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  • Erdogan: "La présence de la Turquie en Libye a permis d’équilibrer l’équation"

    – Le Président turc expliqué que la Turquie s’est opposée lors de la Conférence de Berlin à un rôle de “coordinateur de l’UE” en Libye alors que l’ONU est engagée dans ce processus.

    Mehmet Tosun,Tuncay Çakmak |20.01.2020
    AA – Ankara
    Le Président de la République de Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a expliqué que l’intervention de la Turquie auprès du Gouvernement d’Entente Nationale en Libye a permis d’équilibrer l’équation dans ce pays et ainsi de renforcer les espoirs de paix.
    Le Chef de l’Etat turc a répondu aux questions des journalistes, dans la nuit de dimanche à lundi, dans l’avion qui le ramenait de Berlin où il a participé à la conférence sur la Libye.
    Il a commenté les conclusions de cette conférence qui avait pour but de consolider le cessez-le-feu pur permettre une reprise du processus politique pour une solution à la crise libyenne.
    Il a rappelé qu’une déclaration finale contenant 55 points a été adoptée par les pays participants.
    Pour Erdogan, l’essentiel de ces conclusions est le fait qu’une feuille de route sous l’égide des Nations Unies a été établie.
    “Si le cessez-le-feu pour lequel nous avons lancé un appel avec Poutine est respecté, le chemin pour une solution politique sera ouvert”, a-t-il estimé.
  • Erdogan: “La présence de la Turquie en Libye a permis d’équilibrer l’équation”

    – Le Président turc expliqué que la Turquie s’est opposée lors de la Conférence de Berlin à un rôle de “coordinateur de l’UE” en Libye alors que l’ONU est engagée dans ce processus.

    Mehmet Tosun,Tuncay Çakmak |20.01.2020
    AA – Ankara
    Le Président de la République de Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a expliqué que l’intervention de la Turquie auprès du Gouvernement d’Entente Nationale en Libye a permis d’équilibrer l’équation dans ce pays et ainsi de renforcer les espoirs de paix.
    Le Chef de l’Etat turc a répondu aux questions des journalistes, dans la nuit de dimanche à lundi, dans l’avion qui le ramenait de Berlin où il a participé à la conférence sur la Libye.
    Il a commenté les conclusions de cette conférence qui avait pour but de consolider le cessez-le-feu pur permettre une reprise du processus politique pour une solution à la crise libyenne.
    Il a rappelé qu’une déclaration finale contenant 55 points a été adoptée par les pays participants.
    Pour Erdogan, l’essentiel de ces conclusions est le fait qu’une feuille de route sous l’égide des Nations Unies a été établie.
    “Si le cessez-le-feu pour lequel nous avons lancé un appel avec Poutine est respecté, le chemin pour une solution politique sera ouvert”, a-t-il estimé.
  • Le dossier n’a pas figuré dans l’ordre du jour du Conseil : Quid des problèmes financiers de l’Algérie ?

    Le Conseil des ministres de samedi dernier a été consacré à l’examen des dossiers commerce, logement, industrie, santé, start-up et, donc, à des questions urgentes. La réunion présidée par le chef de l’Etat ne s’est pas limitée à des constats, mais à l’exposé de feuilles de route sectorielles jusqu’à l’horizon 2024, en particulier pour les branches habitat, industrie, commerce, agriculture. Mais le plus étonnant dans ce premier Conseil des ministres, à la veille de la finalisation du plan d’action du gouvernement, est l’absence d’examen du volet financier qui constitue l’urgence des urgences sur le plan économique.

    Un large cercle d’économistes avait pourtant affirmé que les mesures les plus urgentes du gouvernement Djerad, au chapitre économique, s’avère celles qui tendent à redresser la situation financière marquée par un déficit important du Trésor, estimé à plus de 2 000 milliards de dinars en 2020, de la balance commerciale et de la balance des paiements. En un mot, l’urgence des urgences est d’abord l’annonce de nouvelles décisions pour faire face au déficit budgétaire important et aux nouvelles dépenses budgétaires induites par la mise en oeuvre du programme présidentiel. Il s’agit là de mesures à court terme qui pourraient soulager le pays en attendant d’autres remèdes, la mobilisation de nouvelles ressources financières pour couvrir les besoins d’investissements publics à moyen terme.

    Paradoxalement, pour plusieurs économistes, parmi les urgences figure la réduction des dépenses publiques, en particulier le train de vie de l’Etat. Pour un économiste, le volet financier reste en outre à la marge dans ces premières semaines de gouvernance Tebboune. Pour preuve, l’absence d’un Secrétaire d’Etat ou d’un ministre délégué à la réforme bancaire et financière dans le gouvernement Djerad. Quand on sait l’importance de cette réforme structurelle sur la redynamisation de l’économie du pays, cette omission demeure surprenante. Parallèlement, l’un des chantiers les plus urgents est la définition d’une trajectoire à moyen terme qui donnerait plus de lisibilité ou de visibilité aux investisseurs. C’est du reste un préalable au recours à l’endettement extérieur (recours aux crédits multilatéraux, c’est-à-dire consentis à des conditions favorables) en vue de couvrir une partie des besoins de financement du pays.

    Il convient ici d’adopter cependant la prudence. La feuille de route en matière de réforme fiscale avec ses mesures à court et moyen termes n’est pas prête aujourd’hui. Idem probablement pour la trajectoire budgétaire. On en saura davantage quand le programme du gouvernement Djerad sera rendu public dans quelques jours, voire au cours des prochaines semaines.

    Ce qu’il faut noter, au chapitre rose, lors de ce Conseil des ministres, c’est une série de recommandations pertinentes du Président de la République telles que la lutte contre le gaspillage du pain, l’imposition de normes aux frontières pour empêcher la commercialisation de produits non conformes, dont les appareils de chauffage qui seraient à la source de la mort de dizaines de citoyens par inhalation de monoxyde de carbone depuis le 1er janvier 2020, le traitement en urgence du dossier véhicule SKD-CKD en vue de mettre fin à l’importation déguisée de véhicules qui a profité à certains oligarques aujourd’hui emprisonnés.

    A noter que le caractère dépensier de l’Etat semble perdurer au regard de la déclinaison d’un programme de réalisation de 1 million de logements d’ici à 2024 en contexte de crise financière. Cette politique de l’habitat, qui consiste à donner le logement à des catégories sociales qui peuvent épargner pour obtenir le logement aidé, est-elle soutenable ? s’interrogent plusieurs économistes. Selon eux, le logement devrait aller aux catégories sociales les plus démunies. Pour les couches moyennes des formules de location plus souples et plus accessibles qu’aujourd’hui, conjuguées à des formules d’épargne logement (effort d’épargne consenti) seraient plus appropriées. En un mot, l’Etat peut-il continuer à donner gratuitement un logement à des bénéficiaires qui vont, pour certains, le revendre ou le louer une année ou quelques années plus tard ? En attendant le plan d’action proprement dit, sur le volet dépenses, jusqu’ici, le chef de l’Etat ni le Premier ministre ne nous disent, quitte à le rappeler, comment financer toutes ces dépenses.

    Source

    Tags : Algérie, Hirak, Tebboune, gouvernement, économie, situation financière,

  • Maroc – Tintin et “Miloud”​, la Liberté de la Presse et encore et toujours l’Affaire Ben Barka…

    Jean-Yves Serrand

    “TINTIN ET MILOUD”… Une histoire surréaliste!

    Hier la Cour d’Appel de Paris a encore passé tout l’après-midi à examiner le nouveau recours (en appel cette fois) d’un certain Miloud Tounsi, ancien commissaire des services secrets marocains, contre le journaliste Joseph Tual auteur du documentaire “Ben Barka, l’obsession” diffusé sur F3 en 2015.

    Miloud Tounsi y est désigné par un de ses collègues comme étant Larbi Chtouki, condamné par contumace depuis 1965 pour l’enlèvement de Mehdi Ben Barka. Et le documentaire rappelle que suite à une longue instruction toujours en cours, la justice française a émis en 2007 un mandat d’arrêt international contre lui pour pouvoir l’entendre.

    Effectivement c’est grave. Et si M. Tounsi se sent injustement accusé, il devrait accepter d’être entendu par le juge. Mais zut, depuis 12 ans la police marocaine ne le trouve pas pour exécuter le mandat d’arrêt… Pourtant M. Tounsi semble être domicilié à Rabat et jouir de tous ses droits, puis qu’il a même le culot de mobiliser la justice française qui le recherche … pour juger les journalistes qui en rendent compte! Et celle-ci, bonne fille, s’exécute!

    L’an dernier la 17ème Chambre correctionnelle a déjà relaxé Joseph Tual du délit de diffamation, en notant le sérieux de son enquête. Hier le journaliste a à nouveau été soumis à un interrogatoire croisé sur chaque terme employé dans son documentaire, pendant que Miloud Tounsi devait siroter un thé à la menthe au Maroc! Enfin… s’il existe, comme l’a finement fait remarquer l’avocate de Joseph Tual à la présidente de la Cour, car après tout personne ne l’a jamais vu, ou pu vérifier l’identité de ce M. Tounsi!

    Joseph Tual on le sait, tient de Tintin: il ne lâche jamais ses enquêtes, serait-il le dernier en France à vouloir connaître la vérité de cette “subalterne” (comme disait De Gaulle) affaire Ben Barka. “Tintin et Miloud” aurait donc pu être un titre amusant, et pour les plus de 77 ans, si ne se profilait derrière l’ombre terrible d’un meurtre politique, une ombre occultée par tous nos gouvernements depuis 1965. Mehdi Ben Barka était alors la cheville ouvrière de la formation de la Tricontinentale, l’union des peuples du tiers-monde contre le néocolonialisme et le néolibéralisme. On ne saura jamais comment, resté en vie, il aurait pu infléchir le cours de l’Histoire.
    Le paradoxe est que si l’on parle encore de Ben Barka devant un tribunal aujourd’hui, c’est seulement grâce aux commanditaires de sa disparition, et à leur haine archaïque envers la liberté de la presse.

    Egalement, Les Brûlures de l’Histoire, Patrick Rotman : https://www.youtube.com/watch?v=vrYvGmml6KU

    Interpol diffuse quatre mandats d’arrêts internationaux

    Par LEXPRESS.fr le 01/10/2009

    Ils visent le chef de la gendarmerie marocaine et des membres des services secrets marocains, tous soupçonnés d’être impliqués dans la disparition de Ben Barka en 1965.

