Blog

  • Maroc : Eléments de langage pour le Comite Juif Américain (AJC)

    -Se féliciter du soutien régulier de l’AJC à notre Cause Nationale exprimé par le biais de lettres adressées aux membres du Congrès américain ;

    -Souligner le climat de liberté et de quiétude qui règne au Maroc entre les disciples des religions monothéistes et le respect et la protection accordés à la liberté du culte par Sa Majesté le Roi, Commandeur des Croyants et Garant des libertés publiques.

    -Mettre en avant l’aspect avant-gardiste de la nouvelle Constitution marocaine qui consacre le principe de la diversité culturelle et reconnaît la composante hébraïque comme partie intégrale de l’identité culturelle marocaine ;

    -Souligner la participation active et régulière du Maroc à la Conférence des Nations Unies sur le dialogue interreligieux, initiée par le Roi Abdallah Ibn Abdelaziz d’Arabie Saoudite. Cette participation a permis de réitérer l’attachement du Maroc aux valeurs de tolérance et du dialogue entre les religions et les cultures dans un contexte international marqué par la mondialisation et les dangers de l’extrémisme qui se manifestent par la violence et le rejet de l’Autre ;

    -Rappeler que le Maroc fait également partie du Groupe d’Amis de l’alliance des civilisations, et s’investi de manière volontariste pour la réussite du dialogue entre les civilisations, seule alternative possible face aux incompréhensions occasionnées par ceux qui prônent des approches de confrontation entre les religions et les cultures ;

    -Souligner l’harmonisation par le Maroc de sa législation nationale avec les instruments internationaux en matière de promotion de la culture de tolérance et de coexistence et la lutte contre la discrimination raciale.

    Maroc Leaks, 6 fév 2020

    Tags : Maroc, AJC, American Jewish Commitee, Comité Juif Américain, juifs, lobby juif, lobby sioniste, Sahara Occidental,

  • ANALYSE: Le cauchemar français en Afrique – I : Contexte historique

    – Aujourd’hui, le continent africain est divisé par les frontières coloniales, les langues coloniales, et l’idéologie coloniale. Notamment, les frontières d’aujourd’hui ont émergé en grande partie de la conférence de Berlin de 1884-1885.

    Ümit Dönmez | 06.02.2020

    AA – Istanbul

    Par Mustafa Efe

    Le passé colonial français, et les motivations économiques, religieuses, sociales et politiques aux procédés assimilationnistes et jacobins, ont façonné le passé du continent africain. Il sera donc utile de jeter un bref regard sur le passé colonial de la France, notamment en Afrique. Si cette période n’est pas prise en compte, on ne pourra pas évaluer la situation actuelle, à la lumière seule des actions françaises présentes.
    Avec le début de la période d’indépendance, les administrations étatiques africaines ont été transférées à des administrateurs qui étaient députés au parlement français pendant la période coloniale, ou à d’autres personnes travaillant pour l’administration coloniale, ou ayant été éduquées dans le pays colonisateur. Cela a assuré la poursuite du colonialisme français.

    – Historique du colonialisme français

    La domination française sur l’Afrique a une histoire qui remonte au 17ème siècle. La France a planté les graines du mouvement d’occupation et d’exploitation sur le continent en 1624 en établissant des centres commerciaux au Sénégal. Avec la création de la Compagnie française des Indes orientales en 1664, le colonialisme est devenu plus systématique. L’Empire colonial français, qui s’étendait sur une superficie de 3,5 millions de kilomètres carrés dans les années 1670, atteignait 11,5 millions de kilomètres carrés dans les années 1920.

    Malgré le fait que le roi de France, François Ier, qui avait été fait prisonnier par l’empereur Charles Quint du Saint-Empire romain germanique en 1525 lors de la bataille de Pavie avait appelé à l’aide de [l’empereur ottoman] Soliman le Législateur (ou Soliman le Magnifique), et malgré le fait que de bonnes relations aient été établies entre les deux nations, et que la France doive sa survie à l’Empire ottoman; la France, après s’être renforcée, s’est attaquée à l’Empire ottoman. En 1799, Napoléon a attaqué Acre pour prendre le contrôle de l’Égypte et de Damas, et a connu sa première défaite. Napoléon a dit: “Si je n’avais pas été arrêté à Acre, j’aurais pu conquérir tout l’Orient”. Cela montre que si l’État ottoman n’avait pas arrêté la France, de nombreux pays du monde islamique, et même du continent asiatique jusqu’à à l’Extrême-Orient, auraient pu devenir des colonies françaises, comme ce fut le cas en Afrique.

    Alors que l’État ottoman avait commencé à perdre de son pouvoir, la France a occupé l’Algérie en 1830. Cette invasion marque le début des invasions de la France en Afrique du Nord.

    Pendant la Première Guerre mondiale, 1 million de soldats africains ont combattu dans l’armée française.

    Pierre Savorgnan de Brazza, un citoyen français d’origine italienne, fondateur de la colonie française ouest-africaine moderne, était un explorateur de l’ère coloniale. Brazzaville, la capitale de la République du Congo, porte notamment son nom.

    Élargissant l’arrière-pays algérien avec le traité franco-britannique de 1890, la France l’a transformé en une région où se rejoignent la région du bassin du Lac Tchad et le territoire français-africain. Avec la note du 30 octobre 1890, l’État ottoman a tracé les limites du Sahara turc. La Libye, qui est à l’ordre du jour actuellement, était en fait au centre de la lutte franco-ottomane à cette époque. Selon la note turque du 30 octobre 1890, l’arrière-pays libyen ottoman incluait la Libye, le Soudan, l’Égypte, le Tchad, l’ouest de l’Éthiopie, le Soudan du Sud, la région centrafricaine, le nord du Cameroun, le nord et à l’est du Nigéria et une région constituée du Niger pour sa moitié. L’État ottoman, en réaction aux attitudes agressives de la France, a fait état de ses droits au nord du Congo et à l’est du Niger en 1885. La note remise à la France le 12 mars 1902 confirme cette situation. Malgré toutes les luttes que l’Ottoman a menées, il n’a pas pu empêcher les activités coloniales de la France sur le continent africain.

