidentielle américaine est impossible à occulter parce qu’il a, mal gré bon gré, des répercussions toujours prouvées sur la marche de l’humanité entière.

    Le spectacle offert a quelque chose de terrifiant quand il réveille la conscience souvent embuée par de fausses idées reçues sur une prétendue grandeur des hommes. On sait que l’être humain n’est pas toujours un animal bien-pensant. Mais quand cet animal détient entre ses mains l’ensemble des destins et qu’il ne se situe pas à la hauteur de la fabuleuse responsabilité qu’il doit assumer, il laisse place à la désespérance bien qu’elle soit née d’une basse chamaillerie entre deux hommes d’Etat étrangers.

    Il n’est pas non plus question de s’immiscer dans un débat a priori interne. Le monde étant devenu un petit village, le sujet n’a pas de frontière et ce qu’il a de grave est qu’il dénude deux hommes avec leurs basses afférences censés occuper la Maison Blanche.

    Les Etats-Unis d’Amérique restent une puissance omniprésente avec la particularité évidente de rythmer la cadence du monde. Peu importent l’antipathie ou l’empathie que chacun en fonction de ses idées et de ses visions arrêtées pourrait leur vouer. Mais le jugement est permis car le sort de tous les pays est lié, d’autant que les Américains se targuent d’être les gendarmes du monde.

    Dans le débat de mardi entre l’actuel président et le vice-président d’Obama point d’analyses ni d’échanges sur la réalité du monde, les prises de bec n’ont été qu’un crêpage de chignons. L’empoignade a surtout démontré pourquoi le monde va si mal.

    Le Quotidien d’Oran, 1 oct 2020

    Tags : Etats-Unis, gendarme du monde, Donald Trump, Joe Biden, élections, présidentielles,

  • Carter Center releases final report on 2019 Tunisian elections and urges Parliament to create permanent independent bodies

    The Carter Center issued its final report on the 2019 elections this week, highlighting both the Tunisian people’s ability to overcome potentially challenging political circumstances and the election commission’s remarkable work to conduct credible elections under a tight timeframe following the president’s death in office. The Center is now urging parliament to take …

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    Tags : Tunisia, elections, parliament,

  • Maroc : Activité du 24 novembre 2011 (axes de médiatisation)

    Activité du 24 novembre

    Contexte

    • Timing : veille du scrutin législatif, fin de campagne électorale

    • Monde arabe : «acte II» de la révolution en Egypte, violences en Syrie / Yémen

    • Conjoncture mondiale : croissance internationale atone et crise de confiance sur les marchés (ex : notations souveraines)

    • Il y a un peu plus de six mois, l’attentat de Marrakech

    Portée médiatique

    • Un événement majeur par son envergure (montant de l’investissement) et le niveau de partenariat

    • Conventions créent de la confiance par leur contenu, le profil des signataires et un timing à signification éminemment politique

    • L’accord apporte notamment des réponses concrètes à deux problématiques nationales essentielles que sont :

    ✓ la création d’emplois

    ✓ la régionalisation

    Portée médiatique

    Il convient de profiter de la présence au Maroc de nombreux journalistes étrangers pour susciter/conforter un effet « Maroc émergent / exception » (Reuters, Bloomberg, L’Usine Nouvelle, Les Echos, Le Figaro, Financial Times, Wall Street Journal-> John Fund, …)

    Messages / cibles

    • 3 cibles à traiter concomitamment :

    ✓ International : dans un contexte marqué par l’immobilisme et les soubresauts… le Maroc

    avance économiquement et politiquement

    ✓ Grand public : la dynamique portée par la continuité des actions royales majeures donnent espoir et assurance

    ✓ Elites nationales : le Maroc témoigne une nouvelle fois de son attractivité

    Messages / territoires

    Participants : Qatar, Emirats Arabes Unis, Koweit

    ✓ Pays du Golfe : accompagnement spécifique de la presse de ces pays

    ✓ Risque à anticiper : sensibilités de gauche pourraient manifester leur mécontentement (par antiaméricanisme) suite à la visite de l’émir du Qatar (cf. Goud et Hibapress)

    Pays occidentaux : le Maroc à l’avant-garde démocratique et économique de la région offre des perspectives fortes et pérennes