    Quatre mandats d’arrêts internationaux émis par la France et visant notamment le chef de la gendarmerie marocaine pour la disparition de l’opposant marocain Mehdi Ben Barka en 1965 à Paris, ont été diffusés par Interpol après accord du ministère de la Justice.

    Ces mandats, signés par le juge parisien Patrick Ramaël le 22 octobre 2007 au premier jour d’une visite d’Etat de Nicolas Sarkozy au Maroc, ont été notifiés ces derniers jours par Interpol, selon une source proche du dossier.

    Leur diffusion, via le Bureau central d’Interpol en France, fait suite à un récent feu vert du ministère français de la Justice, selon cette source.

    Ils visent le général Hosni Benslimane, chef de la gendarmerie royale marocaine, le général Abdelhak Kadiri, ancien patron de la Direction générale des Etudes et de la Documentation (DGED, renseignements militaires), Miloud Tounsi, alias Larbi Chtouki, un membre présumé du commando marocain auteur de l’enlèvement, et Abdlehak Achaachi, agent du Cab 1, une unité secrète des services marocains.

    “Ces mandats avaient été diffusés à l’époque sur le territoire national mais avaient été bloqués au niveau européen et mondial”, a expliqué à l’AFP l’avocat de la famille Ben Barka, Me Maurice Buttin.

    Leur diffusion a lieu alors que le ministre français de l’Intérieur Brice Hortefeux est revenu mardi d’une visite de trois jours au Maroc, où il s’est notamment entretenu avec son homologue Chakib Benmoussa.

    Ces mandats d’arrêt ont été relayés par Interpol au niveau international sous forme d’”avis de recherche internationaux à des fins d’extradition”, communément appelés “red notices”.

    “Nous nous demandons qui est derrière cette annonce”

    Leur conséquence immédiate est que les personnes visées risquent l’arrestation dès qu’elles quittent le territoire marocain.

    Jeudi soir, le gouvernement marocain n’avait pas réagi officiellement à cette information.

    “C’est une surprise mais aussi une ancienne histoire qui revient à la surface chaque fois qu’une ‘partie occulte’ veut salir les relations excellentes entre le Maroc et la France”, a toutefois déclaré à l’AFP une source proche du ministère de la Justice ayant requis l’anonymat.

    “Nous nous demandons qui est derrière cette annonce, qui ressemble à celle diffusée en 2007”, a ajouté une autre source, également proche du ministère de la Justice.

    L’Association marocaine des Droits humains (AMDH) a pour sa part immédiatement appelé les autorités marocaines “à communiquer les informations en leur possession pour faire toute la lumière” sur cette affaire.

    Le juge Ramaël avait émis au total cinq mandats d’arrêt en octobre 2007, mais le cinquième, visant un autre membre de Cab 1, n’a pas été relayé au niveau international en raison d’un problème de vérification d’identité, a confié une source proche du dossier.

    “Réveiller les esprits endormis”

    Leur émission en 2007, en pleine visite de Nicolas Sarkozy au Maroc, avait plongé la délégation française dans l’embarras. Le président français s’était retranché derrière le principe d’une justice “indépendante”.

    Elle visait, selon Me Buttin, avocat de la famille depuis 44 ans, à “réveiller les esprits endormis” sur une affaire qui “fait partie des relations entre la France et le Maroc”.

    Ben Barka, chef de file de l’opposition marocaine en exil et figure emblématique du tiers-mondisme, a disparu le 29 octobre 1965 devant la brasserie Lipp à Paris, lors d’une opération menée par les services marocains du roi Hassan II avec la complicité de policiers et de truands français.

    ***

    L’IMPOSSIBLE PROCÈS DE L’ASSASSINAT DU LEADER MAROCAIN BEN BARKA

    Vendredi, 2 Septembre, 2016

    Gilles Manceron

    Le 5 septembre 1966, s’ouvre à Paris le procès de l’assassinat de l’opposant Mehdi Ben Barka, enlevé en plein Paris en octobre 1965. Les services du roi Hassan II sont directement mis en cause. Malgré la volonté du général de Gaulle, la vérité ne surgira pas.

    L’enlèvement de l’homme politique marocain Mehdi Ben Barka, le 29 octobre 1965, en plein Paris, boulevard Saint-Germain, par deux policiers français, puis son assassinat ont suscité une vague d’indignation dans le monde entier. Le ministre de l’Intérieur marocain, le général Oufkir, aussitôt prévenu, est arrivé à Orly le 30 octobre, accompagné du directeur de la sûreté marocaine, le colonel Dlimi, et d’un homme de leurs services, et ils sont repartis une fois leur mission accomplie.

    Le chef du service secret français du SDECE, le général Jacquier, le ministre de l’Intérieur, Roger Frey, et le préfet de police de Paris, Maurice Papon, étaient informés de leur présence et de leurs actes, sans qu’ils mettent au courant le chef de l’État. Le général de Gaulle devait recevoir Mehdi Ben Barka durant son séjour et, quand il a eu connaissance des faits, il en a été furieux. Il écrit aussitôt à sa veuve, le 4 novembre, que « la justice exercera son action avec la plus grande rigueur et la plus grande diligence ». Mais, après l’élection présidentielle de décembre 1965, lors de sa conférence de presse du 21 février 1966, il choisit de qualifier l’implication française de « vulgaire » et « subalterne », et de tenir le gouvernement marocain pour seul responsable de la disparition de Ben Barka. La France a lancé des mandats d’arrêt contre le général Oufkir, le colonel Dlimi et l’un de leurs agents.

    La promesse de De Gaulle ne sera suivie d’aucun effet lors du procès ouvert le 5 septembre 1966. En l’absence des accusés marocains et des quatre membres de la bande du truand Georges Boucheseiche, chez qui Ben Barka a probablement été assassiné, seuls comparaissent l’agent du SDECE à Orly, Antoine Lopez, et le policier Louis Souchon. Les responsables policiers et politiques français qui étaient au courant et avaient prêté main-forte aux tueurs ne sont pas inquiétés.

    L’un des avocats de la partie civile, Maurice Buttin, accuse directement le roi du Maroc, Hassan II, d’avoir voulu faire revenir de force Ben Barka dans son pays, où il avait été condamné à mort à deux reprises, et d’être responsable de son assassinat. Pour éviter une dénonciation du crime qu’il a commandité, le roi a ordonné au chef de la sûreté, le colonel Dlimi, de se rendre à Paris pour interrompre le procès en demandant la cassation de son renvoi devant les assises. Après 37 jours d’audience, l’arrivée de Dlimi à Paris, le 19 octobre, a reporté la suite du procès au mois d’avril 1967.

    Dès la reprise, l’argumentaire de l’avocat de Dlimi, François Gibault, connu pour avoir défendu les hommes de l’OAS, a été clair : il a plaidé que ce n’était pas une affaire marocaine mais une affaire française, que Ben Barka avait été enlevé dans une voiture de police française, par deux policiers français en exercice et par un agent des services secrets français. Il a laissé entendre que si la justice française condamnait le chef de la sûreté marocaine, il pourrait en dire davantage sur les responsables français, le chef du SDECE, le ministre de l’Intérieur et le préfet de police, qui avaient aidé le roi du Maroc dans son projet.

    Tous les témoins gênants pour le roi disparaîtront

    Pour rendre l’avertissement plus clair, deux agents du SDECE envoyés par le nouveau chef de ce service pour enquêter au Maroc sur l’enlèvement de Ben Barka y ont été assassinés, le commandant Borel, le 6 février 1966, et Yves Allain, en mission pour le SDECE sous couverture de l’ORTF, le 15 octobre 1966, à Kénitra. Le message d’Hassan II a été entendu puisque le procès s’est achevé le 5 juin 1967, sur l’acquittement du colonel Dlimi, aussitôt accueilli triomphalement.

    Seuls des sous-fifres, Lopez et Souchon, sont condamnés à six et huit ans de prison. Les autres accusés, tous au Maroc sous la protection des services de la monarchie, le général Oufkir, l’agent des services marocains Miloud Tounsi alias Chtouki, et les truands Boucheseiche, Le Ny, Palisse et Dubail sont condamnés pour la forme, par contumace, à la réclusion à perpétuité. Tous ces témoins gênants pour le roi disparaîtront ensuite : les quatre truands seront liquidés plus tard par ses services, Oufkir sera abattu en 1972 après sa tentative de coup d’État et Dlimi mourra à son tour en janvier 1983 dans un « accident de la circulation ».

    Lors de Conseils des ministres, de Gaulle, lui, a fustigé l’implication du chef du SDECE, du préfet de police de Paris et de Roger Frey, il les a démis plus ou moins rapidement de leurs fonctions, tout en continuant à se taire en public sur leurs lourdes responsabilités. En déclarant les complicités françaises « vulgaires » et « subalternes », en ne voulant pas les mettre en cause publiquement, de Gaulle, dont la volonté de rendre justice, aussitôt exprimée à la veuve de Ben Barka quelques jours après l’assassinat, était probablement sincère, s’est trouvé dans l’impossibilité de tenir sa promesse.

    Gilles Manceron historien

    Publié par Laurence BRUGUIER CRESPY
    Cabinet d’avocats Maître Lauren…

    Source

    Tags : Maroc, Ben Barka, Miloud Tounsi, Joseph Tual, Hassan II, Mossad,

  • A Berlin, le Maroc paye la facture de son alignement inconditionnel avec Paris

    Le Maroc a exprimé officiellement son rejet de sa marginalisation de la conférence de Berlin sur la Libye organisée par l’Allemagne que Rabat accuse de vouloir «  la transformer en instrument de promotion de ses intérêts nationaux ».

    Pour prétendre à sa part du gâteau libyen, le Maroc a voulu rappeler aux autorités de Tripoli le rôle qu’il a joué dans le dossier avec les accords de Skhirat qui ont permis la création d’un Gouvernement d’Union national accepté en façade par l’Occident, mais trahi par ceux qui soutiennent le général Haftar, la France à leur tête, le véritable artifice de ces accords.