    Pendant la traite transatlantique des esclaves, environ 5 300 000 Africains ont été réduits en esclaves en Sénégambie, en Afrique occidentale et centrale, et emmenés dans les Caraïbes, en Haïti, c’est-à-dire dans les colonies françaises du nouveau monde, dans des navires français. Les puissances coloniales ont convenu de ne pas se battre entre elles. De plus, elles ont collaboré pour qu’une possession perdue par une puissance coloniale puisse être récupérée par une autre puissance coloniale. Elles ont, par exemple, forcé les pays qu’ils avaient exploités afin de les faire enseigner en anglais dans les anciennes colonies françaises et en français dans les anciennes colonies anglaises. Cette situation perdure aujourd’hui. Par exemple, quelle langue le Rwanda remplace-t-il en prenant des mesures pour se débarrasser du français? L’anglais, qui est aussi une langue coloniale …

    – Colonialisme français et génocides en Afrique

    Les Français ont exploité une grande partie de l’Afrique de l’Ouest et centrale pendant des siècles. La France a établi des formes d’administration directes pendant la période coloniale et a suivi des politiques d’assimilation en essayant d’établir son propre système de culture et de valeurs. Elle a structuré les colonies d’Afrique de l’Ouest en “Afrique occidentale française (AOF)” et celles d’Afrique centrale en “Afrique équatoriale française (AEF)”. La France a poursuivi une stratégie visant à mettre en conflit les tribus pour gérer plus facilement leurs colonies en Afrique. De plus, pour briser la résistance des peuples, comme par exemple avec le drapeau du Congo français, la France a utilisé un drapeau similaire au drapeau ottoman, constitué d’un “croissant et une étoile”.

    Les élites africaines, qui ont grandi dans les anciennes colonies françaises, ont soutenu que le colonialisme était bon et que les colonies ne devaient pas être indépendantes. Le colonialisme avait pénétré jusqu’à dans l’âme des Africains et un “EuroAfricisme” avait émergé, qui s’opposait à l’indépendance. Ce concept a été introduit en 1927 par un Français du nom de Guernier, auteur du livre “L’Afrique, champ d’expansion de l’Europe”, (publié en 1933, ndlr].

    Blaise Diagne, président du premier congrès panafricain en 1919 et député sénégalais à l’Assemblée nationale française, avait déclaré: “Nous, autochtones […] voulons rester français. Parce que la France nous a donné toutes sortes de libertés et nous a traités comme ses propres enfants sans aucune discrimination. Personne ne veut que l’Afrique française soit laissée aux seuls Africains, comme certains le souhaiteraient. L’élite française ne permettrait pas les théories révolutionnaires qui exigent la séparation et l’indépendance, ce qui contreviendrait au calme et à l’ordre, qui sont essentiels pour la sécurité de tous”.

    Léopold Sedar Senghor, qui était le [premier] président du Sénégal entre 1960 et 1980, a également soutenu que la voie la plus appropriée et souhaitée pour son pays était une union au sein de l’Empire français et que les problèmes de l’empire était également ceux des colonies. Parmi l’élite africaine certains siégeaient à l’Assemblée nationale française.

    Les membres d’une même tribu ont été séparés entre différents États avec des frontières artificielles établies par les États coloniaux. Cette situation a provoqué des conflits entre de nombreux pays africains après l’indépendance. Par conséquent, d’autres dirigeants, à l’exception d’Ahmed Sekou Touré, ont accepté une indépendance au sein de l’Union française, que Frantz Fanon (1925-1961) a qualifiée de “fausse indépendance”.

    Comme exigence du nouveau monde capitaliste fondé après la Seconde Guerre mondiale, la France n’a accepté que “l’indépendance sur papier” de ses colonies, et à certaines conditions . La Guinée a rejeté l’indépendance conditionnelle; d’autres pays africains ont accepté. Mais la France a sécurisé ses relations avec les pays africains et signé des “accords de coopération” contraignants notamment sur la monnaie coloniale française (franc africain), le système éducatif français, le cadre des relations militaires et commerciales. De plus, elle a obligé les nouveaux pays «indépendants» à payer les infrastructures construites par la France pendant la période coloniale. 14 pays africains, anciennes colonies françaises, paient des impôts coloniaux à la France depuis leur indépendance. Alors que la France a dû s’excuser pour les richesses qu’elle a pillées en Afrique, et malgré les millions qu’elle a asservis ou tués, le chaos social sans fin qu’elle a provoqué et les génocides qu’elle a causés, elle continue de percevoir des impôts pour ce qu’elle fait.

    La France a en effet joué un rôle dans de nombreux génocides sur le continent africain, et coopéré ou fourni des armes à des forces génocidaires. La France a tué des millions d’Algériens pendant la période d’exploitation et d’occupation en Algérie, qui a duré 132 ans depuis 1830, indirectement par déportation, directement par balle ou par le feu dans des fours à chaux. Plus d’un million de personnes ont été tuées entre 1945 et l’indépendance.

    Les unités militaires françaises qui ont participé aux «opérations d’aide humanitaire (!)», lors du génocide des Tutsis par des Hutus au Rwanda en 1994, ont directement soutenu ce génocide. En outre, la France a fourni des armes, des renseignements, une stratégie, un soutien à la formation militaire au génocide et a déterminé la “liste des personnes à tuer”. Les massacres ont fait près d’un million de morts.

    Le nombre de personnes tuées en Tunisie, au Sénégal, au Niger, en Mauritanie, au Cameroun, au Burkina Faso, au Gabon, en Guinée et au Bénin reste encore inconnu.

    La France, comme d’autres puissances coloniales, a visé les leaders et les universitaires qui dirigeaient la société. Elle a, par exemple, tué 400 érudits lors d’un symposium islamique en 1917 au Tchad.

    [Mustafa Efe est président du Centre africain d’études stratégiques (AFSAM)]

    Anadolou

    Tags : France, Afrique, françafrique, colonialisme, néo-colonialisme, spoliation, esclavage, pillage,

  • Human Rights Watch salue le rapatriement des enfants des terroristes de Daech par la Tunisie

    Pour l’organisation des droits de l’Homme cette démarche permettrait de protéger les enfants

    Meher Hajbı

    AA – Tunis

    Human Rights Watch a estimé, jeudi, que le rapatriement des six enfants des terroristes de Daech par la Tunisie constitue une démarche vers la protection des droits de ces enfants.

    Dans un communiqué rendu public jeudi, l’organisation a expliqué que les autorités tunisiennes devraient tout mettre en œuvre pour accélérer le retour de plus de 36 autres enfants toujours bloqués en Libye, ainsi que les 160 autres enfants qui seraient également détenus dans des camps et des prisons en Syrie et en Irak”.

    Pour Human Rights Watch, les femmes détenues avec leurs enfants, ainsi que les hommes soupçonnés d’appartenir à Daech, pourraient faire l’objet d’une enquête et être jugés dans le cadre des normes de procès équitable après leur retour.

    En effet, le 24 janvier, le président tunisien Kaïs Saïed a ordonné de suivre le dossier des enfants bloqués en Libye et de faciliter leur retour au pays après avoir reçu 6 orphelins récupérés de Libye.