    Message clef

    • Qui : des chefs d’Etats aux avant-postes de la modernisation du monde arabe (Qatar, EAU, Maroc)

    • Quoi : un projet financier au service d’une ambition industrielle de bon sens (fonds souverain)

    • Où : le Maroc pays arabe ayant le mieux résisté à la crise mondiale (dont secteur touristique) et soubresauts régionaux (chiffres à l’appui : résilience)

    • Quand : un processus lancé de longue date avec les partenaires (la date des législatives anticipées a elle même été modifiée à plusieurs reprises)

    Message clef

    • Comment : un engagement au plus haut niveau qui garantit la concrétisation des projets

    • Combien : une enveloppe financière dimensionnée par rapport aux ambitions du royaume (grands chantiers nationaux)

    • Pourquoi : la mutation démocratique du Maroc n’a pas mis en veilleuse ses transformations économiques bien au contraire (vs reculs du PIB en Tunisie, Egypte, Libye)

    Confiance

    • Confiance politique : le Maroc évolue pacifiquement dans un monde qui vit de profondes ruptures

    • Confiance économique : l’économie mondiale est en pleine mutation, le Maroc aux avant-postes de ces évolutions clefs pour son développement

    • Confiance dans l’avenir : le Maroc adopte une logique long-termiste dans le secteur touristique (fonds souverain) à l’inverse des investissements spéculatifs qui caractérisent parfois le secteur

    Haut-niveau

    Registre stratégique : le Roi faiseur de prospérité (investissements, diplomatie économique), la monarchie assure la continuité de l’Etat et de l’effort de prospection économique

    ‣ Cette convention s’inscrit dans le long terme, il convenait donc pour des raisons ethiques qu’elle ne soit pas récupérée par le prochain gouvernement (ce qui peut expliquer son timing)

    ‣ Le Palais n’a pas de candidat (sinon cette belle annonce lui aurait été réservée après les élections)

    Visibilité économique : c’est une action au niveau des chefs d’Etat (mettre en exergue l’horizon temporel des conventions qui dépasserait 10 ans)

    Axe démocratique

    Géopolitique : le Maroc recueille les dividendes de son anticipation démocratique dans l’agenda international

    Qatar s’est illustré par son appui de fond aux pays du printemps arabe et plus particulièrement en Libye et à travers le vecteur Aljazeera Dynamique régionale : les premiers effets du rapprochement CCG, les capitaux du Golfe manifestent leur confiance aux perspectives de croissance du Maroc (et semblent se détourner de la vieille Europe en crise!)

    Vecteurs

    Pour porter les messages ainsi explicités, il convient de mobiliser des leaders d’opinion provenant des sphères suivantes :

    ✓ Professionnels à envergure internationale

    ✓ Experts économiques

    ✓ Acteurs sectoriels nationaux

    ✓ Figures du monde financier

    Ci-après proposition d’un plan média pour installer un halo favorable :

    Questions à anticiper

    • Existence ou non d’engagement de l’État face à ces investisseurs sur des facilités, des exonérations ou du foncier

    • Qualité des signataires du côté marocains, en effet plusieurs ministres sont engagés dans la campagne électorale

    • Parasitage d’image / procès d’intention : thématique de la protection de l’environnement face aux grands chantiers touristiques

    • Tutelle : il serait judicieux de mettre en avant « l’aménagement urbain et touristique » de nature à diluer la convention sur plusieurs secteurs.

    Narrations hostiles

    L’occasion de la signature des conventions pourrait être une opportunité pour des parties intéressées afin de diffuser des messages antagonistes suivants :

    • Le Roi monte au créneau car il a du recevoir des rapports faisant état d’un score important des islamistes

    • Le Roi envoie un signal aux électeurs en faveur du RNI et donc plus largement du G8

    • Le parlement est une chambre d’enregistrement, le Roi ne renoncera pas à ses pouvoirs executifs

    • Par cet acte la veille du vote le Roi envoie un message clair au prochain chef de gouvernement

    Narrations hostiles

    • Consécration du « Roi providence » qui empiète sur les prérogatives du gouvernement

    • Ce genre d’actes incitent les marocains à bouder les urnes en considérant que les politiques ne font rien puisque le Roi fait tout

    • Maroc continue de tout miser sur tourisme (cf. rapport de la Fondation Bouabid)

    • Les monarques du Golfe ne présentent que des intentions non suivies d’effets (quid Emaar, Sama Dubai…)

    • Le Roi interfère / dérange la campagne électorale dans sa dernière journée qui en constitue un moment fort.