    A Tripoli, les responsables libyens sont conscients que la diplomatie de Rabat ne peut se dissocier de celle de l’Elysée, son premier allié dans le contentieux du Sahara Occidental et sa politique extérieur a toujours été caractérisée par un alignement aveugle aux aventures africaines des gaulois. Il semble que le président du gouvernement libyen a demandé, à la dernière minute à la chancelière allemande Angela Merkel d’inviter la Tunisie tout en écartant le Maroc. Al Sarraj est bien conscient que les autorités de Rabat se mettront du côté de leur alliés français. En d’autres mots : avec Haftar. C’est cela le Maroc, un pays qu’on appelle en cas de besoin, mais qui n’a aucun poids réel en raison du manque d’indépendance de sa diplomatie et notamment sa responsabilité dans la production de haschich, une drogue devenue une des principales sources du financement du terrorisme dans la région du Sahel.

    Tags : Maroc, Libye, Sahara Occidental, France, Sahel, Cannabis, conférence de Berlin,

  • Yennayer, le retour aux sources des banu mazigh: l’Algérie retrouve ses repères amazighs

    par Boudjemâa Haichour*

    Voilà consacré enfin dans les textes officiels en Conseil des ministres, Yennayer, Nouvel An amazigh le 12 janvier de chaque année, comme journée chômée et payée. Cette décision historique confirme l’attachement de notre Nation aux sources plusieurs fois millénaires de notre amazighité. Elle met fin à une situation qui a duré depuis la crise berbère de 1949 appelant les dirigeants du Mouvement national de libération à reconnaître les éléments de notre identité nationale. Le temps a fini par reconnaître cette légitime revendication grâce à la clairvoyance et au sens des responsabilités de tout un chacun.

    Depuis la ville de Constantine, ville de Massinissa, l’imam Abdelhamid Ibn Badis ne signait-il pas ses contributions dans les journaux de l’époque El Mountaqid, Echiheb et El Bassaïr sous la plume d’Ibn Badis le Senhadji, une des tribus berbères de notre arbre généalogique et socle identitaire de l’Algérie en lutte contre toute forme d’oppression et d’atteinte à sa personnalité ? Abdelhamid Ibn Badis, cet infatigable messager de la foi, qui a scruté de son temps les pages de notre histoire, sait combien nous devrions revenir à nos sources, lui qui a trouvé cette Nation formée et existante, qui a sa propre culture, ses habitudes, ses rites, ses mythes et ses mœurs.

    YENNAYER AU PALMARES DE NOTRE HISTOIRE MILLENAIRE

    Et si l’Algérie vient d’inscrire dans le palmarès de notre histoire pluriséculaire une des revendications légitimes de notre peuple en effaçant d’une manière irréversible ce déni aux racines amazighes de notre peuple, elle tire aussi sa généalogie des référents identitaires qu’a énoncés Ibn Badis dans son tryptique doctrinal. Après avoir constitutionalisé la langue amazighe et son officialisation, l’Algérie vient de réhabiliter un des fondements de sa personnalité nationale.

    Et pour exprimer aux générations futures cette appartenance généalogique, se confirme en plus l’entrée en vigueur de Yennayer comme jour de l’An amazigh, avec les préparatifs pour la création d’une Académie de la langue amazighe en plus du Commissariat à l’amazighité qui existe déjà depuis plus de trois décennies.

    Ainsi, aux confluences des grandes civilisations qui ont marqué notre histoire, notre pays est l’un des rares dans le monde à célébrer trois fois le nouvel an, marquant à la fois notre attachement à nos valeurs mais également s’inscrivant dans l’humanité. Nous venons de fêter le nouvel an dit grégorien le 1er janvier du calendrier grégorien devenant universel ou civil, institué par le pape Grégoire XIII en 1582. Evidemment, avec l’arrivée des Romains, l’empereur Jules César avait instauré le calendrier Julien dès l’an 45 av. J.-C.

    YENNAYER CELEBRE DANS LA CONVIVIALITE FAMILIALE

    Tout ceci a fait que le calendrier amazigh qui intervient chaque année le 12 janvier, avait été gommé pour laisser place au nouvel an grégorien. Presque partout dans nos régions, Yennayer, qui est le nouvel an amazigh, a été toujours célébré dans la convivialité familiale.

    S’il faut revenir à l’histoire, on note que l’avènement de Yennayer est intervenu en l’an 951 av. J.-C. En effet, les Imazighen ont eu à s’affirmer aux rois pharaons, notamment le rite organisé à la mort de Namart, père de Sheshanq I, fondateur de la 22e Dynastie des Pharaons. Il faut dire qu’en l’an 950 av. J.-C., à la mort du pharaon Psoussenses, un Amazigh nommé Sheshnaq a été élevé au rang de Pharaon d’Egypte. Il devient la première autorité de toute la région du Nil en fondant sa capitale Bubastis. Yennayer est une fête qui plonge ses racines au profond des millénaires d’histoire. Comme toute fête, les gens se soumettent à des rites.

    YENNAYER SYMBOLE DE LA RICHESSE ET DE LA FERTILITE

    Yennayar est symbole de la richesse. Le rituel « asfel » purifie les lieux et expulse les forces maléfiques. A ce jour en Kabylie, chez les Beni Snous dans la région du Khemis, région de Tlemcen, dans les Aurès, Yennayer est célébré avec un couscous à la viande provenant d’un animal sacrifié dans le strict respect des croyances marquant l’événement. Un bon signe des retrouvailles d’une bonne année qui commence. Des sept légumes cuits avec de la viande et les pieds de l’animal égorgé, la nouvelle année apporte son lot de moissons. Mais on prépare des crêpes (sfendj) et des trids dans certaines localités. En ce jour, on casse les noix, les amandes et on fabrique des gâteaux avec des œufs. Toute cette tradition plusieurs fois séculaire est suivie dans les hauts lieux de notre pays où la population reste attachée à cette pratique rituelle.

    AZUL YENNAYER-ASSUGAZ AMAGAZ

    YENNAYER-2970- LA KABYLIE

    AU FIRMAMENT DES ZAOUIAS

    Dans ce moment du nouvel an amazigh, nombreux sont ceux qui se rendent dans les zaouïas qui sont nombreuses dans la région de la Kabylie telles que : zaouiat Ben Abderrahmane d’Aït Smaïl, de Sidi-Sahnoun de Djamaâ Saharidj, celle du cheikh Mohand Ould Hocine d’Aïn El-Hammam ou de Sidi-Ali Moussa des Maâtkas, de Sidi Mansour de Timizart, de Sidi-Bahloul d’Azazga, de Sidi Khelifa d’Azefoun, de Cheikh Ouhadj de Djemaâ Saharidj, de Sidi-Beloua de Tizi-Ouzou, la Zaouia de Ouled Ouali Cherif d’Akbou, de Sidi M’hand Ouhedad de Tifra, de Sidi Ahmed Ouyahia d’Amalou, de Sidi Saïd de Seddouk, de Sidi-El-Djoudi dans la contrée du Guergour et d’Amizour, Zaouia Boukharouba des Ouled Rachid, Zaouiat El-Amoura de Sour El-Ghozlèn, etc.

    En ce nouvel an, il y a beaucoup de chants, de medhs. Le peuple qui fêtera l’année hégirienne, considère Yennayer comme une fête qui s’inspire de nos valeurs ancestrales, de l’amour de la terre depuis la Numidie. Signe de prospérité et de renouveau, Yennayer apportera avec l’aide de Dieu, paix et sérénité de l’âme. Une pieuse pensée à tous ceux de nos morts qui ont milité pour l’avènement de cette reconnaissance par la Nation. Ainsi se construisent les Nations qui fondent leur existence au respect de leur histoire et de leurs héros.

    YENNAYER PREMIER MOIS DE L’ANNEE DANS LE CALENDRIER AMAZIGH

    Enfin les douze mois du calendrier amazigh : Yennair, Forar, Meghras, Ibrir, Mayyou, Yunyou, Ghuchit, Chtember, Ktober, Wambarr, Djember. Tout cela correspond aux activités agricoles, à la fertilité et aux moissons. Ceci pour exprimer que le Nouvel An est une symbolique annonciatrice de l’abondance. Yennair est un retour aux sources, un ressourcement au profond de nos origines amazighes.

    Le peuple algérien fête le Nouvel An Hégirien en tant que musulman selon le cycle lunaire, c’est l’avènement de l’ère musulmane appelée Awwal Mouharam.

    Que cette nouvelle année amazighe soit pour notre peuple, l’année de la prospérité, toujours dans la réconciliation nationale et le grand pardon.

    RESSOURCEMENT RENOUVELE DE NOS RACINES

    Des Béni Snous aux confins de la Kabylie en passant par les Aurès et la région Sud de notre pays, les familles algériennes fêtent Yennayer en guise de ressourcement renouvelé à nos racines. Une fête où on remet au goût du jour les plats de l’art culinaire lié avec le rituel ancestral qui l’entoure dans toute la spiritualité, la baraqa des saints et l’allégresse. Yennayer ce premier mois du calendrier amazigh remonte ses origines depuis les millénaires dans cette contrée nord-africaine.

    Il faut dire que le calendrier Julien officialisé à Rome par Jules César en l’an 45 avant J.C, inventé par l’astronome et philosophe grec Sogicène d’Alexandrie, s’inspirant partiellement de l’antique calendrier égyptien, qui organise l’année civile en tentant de l’identifier à la seule année tropique ou année solaire. Au 2ème siècle avant J.C l’année se compose d’environ 365,242 jours et l’année julien en compte 365,25 jours lesquels se décomposent en 12 mois de 28, 30 et 31 jours ainsi qu’un jour intercalaire tous les quatre ans (année bissextile).

    Le calendrier julien est le premier construit selon une observation fine de l’écliptique solaire. Il est considéré aujourd’hui comme calendrier universel ou calendrier grégorien né d’une réforme par le pape Grégoire XIII le O4 octobre 1582.

    1- (Pour d’amples détails se référer aux computs calendaires, leurs histoires, leurs modes de calcul, leurs correspondances dans l’ouvrage complet de Dershowitz Nachum, Edward M. Reingold Cambridge Université Press 2007).

    2-Henri Genevois « Le calendrier agraire et sa composition » Le Fichier périodique Alger 1975.