    La Présidence de la République accorde au dossier du retour des enfants bloqués une importance particulière. Le président Saïed avait convenu, lors de sa rencontre avec le président du Conseil présidentiel du gouvernement libyen, Fayez al-Sarraj, d’assurer le retour rapide de ces enfants. (Anadolou)

    Tags : Tunisie, Daech, Daesh, ISIS, Etat Islamique, EI, terrorisme, Syrie,

  • Nomination du premier ministre Algérien : Est-ce une nouvelle Algérie qui s’amorce ?

    L’Algérie commence à retrouver les apparences de la normalité. Elle dispose d’un nouveau président qui à peine déclaré vainqueur, et malgré la détermination du hirak qui le juge illégitime, tend la main et promet monts et merveilles. Combien la détermination de la rue est vivace, celle de Tebboune semble plus coriace.

    Effectivement le mouvement protestataire se poursuit tout en prenant des formes différentes mais cette fois loin de toute confusion institutionnelle. La mise en avant permanente et ostensible d’un chef d’état-major qui relevait d’une anomalie, n’est plus d’actualité. Voici donc l’armée de retour dans ses casernes. Certains diraient, de retour dans les coulisses de son imperium. Peut importe. On sait pertinemment que l’armée ne déteste rien tant que d’être exposées. Elle a d’autres monts à escalader.

    En nommant M. Djerad, Tebbounne clarifie le visage du nouvel exécutif algérien. Technocrate et haut cadre d’état, il ne va surement pas piocher dans les moisissures des vielles caves à ministres ou le pouvoir algérien avait pris l’habitude de puiser pour pourvoir aux fonctions ministérielles.

    Ce qu’il faut retenir c’est que Djerad, en 2003 avait payé chère sa proximité avec Benflis. Victime d’un limogeage du poste de secrétaire général du ministre des affaires étrangères, il avait estimé à l’époque qu’il était absolument nécessaire que les serviteurs de l’État soient mis à l’abri de tout abus du pouvoir. Djerad qui heureusement n’a pas obtenu le pardon du clan entourant Abdelaziz Bouteflika, peut se considérer aujourd’hui très chanceux ! Son retrait du comité central du FLN après la nominalisation de Ould Abbes en 2016 va surement faire monter sa côte auprès des Algériens.

    Outre son parcours pas très favorables au clan des Boutefs, M. Djerad était assez ouvert en direction du Hirak. Il a approuvé ouvertement l’exigence des manifestants, celle du départ immédiat des figures du régime Bouteflika. Djerad, aura parfaitement compris aujourd’hui qu’il faut satisfaire les attentes populaires et que compter sur l’effet d’usure du mouvement de revendication d’une Algérie meilleurs, semble désormais illusoire.

    Le pouvoir est devant une conscience politique populaire qui s’exprime spontanément, les manipulations qui ne sont pas à exclure, seront toujours dépassées par l’ampleur des événements. L’appareil politique algérien, est assez rusé pour comprendre que dans le face-à-face avec le système, le peuple est en première ligne. Même si pour le moment, ce mouvement populaire n’a pas encore transformé sa masse sociale en force politique, et qu’il a encore du mal à dégager un leadership, un autre visage de l’Algérie se dessine diffèrent de celui habituellement offert par un pouvoir vicieux.

    Mayassa H-Khoudja

    Algérie Network, 28 déc 2020

    Tags : Algérie, Djerad, Tebbounne, Bouteflika,

  • North Western Sahara Aquifer System Consultation Mechanism : 13th session of the permanent committee, Tunis, Feb. 5, 2020

    The Coordination Unit of the North Western Sahara Aquifer System (NWSAS) Consultation Mechanism, organized in Tunis, the 13th session of its Permanent Technical Committee. In this context, it presented the balance sheet of its activities…

    Read more from the source : Sahara and Sahel Observatory

     

     

     

     

     

    Tags : Western Sahara, Aquifer System, water, North Africa,

  • Africa Insiders: Morocco slowly tightens its grip on Western Sahara

    The essentials: Morocco’s parliament has passed two laws that formalise the annexation of Western Saharan territorial waters. While this does not present a fundamental change of the status quo, the move underscores the intractability of the conflict and the risks Morocco is…

    Read more from the source : Africa Arguments

     

     

     

     

    Tags : Morocco, Western Sahara,

  • Sahara Occidental : La malédiction des ressources

    En temps de crise économique et de chômage durable en Afrique du Nord, les ressources naturelles du Sahara Occidental deviennent des trésors pour lesquels on se bat férocement. La nouvelle répartition des pouvoirs engendrée par les processus politiques actuels au sein de la région pourrait conduire à de nouvelles négociations du conflit.

    Susanne Kaiser

    Il s’agissait à peine plus que d’une rumeur : lors de la visite du roi marocain Mohammed VI à Tunis fin mai, une critique exprimée par la jeune démocratie tunisienne concernant les pratiques antidémocratiques du Maroc au Sahara Occidental et les mauvaises relations avec le pays voisin qu’est l’Algérie, a fait l’objet d’une discorde diplomatique entre le roi marocain et le président tunisien Moncef Marzouki. C’est du moins ce que rapporte le journal électronique tunisien businessnews.com.tn en se référant à des « sources diplomatiques », sans préciser les détails. Le démenti est arrivé aussitôt du palais présidentiel.

    Il est bien possible qu’il s’agissait seulement d’une rumeur, cependant, cela est un signe de plus qui montre que les choses bougent au sein de ce conflit qui dure depuis 40 ans et qui était surtout marqué ces dernières 25 années, par la stagnation : la dispute au Sahara Occidental fait partie des crises oubliées de notre époque.

    Pourtant, elle est à l’origine d’histoires semblables, parlant d’expulsion, de séparation de familles, d’oppression et de marginalisation, de nouveaux colons et de générations ayant grandies dans des camps de réfugiés. Ces histoires parlent aussi de discrimination, de prisons dans lesquelles la torture est pratiquée et de violations des droits de l’homme, de terrorisme et d’une installation de barrages qui coupent le territoire en plein cœur et empêchent toute liberté de déplacement. Elles parlent également d’élites dirigeantes qui ne semblent pas être intéressées à une solution du conflit, d’une communauté internationale sans pouvoirs et sans moyens qui ne peut que regarder ce qui se passe, sans pouvoir intervenir. Mais, il existe une différence essentielle : le Sahara Occidental est riche en ressources naturelles et c’est pourquoi il s’agit d’un terrain convoité ; ces ressources deviennent une malédiction.

    L’ancien groupe de rebelles du Front Polisario pour une « République Arabe Sahraouie Démocratique » et le Maroc sont les principales parties du conflit. Mais, en réalité, il existe d’autres parties mêlées au conflit et chacune d’entre elles poursuit des intérêts opaques : l’Algérie, la Mauritanie, l’Espagne ou bien les Etats-Unis.

    L’indicateur le plus frappant pour montrer à quel point la situation était bloquée jusqu’à présent, est le mandat des Nations Unies MINURSO (« Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un Référendum au Sahara Occidental »), qui est renouvelé inlassablement chaque année, depuis 1991, alors qu’aucun résultat politique n’a été observé.