    Karim Bouzida, 23 nov 2011

    Tags : Maroc, campagne électorale, élections, Printemps Arabe,

  • Maroc : Le professeur Jean-Pierre, engagé par la DGED pour écrire un article

    Jean-Pierre Massias est professeur de droit public à l’Université de Pau et des pays de l’Adour, doyen honoraire de la faculté de droit, spécialiste des transitions démocratiques et de la justice transitionnelle, professeur de droit public. Il est aussi spécialiste du processus de paix au Pays Basque sur lequel il a écrit trois livres :

    -Faire la paix au Pays Basque, 2011

    -Victimes et poseurs de bombes : un dialogue basque, 2013

    -Sur la route… de la société civile dans la construction de la paix au Pays Basque, 2017

    En juin 2011, il a été contacté par Abdelmalek Alaoui pour la rédaction d’un article qui encense le pouvoir marocain. Il répond en demandant pour le prix. Voici le texte de son mail :

    En fait il faudrait que je voie si la Montagne me la prend… mais il faut que je leur parle today

    De : karim karimi [mailto:karim.karimi15@gmail.com]
    Envoyé : mardi 21 juin 2011 10:03
    À : Abdelmalek Alaoui
    Objet : Re: URGENT/tribune massias

    Salut,

    J’en ai encore parlé à nos amis outre-méditerranéen, hier. Ils me semblent encore évasifs. Ils m’ont promis qu’ils allaient la diffuser. Mais je ne crois que ce que je vois, comme Saint Thomas.

    As-tu une autre possibilité ? auquel cas, on envoie nos amis paître !

    Amitiés

    Le 21 juin 2011 10:53, Abdelmalek Alaoui <a.alaoui@global-intel.com> a écrit :

    Tu as une réponse pour la tribune de Massias? CF message ci dessous

    —–Message d’origine—–
    De : Jean-Pierre Massias [mailto:jean-pierre.massias@univ-pau.fr]
    Envoyé : mardi 21 juin 2011 09:48
    À : Abdelmalek Alaoui
    Objet :

    Cher Abdelmalek,
    je reviens vers vous à propos de la tribune pour en connaitre les
    perspectives de publications et pour la suite (forme du paiement,
    perspective de colloque ou d’ouvrage sur la nouvelle constitution).
    Dites moi vos préférences et vos disponibilités
    bien à vous
    jean-pierre

    Le 25 novembre 2011 il participe en tant qu’observateur aux élections législatives. Trois jours plus, il en parle dans un article publié sur Le Nouvel Obs intitulé “Maroc : des élections synonymes de reconstruction démocratique”.

    Maroc : des élections synonymes de reconstruction démocratique

    LE PLUS. Les islamistes modérés du Parti justice et développement (PJD) ont remporté les législatives du 25 novembre au Maroc avec 107 sièges sur 395. Jean-Pierre Massias, observateur international, a constaté sur place les motivations des électeurs.

    Les élections législatives au Maroc ont donc rendu leur verdict : à l’issue du vote, où plus de 45% des électeurs se sont rendus aux urnes, c’est le Parti de la Justice et du Développement (PJD, islamiste modéré) qui arrive largement en tête et au sein duquel, du fait des dispositions de la nouvelle constitution, sera choisi par le roi le nouveau chef de l’exécutif.

    Toutefois, au delà de ce constat, une réalité bien plus complexe s’impose. En effet, observer de l’intérieur le processus électoral permet également, par la plongée dans le quotidien politique que suppose cet exercice, de compléter ses connaissances et de partager, au fil des conversations et des rencontres, un certain nombre de réalités souvent négligées.

    Ainsi, ce jour de vote, pour l’observateur international que j’étais, c’est une réalité plus originale de la démocratisation marocaine qui s’est parfois fait jour et qui mérite d’être prise en compte.

    Cette originalité s’exprime d’abord par ses contradictions.

    Avant ces élections, le risque était d’abord celui de l’abstention et donc de l’indifférence populaire. Celle-ci aurait été d’autant plus délicate qu’elle aurait été immanquablement mise en perspective avec la participation massive lors des législatives tunisiennes organisées quelques semaines auparavant. Ce risque était d’autant plus réel que le scrutin de 2007 avait été marqué par une abstention record.