    3- Jeannine Droein « Calendriers berbères » études berbères et chamito-sémitiques Louvain 2000.

    Il faut dire que Rome projeta sa puissance en Afrique du Nord dans le cadre d’une politique d’expansion impériale de colonisation de la conquête de Carthage (146 avant J.C) au démembrement du royaume numide de Juba 1er (46 avant J.C) et enfin l’administration directe de la Maurétanie suite à la mort du roi Bocchus 2 (33 avant J.C), Rome établit son empire à travers toute l’Afrique du Nord.

    Cette conquête est restée cinq siècles jusqu’à la prise de Carthage par le roi vandale Genséric (439 après J.C). Donc il existe en Afrique du Nord des traces anciennes de la célébration de la fête du Nouvel An Yennaer appelé calendes de janvier chez les romains.

    C’est Tertulien de souche africaine qui nous fournit cet élément, né et mort à Carthage dans son ouvrage « De l’Idolâtrie » composé en 212 après J.C a éprouvé le besoin de décrire ces réjouissances.

    Cette illustration concrète de la célébration des calendes d’Ianiarius se trouve parmi les mosaïques du calendrier mural retrouvé sur le site de l’antique Thysdrus (El Jem Tunisie) daté entre 222 et 235 remarquablement bien conservé, représente les quatre saisons et les mois.

    La figure symbolisait Ianiarius qui représente deux hommes se donnant l’accolade. A l’arrière-plan on distingue une «galette, le reste étant des fruits». (Voir Christophe Hugoniot dans «Rome en Afrique» Paris Flammarion 2000) et «Œuvres de Tertulien, tome deuxième d’Eugène Antoine Genoude Louis Vives Paris 1852 ainsi que le «calendrier de Thysdrus» de Louis Foucher Paris CNRS 2000).

    Enfin une troisième attestation de l’ancrage des célébrations de la fête de Ianus dans l’Afrique du Nord de l’époque romaine, nous est donnée un siècle et demi plus tard par Saint Augustin d’Hippone 354/430) qui condamne les Calendes de Janvier en tant que fête du Nouvel An comme étant des survivances de cultes paiens à éradiquer dans «la Cité de Dieu».

    IANIARIUS EST’IL L’ANCETRE DE YENNAYER ?

    Il s’avère donc que durant plusieurs siècles d’occupation romaine, les fêtes d’Ianiarus, ancêtre de Yennayer, ont été célébrées en Afrique du Nord. Saint Augustin est la dernière source latine africaine évoquant les calendres de Janvier.

    Avec les «Fatihines», les adeptes de la «Rissala mohamadia» ramènent avec eux le calendrier dit de «l’Hégire» dont l’An 1 correspond à l’An 622 de l’ère chrétienne. Le calendrier musulman exclusivement lunaire correspond à 12 mois soit 354 jours ou 355 jours tous les dix ans, soit 11 de moins que l’année tropique. Ce calendrier est déconnecté du rythme des saisons, qui dépendent du soleil.

    Le premier jour du premier mois de l’année sont appelés « Al Mouharam ». Mais la première trace systématique de la transmission du calendrier julien latin chez les lettrés arabophones musulmans se rencontre dans le célèbre calendrier de Cordoue (Voir l’ouvrage de Charles Pellat « le calendrier de Cordoue » Leiden, Brill 1961) connu sous le nom arabe de Rabi Ibn Zayd conseiller dans la cour des califes cordouans Abd Rahman III et Al Hakam II, traduit en latin au XIIème siècle par Gérard de Crémone.

    Contrairement au calendrier lunaire, c’est le calendrier solaire qui est le plus utilisé par les agronomes musulmans d’El Andalous qui permet de suivre les saisons déterminées par la révolution de la Terre autour du Soleil.

    Qu’en est-il alors du vocable ‘Yennayar» ? Ce dernier apparait pour la 1ère fois dans les poèmes rédigés par Mohamed Ibn Quzman (1078/1116), considéré comme le maître du genre poétique « zajal » par opposition à la prosodie ou le Mouwachah.

    IBN QUZMAN LE MAITRE POETIQUE DU ZAJAL ET YANNAYER

    Ibn Quzman n’hésite pas de puiser dans l’arabe populaire andalous d’où il utilisa le terme « Aïd Yannayar » pour évoquer la célébration Yannayer et décrit les différents fruits consommés par les Cordouans pour l’occasion. Il faut dire qu’à partir du XI siècle l’Andalousie est intégrée aux grands empires amazighs almoghavid puis almohad.

    Pour contredire la contribution publiée en ligne par Yidir Plantad sur le site «Tamazgha.fr» (Yennayer-histoire d’un mot), il faut qu’il sache que le terme Yennayar qui intervient le 12 Janvier de l’ère grégorienne est bel et bien d’origine et de filiation amazighe dont les premiers fatihines partis sous le commandement de Tarek Ibn Ziad étaient comme lui des Imazighen.

    Cette fête de Yennayar ne peut être que berbère depuis 950 avant J.C, date à laquelle Chechnaq aurait remporté la bataille décisive contre les pharaons, soit la 22ème dynastie, pour faire correspondre le 1er jour de Yennayer.

    * Chercheur Universitaire – Ancien ministre

    Le Quotidien d’Oran, 19 jan 2020

    Tags : Algérie, amazigh, yennayar, culture berbère,

  • ICESCO and Mauritania Explore Cooperation

    The Director-General (DG) of the Islamic World Educational, Scientific, and Cultural Organization (ICESCO), Dr. Salim M. AlMalik, met on November 17, Mr. Mohamed Ould Hanani, Ambassador of Mauritania to Morocco, at the…

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  • Libye : les occidentaux cumulent naïveté et erreurs géopolitiques en série

    Alors que la “communauté internationale” soutient toujours le gouvernement d’Al-Sarraj (Frères-musulmans et pro-turc) de Tripoli, lié à un parlement illégitime, les pays en guerre contre les Frères-musulmans, Emirats, Egypte et Russie (France officieusement) soutiennent l’armée du Maréchal Haftar, quant à lui soutenu par le Parlement légitime de Tobrouk (le plus récemment élu démocratiquement) et qui tente de prendre la capitale libyenne. Ce dernier vient d’ailleurs de s’emparer de Syrtes, un revers important pour le camp Sarraj qui bénéficie en revanche du renfort de jihadistes et miliciens islamistes que l’armée turque exfiltre de Syrie depuis quelques temps…. Alexandre del Valle revient sur les forces en présence, locales, régionales et étrangères, et sur l’incroyable faute de l’Occident et notamment du gouvernement français de l’épique, qui ont ouvert une incontrôlable boîte de pandore islamo-terroriste en renversant le régime de Mouammar Kadhafi en 2011 comme les Américains Saddam Hussein en Irak en 2003. Alexandre del Valle a notamment rencontré le géopolitologue Mourad al-Attab, proche de Saîf al islam Kadhafi, dont il évoque les chances de retour dans son dernier ouvrage.

    Lors de l’intervention franco-anglo-américaine de 2011, présentée comme un “appui à la révolution démocratique libyenne”, puis après la mort de Kadhafi, assassiné en octobre 2011 par des milices islamistes libyennes appuyées par les services-action de plusieurs pays occidentaux, les va-t’en guerre français et anglais, BHL-Sarkozy en tête, annoncèrent une « ère démocratique nouvelle ». Les Libyens purent fêter ainsi la mise en place inédite d’élections libres. Peu d’observateurs et médias occidentaux n’osaient toutefois évoquer le passé et la nature clairement islamiste, voire terroriste, de nombreux protagonistes de cette nouvelle Libye, tel Abdelkarim Belhadj, ex-combattant en Irak au sein du Groupe islamique combattant libyen d’Al-Qaïda en Irak et de son chef, Zarkaoui, précurseur de Daech… Ce dernier, qui fut reçut officiellement à Paris et ailleurs comme un “combattant de la Liberté”, devint vite, après avoir fait masaccrer Kadhafi, le “gouverneur militaire de Tripoli”. On connaît la suite de cette “plus grande faute géopolitique de la Vème République”.

    Forces en présence: Haftar versus Sarraj

    Les Nations Unies soutinrent dès le début le Gouvernement d’Accord National (présentable) de Fayez Al-Sarraj, à Tripoli, et son Parlement, depuis lors caduc et battu par un nouveau Parlement légitime réfugié à Tobrouk, dans l’Est du pays. Ce dernier soutient et est soutenu militairement par le Maréchal Haftar et son Armée nationale libyenne, résolument opposés aux islamistes frères-musulmans pro-turcs de Tripoli et à leurs milices islamistes-jihadistes de Misrata. Récemment, les troupes de Haftar, qui contrôlent la plus grande partie du pays, à l’Est et au Sud et au Centre, ainsi que la majeure partie des puits de pétrole du pays, ont réussi à prendre la ville de Syrtes. Face au Maréchal, les troupes pro-Sarraj, à l’Est, soutenues par la Turquie, le Qatar, et officieusement les Anglais, font dans l’équilibrisme en se présentant comme le gouvernement légitimé par les Nations unies (mais lié à un Parlement illégal), tout en s’appuyant sur les milices islamistes fréristes et jihadistes venues de Syrie ou d’ailleurs… Rappelons que Al-Sarraj bénéficie non seulement du soutien des Nations Unies mais surtout de celui des Frères musulmans, de leurs milices, et de leurs deux parrains politiques, militaires et financiers: le Qatar et la Turquie d’Erdogan, qui voudraient faire de ce pays leur chasse-gardée face à l’avancée du Maréchal Haftar. Il est vrai que ce dernier prône un gouvernement nationaliste/anti-islamiste dans la lignée de Kadhafi, d’où le soutien qu’il reçoit des Émirats Arabes Unis, de l’Egypte et même de l’Arabie saoudite de MBS qui livrent une guerre totale contre les Frères-musulmane, “matrice de l’islamisme et du jihadisme”.