    Ressources contre identité et autodétermination

    Au centre du conflit se trouve l’exploitation de ressources précieuses comme le phosphate, le poisson et le pétrole que le Maroc revendique pour lui seul et qui deviennent des trésors pour lesquels on se bat férocement en temps de crise économique et d’augmentation du chômage. Par ailleurs, la situation géo-stratégique de la région joue aussi un rôle. Pour les sahraouis, l’enjeu est beaucoup plus élevé, il s’agit d’identité, d’appartenance, de liberté de circulation et d’autodétermination sur un territoire national.

    Mis à l’écart et oublié : depuis la moitié des années soixante-dix, beaucoup de sahraouis se sont installés dans les camps de réfugiés autour de Tindouf, dans la partie occidentale de l’Algérie. L’organisation de protection des droits de l’homme UNHCR estime à 120.000 le nombre de réfugiés qui vivent à cet endroit, le gouvernement algérien pense quand à lui que ce chiffre est bien plus élevé, estimant qu’il s’agit de plus de 150.000 personne.

    Les efforts de logistique engendrés par l’occupation valent la peine pour le Maroc, car l’exploitation des réserves de poissons et l’attribution de licences de pêche à l’UE, le pillage des plus grands gisements mondiaux de phosphate et l’exportation de tomates ou de sel contribuent à augmenter le PIB du Maroc.

    Par ailleurs,il existerait des réserves considérables de pétrole et de gaz le long de la côte qui s’étend sur 2200 km. Des grands groupes énergétiques, parmi eux l’entreprise française Total ont déjà acheté des licences de forage il y a des années. Sur cette toile de fond, le Maroc est prêt à accepter la mauvaise image qui se dessine. Il est rare que les sahraouis bénéficient d’une partie du chiffre d’affaire ou qu’ils obtiennent des emplois ; ils sont en effet réservés aux colons marocains.

    Un mur en plein désert

    Pour protéger ses bénéfices, le Maroc a construit au début des années 80, un mur de sable (« Berm ») de trois mètres de haut, en plein désert. Il sépare la partie du Sahara Occidental occupée et gérée par le Maroc de la « zone libre » contrôlée par le mouvement de libération Front Polisario. Celle-ci s’étend sur 2500 km, allant au nord, de la région où se trouve les frontières du Maroc avec l’Algérie et avec la Mauritanie, jusqu’au sud du Sahara Occidental. Le mur de sable est surveillé dans sa totalité par des soldats marocains et est souvent couvert de mines.

    Les sahraouis le nomment « Al-jidar », le mur, et c’est pour cela qu’il a souvent été comparé avec l’installation de barrages israélienne ou avec le mur de Berlin. Il empêche aux familles vivant dans les territoires séparés de se rendre visite. Et cela concerne presque tous les sahraouis, puisqu’au temps des combats armés avec le Maroc de 1975 à 1991, presque toutes les familles ont été déchirées. Par ailleurs, dans la mémoire collective des sahraouis, on trouve aussi des histoires parlant de corps ayant perdu un membre ou de personnes tuées par des mines.

    Dans la « zone libre », les expulsés se sont installés depuis la moité des années 70, dans des camps de réfugiés, autour de Tindouf, tout à l’ouest de l’Algérie. L’organisation pour les réfugiés UNHCR estime à 120.000 le nombre de personnes qui vivent à cet endroit. Le gouvernement algérien pense que ce nombre est supérieur à 150.000. Par conséquent, plusieurs générations ne connaissent pas d’autre patrie que ces camps. Au moins, les noms des villes formées de tentes et de cabanes portent les noms des lieux de la côte atlantique dont les parents et grands-parents ont été expulsés à l’époque : El Aaiun, Smara, Aousserd, Dakhla.

    Des jouets pour les puissants

    C’est sur leur dos que les Etats puissants se disputent qu sujet d’argent, d’influence et d’intérêts politiques. Les Etats-Unis, par exemple, se sont longtemps laissés impressionner par la rhétorique du Maroc, selon laquelle l’annexion du Sahara Occidental et la construction d’un mur servaient aux intérêts des Etats-Unis : pendant la guerre froide, contre le communisme (rebelles du Front Polisario) et qujourd’hui, contre le terrorisme (rebelles du Front Polisario).

    C’est pourquoi la demande de résolution de Monsieur Obama auprès du Conseil de Sécurité de l’ONU, selon laquelle le respect des droits de l’homme devait être surveillé dans le cadre du mandat de la MINURSO, a surpris le Maroc en 2013.

    Cela semble, cependant absolument nécessaire en raison des informations relatant l’existence de prisons dans lesquelles la torture est pratiquée et de camps d’internements. Le Maroc a réagi en stoppant les exercices communs des troupes, par la suite, les Etats-Unis ont retiré leur proposition et ainsi la MINURSO reste la seule mission pour la paix des Nations Unies n’ayant pas de clause relative aux droits de l’homme.

    Pas de référendum en vue

    Jusuq’à présent, la référendum permettant aux habitants du Sahara Occidental de voter pour une future forme d’État et en même temps pour le rapatriement des expulsés, ce qui était l’objectif d’origine du mandat, n’a pas encore eu lieu. La mise en place du référendum a échoué à cause de discussions au sujet des frontières territoriales et des critères donnant droit de vote. Qui a le droit de voter ? Seulement les Sahraouis ou bien aussi les colons marocains qui aspirent à une majorité en nombre ?

    L’élite dirigeante du Polisario qui est soutenue par l’Algérie, tente d’imposer ses intérêts personnels en matière de pouvoir et ne représente pas une exception dans ce contexte. Elle est critiquée dans les propres rangs où elle est parfois considérée comme une troupe vieillissante de rebelles qui s’est installée confortablement dans la diaspora et qui n’est plus intéressée à résoudre le conflit.

    C’est surtout au sein de la jeune génération de Sahraouis et de manière la plus connue au sein du « mouvement de la jeunesse pour le changement », que l’on reproche à la vieille garde de trop s’orienter en fonction de l’Algérie et d’être prête à accepter la corruption et le maintien du pouvoir.

    Le Maroc craint perdre son terrain d’influence

    En avril 2014, un signe d’espoir annonçant un changement se dessinait. Peu avant l’adoption de la nouvelle résolution sur la MINURSO, la France a déclaré vouloir s’abstenir concernant la clause relative aux droits de l’homme. Malgré le fait que cela correspondait au comportement traditionnel de la France depuis 1980, le Maroc a considéré cette décision comme étant un affront politique auquel il a réagi avec des conséquences diplomatiques.