    A cet égard, les 45 % de participation ont été considérés positivement par les observateurs. Témoignant d’une progression sensible au regard de 2007, ce rebond électoral témoigne que de nombreux électeurs en dépit des appels au boycott ont compris l’échéance de novembre pour ce qu’elle était, c’est-à-dire l’amorce d’une reconstruction du processus démocratique après l’adoption de la nouvelle constitution de juillet dernier.

    Ce sentiment a d’ailleurs été maintes fois exprimé autour des bureaux de vote par de nombreux électeurs. “Pourquoi voter ? Les parlementaires n’ont pas de pouvoirs et les partis ne tiennent aucune de leurs promesses. Avec eux rien ne change…”

    Ces paroles d’électeurs anonymes sont d’ailleurs très significatives de la réelle portée de cette participation encore timide : celle-ci, bien plus que la volonté de démocratisation, conteste directement la crédibilité des partis politiques et de l’institution parlementaire dont l’image bien peu flatteuse au sein de la société marocaine explique véritablement la portée de cet abstentionnisme.

    A cet égard, l’originalité du processus transitionnel marocain tient aussi de ces paradoxes.

    En effet, au-delà de ces difficultés, c’est bien la réalité humaine du processus démocratique qui s’est imposée aux témoins de ces élections. Au-delà des interrogations sur les “pressions” présumées subies par les partisans du boycott, aucune malversation n’est apparue lors du scrutin.

    Dans l’ensemble des bureaux de vote, les personnes responsables faisaient preuve d’une grande implication et de réelles compétences. Les membres, souvent jeunes, des formations politiques présentes s’impliquaient pleinement dans leur fonctions. Si des cafouillages purent avoir lieu, ces difficultés – qui réduisirent la participation effective contre les intérêts du gouvernement organisateur – ne furent pas de nature à remettre en cause la sincérité d’un processus électoral où, – il convient de le rappeler –, la formation victorieuse ne soutenait pas le gouvernement en place avant les élections.

    Si le processus électoral a pu parfois pêcher, c’est bien plus par son organisation et sa complexité (plus de trente formations en lice sur le même bulletin de vote comportant deux scrutin), que par manque de sincérité.

    Désormais, c’est une nouvelle étape qui s’ouvre et qui sera capitale pour la construction démocratique au Maroc. Tous les acteurs vont donc se trouver impliqués dans un processus où chacun devra pleinement assumer ses responsabilités dans le double contexte des révolutions arabes et de la récente reforme constitutionnelle.

    C’est dire l’importance de la période qui s’ouvre. Pour mener à bien leur tâche, les acteurs politiques devront sans doute garder à l’esprit cette réflexion d’un électeur – pourtant critique – qui confiait que, même si on citait toujours en exemple l’Espagne ou le Portugal, “il n’y avait aucune raison que le Maroc n’accède pas lui aussi un jour à ce niveau démocratique…”

    Tags : Maroc, élections, printemps arabe, Jean Pierre Massias,

  • Belgique : L’exclusion d’Emir Kir, sonne-t-elle le glas du communautarisme électorale?

    Les faits. Après la polémique qui a suivi la rencontre entre Emir Kir, bourgmestre PS de Saint-Josse, et des représentants turcs d’extrême droite, la commission de vigilance du Parti socialiste a finalement décidé d’exclure du parti celui qui constituait sans conteste l’un de ses porteurs de voix. Cette exclusion retentissante est-elle le signe d’un changement de politique ou renforcera-t-elle au contraire les adeptes de la double allégeance, partagés entre leur pays d’origine et leur pays qui les a élus ? Politologue, analyste et acteurs de terrain nous ont donné leur avis.

    « Il faut d’abord rappeler que l’exclusion d’Emir Kir a été décidée en raison de la rupture du cordon sanitaire à l’égard de l’extrême droite, et non pas dans le cadre d’une condamnation d’un communautarisme qui demeure, du reste, un concept difficile à définir », souligne le directeur du Centre de recherche et d’information socio-politiques (CRISP), Jean Faniel. « Toutefois, une fois l’exclusion prononcée, se pose effectivement la question de l’avenir d’Emir Kir qui pourrait effectivement se replier sur une base électorale communautaire à Saint-Josse. A cet égard, paradoxalement peut-être, cette exclusion pourrait y attiser cette forme de communautarisme que de nombreuses voix dénoncent aujourd’hui.