    La Libye est donc coupée en deux depuis 2014, et sa déstabilisation depuis le “printemps arabe” – devenu un “hiver islamiste” – s’apparente à un véritable cauchemar sécuritaire : nombre de mercenaires libyens et Africains formés en Libye sont partis depuis dans des pays d’Afrique noire avec des stocks d’armes qui alimentent depuis le jihadisme en train d’ensanglanter de nombreux pays subsahariens et sahéliens, à commencer par le Centre-Afrique et les pays du G5 Sahel, que la France soutient. En 2017 Emmanuel Macron a ainsi tenté, sans succès, de réconcilier Haftar et Al-Sarraj en vue de stabiliser la Libye qui occupe une position stratégique pour l’Afrique subsaharienne, actuellement gagnée par le virus jihadiste, et pour l’Europe, en proie au “risque migratoire”, puisque c’est des côtes libyennes que partent la majorité des émigrés clandestins venus d’Afrique mais aussi que peuvent passer des jihadistes

    D’une certaine manière, la présidence de Macron essaie de remédier au chaos jihadiste que le gouvernement Sarkozy avait créé en renversant un régime – certes peu démocratique -mais qui avait le mérite de lutter contre le jihadisme et qui contrôlait les flux migratoires en Méditerranée orientale..

    Un “chaos durable”: l’impossible réconciliation entre les deux ennemis libyens représentants de forces régionales antagonistes

    Pour tenter de remédier à ce chaos, la Russie de Vladimir Poutine et son allié contre-nature, la Turquie d’Erdogan (la première soutenant Sarraj et la seconde Haftar) ont amorcé un processus de dialogue entre les deux principaux camps antagonistes, en recevant lundi dernier, à Moscou, le chef du gouvernement reconnu par l’ONU, Fayez el-Sarraj, et l’homme fort de l’Est, Khalifa Haftar. L’accord de cessez-le-feu, parrainé par les ministres des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov et turc, Mevlut Cavusoglu, portaient sur les modalités du cessez-le-feu proclamé dimanche 12 janvier, à la suite de l’appel commun des présidents Poutine et Erdogan. Le chef de la diplomatie turque a beau avoir annoncé un ambitieux « processus politique sous le patronage de la Russie et de la Turquie », peu d’observateurs semblent partager son optimisme, et le cessez-le-feu a déjà été violé maintes fois… Mieux, le maréchal Haftar, bien qu’appuyé par la Russie, a posé des conditions drastiques à la signature de l’accord, pour le moment uniquement signé que par son rival Sarraj. En toute logique, il n’a pas intérêt à le signer, et encore moins à envisager une réunification du pays avec des forces islamistes que ses protecteurs combattent à mort: Frères-musulmans et Turquie néo-ottomane d’Erdogan. Pour Haftar, un accord n’est aucunement envisageable sans la dissolution préalable des milices islamo-jihadistes qui soutiennent Sarraj, donc sans le renvoi des mercenaires syriens islamistes et des soldats turcs de plus en plus présents en Libye qu’Erdogan a fait exfiltrer de Syrie et des camps turcs. Le président turc voudrait, comme en Syrie, négocier une “zone d’influence” turque, comme par hasard en Libye occidentale, avec les miliciens de Misrata, descendants de colons turcs-ottomans, et avec le gouvernement de Fayez Sarraj, lui aussi descendant de Turcs avec qui Ankara a signé un accord de partage des eaux souveraines en Méditerranée en vue de l’exploitation de gaz et pétrole off-shore…. Face à cet état de fait inacceptable, Haftar exige de l’ONU que soit créé un comité dédié au désarmement et il refuse également toute médiation turque dans le dossier libyen, sachant que selon l’accord qu’il a refusé de signer à Moscou, des officiels turcs devaient faire partie du comité de cessez-le-feu, point inacceptable pour le maréchal Haftar pour qui la Turquie est une force ennemie qui soutient les Frères musulmans, leurs milices et des groupes jihadistes libyens, syriens et “internationaux”. Ceux-ci voient dans ce pays en plein chaos une nouvelle terre de jihad après leur départ de Syrie forcé par la victoire du régime d’Assad. Le camp de Khalifa Haftar réclame également l’instauration d’un réel “gouvernement de réconciliation nationale” qui regrouperait tous les Libyens, avec l’aval du Parlement de Tobrouk, le dernier élu, donc le seul légitime.

    Auteur de nombreux essais philosophiques, économiques et géopolitiques, le chercheur Morad El Hattab, qui vient de signer un ouvrage très éclairant sur la Libye (Saïf al Islam Kadhafi. Un rêve d’avenir pour la Libye*), déplore la façon dont “la France a été progressivement amenée à agir contre ses propres intérêts en Libye”. Patriote fervent, attentif à la défense des intérêts souverains de la France, EL Hattab a répondu aux questions d’Alexandre del Valle.

    Alexandre Del Valle : La France a-t-elle tort d’intervenir en Libye en 2011, pour y renverser le pouvoir de Mouammar Kadhafi ?

    Morad El Hattab : Il est bon en effet de rappeler que cette intervention en Libye a eu lieu il y a déjà neuf ans. Ce qui permet aujourd’hui d’avoir un certain recul et de juger l’arbre à ses fruits. Nous pouvons donc objectivement comparer la situation avant et après l’intervention occidentale en Libye, c’est un premier point : la Libye était devenue l’État le plus stable et le plus prospère d’Afrique, avec un système de redistribution avancée et une émigration tout à fait limitée.

    Nous pouvons aussi en effet, nous demander si cette intervention servait réellement les intérêts stratégiques de la France, ou bien au contraire, s’il s’agissait de servir des intérêts particuliers : nommément l’intérêt personnel de Nicolas Sarkozy (je développe pourquoi dans le livre), mais dans le cadre d’une lecture économique plus globale consistant à sauver le pétrodollar. Plus globalement, il y a toute une profondeur historique oubliée de la question libyenne qui est rappelée dans la première partie de l’ouvrage : non seulement la France a agi contre ses intérêts stratégiques, alors que ses relations avec la Libye étaient au beau fixe. Mais en plus, ce n’est pas la première fois que la France a été détournée à la fois par des intérêts personnels et par des intérêts étrangers, concernant précisément la Libye : je rappelle l’épisode des découvertes du pétrole du Fezzan par Conrad Killian, et la façon dont il fut assassiné en 1950 par les Services britanniques, pour avoir voulu servir les intérêts stratégiques français et le bien-être des populations locales de tout le Sahara. En ce sens, une profondeur historique est nécessaire pour comprendre que nous revivons les mêmes situations à 50 ans d’intervalle : « ceux qui oublient l’Histoire se condamnent à la revivre »…

    ADV: Vous voulez dire que la France a servi des intérêts étrangers en Libye, à la fois dans le passé et à notre époque ? Cette idée serait d’autant plus dérangeante, car nous voyons aujourd’hui que les conséquences de la déstabilisation de la Libye en 2011, par le trio anglo-américano-français, ont notamment engendré des vagues de migrants qui touchent certes l’Italie, mais aboutissent ensuite en France.`

    Morad El Hattab: C’est juste, et c’est lié : plus précisément, je dis que la France a été détournée non pas une fois mais deux fois dans l’Histoire récente, pour oublier ses intérêts stratégiques en Libye, au bénéfice d’intérêts étrangers… Et que ces luttes d’influence sont fort peu comprises en France aujourd’hui.

    Vous avez surtout raison de préciser qu’il s’agissait du trio « anglo-américano-français », qui est intervenu en Libye, mais je détaille les raisons pour lesquelles ce trio était en soi une absurdité : parce qu’historiquement les anglo-américains étaient rivaux et non pas alliés en matière pétrolière, mais que malheureusement la France est toujours restée la proie de cette rivalité, la proie du pétrole britannique spécialement, alors que les États-Unis étaient plutôt alliés de la France, étonnamment (je détaille ces éléments dans le livre). C’est-à-dire que l’intervention de 2011, fut l’aboutissement au grand jour de ce qui n’était auparavant connu que des initiés : le défaut de planification stratégique française en matière pétrolière, malgré une parenthèse récente (je dirais : « entre De Gaulle et Christophe de Margerie »… les initiés comprendront !), a abouti en 2011 à ce que nous ne soyons rien d’autre qu’un supplétif et un vassal, dans le cadre d’un partage anglo-américain du pétrole mondial. Sauf que ce partage du pétrole s’est fait au gré de luttes occultes dont nous n’avons pas fini de payer les conséquences aujourd’hui…

    ADV : Haftar est venu en France au printemps dernier. Pourquoi la France le soutient-elle alors que l’ONU et les États-Unis et la Grande-Bretagne soutiennent Fayez el-Sarraj ?

    Morad El Hattab : Globalement, parce que la France est actuellement détournée par certaines personnes qui ont été cooptés, mais qui n’ont pas conscience des intérêts stratégiques français. Voire pire, qui ont été coopté précisément, parce qu’ils n’allaient pas servir les intérêts stratégiques français… Alors oui, en effet : nous persistons à agir en dépit du bon sens partout dans la zone sahélo-saharienne, de façon tellement grossière que l’on pourrait même se demander parfois si ce n’est pas fait exprès !

    Et nous en voyons les conséquences, ces derniers jours à Moscou : seule la France n’était pas conviée, alors que je rappelle dans mon livre que nous aurions normalement dû avoir plus d’une raison d’être légitimes, à avoir voix au chapitre en Libye. Mais quelque part, ce livre, en rappelant toutes ces raisons, redonne indirectement une légitimité historique de la France en Libye, alors même que nos gouvernements depuis 2011, ont agi délibérément contre les intérêts stratégiques français et continuent de le faire aujourd’hui, en 2020…même si le Président Emmanuel Macron a déclaré en août 2019 qu’il lutterait contre cet « état profond », déclarant « qu’il ne voulait pas être otage de gens qui négocient » à sa place !

    C’est à chaque Français de prendre conscience de tout cela et de se poser de meilleures questions, et ça commence par lire des livres qui posent réellement les bonnes questions et y apportent des réponses au moins satisfaisantes pour l’esprit. L’action ne peut venir qu’après, en ayant réellement compris un sujet et non ce qu’en disent certains médias « français » qui n’aiment plus la France…

    Pour rappel, et fait étrange, le seul mort français de la guerre en Libye fut Pierre Marziali, un ancien du 3e RPIMA (régiment de parachutistes d’infanterie de marine)…manifestement exécuté alors qu’il servait, avec Robert Dulas, les intérêts de la France…sous couvert de la Secopex, une société militaire privée française !