    La nervosité marocaine donne l’impression que des changements sont dans l’air. Les processus politiques actuels ont modifié les rapports de force dans la région ; la démocratisation de la Tunisie, la stabilité extrêmement fragile en Algérie, la menace de guerre civile en Libye, le soulèvement des minorités. Cela pourrait conduire à une nouvelle négociation du conflit du Sahara Occidental. Par contre, tant que tous les acteurs influents au sein du conflit s’arrangent avec un statu quo, une république indépendante semble bien lointaine. Et cela retombe á nouveau sur les Sahraouis.

    Susanne Kaiser

    Qantara, 2014

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, Front Polisario, ONU, MINURSO, ressources naturelles,

  • Maroc / Sahara occidental : Dégradation de l’état de santé en détention de Mme Mahfouda Bamba Lefkir

    L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, un partenariat de la FIDH et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), a reçu de nouvelles informations et vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante au Maroc / Sahara Occidental.

    Nouvelles informations :

    L’Observatoire a été informé de sources fiables de la poursuite de la détention arbitraire et de la dégradation de l’état de santé en détention de Mme Mahfouda Bamba Lefkir, défenseure sahraouie pour le droit à l’auto-détermination et membre du collectif Gdeim Izik[1].

    Selon les informations reçues, les conditions difficiles dans lesquelles est détenue Mme Mahfouda Bamba Lefkir depuis son arrestation ainsi que le refus systématique d’accès aux soins de la part des autorités pénitentiaires engendrent une détérioration générale de son état de santé.

    En effet, depuis le début de son placement en détention le 15 novembre 2019 (cf. rappel des faits), Mme Mahfouda Bamba Lefkir connaît diverses complications de santé dues à son manque d’accès aux soins au sein de la prison. Plus particulièrement, elle souffre d’une maladie chronique au niveau des sinus qui risque de s’aggraver si elle ne prend pas de médicaments. Elle souffre également d’asthme et de sensibilité cutanée.

    Depuis le début de sa détention, tout transfert dans un hôpital en dehors de la prison ainsi que la visite de son médecin lui ont été refusés. Les autorités pénitentiaires refusent également de lui prodiguer des soins ou de lui fournir des médicaments. En raison de son asthme et de ses difficultés respiratoires, elle a cependant pu être transférée dans une petite clinique au sein de la prison, où elle a eu accès à un appareil d’oxygène mais n’a pas pu consulter de médecin.

    Par ailleurs, son état psychologique se dégrade en raison des agressions verbales qu’elle subit régulièrement de la part d’une détenue de droit commun encouragée par le personnel pénitentiaire.

    L’Observatoire est préoccupé par le fait que Mme Mahfouda Bamba Lefkir n’ait pas accès à des soins de santé adéquats et condamne fermement la poursuite de sa détention arbitraire qui ne semble viser qu’à sanctionner ses activités légitimes de défense des droits humains.

    L’Observatoire appelle les autorités marocaines à prodiguer les soins nécessaires à l’amélioration de l’état de de santé de Mme Mahfouda Bamba Lefkir et à procéder à sa libération immédiate et inconditionnelle ainsi qu’à celle de l’ensemble des défenseurs des droits humains détenus au Sahara occidental.

    Rappel des faits :

    Le 15 novembre 2019, Mme Mahfouda Bamba Lefkir a été arrêtée après avoir pris la parole pour dénoncer les injustices contre les prisonniers sahraouis lors du procès de son cousin M. Mansour Othman al Moussaoui, condamné ce jour-là à un mois de prison en raison de sa participation à des manifestations à Laâyouneappelant à l’auto-détermination et à un référendum sur le Sahara occidental. Elle a alors été interrogée pendant plusieurs heures par le Procureur du Roi au sein même du Tribunal avant d’être transférée au commissariat local pour y être de nouveau interrogée par la police judiciaire au sujet de son militantisme et de ses liens supposés avec le Front Polisario. Durant ce transfert, elle a été maltraitée physiquement par les policiers, passant presque toute la journée les mains menottées. Elle n’a pas eu accès à un avocat pendant toute la durée de ces interrogatoires.

    Le 16 novembre 2019, Mme Mahfouda Bamba Lefkir a été transférée à la prison de Lakhal, où elle reste détenue à ce jour.

    Durant les cinq premiers jours de sa détention, toute visite lui a été interdite et elle n’a pu obtenir ni couverture, ni médicament. Elle a, depuis, pu recevoir la visite de sa famille mais pas celle de son avocate et n’a toujours pas accès aux soins dont elle a besoin.

    Fédération Internationale pour les droits humains, 6 fév 2020

    Tags : Sahara Occidental, Maroc, répression, Mahfouda Bamba Lefkir, territoires occupés,

  • In Algeria, a dangerous crackdown on independent trade unions

    For the past two decades, workers in Algeria have been fighting for the right to form trade unions independent of the government and the official trade union organization UGTA. And, for decades, the government has responded with systematic harassment and repression. A 2014 Human Rights Watch article, Algeria: Workers’ Rights Trampled, traces their struggle…

    Read more from the source : Open Democracy

     

     

     

     

     

    Tags : Algeria, trade union, human rights, repression, 

  • L’Algérie, une puissance régionale de premier plan

    Un souvenir, un regret

    Il est bien difficile en France de traiter de l’Algérie de manière totalement extérieure et dépassionnée. La guerre d’Algérie, la violence de la rupture après cent trente ans de colonisation, les exactions, les départs forcés, la mémoire de la domination, l’impact du conflit sur la société française restent des blessures ouvertes. Il en est de même en Algérie, où le souvenir de la France est très vivace, obsédant, constamment ravivé par la présence au sein de l’ancienne puissance coloniale d’un nombre croissant d’Algériens ou de binationaux, par la continuité d’échanges multiples entre les deux sociétés. Les générations ont passé, la guerre d’Algérie est une mémoire vive et à beaucoup d’égards elle n’est pas terminée.

    Mémoire vive, mais aussi mémoire en partie refoulée et latente. Quels Français d’Algérie ou leurs descendants ne gardent pas la nostalgie de ce qui fut leur pays, dont ils furent chassés ? Quels sont ceux qui y ont vécu, même temporairement, qui ne conservent pas l’amitié de son peuple et l’admiration de ses paysages ? Quant aux Algériens, combien ne considèrent-ils pas la France comme un pays qui leur est proche, pour le pire et le meilleur ? Le pire, la conquête brutale, l’injustice de la discrimination, les massacres de la guerre de libération. Le meilleur, la langue et la culture dont elle est le véhicule, les valeurs mêmes que la colonisation a trahies, l’attraction exercée par ce qui reste un pays d’accueil pour nombre d’entre eux.