    En effet, au vu des premières réactions, il est difficile de savoir comment les choses vont évoluer en la matière. La procédure d’exclusion, puis l’exclusion elle-même ont déclenché des réactions très vives, notamment à l’encontre du militant qui a impulsé la procédure, et qui étaient assez clivées d’un point de vue communautaire ou communautariste. Emir Kir a conservé le soutien de la quasi-totalité de ses proches à Saint-Josse. Cet épisode pourrait donc contribuer à “mettre de l’ordre” dans les rangs du Parti socialiste en envoyant le signal que le communautarisme ne permet pas de déroger à des valeurs fondamentales du parti, telles que la lutte contre le négationnisme et la préservation du cordon sanitaire contre l’extrême droite. Mais il pourrait aussi déboucher sur la formation durable d’une majorité à caractère communautaire dans une commune bruxelloise, se détachant progressivement des formations politiques belges classiques, dont les contours obéissent avant tout à des logiques politiques et non à des logiques “ethniques” (même si le clivage linguistique est évidemment très marqué et peut lui aussi être considéré comme relevant en partie du communautarisme puisque chaque parti fait campagne dans sa communauté linguistique, puis défend les intérêts de celle-ci une fois passée l’élection) ».

    « S’agissant du débat sur le “communautarisme” que cette affaire a aussi entraîné, il me semble essentiel que nous nous posions la question suivante : quels phénomènes vise-t-on précisément par ce terme, et le cas échéant quels comportements doit-on proscrire ? », réagit Jérémie Tojerow, membre du PS et auteur de la plainte. « Faute de définition claire et objective, il est à craindre que l’usage de ce mot vise avant tout à disqualifier l’adversaire politique plutôt que de faire réellement avancer le débat. Par exemple, quand les candidats juifs issus de tous les partis font publier des encarts électoraux dans la revue Regards plutôt que dans la revue de telle ou telle autre communauté, est-ce du “communautarisme électoral” ? Placarder des affiches électorales à l’entrée d’une épicerie juive ou même d’une synagogue, est-ce du “communautarisme électoral” ?

    Quand les élus d’un même parti sont autorisés à voter individuellement au sujet de projets de loi relatifs à l’euthanasie ou au mariage pour tous, en fonction de leurs convictions personnelles et/ou celles de leur électorat supposé plutôt qu’en fonction d’une position commune de leur parti, est-ce du “communautarisme électoral” ? Et si l’on considère que ces différentes attitudes relèvent du “communautarisme électoral”, sont-elles nécessairement à proscrire ? Pour ma part, deux éléments me paraissent fondamentaux : d’une part, les partis doivent pouvoir s’adresser à l’ensemble de la population dans toutes ses composantes (en ce compris le cas échéant via Regards ou des affiches devant une épicerie casher…), et la représenter avec des candidats qui sont issus de toute sa diversité, notamment aussi socio-professionnelle.

    D’autre part, et c’est le point crucial, les partis et leurs candidats, quelle que soit leur origine, doivent tenir le même discours et défendre le même programme, les mêmes valeurs, les mêmes pratiques (comme le cordon sanitaire) partout et devant tous les publics. Il est compréhensible que les candidats présents à la Gay Pride mettent en avant des propositions en lien avec les droits des personnes homosexuelles et non par exemple en lien avec l’agriculture. Il est par contre à mon sens problématique que les mêmes candidats ou leurs colistiers défendent en même temps, auprès d’autres publics plus conservateurs, des propositions et discours différents afin de les séduire. Représenter toute la population avec des candidats issus de tous les milieux et origines, tout en bannissant les doubles discours, voilà l’enjeu central à notre sens. Et pour cela, les partis politiques, souvent décriés, ont un rôle fondamental à jouer ».