    ADV : Dernière question : une collaboration entre Haftar et Saïf Al-Islam serait-elle possible, sinon souhaitable ou non souhaitable ?

    Morad El Hattab : C’est une question qui ne semble pas à l’ordre du jour ici, car il me semble qu’Haftar pense bénéficier encore aujourd’hui de l’inertie de la dynamique militaire enclenchée depuis le printemps dernier. Il vient de repartir de Moscou à la surprise générale sans avoir signé l’accord proposé aux belligérants qu’il avait validé oralement la veille !

    Pourtant, on peut envisager en quelque sorte un phénomène d’aiguillonnement ou de contrôle réflexif : Haftar est utile aussi longtemps qu’il sert de marteau contre l’enclume turque, et que les djihadistes de tout poil sont entre les deux… Il sera toujours temps ensuite, pour chacun des acteurs, de s’entendre ensuite en bonne intelligence une fois que les combats baisseront en intensité… faute de combattants. Chaque acteur sera ensuite entre deux voire trois influences, et c’est un ensemble de tractations qui aboutiront à un équilibre, par l’intelligence ou par la pression, d’où qu’elle vienne…

    Comme en Syrie, la diplomatie ne va faire que traduire le sort des armes, avant seulement qu’une solution politique ne devienne envisageable. Au minimum, nous pouvons considérer tout de même depuis la victoire de Trump, que c’est une dynamique de désescalade et de désarmement des djihadistes qui a été enclenchée, en Syrie comme en Libye. Le règlement au Sahel ou ailleurs viendra ensuite…

    ADV : Peut-on affirmer que les Occidentaux jouent avec le feu en Libye, en aidant les forces mondialistes et djihadistes alliées pour l’occasion (tant pro-Frères Musulmans avec le clan el-Sarraj, qu’avec les autres djihadistes) ? L’opération de renversement de Kadhafi avait bien été orchestrée par les Occidentaux en 2011, en s’appuyant sur des anciens d’Al Qaïda comme Abdelhakim Belhadj ou d’autres… Pouvez-vous développer ce point qui était caché au public mais qui commence à être dévoilé ?

    Morad El Hattab : De fait, les Occidentaux ont joué avec le feu en Libye, c’est absolument évident. Mais en fait ce ne sont pas les « Occidentaux » qui ont joué avec le feu : ce sont des luttes d’influence ancienne au sein de l’Occident, qui ont abouti au détournement de l’Occident. Un détournement par des forces à la fois affairiste et mondialistes (monopolisme spéculatif), unies pour démolir des États souverains en instrumentalisant n’importe quelle force supplétive pourvue qu’elle ait du mordant. Je cite par exemple Laurent Fabius, qui parlait du « bon boulot » des djihadistes d’al-Nosra en Syrie… Le même Fabius qui répondait « c’est la vie » avec une outrecuidance consommée, lorsque le Ministre russe des Affaires étrangères lui fit remarquer que les armes des djihadistes que combattait l’Armée française venaient… de la France (lorsque la France avait armée les djihadistes libyens) ! Fabius représentait-il alors « les Occidentaux », ou la volonté du peuple français ? Question bien dérangeante, qui conduirait à nous interroger sur la « fiction démocratique » que prône actuellement l’Occident…

    ADV: Dans ce contexte d’un certain retour au bon sens, quel est alors le jeu actuel des grands pays occidentaux concernant le pétrole libyen ?

    Morad El Hattab : Je pense qu’il y a une entente subtile, comme je l’ai dit, pour liquider les djihadistes utilisées par les uns et par les autres d’une part, mais aussi pour organiser le futur partage du gâteau pétrolier. C’est-à-dire que les États-Unis acceptent en quelque sorte, depuis Trump, de mettre un coup d’arrêt à leur utilisation antérieure des djihadistes depuis la guerre d’Afghanistan ; mais de l’autre côté, ils ne vont pas saper l’intégralité de leurs chances d’obtenir des parts du gâteau libyen. Ceci, indépendamment des questions de morale ou de souveraineté : l’Histoire pétrolière est une Histoire de « partage du gâteau », émaillée de guerres scélérates dans laquelle les pays faibles ou gênants sont broyés. Aussi longtemps que l’on n’interroge pas la décadence et l’origine de la décadence du modèle économique occidental, on ne peut que le constater. J’en parle également dans le livre…

    ADV : Parlons de ces conséquences : quelles sont-elles aujourd’hui, début 2020? Quels effets ont été engendrés par la guerre de 2011, sur le reste de l’Afrique Sahélo-saharienne : en termes de prolifération des mafias, des migrants illégaux, des trafics d’armes et de développement des groupes djihadistes ?

    Morad El Hattab : Comme l’a déclaré récemment Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères : «L’État libyen a été bombardé par l’Otan en 2011 et nous – surtout, bien sûr, le peuple libyen – récoltons toujours les conséquences de cette aventure criminelle et illégale».

    Les conséquences sont en effet énormes, mais nous ne pouvons pas dire que nous l’ignorions : les vrais spécialistes de la région et les services secrets occidentaux n’ont pas été écoutés, je le détaille dans mon livre, alors que nous savions pertinemment que la Libye était la clé de plusieurs équilibres géostratégiques africains mais également européens. Comprendre ceci supposerait d’évoquer l’Histoire bien plus ancienne de la Libye. Depuis 3000 ans, la Libye est le pays des contraires et de la dualité : dualité ancienne entre l’Égypte grecque et Carthage, dualité plus globale entre une bande côtière relativement hospitalière et un désert qui l’est bien moins, dualité plus globale entre mentalité pastorale et mentalité agricole… Avec surtout une conséquence : la difficile mise en valeur du pays, qui est une constante en Afrique du Nord (hors Maroc et Egypte). Cette constante engendre une violence latente, la difficulté d’y maintenir des États stables, et la facilité d’y entretenir des foyers de troubles en donnant par les armes, une perspective aux désespérés…

    On oublie trop facilement que la fonction d’un État, c’est la paix sociale. Ce qui veut dire a contrario que détruire l’État libyen, dont la stabilité était remarquable avant 2011, allait évidemment conduire à une instabilité persistante, dont les causes seraient multiples.

    ADV : Vous voulez dire que cette intervention a ouvert une boîte de Pandore, en libérant des instabilités chroniques qu’il était facile de réveiller puis d’entretenir ensuite ?

    Morad El Hattab : C’est exactement cela, et c’est d’une tristesse insondable parce que ceci était évitable ! Nous savons que la Libye était la clé des équilibres de toute l’Afrique du Nord, et pourtant nous l’avons démolie. La vassalisation progressive de la France en matière pétrolière, a engendré une complicité de guerre. Le pire est que ce pays a été démoli d’une manière tellement injuste, que les conséquences qui nous touchent d’ores et déjà, sont regardées comme légitimes et nourrissent en retour les arguments des djihadistes ! Or la France, contrairement à la Grande-Bretagne et aux États-Unis, n’est pas maîtresse du jeu et ne va faire que subir les conséquences, comme elle les subit déjà depuis les attentats de 2015… En démolissant la Libye, c’est en effet tout l’équilibre de l’Afrique Sahélo-saharienne qui a été perturbée. Et cette perturbation est entretenue aujourd’hui par des logiques totalement mafieuses, illustrant pour qui avait pu l’oublier, que quand les États sont artificiellement démolis, ils sont remplacés par les mafias. Les trafics d’armes, d’êtres humains, de drogues, ne sont que des conséquences évidentes qui se cachent derrière l’argument bien facile du « djihadisme ».

    ADV : Voulez-vous dire par là que le terrorisme islamique serait en fait l’appellation officielle d’une réalité beaucoup plus terre-à-terre ? Une simple logique mafieuse ?

    Morad El Hattab : Je dirais qu’il y a en fait deux logiques superposées :

    Premièrement, une logique réellement impérialiste mais pragmatique, consistant à diviser pour mieux régner, en remplaçant les États musulmans stables par des zones d’instabilités persistantes : regardez l’Irak, regardez la Libye, et regardez ce qui a été mis en échec en Syrie grâce à l’intervention russe… Dans tous les cas, il s’agissait d’empêcher des États de conserver leur souveraineté sur leurs matières premières stratégiques d’une part, sur leur monnaie d’autre part (je détaille ce point spécialement dans le livre, concernant la Libye).

    Deuxièmement, une logique idéologique de « choc des civilisations » par définition artificielle, consistant à faire oublier les anciens États musulmans stables, pour les remplacer par une idéologie djihadiste composite (qu’il s’agisse des wahhabites, des Frères musulmans ou de la confrérie Gülen en Turquie…). Et après il est facile de trouver un nouvel ennemi djihadiste, et de s’en servir à la fois contre les États récalcitrants, qu’ils soient musulmans ou occidentaux. Mais ce deuxième point soulève d’autres questions plus dérangeantes encore…

    ADV : Quel genre de questions dérangeantes ?

    Morad El Hattab : Et bien, pensez aux cartels mexicains, à travers un seul exemple : la banque Wachovia qui a été étrillée il y a quelques années, pour avoir blanchi plus de 300 milliards $ des cartels mexicains de la drogue. Un fait documenté dans les médias officiels, mais qu’on se garde bien de rappeler tous les jours. Ceci veut dire a contrario, que pour tuer ces mafias de la drogue, il suffirait simplement de couper leurs canaux financiers. La drogue des cartels mafieux nourrirait-elle le système financier mondial ? C’était ce que disait Denis Robert il y a quelques années, et ceci… devrait attirer notre attention.

    Par extension, l’État Islamique : on nous a vendu une « génération spontanée » de cette organisation, du jour au lendemain. Alors qu’il vendait son pétrole par des canaux qui ont été identifiés, dénoncés, et d’ailleurs bombardés copieusement par les soi-disant « méchants » Russes dès le début de leur intervention en Syrie… Alors qui combat de quel côté ?