    Dans Le  Joli Mai, film témoignage de Chris  Marker tourné en  1962 1 , un jeune Algérien vivant en France, militant pour l’indépendance et inquiété pour son engagement, déclare : « La France est notre mère. C’est une mère sévère, mais c’est notre mère. » Qu’est-il devenu ? Peu d’Algériens, sans doute, accepteraient aujourd’hui cette position. Le ressentiment l’emporte, même si l’attirance reste forte. Sans doute faut-il distinguer entre État et société. L’État algérien tient la France en méfiance et en fait volontiers le bouc émissaire de difficultés internes. La société est plus ambiguë, et la fierté nationale, très forte, va souvent de pair avec un sentiment de familiarité à l’égard des Français. Au fond, même tendues, les relations francoalgériennes demeurent des relations de famille.

    Voici plus d’un demi-siècle que l’Algérie est indépendante. C’est beaucoup au regard d’une vie humaine, c’est peu au regard de l’histoire. Le Maghreb, l’Afrique, le monde ont beaucoup changé. D’environ neuf millions d’habitants en 1962, l’Algérie est par exemple passée à plus de quarante millions, plus que quadruplant sa population. Nombre de données se sont cependant imprimées durablement dès la naissance de l’État algérien. Il reste dominé par les traits qui ont marqué sa création. Problèmes de construction de l’État et de la nation, d’équipement et de développement, volonté d’indépendance, de répudiation totale du régime colonial, d’affirmation sur la scène internationale… En même temps, la brève histoire de l’Algérie a été mouvementée et cruelle, comme si la guerre originelle comportait récurrences ou menaces permanentes. Le pays est devenu une puissance régionale de premier plan, mais il est toujours sous pression

    Une puissance régionale de premier plan

    L’Algérie est le plus grand pays d’Afrique, le plus peuplé et le plus puissant des pays de l’ancien empire colonial français du continent, la seconde population arabe après l’Égypte, un verrou contre le terrorisme. Elle affirme fortement son identité arabo-islamique. Elle est animée par une permanente volonté d’indépendance diplomatique et stratégique. Chacun de ces éléments comporte ses défis et contraintes. Dans une région marquée par une instabilité croissante, le pays apparaît comme un pôle de stabilité, tout en restant sous une menace extérieure diffuse et difficile à maîtriser.

    Une position unique en Afrique

    Le gigantisme du territoire algérien, surtout par rapport à ses voisins immédiats du Maghreb, doit être mis en relation avec l’étroitesse de son espace fertile et peuplé, une large et profonde bande côtière au bord de la Méditerranée occidentale. Le Sahara est loin d’être sans ressources. Il est à l’inverse riche en hydrocarbures, mais son immensité, ses frontières ouvertes sur des voisins dont beaucoup sont fragiles et pour certains défaillants – Tunisie, Libye, Niger, Mali, Mauritanie, Maroc et la République arabe sahraouie démocratique (RASD) du Front Polisario, que l’Algérie seule reconnaît et soutient fermement – sont autant de défis sécuritaires pour le pays. Le Sahara est entre autres choses le chemin de multiples trafics criminels et de migrations incontrôlées en provenance de l’Afrique subsaharienne. En revanche, l’importance de la population algérienne dans son environnement régional, environnement qui plus est francophone pour l’essentiel, au moins pour les catégories dirigeantes, est un élément d’influence que le pays ne met peut-être pas suffisamment à profit.

    L’Algérie dispose aussi de la deuxième armée du continent, avec ses composantes terrestres, aériennes et maritimes. Son équipement s’alimente à des sources variées – Russie, Chine, pays européens – avec un grand souci de diversification et un effort de développement national d’une industrie de défense. Le lien entre politique de défense et politique étrangère servie par un réseau diplomatique de qualité est puissant, le souci de cohérence constant, ce qui est un signe parmi d’autres du poids de l’armée dans le pays. Aussi bien le partenariat avec l’Algérie est-il recherché, même s’il est incommode en raison d’un souverainisme sourcilleux, et toujours incertain du fait de l’opacité du pouvoir et de son goût pour les menées souterraines. Un souci, le Maroc, l’autre grande puissance du Maghreb, pays frère et rival dont les principes internes et internationaux lui sont opposés – une monarchie à fondement religieux, un enracinement occidental marqué. Mais surtout, considération géopolitique, affleure le désir algérien d’avoir un accès à l’Atlantique, dont la RASD serait l’instrument.

    Un verrou contre le terrorisme

    L’Algérie a un lien ancien avec le terrorisme, puisque le Front de libération nationale (FLN) y a largement recouru lors de la guerre d’indépendance, avant le terrorisme suicidaire de l’Organisation armée secrète (OAS) – un terrorisme qui a frappé les institutions publiques, les populations civiles sur place comme en métropole. Sans doute la stratégie du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) a été autant sinon plus politique et diplomatique que terroriste. Elle a en outre bénéficié d’un soutien croissant de la population musulmane, mais enfin, avant même que le terrorisme palestinien ne se réclame d’une cause légitime, le mouvement de libération algérien s’en est fait le parangon. Il a appelé des mesures coercitives rigoureuses de la part du colonisateur, sécuritairement efficaces, à ce point que le film La Bataille d’Alger, qui présente les méthodes contre-terroristes de l’armée française, est devenu quelques décennies plus tard comme un manuel d’instruction pour les armées occidentales, en Afghanistan et en Irak. Son analyse montrait ce qu’il convenait de faire et de ne pas faire.

    Avant cette rédemption douteuse, dans la décennie 1990, c’est l’Algérie elle-même, par un choc en retour, qui était frappée par un terrorisme islamique intérieur, celui du Groupe islamique armé (GIA). Il a été la préfiguration d’une expansion plus internationale au début du XXIe  siècle jusqu’à aujourd’hui, dont l’origine est davantage moyen-orientale et qui tend à se diffuser dans divers continents, dont l’Afrique. L’Algérie semble avoir éradiqué son terrorisme intérieur et permis la réconciliation au prix de certaines concessions, mais paie toujours le prix d’une arabisation trop rapidement et mal conduite. Elle a chassé du pays nombre d’intellectuels francophones, elle a permis l’influence au sein de la jeunesse de mouvements religieux radicaux qui ont fait le lit des groupes terroristes. Dans la lutte contre eux, l’armée a recouru aux mêmes méthodes que l’armée coloniale, aux mêmes exactions, aux mêmes brutalités, de façon plus souterraine et moins critiquée. La disparition de la menace intérieure n’a pas pour autant éliminé l’instabilité aux frontières et les dangers qui en résultent pour le pays.