    La fin du communautarisme électoraliste ? « Pas du tout… », selon Dogan Özgüden, journaliste et éditeur du site www.info-turk.be. « Le cas Emir Kir est un arbre qui cache la forêt communautariste, dans cette forêt se trouve toute espèce d’opportunisme. C’est la conséquence de l’absence pendant ces décennies d’une politique d’intégration conforme aux valeurs démocratiques européennes d’une part, et d’autre part, de la mainmise des régimes répressifs des pays d’origine sur les immigrés. Le pouvoir d’Erdogan ne cessera jamais de harceler les ressortissants turcs pour maintenir leur soutien au lobby turc contre les revendications des diasporas arménienne, assyrienne et kurde…

    Quant aux partis politiques belges, le risque de perdre le soutien des électeurs captifs du régime d’Ankara sera déterminant dans leur prise de position. D’ailleurs, n’oublions pas que le parti fasciste MHP est le partenaire principal d’Erdogan et la politique de ce dernier est devenue aussi fascisante que celle du MHP. Tant que les députés du MHP et de l’AKP font partie de la Commission parlementaire mixte UE-Turquie et sont souvent présents sans aucun empêchement dans les réunions des associations nationalistes et islamistes en Belgique, il sera difficile de juger et d’exclure tous les élus turcs pour rompre le cordon sanitaire en raison de leurs relations avec eux ».

    « Je pense que c’est une alerte, mais on ne se débarrasse pas comme ça de 50 ans de communautarisme », estime le comédien Sam Touzani (photo (c) Jef Boes), auteur-interprète de la pièce “Cerise sur le ghetto”, qui rencontre énormément de succès, tant auprès du grand public que des publics scolaires. « Je répète depuis toujours que le communautarisme contient de la nitroglycérine, on ne le comprend malheureusement que lorsqu’il explose. Avant cela, on nie la réalité, pour des raisons bassement électoralistes. La vie politique belge nous l’a montré à plusieurs reprises.

    Mais avant de vouloir lutter contre le communautarisme issu de l’immigration marocaine, turque, on ne peut faire l’économie de l’analyse de la situation belgo-belge. Nous sommes dans le pays le plus communautarisé au monde, et on oublie de le préciser, comme si c’était réglé. La question est juste mise au frigo, il ne faut pas s’étonner dès lors de la continuité du contexte national dans le contexte local, avec ses dérives perverses. Même si on parle d’un problème territorial, linguistique chez nous, et non de l’emprise d’Etats étrangers sur des communautés d’origine, d’une volonté de contrôle extérieur, c’est la même logique. Nos politiques ont laissé pourrir la situation pour garder de bonnes relations diplomatiques, mais aussi économiques, au détriment de l’éthique.

    Pourquoi s’attacher sinon à l’Arabie saoudite, si ce n’est pour lui vendre des armes ? On voit aujourd’hui où le communautarisme mène. Quand Emir Kir est élu chez nous, même s’il veut nous faire croire que l’extrême droite belge est différente de l’extrême droite turque, c’est avec des arguments nationalistes, de même que l’a été Mahinur Özdemir, première élue voilée au Parlement bruxellois, aujourd’hui ambassadrice de la Turquie en Algérie ! Non seulement ces élus ne sont pas détachés de leur pays d’origine, mais il est rare que ces pays d’origine ne soient pas une dictature ou une théocratie ».

    De l’avis de plusieurs de nos interlocuteurs, la définition du communautarisme devrait être clarifiée. Comme s’il n’était pas évident que ce que l’on condamne n’est pas le choix des candidats aux élections de s’adresser à ceux qu’ils considèrent comme leur principale cible, mais bien le double-discours dont certains font preuve, dans leur langue d’origine. Un double-discours, pour une double allégeance, relayant souvent d’autres valeurs avec les dérives que l’on connait, et qui entretient la confusion entre le pays dans lequel ils vivent et se portent candidats, et celui dont ils sont originaires, avec lequel ils ont naturellement gardé une attache. Mais jusqu’à quel point ? On évoquera toujours la communauté juive en évoquant la communauté musulmane, par souci d’équilibre sans doute, et qu’importe finalement la réalité. Comparer le cas des candidats juifs à celui des candidats d’origine turque (pour le cas d’Emir Kir) ne fait malheureusement qu’entretenir l’amalgame entre Juif et israélien, desservant le combat démocratique en faisant diversion pour renvoyer les communautés dos à dos.

    Source

    Tags : Belgique, communautarisme, Emir Kir, PS, Turquie, élections,