    Entre-temps, ce fut l’étape de la guerre de Libye : je détaille dans mon livre, la façon dont les « insurgés » soi-disant Libyens qui n’avaient même pas encore gagné « leur » guerre contre Kadhafi, n’ont rien trouvé de mieux à faire que de créer une banque nationale libyenne. Des initiés de l’époque en avaient conclu que nous n’avions pas ici affaire à une banque de « pieds nickelés », mais à des réseaux bien plus organisés (détails et références dans le livre). Ça veut dire que nous aurions de fait, une alliance des cartels bancaires et des mafias, quelle que soit leur coloration idéologique « officielle », contre les États constitués. Et les peuples, qu’ils soient musulmans ou occidentaux, sont égaux face aux conséquences : les terroristes massacrent indifféremment des musulmans dans le monde musulman, et des Européens chrétiens ou non, en Europe… Il devient peut-être urgent de se poser de meilleures questions quant aux causes et conséquences de tout cela, et c’est l’objet global de mon livre.

    ADV : D’accord, et donc si je vous comprends bien, il y aurait d’un côté certaines banques et de l’autre côté les mafias, dont les intérêts se rejoindraient à un certain point du raisonnement ? Mais quelle serait la place du terrorisme entre les deux ?

    Morad El Hattab : C’est globalement ça. Ce qui implique deux questions distinctes ici.

    Premièrement, sur le lien entre banques et mafias : ce n’est pas moi qui le dis, c’est documenté largement par bon nombre d’initiés, et il y en a des traces souvent subtiles dans des œuvres grand public : pensez au film Sicario, sorti il y a quelques années, sur ses affaires de cartels mexicains mais avec de subtiles références aux banques blanchisseuses. Voyez également la décennie 1990 en Russie et ce que l’on appelait commodément la « mafia russe » : on pouvait difficilement croire que les banques blanchisseuses n’étaient pas au courant, et il y a eu toute une chaîne d’intérêts partagés entre des prévaricateurs publics, des enrichissements sans cause privés, des connexions mafieuses évidentes, et des banques occidentales également intéressées.

    Deuxièmement, sur la place du terrorisme : il conviendrait plus précisément de parler de « troupes mercenaires irrégulières », commettant des actes de terrorisme, et auxquelles on donnerait artificiellement une coloration idéologique afin de présenter leur combat comme quelque chose d’autre que ce qui n’est réellement. Le « djihad » plutôt que les intérêts des cartels bancaires de Wall Street ou de la City, par exemple, c’est quand même plus « mobilisateur », voyez-vous ? Alors évidemment, c’est plus facile avec des djihadistes prétendument « musulmans », qu’avec des mafieux et autres narcotrafiquants, qui auront du mal à prétendre qu’ils font cela « pour le Christ ». Pourtant, on n’a pas de mal à prétendre que les djihadistes massacrent des gens « pour le Prophète »…

    ADV : Attendez, mais les djihadistes sont musulmans, non ?

    Morad El Hattab : Certes, officiellement tout du moins. On dirait juridiquement qu’ils sont « réputés » musulmans, en effet. Mais de la même manière que l’on a considéré hier les Russes comme étant tous « bolcheviques », alors que les Russes ont subi de plein fouet le bolchevisme, en tant qu’idéologie artificielle. Or ceci nous a coûté une Deuxième Guerre mondiale générée en bonne partie artificiellement : rappelez-vous que l’on fait des guerres pour des intérêts et non pas pour des idéologies. On maquille avec des idéologies des guerres d’intérêt, nuance !

    Concrètement, dans notre cas d’espèce : on a maquillé une guerre de Libye « pour protéger des populations civiles », alors qu’il s’agissait de sauver le pétrodollar et les banques de Wall Street comme de la City. Ce fut une guerre instrumentalisant des djihadistes utilisés comme troupes mercenaires irrégulières, pour démolir un État qui voulait conserver sa souveraineté pétrolière et monétaire. Le clou du spectacle, c’est qu’on a retrouvé des traces parfaitement documentées de tout ceci dans les fuites de Wikileaks contre Hillary Clinton, et dans la source militaire « Qanon » : c’est-à-dire qu’une lutte d’influence a eu lieu aux États-Unis, afin d’arrêter une logique de guerres illégitimes menées par les États-Unis, au nom de certains intérêts particuliers dont Hillary Clinton était en quelque sorte, la « VRP ». Ceci ne peut pas être compris par des gens qui découvrent le sujet, et nous amènerait à d’autres développements…

    ADV : D’accord, alors si je récapitule : on a utilisé des mercenaires estampillés « djihadistes », pour démolir la Libye, parce qu’elle voulait conserver la souveraineté sur son pétrole ?

    Morad El Hattab : Et sa monnaie ! Sur le pétrole, c’est globalement l’idée. Mais il faut comprendre ceci dans un cadre plus vaste : le pétrole, en plus d’être une matière première stratégique, a été l’accélérateur de la financiarisation du monde. Une multiplication par 10 de la puissance des grands cartels bancaires, épicentrés à Wall Street et la City, par la grâce du pétrodollar depuis les années 1970. Je récapitule ces éléments dans le livre, ainsi que l’histoire oubliée des « pré-chocs » pétroliers de Kadhafi, lorsque Mouammar Kadhafi avait gagné son bras de fer dans un certain contexte précis, contre les pétroliers américains.

    Mais il y a ici une connexion « mondialiste » qui fait le lien entre tous les sujets : les intérêts des cartels bancaires anglo-américains, sont contraires aux intérêts des États, y compris des États-Unis en tant qu’État. En arrière-plan des luttes pétrolières, il y a des luttes plus globales pour la cooptation des têtes dirigeantes de ces États, nommément les États-Unis ici. Je récapitule dans le livre une trame « mondialiste » (ou « internationaliste », comme énoncé dans les mémoires de David Rockefeller), permettant de comprendre toutes ces interdépendances qui ont donné lieu à des luttes d’influences terribles. Mais l’élément modificateur majeur est récent : c’est en Libye qu’a eu lieu l’événement qui a été indirectement, à l’origine de la victoire de Trump contre Hillary Clinton. Tous ces détails sont dans le livre et je ne peux évidemment tout développer ici. Mais le lecteur averti trouvera des éléments peu communs sur toutes ces interdépendances…

    ADV : Vous faites ici référence à l’affaire de Benghazi, en septembre 2012, lorsqu’un ambassadeur américain a été assassiné par des terroristes djihadistes ?

    Morad El Hattab : C’est cela même, et ce fut une affaire bien suspecte. Or, c’est à partir de cette époque que de nombreux initiés au sein de l’Armée du Renseignement américain, ont rendu compte d’une lutte idéologique et d’une dynamique de contre-influence à l’intérieur de l’appareil d’État américain. L’une des principales conséquences s’est dévoilée contre Hillary Clinton, et Trump a été en quelque sorte un candidat coopté par le Renseignement militaire et l’Armée américaine, pour marquer un coup d’arrêt dans l’instrumentalisation imprudente des forces armées américaines, en Libye ou ailleurs. Car des soldats américains meurent aussi au Sahara aujourd’hui, du fait des conséquences de cette guerre de Libye. En octobre 2017 notamment, avec l’embuscade de Tongo au Niger. Là encore, des questions dérangeantes restent en suspens, mais on remarque que la victoire de Trump a marqué une inflexion majeure dans les positions des États-Unis, dans toutes les zones auparavant frappées par le djihadisme.

    ADV : Alors justement, à présent : pouvez-vous nous brosser un tableau des interdépendances qui ont eu pour point de départ cette déstabilisation de la Libye, spécialement sous l’angle de l’alimentation du djihadisme en Afrique, au Mali, au Burkina Faso, au Niger et ailleurs ?

    Morad El Hattab : Tout d’abord, il est primordial aussi que l’Union africaine, les pays du Sahel, le Maroc, la Tunisie, et principalement l’Algérie, soient à l’avenir invités à toutes les réunions, leur absence est un non-sens absolu sur le plan géopolitique ! L’Algérie qui est actuellement visée par une tentative de déstabilisation à ses frontières par les djihadistes et qui a déjà subi une lourde attaque à In Amenas en 2013 veut empêcher tout prix, comme l’exprimait l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal, que la Libye devienne le « Libyenistan ».

    Concernant les interdépendances, nous subissons deux fois la même Histoire, à partir des mêmes constantes stratégiques : le sud-est comme le sud-ouest de la Libye correspondent à deux nœuds stratégiques qui sont des couloirs de migrations historiques. Les nouvelles routes de la drogue en provenance d’Amérique du Sud renforcent des mafias qui renforcent le djihadisme, deux phénomènes étroitement liés.

    Les conséquences sont doubles pour la France, impliquée dans ces pays qu’elle ne peut prétendre stabiliser sans toucher aux réelles causes :

    1-le recul inexorable de l’influence de la France, touchée par les mêmes phénomènes de lutte d’influence interne à l’État français, qui aboutissent à traiter le djihadisme de la mauvaise façon, en méprisant les véritables héritiers de l’ancienne expertise française (voyez notamment Bernard Lugan, qui constitue une école universitaire à lui tout seul !).

    2-le remplacement inexorable de la France dans toute la zone : par les anglo-américains d’une part (notamment grâce à des opérations comme la Libye ou la France bien plus que tout autre pays, a été lourdement discrédité et continu à se discréditer) ; par la Russie d’autre part, dont on voit depuis la Syrie, qu’elle sait traiter les problèmes comme ils doivent être traités…

    Mais plus globalement, tous les États impliqués, sur place ou ailleurs, sont face aux mêmes logiques mondialistes s’appuyant sur les mafias… C’est ça, le sujet le plus dérangeant, et tous les États sont menacés conjointement par les mêmes phénomènes.

    ADV : Ce point mérite développement : vous parlez dans le livre des stratégies de déstabilisation par l’explosion d’émigration illégale voulue par des forces mondialistes. Pouvez-vous préciser ce point ?

    Morad El Hattab : « Mondialiste » ou « internationaliste », est une référence aux mémoires précitées de D. Rockefeller. Par extension, elle correspond à la collusion d’intérêts privés parfaitement identifiables, s’appuyant spécialement sur le contrôle monétaire et le contrôle des matières premières stratégiques : des cartels bancaires et monopolistes interdépendants qui se sont développés depuis 300 ans à partir de la City puis de Wall Street. Ces éléments sont parfaitement documentés, et pourtant très peu étudiés. Ceci, parallèlement aux activités mafieuses dont bénéficient plus ou moins directement les banques au final : de la Russie des années 1990 avant l’élection du Président Poutine ou de toute la zone sahélo-saharienne aujourd’hui…

    Dès lors, l’idée est simple : le trafic d’êtres humains n’est qu’une activité additionnelle dans la région, de la même manière que depuis des années, les mafias des pays de l’Est trafiquent également des êtres humains, à fin notamment de prostitution. Tous ces couloirs et tous les pays qu’ils traversent ont donc été contaminés par les mêmes logiques « jihado-mafieuses ».