    L’Algérie est en effet enserrée par des menaces terroristes, qu’elles proviennent de la Tunisie, de la Mauritanie, des pays du Sahel subsaharien, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), Daech qui s’implante en Libye. La circulation autour voire à l’intérieur des frontières, la prolifération dans ces espaces des armes de petit calibre liées à l’intervention récente en Libye, la faiblesse des États voisins, toutes ces données créent une tension permanente dans l’environnement immédiat du pays et même en son sein. Dans ces conditions l’Algérie, de par sa position géopolitique, de par sa politique sécuritaire et son poids militaire, apparaît comme un partenaire indispensable et précieux contre des mouvements nomades, fluides et fugitifs, qui frappent, détruisent, tuent, rançonnent et s’évanouissent avant de resurgir un peu plus loin. Les puissances occidentales qui interviennent au soutien des États affectés ont besoin du concours logistique de l’Algérie, des facilités qu’elle accorde, des appuis militaires discrets qu’elle donne. C’est le cas pour la France au Mali, tandis que les États-Unis participent à la surveillance au et du Sahara.

    Une volonté d’indépendance

    L’indépendance semble consubstantielle à l’Algérie depuis les conditions de sa naissance en tant qu’État. Elle s’est d’abord exercée à l’encontre de la France, dont les liens résiduels prévus par les accords d’Evian n’ont pas résisté longtemps après le départ massif des Européens. Elle a conduit à prendre rapidement la maîtrise du territoire par l’évacuation des dernières bases militaires françaises, puis des ressources en hydrocarbures avec la création de la Sonatrach en 1963 et la dénonciation en 1971 d’un accord bilatéral sur l’exploitation du pétrole. Cette conception sourcilleuse de l’indépendance diversifie les partenariats, mais rejette toute participation à une alliance militaire voire à une coalition organisée, dans l’esprit du non-alignement qui a été le maître mot des pays du tiers-monde dans la suite de la décolonisation. L’Algérie tirait alors son prestige d’une indépendance conquise et non octroyée, et apparaissait comme un phare politique et diplomatique en Afrique.

    Le rayonnement algérien s’est notamment exprimé avec la thématique du nouvel ordre économique international (NOEI) qui visait à compléter l’indépendance politique par un rééquilibrage des relations économiques au profit des pays récemment indépendants, en développement. Cette thématique a agité les débats de l’Assemblée générale de l’ONU et de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED, 1964). Droit au développement, droit du développement, inégalité compensatrice étaient des formules très en vogue. L’Algérie, avec notamment Mohammed Bedjaoui, éminent juriste 3 , a joué un rôle de premier plan dans la promotion du NOEI. Il a culminé en 1974, avec la Charte des droits et devoirs économiques des États, grande résolution déclaratoire de l’Assemblée générale. Auparavant, en 1962, elle avait reconnu la souveraineté permanente des États sur leurs ressources naturelles, ouvrant la voie à diverses nationalisations. Le droit du développement était appuyé par l’URSS et les démocraties populaires, auxquelles il ne coûtait rien.

    L’Algérie indépendante n’était pas pour autant d’obédience communiste, contrairement aux craintes réelles ou feintes de certains. Elle était avant tout nationaliste, et collectiviste sur le plan économique. Elle regardait en outre avec faveur du côté des États-Unis, qui avaient soutenu son indépendance. Cela ne la dirigeait nullement vers un rapprochement poussé et, suivant la formule du président Boumédiène, l’Algérie n’avait pas rejeté le petit colonialisme français pour tomber sous le grand impérialisme américain. Le non-alignement dont elle se réclamait gardait ses distances. Toute cette thématique, droit du développement et, il faut bien le dire, non-alignement, a sombré avec la chute du mur de Berlin. Économiquement, le collectivisme a échoué, le NOEI a été remplacé par l’économie de marché et la mondialisation. Politiquement, le modèle soviétique de gouvernement est apparu comme un immense désastre historique, et les pays qui s’en inspiraient ont dû chercher d’autres formules, même si certains d’entre eux ont été confrontés à l’affaiblissement voire à la défaillance de leur État.

    Tel n’a pas été le cas de l’Algérie, qui a surmonté de grandes vicissitudes internes sans changer ses principes d’indépendance. Ils la conduisent à une posture parfois revêche. Or l’acrimonie ne fait pas bon ménage avec la diplomatie. L’Algérie a dû renoncer à transformer les rapports internationaux, même si elle conserve une préférence pour le multilatéralisme. Mais elle est confrontée à une querelle avec le Maroc qui nuit à son influence en Afrique, et elle est peu favorable au régionalisme maghrébin en dépit des déclarations. De la même manière, elle refuse de participer à l’Organisation internationale de la Francophonie, alors qu’elle y trouverait un multiplicateur d’influence. Sur le plan sécuritaire, elle n’entend pas participer à des actions armées au Yémen ou en Irak et en Syrie, alors qu’elle lutte contre le terrorisme international. Droit des peuples et non-intervention demeurent des principes organisateurs. L’ouverture est plus sensible sur le plan économique que sur le plan politique. Et, sur le plan interne, l’Algérie est un pays sous pression.

    Un pays sous pression

    La première impression lorsque l’on considère la situation interne de l’Algérie est celle de la stabilité, en dépit de changements démographiques considérables et d’une vie politique toujours sous le coup de la violence. En y regardant de plus près, on est frappé par l’importance des défis intérieurs, politiques, économiques et sociétaux qui maintiennent le pays sous une pression permanente.

    L’apparence de la stabilité Cette stabilité n’est bien sûr que relative, elle doit être mise en regard des secousses qui ont ébranlé le pays depuis sa naissance : dès l’indépendance, accession au pouvoir par la force d’Ahmed Ben Bella, qui écarte le GPRA avec lequel avaient été conclus les accords d’Evian ; puis coup d’État de Houari Boumédiène qui renverse le régime précédent et occupe durablement le pouvoir ; puis des successions plus ou moins démocratiquement assurées jusqu’à l’interruption d’un processus électoral qui promettait d’installer des islamistes au gouvernement ; après de nouvelles péripéties dont des assassinats politiques, la présidence d’Abdelaziz  Bouteflika, qui entraîne une nouvelle période plus calme. L’Algérie parvient durant ce demi-siècle à surmonter une véritable guerre civile face à un terrorisme intérieur aux ramifications internationales. Mais la génération des moudjahidin, combattants de l’indépendance, demeure pour l’essentiel aux commandes, même si certains chefs historiques ont été progressivement éliminés par des luttes internes. S’y ajoute une administration solide, et le rôle de l’École nationale d’administration (ENA) locale permet d’associer compétence, ascension sociale et loyauté. L’État algérien est en profondeur un État solide, en dépit des fragilités inhérentes à ce type de régime, fondamentalement autoritaire.

    Comment le caractériser ? Deux types de comparaison se proposent. Le premier, contemporain, est le modèle poutinien, régime nationaliste dont le ressort est la frustration après la disparition de l’URSS et la volonté de réaffirmation nationale, appuyée par un fort soutien populaire et relayée par des oligarques qui ont largement tiré profit de la privatisation des richesses collectives. Peut-être y a-t-il quelques éléments communs, notamment avec certaines formes de clanisme et de corruption 4 . La situation est cependant différente. Le président Bouteflika n’a ni le rayonnement ni l’autorité effective d’un Vladimir Poutine, et le problème de l’Algérie n’est pas de transformer un empire défunt en État-nation, il est plutôt celui du développement. Une deuxième référence possible est un modèle plus ancien, le modèle Atatürk (1923-1938), un pouvoir personnel et même personnalisé, d’apparence civile, appuyé sur un État profond dominé par l’armée, avec un souci de modernisation de la société. Là aussi, quelques éléments communs, notamment quant au rôle de l’armée, colonne vertébrale du régime, mais on peut douter de la volonté de moderniser la société, plutôt conduite à une régression traditionaliste du fait de l’arabisation et des compromis avec l’islamisme. La société civile algérienne dynamique et moderne se définit plutôt en opposition avec le régime.

    Le régime algérien ne se compare pas non plus avec ceux de la Tunisie ou du Maroc. L’empreinte étatique du colonisateur, plus forte en Algérie, et les conditions violentes de la décolonisation lui ont donné des traits originaux. L’un de ceux-ci est la violence politique, une certaine dureté des rapports humains, une société sans doute plus égalitaire et plus éruptive que dans les pays voisins. Un autre, d’origine plus ancienne, tient à un pluralisme culturel et social, avec la question kabyle ou de la vallée du Mzab, qui s’ajoutent à un esprit public très politique et volontiers rebelle. Bien sûr, opacité, corruption et clanisme accompagnent le pouvoir. Ce modèle est toutefois loin d’être propre à l’Algérie, il tend même à se développer partout derrière une façade démocratique et pluraliste. Quoi qu’il en soit, l’État a dominé des périodes agitées, il a largement équipé le pays – communications, logements – et favorisé l’éducation d’une jeunesse surabondante. Il reste nombre de défis qui s’ajoutent aux menaces extérieures, le moindre d’entre eux n’étant pas la succession de l’actuel président.

    Des défis pressants

    ● Le défi d’ordre politique est à la fois permanent et récurrent. Récurrent avec le problème de la succession du président Bouteflika. Dans une démocratie ordinaire, une telle succession ne soulève pas de difficulté et s’insère dans le fonctionnement régulier des institutions, elle est prévue et organisée par une votation authentiquement pluraliste. Dans les régimes autoritaires, elle est toujours un moment de doute et de fragilité, avec un risque de saut dans l’inconnu. Ceci renvoie à une question plus permanente, celle de la démocratie et de l’État de droit, qui sont loin d’être réalisés en Algérie. Elle a progressé dans cette voie, il existe un certain pluralisme, la liberté des médias est plus forte, mais les verrous autour du pouvoir sont toujours présents, renforcés par les menaces sécuritaires. La dévolution du pouvoir gouvernemental apparaît encore relever d’un processus opaque, et l’élection davantage une ratification qu’une décision. L’indépendance des corps intermédiaires est également sujette à caution, même si le FLN a cessé d’avoir une emprise dominante sur le pays.

    ● Les défis économiques sont parmi les plus pressants. Longtemps, l’Algérie a pu se reposer sur une rente pétrolière et gazière. Elle lui a dans un premier temps permis, après les avoir financés, de surmonter des choix économiques initiaux, celui des « industries industrialisantes », un collectivisme d’État aux conséquences néfastes. Puis l’Algérie, suivant le mouvement général des pays socialistes, a su passer d’une économie collectiviste à une économie partiellement de marché. On a même relevé la montée en puissance d’oligarques actifs sur le plan national comme international. La rente des hydrocarbures a enfin contribué à couvrir les besoins fondamentaux d’une population à la démographie explosive et d’investir dans les équipements de base. L’inégalité dans le partage de cette rente était ainsi moins visible. La chute récente du cours des hydrocarbures remet cet équilibre économique et financier en cause, et risque d’aboutir à un endettement croissant du pays en attendant que des alternatives puissent être trouvées, dans un pays qui refuse depuis l’indépendance le développement d’une industrie touristique, en toute hypothèse fortement menacée dans la région.

    ● Quant aux défis sociétaux, ils tiennent pour une part à la croissance démographique qui aboutit à ce que nombre de jeunes Algériens aspirent à l’émigration, alors que les pays européens tendent à restreindre l’immigration pour des raisons économiques autant que culturelles. Ils tiennent aussi à ce que l’Algérie est, elle-même, zone d’accueil de migrants en provenance d’Afrique subsaharienne, immigration qui ajoute à ses difficultés et dont le transit vers l’Europe est de plus en plus difficile. L’Algérie est un pays jeune et sa jeunesse semble manquer de confiance en son avenir, face à un pouvoir à la fois fermé et gérontocratique. S’y ajoute l’emprise de l’islamisme, dont la fraction insurrectionnelle a été combattue et réduite, mais dont la pression sur la société civile et les contraintes sur les mœurs, la liberté individuelle et le statut des femmes restent puissantes. Cette société civile contenue, de plus en plus instruite et ouverte sur le monde, pourra-t-elle prendre son autonomie, et comment ? Là est sans doute la clé de la réussite de l’Algérie indépendante.

    Et le regret  ? Certainement pas l’Algérie coloniale, plutôt les conditions de l’accès à l’indépendance, qui aurait pu être plus pacifique et consensuelle au lieu de cet arrachement cruel pour tous. La responsabilité principale en incombe au colonisateur qui n’a pas su accepter à temps les évolutions nécessaires. Pour la France, le problème algérien s’achève le 5 juillet 1962. Pour l’Algérie, son histoire comme État commence. À cet égard, regret que les relations avec la France n’aient pas pu ensuite être normalisées, devenir apaisées et confiantes, que l’on n’ait pas réussi avec l’Algérie le type de réconciliation mis en œuvre avec l’Allemagne. La méfiance et les mésententes entre les deux pays sont à somme négative pour chacun des deux. Le fait par exemple que l’Algérie ne soit pas membre de l’Organisation internationale de la Francophonie réduit son influence dans ce qui devrait être un espace naturel d’entente et de coopération. Cette méfiance ne favorise pas non plus l’intégration en France d’une immigration massive provenant d’Algérie, qui aurait toutes raisons de se fondre dans l’ensemble national n’étaient les survivances d’un ressentiment que le temps ne semble pas effacer, quand il ne l’alourdit pas. Voici quelques années, le projet d’un traité d’amitié entre les deux pays a malheureusement échoué. Formulons le vœu qu’un jour des hommes ou femmes d’État sachent sur le métier remettre cet ouvrage.

    Serge Sur

    Source : Centre Thucydide, sept-oct 2016

    Tags : Algérie, France, Guerre d’Algérie, guerre de libération, mémoire,