    Par contre, une double logique idéologique additionnelle se greffe sur ce trafic d’êtres humains : l’une ancienne, l’autre nouvelle. L’ancienne, c’est « l’armée de réserve (importée) du capitalisme », c’est-à-dire le fait d’importer des forces de travail sous-payées, dans une optique de maximisation des profits des grands groupes monopolistes. Ce n’est qu’un changement d’échelle d’une logique qui préexistait déjà : depuis des années, la partie la moins patriotique du haut patronat français avait délibérément promu cette importation de main-d’œuvre à bas coût. Mais elle se double à présent d’une nouvelle logique additionnelle et délibérément subversive, à partir de la même idée : diviser et diluer sciemment les populations occidentales en important des populations étrangères, qui sont comme par hasard, parmi les moins expérimentées et éduquées pour comprendre avec recul les luttes sociales et économiques en Occident. Ce point est documenté précisément dans le livre, mais il faut bien comprendre que cette logique porte un nom : c’est de la pure subversion, et elle est préméditée !

    ADV : Pour revenir à la Libye : vous affirmez que Saïf al-Islam Kadhafi est légitime, qu’il est injustement pris à partie par la CPI et qu’el-Sarraj au contraire, est illégitime, incompétent et qu’il est l’homme de la Turquie d’Erdogan sur place. Pouvez-vous nous expliquer davantage la stratégie de la Turquie néo-ottomane en Libye et ailleurs, et les liens de suggestions et collaborations entre el-Sarraj et Erdogan.

    Morad El Hattab : Fait important, et volontairement ignoré par certains, le Haut Conseil des villes et des tribus libyennes a nommé dès 2015 Saïf al-Islam Kadhafi chef du Conseil suprême des tribus libyennes. Autre point, Khalifa Haftar s’est autoproclamé chef de l’Armée nationale libyenne, quant à Fayez el-Sarraj, il est reçu comme le Premier ministre du Gouvernement libyen d’union nationale (né des accords de Skhirat) alors qu’il n’a été élu ni par la Chambre des représentants, ni par le Congrès général national. Quelle est donc leur légitimité ? Dans les faits, ils ne représentent pas le peuple libyen et ses aspirations.

    Concernant le rôle de la Turquie, je serais sans doute un peu moins manichéen, ou plutôt : il faut comprendre que la Turquie depuis l’été 2016, a fait en partie machine arrière dans son soutien plus ou moins subtil au djihadisme dans toute l’Asie centrale mais aussi en Europe. La confrérie Gülen a en effet servi de « pénétrateur » djihadiste, depuis l’Europe de l’Ouest et spécialement l’Allemagne, jusqu’à la Chine et les Ouïgours. Mais il faut comprendre que la Turquie a été poussée en ce sens par les États-Unis, à l’époque où les États-Unis se sont adonnés à des liaisons dangereuses tout à fait documentées, avec une apogée durant l’ère Obama. Or le coup d’État manqué de la CIA à l’été 2016, et la victoire de Donald Trump peu après aux élections américaines, a constitué un inversement brutal de cette tendance.

    Sauf que la Turquie se croit certes puissante, mais c’est avant tout un vassal qui doit suivre plus ou moins adroitement les revirements de son suzerain. C’est-à-dire que la Turquie qui a été utilisée hier, contre la Libye et la Syrie, s’est aujourd’hui retournée en bonne partie contre le djihadisme avec l’aide de la Russie. On le voit notamment à travers le fait que ce sont bien des soldats turcs qui sont en Libye, et non plus des djihadistes supplétifs utilisés par la Turquie, comme auparavant. La situation est difficile pour la Turquie, mais il y a aussi une logique subtile qui rappellerait la fin de la guerre d’Espagne (je développe l’idée dans le livre) : j’envisage le fait que les principaux partenaires sur place soient les États-Unis, la Russie et la Turquie, dans une subtile entente visant à liquider les djihadistes qui ont été auparavant instrumentalisés de part et d’autre. Ceci, parallèlement au recul de l’influence des plus grands commanditaires du djihadisme (Qatar et Arabie Saoudite), et parallèlement à un autre facteur lourd : un certain retour au bon sens en Israël (Benny Gantz contre Netanyahu). Mais la messe n’est pas dite, et la situation sur le terrain demeure fragile…

    ADV : Quid du rôle du Qatar en Libye et au Sahel ?

    Morad El Hattab : Le Qatar, comme l’Arabie Saoudite, a été l’un des plus grands promoteurs des déstabilisations en Libye au Sahel. Mais il faut garder à l’esprit que les deux n’ont été historiquement que des otages de l’Histoire pétrolière anglo-américaine. Ce sont les luttes d’influences aux États-Unis qui doivent surtout nous intéresser. Or depuis la victoire de Trump, le Qatar a eu l’intelligence de commencer son retournement au bon moment, au gré de luttes d’influences internes au sein de l’émirat et d’une potentielle menace saoudienne. Le Qatar aujourd’hui, fait le dos rond et il sait parfaitement pourquoi… Dès lors, il est en train de perdre durablement son influence dans la zone, et mettra des années à la retrouver à partir des seuls leviers économiques. Ceci, en lieu et place des avions qataris qui avaient précipitamment quitté le Sahel (avec l’autorisation française !), lorsque l’Armée française est intervenue au Mali en 2013… On voit bien qu’en France comme aux États-Unis, il y a d’un côté le bon sens du terrain, contre les intérêts personnels des donneurs d’ordres…

    *Saïf al Islam Kadhafi. Un rêve d’avenir pour la Libye, éditions Erick Bonnier. Paru le 17 octobre 2019 Essai (broché)

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    Tags : Libye, France, frères musulmans, Tripoli, Russie, Turquie, Egypte,

  • Maroc : Belliraj condamné à mort sous le silence complice de l’État Belge et la lâcheté de la communauté rifaine

    Le Makhzen est en train de tuer le citoyen belge Abdelkader Belliraj. Selon Human Rights Watch, il est enfermé dans des « conditions inhumaines » depuis plus de trois ans. Le gouvernement marocain souhaite sa mort en prison pour éviter ses déclarations en Belgique le jour où il sera libre.

    Dans son plan meurtrier contre Belliraj, le Makhzen compte sur deux atouts de poids : le silence de l’État Belge et la lâcheté des membres de la communauté rifaine.

    Le dossier de Belliraj est aussi rocambolesque au’absurde. Les autorités marocaines lui prêtent la responsabilité de plusieurs assassinats commis entre 1988 et 1989.

    Parmi les victimes figurent entre autres le chef de la Grande Mosquée de Bruxelles, Abdullah Al-Ahdal, et le médecin Joseph Wybran, professeur à l’ULB et président du Comité de coordination des organisations juives en Belgique (CCOJB).

    Belliraj a reconnu les meurtres au Maroc, mais sa défense affirme que les aveux ont été obtenus sous torture. Le Belge marocain a été “enfermé dans sa cellule pendant 23 heures par jour depuis mai 2016 et se voit refuser toute forme de contact avec ses codétenus”, explique désormais HRW sur la base d’un témoignage de Rachida Hatti, l’épouse de Belliraj. Hatti, qui vit en Belgique, peut régulièrement avoir une conversation téléphonique avec son mari.

    Les services pénitentiaires marocains ne souhaitent pas pour l’instant commenter le message. En ce qui concerne la société civile marocaine, Belliraj est ignoré en raison de ses origines rifaines, une communauté diabolisée au royaume corrompu de Mohammed VI.

    Tags : Maroc, Rif, Abdelkader Belliraj, terrorisme, Belgique,

  • Au Maroc, l’homosexualité du roi est un tabou

    Au Maroc, l’homosexualité du roi Mohammed VI est un tabou pour plusieurs raisons. La première est que l’homosexualité est incompatible avec le titre de « Commandeur des Croyants » que le souverain balance à tour de rôle en vue de se donner une importance qui n’existe que dans les esprits dérangés par une consommation abusée de cannabis.

    Selon un Cheikh koweïtien, tous les « amir almouminine » étaient des homosexuels. Depuis Omar Ibn El Khattabe. Dans le cas du roi du Maroc, il ne faut pas être très doué pour s’en apercevoir.

    Ceux qui gouvernent le Maroc actuellement sont ses anciens copains de classe dont il n’arrive apparemment pas à s’en débarrasser. Pire encore, ils ont carte blanche. Depuis l’intronisation de leur ami, la répression ne cesse de monter, notamment les chansons qui dénoncent l’homosexualité du roi.

    Les nouvelles sur la disparition de la princesse Lalla Salma et le divorce royal, la question de l’orientation sexuelle de Mohammed VI a été mise à jour. Pour certains médias, elle est la principale raison de son conflit avec son épouse.

    Pour rappel, selon la presse néerlandaise, le roi du Maroc a souvent visité les bars gays d’Amsterdam. D’après la chaîne de télévision NOS, Mohammed VI a effectué une visite inattendue à Amsterdam dimanche 2 avril 2017.

    Selon le site IUVMPRESS, les autorités néerlandaises ont été surprises par cette visite inattendue du monarque aux Pays. Elles n’ont remarqué la présence royale que lorsque les paparazzis se sont rassemblés en quantité devant la plus ancienne discothèque gay du centre-ville d’Amsterdam.

    Mark van der Linden, rédacteur en chef de Royalty Magazine et correspondant principal de NOS, a déclaré à l’AFP que le roi Mohammed VI du Maroc, qui a hérité de son titre de famille «Amir al-Mu’minin» – qui signifie littéralement le commandant des fidèles -, a visité pendant son séjour les monuments historiques d’Amsterdam tels que le canal Herengracht, la Leidseplein et aussi le Spijker Bar, une discothèque gay de premier plan. M. Lindem a ajouté que le roi du Maroc visitait avec fréquence la Mème boîte de nuit.

    Selon la même source, « les tenues effroyables du roi Mohammed » ont suscité beaucoup de polémique dans les réseaux sociaux ».